Pensées (page 22)

Blaise Pascal · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Pensées (Pascal, éd. Brunschvicg) · 34 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

661 92

La pénitence 93 , seule de tous les mystères, a été déclarée manifestement aux Juifs, et par saint Jehan, précurseur ; et puis les autres mystères, pour marquer qu’en chaque homme comme au monde entier cet ordre doit être observé.

17]

662 94

Les Juifs charnels 95 n’entendaient ni la grandeur ni l’abaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils l’ont méconnu dans sa grandeur prédite, comme quand il dit que le Messie sera seigneur de David, quoique son fils 96 , et qu’il est devant qu’Abraham, et 97 qu’il l’a vu 98 ; ils ne le croyaient pas si grand, qu’il fût 99 éternel et ils l’ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie, disaient-ils, demeure éternellement, et celui-ci dit qu’il mourra 100 . — Ils ne le croyaient donc ni mortel, ni éternel : ils ne cherchaient en lui qu’une grandeur charnelle.

8]

663 101

Figuratif. — Rien n’est ni semblable à la 102 charité que la cupidité, et rien n’y est si contraire 103 . Ainsi les Juifs, pleins des biens qui flattaient leur cupidité, étaient très conformes aux Chrétiens, et très contraires ; et par ce moyen, ils avaient les deux qualités qu’il fallait qu’ils eussent, d’être très conformes au Messie pour le figurer, et très contraires pour n’être pas témoins suspects.

1]

664 104

Figuratif. — Dieu s’est servi de la concupiscence des Juifs pour les faire servir à Jésus-Christ [qui portait le remède à la concupiscence].

455]

665 105

La charité n’est pas un précepte figuratif 106 . Dire que Jésus-Christ, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne serait venu que mettre la figure de la charité, pour ôter la réalité qui était auparavant, cela est horrible.

« Si la lumière est ténèbres, que seront les ténèbres 107 ? »

381]

666 108

Fascination. Somnum suum 109 . Figura hujus mundi 110 .

L’Eucharistie. Comedes panem tuum 111 . Panem nostrum 112 .

Inimici Dei terram lingent 113 , les pécheurs lèchent la terre, c’est-à-dire aiment les plaisirs terrestres.

L’Ancien Testament contenait les figures de la joie future, et le Nouveau contient les moyens d’y arriver.

Les figures étaient de joie : les moyens 114 , de pénitence ; et néanmoins l’agneau pascal était mangé avec des laitues sauvages, cum amaritudinibus 115 .

Singularis sum ego donec transeam 116 , Jésus-Christ avant sa mort était presque seul de martyr.

39]

668 120

On ne s’éloigne qu’en s’éloignant de la charité.

Nos prières et nos vertus sont abominables devant Dieu, si elles ne sont les prières et vertus de Jésus-Christ 121 . Et nos péchés ne seront jamais l’objet de la [miséricorde] 122 , mais de la justice de Dieu, s’ils ne sont [ceux] de Jésus-Christ. Il a adopté nos péchés, et nous a [admis à son] alliance ; car les vertus lui sont [propres, et les] péchés étrangers ; et les vertus nous [sont] étrangères, et nos péchés nous sont 123 propres.

Changeons la règle que nous avons prise jusqu’[ici] pour juger de ce qui est bon. Nous en avions pour règle notre volonté, prenons maintenant la volonté de [Dieu] : tout ce qu’il veut nous est bon et juste 124 , tout ce qu’il ne veut [pas, mauvais] 125 .

Tout ce que Dieu ne veut pas est défendu. Les péchés sont défendus par la déclaration générale que Dieu a faite, qu’il 126 ne les voulait pas. Les autres choses qu’il a laissées sans défense générale, et qu’on appelle par cette raison permises, ne sont pas néanmoins toujours permises ; car quand Dieu en éloigne quelqu’un de nous, et que par l’événement qui est une manifestation de la volonté de Dieu, il paraît que Dieu ne veut pas que nous ayons une chose, cela nous est défendu alors comme le péché, puisque la volonté de Dieu est que nous n’ayons non plus l’un que l’autre. Il y a cette différence seule entre ces deux 127 choses, qu’il est sûr que 128 Dieu ne voudra jamais le péché, au lieu qu’il ne l’est pas qu’il ne voudra jamais l’autre 129 . Mais tandis que Dieu ne la veut pas, nous la devons regarder comme péché 130 ; tandis que 131 l’absence de la volonté de Dieu, qui est seule toute la bonté et toute la justice, la rend injuste et mauvaise 132 .

Première Copie 342]

670 134

Figures 135 . — Les Juifs avaient vieilli dans ces pensées terrestres, que Dieu aimait leur père Abraham, sa chair et ce qui en sortait ; que pour cela il les avait multipliés et distingués de tous les autres peuples, sans souffrir qu’ils s’y mêlassent ; que, quand ils languissaient dans l’Égypte, il les en retira avec tous ses grands signes en leur faveur ; qu’il les nourrit de la manne dans le désert ; qu’il les mena dans une terre bien grasse ; qu’il leur donna des rois et un temple bien bâti pour y 136 offrir des bêtes, et par le moyen de l’effusion de leur sang qu’ils seraient purifiés, et qu’il leur devait enfin envoyer le Messie pour les rendre maîtres de tout le monde, et il a prédit le temps de sa venue.

Le monde ayant vieilli dans ses erreurs charnelles, Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l’éclat attendu ; et ainsi ils n’ont pas pensé que ce fût lui 137 . Après sa mort, saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure 138 , que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l’esprit 139 ; que les ennemis des hommes n’étaient pas les Babyloniens, mais les passions ; que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié 140 ; que la circoncision du corps était inutile, mais qu’il fallait celle du cœur 141 ; que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel 142 , etc.

Mais Dieu n’ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple, qui en était indigne, et ayant voulu néanmoins les prédire afin qu’elles fussent crues, il 143 en a prédit le temps clairement 144 , et les a quelquefois exprimées clairement, mais abondamment, en figures, afin que ceux qui aimaient les choses figurantes s’y arrêtassent, et que ceux qui aimaient les figurées les y vissent.

Tout ce qui ne va point à la charité est figure.

L’unique objet de l’Écriture est la charité 145 .

Tout ce qui ne va point à l’unique but en est la figure ; car, puisqu’il n’y a qu’un but, tout ce qui n’y va point en mots propres est figuré.

Dieu diversifie ainsi cet unique précepte de charité, pour satisfaire notre 146 curiosité qui recherche la diversité, par cette diversité qui nous mène toujours à notre unique nécessaire ; car une seule chose est nécessaire 147 , et nous aimons la diversité ; et Dieu satisfait à l’un et à l’autre par ces diversités, qui mènent au seul nécessaire.

Les Juifs ont tant aimé les choses figurantes et les ont si bien attendues, qu’ils ont méconnu la réalité, quand elle est venue dans le temps et en la manière prédite.

Les Rabbins prennent pour figures les mamelles de l’épouse 148 , et tout ce qui n’exprime pas l’unique but qu’ils ont, des biens temporels.

Et les chrétiens prennent même l’Eucharistie pour figure de la gloire où ils tendent.

119]

671 149

Les Juifs, qui ont 150 été appelés à dompter les nations et les rois, ont été esclaves du péché ; et les Chrétiens, dont la vocation a été à servir et à être sujets, sont les enfants libres 151 .

**197]

672 152

153 Pour formalistes 154 . — Quand saint Pierre et les apôtres délibèrent d’abolir la circoncision 155 , où il s’agissait d’agir contre la loi de Dieu 156 , ils ne consultent point les prophètes, mais simplement 157 la réception du Saint-Esprit en la personne des incirconcis 158 .

Ils jugent plus sûr que Dieu 159 approuve ceux qu’il remplit de son esprit, que non pas qu’il faille observer la loi. Ils savaient que la fin de la loi n’était que le Saint-Esprit ; et qu’ainsi, puisqu’on l’avait bien sans circoncision, elle n’était pas nécessaire.

270]

673 160

Fac secundum exemplar quod tibi ostensum est in monte 161 .

La religion des Juifs 162 a donc été formée sur 163 la ressemblance 164 de la vérité du Messie ; et la vérité du Messie a été reconnue par la religion des Juifs, qui en était la figure.

Dans les Juifs, la vérité n’était que figurée ; dans le ciel, elle est découverte.

Dans l’Église, elle est couverte, et reconnue par le rapport à la figure.

La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure.

Saint Paul dit lui-même que des gens défendront les mariages, et lui-même en parle aux Corinthiens d’une manière qui 165 est une ratière 166 ; car si un prophète avait dit l’un, et que saint Paul eût dit ensuite l’autre, on l’eût accusé.

39]

674 167

Figuratives. — « Fais toutes choses, selon le patron qui t’a été montré sur la montagne 168 . » Sur quoi saint Paul dit 169 que les Juifs ont peint les choses célestes 170 .

**145]

675 171

Et cependant ce Testament, fait pour aveugler les uns et éclairer les autres, marquait, en ceux mêmes qu’il aveuglait, la vérité qui devait 172 être connue des autres. Car les biens 173 visibles qu’ils recevaient de Dieu étaient si grands et si divins, qu’il paraissait bien qu’il était puissant de leur donner les invisibles, et un Messie.

Car la nature est une image de la grâce, et les miracles visibles sont images des invisibles. Ut sciatis… tibi dico : Surge 174 .

Isaïe LI dit que la rédemption sera comme 175 le passage de la mer Rouge 176 .

Dieu a donc montré en la sortie d’Égypte, de la mer, en la défaite des rois, en la manne, en toute la généalogie d’Abraham, qu’il était capable de sauver, de faire descendre le pain du ciel 177 , etc. ; de sorte que le peuple ennemi est la figure et la représentation du même Messie qu’ils ignorent, etc.

Il nous a donc appris enfin que toutes ces choses n’étaient que figures, et ce que c’est que vraiment libre 178 , vrai Israélite 179 , vraie circoncision 180 , vrai pain du ciel 181 , etc.

182 Dans ces promesses-là, chacun trouve ce qu’il a dans le fond de son cœur, les biens temporels ou les biens spirituels, Dieu ou les créatures ; mais avec cette différence que ceux qui y cherchent les créatures les y trouvent, mais avec plusieurs contradictions, avec la défense de les aimer, avec l’ordre de n’adorer que Dieu et de n’aimer que lui, ce qui n’est qu’une même chose, et qu’enfin il n’est point venu Messie pour eux 183 ; au lieu que ceux qui y cherchent Dieu le trouvent, et sans aucune contradiction, avec commandement de n’aimer que lui, et qu’il est venu un Messie dans le temps prédit pour 184 leur donner les biens qu’ils demandent.

Ainsi les Juifs avaient des miracles, des prophéties qu’ils voyaient accomplir ; et la doctrine de leur loi était de n’adorer et de n’aimer qu’un Dieu ; elle était aussi perpétuelle. Ainsi elle avait toutes les marques de la vraie religion : aussi elle l’était. Mais il faut distinguer la doctrine des Juifs d’avec la doctrine de la loi des Juifs 185 ; or la doctrine des Juifs n’était pas vraie, quoiqu’elle eût les miracles, les prophéties, et la perpétuité, parce qu’elle n’avait pas cet autre point de n’adorer, de n’aimer que Dieu.

Première Copie 257]

676 186

Le voile qui est sur ces livres pour les Juifs y est aussi pour les mauvais Chrétiens, et pour tous ceux qui ne se haïssent pas eux-mêmes.

Mais qu’on est bien disposé à les entendre et à connaître Jésus-Christ, quand on se hait véritablement soi-même !

35]

677 187

Figure porte absence et présence, plaisir et déplaisir.

Chiffre a double sens : un clair et où il est dit que le sens est caché 188 .

15]

678 189

Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. La réalité exclut absence et déplaisir.

Figures. — Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figure, il faut voir si les prophètes, en parlant de ces choses, y arrêtaient leur vue et leur pensée, en sorte qu’ils n’y vissent que cette ancienne alliance, ou s’ils y voient quelque autre chose dont elle fût la peinture ; car dans un portrait on voit la chose figurée. Il ne faut pour cela qu’examiner ce qu’ils en disent 190 .

Quand ils disent qu’elle sera éternelle, entendent-ils parler de l’alliance de laquelle ils disent qu’elle sera changée ; et de même des sacrifices, etc. ?

191 Le chiffre a deux sens 192 . Quand on surprend une lettre importante où l’on trouve un sens clair, et où il est dit néanmoins que le sens en est voilé et obscurci, qu’il est caché en sorte qu’on verra cette lettre sans la voir et qu’on l’entendra sans l’entendre ; que doit-on penser sinon que c’est un chiffre à double sens, et d’autant plus qu’on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral ? Les prophètes ont dit clairement qu’Israël serait toujours aimé de Dieu, et que la loi serait éternelle ; et ils ont dit que l’on n’entendrait point leur sens, et qu’il était voilé 193 .

Combien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprennent à connaître le sens caché, et principalement quand les principes qu’ils en prennent sont tout à fait naturels et clairs ! C’est ce qu’a fait Jésus-Christ, et les apôtres : ils ont levé le sceau, il a rompu le voile et a découvert l’esprit 194 ; ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l’homme sont ses passions, que le Rédempteur serait spirituel et son règne spirituel, qu’il y aurait deux avènements : l’un de misère pour abaisser l’homme superbe, l’autre de gloire, pour élever l’homme humilié ; que Jésus-Christ serait Dieu et homme.

15]

679 195

Figures. — Jésus-Christ leur ouvrit l’esprit pour entendre les Écritures.

Deux grandes ouvertures sont celles-là : 1o Toutes choses leur arrivaient en figures : vere Israelitæ, vere liberi, vrai pain du ciel 196 ; 2o un Dieu humilié jusqu’à la Croix : il a fallu que 197 le Christ ait souffert pour entrer dans sa gloire : « qu’il vaincrait la mort par sa mort 198 . » Deux avènements.

37]

680 199

Figures. — Dès qu’une fois on a ouvert ce secret, il est impossible de ne pas le voir. Qu’on lise le vieil Testament en cette vue, et qu’on voie si les sacrifices étaient vrais, si la parenté d’Abraham était la vraie cause de l’amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu de repos. — Non ; donc c’étaient des figures. Qu’on voie de même toutes les cérémonies ordonnées et tous les commandements qui ne sont pas pour la charité, on verra que c’en sont les figures 200 .

Tous ces sacrifices et cérémonies étaient donc figures ou sottises. Or il y a des choses claires trop hautes, pour les estimer des sottises.

Savoir si les prophètes arrêtaient leur vue dans l’Ancien Testament, ou y voyaient d’autres choses 201 .

39]

681 202

Figuratives. — Clé du chiffre : Veri adoratores 203 . Ecce agnus Dei qui tollit peccata mundi 204 .

339]

682 205

Is., i, 21. Changement de bien en mal et vengeance de Dieu 206 .

Is., x, 1 : Væ qui condunt leges iniquas. Is., xxvi, 20 : Vade, populus meus, intra in cubicula tua, claude ostia tua super te, abscondere modicum ad momentum, donec pertranseat indignatio. — Is., xxviii, 1 : Væ coronæ superbiæ.

Miracles. — Is., [xxxiii] 207 , 9 : Luxit et elanguit terra, confusus est Libanus et obsorduit, etc.

Nunc consurgam, dicit Dominus, nunc exaltabor, nunc sublevabor. — Is., xl, 17 : Omnes gentes quasi non sint. — 208 Is. xli, 26 : Quis annuntiavit ab exordio ut sciamus et a principio ut dicamus : Justus es ? — Is. xliii, 13 : Operabor et quis avertet illud ? — Jér. xi, 21 : Non prophetabis in nomine Domini et non morieris in manibus nostris. Propterea hæc dicit Dominus.

209 Is. xliv, 20 : Neque dicet : Forte mendacium est in dextera mea.

Is. xliv, 21, etc. : Memento horum, Jacob et Israel, quoniam servus meus es tu. Formavi te, servus meus es tu, Israel, ne obliviscaris mei.

Delevi ut nubem iniquitates tuas, et quasi nebulam peccata tua, revertere ad me quoniam redemi te.

xliv, 23, 24 : Laudate cœli quoniam misericordiam fecit Dominus…, quoniam redemit Dominus Jacob, et Israel gloriabitur. Hæc dicit Dominus redemptor tuus et formator tuus ex utero : Ego sum Dominus faciens omnia et extendens cœlos, solus, stabiliens terram et nullus mecum.

210 Is. liv, 8 : In momento indignationis abscondi faciem meam parumper a te et in misericordia sempiterna misertus sum tui, dixit redemptor tuus Dominus.

Is. lxiii, 12 : Qui eduxit ad dexteram Moysen brachio majestatis suæ, qui scidit aquas ante eos ut faceret sibi nomen sempiternum.

14. Sic adduxisti populum tuum ut faceres tibi nomen gloriæ.

Is. lxiii, 16. Tu enim pater noster, et Abraham nescivit nos et Israel ignoravit nos.

Is. lxiii, 17. Quare indurasti cor nostrum ne timeremus te ?

Is. lxvi, 17. Qui sanctifîcabantar et mundos se putabant,… simul consumentur, dicit Dominus.

Jér. ii, 35. Et dixisti : Absque peccato et innocens ego sum, et propterea avertatur furor tuus a me. Ecce ego judicio contendam tecum eo quod dixeris : Non peccavi.

Jér. iv, 22. Sapientes sunt ut faciant mala, bene autem facere nescierunt.

211 Jér. iv, 23, 24. Aspexi terram, et ecce vacua erat et nihili, et cœlos, et non erat lux in eis. Vidi montes et ecce movebantur, et omnes colles conturbati sunt. Intuitus sum et non erat homo, et omne volatile cœli recessit. Aspexi et ecce Carmelus desertus et omnes urbes ejus destructæ sunt a facie Domini, et a facie iræ furoris ejus. 212 Hæc enim dicit Dominus : Deserta erit omnis terra, sed tamen consummationem non faciam.

Jér. v, 4. Ego autem dixi : Forsitan pauperes sunt et stulti ignorantes viam Domini, judicium Dei sui. Ibo ad optimates et loquar eis, ipsi enim cognoverunt viam Domini, et ecce magis hi simul confregerunt jugum, ruperunt vincula. Idcirco percussit eos leo de sylva, pardus vigilans super civitates eorum.

213 Jér. v, 29 : Numquid super his non visitabo, dicit Dominus ? Aut saper gentem hujuscemodi non ulciscetur anima mea ?

Jér. v, 30 : Stupor et mirabilia facla sunt in terra.

Jér. v, 31 : Prophetæ prophetabant mendacium, et sacerdotes applaudebant 214 manibus, et populus meus dilexit talia : quid igitur fiet in novissimo ejus ?

Jér. vi, 16 : Hæc dicit Dominus : State super vias, et videte et interrogate de semitis antiquis quæ sit via bona et ambulate in ea ; et invenietis refrigerium animabus vestris. Et dixerunt : Non ambulabimus.

Et constitui super vos speculatores, audite vocem tubæ. Et dixerunt : Non audiemus 215 .

Ideo audite, gentes 216 , quanta ego faciam eis. Audi terra : ecce ego adducam mala, etc.

217 Fiance aux sacrements extérieurs : Jér. vii, 14 :

Faciam domui huic in qua invocatum est nomen meum et in qua vos habetis fiduciam, et loco quem dedi vobis et patribus vestris, sicut feci Silo. Tu ergo noli orare pro populo hoc. — 218 L’essentiel n’est pas le sacrifice extérieur. Jér. vii, 22 : Quia non sum locutus cum patribus vestris et non præcepi eis in die qua eduxi eos de terra Egypti, de verbo holocautomatum et victimarum. Sed hoc verbum præcepi eis dicens : Audite vocem meam et ero vobis Deus, et vos eritis mihi populus, et ambulate in omni via quam mandavi vobis ut bene sit vobis. Et non audierunt.

Multitude de doctrines. Jér. xi, 13 : Secundum numerum enim civitatum tuarum erant Dei tui Juda, et secundum numerum viarum Jerusalem posuisti aras confusionis, tu ergo noli orare pro populo hoc.

219 Jér. xv, 2 : Quod si dixerint ad te : Quo egrediemur ? dices ad eos : Hæc dicit Dominus : Qui ad mortem, ad mortem, et qui ad gladium, ad gladium, et qui ad famem, ad famem, et qui ad captivitatem, ad captivitatem. — Jér. xvii, 9 : Pravum est cor omnium et inscrutabile : quis cognoscet illud ? c’est-à-dire qui en connaîtra toute la malice, car il est déjà connu qu’il est méchant. Ego Dominus scrutans cor et probans renes 220 . Et dixerunt : Venite et cogitemus contra Jeremiam cogitationes, non enim peribit lex a sacerdote, neque sermo a propheta. — Jér. xvii, 17 : Non sis tu mihi formidini, tu spes mea in die afflictionum.

Jér. xxiii, 15 : A prophetis enim Hierusalem egressa est pollutio super omnem terram.

221 Jér. xxiii, 17 : Dicunt his qui blasphemant me : Locutus est Dominus : Pax erit vobis ; et omni qui ambulat in pravitate cordis sui dixerunt : Non veniet super vos malum.

29]

683 222

Figures. — La lettre tue 223 ; tout arrivait en figures 224 . Voilà le chiffre que saint Paul nous donne. Il fallait que le Christ souffrît. Un Dieu humilié. Circoncision du cœur 225 , vrai jeûne, vrai sacrifice 226 , vrai temple. Les prophètes ont indiqué qu’il fallait que tout cela fût spirituel 227 .

Non la viande qui périt, mais celle qui ne périt point 228 .

« Vous seriez vraiment libres 229 . » Donc l’autre 230 liberté n’est qu’une figure de liberté.

« Je suis le vrai pain du ciel 231 . »

*255]

684 232

Contradiction. — 233 On ne peut faire une bonne physionomie 234 qu’en accordant toutes nos contrariétés, et 235 il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordantes 236 sans accorder les contraires 237 . Pour entendre le sens d’un auteur, il faut accorder tous les passages contraires.

Ainsi, pour entendre l’Écriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires 238 s’accordent. Il ne suffit pas d’en avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants, mais d’en avoir un qui accorde les passages même contraires.

Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s’accordent, ou il n’a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l’Écriture et des prophètes ; ils avaient assurément trop bon sens. Il faut donc en chercher un qui accorde toutes les contrariétés.

Le véritable sens n’est donc pas celui des Juifs ; mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.

Les Juifs ne sauraient accorder la cessation de la royauté et principauté, prédite par Osée 239 , avec la prophétie de Jacob 240 .

Si on prend la loi, les sacrifices, et le royaume, pour réalités, on ne peut accorder tous les passages. Il faut donc par nécessité qu’ils ne soient que figures. On ne saurait pas même accorder les passages d’un même auteur, ni d’un même livre, ni quelquefois d’un même chapitre, ce qui marque trop quel était le sens de l’auteur ; comme quand Ézéchiel, chap. xx, dit qu’on vivra dans les commandements de Dieu et qu’on n’y vivra pas 241 .

*253]

685 242

Figures. — 243 Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu’elle plaise à Dieu, et qu’elle ne lui déplaise point. S’ils sont figures, il faut qu’ils plaisent et déplaisent 244 .

Or dans toute l’Écriture ils plaisent et déplaisent. Il est dit que la loi sera changée, que le sacrifice sera changé, qu’ils seront sans loi, sans prince et sans sacrifice, qu’il sera fait une nouvelle alliance, que la loi sera renouvelée, que les préceptes qu’ils ont reçus ne sont pas bons, que leurs sacrifices sont abominables, que Dieu n’en n’a point demandé 245 .

Il est dit, au contraire, que la loi durera éternellement, que cette alliance sera éternelle, que le sacrifice sera éternel, que le sceptre ne sortira jamais d’avec eux, puisqu’il n’en doit point sortir que le Roi éternel n’arrive 246 .

Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité ? non 247 . Marquent-ils aussi que ce soit figure ? non : mais que c’est réalité, ou figure. Mais les premiers, excluant la réalité, marquent que ce n’est que figure 248 .

249 Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité ; tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure.

Agnus occisus est ab origine mundi 250 . Juge sacrificateur.

39]

686 251

Contrariétés. — Le sceptre jusqu’au Messie 252 , — sans roi ni prince 253 .

Loi éternelle — changée.

Alliance éternelle, — alliance nouvelle.

Lois bonnes, — préceptes mauvais. Ézéch. 254 .

31]

687 255

Figures. — Quand la parole de Dieu, qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement 256 . Sede a dextris meis, cela est faux littéralement ; donc cela est vrai spirituellement.

En ces 257 expressions, il est parlé de Dieu à la manière des hommes ; et cela ne signifie autre chose, sinon que l’intention que les hommes ont en faisant asseoir à leur droite, Dieu l’aura aussi ; c’est donc une marque de l’intention de Dieu, non de sa manière de l’exécuter.

Ainsi quand il dit : Dieu a reçu l’odeur de vos parfums, et vous donnera en récompense une terre grasse ; c’est-à-dire la même intention qu’aurait un homme qui, agréant vos parfums, vous donnerait en récompense une terre grasse, Dieu aura la même intention pour vous 258 , parce que vous avez eu pour lui même intention qu’un homme a pour celui à qui il donne des parfums. Ainsi, iratus est 259 , « Dieu jaloux 260 », etc. Car les choses de Dieu étant inexprimables, elles ne peuvent être dites autrement, et l’Église aujourd’hui en use encore : Quia confortavit seras 261 , etc.

Il n’est pas permis d’attribuer à l’Écriture les sens qu’elle ne nous a pas révélé qu’elle a. Ainsi, de dire que le mem fermé d’Isaïe signifie 600, cela n’est pas révélé 262 . Il eût pu dire que les tsade finals et les he deficientes signifieraient des mystères 263 . Il n’est donc pas permis de le dire, et encore moins de dire que c’est la manière de la pierre philosophale. Mais nous disons que le sens littéral n’est pas le vrai, parce que les prophètes l’ont dit eux-mêmes.

Première Copie 257]

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