Ève (page 21)
Et ce ne sera pas ces faiseurs d’antiphrases
Qui viendront nous chercher sous des ombres épaisses.
Et ce ne sera pas leurs molles paraphrases
Qui viendront découper le genre et les espèces.
Et ce ne sera pas leurs sottes périphrases
Qui viendront nous chercher sous les ormes épais.
Et ce ne sera pas leurs timides emphases
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces hardis mousquetaires
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Et ce ne sera pas tout leur accoutrement
Qui viendra nous chercher dans le fond de nos terres.
Et ce ne sera pas ces vaillants mousquetaires
Qui viendront nous chercher dans notre accoutrement.
Et ce ne sera pas leur enchevêtrement
Qui viendra nous chercher dans nos dernières terres.
Et ce ne sera pas ces apprentis notaires
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Et ce ne sera pas tout l’enregistrement
Qui viendra nous chercher dans nos plus basses terres.
Et ce ne sera pas ces grands navigateurs
Qui nous ramasseront sur une seule barque.
Et ce ne sera pas ces beaux instigateurs
Qui répondront pour nous devant le seul monarque.
Et ce ne sera pas ces sonneurs de fanfares
Qui viendront nous sonner le réveil du matin.
Et ce ne sera pas tout ces gardiens de squares
Qui nous introduiront dans le dernier jardin.
Et ce ne sera pas ces sonneurs de fanfares
Qui nous réveilleront dans un dernier matin.
Et ce ne sera pas tous ces gardiens de squares
Qui nous feront passer la grille du jardin.
Et ce ne sera pas ces gardiens de musées
Qui viendront nous chercher sous les hêtres épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres amusées
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas leurs faces polissonnes
Qui viendront nous chercher sous les chastes cyprès.
Et ce ne sera pas leur lèvres mollassonnes
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces pompiers de services
Qui viendront nous chercher dans les derniers portants.
Et ce ne sera pas ces hommes importants
Qui départageront les vertus et les vices.
Et ce ne sera pas ces grands metteurs en scènes
Qui viendront nous chercher sous les myrtes épais.
Et ce ne sera pas à leurs lèvres obscènes
Que nous demanderons notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces pompiers de services
Qui viendront nous chercher dans les derniers portants.
Et ce ne sera pas ces hommes importants
Qui viendront découper les vertus et les vices.
Et ce ne sera pas ces grands metteurs en scène
Qui nous convoqueront sur un dernier plateau.
Et ce ne sera pas de leur dernier bateau
Que Pierre jettera les mailles de la senne.
Et ce ne sera pas à ces faces glacées
Que nos yeux s’ouvriront sous les myrtes épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres délacées
Que viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas à leurs faces lassées
Que nos yeux s’ouvriront sous les lauriers épais.
Et ce ne sera pas à leurs lèvres passées
Que nous demanderons notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas à ces faces tassées
Que nos yeux s’ouvriront sous les hêtres épais.
Et ce ne sera pas à leurs lèvres cassées
Que nous demanderons notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces revendeurs d’issues
Qui viendront nous chercher sous les chastes cyprès.
Et ce ne sera pas leurs lèvres décousues
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas parmi leurs pâles faces
Que nos yeux s’ouvriront sous les ormes épais.
Et ce n’est pas leurs dents et leurs lèvres mollasses
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas devant leurs pâles faces
Que nos yeux s’ouvriront sous les hêtres épais.
Et ce n’est pas leurs dents et leurs lèvres cocasses
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces buveurs de lavasses
Qui viendront nous chercher sous les rameaux épais.
Et ce n’est pas leurs dents et leurs lèvres bonasses
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces faiseurs de grimaces
Qui viendront nous chercher sous les graves cyprès.
Et ce ne sera pas à ces lèvres trop grasses
Que nous demanderons notre baiser de paix.
Et ce n’est pas ces faussement tenaces
Qui viendront nous chercher sous les charmes épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres de menaces
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces faces harassées
Qui viendront nous chercher dans des repos épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres déclassées
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Ce n’est pas ces geôliers et ces pisciculteurs
Qui viendront nous chercher dans nos tombes encloses.
Ce n’est pas ces tôliers et ces aviculteurs
Qui viendront nous chercher dans nos fosses reposes.
Ce n’est pas ces poêliers et ces apiculteurs
Qui viendront nous chercher dans nos tombes décloses.
Ce n’est pas ces toiliers et ces agriculteurs
Qui viendront nous chercher sous la ronce et les roses.
Ce n’est pas ces gabiers et ces viticulteurs
Qui viendront nous chercher parmi les passeroses.
Ce n’est pas ces barbiers et ces horticulteurs
Qui nous délaceront des lilas et des roses.
Ce n’est pas ces tuiliers et ces sylviculteurs
Qui viendront nous chercher parmi les lauriers-roses.
Et ce ne sera pas ces mornes inspecteurs
Qui nous délaceront de la ronce et des roses.
Et ce ne sera pas ces mornes producteurs
Qui nous feront entrer dans un dernier partage.
Et ce ne sera pas ces mornes conducteurs
Qui nous feront passer par un dernier village.
Et ce ne sera pas ces mornes traducteurs
Qui nous feront passer par un dernier langage.
Et ce ne sera pas ces pauvres séducteurs
Qui nous disloqueront notre pauvre ménage.
Et ce ne sera pas ces fameux capitaines
Qui nous emporteront dans la dernière place.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui viendront essuyer notre dernière face.
Et ce ne sera pas ces fameux capitaines
Qui nous emporteront la place auguste et forte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui viendront ramasser notre dépouilles morte.
Et ce ne sera pas ces galants capitaines
Qui nous emporteront la place unique et forte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous ramasseront la chair stupide et morte.
Et ce ne sera pas ces vaillants capitaines
Qui nous emporteront la place chaste et forte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui viendront essuyer la peau bleuâtre et morte.
Et ce ne sera pas ces grêles capitaines
Qui nous emporteront la place grave et forte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous défonceront une dernière porte.
Et ce ne sera pas ces frêles capitaines
Qui nous emporteront la place pauvre et forte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui sauront rassembler la dernière cohorte.
Et ce ne sera pas ces maigres capitaines
Qui nous emporteront la place noble et forte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui viendront nous laver des traces du cloporte.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous emporteront la place nue et forte.
Et ce ne sera pas des gens de cette sorte
Que nous reconnaîtrons pour des grands capitaines.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront l’auguste forteresse.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous arracheront d’une juste détresse.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront la haute forteresse.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous arracheront d’une basse détresse.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront la chaste forteresse.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous arracheront d’une impure détresse.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront la droite forteresse.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous arracheront d’une pauvre détresse.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront la roide forteresse.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui nous arracheront d’une molle détresse
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront la place unique au monde.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui viendront nous chercher dans la vase profonde.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront la place unique au monde.
Et ce ne sera pas ces plongeurs en mitaines
Qui viendront nous chercher sous la vague profonde.
Et ce ne sera pas ces hardis capitaines
Qui nous emporteront sur leurs musculatures.
Et ce ne sera pas ces gantés de mitaines
Qui viendront nous chercher dans nos maculatures.
Et ce ne sera pas ces pauvres frénétiques
Qui viendront nous chercher sous les myrtes épais.
Et ce ne sera pas leurs faces fanatiques
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces aristotéliques
Qui viendront nous chercher sous les lauriers épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres faméliques
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Une autre, une autre lèvre un peu plus catholique
Mettra sur nos deux yeux notre baiser de paix.
Une main moins aveugle et plus apostolique
Saura nous retrouver sous les hêtres épais.
Et ce n’est pas ces dents et ces lèvres flétries
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces enquêteurs épais
Qui viendront nous chercher jusque dans nos patries.
Et ce n’est pas leurs dents et leur lèvre flétrie
Qui viendra nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces malfaiteurs épais
Qui viendront nous chercher jusqu’en notre patrie.
Et ce ne sera pas leurs faces exécrées
Qui viendront nous chercher sous les trembles épais.
Et ce ne sera pas à leurs lèvres sucrées
Que nous demanderons notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas leurs faces échancrées
Qui viendront nous chercher sous les ormes épais.
Et ce n’est pas leurs dents et leurs lèvres nacrées
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Une autre, une autre lèvre et un peu plus sacrée
Mettra sur nos deux yeux notre baiser de paix.
Une main moins aveugle un peu plus consacrée
Saura nous retrouver sous les chastes cyprès.
Une mains diligente ensemble que sacrée
Saura nous retrouver dans la forêt épaisse.
Une peine indulgente et pourtant consacrée
Saura se retrouver dans le genre et l’espèce.
Et ce ne sera pas ces pâles muscadins
Qui nous soulèveront nos nuques soulagées.
Et ce ne sera pas ces inertes gandins
Qui nous délaveront nos faces ravagées.
Et ce ne sera pas leurs faces abhorrées
Qui viendront nous chercher sous les pommiers épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres déflorées
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces fades galantins
Qui viendront nous chercher dans notre pourriture.
Et ce ne sera pas ces maussades pantins
Qui nous retourneront dans l’outrage et l’ordure.
Et ce ne sera pas ces fades plaisantins
Qui viendront nous chercher dans notre turpitude.
Et ce ne sera pas ces aimables pantins
Qui nous ramasseront notre décrépitude.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui viendront nous lever les portes de nos geôles.
Et ce ne sera pas par dessus leurs épaules
Que nous contemplerons un immense horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui viendront nous nommer au seuil de notre geôle.
Et ce ne sera pas par dessus leur épaule
Que nous nous heurterons au mur de l’horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui nous appelleront au seuil de notre geôle.
Et ce ne sera pas par dessus leur épaule
Que nous contemplerons un immense horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui viendront nous cueillir au seuil de notre geôle.
Et ce ne sera pas par-dessus leur épaule
Que nous regardons les bords de l’horizon
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui viendront nous lever nos registres d’écrous.
Et qui feront peser sur la peau de nos cous
L’immense écrasement de ce morne horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui viendront nous lever de nos pâles écrous.
Et qui feront peser sur la peau de nos cous
Le plat écrasement d’un immense horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui nous appelleront par nos noms de baptême.
Et qui révoqueront l’implacable anathème
Suspendu par dessus les bords de l’horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui nous appelleront par nos noms de baptême.
Du nom des saints patrons qui font tout notre thème
Et qui tiendront le coup aux bords de l’horizon.
Et ce ne sera pas ces gardiens de prison
Qui nous appelleront par nos noms de famille.
Du nom de notre père et du fil en aiguille
Du nom de notre aïeul et jusqu’à l’horizon
Du nom de notre race et de notre paroisse.
Du nom de notre Christ et notre rédempteur.
Du nom de votre grâce et du premier auteur.
Du nom de notre peine et notre morne angoisse.
Ils n’iront pas chercher dans la dernière alcôve
Le nom qui nous distingue et le nom qui nous perd.
Le nom qui nous assemble et le nom qui nous sert.
Le nom qui nous contente et le nom qui nous sauve.
(Il allait hériter de l’antique destin.
Le mettrait-il jamais sous le joug de la grâce.
Il allait hériter d’une éternelle race.
La mettrait-il jamais sous le règne latin.)
Ce n’est pas ce vieil homme avec ce jeune beau
Qui viendront nous chercher dans notre pourriture,
Le jour que nous serons viande et nourriture
Et récréation pour les vers du tombeau.
Et qui feront peser sur la peau de nos nuques
Le poids de la potence et le poids du licol.
Et qui feront peser sur nos faces caduques
La réprobation courant au ras du sol.
Et ce ne sera pas ces maîtres de tactiques
Qui nous emporteront dans un dernier abord.
Ce n’est pas ces frileux et ces antipathiques
Qui nous feront sauter par un dernier sabord.
Ce n’est point leurs tableaux, fussent-ils synoptiques,
Qui nous assembleront comme un pauvre troupeau.
Ce n’est point leurs terreurs, fussent-elles optiques,
Qui nous feront trembler la laine sur la peau.
Et nous serons conduits par une autre houlette.
Et nos bergers seront de bien autres bergères.
Et nous nous délierons d’une autre bandelette.
Et nous serons menés par des mains plus légères.
Et nous serons conduits par une autre houlette
Et nos bergers seront deux antiques bergères.
Et nous serons liés d’une autre bandelette.
Et nous serons liés par des mains plus légères.
Et nous autres Français nous en suivrons une autre.
Et nous filerons doux nous autres les malins.
Et le plus déluré fera le bon apôtre.
Et nos derniers soleils seront sur leurs déclins.
Et nous Parisiens nous en suivrons une autre.
Et nous filerons doux nous autres les malins.
Et le plus coquebin fera le bon apôtre.
Et les soleils d’hiver seront sur leurs déclins.
Et nous autres Français nous en suivrons la nôtre.
Et nous filerons doux nous autres les malins.
Et le plus assuré fera le bon apôtre.
Et nos derniers soleils seront sur leurs déclins.
Et nous Parisiens nous en suivrons la nôtre.
Et nous filerons doux nous autres les malins.
Et le plus épuré fera le bon apôtre.
Et les pâles soleils seront sur leurs déclins.
Et nous gens de Paris nous en suivrons la nôtre.
Et nous filerons doux nous autres les malins.
Et le plus mesuré fera le bon apôtre.
Et les soleils d’hiver seront sur leurs déclins.
Nous autres gens d’ici nous en suivrons la nôtre.
Et nous filerons doux nous autres les malins.
Et le plus assuré fera le bon apôtre.
Et nos derniers soleils seront sur leurs déclins.
Et nos bergers seront deux uniques bergères.
Et nous filerons doux par devant ces houlettes.
Et nous serons menés par des mains plus légères.
Et nous écarterons nos pâles bandelettes.
L’une est morte au milieu des pâles citoyens,
Pieusement couchée en un lit de parade.
Soigneusement dressée en une haute estrade
L’autre est morte au milieu des pâles citoyens.
L’une est morte au milieu de tous les citoyens,