Pensées (page 26)

Blaise Pascal · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Pensées (Pascal, éd. Brunschvicg) · 34 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

756 84

Que peut-on avoir, sinon de la vénération, d’un homme qui prédit clairement des choses qui arrivent, et qui déclare son dessein et d’aveugler et d’éclairer, et qui mêle des obscurités parmi des choses claires qui arrivent ?

35]

86 Le temps du premier avènement est prédit 87 ; le temps du second ne l’est point, parce que le premier devait être caché ; le second devait être éclatant et tellement manifeste que ses ennemis mêmes le devaient reconnaître. Mais, comme il ne devait venir qu’obscurément, et que pour être connu de ceux qui sonderaient les Écritures…

17]

758 88

Dieu, pour rendre le Messie connaissable aux bons 89 et méconnaissable aux méchants, l’a fait prédire en cette sorte. Si 90 la manière du Messie eût été prédite clairement, il n’y eût point eu d’obscurité 91 , même pour les méchants. Si le temps 92 eût été prédit obscurément, il y eût eu obscurité, même pour les bons 93 ; car la [bonté de leur cœur] ne leur eût pas fait entendre que, par exemple, le mem fermé signifie six cents ans 94 . Mais le temps a été prédit clairement, et la manière en figures.

Par ce moyen, les méchants, prenant les biens promis pour matériels, s’égarent malgré le temps prédit clairement, et les bons ne s’égarent pas 95 . Car l’intelligence des biens promis dépend du cœur, qui appelle bien ce qu’il aime 96 : mais l’intelligence du temps promis ne dépend point du cœur. Et ainsi la prédiction claire du temps, et obscure des biens, ne déçoit que les seuls méchants.

221]

760 98

Les Juifs le refusent 99 , mais non pas tous : les saints le reçoivent, et non les charnels. Et tant s’en faut que cela soit contre sa gloire, que c’est le dernier trait qui l’achève. Comme la raison qu’ils en ont, et la seule qui se trouve dans tous leurs écrits, dans le Talmud et dans les Rabbins, n’est que parce que Jésus-Christ n’a pas dompté les nations en main armée, gladium tuum, potentissime 100 (N’ont-ils que cela à dire ? Jésus-Christ a été tué, disent-ils ; il a succombé ; il n’a pas dompté les païens par sa force 101 ; il ne nous a pas donné leurs dépouilles ; il ne donne point de richesses. N’ont-ils que cela à dire ? C’est en cela qu’il m’est aimable. Je ne voudrais pas celui qu’ils se figurent), il est visible que ce n’est que sa vie qui les a empêchés de le recevoir ; et par ce refus, ils sont des témoins sans reproche, et, qui plus est, par là ils accomplissent les prophéties 102 .

[Par le moyen de ce que ce peuple ne l’a pas reçu, est arrivée cette merveille que voici : les prophéties sont les seuls miracles subsistants qu’on peut faire, mais 103 elles sont sujettes à être contredites.]

222]

105 Les Juifs, en le tuant pour ne le point recevoir pour Messie, lui ont donne la dernière marque de Messie 106 .

Et en continuant à le méconnaître, ils se sont rendus témoins irréprochables : et en le tuant, et continuant à le renier, ils ont accompli les prophéties (Is. LX 107 . Ps. LXX 108 ).

37]

762 109

Que 110 pouvaient faire les Juifs, ses ennemis ? S’ils le reçoivent, ils le prouvent par leur réception 111 , car les dépositaires de l’attente du Messie le reçoivent ; s’ils le renoncent, ils le prouvent par leur renonciation.

61]

764 113

L’Église a 114 eu autant de peine à montrer que Jésus-Christ était homme, contre ceux qui le niaient 115 , qu’à montrer qu’il était Dieu 116 ; et les apparences étaient aussi grandes.

49]

765 117

Source des contrariétés. — 118 Un Dieu humilié, et jusqu’à la mort de la croix ; un Messie triomphant de la mort par sa mort 119 . Deux natures en Jésus-Christ, deux avènements, deux états de la nature de l’homme.

37]

766 120

Figures. — Sauveur, père, sacrificateur, hostie, nourriture, roi, sage, législateur, affligé, pauvre, devant produire un peuple qu’il devait 121 conduire et nourrir, et introduire dans sa terre…

Jésus-Christ. Offices. — Il devait lui seul 122 produire un grand 123 peuple, élu, saint et choisi ; le conduire, le nourrir, l’introduire dans le lieu de repos et de sainteté ; le rendre saint à Dieu ; en faire 124 le temple de Dieu, le réconcilier à Dieu 125 , le sauver de la colère de Dieu, le délivrer de la servitude du péché, qui règne visiblement dans l’homme ; donner des lois à ce peuple 126 , graver ces lois dans leur cœur, s’offrir à Dieu pour eux, se sacrifier pour eux, être une hostie sans tache, et lui-même sacrificateur : devant s’offrir lui-même, son corps et son sang, et néanmoins offrir pain et vin à Dieu…

Ingrediens mundum 127 .

« Pierre sur pierre 128 . »

Ce qui a précédé, ce qui a suivi. 129 Tous les Juifs subsistants et vagabonds.

419]

767 130

De tout ce qui est sur la terre 131 , il ne prend part qu’aux déplaisirs, non aux plaisirs. Il aime ses proches ; mais sa charité ne se renferme pas dans ces bornes, et se répand sur ses ennemis, et puis sur ceux de Dieu.

123]

768 132

Jésus-Christ figuré par Joseph 133 : bien-aimé de son père, envoyé du père pour voir ses frères, etc., innocent, vendu par ses frères vingt deniers 134 , et par là devenu leur seigneur, leur sauveur, et le sauveur des étrangers, et le sauveur du monde ; ce qui n’eût point été sans le dessein de le perdre, la vente et la réprobation qu’ils en firent.

Dans la prison, Joseph innocent 135 entre deux criminels ; Jésus-Christ en la croix entre deux larrons. Il prédit le salut à l’un et la mort à l’autre, sur les mêmes apparences. Jésus-Christ sauve les élus et damne les réprouvés, sur les mêmes crimes. Joseph ne fait que prédire ; Jésus-Christ fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu’il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire ; et celui que Jésus-Christ sauve lui demande qu’il se souvienne de lui, quand il sera en son royaume.

Première Copie 227]

769 136

La conversion des païens n’était réservée qu’à la grâce du Messie. Les Juifs ont été si longtemps à les combattre sans succès ; tout ce qu’en ont dit Salomon et les prophètes a été inutile. Les sages, comme Platon et Socrate, n’ont pu le persuader.

232]

770 137

Après que bien des gens sont venus devant, il est venu enfin Jésus-Christ dire : Me voici, et voici le temps 138 . Ce que les prophètes ont dit devoir avenir dans la suite des temps, je vous dis que mes apôtres le vont faire. Les Juifs vont être rebutés, Jérusalem sera bientôt détruite ; et les païens vont entrer dans la connaissance de Dieu. Mes apôtres le vont faire après que vous aurez tué l’héritier de la vigne 139 .

Et puis les apôtres ont dit aux Juifs : Vous allez être maudits (Celsus s’en moquait) ; et aux païens : Vous allez entrer dans la connaissance de Dieu. Et cela arrive alors.

57]

771 140

Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voyaient clair, et donner la vue aux aveugles ; guérir les malades, et laisser mourir les sains 141 ; appeler à la pénitence et justifier les pécheurs, et laisser les justes dans leurs 142 péchés ; remplir les indigents, et laisser les riches vides.

*59]

772 143

Sainteté. — Effundam spiritum meum 144 . Tous les peuples étaient dans l’infidélité et dans la concupiscence ; toute la terre fut ardente de charité, les princes quittent leurs grandeurs, les filles souffrent le martyre. D’où vient cette force ? c’est que le Messie est arrivé ; voilà l’effet et les marques de sa venue 145 .

Première Copie 165]

773 146

Ruine des Juifs et des païens par Jésus-Christ : omnes gentes venient et adorabunt eum 147 . Parum est ut 148 , etc. Postula a me 149 . Adorabunt eum omnes reges 150 . Testes iniqui 151 . Dabit maxillam percutienti 152 . Dederunt fel in escam 153 .

227]

774 154

Jésus-Christ pour tous, Moïse pour un peuple 155 .

Les Juifs bénis en Abraham : « Je bénirai ceux qui te béniront 156 . » Mais : « toutes nations bénies en sa semence 157 . »

Parum est ut 158 , etc. Isaïe.

Lumen ad revelationem gentium 159 .

Non fecit taliter omni nationi 160 , disait David en parlant de la loi. Mais, en parlant de Jésus-Christ, il faut dire : Fecit taliter omni nationi. Parum est ut, etc., Isaïe. Aussi c’est à Jésus-Christ d’être universel ; l’Église même n’offre le sacrifice que pour les fidèles : Jésus-Christ a offert celui de la croix pour tous.

123]

775 161

Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de tous, et hérésie à ne le pas 162 expliquer quelquefois de tous. Bibite ex hoc omnes 163 : les huguenots, hérétiques, en l’expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt 164 ; les huguenots, hérétiques, en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les Pères et la tradition 165 pour savoir quand, puisqu’il y a hérésie à craindre de part et d’autre.

225]

776 166

« Ne timeas pusillus grex. » — Timore et tremore 167 . — Quid ergo ? Ne timeas, [modo] 168 , timeas : Ne craignez point, pourvu [que] 168 vous craigniez ; mais si vous ne craignez pas, craignez.

Qui me recipit, non me recipit, sed eum qui me misit.

Nemo scit, neque Filius 169 .

Nubes lucida obumbravit 170 .

Saint Jehan devait convertir les cœurs des pères aux enfants, et Jésus-Christ mettre la division 171 — sans contradiction.

225]

777 172

173 Les effets, in communi et in particulari. Les semi-pélagiens errent en disant de in communi, ce qui n’est vrai que in particulari 174 ; et les calvinistes, en disant in particulari, ce qui est vrai in communi (ce me semble).

115]

778 175

Omnis Judææ regio, et Jerosolomymi universi, et baptizabantur 176 . À cause de toutes les conditions d’hommes qui y venaient.

Des pierres peuvent être enfants d’Abraham 177 .

115]

779 178

Si on se 179 connaissait, Dieu guérirait et pardonnerait : Ne convertantur et sanem eos Isaïe, et dimittantur eis peccata Marc, III 180 .

*115]

780 181

Jésus-Christ n’a jamais condamné sans ouïr : À Judas : Amice, ad quid venisti 182 ? À celui qui n’avait pas la robe nuptiale, de même 183 .

344]

781 184

Les figures de la totalité de la rédemption, comme que le soleil éclaire à tous 185 , ne marquent qu’une totalité ; mais les [figures 186 ] des exclusions, comme des Juifs élus à l’exclusion des Gentils, marquent l’exclusion.

« Jésus-Christ rédempteur de tous 187 . » — Oui, car il a offert, comme un homme qui a racheté tous ceux qui 188 voudront venir à lui ; ceux qui mourront en chemin, c’est leur malheur, mais quant à lui, il 189 leur offrait rédemption. — Cela est bon en cet exemple, où celui qui rachète et celui qui empêche de mourir sont deux, mais non pas en Jésus-Christ, qui fait l’un et l’autre. — Non, car Jésus-Christ, en qualité de rédempteur, n’est pas peut-être maître de tous ; et ainsi, en tant qu’il est en lui, il est rédempteur de tous 190 .

Quand on dit que Jésus-Christ n’est pas mort pour tous, vous abusez 191 d’un vice des hommes qui s’appliquent incontinent cette exception, ce qui est favoriser le désespoir 192 ; au lieu de les en détourner pour favoriser l’espérance. Car on s’accoutume ainsi aux vertus intérieures par ces habitudes extérieures 193 .

*19]

782 194

La victoire sur la mort 195 . « Que sert à l’homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme 196 ? Qui veut garder son âme, la perdre 197 . »

« Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir 198 . »

« Les agneaux n’ôtaient point les péchés du monde, mais je suis l’agneau qui ôte les péchés 199 . »

« Moïse ne vous a point donné le pain du ciel 200 Moïse ne vous a point tirés de captivité, et ne vous a pas rendus véritablement libres 201 . »

Première Copie 221]

783 202

… Alors Jésus-Christ vient dire aux hommes qu’ils n’ont point d’autres ennemis qu’eux-mêmes, que ce sont leurs passions qui les séparent de Dieu, qu’il vient pour les détruire, et pour leur donner sa grâce, afin de faire d’eux tous une Église sainte, qu’il vient ramener dans cette Église les païens et les Juifs, qu’il vient détruire les idoles des uns et la superstition des autres. À cela s’opposent tous les hommes, non seulement par l’opposition naturelle de la concupiscence ; mais, par-dessus tous, les rois de la terre s’unissent pour abolir cette religion naissante, comme cela avait été prédit (Proph. : Quare fremerunt gentes… Reges terræ… adversus Christum 203 ).

Tout ce qu’il y a de plus grand sur la terre s’unit : les savants, les sages, les rois. Les uns écrivent, les autres condamnent, les autres tuent. Et nonobstant toutes ces oppositions, ces gens simples et sans force résistent à toutes ces puissances et se soumettent même ces rois, ces savants, ces sages, et ôtent l’idolâtrie de toute la terre. Et tout cela se fait par la force qui l’avait prédit.

115]

784 204

Jésus-Christ n’a point voulu du témoignage des démons, ni de ceux qui n’avaient pas vocation ; mais de Dieu et Jehan-Baptiste 205 .

89]

785 206

Je considère Jésus-Christ en toutes les personnes et en nous-mêmes : Jésus-Christ comme père en son père, Jésus-Christ comme frère en ses frères, Jésus-Christ comme pauvre en les pauvres, Jésus-Christ comme riche en les riches, Jésus-Christ comme docteur et prêtre en les prêtres, Jésus-Christ comme souverain en les princes, etc. Car il est par sa 207 gloire tout ce qu’il y a de grand, étant Dieu, et est par sa 208 vie mortelle tout ce qu’il y a de chétif et d’abject. Pour cela il a pris cette malheureuse condition, pour pouvoir être en toutes les personnes, et modèle de toutes conditions.

55]

786 209

Jésus-Christ dans une obscurité (selon 210 ce que le monde appelle obscurité) telle que les historiens 211 , n’écrivant que les importantes choses des États, l’ont à peine aperçu.

*253]

787 212

Sur ce que Josèphe, ni Tacite, et les autres historiens 213 n’ont point parlé de Jésus-Christ. — Tant s’en faut que cela fasse contre, qu’au contraire cela fait pour. Car il est certain que Jésus-Christ 214 a été, et que sa religion a fait grand bruit, et que ces gens-là ne l’ignoraient pas, et 215 qu’ainsi il est visible qu’ils ne l’ont celé qu’à dessein ; ou bien qu’ils en ont parlé, et qu’on l’a supprimé ou changé.

439]

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