Pensées (page 12)
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↑ Ce court fragment est susceptible de deux interprétations : la première, et la plus générale, est expliquée par Pascal lui-même dans son Fragment de PréfaceFragment de Préface pour le Traité du Vide : « N’est-ce pas là traiter indignement la raison de l’homme, et la mettre en parallèle avec l’instinct des animaux, puisqu’on en ôte la principale différence, qui consiste en ce que les effets du raisonnement augmentent sans cesse, au lieu que l’instinct demeure toujours dans un état égal ? » — La seconde se réfère au titre du fragment 395 : « Instinct, Raison », et au fragment 396 : « Deux choses instruisent l’homme de toute sa nature : l’instinct et l’expérience. » Dans ces fragments, Pascal entend par instinct le souvenir de la perfection originelle, l’aspiration au vrai et au bien dont les constations de l’expérience ou les arguments de la raison montrent la vanité. L’instinct et la raison seraient ainsi les marques des deux natures qui coexistent dans l’homme même.
↑ Cf. B., 397 ; C., 371 ; Bos., I, ix, 2 ; Faug., I, 212 ; Hav., VI, 2 ; Mol., II, 143 ; Mich., 552.
↑ Cf. B., 395 ; C., 367 ; Faug., II, 83 ; Mol., I, 70 ; Mich., 418.
↑ Mont., III, iiiIII, iii : « Le mediter est un puissant estude et plein, à qui sçait se taster et employer vigoureusement : i’aime mieux forger mon ame que la meubler. Il n’est point d’occupation ny plus faible, ny plus forte, que celle d’entretenir ses pensées, selon l’ame que c’est ; les plus grandes en font leur vacation, quibus vivere est cogitare : aussi l’a nature favorisee de ce privilege, qu’il n’y a rien que nous puissions faire si longtemps, ny action à laquelle nous nous adonnions plus ordinairement et facilement. C’est la besongne des dieux, dict Aristote, de laquelle naist et leur beatitude et la nostre. » Le Discours sur les passions de l’amour commence par ces mots : « L’homme est né pour penser. »
↑ Cf. B., 100 ; C., 129 ; P. R., XXIII, 6 ; Bos., I, iv, 6 ; Faug., II, 84 ; Hav., I, 6 ; Mol., I, 70 ; Mich., 174.
↑ Les signes H. 3 paraissent ultérieurement ajoutés. On peut conjecturer que H est l’indication du titre Homme, et 3 le numéro du chapitre ou du paragraphe. Cf. fr. 72, et l’indication du fr. 693.
↑ Souvenir de Montaigne : « C’est tousiours l’homme, foible, calamiteux et misérable… un souffle de vent contraire… un signe, une brouee matiniere, suffisent à le renverser et porter par terre. » Apol.Apol.
↑ [Puisque.] — Noble, c’est-à-dire d’un genre plus élevé. Cf. fr. 793 : « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits ; car il connaît tout cela, et soi ; et les corps, rien. » Cette pensée qui portera pour les siècles l’empreinte du génie de Pascal a pourtant son origine dans une suggestion de Raymond Sebon : « Il y a une autre manière de différer spéciale et particulière à l’homme qui ne se prend pas comme l’autre pour avoir, mais pour cognoistre qu’on a… L’homme a reçeu de son créateur non seulement l’excellence sur le reste, mais encore la suffisance de l’appercevoir. Il n’a pas seulement plus de dignité et de noblesse, mais en outre il le sçait et le cognoist et cognoist que les autres créatures ont ce défaut de ne se pouvoir pas cognoistre et que luy seul est capable de le faire » (Théologie naturelle, ch. 93). Montaigne avait fait allusion à cet argument dans l’Apologiel’Apologie et l’avait réfuté : « Qui luy a scellé ce privilège ? Qu’il nous monstre lettres de cette belle et grande charge. » — On trouvera un piquant commentaire dans ce passage de la Vie et l’esprit de M. de Tillemont : « Il demandait quelquefois à de jeunes enfants qui gardaient des vaches comment de si gros animaux se laissaient conduire par eux qui étaient si petits. Il tâchait ensuite de leur faire comprendre par là qu’il fallait donc qu’il y eût en eux quelque chose de plus noble et de plus élevé qu’en ces bêtes, et que c’était leur âme ; qu’elle était plus excellente que le soleil, et que tout ce qu’il y a de plus beau au monde. » (Tronchai, apud Sainte-Beuve, Port-Royal, 5e édit., t. IV, p. 22.)t. IV, p. 22.)
↑ Ce second paragraphe est donné seulement par les copies.
↑ « Il faut s’attacher principalement à bien penser. » (Méré, Œuvres, t. I, p. 262.)
↑ Cf. B., 39 ; C., 60 ; Faug., II, 84 ; Hav., I, 6 bis ; Mol., I, 70 ; Mich., 399.
↑ Du règlement en surcharge.
↑ Par l’espace en surcharge.
↑ [Au.]
↑ Pascal oppose ici le sens propre et le sens figuré du mot comprendre. Matériellement mon individu est une partie de l’univers ; mais spirituellement ma pensée s’étend à l’univers. Je suis contenu dans l’univers, et l’univers est contenu en moi. C’est cette opposition qui résume tout le problème philosophique de la connaissance.
↑ Cf. B., 41 ; C., 60 ; Faug., II, 94 ; Hav., XXV, 31 ; Mol., I, 17 ; Mich., 620.
↑ Charron montre à diverses reprises comment les philosophes ont triomphé des passions, en particulier dans la Sagesse (II, i, 10), où il loue l’impassibilité « forte, noble et glorieuse » des Sages guidés par la raison. Les Sages, ce sont les Stoïciens. Ils enseignaient que les images, et les tendances irrationnelles qui sont associées à ces images, n’ont de pouvoir sur nous qu’autant que nous leur donnons notre assentiment. Or nous sommes absolument libres de notre jugement, entièrement libres par suite de nous abandonner à nos passions ou de faire de notre être un système harmonieux dont les passions sont exclues. Aussi, quoique les Stoïciens fussent matérialistes puisqu’ils considéraient l’âme et Dieu même comme un feu subtil, la morale stoïcienne, aux yeux de Pascal, atteste l’immatérialité de l’âme par cela qu’elle atteste l’indépendance de la volonté interne vis-à-vis des tendances issues du monde extérieur.
↑ Cf. B., 62 ; C., 87 ; P. R., XXI, 21 ; Bos., II, i, 1 ; Faug., II, 92 ; Hav., VIII, 4 ; Mol., I, 175 ; Mich., 535.
↑ Voici le passage auquel Pascal fait allusion : « Qu’est-ce qui fait qu’on a peur du tyran ? ses gardes, dites-vous, et leurs épées, ses valets d’antichambre, et ceux qui repoussent les personnes qui veulent pénétrer jusqu’à lui. Pourquoi donc un enfant, si vous l’amenez devant le tyran entouré de ses gardes, n’a-t-il pas peur ? Est-ce parce qu’il ne comprend pas ce qu’il voit ? Mais si un homme comprenant bien qu’il y a là des gardes, et qu’ils ont des épées, se présente devant le tyran pour cela même, désirant la mort pour quelque raison particulière, et cherchant quelqu’un qui la lui procure sans qu’il s’en donne la peine, celui-là aura-t-il peur des gardes ? Mais ce qui fait peur en eux est précisément ce qu’il désire. Et si un autre se présente, qui n’ait envie ni de mourir ni de vivre, mais qui soit prêt à l’un ou à l’autre suivant l’occurrence, qui l’empêchera de se présenter sans crainte ? Rien sans doute. Maintenant supposez un homme détaché de la fortune comme celui-là de la vie, détaché aussi de ses enfants et de sa femme, amené par je ne sais quelle folie ou quel désespoir à tenir pour indifférent de conserver tout cela ou de le perdre. De même que des enfants qui jouent avec des coquilles s’intéressent vivement au jeu, mais ne se soucient pas des coquilles, supposez que cet homme ne fasse non plus aucun cas de la matière sur laquelle il s’exerce, et ne s’attache uniquement qu’à bien jouer le jeu qu’il a à jouer : où est le tyran alors, où sont les gardes, où sont les épées qui pourront faire peur à un tel homme ? Si on peut entrer dans ces sentiments par un transport furieux, ou comme les Galiléens par la force de la coutume, ne pourra-t-on pas par le raisonnement et la démonstration se pénétrer de ces vérités ? » (Épictète, Entretiens IV, vii.) Ce sont les chrétiens qu’Épictète désigne par ce mot galilêens.
↑ Cf. B., 430 ; C., 401 ; P. R., XXXI, 20 ; Bos., I, x, 12 ; Faug., I, 183 ; Hav., VII, 12 ; Mol., I, 44 ; Mich., 549.
↑ Mont., II, iiII, ii : « Quand nous arrivons à ces saillies stoïques… qui ne juge que ce sont boutees d’un courage eslancé hors de son giste ? » et surtout le début de l’essai De la vertu. « Ie treuve par expérience qu’il y a bien à dire entre les boutées et saillies de l’ame ou une resolue et constante habitude : et veois bien qu’il n’est rien que nous ne puissions, voire iusques à surpasser la Divinité mesme, dict quelqu’un, d’autant que c’est plus de se rendre impassible, de soy, que d’estre tel, de sa condition originelle, et iusques à pouvoir ioindre à l’imbecilité de l’homme une resolution et asseurance de Dieu ; mais c’est par secousses : et ez vies de ces heros du temps passé, il y a quelques fois des traicts miraculeux, et qui semblent, de bien loing surpasser nos forces naturelles ; mais ce sont traicts, à la vérité ; et est dur à croire que de ces conditions ainsin eslevees, on en puisse teindre et abbruver l’ame en manière qu’elles lui deviennent ordinaires et comme naturelles. Il nous escheoit à nous mesmes, qui ne sommes qu’avortons d’hommes, d’eslancer parfois nostre ame, esveillee par les discours ou exemples d’aultruy, bien loing au delà de son ordinaire : mais c’est une espece de passion, qui la poulse et agite, et qui la ravit aulcunement hors de soy ; car, ce tourbillon franchi, nous veoyons que, sans y penser, elle se desbande et relasche d’elle-mesme, sinon iusques à la dernière touche, au moins iusques à n’estre plus celle là ; de façon que lors, à toute occasion, pour un oyseau perdu, ou un verre cassé, nous nous laissons esmouvoir à peu prez comme l’un du vulgaire. Sauf l’ordre, la moderation et la constance, i’estime que toutes choses soient faisables par un homme bien manque et defaillant en gros. À cette cause, disent les sages, il fault, pour iuger bien à poinct d’un homme, principalement contrerooller ses actions communes et le surprendre en son à touts les jours. » (II, xxix.)(II, xxix.) Pascal avait également lu dans Charron : « Ces grandes et esclatantes eslevations et efforts de vertu qui se trouvent en auscuns philosophes Stoïciens et Epicuriens qui cherchent, morguent et gourmandent les dangers, les douleurs, la nécessité, la mort sont plustôt saillies, excès et accès d’ames esmues, fieureuses, malades et auscunement inhumaines qu’actions rassises et meures d’âmes bien formées et bien nées, sans façon ni artifice. » (Les Trois Vérités, II, xi, Cf. Sagesse, II, iii, 15.)
↑ Cf. B., 383 ; C., 343 ; P. R., XXIX, 24 ; Bos., I, ix, 30 ; Faug., I, 191 ; Hav., VI, 27 ; Mol., I, 44 ; Mich., 742.
↑ Son ordinaire, expression employée par Montaigne dans le passage cité au fragment précédent. — « Un faict courageux ne doibt pas conclure un homme vaillant ; celuy qui le seroit bien à poinct, il le seroit tousiours et à toutes occasions. » (Mont., II, 1)II, 1). — « Le prix de l’ame ne consiste pas à aller hault, mais ordonneement : sa grandeur ne s’exerce pas en la grandeur, c’est en médiocrité. » (Id., III, ii.)III, ii.)
↑ Cf. B., 372 ; C., 330 ; P. R., XXIX, 19 ; Bos., I, ix, 24 ; Faug., I, 192 ; Hav., VI, 21 ; Mol., I, 44 ; Mich., 693.
↑ Ce jugement est emprunté à Montaigne qui célèbre Épaminondas dans son essai Des plus excellents hommes. « L’ancienneté iugea qu’à espelucher par le menu touts les aultres grands capitaines, il se treuve en chascun quelque spéciale qualité qui le rend illustre : en cettuy cy seul, c’est une vertu et suffisance pleine partout et pareille, qui, en touts les offices de la vie humaine, ne laisse rien à désirer de soy, soit en occupation publique ou privée, ou paisible, ou guerrière, soit à vivre, soit à mourir grandement et glorieusement : ie ne cognois nulle ny forme ny fortune d’homme que ie regarde avecques tant d’honneur et d’amour. » (II, xxxvi.)(II, xxxvi.) Dans le premier chapitrepremier chapitre du livre III, Montaigne revient sur cet éloge : « I’ay aultrefois logé Epaminondas au premier rang des hommes excellents, et ne m’en desdis pas. Iusques où montoit il la consideration de son particulier debvoir ? qui ne tua iamais homme qu’il eust vaincu ; qui, pour ce bien inestimable de rendre la liberté à son pais, faisoit conscience de tuer un tyran, ou ses complices, sans les formes de la iustice ; et qui iugeoit meschant homme, quelque bon citoyen qu’il feust, celuy qui, entre les ennemis et en la battaille, n’espargnoit son amy et son hoste. Voylà une ame de riche composition : il marioit aux plus rudes et violentes actions humaines la bonté et l’humanité, voire mesme la plus délicate qui se treuve en l’eschole de la philosophie. Ce courage si gros, enflé, et obstiné contre la douleur, la mort, la pauvreté, estoit ce nature, ou art, qui l’eust attendry iusques au poinct d’une si extrême douceur et debonnaireté de complexion ? Horrible de fer et de sang, il va fracassant et rompant une nation invincible contre tout aultre que luy seul ; et gauchit, au milieu d’une telle meslee, au rencontre de son hoste et de son amy. Vrayment celuy là commandoit bien à la guerre, qui luy faisoit souffrir le mors de la bénignité, sur le poinct de sa plus forte chaleur, ainsin enflammée qu’elle estoit, et toute escumeuse de fureur et de meurtres. C’est miracle de pouvoir mesler à telles actions quelque image de iustice ; mais il n’appartient qu’à la roideur d’Epaminondas d’y pouvoir mesler la doulceur et la facilité des mœurs les plus molles et la pure innocence. » On comprend la vive impression qu’une telle page a produite sur Pascal.
↑ [De se porter vers une extrémité.]
↑ [D’aller vers une extrémité ce n’est.]
↑ Sur l’entre-deux de Pascal voir le développement très brillant de Sainte-Beuve et l’application qu’il en fait à saint François de Sales. (Port-Royal, 5e édit., t. I, p. 249.)t. I, p. 249.)
↑ [Tantôt un.]
↑ [Mais.] — Les copies ajoutent : qu’on tourne. On sait qu’en vertu de la persistance des images sur la rétine, il suffît qu’un tison enflammé fasse plus de dix tours à la seconde pour représenter à l’œil une circonférence de feu. La succession rapide produit l’illusion de la simultanéité.
↑ Cf. B., 7 ; C., 20 ; Faug., I, 203 ; Hav., XXIV, 89 ; Mol., I, 43 ; Mich., 236.
↑ Mont., Apol.Apol. : « Les fiebvres ont leur chauld et leur froid. »
↑ [Le flux et le reflux.]
↑ « Ce sont delices aux princes, c’est leur feste, de se pouvoir quelquefois travestir et desmettre à la façon de vivre basse et populaire :
Plerumque gratæ principibus vices,
Mundæque parvo sub lare pauperum
Cœnæ, sine aulæis et ostro
Sollicitam explicuere frontem.
Il n’est rien si empeschant, si degousté que l’abondance » (Mont., I, 42.)I, 42.) Pascal a reproduit le premier vers (vers 13 de l’ode d’Horace, III, xxix), d’après la citation de Montaigne qui substitue principibus à divitibus.
↑ Cf. B., 401 ; C., 375 ; P. R., XXXI, 18 ; Bos., I, ix, 19 ; Faug., I, 247 ; Hav., VI, 46 ; XXIV, 89 bis ; Mol., I, 61 ; I, 128 ; Mich., 528.
↑ Cf. Montaigne, III, viiIII, vii : De l’incommodité de la grandeur : « Elle se ravalle quand il luy plaist. » — « Le plaisir d’un roi qui mérite de l’être est de l’être moins quelquefois, de sortir du théâtre, de quitter le bas de saye et les brodequins et de jouer avec une personne de confiance un rôle plus familier. » (La Bruyère, du Souverain ou de la République.)du Souverain ou de la République.)
↑ « La satieté engendre le desgoust. » (Mont., II, xv.)II, xv.)
↑ « Dans les concerts on use de prélude, et on finit par les tons les plus approchants du silence. C’est que le cœur et l’esprit tiennent cela des instructions de la nature, qui se conduit insensiblement et par des progrès insensibles. » (Méré, Œuvres, t. II, p. 16.) — À considérer ce que nous appellerions aujourd’hui l’évolution de l’individu ou du monde, Pascal pense que cette évolution ne s’accomplit pas nécessairement dans un sens unique. Ce qui est tout à fait remarquable ici, c’est que la vue pénétrante de Pascal rejoigne, par delà les théories d’un progrès uniforme et continu qui ont eu tant de faveur au xviiie siècle et dans la première moitié du xixe, les conceptions des évolutionistes contemporains. Pour M. Herbert Spencer l’évolution universelle est soumise à la loi du rythme ; de même, parmi les penseurs qui ont étudié les conditions des transformations des sociétés, quelques-uns arrivent à cette conclusion que l’évolution sociale est susceptible de regrès aussi bien que de progrès.
↑ « Le monde va et vient, croît et décroît, change en connaissance, apprend et désapprend tous les jours. » (Charron, Les Trois Vérités, I, 5.)
↑ Cf. B., 323 ; C., 404 ; Faug., I, 223 ; Hav., XXV, 124 ; Mol., II, 139 ; Mich., 413.
↑ Ces derniers mots ont un sens clair : si on mange trop, on ne s’assimile presque rien. Il faut procéder avec lenteur, pour se fortifier véritablement. Cf. Montaigne : « Que nous sert-il d’avoir la panse pleine de viande, si elle ne digère, si elle ne se transforme en nous ? » I, 24.)I, 24.)
↑ Cf. B., 406 ; C., 381 ; Faug., I, 183 ; Hav., XXV, 62 ; Mol., I, 45 ; Mich., 471.
↑ Mont., I, 14I, 14 : « La vaillance a ses limites, comme les aultres vertus ; lesquelles franchies, on se trouve dans le train du vice : en maniere que par chez elle on se peult rendre à la temerité, obstination et folie, qui n’en sçait bien les bornes, malaisees en verité à choisir sur leurs confins. » Et I, 29I, 29 : « Nous pouvons saisir la vertu de façon qu’elle en deviendra vicieuse, si nous l’embrassons d’un désir trop aspre et violent… l’immoderation vers le bien mesme, si elle ne m’offense, elle m’estonne, et me met en peine de la baptizer. »
↑ [De la.]
↑ [Au lieu de suivre.]
↑ On ne comprend pas exactement à quoi s’appliquent ces notions de petit infini et de grand infini. Voici pourtant un essai d’interprétation. Poursuivre les vertus de part et d’autre, c’est-à-dire dans la direction des deux infinis à la fois, c’est sans doute les poursuivre dans leur plus petit détail et en même temps dans leur plus vaste étendue. Comment les vices sortent-ils de cette poursuite ? Soit par exemple la vertu de la justice. Celui qui veut être juste à la rigueur et dans les moindres circonstances de la vie, en arriverait insensiblement à devenir indifférent au sort de ceux que sa justice atteint, peu charitable et parfois même cruel. Celui qui aspire à faire régner partout la justice universelle n’est-il pas amené, d’autre part, à intervenir dans les affaires des autres, à entreprendre la réforme de la société, etc. ? et voici l’ambition avec le cortège de vices qu’elle entraîne.
↑ En marge.
↑ Cf. B., 372 ; C., 329 ; P. R., ult. XXXI, 24 ; Faug., I, 183 ; Hav., VII, 13 ; Mol., I, 67 ; Mich., 704.
↑ Cette réflexion qui figure également dans une première rédaction du fragment 140 paraît inspirée à Pascal par la fin du dernier chapitre des Essais qui forme comme la profession de foi philosophique de Montaigne : « Moy, qui ne manie que terre à terre, hais cette inhumaine sapience qui nous veult rendre desdaigneux et ennemis de la culture du corps ; i’estime pareille iniustice, prendre à contrecœur les voluptez naturelles, que de les prendre trop à cœur… Ie hais qu’on nous ordonne d’avoir l’esprit aux nues, pendant que nous avons le corps à table… Il n’est rien si beau et legitime que de faire bien l’homme et deument ; ny science si ardue que de bien et naturellement sçavoir vivre cette vie… Pour moy doncques, j’ayme la vie, et la cultive, telle qu’il a pleu à Dieu nous l’octroyer… I’accepte de bon cœur et recognoissant ce que nature a faict pour moy ; et m’en agree et m’en loue. On faict tort à ce grand et tout puissant Donneur de refuser son don, l’annuller et desfigurer… Ils veulent se mettre hors d’eulx, et eschapper à l’homme ; c’est folie ; au lieu de se transformer en anges, ils se transforment en bestes ; au lieu de se haulser, ils s’abbattent. Ces humeurs transcendentes m’effrayent, comme les lieux haultains et inaccessibles. » (III, xiii.)(III, xiii.) — Cf. le passage de Balzac, cité en note du fr. 412, et d’autre part ce texte cité par M. Delboulle (Revue de la Société d’histoire littéraire, année 1898, p. 828 : « Socrates… jugea bien que ce qui estoit premierement necessaire à l’homme c’estoit de savoir bien faire l’homme, de peur qu’en voulant faire l’ange il ne fist enfin la beste. » La phrase est d’Artus Thomas, commentaire sur la Vie d’Apollonius, traduite par Vigenère, I, 86, édit. 1611.
↑ Cf. B., 371 ; C., 328 ; Faug., I, 209 ; Hav., XXV, 12 ; Mol., I, 44 ; Mich., 700.
↑ Nous demeurons debout, en surcharge.
↑ La Rochefoucauld a dit : « Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des remèdes : la prudence les assemble et les tempère, et elle s’en sert utilement contre les maux et la vie. » (M. 182.)(M. 182.) Il donnera lui-même plus d’une explication : « Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires : l’avarice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité l’avarice ; ou est souvent ferme par faiblesse et audacieux par timidité. » (M. 11.)(M. 11.)
↑ Montaigne : « Nous appelons sagesse la difficulté de nos humeurs, le desgoust des choses présentes ; mais, à la vérité, nous ne quittons pas tant les vices, comme nous les changeons, et, à mon opinion, en pis. » (III, ii)(III, ii). — Cf. La Rochefoucauld : « Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l’une est presque toujours l’établissement de l’autre. » (M. 10.)(M. 10.)
↑ Cf. B., 62 ; C., 86 ; P. R., XXI, 1 ; Bos., II, i, 1 ; Faug., II, 93 ; Hav., XXV, 136 ; Mol., I, 176 ; Mich., 603.
↑ Et vicieux, en surcharge.
↑ « Il y en a qui se noient à deux doigts d’eau », écrit Charron (Sagesse, III, xxxvii, 2). Cette comparaison devait être reprise par Pascal, contre le paradoxe de la morale stoïcienne déjà combattu par Montaigne, II, iiII, ii : « que celuy qui a franchi de cent pas les limites, ne soit de pire condition que celuy qui n’en est qu’à dix pas, il n’est pas croyable. » La vertu est un absolu, une diathèse ; elle n’est pas susceptible de degrés, et celui qui n’a pas la vertu, en est totalement privé, comme ceux qui font une chute au bord de l’eau ou au bord d’un précipice tombent également, que l’écart qui amène leur chute soit très petit ou soit très grand. Cette métaphore stoïcienne se retrouvera dans la doctrine chrétienne de la voie étroite, à laquelle Pascal adhère si fortement. Il faut ajouter cependant que les stoïciens finirent par admettre que dans la multitude des fous (et qui étaient à peu près tous les hommes puisqu’ils ne pouvaient décider s’il y avait eu depuis Hercule un sage véritable), il y avait lieu de faire des distinctions ; sans être parvenu à la vertu, on pouvait accomplir un certain progrès vers la vertu, et la théorie de ce progrès prit avec le temps de plus en plus d’importance dans la morale stoïcienne.
↑ Cf. C., 87 ; Faug., II, 96 ; Hav., XXV, 33 ; Mol., I, 174 ; Mich., 887.
↑ Huc ergo cogitationes tuæ tendant, hoc cura hoc opta, omnia alia vota deo remissurus, ut contentus sis temet ipso et ex te nascentibus bonis. Quæ potest esse felicitas propior ? (Sénèque, Lettre, XX, 8, in de Hær. Pelag. V. 1.) Jansénius, dans un autre chapitre où il dénonce la « superbe philosophique et pélagienne », rappelle la supériorité que Sénèque attribue au sage sur Dieu : « unde hortatur alibi ut homo contentus sit semet ipso et ex se nascentibus bonis. » Cette citation va rejoindre ce que Pascal connaissait de l’idéal stoïcien par Épictète et Du Vair, et aussi par Montaigne : « La vertu se contente de soy, sans disciplines, sans paroles, sans effects » et plus loin : « ie ne laisse pas, en pleine iouïssance de supplier Dieu, pour ma souveraine requeste, qu’il me rende content de moy mesme et des biens qui naissent de moy. » (I, 38.)(I, 38.) Cf. Charron, Sagesse, IV, vi.
↑ Pascal avait lu le chapitre des Essais (II, iii)(II, iii) où Montaigne résume la lettre 70 de Sénèque qui est une longue apologie du suicide. Les Stoïciens considéraient que le suicide était toujours permis : « Les Stoïciens disent que c’est vivre convenablement à la nature, pour le sage, de se despartir de la vie, encores qu’il soit en plein heur, s’il le faict opportunement. » Le suicide était même recommandé lorsqu’il s’agissait de rendre service à sa patrie, de se soustraire à un crime, à la pauvreté, à la maladie ou à la folie. Cette théorie n’était pas pour les Stoïciens incompatible avec l’optimisme, parce qu’ils étaient panthéistes : l’harmonie intérieure de l’homme qui définissait le bonheur du sage est une partie et une image de l’harmonie cosmique, et la mort réunit l’homme au monde dont Dieu est l’âme. Le souvenir de Montaigne s’unit ainsi dans l’esprit de Pascal à celui de Jansénius pour condamner du point de vue de l’expérience et du monde, comme du point de vue de la religion, le naturalisme des Stoïciens.
↑ O vitam scilicet beatissimam sapientis, qua ut fruatur mortis quærit auxilium. (Jansénius, De statu puræ naturæ, II, viii.)
↑ Cf. Faug., I, 305 ; Hav., Prov., 298 et 299 ; Mol., Prov., 114 ; Mich., 625.
↑ « Le sage Dandamis, oyant reciter les vies de Socrates, Pythagoras, Diogenes, les iugea grands personnages en toute aultre chose mais trop asservis à la reverence des loix : pour lesquelles auctoriser et seconder, la vraye vertu a beaucoup à se desmettre de sa vigueur originelle ; et non seulement par leur permission plusieurs actions vicieuses ont lieu, mais encore à leur suasion : ex senatus consultis plebisquescitis scelera exercentur. (Mont., III, 1III, 1. La citation latine est de Sénèque, Ep. 95.) — Cf. Charron, Sagesse, I, xxxvii, 7 et le fr. 294.
↑ Ce fragment est enclavé dans le fr. 921 qui contient une série de réflexions relatives à la querelle des Provinciales. Il nous semble que les passages pareils, ce sont ceux des fragments suivants, empruntés à Montaigne. Nous reproduisons les passages de Montaigne qui les commentent, et qui expliquent l’intérêt que Pascal y avait trouvé.
↑ Cf. B., 214 ; C., 314 ; C., 406 ; Faug., II, 402 ; Hav., XXV, 201 ; Mol., I, 171 ; Mich., 458.
↑ [Nihil turpius est.]
↑ Mont., III, 1III, 1, p. 588 de l’édition de 1652.
↑ [Sen] « Elle [la philosophie] a tant de visages et de variété, et a tant dict, que touls nos songes et resveries s’y treuvent ; l’humaine fantasie ne peult rien concevoir, en bien et en mal, qui n’y soit ; nihil tant absurde dici potest, quod non dicatur ab aliquo philosophorum. » Mont., Apol.Apol. La citation est de Cicéron, de Divin, II, 58. — Cf. Descartes, Disc. de la méth., IIII : « Ayant appris dès le collège qu’on ne saurait rien imaginer de si étrange et si peu croyable qu’il n’ait été dit par quelqu’un des philosophes. »
↑ « La liberté doncques et gaillardise de ces esprits anciens produisoit, en la philosophie et sciences humaines, plusieurs sectes d’opinions differentes ; chascun entreprenant de iuger, et de choisir, pour prendre party. Mais à présent que les hommes vont touts un train, qui certis quibusdam destinatisque sententiis addicti et consecrati sunt, ut etiam, quæ non probant, cogantur defendere…, on ne regarde plus ce que les monnoyes poisent et valent, mais chascun à son tour les recevra selon le prix que l’approbation commune et le cours leur donne. » (Mont., Apol.)Apol.) — La citation est de Cicéron, Tusc., II, 3.
↑ « En aulcune chose l’homme ne sçait s’arrester au poinct de son besoing… il se taille de la besongne bien plus qu’il n’en peult faire, et bien plus qu’il n’en a affaire, estendant l’utilité du sçavoir, autant qu’est sa matiere : ut omnium rerum, sic litterarum quoque intemperantia laboramus ; et Tacitus a raison de louer la mere d’Agricola, d’avoir bridé en son fils un appetit trop bouillant de science. » Mont., III, xiiIII, xii. — La citation (Sénèque, Ep. 106) se retrouve chez Charron (Sagesse, III, xii, 13.)
↑ [Suum.]
↑ « La voye de la vérité est une et simple ; celle du proufit particulier, et de la commodité des affaires qu’on a en charge double, ineguale et fortuite. I’ay veu souvent en usage ces libertez contrefaictes et artificielles, mais le plus souvent sans succez : elles sentent volontiers leur asne d’Æsope, lequel, par emulation du chien, veint à se iecter tout gayement, à deux pieds, sur les espaules de son maistre ; mais autant que le chien recevoit de caresses, de pareille feste, le pauvre asne en receut deux fois autant de bastonnades : id maxime quemque decet, quod est cuiusque suum maxime. » (Mont., III, iIII, i. La citation est de Cic. de Off. I, 31.)
↑ Montaigne fait l’éloge des « nations » qu’on appelle « barbares » et qui ne connaissent rien de notre civilisation : « Combien trouveroit il [Platon] la republique qu’il a imaginee, esloingnee de cette perfection
Hos natura modos primum dedit, »
(I, 30.(I, 30. — Citation de Virgile, Georg., II, 20.)
↑ « Il ne nous fault guere de doctrine pour vivre à notre ayse : et Socrates nous apprend qu’elle est en nous, et la maniere de l’y trouver et de s’en ayder. Toute cette nostre suffisance, qui est au delà de la naturelle, est à peu prez vaine et superflue ; c’est beaucoup si elle ne nous charge et trouble plus qu’elle ne nous sert : paucis opus est litteris ad mentem bonam. » (Mont., III, xii.III, xii. — La citation est de Sénèque, Ep. 106 ; elle a été reprise par Charron, Sagesse, III, xiv, 16.)
↑ [Non.]
↑ « Est-ce raison de faire despendre la vie d’un sage, du iugement des fols ?… Ego hoc iudico, si quando turpe non sit, tamen non esse non turpe, quum id a multitudine laudetur. » Mont., II, xviII, xvi (Citation de Cicéron, de Fin., II, 15).
↑ « Ie ne me mesle pas de dire ce qu’il fault faire au monde, d’aultres assez s’en meslent, mais ce que i’y fois.
Mihi sic usus est : tibi, ut opus est facto, face. »
Mont., I, xxvii.I, xxvii. — Le vers cité est de Térence : Heautont., I, i, 28.
↑ Cf. B., 314 ; Faug., II, 404 ; Mich., 583.
↑ [Sen.] _ « La plus grande chose du monde, c’est de savoir estre à soy… qu’il se flatte et se caresse, et surtout se regente, respectant et craignant sa raison et sa conscience, si bien qu’il ne puisse sans honte bruncher en leur presence. Rarum est enim ut satis se quisque vereatur. » (Mont., I, xxxviii.)I, xxxviii.) — La citation est de Quintilien, X, 7 ; elle a été reprise par Charron, Sagesse, III, vi, 6.)
↑ « Nous entraisnons tout avecques nous ; d’où il s’ensuit que nous estimons grande chose nostre mort, et qui ne passe pas si ayseement, ny sans solenne consultation des astres ; tot circa unum caput tumultuantes deos. » (Mont., II, xiii.)II, xiii.) — La citation est de Sénèque le Rhéteur, Suasor., I, 4. — Cf. Charron, Sagesse, I, xl, 3.
↑ « Oyez les regenter ; les premières sottises qu’ils mettent en avant, c’est au style qu’on establit les religions et les loix. Nihil est turpius, quam cognitioni et perceptioni assertionem approbationemque præcurrere… L’affirmation et l’opiniastreté sont signes exprez de bestise. » (Mont., III, xiiiIII, xiii. — La citation est tirée des Académiques, I, xiii, 45.)
↑ « C’est par maniere de devis que ie parle de tout, et de rien par maniere d’advis, nec me pudet, ut istos, fateri nescire quid nesciam : ie ne serois pas si hardy à parler, s’il m’appartenoit d’en estre creu. » (Mont., III, xiIII, xi. La citation est de Cicéron, Tusc., I, 25.)
↑ « Ie fuys les complexions tristes et les hommes hargneux, comme les empestez ; et aux propos que ie ne puis traicter sans interest et sans esmotion, ie ne m’y mesle, si le debvoir ne m’y force : melius non incipient quam desinent. » (Mont., III, x.)III, x.) — La citation est de Sénèque (Ep. 72), traduite plus loin par Montaigne lui-même : « De combien il est plus aysé de n’y entrer pas, que d’en sortir ! »
↑ Cf. B., 394 ; C., 365 ; P. R., IX, 2 ; Bos., II, xvii, 64 ; Faug., II, 85 ; Hav., XXIV, 53 bis ; Mol., I, 73 ; Mich., 491.
↑ Le titre et le premier paragraphe ont été écrits postérieurement au second qui commençait ainsi : La pensée est une chose.
↑ [Faible.]
↑ Cf. B., 14 ; C., 31 ; P. R., XXV, 9 ; Bos., I, vi, 12 ; Faug., II, 53 ; Hav., III, 9 ; Mol., I, 40 ; Mich., 224.
↑ [La souveraine intelligence de] ce [monarque de l’univers se trouble.]
↑ [Dans le voisinage.]
↑ « Ce ne sont pas seulement les fiebvres, les bruvages, et les grands accidents qui renversent nostre iugement, les moindres choses du monde le tournevirent. » (Mont., Apol.)Apol.)
↑ [Que le bruit d’une girouette, cloche ou.]
↑ [Pour interrompre.]
↑ [Il n’en faut pas davantage ; attendez qu’elle soit loin de lui pour lui parler ; sa raison n’est pas en liberté, chassez la mouche qui bourdonne à ses oreilles.] — Cf. Montaigne : « I’ay l’esprit tendre et facile à prendre l’essor : quand il est empesché a part soy, le moindre bourdonnement de mouche l’assassine. » (III, xiii.)(III, xiii.)
↑ Bon conseil, c’est-à-dire décision sage. Cf. Régnier, Elégie I :
Et quel sage conseil en mon àme puis-je prendre ?
Et Corneille, Cinna, IV, 4IV, 4 :
Hélas ! de quel conseil est capable mon âme ?
↑ [Il n’en faut pas davantage pour tenir] sa raison en échec et troubler cette puissante intelligence [qui se rend [il ne saura trouver la vérité si vous ne la chassez.]
↑ Cf. B., 6 ; C., 18 ; Faug., I, 185 ; Hav., XXV, 120 ; Mol., I, 40 ; Mich., 239.
↑ « Qu’on descouple mesme de nos mouches aprez, elles auront et la force et le courage de le dissiper [l’homme]. De fresche memoire les Portugais assiegeants la ville de Tamly, au territoire de Xiatine, les habitants d’icelle porterent sur la muraille grand’quantité de ruches, de quoy ils sont riches ; et avec du feu chasserent les abeilles si visvement sur leurs ennemis, qu’ils abandonnerent leur entreprinse ne pouvants soutenir leurs assaults et piqueures : ainsi demeura la victoire et liberté de leur ville à ce nouveau secours. » (Mont., Apol.)Apol.)
↑ « Quant à la force, il n’est animal au monde en butte de tant d’offenses, que l’homme : il ne nous fault point une baleine, un éléphant et un crocodile, ny tels aultres animaux, desquels un seul est capable de desfaire un grand nombre d’hommes ; les pouils sont suffisants pour faire vacquer la dictature de Sylla : c’est le desieusner d’un petit ver, que le cœur et la vie d’un grand et triumphant empereur. » (Ibid.)(Ibid.)
↑ Cf. B., 374 ; C., 332 ; Faug., I, 201 ; Hav., XXV, 10 ; Mol., II, 149 ; Mich., 719.
↑ On, c’est Descartes. D’une part, Descartes fait consister la pensée uniquement dans la réflexion consciente, et il est ainsi amené à attribuer au corps toutes les fonctions de l’homme qui ne portent pas la marque de cette réflexion, où il est passif plutôt qu’actif, comme les différentes espèces de sensations. D’autre part tout ce qui est matériel se réduit pour lui au mouvement, et il est amené ainsi à tenter une explication purement mécaniste des sensations. Toutes les sensations dérivent donc d’un choc primitif, et les différences de nature que nous croyons discerner entre elles, se réduisent à des différences de grandeur et de rapidité. Le conatus recedendi est la force centrifuge dont sont animés « tous les corps qui se meuvent en rond pour s’éloigner des corps autour desquels ils se meuvent. » (Les Principes de la Philosophie. Partie III, ch. 54). Les esprits animaux sont « des parties du sang très subtiles et qui se meuvent très vite, car, dit Descartes, ce que je nomme ici des esprits ne sont que des corps ». (Traité des Passions, 1re partie, art. X.) — La science moderne semble avoir confirmé cette vue cartésienne suivant laquelle les différents sens seraient des modifications et des raffinements du toucher primitif ; en revanche, le passage des conditions physiologiques de la sensation au sentiment que nous en prenons et qui la constitue en tant que fait de conscience, semble être demeuré tout à fait mystérieux malgré l’affirmation de Pascal. Du point de vue scientifique au moins, le progrès aurait consisté à considérer comme une énigme ce que Descartes croyait pouvoir poser comme une solution.
↑ La Copie donne en marge qu’on nous dit, qui serait en effet mieux attendu.
↑ Cf. B., 368 ; C., 324 ; Faug., I, 223 ; Hav., XXV, 14 ; Mol., II, 142 ; Mich., 679.
↑ Toutes en surcharge.
↑ Pour concevoir la portée de cette remarque, il faut se référer à la doctrine cartésienne. Selon Descartes les moments du temps étaient réellement indépendants les uns des autres ; à chaque moment du temps correspondait une création nouvelle du monde, et des vérités nécessaires qui sont pour Descartes des créatures de Dieu. Dès lors, il n’y a aucune garantie pour que la proposition reconnue vraie à un moment donné le soit encore à un autre moment, ni même pour qu’elle ait subsisté telle quelle dans l’esprit. Il n’y a donc de certitude absolue que dans l’intuition immédiate, dans l’évidence. Mais l’évidence est inhérente aux seules idées simples. C’est pourquoi Descartes recommandera, dans toute démonstration complexe, de parcourir aussi rapidement que possible les différentes étapes de la déduction afin de se rapprocher autant qu’il se peut de l’unité de l’intuition et de se mettre en garde contre les défaillances et les surprises de la mémoire. Par ces quelques mots, on voit où Pascal voulait en venir : si la mémoire est nécessaire à toutes les opérations de la raison, il faut dire que la raison « loge son ennemi avec elle », et que toutes ses opérations sont ainsi frappées d’incertitude et menacées d’erreur.
↑ Cf. B., 333 ; C., 284 ; Faug., I, 216 ; Hav., XXIV, 92 et VI, 48 note ; Mol., I, 42 ; Mich., 351.
↑ « Mon ame me desplaist, de ce qu’elle produict ordinairement ses plus profondes resveries, plus folles et qui me plaisent le mieulx, à l’improuveu et lorsque ie les cherche moins, lesquelles s’esvanouissent soubdain, n’ayant sur le champ où les attacher. » (Montaigne, III, 5.)III, 5.)
↑ Ce dernier mot est dicté ; il est suivi dans le manuscrit de deux lignes écrites d’une main étrangère et qui n’ont pas été déchiffrées.
↑ Cf. Faug., I, 250 note ; Mich., 362.
↑ M. Faugère comble la lacune par les mots me tromper qui donnent en effet le sens de la remarque de Pascal. Ce souvenir d’enfance ne laisse pas d’être intéressant parce qu’il nous indique à quel point était naturel chez Pascal l’esprit de défiance et de scrupule qui devait l’amener au jansénisme, et que le jansénisme ne pouvait encore que développer.
↑ Cf. B., 390 ; C., 357 ; P. R., XXVIII, 26 ; Bos., I, viii, 10 ; Faug., I, 173 ; Hav., XXV, 10 ; Mol., I, 143 ; Mich., 435.
↑ [Mais.]
↑ [Mais… j’apprends au moins de là] ma faiblesse.
↑ Cf. B., 330 ; C., 280 ; P. R., XXXI, 27 ; Bos., I, viii, 1 et I, ii, 55 ; Faug., II, 96 ; Hav., VI, 1 ; Mol., I, 167 ; Mich., 341.
↑ Et en surcharge.
↑ [Honneur.]
↑ Mont., III, vIII, v : « Nostre vie est partie en folie, partie en prudence : qui n’en escript que reveerement et regulierement, il en laisse en arriere plus de la moitié. »
↑ Cf. B., 8 ; C., 21 ; P. R., XXV, 1 ; Bos., I, vi, 1 ; Faug., II, 98 ; Hav., III, 1 ; Mol., I, 41 ; Mich., 228.
↑ De non pas à mais addition en marge de la main de Pascal.
↑ Cf. fr. 297 sqq.
↑ Cf. fr. 425.
↑ De croire, ajouté par Pascal à ce qu’il avait dicté.
↑ C’est-à-dire qu’ils auraient tort de dénoncer la faiblesse et la présomption de l’espèce humaine, puisque tous les hommes se seraient élevés à ce qui est pour eux la sagesse suprême.
↑ Cf. B., 326 ; C., 332 ; P. R., XXIX, éd. 1669, p. 293 ; Faug., II, 129 ; Mol., I, 94 ; Mich., 283.
↑ C’est cette pensée qui a été retranchée de l’édition déjà imprimée des Pensées (Cf. Pièces justificatives, p. clxii et p. clxxviii.)
↑ [Mais déjà j’ai tant changé [croyais.]
↑ La fin de la phrase en surcharge.
↑ [Je n’ai plus changé.]
↑ En redevenant dogmatique, Arcésilas aurait prouvé par son revirement même l’inconstance de l’esprit humain et la fragilité de toute philosophie, fût-ce du scepticisme lui-même. Maintenant est-il vrai qu’Arcésilas était redevenu dogmatique ? L’avait-il été ? Il avait quitté l’école de Théophraste pour celle de Crantor, et il succéda à Cratès dans la direction de l’Académie qui devint avec lui une école de dialectique négative, tournée en particulier contre le dogmatisme de Zénon le Stoïcien. En ce sens Arcésilas devint pyrrhonien : Platon par devant, Pyrrhon par derrière, telle était la devise attribuée à la Nouvelle Académie. Mais ce scepticisme lui-même a-t-il fini par n’être qu’une apparence, ne recouvrait-il pas une doctrine mystérieuse réservée aux initiés ? C’est ce que semble insinuer une allusion de Cicéron dans les Académiques (II, xviii, 60), et ce que développe, avec trop de précision peut-être, saint Augustin dans un texte du Contra Academicos (I, xvii, 38) qui aura sans doute renseigné Pascal. La critique moderne fait sur cette tradition les réserves les plus justifiées. (Cf. Brochard, Les Sceptiques grecs, p. 114, sqq.)
↑ Cf. B., 9 ; C., 32 ; Bos., I, vi, 2 ; Faug., II, 98 ; Hav., III, 2 ; Mol., I, 169 ; Mich., 241.
↑ « L’ignorance qui se sçait, qui se juge, et qui se condamne, ce n’est pas une entière ignorance ; pour l’estre, il fault qu’elle s’ignore soy-mesme. » (Mont., Apol.)Apol.). Cf. fr. 327.
↑ Cf. B., 368 ; C., 326 ; P. R., XXIX, 16 ; Bos., I, ix, 20 ; Faug., I, 207 ; Hav., VI, 17 ; Mol., I, 116 ; Mich., 732.
↑ [Superbes et.]
↑ Mont., Apol.Apol. : « Quiconque imaginera une perpetuelle confession d’ignorance, un iugement sans pente et sans inclination, à quelque occasion que ce puisse estre, il conceoit le pyrrhonisme. I’exprime cette fantasie autant que ie puis, parce que plusieurs la trouvent difficile à concevoir, et les aucteurs mesmes la representent, un peu obscurement et diversement. »
↑ « Ie veois les philosophes pyrrhoniens qui ne peuvent exprimer leur generale conception en aucune maniere de parler ; car il leur fauldroit un nouveau langage : le nostre est tout formé de propositions affirmatives, qui leur sont du tout ennemies ; de façon que, quand ils disent : « Ie doubte », on les tient incontinent à la gorge, pour leur faire avouer qu’au moins assurent et sçavent ils cela, qu’ils doubtent » (Mont., Apol.)Apol.). — Cf. le commentaire qui nous est rapporté dans l’entretien avec M. de Sacil’entretien avec M. de Saci : « Il [Montaigne] met toutes choses dans un doute universel et si général, que ce doute s’emporte soi-même, c’est-à-dire s’il doute, et doutant même de cette dernière supposition, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel ; et sans repos, s’opposant également à ceux qui assurent que tout est incertain et à ceux qui assurent que tout ne l’est pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute de soi et dans cette ignorance qui s’ignore, et qu’il appelle sa maîtresse forme, qu’est l’essence de son opinion, qu’il n’a pu exprimer par aucun terme positif. »
↑ [Fausseté.] — Omnis homo mendax, Rom., III, 4.
↑ Cf. la fin du fr. 100, et la maxime de La Rochefoucaud citée en note.
↑ Cf. B., 470 ; C., 275 ; P. R., ult., XXIX, 21 ; Bos., I, ix, 17 ; Faug., II, 99 ; Hav., VI, 14 ; Mol., I, 115 ; Mich., 281.
↑ « De quoy se faict la plus subtile folie, que de la plus subtile sagesse ? Comme des grandes amitiez naissent des grandes inimitiez : des santez vigoreuses, les mortelles maladies : ainsi des rares et visves agitations de nos ames, les plus excellentes manies et plus destracquees ; il n’y a qu’un demi tour de cheville à passer de l’un à l’aultre. Aux actions des hommes insensez, nous veoyons combien proprement la folie convient avecques les plus vigoreuses operations de nostre ame. Qui ne sçait combien est imperceptible le voisinage d’entre la folie avec les gaillardes eslevations d’un esprit libre, et les effects d’une vertu supreme et extraordinaire ? Platon dict les melancholiques plus disciplinables et excellents : aussi n’en est-il point qui ayent tant de propension à la folie » (Mont., Apol.)Apol.). Cf. Charron, De la Sagesse, liv. I, ch. xiv, part. 15. On lit dans La Rochefoucauld : « La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse. » (Éd. 1665, no 134, supprimée depuis) ; et l’on sait qu’une école d’aliénistes contemporains, l’école de Moreau de Tours, a repris la même thèse : le génie est une névrose, et il y a une parenté étroite entre le génie et la folie.
↑ [Veut.]
↑ « Nous secouons icy les limites et dernieres clostures des sciences, ausquelles l’extremité est vicieuse, comme en la vertu. Tenez vous dans la route commune ; il ne fait pas bon estre si subtil et si fin… Ie vous conseille en vos opinions et en vos discours, autant qu’en vos mœurs et en toute aultre cbose, la modération et l’attrempance » (Ibid.)(Ibid.). — La Bruyère exprime dans un ordre différent de considérations, une pensée analogue : « Tienne qui voudra contre de si grandes extrémités ; je ne veux être, si je le puis, ni malheureux, ni heureux ; je me jette et me réfugie dans la médiocrité » (Des biens de Fortune)(Des biens de Fortune).
↑ [Non à en savoir.]
↑ « Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rengent au modèle commun et humain avecques ordre, mais sans miracle, sans extravagance. » (Montaigne.)
↑ Cf. B., 15 ; C., 33 ; Faug., I, 223 ; Hav., XXV, 72 ; Mol., I, 41 ; Mich., 186.
↑ C’est-à-dire tout ce qui est nécessaire à la vie. Littré cite ce passage de Bossuet : « Ceux qui le plaignaient [l’homme qui criait malheur à Jérusalem], ceux qui le maudissaient, ceux qui lui donnaient ses nécessités, n’entendirent jamais de lui que ces terribles paroles. » Disc. sur l’Hist. univ., II, 8.
↑ Cf. B., 331 ; C., 282 ; P. R., XXIX, 13 ; Bos., I, ix, 1 ; Faug., I, 205 ; I, 187 ; Hav., VI, 1 ; VI, 1 bis ; Mol., II, 251 ; I, 103 ; Mich., 349.
↑ Cf. fr. 97 : « on ne pèche qu’en l’application. »
↑ Débordement commençait à s’employer d’une façon absolue. Cf. Corneille, Cinna, V, 2V, 2 :
Pour ses débordements, j’en ai chassé Julie.
↑ Les lois… mettre en surcharge.
↑ « Il est malaysé de donner bornes à nostre esprit » (Mont., Apol.)Apol.). — Pascal avait lu aussi dans un Discours de Balzac adressé à Descartes : « C’est ôter dans la morale les bornes que la raison y a mises pour marquer la différence de chaque chose » (Troisième Discours).
↑ Cf. B., 5 ; C., 18 ; P. R., XXV, 3 ; Bos., I, vi, 2 ; Faug., II, 75 ; Hav., III, 2 bis ; Mol., I, 40 ; Mich., 381.
↑ « Si c’est un enfant qui iuge, il ne sçait que c’est. » (Mont., Apol.)Apol.). — « Tandis qu’on est jeune, on ne juge sainement de rien » (Méré, Œuvres, t. I, p. 240).
↑ M. Havet conjecture ici une lacune : « Il n’est pas vrai qu’on s’entête et qu’on s’encoiffe en n’y songeant pas assez. » Nous devions soumettre cette opinion au lecteur ; il nous semble pourtant que les natures primesautières et ardentes s’engouent aisément et s’obstinent dans leur goût, parce qu’elles ne considèrent pas assez les objets et ne réfléchissent pas suffisamment à leurs imperfections. La ponctuation du manuscrit doit donc être suivie ici, comme l’a fait déjà observer M. Molinier.
↑ Pascal a écrit : on y entre.
↑ Indivisible en surcharge.
↑ Pascal avait lu dans l’Apologie ces réflexions qui terminent la partie où est exposée la diversité des impressions sensibles : « Au demourant, qui sera propre à iuger de ces differences ? Comme nous disons, aux debats de la religion, qu’il nous fault un iuge non attaché à l’un ny à l’aultre party, exempt de choix et d’affection ; ce qui ne se peult parmy les chrestiens : il advient de mesme en cecy : car s’il est vieil, il ne peult juger du sentiment de la vieillesse, estant luy mesme partie en ce debat ; s’il est ieune, de mesme ; sain, de mesme ; de mesme malade, dormant et veillant : il nous fauldroit quelqu’un exempt de toutes ces qualitez, afin que, sans preoccupation de jugement, il iugeast de ces propositions comme à luy indifferentes ; et, à ce compte, il nous fauldroit un iuge qui ne feust pas. » Cf. fr. 114.
↑ Cf. B., 378 ; C., 337 ; P. R., XXIX, 22 ; Bos., I, ix, 37 ; Faug., I, 192 ; Hav., VI, 24 ; Mol., I, 95 ; Mich., 721.
↑ Pascal avait écrit d’abord : Quand tout se remue, rien ne se remue ; on voit qu’en se relisant il a renoncé à cet effet de style, qui était acheté au prix de la clarté.
↑ [Va.]
↑ À propos de ce terme emportement, Littré cite cette remarque du P. Bouhours : « Nous avons vu naître ce mot sans que nous sachions précisément qui en est l’auteur. Il naquit durant les guerres civiles ; et on ne le prit d’abord que pour un mouvement et un transport de colère. » — Pour le sens général où il est employé ici, voir le fr. 194 et la note au mot emporté, supra., p. 109.
↑ Cf. B., 377 ; C., 336 ; P. R., XXIX, 32 ; Bos., I, ix, 4 ; Faug., I, 192 ; Hav., VI, 4 ; Mol., I, 95 ; Mich., 714.
↑ Bourdaloue emploie également ce mot au sens absolu : « N’entend-on pas dire sans cesse que tout est renversé dans le monde, que le dérèglement y est général, qu’il n’y a ni âge, ni sexe, ni état qui en soit exempt ? » Pensées, t. I, p. 136, ap. Littré.
↑ De la nature et ils la croient suivre, surcharge.
↑ [Comme le port.]
↑ M. Lanson rapproche de ce fragment un chapitre des entretiens d’Épictète (II, xi) où Épictète proposa comme « le commencement de la philosophie l’invention d’une certaine règle, comme la balance pour les corps pesants ou le cordeau pour les corps droits ou courbes… Il y a une règle… pourquoi ne la cherchons-nous pas et ne la trouvons-nous pas » ?
↑ Cf. B., 82 ; C., 109 ; P. R., XXXI, 13 ; Bos., I, vi, 23 ; Faug., I, 215 ; Hav., III, 17 ; Mol., I, 322 ; Mich., 489.
↑ Est une mauvaise, surcharge. — Sur la première copie on lit la correction suivante : Contradiction est une mauvaise marque de fausseté. La rédaction de Pascal crée en effet une équivoque. Marque de vérité veut dire moyen de discerner le vrai, et non pas comme plus bas, signe positif de vérité. D’autre part la contradiction n’est pas la contradiction logique, régie par le principe d’identité, mais le démenti de fait, la négation opposée à l’affirmation. Ainsi entendue, la contradiction ne saurait constituer, aux yeux de Pascal, un critérium de la vérité. Cf. fr. 260, 261 et 902.
↑ Cf. B., 225 ; C., 271 ; Bos., II, i et 53 ; Faug., II, 97 ; Hav., VI, 60 ; Mol., I, 168 ; Mich., 592.
↑ « La voye de la vérité est une et simple. » (Montaigne, III, i.)III, i.) « Toute cette justice usuelle et de pratique n’est point vraiment et parfaitement justice, et l’humaine nature n’en est pas capable non plus que de toute autre chose en sa pureté » (Charron, Sagesse, III, v, 4).
↑ [Prenant le.]
↑ [L’adultère.]
↑ « C’est une maladie naturelle à l’homme de croire qu’il possède la vérité directement… au lieu qu’en effet il ne connaît naturellement que le mensonge, et qu’il ne doit prendre pour véritables que les choses dont le contraire lui paraît faux. » Réflexions sur l’Esprit géométrique. Les exemples que cite ici Pascal à l’appui de sa thèse sont empruntés à une conception de la vie morale qui rappelle celle d’Àristote : la vertu est un juste milieu entre des extrêmes qui sont des vices. Seulement Aristote admettait une vertu qui n’était pas susceptible d’excès, et c’était précisément la contemplation de la vérité. Pour un pyrrhonien, cette vertu spéculative est une chimère.
↑ « Choisissons la plus necessaire et plus utile [action] de l’humaine société ; ce sera le mariage : si est ce que le conseil des saincts trouve le contraire party plus honneste. » (Mont., III, i.)III, i.)
↑ Cf. au fr. 931, l’application de cette maxime à la morale relâchée des Casuistes.
↑ [L’on tuerait.]
↑ Réponse anticipée à l’interprétation de l’Évangile fondés sur ce précepte : ne résiste pas au méchant, que Tolstoï a rendue célèbre de nos jours.
↑ Cf. Montaigne : II, xx.II, xx. « Nous ne goustons rien de pur. La faiblesse de nostre condition faict que les choses, en leur simplicité et pureté naturelle, ne puissent pas tumber en nostre usage. »
↑ Cf. B., 418 ; C., 392 ; P. R., XXI, 17 ; Bos., I, vi, 20 ; Faug., II, 10 note ; Hav., III, 14 ; Mol., I, 168 ; Mich., 608.
↑ [On.]
↑ Et qu’on… voyage en surcharge.
↑ [On.]
↑ La phrase suivante en surcharge.
↑ [Presque.]
↑ [Le sommeil change de fantaisie.]
↑ [Effet.]
↑ Si ce n’est… voyage surcharge.
↑ « Ceux qui ont apparié nostre vie à un songe, ont eu de la raison, à l’adventure, plus qu’ils ne pensoient. Quand nous songeons, nostre ame vit, agit, exerce toutes ses facultez, ne plus ne moins que quand elle veille ; mais si plus mollement et obscurement, non de tant, certes, que la difference y soit comme de la nuict à une clarté visve ; ouy, comme de la nuict à l’ombre : là elle dort, icy elle sommeille ; plus et moins, ce sont tousiours tenebres, et tenebres cimmeriennes. Nous veillons dormants, et veillants dormons. Ie ne veois pas si clair dans le sommeil ; mais quant au veiller, ie ne le treuve iamais assez pur et sans nuage : encores le sommeil, en sa profondeur, endort par fois les songes ; mais nostre veiller n’est iamais si esveillé qu’il purge et dissipe bien à poinct les resveries, qui sont les songes des veillants, et pires que songes. Nostre raison et nostre ame recevant les fantaisies et opinions qui luy naissent en dormant, et auctorisant les actions de nos songes de pareille approbation qu’elle faict celles du iour, pourquoi ne mettons nous en doubte si nostre penser, nostre agir, est pas un aultre songer, et nostre veiller quelque espèce de dormir ? » (Mont., Apol.)Apol.) — Pour le dogmatisme antique l’objet perçu dans la veille avait une réalité intrinsèque, tandis que l’objet du rêve était imaginaire. Il suffisait au scepticisme de montrer que nous ne pouvons démontrer que nous ne rêvons pas dans notre prétendu état de veille, pour en tirer une conclusion ruineuse pour le dogmatisme. Aussi Descartes se servira-t-il d’un semblable argument pour nier la réalité immédiate du monde extérieur. Mais en même temps la doctrine cartésienne permettra de distinguer d’une autre façon la réalité perçue des illusions du rêve : les rêves sont incohérents tandis que l’objet de la pensée normale forme un système cohérent ; la réalité, selon la formule de Leibniz, est un ensemble de rêves bien liés, et c’est ce qu’indique déjà Pascal, quoiqu’à vrai dire il insiste surtout sur le côté négatif de la thèse.
↑ Cf. B., 326 ; C., 276 ; Faug., II, 98 ; Mol., I, 171 ; Mich., 284.
↑ Le fragment est mutilé dans le manuscrit, les premiers mots se trouvent dans la copie seulement.
↑ [Tant le pyrrhonisme. [univ… [puissant.]
↑ Dans l’EntretienEntretien avec M. de Saci, Montaigne est présenté comme le pur pyrrhonien : « Il y détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les hommes, non pas pour établir le contraire avec une certitude de laquelle seule il est ennemi, mais pour faire voir seulement que, les apparences étant égales de part et d’autre, on ne sait où asseoir sa créance. » Cf. Apol.Apol. : « Ils se sont reservé un merveilleux advantage au combat, s’estant deschargez du soin de se couvrir : il ne leur importe qu’on les frappe, pourveu qu’ils frappent ; et font leurs besongnes de tout. »
↑ Cf. B., 14 ; C., 32 ; Faug., II, 135 ; Hav., XXV, 36 ; Mol., I, 170 ; Mich., 50.
↑ « Je vous avoue, Monsieur, que je ne puis voir sans joie dans cet auteur la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes. » (Entretien avec M. de Saci.)(Entretien avec M. de Saci.)
↑ [Ne dira pas.]
↑ Cf. B., 21 ; C., 40 ; Faug., II, 135 ; Hav., XXV, 37 ; Mol., I, 159 ; Mich., 206.
↑ Pascal se réfère en particulier au verset 17 du chap. viii : « Et j’ai compris que l’homme ne peut trouver la raison d’aucun des ouvrages divins qui sont sous le soleil ; et plus il aura travaillé pour trouver, moins il aura trouvé : le sage eût-il dit qu’il connaît, il ne pourra trouver. »
↑ [Sans.]
↑ Cf. B., 466 ; C., 265 ; Faug., II, 99 ; Hav., XXV, 34 ; Mol., I, 315 ; Mich., 780.
↑ Pascal vise ici les plus fortes objections qu’on puisse faire, du point de vue rationaliste, au christianisme et surtout au jansénisme. Dieu est-il juste quand il destine tant de créatures à la damnation alors qu’il leur a refusé la force nécessaire au salut ? Mais juger de la justice de Dieu, c’est supposer qu’on possède une définition de la justice absolue ; voilà la vanité que rabat le pyrrhonisme ; le pyrrhonisme empêche l’homme de se soulever contre Dieu.
↑ Pascal se souvient de l’Apologie de R. SebondApologie de R. Sebond : « Le moyen que ie prends pour rabattre cette frénésie, et qui me semble le plus propre, c’est de froisser et fouler aux pieds l’orgueil et l’humaine fierté ; leur faire sentir l’inanité, la vanité et deneantise de l’homme ; leur arracher des poings les chestives armes de leur raison ; leur faire baisser la teste et mordre la terre soubs l’autorité et reverence de la maiesté divine. » Cf. l’Entretien avec M. de Saci.
↑ Cf. B., 369 ; C., 326 ; Faug., II, 160 ; Hav., XXV, 34 bis ; Mol., I, 174 ; Mich., 685.
↑ Les copies lisent : Grands mots à la religion, je la nie. La lecture que nous donnons a été déjà proposée par M. Molinier.
↑ Cf. le jugement de Montaigne sur le pyrrhonisme : « Combien, et aux loix de la religion, et aux loix politiques, se trouvent plus dociles, et aysez à mener, les esprits simples et incurieux, que ces esprits surveillants et paidagogues des causes divines et humaines ! Il n’est rien en l’humaine invention où il y ayt tant de verisimilitude et d’utilité. » (Apol.)(Apol.).
↑ Cf. B., 37 bis ; C., 57 ; P. R., XXXI, 5 ; Bos., II, iv, 21 ; Faug., II, 107 ; Hav., III, 15 ; Mol., I, 170 ; Mich., 427.
↑ [Ordre.]
↑ [Éclaircir.] — « C’est ce que la géométrie enseigne parfaitement. Elle ne définit aucune de ces choses, espace, temps, mouvement, nombre, égalité, ni les semblables qui sont en grand nombre, parce que ces termes-là désignent si naturellement les choses qu’ils signifient, à ceux qui entendent la langue, que l’éclaircissement qu’on en voudrait faire apporterait plus d’obscurité que d’instruction. » (Réflexions sur l’Esprit géométrique.)
↑ [Qu’un corps change] de place [nous disons tous qu’il se remue.]
↑ Cette conformité d’application [fournit bien.]
↑ De la dernière à puisqu’on sait en surcharge.
↑ [Qu’en bonne logique [que des choses vraies et fausses se tirent souvent les mêmes conséquences.]
↑ [Contraires.]
↑ Nous ne nous entendons jamais sur les choses, mais sur l’expression des choses ; car les hommes communiquent par le langage, et non directement par la pensée. Or l’expression est un rapport de signe à chose signifiée, et c’est évidemment courir le risque de se tromper que de conclure de l’identité du signe à l’identité de la chose signifiée. Un quiproquo peut se prolonger longtemps avant d’être dissipé : il n’est donc pas contradictoire d’imaginer un quiproquo assez bien réglé pour qu’il ne puisse jamais être éclairci, et cela suffit aux sceptiques.
↑ [Mais cela la ternit.]
↑ C’est-à-dire auraient parié. Voici comment la Logique de Port-Royal expose la différence des académiciens et des pyrrhoniens : « Les uns se sont contentés de nier la certitude en admettant la vraisemblance, et ce sont les nouveaux académiciens : les autres, qui sont les pyrrhoniens, ont même nié cette vraisemblance, et ont prétendu que toutes choses étaient également obscures et incertaines. » (4e partie, ch. Ier.)(4e partie, ch. Ier.) Cf. Montaigne, Apologie de R. Sebond.Apologie de R. Sebond.
↑ [Un certain jour sombre.]
↑ [Que nos lumières naturelles ne sauraient éclaircir à plein.]
↑ Au verso de ce fragment le titre 1. La Raison et la fin d’une phrase barrée [d’une chose et [de cette nature. Dieu est le commencement et la fin. Eccl. Eccli.] — (Cf. Apocal. XXI, 6, Ego sum Α et Ω : initium et finis).
↑ Cf. B., 410 ; C., 387 ; P. R., XXXI, 19 ; Bos., I, ix, 52 ; Hav., VI, 49 ; Mol., I, 99 ; Mich., 380.
↑ Écrit par Mme Périer.
↑ Expression conforme à l’usage du xviie siècle : « Ce n’est pas tant la mort qui me trouble que de ce qu’il est fâcheux d’être pendu. » (Molière, M. de Pourceaugnac, III, 2.)III, 2.) — Le fragment commençait d’abord par : Il y a des gens.
↑ [Etc.]
↑ « Le roi Philippus feit un amas des plus meschants hommes et incorrigibles qu’il peut trouver, et les logea tous en une ville qu’il leur feit bastir, qui en portoit le nom : j’estime qu’ils dresserent, des vices mesmes, une contexture politique entre eulx, et une commode et iuste société. » (Montaigne. III, iv)III, iv). — « Si j’avais, écrit Voltaire à d’Alembert, des citoyens à persuader de la nécessité des lois, je leur ferais voir qu’il y en a partout, même au jeu, qui est un commerce de fripons ; même chez les voleurs. » Les logiciens qui sont assimilés aux janissaires et aux voleurs, ce sont les sceptiques qui sont des raisonneurs à outrance : seulement s’ils acceptent les lois du raisonnement, c’est provisoirement et afin de montrer que tout raisonnement supposant des principes admis sans démonstration est arbitraire et incertain.
↑ [Tant.]
↑ Cf. B., 358 ; C., 314 ; Faug., II, 192 ; Hav., XXV, 29 ; Mol., I, 173 ; Mich., 20.
↑ Cf. B., 196 ; C., 7 ; P. R., XXI, 2 ; Bos., II, i, 2 ; Faug., II, 99 ; Hav., VIII, 9 ; Mol., I, 169 ; Mich., 866.
↑ Cf. fr. 344 : « Instinct et raison, marques de deux natures. »
↑ La première phrase a été écrite, la seconde phrase a été dictée par Pascal.
↑ Cf. B., 47 ; C., 68 ; Bos., I, iv, 10 ; Faug., I, 226 ; Hav., I, 10 bis ; Mol., I, 38 ; Mich., 562.
↑ L’instinct semble être l’aspiration au bien, souvenir de notre perfection primitive ; l’expérience est la connaissance de notre misère et de notre chute.
↑ Cf. B., 40 ; C., 60 ; P. R., XXIII, 3 ; Bos., I, iv, 3 ; Faug., II, 82 ; Hav., I, 3 ; Mol., I, 71 ; Mich., 400.
↑ [D’être] remplacé par de connaître.
↑ Cf. B., 40 ; C., 60 ; P. R., XXIII, 3 ; Bos., I, iv, 3 ; Faug., II, 82 ; Hav., I, 3 ; Mol., I, 71 ; Mich., 622.
↑ [Et toutes ces grandeurs prouvent.]
↑ Allusion à Persée, fr. 409 et 410.
↑ Cf. C., 433 ; Faug., II, 82 ; Hav., XXV, 82 ; Mol., I, 72 ; Mich., 907.
↑ Début du troisième chapitre des Lamentations de Jérémie : Ego vir videns paupertatem meam in virga indignationis ejus. Me minavit, et adduxit in tenebras, et non in lucem.
↑ Cf. B., 97 ; C., 9 ; P. R., XXIII, 5 ; Bos., I, iv, 5 ; Faug., II, 80 ; Hav., I, 5 ; Mol., I, 66 ; Mich., 212.
↑ [D’]être.
↑ Cf. fr. 148.
↑ Cf. B., 374 ; C., 331 ; P. R., ult., XXXI, 25 ; Bos., I, x, 15 ; Faug., I, 204 ; Hav., VII, 15 ; Mol., I, 87 ; Mich., 706.
↑ Cf. fr. 361 et les notes. Port-Royal éclaircit ainsi les deux dernières lignes : « II n’en est pas de même parmi les hommes ; leur vertu ne se satisfait pas d’elle-même ; et ils ne sont point contents, s’ils n’en tirent avantage contre les autres. »
↑ Cf. B., 45 ; C., 65 ; Faug., I, 225 ; Hav., XXIV, 80 ter ; Mol., I, 104 ; Mich., 641.
↑ [Faire.]
↑ Cette pensée de Pascal est longuement et ingénieusement développée par Nicole, dans un chapitre du Traité de la Grandeur (Première partie, ch. vi) : Que la cupidité prend dans le monde la place de la charité pour remplir les besoins des hommes, et que c’est l’ordre politique qui la règle, et qui l’applique au service des hommes. « Quelle charité serait-ce que de bâtir une maison tout entière pour un autre, de la meubler, de la tapisser, de la lui rendre la clé à la main ? la cupidité le fera gaîment… Il a donc fallu un art pour régler la cupidité, et cet art consiste dans l’ordre politique, qui la retient par la crainte de la peine, et qui l’applique aux choses qui sont utiles à la société. » — Cf. le Traité de la charité et de l’amour-propre.
↑ Cf. B., 37 bis ; C., 57 ; Faug., I, 220 ; Hav., XXIV, 80 bis ; Mol., I, 104 ; Mich., 675.
↑ Voir les derniers fragments de la section V (328-337) qui définissent le fondement de l’ordre politique.
↑ Cf. Charron : « Le désir d’honneur et de gloire, et la queste de l’approbation d’autrui est une passion vicieuse, violente, puissante, de laquelle a été parlé en la passion d’ambition ; mais très utile au public, à contenir les hommes en leur devoir, à les éveiller et échauffer aux telles actions, témoignage de la faiblesse et insuffisance humaine, qui à faute de bonne monnaie emploie la courte et la fausse. » (Sagesse, I, LX.)
↑ Cf. C., 471 ; P. R., XXIII, 5 ; Bos., I, iv, 5 ; Faug., II, 80 ; Hav., I, 5 bis ; Mol., I, 67 ; Mich., 927.
↑ « Veoyons les dernieres paroles d’Epicurus, et qu’il dict en mourant, elles sont grandes, et dignes d’un tel philosophe, mais si ont elles quelque marque de la recommendation de son nom, et de cette humeur qu’il avait descriee par ses preceptes » (Mont., II, xvi.)II, xvi.)
↑ Nous empruntons la note suivante à M. Droz (Étude sur le scepticisme de Pascal, 1886, p. 211) : « La « nature, qui est plus forte que tout », cela est peut-être emprunté à Grégoire de Naziance, Second discours sur la paix, p. 1 : « ἡ φύσις, ἧς οὐδὲν βιαιότερον. » Grégoire de Naziance était un des auteurs favoris de M. Hermant, qui en a même traduit quelques ouvrages. »
↑ Cf. B., 21 ; C., 40 ; P. R., XXIV, 3 ; Bos., I, v, 2 ; Faug., II, 89 ; Hav., II, 2 ; Mol., I, 90 ; Mich., 201.
↑ [Désir de vérité, justice.]
↑ L’emploi de ce verbe est peut-être chez Pascal une réminiscence de ses écrits scientifiques : « Il faudrait toujours un même poids pour contrepeser l’eau. » Équilibre des liqueurs, I.
↑ « Ô malheur de l’homme, où ce qu’il y a de plus épuré, de plus sublime, de plus vrai dans la vertu, devient naturellement la pâture de l’orgueil ! Et à cela quel remède, puisqu’encore on se glorifie du remède même ? En un mot, on se glorifie de tout, puisque, même on se glorifie de la connaissance qu’on a de son indigence, et de son néant ; et que les retours sur soi-même se multiplient jusqu’à l’infini. » (Bossuet, Traité de la Concupiscence, ch. xxiii.)
↑ Cf. C., 473 ; Bos., II, xvii, 10 ; Faug., II, 86 ; Hav., XXIV, 10 bis ; Mol., I, 90 ; Mich., 934.
↑ Contrepeser c’est faire équilibre ; emporter c’est déplacer l’équilibre, en faisant pencher le plateau de la balance. Cf. Amyot : « Démosthène, l’ayant soupesée, s’esmerveilla du poids qui estoit grand, et demanda combien de poids elle emportoit ; et Harpelus en se riant lui répondit : elle t’emportera vingt talents. » Vie de Démosthène, 36, apud Littré.
↑ « La presumption est nostre maladie naturelle et originale. La plus calamiteuse et fragile de toutes les créatures, c’est l’homme et quand et quand la plus orgueilleuse. » (Mont., Apol.)Apol.) — Cf. Charron : « Ce sont deux choses qui semblent bien se heurter et empescher, que misere et orgueil, vanité et presomption : voilà une estrangement monstrueuse nature que l’homme. » (Sagesse, I, préface au chap. xxxvi.)
↑ Cf. B., 331 ; C., 282 ; P. R., XXIX, 11 ; Bos., I, ix, 15 ; Faug., I, 209 ; Hav., VI, 12 ; Mol., I, 124 ; Mich., 346.
↑ La malignité, c’est d’une façon générale l’esprit mauvais, la nature pervertie par l’égoïsme. Or le fond de cette malignité, c’est l’orgueil ; aussi tout lui est-il occasion d’orgueil, la force d’abord quand la raison est de son côté, et la faiblesse aussi : l’homme qui n’a pas réussi à vaincre la nature, s’en fait un titre de gloire, comme s’il recouvrait par là son indépendance, et devenait plus grand en se soustrayant à la loi de Dieu. Cette interprétation serait éclairée par ce passage de Bossuet : « L’orgueil dont nous parlons consiste dans une certaine fausse force, qui rend l’âme indocile et fière, et ennemie de toute crainte ; et qui, par un amour excessif de sa liberté, le fait aspirer à une espèce d’indépendance : ce qui est cause qu’elle trouve un certain plaisir particulier à désobéir, et que la défense l’irrite. » (Traité de la Concupiscence, ch. xiv.)
↑ Cf. B., 328 ; C., 278 ; Bos., I, ix, 64 ; Faug., I, 193 ; Hav., VI, 61 ; Mol., I, 88 ; Mich., 337.
↑ [Il arrive souvent.] — « Les Pythagoriciens, dit Montaigne, font le bien certain et finy, le mal infiny et incertain. Mille routes desvoyent du blanc, une y va. » (Essais, I, ixI, ix, cf. Charron, Sagesse, III, ix, 4.) — Saint-Cyran écrit (Lettres spirituelles, LVI) « Il y a mille moyens de nous perdre et, il n’y a qu’un pour nous sauver, qui est l’humilité. »
↑ [Le.]
↑ La fin du fragment en surcharge.
↑ Mont. : « Nos forces ne sont non plus capables de les ioindre [les anciens] en ces parties là vicieuses qu’aux vertueuses ; car les unes et les aultres partent d’une vigueur d’esprit qui estoit sans comparaison plus grande en eulx qu’en nous : et les âmes, à mesure qu’elles sont moins fortes, elles ont d’autant moins de moyen de faire ny fort bien ny fort mal. » (I, xlix)(I, xlix) Et ailleurs : « Ie veois, non une action, ou trois, ou cent, mais des mœurs, en usage commun et receu, si farouches, en inhumanité surtout et desloyauté, qui est pour moy la pire espèce des vices, que ie n’ay point le courage de les concevoir sans horreur ; et les admire, quasi autant que ie les déteste : l’exercice de ces meschancetez insignes porte marque de vigueur et force d’âme, autant que d’erreur et desréglement. » (III, IX.)(III, IX.) — Cf. fr. 225.
↑ Cf. B., 40 ; C., 61 ; P. R., XXIII, 4 ; Bos., I, iv, 4 ; Faug., II, 81 ; Hav., I, 4 ; Mol., I, 71 ; Mich., 381.
↑ Est si visible qu’elle en surcharge.
↑ [Ce n’est pas.]
↑ [Quand.]
↑ [Est-il.]
↑ Souvenir de Montaigne : « Paulus Æmilius respondit à celuy que ce miserable roy de Macedoine, son prisonnier, lui envoyait pour le prier de ne le mener pas en son triomphe : « Qu’il en face la requeste à soy mesme. » (I, xix.)(I, xix.) L’anecdote est empruntée à Cicéron (Tusculanes, V, 40) et à Plutarque (Vie de Paul-Émile, ch. xvii.)
↑ [Est.]
↑ [Et un.]
↑ [Se fâcher.]
↑ Cf. Spinoza : « Sic etiam videmus quod nemo miseretur infantis, propterea quod nescit loqui, ambulare, ratiocinari et quod denique tot annos quasi sui inscius vivat. At si plerique adulti, et unus aut alter infans nascerentur, tum unumquemque misereret infantum, quia tum ipsam infantiam, non ut rem naturalem et necessariam, sed ut naturæ vitium seu peccatum consideraret » (Éthique, Part. V, Prop. VI, Scholie).
↑ Cf. B., 5 ; C., 17 ; Faug., I, 235 et II, 82 note ; Hav., I, 4 bis ; Mol., I, 72 ; Mich., 253.
↑ Cf. B., 361 ; C., 318 ; P. R., XXIV, 6 ; Bos., I, v, 4 ; Faug., II, 81 ; Hav., II, 4 ; Mol., I, 60 ; Mich., 120.
↑ Cf. B., 358 ; C., 315 ; P. R., IX, 8 ; Bos., II, xvii, 68 ; Faug., II, 79 ; Hav., XXIV, 57 ; Mol., I, 82 ; Mich., 2.
↑ « De qui pensez-vous, écrit Balzac dans une page célèbre, que soient celles-ci ? ces [paroles] : Nous sommes composés de deux ennemis qui ne s’accordent jamais : la partie sublime de notre âme est toujours en guerre avec la partie inférieure, l’homme est fait d’un Dieu et d’une bête qui sont attachés ensemble. Si vous devinez l’auteur de ces quatre lignes, je vous estimerai aussi grand usage que ceux qui prédirent la naissance du roi Sapor. » (Dissertation au R. P. Domandre, de Saint-Denis).
↑ Être sans guerre, ne pouvant en surcharge dans le manuscrit.
↑ M. Michaut donne aussi.
↑ Cf. B., 197 ; C., 8 ; P. R., XXI, 2 ; Bos., II, i, 2 ; Faug., II, 91 ; Hav., VIII, 8 ; Mol., I, 175 ; Mich., 865.
↑ [À la.]
↑ Pascal avait d’abord écrit Barreaux, il ajoute le des, ce qui tendrait à prouver que Pascal ne le connaissait qu’indirectement. — Tallemant signale des Barreaux allant passer à Saint-Cloud la semaine sainte pour faire, disait-il, son carnaval « avec Miton, grand joueur » et il nous indique ainsi comment le nom de Des Barreaux vient sous la plume de Pascal. Tallemant ajoute : « il prêche l’athéisme partout où il se trouve… Bien loin de s’amender en vieillissant (Des Barreaux était né en 1602) il fit une chanson où il y a :
« Et par ma raison je butte
À devenir bête brute. »
↑ [Trouble le repos de ceux qui s’abandonnent.]
↑ Cf. B., 197 ; C., 9 ; Bos., suppl., 10 ; Faug., I, 180 ; Hav., XXIV, 71 ; Mol., I, 118 ; Mich., 848.
↑ Nécessairement en surcharge.
↑ Souvenir de Montaigne : « Il fault avoir un peu de folie, qui ne veult avoir plus de sottise, disent et les preceptes de nos maistres, et encores plus leurs exemples » (III, ix)(III, ix) ; et ailleurs : « toute sapience est insipide, qui ne s’accommode à l’insipience commune. » (III, iii.)(III, iii.) On cite encore ce mot d’Antonio Perez : Sois plutôt fou avec tous que sage tout seul ; si tous sont fous, tu n’y perdras rien ; mais si tu restes sage tout seul, ta sagesse passera pour folie, » qu’on peut rapprocher des maximes de la Rochefoucauld : « C’est une grande folie de vouloir être sage tout seul » (231)(231) et : « Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit » (209)(209).
↑ Cf. B., 47 ; C., 68 ; Bos., I, iv, 10 ; Faug., II, 92 ; Hav., I, 10 ; Mol., I, 38 ; Mich., 442.
↑ [L’autre selon.]
↑ M. Gidel et M. Michaut proposent habitude d’y voir. M. Le Goupils, ancien professeur de rhétorique au lycée de Rouen, m’a donné l’interprétation grammaticale de la phrase. D’y voir la course tombe directement sur on juge (Cf. Corneille, Cid, III, 1III, 1 :
Je mérite la mort, de mériter sa haine.
Et Molière, Sganarelle
J’avais tout cru perdu, de crier de la sorte.)
L’opposition de la fin et de la multitude est l’opposition de la nature idéale, conforme à la véritable destinée de l’être, et de la nature réelle, conforme à la valeur effective du plus grand nombre des êtres. Cette dualité de sens se retrouve aujourd’hui dans le mot normal. L’homme normal, c’est tantôt l’homme moyen, et tantôt l’homme qui est exactement ce qu’il devrait être.
↑ Animum arcendi semble désigner l’instinct du chien de garde.
↑ [S’en éloignent.]
↑ [Il ne fait pas.]
↑ Cf. B., 46 ; C., 66 ; P. R., XXI, 4 ; Bos., II, i, 4 et 5 ; Faug., II, 83 ; Hav., VIII, 13 ; Mol., I, 65 ; Mich., 387.
↑ [Tirant.]
↑ [Qu’ils ont.]
↑ « Il est bien vraiment misérable. Mais ce qui r’engrège encore son mal et enchérit sa misère, c’est qu’il est tout plein du désir du contraire : car il désire tant qu’il peut son bien aise, la béatitude, l’immortalité, ce désir lui être planté au cœur, de nature même, dont il ne peut se défaire. » (Charron, Discours I de la Rédemption du monde.)
↑ [Se servant des premiers.]
↑ [De connaître.]
↑ Cf. B., 360 ; C., 317 ; P. R., III, 13 ; Bos., II, v, 5 ; Faug., II, 81 ; Hav., XII, 8 ; Mol., I, 284 ; Mich., 122.
↑ Duplicité est pris au sens propre : formé de deux natures. Cf. Amyot : « Toutefois qu’il y ait encore quelque duplicité et meslange en l’âme mesme, et quelque diversité de nature et différence entre la partie raisonnable et l’irraisonnable. » De la vertu morale, apud Littré. Dans l’examen de Cinna, Corneille parle de la « duplicité de lieu ».
↑ « Cette variation et contradiction qui se veoid en nous, si souple, a faict que aulcuns nous songent deux âmes, d’aultres deux puissances, qui nous accompaignent et agitent chascune à sa mode, vers le bien l’une, l’aultre vers le mal ; une si brusque diversité ne se pouvant bien assortir à un subiect simple. » (Essais, liv. II, ch. 1.)liv. II, ch. 1.) — Un philosophe matérialiste du xviiie siècle, La Mettrie, après avoir rapporté la légende sur le vertige de Pascal (l’hallucination constante d’un abîme à gauche), ajoute : « Grand homme d’un côté, il était à moitié fou de l’autre. La sagesse avait chacun leur département ou leur Lobe séparé par la faux. De quel côté tenait-il si fort attaché à
MM. de Port-Royal ? » (L’homme-machine.)
↑ Cf. B., 45 ; C., 65 ; P. R., XXIII, 7 ; Bos., I, iv, 7 ; Faug., II, 85 ; Hav., I, 7 ; Mol., I, 68 ; Mich., 507.
↑ Sans… grandeur, en surcharge.
↑ [Mais il ne peut être.]
↑ Ce second paragraphe est une addition, ou une variante, donnée par les copies.
↑ La seconde copie corrige : qu’il croie qu’il est égal aux anges.
↑ Cf. Bossuet : « Il ne faut pas permettre à l’homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n’est qu’un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs… Tout est vain en l’homme, si nous regardons ce qu’il donne au monde ; mais, au contraire, tout est important si nous considérons ce qu’il doit à Dieu. Encore une fois tout est vain, si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux, si nous contemplons le terme où elle aboutit. » (Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre.)
↑ Cf. B., 254 ; C., 470 ; Faug., II, 96 ; Mol., I, 70 ; Mich., 774.
↑ [Pas.]
↑ Cf. B., 48 ; C., 68 ; P. R., XXI, 4 ; Bos., II, i, 4 ; Faug., II, 89 ; Hav., VIII, 14 ; Mol., I, 70 ; Mich., 760.
↑ Cf. Bossuet. : « Ô mort ! nous te rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance ! Toi seule nous convaincs de notre bassesse, toi seule nous fais connaître notre dignité. Si l’homme s’estime trop, tu sais déprimer son orgueil ; si l’homme se méprise trop, tu sais relever son courage ; et pour réduire toutes ses pensées à un juste tempérament, tu lui apprends ces deux vérités… » (Sermon sur la mort, 1662.)
↑ Cf. B., 196 ; C., 7 ; Bos., I, iv, 9 ; Faug., II, 19 ; Hav., I, 9 ; Mol., I, 74 ; Mich., 860.
↑ Cf. B., 361 ; C., 318 ; Faug., II, 96 ; Hav., XXV, 33 bis ; Mol., I, 174 ; Mich., 168.
↑ Cf. fr. 184 : « Lettre pour porter à rechercher Dieu. Et puis le faire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatistes, qui travaillent celui qui les recherche. » Et fr. 787 : « Ainsi je tends les bras à mon Libérateur. »
↑ Cf. C., 65 ; P. R., XXIII, 8 ; Bos., I, iv, 8 ; Faug., II, 90 ; Hav., I, 8 ; Mol., I, 73 ; Mich., 885.
↑ Cf. B., 196 ; C., 7 ; P. R., III, 14 ; Bos., II, iv, 5 ; Faug., II, 146 ; Hav., XII, 9 ; Mol., I, 285 ; Mich., 861.
↑ [Vraie.]
↑ [Y.]
Blaise Pascal Pensées Texte établi par Léon Brunschvicg, Hachette, 1921 (Œuvres de Blaise Pascal, vol. XIII, p. 321-441).
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425 1
Seconde partie. Que l’homme sans la foi ne peut 2 connaître 3 le vrai bien, ni la justice. — Tous les hommes recherchent d’être heureux ; cela est sans exception ; quelques différents moyens qu’ils y emploient, ils tendent tous à ce but 4 . Ce qui 5 fait que les uns vont à la guerre, et que les autres n’y vont pas, est ce même désir, qui est dans tous les deux, accompagné de différentes vues 6 . La volonté [ne] fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre.
Et cependant, depuis un si grand nombre d’années, jamais personne, sans la foi, n’est arrivé à ce point où tous visent continuellement. Tous se plaignent 7 : princes, sujets ; nobles, roturiers ; vieux, jeunes : forts, faibles ; savants, ignorants ; sains, malades 8 ; de tous pays, de tous 9 les temps, de tous âges et de toutes conditions.
Une épreuve si longue, si continuelle et si uniforme 10 , devrait bien 11 nous convaincre de notre impuissance d’arriver au bien par nos efforts 12 . Mais l’exemple nous instruit peu : il n’est jamais si 13 parfaitement semblable, qu’il n’y ait quelque 14 délicate différence ; et c’est de là que nous attendons que notre attente ne sera pas déçue en cette occasion comme 15 en l’autre 16 . Et ainsi 17 , le présent ne nous satisfaisant jamais, l’expérience 18 nous pipe, et de malheur en malheur, nous mène jusqu’à la mort, qui en est un comble éternel.
Qu’est-ce donc que nous crie cette 19 avidité et cette impuissance, sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu’il essaye 20 inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant des choses absentes le secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet 21 infini et immuable, c’est-à-dire que par Dieu même ?
22 Lui seul est son véritable bien 23 , et depuis qu’il l’a 24 quitté c’est une chose étrange, qu’il n’y a rien dans la nature qui n’ait été capable de lui en tenir la place : astres, ciel, terre 25 , éléments 26 , plantes, choux, poireaux 27 , animaux 28 , insectes, veaux, serpents, fièvre 29 , peste, guerre, famine, vices, adultère, inceste 30 . Et depuis qu’il a perdu le vrai 31 bien, tout 32 également peut lui paraître tel 33 , jusqu’à sa destruction propre, quoique si contraire à Dieu, à la raison et à la nature tout ensemble 34 .
Les uns le cherchent dans 35 l’autorité, les autres dans les curiosités et dans les sciences, les autres dans les voluptés 36 . D’autres, qui en ont en effet plus approché, ont considéré qu’il est nécessaire que le bien universel, que tous les hommes désirent, ne soit dans aucune des choses particulières qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées, affligent plus leur possesseur, par le manque de la partie qu’[il] n’[a] 37 pas, qu’elles ne le contentent par la jouissance de celle 38 qu’elles lui apportent 39 . Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous pussent le posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne ne le pût perdre contre son gré 40 . Et leur raison est que 41 ce désir étant naturel à l’homme, puisqu’il est nécessairement dans tous, et qu’il ne peut pas ne le pas avoir 42 ; ils en concluent 43 …
Première Copie 193]
426 44
La vraie nature étant perdue, tout devient sa nature ; comme, le véritable bien étant perdu, tout devient son véritable bien.
465]
427 45
L’homme ne sait 46 à quel rang se mettre ; il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver ; il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables.
*444]
428 47
Si c’est une marque de faiblesse, de prouver 48 Dieu par la nature, n’en méprisez point l’Écriture 49 ; si c’est une marque de force d’avoir connu ces contrariétés, estimez-en l’Écriture 50 .
23]
430 55
A. P. R. 56 (Commencement, après avoir expliqué l’incompréhensibilité) 57 . — Les grandeurs et les misères de l’homme sont tellement visibles, qu’il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu’il y a quelque grand principe de grandeur en l’homme, et qu’il y a un grand principe de misère. Il faut donc 58 qu’elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés.
Il faut que, pour rendre l’homme heureux, elle lui 59 montre qu’il y a un Dieu ; qu’on est obligé de l’aimer ; que notre vraie félicité est d’être en lui, et notre unique mal d’être séparé de lui ; qu’elle reconnaisse que nous sommes pleins de ténèbres qui nous empêchent de le connaître et de l’aimer ; et qu’ainsi nos devoirs nous obligeant d’aimer Dieu, et nos concupiscences nous en détournant, nous sommes pleins d’injustice. Il faut qu’elle nous rende raison de ces oppositions que nous avons à Dieu et à notre propre bien. Il faut qu’elle nous enseigne les remèdes à nos impuissances, et les moyens d’obtenir ces remèdes 60 . Qu’on examine sur cela toutes les religions 61 du monde, et qu’on voie s’il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse.
Sera-ce les philosophes, qui nous proposent pour tout bien les biens qui sont en nous ? Est-ce le vrai bien ? 62 ont-ils trouvé le remède à nos maux ? est-ce avoir guéri la présomption de l’homme que de l’avoir mis à l’égal de Dieu 63 ? Ceux qui nous ont égalés aux bêtes, et 64 les mahométans qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien, même dans l’éternité, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences 65 ? Quelle religion nous enseignera donc à guérir 66 l’orgueil et la concupiscence ? Quelle religion enfin nous enseignera notre bien, nos devoirs, les faiblesses qui nous en détournent, la cause de ces faiblesses, les remèdes qui les peuvent guérir, et le moyen d’obtenir ces remèdes ?
Toutes les autres religions ne l’ont pu. Voyons ce que fera la 67 Sagesse de Dieu :
N’attendez pas, dit-elle 68 , ni vérité, ni consolation des hommes. Je suis celle qui vous ai formés, et qui puis seule vous apprendre qui vous êtes. Mais vous n’êtes plus 69 maintenant en l’état où je vous ai formés 70 . J’ai créé l’homme saint, innocent, parfait ; je l’ai rempli de lumière et d’intelligence ; je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L’œil de l’homme voyait alors la majesté de Dieu 71 . Il n’était pas alors dans les ténèbres qui l’aveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l’affligent 72 . Mais il n’a pu soutenir tant de gloire sans tomber dans la présomption ; il a voulu se rendre centre de lui-même, et indépendant de mon secours 73 ; il s’est soustrait de ma domination ; et, s’égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en lui-même, je l’ai abandonné à lui ; et, révoltant les créatures, qui lui étaient soumises 74 , je les lui ai rendues ennemies : en sorte qu’aujourd’hui l’homme est devenu semblable aux bêtes, et dans un tel éloigneraient de moi, qu’à peine lui reste-t-il une lumière confuse de son auteur : tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées ! Les sens, indépendants de la raison, et souvent maîtres de la raison, l’ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures ou l’affligent ou le tentent, et dominent sur lui, ou 75 en le soumettant par leur force, ou en le charmant par leur douceur, ce qui est une domination plus terrible et plus impérieuse 76 .
Voilà l’état où les hommes sont aujourd’hui. Il leur reste quelque instinct impuissant du bonheur de leur première nature, et ils sont plongés dans les misères de leur aveuglement et de leur concupiscence, qui est devenue leur seconde nature.
De 77 ce principe que je vous ouvre, vous pouvez reconnaître la cause de tant de contrariétés qui ont étonné tous les hommes, et qui les ont partagés en 78 de si divers sentiments. 79 Observez maintenant tous les mouvements de grandeur et de 80 gloire que l’épreuve de tant de misères ne peut étouffer, et voyez 81 s’il ne faut pas que la cause en soit en une autre nature 82 .
83 A. P. R. pour demain (Prosopopée). — C’est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères 84 . Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu’à connaître que ce n’est point dans vous-mêmes que vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les philosophes vous l’ont promis, et ils n’ont pu le faire. Ils ne savent ni quel est votre véritable bien, ni quel est [votre véritable état] 85 . Comment auraient-ils donné des remèdes à vos maux, qu’ils n’ont pas seulement connus ? Vos maladies principales sont l’orgueil 86 , qui vous soustrait de 87 Dieu, la concupiscence qui vous attache à la terre 88 , et ils n’ont fait autre chose qu’entretenir au moins l’une de ces maladies. S’ils vous ont donné Dieu pour objet, ce n’a été que pour exercer votre superbe : ils vous ont fait penser que vous lui étiez semblables et conformes par votre nature. Et ceux qui ont 89 vu la vanité de cette prétention vous ont jeté dans l’autre précipice 90 , en vous faisant entendre que votre nature était pareille à celle des bêtes 91 , et vous ont porté à chercher votre bien dans les concupiscences qui sont le partage des animaux. Ce n’est pas là le moyen de vous guérir de vos injustices 92 , que ces sages n’ont point connues. Je puis seule vous faire entendre qui vous êtes, à… 93 .
Adam, Jésus-Christ 94 .
Si on vous unit à Dieu, c’est par grâce, non par nature. Si on vous abaisse, c’est par pénitence, non par nature.
Ainsi cette double capacité…
Vous n’êtes pas dans l’état de votre création.
Ces deux états étant ouverts, il est impossible que vous ne les reconnaissiez pas. Suivez vos mouvements, observez-vous vous-même, et voyez si vous n’y trouverez pas les caractères vivants de ces deux natures.
Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple ?
— Incompréhensible. — Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d’être 95 : Le nombre infini. Un espace infini, égal au fini 96 .
— Incroyable que Dieu s’unisse à nous. — Cette considération n’est tirée que de la vue de notre bassesse. Mais si vous l’avez bien sincère, suivez-la aussi loin que moi, et reconnaissez que nous sommes en effet si bas, que nous sommes par nous-mêmes incapables de 97 connaître si 98 sa miséricorde ne peut pas nous rendre capables de lui. Car je voudrais savoir d’où 99 cet animal, qui se reconnaît si faible, a le droit de mesurer la miséricorde de Dieu, et d’y mettre les bornes que sa fantaisie lui suggère. Il 100 sait si peu ce que c’est que Dieu, qu’il ne sait pas ce qu’il est lui-même ; et, tout troublé de la vue de son propre état, il ose dire que Dieu ne le peut pas rendre capable de 101 sa communication.
Mais je voudrais lui demander 102 si Dieu demande autre chose de lui, sinon qu’il l’aime en le connaissant ; et pourquoi il croit que Dieu ne peut se rendre connaissable et aimable à lui, puisqu’il est naturellement capable d’amour et de connaissance. Il est sans doute qu’il connaît au moins qu’il est, et qu’il aime 103 quelque chose. Donc, s’il voit quelque chose dans les ténèbres où il est, et s’il trouve quelque sujet d’amour parmi les choses de la terre, pourquoi, si Dieu lui donne quelque rayon de son essence, ne sera-t-il pas capable de 104 le connaître et de l’aimer en la manière qu’il lui plaira se communiquer à nous ? Il y a donc sans doute une présomption insupportable dans ces sortes de raisonnements, quoiqu’ils paraissent fondés sur une humilité apparente, qui n’est ni sincère, ni raisonnable, si elle ne nous fait confesser que, ne sachant 105 de nous-mêmes qui nous sommes, nous ne pouvons l’apprendre que de Dieu.
Je n’entends pas que vous soumettiez votre créance à moi sans raison, et ne prétends pas vous assujettir avec tyrannie ; je ne prétends pas aussi vous rendre raison de toutes choses. Et pour accorder ces contrariétés, j’entends vous faire voir clairement, par des preuves convaincantes, des marques divines en moi, qui vous convainquent de ce que je suis 106 , et m’attirent autorité par des merveilles et des preuves que vous ne puissiez refuser ; et qu’ensuite vous croyiez sans 107 … les choses que je vous enseigne, quand vous n’y trouverez autre sujet de les refuser, sinon que vous ne pouvez par vous-mêmes connaître si elles sont ou non.
108 Dieu 109 a voulu racheter les hommes, et 110 ouvrir le salut à ceux qui le cherchaient 111 ; mais les hommes s’en rendent si indignes 112 qu’il est juste que Dieu refuse à quelques-uns, à cause de leur endurcissement, ce qu’il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due 113 . S’il eût voulu surmonter l’obstination des plus endurcis, il l’eût pu, en se découvrant si manifestement à eux qu’ils n’eussent pu douter de la vérité de son essence 114 , comme il paraîtra au dernier jour, avec un tel éclat de foudres et un tel renversement de la nature, que les 115 morts ressusciteront, et les plus aveugles le verront.
Ce n’est pas en cette sorte qu’il a voulu paraître 116 , dans son avènement de douceur ; parce que tant d’hommes se rendant indignes de sa clémence, il a voulu les laisser dans la privation du bien qu’ils ne veulent pas 117 . Il n’était donc pas juste qu’il parût d’une manière manifestement divine, et absolument capable de convaincre tous les hommes ; mais il n’était pas juste aussi qu’il vînt d’une manière 118 si cachée, qu’il ne pût être reconnu de ceux qui le chercheraient sincèrement. Il a voulu se rendre parfaitement connaissable à ceux-là ; et ainsi, voulant paraître à découvert à ceux qui le cherchent de tout leur cœur, et caché à ceux qui le fuient de tout leur cœur, il tempère 119 sa connaissance, en sorte qu’il a donné des marques 120 de soi visibles 121 à ceux qui le cherchent, et 122 non à ceux qui ne le cherchent pas. Il y a assez de lumière pour ceux qui 123 ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui 124 ont une disposition contraire 125 .
201]
431 127
Nul autre n’a connu que l’homme est la plus excellente créature. Les uns, qui ont bien connu la réalité de son excellence, ont pris pour lâcheté et pour ingratitude les sentiments bas que les homme sont naturellement d’eux-mêmes ; et les autres, qui ont bien connu combien cette bassesse est effective, ont traité d’une superbe ridicule ces sentiments de grandeur, qui sont aussi naturels à l’homme.
Levez vos yeux vers Dieu, disent les uns : voyez celui auquel vous ressemblez, et qui vous a fait pour l’adorer. Vous pouvez vous rendre semblable à lui ; la sagesse vous y égalera, si vous voulez le suivre 128 . « Haussez la tête, hommes libres », dit Épictète 129 . Et les autres lui disent : Baissez les yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous êtes le compagnon.
Que deviendra donc l’homme ? sera-t-il égal à Dieu ou aux bêtes ? quelle effroyable distance ! Que serons-nous donc ? qui ne voit par tout cela que l’homme est égaré, qu’il est tombé de sa place, qu’il la cherche avec inquiétude, qu’il ne la peut plus retrouver ? Et qui l’y adressera donc ? les plus grands hommes ne l’ont pu.
425]
432 130
Le pyrrhonisme est le vrai 131 ; car, après tout, les hommes, avant Jésus-Christ, ne savaient où ils en étaient, ni s’ils étaient grands ou petits. Et ceux qui ont dit l’un ou l’autre n’en savaient rien, et devinaient sans raison et par hasard ; et même ils erraient toujours, en excluant l’un ou l’autre 132 .
Quod ergo ignorantes, quæritis, religio annuntiat vobis 133 .
465]
433 134
Après avoir entendu toute la nature de l’homme. — Il 135 faut, pour faire qu’une religion soit vraie, qu’elle ait connu notre nature 136 . Elle doit avoir connu la grandeur et la petitesse, et la raison de l’une et de l’autre. Qui l’a connue, que la chrétienne ?
257]
434 137
Les 138 principales forces des pyrrhoniens, je laisse les moindres 139 , sont : que nous n’avons aucune certitude de la vérité de ces principes, hors la foi et la révélation 140 , sinon en [ce] 141 que nous les sentons naturellement en nous. Or ce sentiment naturel n’est pas une preuve convaincante de leur vérité, puisque 142 n’y ayant point de certitude, hors la foi, si l’homme est créé par un Dieu 143 bon, par un démon méchant 144 , ou à l’aventure 145 , il est en doute si ces principes nous sont donnés ou véritables, ou faux, ou incertains — selon notre origine 146 . De plus, que personne n’a d’assurance, hors de la foi 147 , s’il veille ou s’il dort, vu que durant le sommeil on croit veiller aussi fermement que nous faisons ; on 148 croit voir les espaces, les figures, les mouvements ; on sent 149 couler le temps, on le mesure ; et enfin on agit de même qu’éveillé ; de sorte que, la moitié de la vie se passant en sommeil, par notre propre aveu, où, quoi qu’il nous en paraisse, nous n’avons aucune idée du vrai, tous nos sentiments étant alors des illusions, qui sait 150 si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n’est pas un autre sommeil un peu différent du premier 151 , dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir 152 ?
[Et qui doute que, si on rêvait en compagnie, et que par hasard les songes s’accordassent, ce qui est assez 153 ordinaire, et qu’on veillât en solitude 154 , on ne crût les choses renversées 155 ? Enfin, comme on rêve souvent qu’on rêve, entassant un songe 156 sur l’autre,
157 la vie n’est elle-même qu’un songe 158 , sur lequel les autres sont entés, dont nous nous éveillons à la mort, pendant laquelle nous avons aussi peu les principes du vrai et du bien que pendant le sommeil naturel 159 : ces différentes pensées qui nous y agitent 160 n’étant peut-être que des illusions, pareilles à l’écoulement du temps et aux 161 vaines fantaisies de nos songes ?]
Voilà les principales forces de part et d’autre.
Je laisse les 162 moindres, comme les discours que font 163 les pyrrhoniens contre les impressions de la coutume 164 , de l’éducation, des mœurs des pays, et les autres choses semblables qui, quoiqu’elles entraînent la plus grande partie des hommes communs qui 165 ne dogmatisent que sur ces vains fondements, sont renversés par le moindre souffle des pyrrhoniens 166 . On n’a qu’à voir leurs livres, si l’on n’en est pas assez persuadé ; on le deviendra bien vite, et peut-être trop.
Je m’arrête à l’unique fort des dogmatistes, qui est 167 qu’en parlant de bonne foi et sincèrement, on ne peut douter des principes naturels 168 . Contre quoi les pyrrhoniens opposent en un mot 169 l’incertitude de notre origine, qui enferme celle de notre nature 170 ; à quoi les dogmatistes sont encore à répondre depuis que le monde dure.
171 Voilà la guerre ouverte entre les hommes, où il faut que chacun prenne parti, et se range nécessairement ou au dogmatisme, ou au pyrrhonisme. Car 172 qui pensera demeurer neutre sera pyrrhonien par excellence 173 ; cette neutralité est 174 l’essence de la cabale : qui n’est pas contre eux est excellemment pour eux [en quoi paraît leur avantage]. Ils ne sont pas pour eux-mêmes : ils sont neutres, indifférents, suspendus à tout, sans s’excepter.
Que fera donc l’homme en cet état ? Doutera-t-il de tout ? doutera-t-il s’il veille, si on le pince, si on le brûle 175 ? doutera-t-il s’il doute ? doutera-t-il s’il est 176 ? On n’en peut venir là ; et je mets en fait qu’il n’y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. La nature soutient 177 la raison impuissante, et l’empêche d’extravaguer 178 jusqu’à ce point.
Dira-t-il donc 179 , au contraire, qu’il possède certainement la vérité, lui qui, si peu qu’on le pousse, ne peut en montrer aucun titre, et est 180 forcé de lâcher prise ?
Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction 181 , quel prodige 182 ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, cloaque 183 d’incertitude et d’erreur ; gloire et rebut de l’univers.
Qui démêlera cet embrouillement 184 ? La nature confond les pyrrhoniens 185 , et la raison confond les dogmatiques. Que deviendrez-vous donc, ô hommes qui cherchez 186 quelle est votre véritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fuir une de ces 187 sectes, ni subsister dans aucune 188 .
Connaissez donc, superbe 189 , quel paradoxe vous êtes à vous-même. Humiliez-vous, raison impuissante ; taisez-vous, nature imbécile 190 : apprenez que l’homme passe infiniment l’homme, et 191 entendez de votre maître votre condition véritable que vous ignorez. Écoutez Dieu.
192 Car enfin, si l’homme n’avait jamais été corrompu, il jouirait dans son innocence et de la vérité et de la félicité avec assurance ; et si l’homme n’avait jamais été que corrompu, il n’aurait aucune idée ni de la vérité ni de la béatitude. Mais, malheureux que nous sommes, et plus que 193 s’il n’y avait point de grandeur dans notre condition, nous avons une idée du bonheur, et ne pouvons y arriver ; nous sentons une image de la vérité, et ne possédons que le mensonge ; incapables d’ignorer absolument et de savoir certainement, tant il est manifeste que nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes 194 malheureusement déchus 195 !
Chose étonnante, cependant, que le mystère le plus éloigné de notre connaissance 196 , qui est celui de la 197 transmission du péché 198 , soit 199 une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-mêmes ! Car il est sans doute qu’il n’y a rien qui 200 choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si éloignés de cette source, semblent incapables d’y participer 201 . Cet écoulement ne nous 202 paraît pas seulement impossible, il nous semble même très injuste ; car qu’y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté, pour un péché où il 203 paraît avoir si peu de part, qu’il est commis six mille ans avant qu’il fût en être ? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine ; et cependant, sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous 204 , nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes 205 . Le nœud 206 de notre condition 207 prend ses replis et ses tours 208 dans cet abîme 209 ; de sorte que l’homme est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n’est inconcevable à l’homme 210 .
211 [D’où il paraît que Dieu 212 , voulant nous rendre 213 la difficulté de notre être inintelligible à nous-mêmes, en a caché le nœud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que nous 214 étions bien incapables d’y arriver 215 , de sorte que ce n’est pas par les superbes agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la raison, que nous pouvons véritablement nous connaître.
[Ces 216 fondements, solidement établis sur l’autorité inviolable de la 217 religion, nous font connaître qu’il y a deux 218 vérités de foi également constantes : l’une, que 219 l’homme dans 220 l’état de la création ou dans celui de la grâce est élevé au-dessus de toute la nature 221 , rendu comme semblable à Dieu, et participant de sa divinité, l’autre qu’en l’état de la corruption et de péché, il 222 est déchu de cet état et rendu semblable aux bêtes.
[Ces deux propositions sont 223 également fermes et certaines. L’Écriture nous les déclare manifestement, lorsqu’elle dit en quelques lieux : Deliciæ meæ esse cum filiis hominum 224 . Effundam spiritum meum saper omnem carnem 225 . Dii estis 226 , etc., et qu’elle dit en d’autres : Omnis caro fœnum 227 , Homo assimilatus est jumentis insipientibus, et similis factus est illis 228 . Dixi in corde meo de filiis hominum, Eccl. III 229 .
[Par où il paraît clairement que l’homme 230 , par la grâce, est 231 rendu comme semblable à Dieu et participant de sa divinité, et que sans la grâce il est comme semblable aux bêtes brutes.]
373]
233 Sans ces divines connaissances, qu’ont pu faire les hommes, sinon, ou s’élever dans le sentiment intérieur qui leur reste de leur grandeur passée, ou s’abattre dans la vue de leur faiblesse présente 234 ? Car, ne voyant pas la vérité entière, ils n’ont pu arriver à 235 une parfaite vertu. Les uns considérant la nature comme incorrompue, les autres comme irréparable, ils n’ont pu fuir, ou l’orgueil, ou la paresse, qui sont les deux sources de tous les vices ; 236 puisqu’[ils] ne [peuvent] 237 sinon, ou s’y abandonner 238 par lâcheté, ou en sortir par l’orgueil. Car, s’ils connaissaient l’excellence de l’homme, ils en ignoraient la corruption ; de sorte qu’ils évitaient bien la 239 paresse, mais ils se perdaient dans 240 la superbe : et s’ils reconnaissaient l’infirmité de la nature, ils en ignoraient la dignité : de sorte qu’ils pouvaient bien éviter 241 la vanité, mais c’était en se précipitant dans 242 le désespoir 243 . De là viennent les diverses sectes des stoïques et des épicuriens, des dogmatistes et des académiciens, etc.
La seule religion chrétienne a pu 244 guérir ces deux vices, non pas 245 en chassant l’un par l’autre, par la sagesse de la terre, mais en chassant l’un et l’autre, par la simplicité de l’Évangile. Car elle apprend aux justes, qu’elle élève jusqu’à 246 la participation de la divinité même, qu’en ce sublime état ils portent encore la source de 247 toute la corruption, qui les rend durant toute la vie 248 sujets à l’erreur, à la misère, à la mort, au péché ; et elle crie aux plus impies qu’ils sont capables de la grâce de leur Rédempteur. Ainsi 249 , donnant à trembler [à] ceux qu’elle justifie, et 250 consolant ceux qu’elle condamne, elle tempère 251 avec tant de justesse la crainte avec l’espérance, par cette double capacité qui est commune à tous et de la grâce et du péché 252 , qu’elle abaisse infiniment plus que la seule raison ne peut faire, mais sans désespérer ; et qu’elle 253 élève 254 infiniment plus que l’orgueil de la nature, mais sans enfler 255 : faisant bien voir 256 par là qu’étant seule exempte d’erreur et de vice, il n’appartient qu’à elle et d’instruire et de corriger les hommes.
Qui peut donc refuser à ces célestes lumières de les 257 croire et de les adorer ? Car n’est-il pas plus clair que le jour que nous sentons en nous-mêmes des caractères ineffaçables d’excellence ? et n’est-il pas aussi véritable que nous éprouvons à toute heure 258 les effets de notre déplorable condition ? Que nous crie donc ce chaos et cette confusion monstrueuse, sinon la vérité de ces deux états, avec une voix si puissante, qu’il est impossible de résister 259 ?
244]
436 260
Faiblesse. — Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien ; et ils ne sauraient avoir de titre pour montrer qu’ils le possèdent par justice, car ils n’ont que la fantaisie des hommes, ni force pour le posséder sûrement. Il en est de même de la science, car la maladie l’ôte 261 . Nous sommes incapables et de vrai et de bien.
415]