Pensées (page 28)
816 45
Incrédules, les plus crédules : ils croient les miracles de Vespasien 46 , pour ne pas croire ceux de Moïse.
*443]
817 47
48 Titre : D’où vient qu’on croit tant de menteurs qui disent qu’ils ont vu des miracles et qu’on ne croit aucun de ceux qui disent qu’ils ont des secrets pour rendre l’homme immortel ou pour rajeunir. — Ayant considéré d’où vient 49 qu’on ajoute tant de foi à 50 tant d’imposteurs qui disent qu’ils ont des remèdes, jusques à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m’a paru que la véritable cause est qu’il y en a de vrais ; car il ne serait pas possible qu’il y en eût tant de faux, et qu’on y donnât tant de créance, s’il n’y en avait de véritables. Si jamais il n’y eût eu remède à aucun mal, et que tous les maux eussent été incurables, il est 51 impossible que les hommes se fussent imaginé qu’ils en pourraient donner ; et encore plus que tant d’autres eussent donné croyance à ceux qui se fussent vantés d’en avoir : de même que, si un homme se vantait d’empêcher de mourir, personne ne le croirait, parce qu’il n’y a aucun exemple de cela. Mais comme il y eut quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables 52 , par la connaissance même des plus grands hommes, la créance des hommes s’est pliée par là 53 ; et cela s’étant 54 connu possible, on a 55 conclu de là que cela était. Car le peuple raisonne ordinairement ainsi : Une chose est possible, donc elle est ; — parce que la chose ne pouvant être niée en général, puisqu’il y 56 a des effets particuliers qui sont véritables, le peuple, qui ne peut pas discerner quels 57 d’entre ces effets particuliers sont les véritables 58 , les 59 croit tous. De même, ce qui fait qu’on croit tant de faux effets de la lune, c’est qu’il y en a de vrais, comme le flux de la mer.
Il en est de même des prophéties, des miracles, des divinations par les songes, des sortilèges, etc. 60 . Car, si de tout cela il n’y avait jamais eu rien de véritable, on n’en aurait jamais rien cru : et ainsi, au lieu de conclure qu’il n’y a point de vrais miracles parce qu’il y en a tant de faux, il faut dire 61 au contraire qu’il y a certainement de vrais miracles, puisqu’il y en a tant de faux, et 62 qu’il n’y en a de faux que par cette raison qu’il y en a de vrais. Il faut raisonner de la même sorte pour la religion ; car il ne serait pas possible que les hommes se fussent imaginé tant de fausses religions, s’il n’y en avait une véritable. L’objection à cela, c’est que les sauvages ont une religion : mais on répond à cela que c’est qu’ils en ont ouï parler, comme il paraît par le déluge, la circoncision, la croix de saint André, etc. 63 .
*193]
65 Ayant considéré d’où vient qu’il y a tant de faux miracles, de fausses révélations, sortilèges, etc., il m’a paru que la véritable cause est qu’il [y] en a de vrais ; car 66 il ne serait pas possible qu’il y eût tant de faux miracles s’il n’y en avait de vrais, ni tant de fausses révélations s’il n’y en avait de vraies, ni tant de fausses religions s’il n’y en avait une véritable. Car s’il n’y avait jamais eu de tout cela, il est comme impossible que les hommes se le fussent imaginé, et encore plus impossible que tant d’autres l’eussent cru. Mais comme il y a eu de très grandes choses véritables, et qu’ainsi elles ont été crues par de grands hommes, cette impression a été cause que 67 presque tout le monde s’est rendu capable de croire aussi les fausses. Et ainsi, au lieu de conclure qu’il n’y a point de vrais miracles, puisqu’il y en a tant de faux, il faut dire 68 au contraire qu’il y 69 a de vrais miracles, puisqu’il y en a tant de faux, et qu’il n’y en 70 a de faux que par cette raison qu’il y en a de vrais, et qu’il n’y a de même de fausses religions que parce qu’il y en a une vraie. — L’objection à cela : que les sauvages ont une religion ; mais c’est qu’ils ont ouï parler de la véritable, comme il paraît par la croix de saint André, le déluge 71 , la circoncision, etc. Cela vient de ce que l’esprit de l’homme, se trouvant plié de ce côté-là par la vérité, devient susceptible par là de toutes les faussetés de cette…
463]
819 72
Jérémie, xxiii, 32 73 , les miracles des faux prophètes. En l’hébreu et Vatable, il y a les légèretés.
Miracle ne signifie pas toujours miracle. I Rois, xiv, 15 74 , miracle signifie crainte, et est ainsi en l’hébreu. De même en Job manifestement, xxxiii, 7 75 . Et encore Isaïe, xxi, 4 76 ; Jérémie, xliv, 12 77 . Portentum signifie simulacrum, Jér., l, 38 78 , et est ainsi en l’hébreu et en Vatable. Is., viii, 18 79 . Jésus-Christ dit que lui et les siens seront en miracles.
453]
820 80
81 Si le diable favorisait la doctrine qui le détruit, il serait divisé, comme disait Jésus-Christ 82 . Si Dieu favorisait la doctrine qui détruit l’Église 83 , il serait divisé : Omne regnum divisum 84 … Car Jésus-Christ agissait contre le diable et détruisait son empire sur les cœurs, dont 85 l’exorcisme est la figuration, pour établir le royaume de Dieu. Et ainsi il ajoute : Si in digito Dei… regnum Dei ad vos 86 .
465]
821 87
Il y a bien de la différence entre tenter et induire en erreur. Dieu tente, mais il n’induit pas en erreur 88 . Tenter est procurer les occasions 89 , qui n’imposant point de nécessité, si on n’aime pas Dieu, on fera une certaine chose. Induire en erreur est mettre l’homme dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté 90 .
*469]
822 91
Abraham, Gédéon : [signes] 92 au-dessus de la révélation. Les Juifs s’aveuglaient en jugeant des miracles par l’Écriture. Dieu n’a jamais laissé ses vrais adorateurs.
J’aime mieux suivre Jésus-Christ qu’aucun autre parce qu’il a les miracles, prophéties, doctrine, perpétuité, etc.
Donatistes 93 : point de miracle, qui oblige à dire que c’est le diable. Plus on particularise Dieu, Jésus-Christ, l’Église…
119]
823 94
S’il n’y avait point de faux miracles, il y aurait certitude. S’il n’y avait point de règle pour les discerner 95 , les miracles seraient inutiles, et il n’y aurait point de raison de croire.
Or, il n’y a pas humainement 96 de certitude humaine, mais 97 raison.
453]
824 98
Ou Dieu a confondu les faux miracles, ou il les a prédits ; et, par l’un et par l’autre, il s’est élevé au-dessus de ce qui est surnaturel à notre égard, et nous y a élevés nous-mêmes.
*405]
825 99
Les miracles ne servent pas à convertir, mais à condamner (1re p. 113, A 10, Ad 2) 100 .
Première Copie 384]
826 102
Raisons pourquoi on ne croit point.
Joh. xii, 37. Cum autem tanta signa fecisset, non credebant in eum, ut sermo Isayæ impleretur : Excæcavit, etc.
Hæc dixit Isayas 103 , quando vidit gloriam ejus et locutus est de eo 104 .
« Judæi signa petunt et Græci sapientiam quærunt, nos autem Jesum crucifixum 105 . » Sed plenum signis, sed plenum sapientia ; vos autem Christum non crucifixum 106 et religionem sine miraculis et sine sapientia.
Ce qui fait 107 qu’on ne croit pas les vrais miracles, est le manque de charité 108 . Joh. : Sed vos non creditis, quia non estis ex ovibus 109 . Ce qui fait croire 110 les faux est le manque de charité II Thess., II 111 .
Fondement de la religion ; c’est les miracles. Quoi donc ? Dieu parle-t-il contre les miracles, contre les fondements de la foi qu’on a en lui ?
S’il y a un Dieu, il fallait que la foi de Dieu fût sur la terre. Or les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l’Antechrist, mais les miracles de l’Antechrist sont prédits par Jésus-Christ 112 ; et ainsi, si Jésus-Christ n’était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur ; mais l’Antechrist ne peut bien induire en erreur. Quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l’Antechrist, a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles ?
113 Moïse a prédit Jésus-Christ, et ordonné de le suivre 114 ; Jésus-Christ a prédit l’Antechrist, et défendu de le suivre 115 .
Il était impossible qu’au temps de Moïse on réservât sa croyance à l’Antechrist, qui leur était inconnu ; mais il est bien aisé, au temps de l’Antechrist, de croire en Jésus-Christ, déjà connu.
Il n’y a nulle raison de croire en l’Antechrist, qui ne soit à croire en Jésus-Christ ; mais il y en a en Jésus-Christ, qui ne sont pas en l’autre.
119]
827 116
Juges, xiii, 23 : « Si le Seigneur nous eût voulu faire mourir, il 117 ne nous eût pas montré toutes ces choses. »
Ézéchias, Sennachérib 118 .
Jérémie 119 . Hananias, faux prophète, meurt le septième mois.
II Mach., iii 120 : Le temple prêt à piller secouru miraculeusement. — II Mach., xv 121 .
III Rois, xvii 122 : La veuve à Élie, qui avait ressuscité l’enfant : « Par là je connais que tes paroles sont vraies. »
III Rois, xviii : Élie avec les prophètes de Baal 123 .
Jamais en la contention du vrai Dieu, de la vérité de la religion 124 , il n’est arrivé de miracle du côté de l’erreur, et non de la vérité.
455]
828 125
Contestation. — Abel, Caïn 126 ; Moïse, magiciens 127 ; Élie, faux prophètes 128 ; Jérémie, Hananias 129 ; Michée, faux prophètes 130 ; Jésus-Christ, Pharisiens 131 ; saint Paul, Barjésu 132 ; Apôtres, exorcistes 133 ; les Chrétiens et les infidèles ; les 134 catholiques, les hérétiques ; Élie Énoch. Antechrist 135 .
Toujours le vrai prévaut en miracles. Les deux croix 136 .
125]
829 137
Jésus-Christ dit que les Écritures témoignent de lui 138 , mais il ne montre pas en quoi.
Même les prophéties ne pouvaient pas prouver Jésus-Christ pendant sa vie ; et ainsi, on n’eût pas été coupable de ne pas croire en lui avant sa mort, si les miracles n’eussent pas suffi sans la doctrine. Or, 139 ceux qui ne croyaient pas en lui, encore vivant, étaient pécheurs, comme il le dit lui-même 140 , et sans excuse. Donc 141 il fallait qu’ils eussent une démonstration à laquelle ils résistassent. Or, ils n’avaient pas la nôtre 142 , mais seulement les miracles ; donc ils suffisent, quand la doctrine n’est pas contraire, et on doit y croire.
Jehan, vii, 40. Contestation entre les juifs 143 , comme entre les chrétiens aujourd’hui. Les uns 144 croyaient en Jésus-Christ, les autres ne le croyaient pas, à cause des prophéties qui disaient qu’il devait naître de Bethléem 145 . Ils devaient mieux prendre garde s’il n’en était pas, car ses miracles étant convaincants ; ils devaient bien s’assurer de ces prétendues contradictions de sa doctrine à l’Écriture ; et cette obscurité ne les excusait pas, mais les aveuglait. Ainsi ceux qui refusent de croire les miracles d’aujourd’hui, pour une prétendue contradiction chimérique, ne sont pas excusés.
Le peuple qui croyait en lui sur ses miracles ; les pharisiens leur disaient : Ce peuple est maudit, qui ne sait pas la loi 146 ; mais y a-t-il un prince ou un pharisien 147 qui ait cru en lui ? car nous savons que 148 nul prophète ne sort de Galilée 149 . Nicodème répondit : Notre loi juge-t-elle un homme devant que de l’avoir ouï 150 ?
Première Copie 382]
832 154
Les miracles ne sont plus nécessaires, à cause qu’on en a déjà 155 . — Mais quand on n’écoute plus la tradition, quand on ne propose plus que le Pape, quand on l’a surpris, et qu’ainsi ayant 156 exclu la vraie source de la vérité, qui est la tradition, et ayant prévenu le Pape, qui en est le dépositaire, la vérité n’a plus de liberté de paraître : alors les hommes ne parlant plus de la vérité, la vérité 157 doit parler elle-même aux hommes. C’est ce qui arriva au temps d’Arius 158 . (Miracles sous Dioclétien et sous Arius.)
*441]
833 159
Miracle. — Le peuple conclut cela de soi-même 160 ; mais s’il vous en faut donner la raison…
Il est fâcheux d’être dans l’exception de la règle 161 . Il faut même être sévère, et contraire à l’exception. Mais néanmoins, comme il est certain qu’il y a des exceptions de la règle, il en faut juger sévèrement, mais justement.
449]
834 162
163 Jeh., vi, 26 : Non quia vidistis signa, sed quia saturati estis 164 .
Ceux qui suivent Jésus-Christ à cause de ses miracles honorent sa puissance dans tous les miracles qu’elle produit ; mais ceux qui 165 , en faisant profession de le suivre pour ses miracles, ne le suivent en effet que parce qu’il les console et les rassasie des biens du monde, ils 166 déshonorent ses miracles, quand ils 167 sont contraires à leurs commodités,
Jeh., ix : Non est hic homo a Deo, qui sabbatum non custodit. Alii : Quomodo potest homo peccator hæc signa facere 168 ?
Lequel est le plus clair ?
Cette maison n’est pas de Dieu ; car on n’y croit pas que les cinq propositions soient dans Jansénius. Les autres : Cette maison est de Dieu ; car il y fait d’étranges miracles.
Lequel est le plus clair ?
Tu quid dicis ? Dico quia propheta est 169 . Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam 170 .
461]
835 171
Dans le Vieux Testament, quand on vous détournera de 172 Dieu 173 . Dans le Nouveau, quand on vous détournera de Jésus-Christ. Voilà les occasions d’exclusion à la foi des miracles, marquées. Il ne faut pas y 174 donner d’autres exclusions.
S’ensuit-il de là qu’ils avaient droit d’exclure tous les prophètes qui leur sont venus 175 ? Non 176 . Ils eussent péché en n’excluant pas ceux qui niaient Dieu, et eussent péché d’exclure ceux qui ne niaient pas Dieu 177 .
D’abord donc 178 qu’on voit un miracle, il faut, ou se soumettre, ou avoir d’étranges marques du contraire. Il faut voir s’il nie un Dieu, ou Jésus-Christ, ou l’Église.
461]
836 179
Il y a bien de la différence entre n’être pas pour Jésus-Christ et le dire, ou n’être pas pour Jésus-Christ, et feindre d’en être. Les uns peuvent faire des miracles, non les autres ; car il est clair des uns qu’ils sont contre la vérité, non des autres ; et ainsi les miracles sont plus clairs.
461]
837 180
C’est une chose si visible, qu’il faut aimer un seul Dieu, qu’il ne faut pas de miracles pour le prouver.
193]
838 181
Jésus-Christ a fait des miracles 182 , et les apôtres ensuite 183 , et les premiers saints, en grand nombre ; parce que, les prophéties n’étant pas encore accomplies, et s’accomplissant par eux, rien ne témoignait que les miracles. Il était prédit que le Messie convertirait les nations 184 . Comment cette prophétie se fût-elle accomplie, sans la conversion des nations ? Et comment les nations se fussent-elles converties au Messie 185 , ne voyant pas ce dernier effet des prophéties qui le prouvent ? Avant donc qu’il ait été mort, ressuscité, et converti les nations, tout n’était pas accompli ; et 186 ainsi il a fallu des miracles pendant tout ce temps. Maintenant il n’en faut plus contre les Juifs, car les prophéties 187 accomplies sont un miracle subsistant 188 .
117]
839 189
« Si vous ne croyez en moi, croyez au moins aux miracles 190 . » Il les renvoie comme au plus fort 191 .
Il 192 avait été dit aux Juifs, aussi bien qu’aux Chrétiens, qu’ils ne crussent pas toujours les prophètes 193 ; mais néanmoins les pharisiens et les scribes font grand état de ses miracles, et essayent de montrer qu’ils sont faux, ou faits par le diable 194 , étant nécessités 195 d’être convaincus, s’ils 196 reconnaissent qu’ils sont de Dieu.
Nous ne sommes pas aujourd’hui dans la peine de faire ce discernement. Il est pourtant bien facile à faire : ceux qui ne nient ni Dieu, ni Jésus-Christ, ne font point de miracles qui ne soient sûrs. Nemo facit 197 virtutem in nomine meo et 198 cito possit de me male loqui.
Mais nous n’avons point à faire ce discernement. Voici une relique sacrée ; voici une épine de la couronne du Sauveur du monde, en qui le prince de ce monde n’a 199 point puissance, qui fait des miracles par la propre puissance de ce sang répandu pour nous. Voici que Dieu choisit lui-même cette maison pour y faire éclater sa puissance.
Ce ne sont point des hommes qui font ces miracles par une vertu inconnue et douteuse, qui nous oblige à un difficile discernement. C’est Dieu même ; c’est 200 l’instrument de la Passion de son Fils unique, qui, étant en plusieurs lieux, choisit celui-ci, et fait venir de tous côtés les hommes pour y recevoir ces soulagements miraculeux dans leurs langueurs.
463]
840 201
L’Église a trois sortes d’ennemis : les Juifs, qui n’ont jamais été de son corps ; les hérétiques, qui s’en sont retirés ; et les mauvais Chrétiens, qui la déchirent au dedans 202 .
Ces trois sortes différentes 203 d’adversaires la combattent d’ordinaire diversement ; mais ici ils la combattent d’une même sorte. Comme ils sont tous sans miracles 204 , et que l’Église a toujours eu contre eux des miracles, ils ont tous eu le même intérêt 205 à les éluder, et se sont tous servis de cette défaite : qu’il ne faut pas juger de la doctrine par les miracles, mais des miracles par la doctrine. Il y avait deux partis centre ceux qui écoutaient Jésus-Christ : les uns qui suivaient sa doctrine pour ses miracles ; les autres qui disaient 206 … Il y avait deux partis au temps de Calvin… Il y a maintenant les Jésuites, etc.
463]
841 207
Les miracles discernent aux choses douteuses : entre les peuples juif et païen, juif et chrétien ; catholique, hérétique ; calomniés, et calomniateurs ; entre les deux croix 208 .
Mais 209 aux hérétiques, les miracles seraient inutiles ; car l’Église, autorisée par les miracles qui ont préoccupé la créance 210 , nous dit qu’ils n’ont pas la vraie foi. Il n’y a pas de doute qu’ils n’y sont pas, puisque les premiers miracles de l’Église excluent la foi des leurs. Il y a ainsi miracle contre miracle, et premiers et plus grands du côté de l’Église.
Ces filles 211 , étonnées de ce qu’on dit, qu’elles sont dans la voie de perdition ; que leurs confesseurs les mènent à Genève ; qu’ils leur inspirent que Jésus-Christ n’est point en l’Eucharistie, ni en la droite du Père 212 ; elles savent que tout cela est faux, elles 213 s’offrent donc à Dieu en cet état : Vide si via iniquitatis in me est 214 . Qu’arrive-t-il là-dessus ? Ce lieu, qu’on dit être le temple du diable, Dieu en fait son temple. On dit qu’il faut en ôter les enfants : Dieu les y guérit. On dit que c’est l’arsenal de l’enfer : Dieu en fait le sanctuaire de ses grâces 215 . Enfin on les menace de toutes les fureurs, de toutes les vengeances du ciel ; et Dieu les comble de ses faveurs. Il faudrait avoir perdu le sens pour en conclure 216 qu’elles sont donc en la voie de perdition.
(On a sans doute les mêmes marques que saint Athanase 217 .)
469]
842 218
« Si tu es Christus, dic nobis 219 . »
« Opera quæ ego facio in nomine patris mei, hæc testimonium perhibent de me. Sed vos non creditis quia non estis ex ovibus meis. Oves meæ 220 vocem meam audiunt 221 . »
Joh. vi, 30. « Quod ergo tu facis signum ut videamus et credamus tibi ? » — Non dicunt : Quam doctrinam prædicas 222 ?
« Nemo potest facere signa 223 quæ tu facis nisi Deus fuerit cum es 224 . »
II. Mach. xiv, 15. « Deus qui signis evidentibus suam portionem protegit. »
« Volumus signum videre de cœlo, tentantes eum. Luc, XI, 16 225 .
« Generatio prava 226 signum quærit ; et non dabitur 227 . Et ingemiscens 228 ait : Quid generatio ista signum quærit ? ». (Marc, VIII, 12.) Elle demandait signe à mauvaise intention.
« Et non poterat facere 229 . » Et néanmoins il leur promet le signe de Jonas, de sa résurrection, le 230 grand et l’incomparable 231 .
« Nisi videritis signa, non creditis 232 . » Il ne les blâme pas de ce qu’ils ne croient pas sans qu’il y ait de miracles ; mais sans qu’ils en soient eux-mêmes les spectateurs.
— L’Antechrist « in signis mendacibus, dit saint Paul, ii Thess. ii secundum operationem Satanæ, in seductione iis qui pereunt eo quod charitatem veritatis non receperunt ut salvi fierent, ideo mittet illis Deus operationes erroris ut credant mendacio 233 . » Comme au passage de Moïse : tentat enim vos Deus, utrum diligatis eum 234 .
Ecce prædixi vobis 235 : vos ergo videte 236 .
471]
843 237
Ce n’est point ici le pays de la vérité, elle erre inconnue parmi les hommes. Dieu l’a couverte d’un voile, qui la laisse méconnaître à ceux qui n’entendent pas sa voix. Le lieu est ouvert au blasphème, et même sur des vérités au moins bien apparentes. Si l’on 238 publie les vérités de l’Évangile, on en publie de contraires, et on obscurcit les questions en sorte que le peuple ne 239 peut discerner 240 , Et on demande : Qu’avez-vous pour vous faire plutôt croire que les autres ? Quel signe faites-vous ? Vous n’avez que des paroles, et nous aussi. Si vous aviez des miracles, bien. — Cela est une vérité, que la doctrine doit être soutenue par les miracles, dont on abuse pour blasphémer la doctrine. Et si les miracles arrivent, on dit que les miracles ne 241 suffisent pas sans la doctrine ; et c’est une autre vérité, pour blasphémer, les miracles.
Jésus-Christ guérit l’aveugle-né 242 , et fit quantité de miracles, au jour du sabbat 243 . Par où il aveuglait 244 les pharisiens qui disaient qu’il fallait juger des miracles par la doctrine 245 .
« Nous avons Moïse : mais celui-là, nous ne savons d’où il est 246 . » C’est ce qui est admirable, que vous ne savez d’où il est ; et cependant il fait de tels miracles.
Jésus-Christ ne parlait ni contre Dieu, ni contre Moïse.
L’Antechrist et les faux prophètes, prédits par l’un et l’autre Testament, parleront ouvertement contre Dieu et contre Jésus-Christ. Qui n’est point caché 247 … Qui serait ennemi couvert, Dieu ne permettrait pas qu’il fît des miracles ouvertement.
Jamais en une dispute publique où les deux parties se disent à Dieu, à Jésus-Christ, à l’Église, les miracles ne sont du côté des faux chrétiens, et l’autre côté sans miracle.
« Il a le diable. Joh., x, 21 248 . — Et les autres disaient : Le diable peut-il ouvrir les yeux des aveugles 249 ? »
Les preuves que Jésus-Christ et les apôtres tirent de l’Écriture ne sont pas 250 démonstratives ; car ils disent seulement que Moïse a dit qu’un prophète viendrait ; mais ils ne prouvent pas par là que ce soit celui-là, et c’était toute la question. Ces passages ne servent donc qu’à montrer qu’on n’est pas contraire à l’Écriture, et qu’il n’y paraît point de répugnance, mais non pas qu’il y ait accord. Or, cela suffit, exclusion de répugnance, avec miracle 251 .
252 Il y a un devoir réciproque entre Dieu et les hommes, pour faire et pour donner. Venite 253 : Quid debui 254 ? « Accusez-moi, » dit Dieu dans Isaïe 255 .
Dieu doit accomplir ses promesses, etc.
Les hommes doivent à Dieu de recevoir la religion qu’il leur envoie. Dieu doit aux hommes de ne les point induire en erreur 256 . Or, ils seraient induits en erreur, si les 257 faiseurs [de] miracle annonçaient une doctrine qui ne parût pas visiblement fausse aux lumières du sens commun, et si un plus grand faiseur de miracles n’avait déjà averti de ne les pas croire.
Ainsi, s’il y avait division dans l’Église, et que les Ariens, par exemple, qui se disaient fondés en l’Écriture comme les Catholiques, eussent fait des miracles, et non les Catholiques, on eût été induit en erreur.
Car, comme un homme qui nous annonce les secrets de Dieu n’est pas digne d’être cru sur son autorité privée, et que c’est pour cela que les impies en doutent, aussi un homme qui, pour marque de la communication qu’il a avec Dieu, ressuscite les morts, prédit l’avenir, transporte les mers, guérit les malades, il n’y a point d’impie qui ne s’y rende, et 258 l’incrédulité de Pharao et des Pharisiens est 259 l’effet d’un endurcissement surnaturel.
Quand donc on voit les miracles et la doctrine non suspecte tout ensemble d’un côté, il n’y a pas de difficulté. Mais quand on voit les miracles et doctrine suspects d’un même côté, alors il faut voir quel est le plus clair. 260 Jésus-Christ était suspect.
Barjésu aveuglé 261 : la force de Dieu surmonte celle de ses ennemis.
Les exorcistes juifs battus par les diables disant : « Je connais Jésus et Paul, mais vous, qui êtes-vous 262 ? »
Les miracles sont pour la doctrine, et non pas la doctrine pour les miracles.
263 Si les miracles sont vrais, pourra-t-on persuader toute doctrine ? non, car cela n’arrivera pas. Si angelus 264 …
Règle : Il faut juger de la doctrine par les miracles, il faut juger des miracles par la doctrine 265 . Tout cela est vrai, mais cela ne se contredit pas, car il faut distinguer les temps.
Que vous êtes aise de savoir les règles générales, pensant par là jeter le trouble, et rendre tout inutile ! On vous en empêchera, mon Père : la vérité est une et ferme 266 .
Il est impossible, par le devoir de Dieu, qu’un homme cachant sa mauvaise doctrine 267 , et n’en faisant apparaître qu’une bonne, et se disant conforme à Dieu et à l’Église, fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile : cela ne se peut 268 .
Et encore moins que Dieu, qui connaît les cœurs, fasse des miracles en faveur d’un tel.
447]
844 269
Les trois marques de la religion : la perpétuité, la bonne vie, les miracles. Ils détruisent la perpétuité par la probabilité 270 , la bonne vie, par leur morale ; les miracles, en détruisant ou leur vérité, ou leur conséquence.
Si on les croit, l’Église n’aura que faire de perpétuité, sainteté, ni miracles 271 . Les hérétiques les nient, ou en nient la conséquence ; eux de mêmes. Mais il faudrait n’avoir point de sincérité pour les nier, ou encore perdre le sens pour nier la conséquence 272 .