Pensées (page 16)
527 597
La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l’orgueil. La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu, parce que nous y trouvons et Dieu et notre misère.
467]
528 598
Jésus-Christ est un Dieu dont on s’approche sans orgueil, et sous lequel on s’abaisse sans désespoir.
265]
529 599
… Non pas un abaissement qui nous rende incapables de bien, ni une sainteté 600 exempte du mal.
429]
530 601
Une personne me disait un jour qu’il avait une grande joie et confiance en sortant de confession. L’autre me disait qu’il restait en crainte. Je pensai, sur cela, que de ces deux on en ferait un bon, et que chacun manquait en ce qu’il n’avait pas le sentiment de l’autre. Cela arrive de même souvent en d’autres choses 602 .
141]
531 603
Celui qui sait la volonté de son maître 604 sera battu de plus de coups, à cause du pouvoir qu’il a par la connaissance 605 . Qui justus est, justificetur adhuc 606 , à cause du pouvoir qu’il a par la justice. À celui qui a le plus reçu, sera le plus grand compte demandé, à cause du pouvoir qu’il a par le secours.
41]
532 607
L’Écriture a pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions.
La nature semble avoir fait la même chose par ses deux infinis, naturels et moraux 608 : car nous aurons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus misérables 609 , pour abaisser notre orgueil, et relever notre abjection.
447]
533 610
Comminutum cor 611 , saint Paul, voilà le caractère chrétien. Albe vous a nommé 612 , je ne vous connais plus, Corneille, voilà le caractère inhumain. Le caractère humain est le contraire.
142]
534 613
Il n’y a que deux sortes d’hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs ; les autres pécheurs, qui se croient justes.
4]
535 614
615 On a bien de l’obligation à ceux qui avertissent des défauts, car ils mortifient ; ils apprennent qu’on a été méprisé, ils n’empêchent pas qu’on ne le soit à l’avenir, car on a bien d’autres défauts pour l’être. Ils préparent l’exercice de la correction et l’exemption d’un défaut.
232]
536 616
L’homme est ainsi fait, qu’à force de lui dire qu’il est un sot, il le croit ; et, a force de se le dire à soi-même, on se le fait croire 617 ; car l’homme fait lui seul une conversation intérieure, qu’il importe de bien régler : Corrumpunt bonos mores colloquia prava 618 . Il faut se tenir en silence autant qu’on peut, et ne s’entretenir que de Dieu, qu’on sait être la vérité ; et ainsi on se la persuade à soi-même.
412]
537 619
620 Le christianisme est étrange. Il 621 ordonne à l’homme de reconnaître qu’il est vil, et même abominable, et lui 622 ordonne de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel contrepoids, cette élévation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait terriblement abject 623 .
202]
538 624
Avec combien peu d’orgueil un chrétien 625 se croit-il uni à Dieu ! avec combien peu d’abjection s’égale-t-il aux vers de la terre !
La belle manière de recevoir la vie et la mort, les biens et les maux !
146]
539 626
Quelle différence entre un soldat et un chartreux, 627 quant à l’obéissance ? car ils sont également obéissants et dépendants, et dans des 628 exercices également pénibles. Mais le soldat espère toujours devenir maître, et ne le devient jamais, car les capitaines et princes mêmes sont toujours esclaves et dépendants ; mais il l’espère toujours, et travaille toujours à y venir ; au lieu que le chartreux fait vœu de n’être jamais que dépendant. Ainsi ils ne diffèrent pas dans la servitude perpétuelle, que tous deux ont toujours, mais dans l’espérance, que l’un a toujours, et l’autre jamais.
99]
540 629
L’espérance que les Chrétiens ont de posséder un bien infini est mêlée de jouissance 630 effective aussi bien que de crainte ; car ce n’est pas comme ceux qui espéreraient un royaume, dont ils n’auraient rien, étant sujets ; mais ils espèrent la sainteté, l’exemption d’injustice, et ils en ont quelque chose.
411]
541 631
Nul n’est heureux comme un vrai chrétien, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable 632 .
8]
542 633
Il n’y a que la religion chrétienne qui rende l’homme aimable et heureux tout ensemble. Dans l’honnêteté 634 , on ne peut être aimable et heureux ensemble 635 .
265]
543 636
Préface. — Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si impliquées, qu’elles frappent peu ; et quand cela servirait à quelques-uns, cela ne servirait que pendant l’instant qu’ils voient cette démonstration ; mais une heure après ils craignent de s’être trompés.
Quod curiositate cognoverunt superbia amiserunt 637 .
C’est ce que produit la connaissance de Dieu qui se tire sans Jésus-Christ, qui est de communiquer 638 sans médiateur avec le Dieu qu’on a connu sans médiateur ; au lieu que ceux qui ont connu Dieu par médiateur connaissent leur misère.
Première Copie 253]
544 639
Le Dieu des Chrétiens est un Dieu qui fait sentir à l’âme qu’il est son unique bien ; que tout son repos est en lui, qu’elle n’aura de joie qu’à l’aimer ; et qui lui fait en même temps abhorrer les obstacles qui la retiennent, et l’empêchent d’aimer Dieu de toutes ses forces. L’amour-propre et la concupiscence, qui l’arrêtent, lui sont insupportables. Ce Dieu lui fait sentir qu’elle a ce fonds d’amour-propre qui la perd, et que lui seul la peut guérir.
29]
545 640
Jésus-Christ n’a fait autre chose qu’apprendre aux hommes qu’ils s’aimaient eux-mêmes, qu’ils étaient esclaves, aveugles, malades, malheureux et pécheurs ; qu’il fallait qu’il les délivrât, éclairât, béatifiât et guérît ; que cela se ferait en se haïssant soi-même, et en le suivant par la misère et la mort de la croix.
485]
642 Sans Jésus-Christ, il faut que l’homme soit dans le vice et dans la misère ; avec Jésus-Christ, l’homme 643 est exempt de vice et de misère. En lui est toute notre vertu et toute notre félicité. Hors de lui, il n’y a que vice, misère, erreurs 644 , ténèbres, mort 645 , désespoir.
151]
547 646
647 Dieu par Jésus-Christ 648 . Nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ. Sans ce Médiateur, est ôtée toute communication avec Dieu ; par Jésus-Christ, nous connaissons Dieu. Tous ceux qui ont prétendu connaître Dieu et le prouver sans Jésus-Christ n’avaient que des preuves impuissantes. Mais pour prouver Jésus-Christ, nous avons les prophéties, qui sont des preuves solides et palpables. Et 649 ces prophéties étant accomplies, et prouvées véritables par l’événement, marquent la certitude de ces vérités, et partant, la preuve de la divinité de Jésus-Christ. En lui et par lui, nous connaissons donc Dieu. Hors de là et sans l’Écriture, sans le péché originel, sans Médiateur nécessaire promis et arrivé, on ne 650 peut prouver absolument Dieu, ni enseigner ni bonne doctrine ni bonne morale. Mais par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, on prouve Dieu, et on enseigne 651 la morale et la doctrine. Jésus-Christ est donc le véritable Dieu des hommes 652 .
Mais nous connaissons en même temps notre misère, car ce Dieu-là n’est autre chose que le Réparateur de notre misère. Ainsi nous ne pouvons bien connaître Dieu qu’en connaissant nos iniquités ; aussi ceux qui ont connu Dieu sans connaître leur misère ne l’ont pas glorifié, mais s’en sont glorifiés. Quia non 653 cognovit per sapientiam placuit Deo per stultitiam prædicationis salvos facere 654 .
*491]
548 655
Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus-Christ ; nous ne connaissons la vie, la mort que par Jésus-Christ 656 . Hors de Jésus-Christ, nous ne savons ce que c’est ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes.
Ainsi, sans l’Écriture, qui n’a que Jésus-Christ pour objet, nous ne connaissons rien, et ne voyons qu’obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature.
374]
549 657
Il est non seulement impossible, mais inutile de connaître Dieu sans Jésus-Christ. Ils ne s’en sont pas éloignés, mais approchés ; ils ne se sont pas abaissés, mais…
Quo quisquam optimus est, pessimus, si hoc ipsum, quod optimus sit, adscribat sibi.
104]
550 658
J’aime la pauvreté, parce qu’il l’a aimée 659 . J’aime les biens, parce qu’ils 660 donnent le moyen d’en assister les misérables. Je garde fidélité à tout le monde, je [ne] 661 rends pas le mal à ceux qui m’en font ; mais je leur souhaite une condition pareille à la mienne, où l’on ne reçoit pas de mal ni de bien de la part des hommes 662 . J’essaie d’être juste, véritable, sincère, et fidèle à tous les hommes ; et j’ai une tendresse 663 de cœur pour ceux à qui Dieu m’a uni 664 plus étroitement ; et soit que je sois seul, ou à la vue des hommes, j’ai en toutes mes actions la vue de Dieu qui les doit juger, et à qui je les ai toutes consacrées.
Voilà quels sont mes sentiments, et je bénis tous les jours de ma vie mon Rédempteur qui 665 les a mis en moi et qui, d’un homme plein de faiblesses, de misères, de concupiscence, d’orgueil et d’ambition, a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de sa grâce, à laquelle toute la gloire en est due, n’ayant de moi que la misère et l’erreur.
467]
552 668
Sépulcre de Jésus-Christ. — Jésus-Christ était 669 mort, mais vu, sur la croix. Il est mort et 670 caché dans le sépulcre 671 .
Jésus-Christ n’a été enseveli que par des saints.
Jésus-Christ n’a fait aucuns miracles au sépulcre.
Il n’y a que des saints qui y entrent.
C’est là où Jésus-Christ prend une nouvelle vie, non sur la croix.
C’est le dernier mystère de la Passion et de la Rédemption.
[Jésus-Christ enseigne vivant, mort, enseveli, ressuscité.]
Jésus-Christ n’a point eu où se reposer 672 sur la terre qu’au sépulcre.
Ses ennemis n’ont cessé de le travailler qu’au sépulcre.
87]
553 673
Le Mystère de Jésus 674 . — Jésus 675 souffre 676 dans sa passion les tourments que lui font les hommes ; mais dans l’agonie il souffre les tourments qu’il se donne à lui-même ; turbare semetipsum 677 ; c’est un supplice d’une main non humaine, mais toute-puissante, car il faut être tout-puissant pour le soutenir.
Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis et ils dorment ; il les prie de soutenir 678 un peu avec lui, et ils le laissent avec une négligence entière, ayant si peu de compassion 679 qu’elle ne pouvait seulement 680 les empêcher de dormir un moment. Et ainsi Jésus était délaissé seul à la colère de Dieu.
Jésus est seul dans la terre, non seulement qui ressente et partage sa peine, mais qui la sache : le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance.
Jésus est dans un jardin, non de délices comme le premier Adam, où il se perdit et tout le genre humain, mais dans un de supplices, où il s’est sauvé et tout le genre humain.
Il souffre cette peine et cet abandon dans l’horreur de la nuit.
Je crois que Jésus ne s’est jamais plaint que cette seule fois ; mais 681 alors il se plaint comme s’il n’eût plus pu contenir sa douleur excessive : Mon âme est triste jusqu’à la mort.
Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble 682 . Mais il n’en reçoit point, car ses disciples dorment.
Jésus 683 sera en agonie jusqu’à la fin du monde ; il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.
Jésus au milieu de ce délaissement universel et de ses amis choisis pour veiller avec lui, les trouvant dormant, s’en fâche à cause du péril où ils exposent, non lui, mais eux-mêmes, et les avertit de leur propre salut et de leur bien avec une tendresse cordiale pour eux pendant leur ingratitude, et les avertit que l’esprit est prompt et la chair infirme 684 .
Jésus les trouvant encore dormant, sans que ni sa considération ni la leur les en eût retenus, il a la bonté de ne pas les éveiller, et les laisse dans leur repos 685 .
Jésus prie dans l’incertitude de la volonté du Père, et craint la mort ; mais, l’ayant connue, il va au-devant s’offrir à elle : Eamus 686 . Processit (Joannes) 687 .
Jésus a prié les hommes, et n’en a pas été exaucé.
Jésus, pendant que ses disciples dormaient, a opéré leur salut. Il l’a fait à chacun des justes pendant qu’ils dormaient, et dans le néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance.
688 Il ne prie qu’une fois que le calice passe et encore 689 avec soumission, et deux fois qu’il vienne s’il le faut 690 .
Jésus dans l’ennui.
691 Jésus, voyant tous ses amis endormis et tous ses ennemis vigilants, se remet tout entier à son Père.
Jésus ne regarde pas dans Judas 692 son inimitié, mais l’ordre de Dieu qu’il aime, et l’avoue, puisqu’il l’appelle ami 693 .
Jésus s’arrache d’avec ses disciples pour entrer dans l’agonie ; il faut s’arracher de ses plus proches et des plus intimes pour l’imiter.
Jésus étant dans l’agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtemps 694 .
Nous implorons la miséricorde de Dieu, non afin qu’il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu’il nous en délivre 695 .
Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, oh ! qu’il leur faudrait obéir de bon cœur ! La nécessité et les événements 696 en sont infailliblement.
— Console-toi, tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais trouvé 697 .
Je pensais à toi dans mon agonie, j’ai versé telles gouttes de sang pour toi.
C’est me tenter plus que t’éprouver, que de penser si tu ferais bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive.
Laisse-toi conduire à mes règles, vois comme j’ai bien conduit la Vierge et les saints qui m’ont laissé agir en eux.
Le Père aime tout ce que je fais.
Veux-tu qu’il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes ?
C’est mon affaire que ta conversion ; ne crains point, et prie avec confiance comme pour moi.
Je te suis présent par ma parole dans l’Écriture, par mon esprit dans l’Église et par les inspirations, par ma puissance dans les prêtres, par ma prière dans les fidèles.
Les médecins ne te guériront pas 698 car tu mourras à la fin. Mais c’est moi qui guéris et rends le corps immortel.
Souffre les chaînes et la servitude corporelle ; je ne te délivre que de la spirituelle à présent.
Je te suis plus ami que tel et tel ; car j’ai fait pour toi plus qu’eux, et ils ne souffriraient pas ce que j’ai souffert de toi et ne mourraient pas pour toi dans le temps de tes infidélités et cruautés, comme j’ai fait et comme je suis prêt à faire et fais dans mes élus et au Saint-Sacrement.
Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur.
— Je le perdrai donc, Seigneur, car je 699 crois leur malice sur votre assurance.
— Non, car moi, par qui tu l’apprends, t’en peux guérir, et ce que je te le dis est un signe que je te veux guérir. À mesure que tu les expieras, tu les connaîtras, et il te sera dit : Vois les péchés qui te sont remis. Fais donc pénitence pour tes péchés cachés et pour la malice occulte de ceux que tu connais.
— Seigneur, je vous donne tout 700 .
— Je t’aime plus ardemment que tu n’as aimé tes souillures, ut immundus pro luto.
Qu’à moi en soit la gloire et non à toi, ver et terre.
Interroge ton directeur, quand mes propres paroles te sont occasion de mal, et de vanité ou curiosité.
— 701 Je vois mon abîme d’orgueil, de curiosité, de concupiscence. Il n’y a nul rapport de moi à Dieu, ni à Jésus-Christ juste. Mais il a été fait péché par moi ; tous vos fléaux sont tombés sur lui. Il est plus abominable que moi, et, loin de m’abhorrer, il se tient honoré que j’aille à lui et le secoure.
Mais il s’est guéri lui-même, et me guérira à plus forte raison.
Il faut ajouter mes plaies aux siennes, et me joindre à lui, et il me sauvera en se sauvant. Mais il n’en faut pas ajouter à l’avenir.
Eritis sicut dii scientes bonum et malum 702 . Tout le monde fait le dieu en jugeant : Cela est bon ou mauvais ; et s’affligeant ou se réjouissant trop des événements.
Faire les 703 petites choses comme grandes, à cause de la majesté de Jésus-Christ qui les fait en nous, et qui vit notre vie ; et les grandes comme petites et aisées, à cause de sa toute-puissance.
90]
554 704
Il me semble que Jésus-Christ ne laisse toucher que ses plaies après sa résurrection : Noli me tangere 705 . Il ne faut nous unir qu’à ses souffrances.
Il s’est donné à communier comme mortel en la Cène, comme ressuscité aux disciples d’Emmaüs, comme monté au ciel à toute l’Église.
107]
555 706
Ne te compare point aux autres, mais à moi 707 . Si tu ne m’y trouves pas, dans ceux où tu te compares, tu te compares à un abominable. Si tu m’y trouves, compare-t’y. Mais qu’y compareras-tu ? sera-ce toi, ou moi dans toi ? Si c’est toi, c’est un abominable 708 . Si c’est moi, tu compares moi à moi 709 . Or je suis Dieu en tout.
Je te parle et te conseille souvent, parce que ton conducteur ne te peut parler ; car je ne veux pas que tu manques de conducteur.
Et peut-être je le fais à ses prières, et ainsi il te conduit sans que tu le voies. Tu ne me chercherais pas si tu ne me possédais.
Ne t’inquiète donc pas.
↑ Cf. B., 65 ; C., 91 ; P. R., XXI, 1 et III, 7 ; Bos., I, i, 1 et II, v, 3 ; Faug., II, 121 ; Hav., VIII, 2 ; Mol., I, 143 ; Mich., 605.
↑ [Ni.]
↑ [Ni.]
↑ C’est l’opinion commune de Jansénius et de Montaigne : « Verissima est illa sententia beatam vitam omnes velle. » (Augustinus, De Statu puræ naturæ, liv. II, ch. 7) — « Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est nostre but ; quoiqu’elles en prennent divers moyens ; aultrement on les chasseroit d’arrivée ; car qui escouteroit celuy qui, pour sa fin, establiroit nostre peine et mesaise ?… Quoy qu’ils dient, en la vertu mesme, le dernier but de nostre visée, c’est la volupté. » (Essais, I, 19)I, 19). Méré dit de même que « chacun veut être heureux. » (Disc. de la Conversation, p. 15.)
↑ [Oblige] les uns [d’aller.]
↑ [Je n’écris ces lignes et on ne les lit que parce que je me procure plus [on y trouve plus de satisfaction qu’à [on ne],
↑ Tous se plaignent en surcharge. — Cf. du Vair : « La voix commune de tous les hommes qui vivent, n’est-ce pas une plainte continuelle de leur misère et infortune ? » (La Sainte Philosophie, éd. 1603, p. 13.)
↑ [Vicieux, vertueux ; fous, sages, bons.]
↑ [Âges.]
↑ [De l’impuissance des hommes.]
↑ Bien en surcharge.
↑ [Mais quand vient l’occasion dont nous l’attendons à présent, qui bien que très conforme à cette autre qui n’a point satisfait celui à qui elle a réussi à son gré.]
↑ [Exactement.]
↑ [Petite.]
↑ [Elle l’a été dans.]
↑ « Nous prenons toujours de nouveaux desseins, espérant que les derniers réussiront mieux ; et partout notre espérance est frustrée. » Bossuet. Sermon sur la loi de Dieu.
↑ [L’expérience.]
↑ Port-Royal, suivi par Havet, a substitué à expérience espérance, qui peut sembler au premier abord plus naturel et mieux attendu. Cependant si on réfléchit, c’est bien expérience qui est la véritable leçon. Elle est d’ailleurs deux fois dans le manuscrit, et la correction doit être écartée. Pascal veut dire en effet que l’expérience, ou l’épreuve, qui devrait nous convaincre, nous trompe parce que nous l’interprétons toujours de manière à y trouver quelque motif d’espérer mieux à l’avenir. Et ainsi nous sommes à la fois et malheureux dans le présent et incapables de tirer profit de notre expérience : « La raison, dit Montaigne, a tant de formes que nous ne sçavons à laquelle nous prendre : l’experience n’en a pas moins ; la consequence que nous voulons tirer de la conference des evenements est mal seure, d’autant qu’ils sont tousiours dissemblables. » (III, 13.)(III, 13.)
↑ [Impuissance.]
↑ À la page 378 du manuscrit.
↑ [Éternel et.]
↑ [C’est le.]
↑ [Mais.]
↑ [Perdu.]
↑ Cf. Montaigne, ApologieApologie, et en particulier ce qu’il dit de Platon : « Ailleurs, en ces mesmes livres, il faict le monde, le ciel, les astres, la terre, et nos âmes, dieux. »
↑ D’après Grotius. De Verit. Rel. Chr., IV, 5 : « Vetustior fuit cultus astrorum et quæ elementa dicimus, ignis, aquæ, aëris, terræ. »
↑ D’après Juvénal (xx, 9) :
Porrum et cepe nefas violare et frengere morsu.
O sanctas gentes quibus hæc nascuntur in hortis
Numina !
↑ [Bœufs.] — Cf. Montaigne : « J’eusse encores plustot suyvi ceulx qui adoroient le serpent, le chien et le bœuf » (Apol.)(Apol.) ; et aussi Grotius, ibid., IV, 6.
↑ Le culte de la fièvre est cité par Montaigne (Apologie), et par Grotius (IV, 7) qui renvoie en note à Cicéron, de Legibus, 11 : Nam sæva illa Febrim, Impudentiam et similia omittam. Pascal avait également lu dans les Entretiens d’Épictète ce fragment de dialogue : « J’oubliais qu’il faut te rendre hommage comme à la fièvre et à la bile, comme à Rome on a élevé un autel à la fièvre. » (I, xix.)
↑ Voir Grotius, IV, 3. — Cf. Corneille, Polyeucte, V, 3V, 3 :
Des crimes les plus noirs vous souillez tous vos dieux ;
Vous n’en punissez point qui n’ait son maître aux cieux ;
La prostitution, l’adultère et l’inceste,
Le vol, l’assassinat, et tout ce qu’on déteste.
C’est l’exemple qu’à suivre offrent vos immortels.
On connaît enfin le développement de Bossuet : « On adorait jusqu’aux bêtes et jusqu’aux reptiles. Tout était Dieu, excepté Dieu même, et le monde que Dieu avait fait pour manifester sa puissance semblait être devenu un temple d’idoles. Le genre humain s’égara jusqu’à adorer ses vices et ses passions ; et il ne faut pas s’en étonner. Il n’y avait point de puissance plus inévitable ni plus tyrannique que la leur. » (Discours sur l’Histoire universelle, IIe partie, ch. iii)IIe partie, ch. iii).
↑ Vrai surcharge.
↑ [Lui en peut.]
↑ [Que trouble, paix ; richesse, pauvreté ; science, ignorance ; oisiveté, travail ; estime, obscurité].
↑ [Aussi la vérité [Toutes les choses [Tous les sujets où ils recherchent leur bien sont aussi bien contre les principes de la raison même, car il est bien évident que.]
↑ [La grandeur, dans.]
↑ [Suivant l’un des trois principes de la corruption ou deux à la fois ou tous trois ensemble.] — Cf. fr. 73.
↑ Ils n’ont pas dans le manuscrit.
↑ [Avec ce défaut.]
↑ Leçon, d’ailleurs plausible, des Copies et des éditeurs : qui lui appartient.
↑ C’est une qualité essentielle du souverain bien, dit Paseal dans son écrit sur la Conversion du pécheur « qu’il ne puisse lui être ôté sans son consentement ».
↑ [Peut être dans les.]
↑ [La nature n’aurait pas donné ce désir à l’homme.]
↑ [Il est certain.]
↑ Cf. C., 5 ; Faug., II, 131 ; Hav., XXV, 84 ; Mol., I, 68 ; Mich., 897.
↑ Cf. B., 195 ; C., 6 ; P. R., XXI, 4 ; Bos., II, i, 4 ; Faug., II, 87 ; Hav., VIII, 12 ; Mol., I, 66 ; Mich., 824.
↑ [Où] se mettre [ni à quel.]
↑ Cf. B., 254 ; C., 471 ; Bos., II, iii, 3 ; Faug., II, 116 ; Hav., X, 7 ; Mol., I, 314 ; Mich., 776.
↑ [Cela.]
↑ Cf. fr. 242 et 244.
↑ Cf. fr. 424 et 430.
↑ Cf. B., 15 ; C., 33 ; Faug., II, 89 ; Hav., XXV, 28 ; Mol., I, 67 ; Mich., 49.
↑ Titre donné par les Copies : Misère.
↑ [Avoir.]
↑ Grotius, V. R. C., IV, 6 ; Illud vero indignissimum quod et ad bestiarum cultum delapsi sunt homines, Ægyptii præsertim.
↑ Cf. B., 69 et 121 ; C., 95 et 147 ; P. R., III, 1, 2, 3, 10, 11, 13 ; Bos., II, v, 1, 2, 5, 12 ; II, xvii, 60 ; II, xiii, 1 ; Faug., II, 152 ; II, 147 ; Hav., XII, 1, 2, 3, 4, 5, 20 ; XX, 1 ; Mol., I, 274 ; I, 285 ; I, 278 ; I, 316 ; Mich., 147.
↑ À Port-Royal, comme au fr. 416 ; vraisemblablement ces lettres indiquent les notes rédigées en vue de la conférence où Pascal expose le plan de son ouvrage (Cf. Pièc. justif., p. clxxxii et cxcix.) Cette indication se trouve répétée deux fois, à la page 321 et à la page 57 du manuscrit, ce qui permet de rétablir l’unité du fragment.
↑ Renvoi au fr. 416, qui lui aussi est précédé du signe A. P. R.
↑ Donc en surcharge.
↑ [Apprenne.]
↑ [Il faut [et c’est.]
↑ [Et les sectes.]
↑ [Est-ce apporter.]
↑ Montaigne rapporte dans l’Apologiel’Apologie « ce sot tiltre qu’Aristote nous preste « de dieux mortels » [Cic, de Fin., II, 13], et ce iugement de Chrysippus », que « Dion estoit aussi vertueux que Dieu » [Plut., de comm. notit., xxx] ; « et mon Seneca recognoist, dict-il, que Dieu luy a donné le vivre, mais qu’il a de soy le bien vivre… que le sage a la fortitude pareille à Dieu, mais en l’humaine foiblesse, par où il le surmonte. Il n’est rien si ordinaire que de rencontrer des traicts de pareille temerité : il n’y a aulcun de nous qui s’offense tant de se veoir apparier à Dieu, comme il faict de se veoir deprimer au reng des aultres animaulx. » Cf. Jansénius, de Hæresi Pelagiana, lib. V, cap. 1 et 2.
↑ [Nous ont déclarés incapables de toute comparaison [communication] divine.]
↑ « C’est pourquoi les sages du monde, voyant l’homme d’un côté si grand, de l’autre si méprisable, n’ont su ni que penser ni que dire d’une si étrange composition. Demandez aux philosophes profanes ce que c’est que l’homme ; les uns en feront un Dieu ; les autres en feront un rien ; les uns diront que la nature le chérit comme une mère et qu’elle en fait ses délices ; les autres, qu’elle l’expose comme une marâtre, et qu’elle en fait son rebut. Et un troisième parti, ne sachant plus que deviner touchant la cause de ce grand mélange, répondra qu’elle s’est jouée en unissant deux pièces qui n’ont nul rapport, et ainsi que par une espèce de caprice, elle a formé ce prodige qu’on appelle l’homme. » (Bossuet, Sermon sur la mort, 1662).
↑ [Notre] orgueil et [notre] concupiscence.
↑ [Notre.]
↑ [Ô hommes.]
↑ Maintenant en surcharge.
↑ [Je vous ai créés saints.]
↑ [Mais il n’a pu supporter.]
↑ À la page 318 du manuscrit.
↑ « Il y a un désir d’indépendance gravé dans le fond de l’âme, et caché dans les replis les plus cachés de la volonté, par lequel elle se plaît à n’être qu’à soi, et à n’être point soumise à un autre, non pas même à Dieu. Si nous n’avions point cette inclination, nous n’aurions point de difficulté à remplir ses commandements ; l’homme eût rejeté sans peine ce désir d’indépendance lorsqu’il le conçut pour la première fois : étant visible qu’il n’a désiré autre chose dans son péché, sinon de n’être plus dominé de personne, puisque la seule défense de Dieu qui avait la domination sur lui, devait l’empêcher de commettre le crime qu’il a commis. » Disc. de la Réformation de l’homme intérieur par Jansénius. (trad. Arnauld d’Andilly. 3e partie, de l’orgueil.)
↑ [Elles se.]
↑ [Ou par leur force ou par.]
↑ Sur la tyrannie de la douceur, cf. fr. 15.
↑ [Cette loi.]
↑ [Tant de divisions.]
↑ [Suivez.]
↑ [Bien.]
↑ [Si on peut.]
↑ Ce sont les termes mêmes que Pascal employait dans l’Entretien avec M. de Saci pour parler de la vérité de l’Évangile : « C’est elle qui accorde les contrariétés par un art tout divin, et, unissant tout ce qui est de vrai et chassant tout ce qui est de faux, elle en fait une sagesse véritablement céleste où s’accordent ces opposés, qui étaient incompatibles dans ces doctrines humaines. Et la raison en est que ces sages du monde placent les contraires dans un même sujet ; car l’un attribuait la grandeur à la nature et l’autre la faiblesse à cette même nature, ce qui ne pouvait subsister ; au lieu que la foi nous apprend à les mettre en des sujets différents : tout ce qu’il y a d’infirme appartenant à la nature, tout ce qu’il y a de puissant appartenant à la grâce. Voilà l’union étonnante et nouvelle que Dieu seul pouvait enseigner et que lui seul pouvait faire, et qui n’est qu’une image et qu’un effet de l’union ineffable de deux natures dans la seule personne d’un Homme-Dieu. »
↑ À la page 321 du manuscrit.
↑ [Vous n’y trouverez que cette vérité ne peut vous [doit vous servir.]
↑ [Je suis la seule qui peux vous apprendre ces choses, et quel est votre véritable bien, et je les enseigne à ceux qui m’écoutent. Les livres que j’ai mis entre les mains des hommes les découvrent bien nettement, mais je n’ai pas voulu que cette connaissance fût si ouverte. J’apprends aux hommes ce qui les peut rendre heureux. Pourquoi refusez-vous de m’ouïr ? Ne cherchez pas de satisfaction dans la terre, n’espérez rien des hommes ; votre bien n’est qu’e Dieu, et la souveraine félicité consiste à connaître Dieu, à s’unir à lui pour jamais dans l’éternité. Votre devoir est de l’aimer de tout votre cœur. Il vous a créés…]
↑ [Et la concupiscence.]
↑ [La basse dépendance de la.]
↑ [Or les remèdes aux maux à l’orgueil sont l’humilité et.]
↑ À la page 322 du manuscrit.
↑ Le premier précipice est celui que Jansénius décrivait en des termes dont Pascal paraît bien se souvenir : « Amisso pondere humilitatis quo humana infirmitas deorsum premitur, in altissima quæque præcipitia ventos vanitatis abreptus est. » (De Hæresi Pelagiana, VI, XIX).
↑ [Les uns vous ont égalé à Dieu, et par nature, les autres vous ont associé aux bêtes par nature et.]
↑ [Vous deviez bien… moi seule puis vous annoncer [apprendre que vous [qu’on ne].
↑ En marge les mots suivants qui ont été rayés [Je ne demande pas de vous une créance aveugle.]
↑ Cf. fr. 523.
↑ Cf. 430 bis et fr. 233. — La Logique de Port-Royal reprend la thèse de Pascal : « Il faut remarquer qu’il y a des choses qui sont incompréhensibles dans leur manière, et qui sont certaines dans leur existence. On ne peut concevoir comment elles peuvent être, et il est certain néanmoins qu’elles sont. » (IV, 1.)(IV, 1.)
↑ L’emploi du nombre infini et l’égalité de l’infini au fini sont des allusions à la Géométrie des indivisibles de Cavelieri et de Roberval, qui conçoit une figure finie comme la somme d’une infinité d’éléments. Par exemple Pascal définit la somme des ordonnées comme « la somme d’un nombre indéfini de rectangles faits de chaque ordonnée avec chacune des petites portions égales du diamètre, dont la somme est certainement un plan, qui ne diffère de l’espace du demi-cercle que d’une quantité moindre qu’aucune donnée. » — Cf. La Logique de Port-Royal, IV, 1.IV, 1. : « C’est par cette diminution infinie de l’étendue qu’on peut prouver ces problèmes qui semblent impossibles dans les termes : trouver un espace infini égal à un espace fini, etc. »
↑ À la page 325 du manuscrit.
↑ [Nous sommes incapables de Dieu.]
↑ [L’on prend l’assurance.]
↑ [Ne] sait ce qu’il est lui-même
↑ [S’unir à lui.]
↑ [S’il n’est pas] capable d’amour et de connaissance. — La seconde rédaction en surcharge.
↑ [Des] choses [si peu aimables, pourquoi il ne pourra pas connaître Dieu qui est le.]
↑ [Aimer.]
↑ [Rien] de nous-mêmes, nous ne pouvons.
↑ De et m’attirent jusqu’à refuser, en marge.
↑ Je lis dans le manuscrit sans, Pascal a dû renoncer à cette tournure et a oublié de barrer l’adverbe. La Copie complète : sans hésiter. Faugère donne sûrement et M. Molinier sciemment, qui ne sont ni l’un ni l’autre très satisfaisants, et que je ne puis retrouver dans le manuscrit.
↑ À la page 326 du manuscrit.
↑ [Ayant.]
↑ [Produire.]
↑ [N’a pas.]
↑ [Et si injustes.]
↑ [Il n’est donc pas juste, [il est conforme à la raison qu’il a voulu que sa vérité ne fût pas.]
↑ [Mais.]
↑ [Plus.]
↑ [C’est dans une.]
↑ [Rechercher.]
↑ [Capable de.]
↑ À la page 57 du manuscrit et avec ce titre : À Port-Royal pour demain.
↑ [Visibles.]
↑ [Aux uns.]
↑ [Invisible] à ceux.
↑ [Veulent voir.]
↑ [Ne désirent] [n’ont pas.]
↑ [En quoi Dieu se rend.]
↑ Cf. B., 118 ; C., 144 ; Faug., II, 149 note ; Mich., 116.
↑ Cf. C., 431 ; P. R., II, 5 ; III, 1 ; Bos., II, iv, 4 ; Faug., II, 141 ; Hav., XI, 4 bis ; Mol., I, 289 ; Mich., 901.