Pensées (page 18)

Blaise Pascal · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Pensées (Pascal, éd. Brunschvicg) · 34 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

563 35

Ce sera une des confusions des damnés, de voir qu’ils seront condamnés par leur propre raison, par laquelle ils 36 ont prétendu condamner la religion chrétienne.

113]

564 37

Les prophéties 38 , les miracles mêmes et 39 les preuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu’on puisse dire qu’ils sont absolument convaincants 40 ; mais ils le sont aussi de telle sorte qu’on ne peut dire que ce soit être sans raison que de les croire. Ainsi il y a de l’évidence 41 et de l’obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres ; mais l’évidence est telle, qu’elle surpasse, ou égale 42 pour le moins, l’évidence 43 du contraire ; de sorte que ce n’est pas la raison qui puisse déterminer à ne la pas suivre ; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence et la malice du cœur. Et par ce moyen il y a assez d’évidence pour condamner et non assez pour convaincre ; afin qu’il paraisse qu’en ceux qui la suivent, c’est la grâce, et non la raison, qui fait suivre ; et qu’en ceux qui la fuient, c’est la concupiscence, et non la raison qui fait fuir.

Vere discipuli 44 , vere Israëlita 45 , vere liberi 46 , vere cibus 47 .

Première Copie 226]

565 48

Reconnaissez donc la vérité de la religion dans l’obscurité même de la religion, dans le peu de lumière que nous en avons, dans l’indifférence que nous avons de la connaître.

45]

566 49

On n’entend rien aux ouvrages de Dieu, si on ne prend pour principe qu’il a voulu aveugler les uns, et éclairer les autres.

142]

567 50

Les deux raisons contraires 51 . Il faut commencer par là : sans cela on n’entend rien, et tout est hérétique : et même, à la fin de chaque vérité, il faut ajouter qu’on se souvient de la vérité opposée 52 .

153]

568 53

Objection. Visiblement l’Écriture pleine de choses non dictées du Saint-Esprit. — Réponse. Elles ne nuisent donc point à la foi. — Objection. Mais l’Église a décidé que tout est du Saint-Esprit. — Réponse. Je réponds deux choses 54 : que l’Église n’a jamais décidé cela ; l’autre que, quand elle l’aurait décidé, cela se 55 pourrait soutenir.

Il [y] 56 a beaucoup d’esprits faux.

Denys a la charité, il était en place 57 .

Les prophéties citées dans l’Évangile, vous croyez qu’elles sont rapportées pour vous faire croire ? Non, c’est pour vous éloigner de croire 58 .

59]

569 59

Canoniques. — Les hérétiques, au commencement de l’Église, servent à prouver les canoniques 60 .

45]

570 61

Il faut mettre au chapitre des Fondements 62 ce qui est en celui des Figuratifs touchant la cause des figures : pourquoi Jésus-Christ prophétisé en son premier avènement ; pourquoi prophétisé obscurément en la manière.

**394]

571 63

Raison pourquoi Figures. — [Ils avaient à entretenir un peuple charnel et à le rendre dépositaire du Testament spirituel] : il fallait que, pour donner foi au Messie, il y eût eu des prophéties précédentes, et qu’elles fussent portées par des gens non suspects, et d’une diligence et fidélité et d’un zèle 64 extraordinaire, et connu de toute la terre.

Pour faire réussir tout cela, Dieu a choisi ce peuple charnel, auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie comme libérateur et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimait. Et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes, et a porté à la vue de tout le monde ces livres qui prédisent leur Messie, assurant toutes les nations qu’il devait venir, en la manière prédite dans les livres qu’ils tenaient ouverts à tout le monde. Et ainsi ce peuple, déçu par l’avènement ignominieux et pauvre du Messie, ont été ses plus cruels ennemis. De sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser, et le plus exact et zélé qui se puisse dire pour sa loi et pour ses prophètes, qui les porte incorrompus ; 65 de sorte 66 que ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ, qui leur a été en scandale, sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui et qui disent qu’il sera rejeté et en scandale ; de sorte qu’ils ont marqué que c’était lui en le refusant, et qu’il a été également prouvé, et par les justes juifs qui l’ont reçu, et par les injustes qui l’ont rejeté, l’un et l’autre ayant été prédits.

67 C’est pour cela que les prophéties ont un sens caché, le spirituel dont ce peuple était ennemi, sous le charnel, dont il était ami. Si le sens spirituel eût été découvert, ils n’étaient pas capables de l’aimer, et ne pouvaient le porter : ils n’eussent point eu le zèle pour la conservation de leurs livres et de leurs cérémonies ; et 68 , s’ils [avaient] aimé ces promesses spirituelles, et qu’ils les eussent conservées incorrompues jusqu’au Messie, leur témoignage n’eût pas eu de force, puisqu ils en eussent été amis.

Voilà pourquoi il était bon que le sens spirituel fût couvert : mais, d’un autre côté, si ce sens 69 eût été tellement caché qu’il n’eût point du tout paru, il n’eût pu servir de preuve au Messie. Qu’a-t-il donc été fait ? il a été couvert sous le temporel en la foule des passages, et a été découvert si clairement en quelques-uns ; outre que le temps et l’état du monde ont été prédits si clairement qu’il 70 est plus clair que le soleil ; et ce sens spirituel est si clairement expliqué en quelques endroits, qu’il fallut un aveuglement pareil à celui que la chair jette dans l’esprit 71 quand il lui est assujetti, pour ne le pas reconnaître.

72 Voilà donc quelle a été la conduite de Dieu. Ce sens est couvert d’un autre en une infinité d’endroits, et découvert en quelques-uns rarement, mais en telle sorte néanmoins que les lieux où il est caché sont équivoques et peuvent convenir aux deux ; au lieu que les lieux où il est découvert sont univoques, et ne peuvent convenir qu’au sens spirituel.

De sorte que cela ne pouvait induire en erreur, et qu’il n’y avait qu’un peuple aussi charnel qui s’y pût méprendre.

Car quand les biens sont promis en abondance, qui les empêchait d’entendre les véritables biens, sinon leur cupidité, qui déterminait ce sens aux biens de la terre ? Mais ceux qui n’avaient de bien qu’en Dieu les rapportaient uniquement à Dieu. Car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes, la cupidité et la charité 73 . Ce n’est pas que la cupidité 74 ne puisse être avec la foi en Dieu, et que la charité 75 ne soit avec les biens de la terre ; mais la cupidité use de Dieu et jouit du monde ; et la charité, au contraire.

Or, la dernière fin est ce qui donne le nom aux choses. Tout ce qui nous empêche d’y arriver est 76 appelé ennemi. Ainsi les créatures, quoique bonnes, sont ennemies des justes, quand elles les détournent de Dieu ; et Dieu même est l’ennemi de ceux dont il trouble la convoitise.

Ainsi le mot d’ennemi dépendant de la dernière fin, les justes entendaient par là leurs passions, et les 77 charnels entendaient les Babyloniens : et ainsi ces termes n’étaient obscurs que pour les injustes. Et c’est ce que dit Isaïe : Signa legem in electis meis 78 et que Jésus-Christ sera 79 pierre de scandale 80 . Mais, « Bienheureux, ceux qui ne seront point scandalisés en lui 81 ! » Osée, ult., le dit parfaitement : « Où est le sage ? et il entendra ce que je dis. Les justes l’entendront : car les voies de Dieu sont droites ; mais les méchants y trébucheront 82 . »

214]

572 83

Hypothèse des apôtres fourbes 84 .

Le temps clairement, la manière obscurément 85 .

Cinq preuves de Figuratifs 86 .

573 88

Aveuglement — de l’Écriture. — L’Écriture, disaient les Juifs, dit qu’on ne sait d’où le Christ viendra. Joh., vii, 27 89 — Et xii, 34. L’Écriture dit que le Christ demeure éternellement, et celui-ci dit qu’il mourra 90 .

Aussi, dit saint Jehan 91 , ils ne croyaient point, quoiqu’il eût tant fait de miracles, afin que la parole d’Isaïe fût accomplie : Il les a aveuglés, etc.

Première Copie 256]

574 92

Grandeur. — La religion est une chose si grande, qu’il est juste que ceux qui ne voudraient pas prendre la peine de la chercher, si elle est obscure, en soient privés. De quoi se plaint-on donc, si elle est telle qu’on la puisse trouver en la cherchant ?

137]

575 93

Tout tourne en bien pour les élus, jusqu’aux obscurités de l’Écriture ; car ils les honorent, à cause des clartés divines. Et tout tourne en mal pour les autres, jusqu’aux clartés ; car ils les blasphèment, à cause des obscurités qu’ils n’entendent pas.

65]

576 94

95 Conduite générale du monde envers l’Église : Dieu voulant aveugler et éclairer. — 96 L’événement ayant prouvé la divinité de ces prophéties, le reste doit donc être cru ; et par là nous voyons l’ordre du monde en cette sorte : les miracles de la création et du déluge s’oubliant, Dieu 97 envoie la loi et les miracles de Moïse, les prophètes qui prophétisent des choses particulières ; et, pour préparer un miracle subsistant, il prépare des prophéties et l’accomplissement ; mais les prophéties pouvant être suspectes, il veut les rendre non suspectes, etc.

443]

578 100

Il y a assez de clarté pour éclairer les élus et assez d’obscurité pour les humilier. Il y a assez 101 d’obscurité pour aveugler les réprouvés et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables. (Saint Augustin, Montaigne Sebonde 102 .)

La généalogie de Jésus-Christ dans l’Ancien Testament est mêlée parmi tant d’autres inutiles, qu’elle ne peut être discernée. Si Moïse n’eût tenu registre que des ancêtres de Jésus-Christ, cela eût été trop visible. S’il n’eût pas marqué celle de Jésus-Christ, cela n’eût pas été assez visible. Mais, après tout, qui y regarde de près, voit celle de Jésus-Christ bien discernée par Thamar, Ruth, etc 103 .

Ceux qui ordonnaient ces sacrifices en savaient l’inutilité ; ceux qui en ont déclaré l’inutilité n’ont pas laissé de les pratiquer.

Si Dieu n’eût permis qu’une seule religion, elle eût été trop reconnaissable ; mais qu’on y regarde de près, on discerne bien la vérité dans cette confusion.

Principe : Moïse était habile homme. Si donc il se gouvernait par son esprit, il ne disait rien nettement qui fût directement contre l’esprit.

Ainsi toutes les faiblesses très apparentes sont des forces. Exemple : les deux généalogies de saint Mathieu et de saint Luc 104 . Qu’y a-t-il de plus clair que cela n’a pas été fait de concert ?

141]

579 105

Dieu (et les apôtres) 106 , prévoyant que les semences d’orgueil feraient naître les hérésies, et ne voulant pas leur donner occasion de naître par des termes propres, a mis dans l’Écriture et les prières de l’Église des mots et des sentences contraires pour produire leurs fruits dans le temps.

De même qu’il donne dans la morale 107 la charité, qui produit des fruits contre la concupiscence.

90]

580 108

La nature a des perfections pour montrer qu’elle est l’image de Dieu, et des défauts, pour montrer qu’elle n’en est que l’image.

45]

581 109

Dieu veut plus disposer la volonté que l’esprit 110 . La clarté parfaite servirait à l’esprit et nuirait à la volonté. Abaisser la superbe 111 .

85]

582 112

On se fait une idole de la vérité même 113 ; car la vérité hors de la charité n’est pas Dieu, et est son image, et une idole, qu’il ne faut point aimer, ni adorer ; et encore moins faut-il aimer ou adorer son contraire, qui est le mensonge.

Je puis bien aimer l’obscurité totale 114 , mais, si Dieu m’engage dans un état à demi obscur, ce peu d’obscurité qui y est me déplaît, et, parce que je n’y vois pas le mérite d’une entière obscurité, il ne me plaît pas. C’est un défaut, et une marque que je me fais une idole de l’obscurité, séparée de l’ordre de Dieu. Or il ne faut adorer que son ordre.

*201]

583 115

Les malingres 116 sont gens qui connaissent la vérité, mais qui ne la soutiennent qu’autant que leur intérêt s’y rencontre ; mais, hors de là, ils l’abandonnent.

Première Copie 253]

584 117

Le monde subsiste pour exercer miséricorde et jugement, non pas comme si les hommes y étaient sortant des mains de Dieu, mais comme des ennemis de Dieu, auxquels il donne par grâce assez de lumière pour revenir, s’ils le veulent chercher et le suivre, mais 118 pour les punir, s’ils refusent de le chercher ou de le suivre 119 .

55]

585 120

Que Dieu s’est voulu cacher. — S’il n’y avait qu’une religion, Dieu y serait bien manifeste. S’il n’y avait des martyrs qu’en notre religion, de même.

Dieu étant ainsi caché, toute religion qui ne dit pas que Dieu est caché 121 n’est pas véritable ; et toute religion qui n’en rend pas la raison n’est pas instruisante. La nôtre fait tout cela : Vere tu es Deus absconditus 122 .

Première Copie 227]

586 123

S’il n’y avait point d’obscurité, l’homme ne sentirait point sa corruption ; s’il n’y avait point de lumière, l’homme n’espérerait point de remède. Ainsi, il est non seulement juste, mais utile pour nous, que Dieu soit caché en partie, et découvert en partie, puisqu’il est également dangereux à l’homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître Dieu 124 .

491]

587 125

Cette religion si grande en miracles 126 , saints, pieux 127 , irréprochables, savants et grands témoins ; martyrs ; rois (David) établis ; Isaïe, prince du sang — si grande en science, après avoir étalé tous ses miracles et toute sa sagesse, elle réprouve tout cela, et dit qu’elle n’a ni sagesse ni signes, mais la croix et la folie 128 .

Car ceux qui par ces signes et cette sagesse ont mérité votre créance, et qui vous ont prouvé leur caractère, vous déclarent que rien de tout cela ne peut nous changer, et nous rendre capables de connaître et aimer Dieu, que la vertu de la folie de la croix, sans sagesse ni signes ; et non point 129 les signes sans cette vertu. Ainsi notre religion est folle, en regardant à la cause effective, et sage en regardant à la sagesse qui y prépare 130 .

461]

132 Notre religion est sage et folle. Sage, parce qu’elle est la plus savante, et la plus fondée en miracles, prophéties, etc. Folle, parce que ce n’est point tout cela qui fait qu’on en est ; cela 133 fait bien condamner ceux qui n’en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire, c’est la croix, ne evacuata sit crux 134 . Et ainsi saint Paul, qui est venu en sagesse et signes, dit qu’il n’est venu ni en sagesse ni en signes : car il venait pour convertir. Mais ceux qui ne viennent que pour convaincre peuvent dire qu’ils viennent en sagesse et signes 135 .

Première Copie 253]

588 bis 136

Contrariétés. Sagesse infinie et folie de la religion 137 .

↑ Cf. C., 440 ; P. R., II, 12 ; XXVIII, 3 et ult., XXVIII, 27 ; Bos., II, iv, 10 ; II, xvii, 21 ; II, iii, 2 ; II, xv, 2 ; II, xiii, 2 ; II, xvii, 9 ; Faug., II, 355 ; II, 357 ; II, 354 ; II, 115 ; II, 116 ; II, 117 ; Hav., XI, 10 bis ; XXIV, 19 bis ; XI, 10 ; X, 5 ; XXII, 3 ; XXII, 6 ; XXII, 10 ; XX, 2 et XXIV, 9 ; Mol., I, 311 ; I, 287 ; I, 139 ; I, 140 ; II, 20 ; I, 320 et I, 296 ; Mich., 919.

↑ Cf. Fléchier : « Ces hommes qui, selon le langage de l’Apôtre, blasphèment tout ce qu’ils ignorent. » II, 114. Massillon parle « des enfants d’incrédulité que Dieu a livrés à la vanité de leurs pensées, qui blasphèment ce qu’ils ignorent » (Carême, sermon sur la vérité de la religion).

↑ Adam et Jésus-Christ, la corruption et la rédemption. Cf. fr. 450.

↑ C’est-à-dire que les hommes ne peuvent apercevoir la misère sans nier la grandeur, ou la grandeur sans nier la misère. Pour eux un aspect de la nature humaine est exclusif de l’aspect contraire ; le chrétien seul aperçoit le double caractère de l’homme.

↑ Enseigner a ici le sens de décrire, et non de prescrire ; il s’agit de sentiments conformes non aux préceptes moraux de la religion, mais à la vérité de l’état psychologique qu’elle nous révèle par la double doctrine de la rédemption et de la corruption.

↑ Dans l’Histoire des Variations (V, 31) Bossuet, jugeant l’œuvre de Melanchton, en décrit ainsi les suites : « des chrétiens… dépouiller le christianisme de tous ses mystères, et le changer en une secte de philosophie tout accommodée aux sens… la voie ouverte au déisme, c’est-à-dire à un athéisme déguisé. » — Saint-Simon écrit de Middleton : « C’était un athée de profession et d’effet, s’il peut y en avoir, au moins un franc déiste », apud Littré.

↑ Page 229 de la Copie.

↑ Cf. l’entretien avec M. de Saci et les fragments de la Section précédente, 547 sqq.

↑ À la page 230 de la Copie.

↑ « La plupart de ceux qui tâchent de prouver par des raisonnements et par des discours cachés la vérité d’un Dieu, travaillent inutilement et quelquefois même avec danger, les raisonnements étant d’ordinaire plus capables de rendre douteuse et incertaine une vérité si indubitable et si claire que de l’éclaircir et de l’assurer. » (Barcos, abbé de Saint-Cyran, Explication du symbole, p. 18.) — Dans sa Préface, Étienne Périer cite ce passage de Pascal que Port-Royal avait écarté, et insiste sur sa signification. (Pièces justificatives, p. cxciv) Mme Périer fait de ce fragment le centre de son interprétation de l’Apologie (ibid., p. ccxliv, cf. fr. 242).

↑ De immatérielles… à vérité, phrase d’abord omise par la copie, puis rétablie en marge.

↑ Première lecture corrigée grandeur.

↑ Première lecture corrigée comme le patron.

↑ À la page 231 de la Copie.

↑ Cf. La Prière pour le bon usage des maladies : « Je demande de n’être pas abandonné aux douleurs de la nature sans les consolations de votre Esprit ; car c’est la malédiction des Juifs et des Païens. Je ne demande pas d’avoir une plénitude de consolation sans aucune souffrance ; car c’est la vie de la gloire. Je ne demande pas aussi d’être dans une plénitude de maux sans consolation ; car c’est un état de judaïsme. Mais je demande, Seigneur, de ressentir tout ensemble et les douleurs de la nature pour mes péchés, et les consolations de votre Esprit par votre grâce ; car c’est le véritable état du christianisme » (§ 11).

↑ À la page 232 de la copie.

↑ Pas omis, puis ajouté dans la Copie.

↑ Cf. C., 439 ; P. R., XVIII, 7 ; Bos., II, xiii, 4 ; Faug., II, 154 ; Hav., XX, 4 ; Mol., I, 295 ; Mich., 914.

↑ Il est facile de tirer de cette pensée le sens précis de la distinction que Pascal établit entre tenter Dieu et chercher Dieu. Le tenter, c’est vouloir que Dieu se révèle à nous, en vertu de notre propre mérite, parce que la connaissance nous serait naturellement due ; le chercher, c’est demander à la prière plutôt qu’à la raison la connaissance de Dieu, c’est se faire petit enfant et croire avec humilité. Tenter, c’est réclamer de la justice divine ce que la grâce seule peut donner à ceux qui cherchent. Cf. Nicole : « Des diverses manières dont on tente Dieu. » (Essais de morale, t. III, p. 189).

↑ Cf. C., 439 ; Faug., II, 155 ; Mol., I, 17 ; Mich., 915.

↑ Cf. C., 440 ; P. R., XVIII, 4 ; Bos., II, xiii, 2 ; Faug., II, 155 ; Hav., XX, 2 ; Mol., I, 321 ; Mich., 918.

↑ Qu’ rayé sur la copie et remplacé par ou.

↑ Cf. C., 438 ; Faug., II, 156 ; Hav., XXV, 89 ; Mol., I, 315 ; Mich., 910.

↑ Cf. C., 439 ; P. R., XXVIII, 1 (fin) ; le début ult., III, 15 ; Bos., II, v, 6 ; II, xviii, 11 ; Faug., II, 369 ; Hav., XII, 12 ; Mol., I, 295 ; Mich., 902.

↑ Pascal touche au problème capital qui se débattait entre saint Augustin et Pélage, et auquel s’est attaché particulièrement Jansénius dans l’Augustinus, comme à la pierre angulaire du christianisme : quel rapport y a-t-il entre la nature de l’homme avant le péché et la nature de l’homme après la rédemption ? Pélage identifiait ces deux natures ; saint Augustin et Jansénius les opposent. L’Augustinus contient la justification historique et théologique de cette opposition ; Pascal ne devait pas remonter si haut dans son Apologie ; il transporte le débat sur le terrain de la psychologie, et il le tranche sans sortir de l’humanité actuelle : « Les plus instruits, dit-il dans un autre fragment, vont jusqu’au commencement du monde. Les anges la voient mieux encore [la religion], et de plus loin » (285). Il est à remarquer que les deux premiers paragraphes du fragment n’ont pas paru dans l’édition originelle de Port-Royal ; ils n’ont été insérés que plus tard pour former la 15e pensée du chapitre iii, séparés du troisième paragraphe qui avait été publié dans le chapitre xxviii, 1.

↑ Le copiste avait d’abord écrit serait.

↑ La fin du fragment a été publiée par Port-Royal, précédée d’un commentaire destiné à remplacer les deux paragraphes précédents qui ont paru quelque peu sévères pour la théologie janséniste : « Les impies qui s’abandonnent aveuglément à leurs passions sans connaître Dieu, et sans se mettre en peine de le chercher, vérifient par eux-mêmes ce fondement de la foi qu’ils combattent, qui est que la nature des hommes est dans la corruption. Et les Juifs qui combattent si opiniâtrement la religion chrétienne vérifient encore cet autre fondement de cette même foi qu’ils attaquent, qui est que Jésus-Christ est le véritable Messie, et qu’il est venu racheter les hommes, et les retirer de la corruption et de la misère où ils étaient, tant par l’état où on les voit aujourd’hui et qui se trouve prédit dans les prophéties qu’ils portent et qu’ils conservent inviolablement comme les marques auxquelles on doit reconnaître le Messie. » Ces lignes qui ont figuré depuis 1670 parmi les Pensées de Pascal (Cf. P. R., XXVIII, 1 ; Bos., I, xvii, 11, Faug., II, 204, Mol., I, 293, Mich., 980) ne sont pas de Pascal. Mais Port-Royal y a calqué de près les idées et même le style de Pascal. C’est ainsi qu’il a usé de la note (194 ter) : « Je leur demanderais s’il n’est pas vrai qu’ils vérifient par eux-mêmes ce fondement de la foi qu’ils combattent que la nature est dans la corruption. »

↑ Cf. C., 439 ; P. R., XVIII, 9 ; Bos., II, xiii, 5 ; Faug., II, 157 ; Hav., XX, 5 bis ; Mol., I, 294 ; Mich., 912.

↑ Cf. B., 423 ; C., 398 ; Bos., II, xvii, 8 ; Faug., II, 352 ; Hav., XXIV, 8 ; Mol., II, 58 ; Mich., 37.

↑ [Des.]

↑ « Toute créance pend ou de la dignité de celui qui parle ou de la force de la raison probante. La première manière appartient à notre créateur, pour l’honneur que nous lui portons, comme i’ay dit ailleurs, il faut infailliblement croire à ce qu’il a dit, parce seulement qu’il l’a dit » (R. Sebon, Théologie naturelle, ch. 211). Et plus haut dans le même chapitre : « L’autre sorte de parler par preuve et de persuader par argument est plus convenable à la faiblesse et sujétion de la nature humaine ». Cf. ch. 214. Montaigne reprend cette thèse dans l’Apologiel’Apologie : « Ce n’est pas par discours, ou par nostre entendement, que nous avons receu nostre religion ; c’est par auctorité et par commandement estrangier. »

↑ Jansénius a écrit : « Chaque fois qu’on ignore ce qu’il faut penser ou dire à propos d’une difficulté très grave et très obscure, on ne se soucie pas, comme on devrait, de la réponse de l’autorité des Saintes Écritures ou de la vénérable antiquité des Pères ; mais aussitôt on a recours à la Philosophie, comme à l’arsenal de toutes les solutions, et on en prend les règles comme mesure des mystères les plus profonds » (Augustinus, tome II, partie préliminaire, chap. iii). Ce chapitre et le chapitre suivant de l’Augustinus avaient déjà inspiré à Pascal des réflexions très remarquables dans son Fragment de Traité sur le Vide, et l’avaient conduit en particulier à « nous donner de l’horreur pour la malice [de ceux] qui emploient le raisonnement seul dans la théologie au lieu de l’Écriture et des Pères ».

↑ Cf. fr. 274 : « La raison s’offre, mais elle est ployable en tout sens. » Préparée par la concupiscence, elle détourne de Dieu, comme elle y conduit, inclinée par la charité. Les damnés seront éclairés par le châtiment, et convertis, au sens propre du mot : ils comprendront que ce n’est pas l’infirmité de leur raison, mais la corruption de leur cœur, qui leur cachait les vérités de la religion. Voir le fr. 563.

↑ Cf. B., 255 ; C., 471 ; Bos., II, xiii, 5 ; Faug., II, 157 ; Hav., XX, 5 ; Mol., I, 294 ; Mich., 771.

↑ Cf. B., 82 ; C., 108 ; P. R., XXVIII, 7 ; Bos., II, xvii, 13 ; Faug., II, 351 ; Hav., XXIV, 13 ; Mol., II, 126 ; Mich., 565.

↑ [Se sont crus.]

↑ Cf. B., 441 ; C., 237 ; P. R., ult., XXVIII, 23 ; Bos., II, xvii, 20 ; Faug., II, 264 ; Hav., XXIV, 18 ; Mol., I, 317 ; Mich., 292.

↑ Les prophéties en surcharge.

↑ Et en surcharge.

↑ [Ils le sont].

↑ Évidence a été employé depuis Descartes dans le sens absolu de certitude immédiate et intégrale qui exclut toute idée de mélange ou de degré : « Quand une chose est évidente, dit Condillac, elle ne saurait être plus évidente. » Montesquieu a dit pourtant dans l’Esprit des Lois : « Il nous est plus évident qu’une religion doit adoucir les mœurs des hommes, qu’il ne l’est qu’une religion soit vraie (XXIV, 4, apud Littré). C’est cette dernière acception qui est ici visée par Pascal. Évidence est synonyme de lumière, et alors il est possible de mettre en balance et de comparer l’évidence de deux contraires.

↑ [Au jugement.]

↑ [De toute autre vérité, religion et.]

↑ Joan., VIII, 31. Texte cité et commenté par Pascal lui-même au fr. 519. Si Jésus a dit qu’il y a de vrais disciples, c’est qu’il y en a de faux, au sein de l’Église et dans une fidélité apparente : ainsi se trouve confirmé le caractère équivoque et ambigu de la vérité chrétienne.

↑ Videt Jesus Nathanaël venieniem ad se, et dicit de eo : Ecce vere Israëlita, in quo dolus non est, Joan., I, 47.

↑ Joan., VIII, 36. Si ergo filius liberaverit, vere liberi eritis.

↑ Joan., IV, 56 : caro enim mea vere est cibus : et sanguis meus vere est potus.

↑ Cf. C., 438 ; P. R., XVIII, 19 ; Bos., II, xiii, 10 ; Faug., II, 156 ; Mol., I, 319 ; Mich., 909.

↑ Cf. B., 118 ; C., 144 ; P. R., XVIII, 24 ; Bos., II, xiii, 11 ; Faug., II, 116 ; Hav., XX, 19 ; Mol., I, 319 ; Mich., 112.

↑ Cf. B., 341 ; C., 294 ; Faug., II, 373 ; Hav., XXV, 192 ; Mol., II, 100 ; Mich., 360.

↑ « Il n’y a raison qui n’en aye une contraire, dit la plus saine et la plus seure philosophie, ce qui se monstreroit par tout qui voudroit. » Charron, De la sagesse, I, xiv, 11.

↑ Voir les exemples du fr. 362.

↑ Cf. B., 395 ; C., 367 ; Faug., II, 28 ; Hav., XX, 18 ; Mol., I, 315 ; Mich., 373.

↑ [L’une.]

↑ [Soutiendrait.]

↑ Il a dans le manuscrit.

↑ Ces deux réflexions singulièrement obscures par leur brièveté sont jetées dans le dialogue qu’elles interrompent. Il semble, en effet, que le dernier paragraphe explique comment pourrait se soutenir la décision de l’Église. Tout est dicté du Saint-Esprit, en ce sens qu’à côté des choses visiblement inspirées de Dieu et qui éclairent les élus, il doit y en avoir de différentes ou de contraires, et qui aveuglent les réprouvés. L’Écriture doit être équivoque et ambiguë pour exprimer le caractère vrai du christianisme. Cette ambiguïté expliquerait peut-être les deux membres de phrase : « Il y a beaucoup d’esprits faux. — Denys a la charité, il était en place. » Les esprits faux sont ceux qui se contentent des objections trop faciles pour se dispenser de prendre garde à la complexité des réponses. D’autre part ceux qui ont la charité sont édifiés et confirmés même par ce qui est obscur en soi, comme fit Denys l’Aréopagite (si c’est à lui que Pascal fait allusion, ce qui n’est que vraisemblable) qui était en place pour comprendre saint Paul, et qui se laissa convertir (Act. Apost., XVII, 34).

↑ C’est l’argument suprême qui réfute l’opiniâtreté des incrédules : Dieu veut vous aveugler ; l’Écriture doit être telle que, claire pour les élus, elle rebute les reprouvés par son obscurité.

↑ Cf. B., 163 ; C., 192 ; Faug., II, 374 ; Hav., XXV, 193 ; Mol., II, 115 ; Mich., 155.

↑ L’argument est dans Grotius, V. R. C., III, xv : Jam et illud, quod de diversis Christianorum sectis modo dicebamus, huc quoque aptari potest, illas omnes, saltem quæ Deum mundi opificem et Christum legis novæ auctorem agnoscunt, uti his libris ut eos nos habemus.

↑ Cf. B., 117 ; C., 143 ; Faug., II, 392 ; Hav., XXV, 111 ; Mol., II, 64 ; Mich., 110.

↑ Quel est ce chapitre des Fondements ? M. Havet déclarait qu’il n’y en avait point trace. Et en effet le chapitre ne nous a pas été transmis tel quel ; cependant le rapprochement des fragments qui sont réunis dans cette Section nous semble jeter quelque lumière sur Je dessein de Pascal, et montrer quelle interprétation du christianisme lui permettait de passer des fondements psychologiques de la religion à ses fondements historiques. Cf. Introd. p. lxiv.

↑ Cf. B., 305 ; C., 527 ; P. R., X, 10, 11 et 12 ; Bos., II, viii, 7 et 8, et II, ix, 2 ; Faug., II, 241 ; Hav., XV, 7, et XV, 7 bis ; Mol., I, 251 et I, 252 ; Mich., 623.

↑ Et d’un zèle en surcharge.

↑ La fin du paragraphe est en surcharge.

↑ [Qu’il n’y a rien à craindre.] — La fin du paragraphe, addition écrite en marge sous la dictée de Pascal.

↑ À la page 419 du manuscrit.

↑ [Quand même] ils [les] auraient [conservé incorrompus]. En remaniant la phrase Pascal a laissé auraient qui ne s’accorde plus avec le si substitué à quand même.

↑ Eût été tellement caché qu’il en surcharge.

↑ [N’est point.]

↑ [Qui] lui.

↑ À la page 420 du manuscrit.

↑ La phrase suivante jusqu’à la cupidité use de Dieu, en surcharge.

↑ [N’ait.]

↑ [N’use des.]

↑ [Notre.]

↑ [Juifs.]

↑ Liga testimonium, signa legem in discipulis meis, VIII, 16.

↑ [En] scandale.

↑ Et erit vobis in sanctificationem. In lapidem autem offensionis et in petram scandali, duabus dominus Israël : in laqueum et in rainam habitantibus Jerusalem, VIII, 14.

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