Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (page 13)
Nemo potest. Nul ne peut servir deux maîtres. Ou bien en effet il aura l’un en haine, et aimera l’autre : ou bien il soutiendra l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et mammon.
C’est pourquoi je vous dis, ne soyez pas soucieux pour votre âme de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de ce que vous vous vêtirez. Est-ce que l’âme n’est pas plus que la nourriture ; et le corps plus que le vêtement ?
Regardez les oiseaux du ciel, (parce) qu’ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n’amassent dans des greniers : et votre père céleste les nourrit. Est-ce que vous n’êtes pas davantage de plus de prix qu’eux.
Or qui de vous le pensant peut ajouter à sa stature une coudée ?
Et du vêtement qu’êtes-vous soucieux ? Considérez les lis des champs comment ils croissent ; ils ne travaillent, ni ne filent.
Or je vous le dis, que Salomon dans toute sa gloire n’a pas été couvert comme l’un d’eux.
Or si le foin des champs, qui est aujourd’hui, et demain est envoyé au four, Dieu le vêt ainsi ; combien plus vous, gens de modique foi ?
Ne soyez donc pas soucieux, disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous ?
Tout cela en effet ce sont les peuples qui le recherchent. Votre père en effet le sait, que vous manquez de tout cela.
Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu, et sa justice ; et tout cela vous sera ajouté.
Ne soyez donc point soucieux pour le lendemain : le jour du lendemain en effet sera soucieux pour soi-même ; au jour suffit sa peine.
Malitia sua : sa peine, sa malice, son mal ; son travail ; son épreuve ; hélas peut-être sa tentation ; peut-être son péché.
Le maître sauveur n’a pas voulu que Pierre tirât l’épée contre les soldats en armes : il ne faut pas faire la guerre.
Et ecce unus. Et voici que l’un de ceux qui étaient avec Jésus, étendant la main, tira son épée …
— Ils avaient donc des épées. Tira son épée, et frappant le serviteur du prince des prêtres, lui coupa l’oreille.
Alors lui dit Jésus : Remets ton épée à sa place : tous ceux en effet qui auront pris l’épée, périront par l’épée.
Ou est-ce que tu crois que je ne puis demander à mon père, et il m’enverra aussitôt plus de douze légions d’anges ?
Comment donc seront emplies les Écritures, qu’il faut que ça arrive ainsi ?
À cette heure dit Jésus aux foules : Comme vers un larron vous êtes sortis avec des épées et des bâtons pour m’appréhender : tous les jours j’étais assis auprès de vous enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi.
Or tout ceci est arrivé, afin que fussent accomplies les Écritures des prophètes.
— Mon enfant, mon enfant, comme tu parles, tu ne parles pas comme une petite fille.
— Je crois que si j’avais été là, je ne l’aurais pas abandonné.
— Ma fille, mon enfant, gardons-nous du péché d’orgueil. Nous sommes faits comme les autres. Nous sommes des chrétiens comme les autres. Nous eussions été comme eux. Nous eussions été parmi eux. Nous eussions fait comme eux. Il fallait que les Écritures fussent accomplies. Tous l’ont abandonné. Pas un seul n’est resté. Il fallait. Tous l’ont abandonné. Nous l’eussions abandonné aussi.
Si nous avions été avec eux, si nous avions été parmi eux, si nous avions été d’eux, d’entre eux, si nous avions été eux, nous aurions fait comme eux. Comment veux-tu, pourquoi veux-tu que nous n’aurions pas fait comme eux.
— Ce n’étaient pas des Français. Ce n’étaient pas des chevaliers français.
— Ma fille, mon enfant, comme tu parles. Tu ne parles pas comme les autres, tu ne parles pas comme tout le monde.
— Ma fille, mon enfant, comme tu parles. Tu ne parles pas comme une bonne chrétienne, comme une chrétienne ordinaire.
— Des chevaliers français, des paysans français, jamais des gens de chez nous ne l’auraient abandonné.
— Ma fille, mon enfant, ne pensons point orgueilleusement, gardons-nous du péché d’orgueil. Ces hommes dont tu parles si légèrement, ils furent les premiers chrétiens.
— Ils étaient les premiers chrétiens. C’était pas facile, d’être les premiers chrétiens.