Pensées (page 3)

Blaise Pascal · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Pensées (Pascal, éd. Brunschvicg) · 34 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

59 203 (suite)

↑ Cf. B., 380 ; C., 340 ; P. R., XXXI, 36 ; Bos., I, x, 30 ; Faug., I, 249 ; Hav., VII, 30 ; Mol., II, 133 ; Mich., 710.

↑ La malice de la concupiscence est expliquée par Pascal lui même : « Dieu avait établi cet ordre surnaturel [d’aimer avant de connaître et de n’entrer dans la vérité que par la charité] et tout contraire à l’ordre qui devait être naturel aux hommes dans les choses naturelles. Ils ont néanmoins corrompu cet ordre en faisant des choses profanes ce qu’ils devaient faire des choses saintes, parce qu’en effet nous ne croyons presque que ce qui nous plaît. » Réflexions sur l’Art de persuader.

↑ [Nous demande.]

↑ Souvenir d’Épictète. « Lors donc qu’il y a une monnaie qui convient à l’un, et une autre qui convient à un autre, quiconque leur présente cette monnaie-là obtient d’eux ce qu’ils vendent. Un proconsul voleur est venu dans la province ; quelle monnaie lui faut-il ? de l’argent ; montre-lui-en et emporte en échange ce que tu veux », etc. Diss., III, iii, 11.

↑ Cf. B., 370 ; C., 327 ; P. R., XXXI, 34 ; Bos., I, x, 27 ; Faug., I, 247 ; Hav., VII, 27 ; Mol., II, 132 ; Mich., 636.

↑ [Aussi réel.]

↑ 2. C’est encore ce qu’explique Pascal dans l’Art de persuader. Il y a deux portes par où pénètrent « les qualités des choses que nous devons persuader », l’entendement qui aperçoit les conséquences nécessaires, la volonté qui se porte vers les objets de notre satisfaction. Or « celles qui ont cette liaison tout ensemble, et avec les vérités avouées, et avec les désirs du cœur, sont si sûres de leur effet, qu’il n’y a rien qui le soit davantage dans la nature ». Cf. Méré : « La vérité quand elle parle est toujours éloquente. » (De l’Esprit, p. 64. — Fontenelle dira l’inverse et il définit ainsi la manière : « Selon moi, il n’y a pas jusqu’aux vérités à qui l’agrément ne soit nécessaire » (Entretiens sur la pluralité des mondes premier soirpremier soir).

↑ Cf. B., 342 ; C., 295 ; Bos., suppl. 27 ; Faug., I, 247 ; Hav., XXIV, 87 bis ; Mol., II, 132 ; Mich., 353.

↑ « Cette peinture est conduicte, non tant par dextérité de la main, comme pour avoir l’obiect plus visvement empreinct en l’ame. Gallus parle simplement, parce qu’il conceoit simplement. » (Mont. III, 5III, 5.)

↑ Havet a rapproché de ce fragment un passage du Discours de la Conversation de Méré : « On compare souvent l’éloquence à la peinture ; et je crois que la plupart des choses qui se disent dans le monde sont comme autant de petits portraits, qu’on regarde à part et sans rapport, et qui n’ont rien à se demander. On n’a pas le temps de faire de ces grands tableaux où la principale beauté se montre en cela que toutes les lignes qu’on y remarque se trouvent dans une juste proportion. » (P. 22.) Cf. Discours de l’Éloquence et de l’Entretien, p. 65. Si Pascal se sert des mêmes mots, c’est pour une pensée toute différente. Le tableau n’est plus un ensemble, par opposition au portrait détaché ; le tableau désigne la scène arrangée en vue de l’effet extérieur, l’œuvre artificielle et d’imagination, par opposition au portrait qui essaie d’exprimer la nature interne du modèle : on dirait qu’on a de part et d’autre le souvenir d’une même conversation, mais qui a germé différemment dans l’esprit des interlocuteurs. — Pascal retrouve ainsi ce que disait Montaigne : « De vray, toute cette belle peinture s’efface par le lustre d’une vérité simple et naïve. » (I, 25.)(I, 25.)

↑ Cf. B., 336 ; C., 288 ; P. R., XXXI, 30 ; Bos., I, x, 22 ; Faug., I, 249 ; Hav., VII, 22 ; Mol., II, 135 ; Mich., 326.

↑ En tête quelques mots rayés : [Ainsi… toujours vains.]

↑ Pascal se souvient ici du Père Noël et de l’antithèse qui formait le titre de son écrit contre lui : Le Plein du Vide. Dans la lettrelettre de M. Pascal le père au P. Noël, cette antithèse est longuement examinée et elle est condamnée de par les règles propres à l’antithèse. Dans la lettre qu’il adresse à M. le Pailleur, Pascal lui-même parle « de ces antithèses opposées avec tant de justesse qu’il est aisé de voir qu’il s’est bien plus étudié à rendre ses termes contraires les uns aux autres, que conformes à la raison et à la vérité ».

↑ Cf. B., 342 ; C., 295 ; Faug., I, 260 ; Hav., XXV, 76 ; Mol., II, 136 ; Mich., 320.

↑ C’est sous cette forme négative que le principe de symétrie s’introduit dans la science et que Pascal l’invoque, comme avait fait Archimède, pour fonder la notion d’équilibre : « Toutes choses doivent être en repos, parce qu’il n’y a pas plus de raison, pourquoi l’une cède que l’autre. » Traité de l’équilibre des liqueurs, ch. ii. Cf. Couturat, la Logique de Leibniz, 1901, p. 227.

↑ Il y a là un essai intéressant d’explication psychologique. C’est pour l’œil, et dans les limites de notre horizon visuel, que nous recherchons la symétrie, et nous la voulons surtout en largeur parce que c’est le sens où les hommes eux-mêmes sont symétriques.

↑ Cf. B., 371 ; C., 328 ; P. R., XXXI, 35 ; Bos., I, x, 28 ; Faug., I, 249 ; Hav., VII, 28 ; Mol., II, 134 ; Mich., 701.

↑ Les Copies ajoutent le titre Style.

↑ [qu’autrement.]

↑ « Tu as parlé en poète plutôt qu’en homme » (Pétrone, 90). Cf. Discours de la Conversation, p. 67 : « Je disais à quelqu’un fort savant qu’il parlait en auteur. — Eh quoi, me répondit cet homme, ne le suis-je pas ? — Vous ne l’êtes que trop, répondis-je en riant, et vous feriez beaucoup mieux de parler en galant homme. » Et Sainte-Beuve, dans ses Portraits littéraires, cite une réflexion de Méré sur Virgile qui « écrivait plus en poète qu’en galant homme ».

↑ Mont., III, vIII, v : « Si i’estois du mestier, ie naturaliserois l’art, autant comme ils artialisent la nature. » Cette thèse avait déjà été appliquée à la théologie par Balzac dans le Socrate chrétien : « Ce n’est pas assez de savoir la théologie pour écrire de la théologie. » Discours XDiscours X, cf. passim. Il restait à mettre la théorie en pratique, et c’est ce qu’avait fait l’auteur des Provinciales.

↑ Cf. B., 354 ; C., 310 ; Faug., I, 261 ; Hav., XXIV, 94 et XXV, 133 ; Mol., II, 115 ; Mich., 23.

↑ Ce fragment est fait de notes, destinées vraisemblablement à la onzième Provinciale. Pascal devait s’y défendre d’avoir tourné les choses saintes en raillerie : il invoque les passages de ses premières Provinciales où tout d’un coup sur le fond de comédie se détache l’éloquence grave du Janséniste.

↑ Voir dans la onzième Provinciale la condamnation de « l’esprit de bouffonnerie » que Pascal reproche à ses adversaires — comme ils le reprochaient à lui-même : La Première réponse aux Jansénistes les traite de « petits bouffons » ; le récit du « Secrétaire de Port-Royal » est une « narrative digne d’un farceur pour rendre les Jésuites ridicules auprès des esprits de son calibre par des façons de répondre, niaises et badines, qui sont le plus beau de ses dialogues puérils » (Recueil de 1658, p. 13).

↑ À la fin du Récit de la grande expérience de l’Équilibre des liqueursRécit de la grande expérience de l’Équilibre des liqueurs, Pascal parle des causes imaginaires que les hommes « ont exprimées par des noms spécieux qui remplissent les oreilles et non pas l’esprit. » (Œuvres de Pascal, éd. Lahure, t. IV, p. 146).

↑ Cf. fragment 196 : « Les gens manquent de cœur ; on n’en ferait pas son ami. »

↑ « Comme s’il n’était défendu d’être blasphémateur et impie qu’en prose. » XIe Provinc. — Cf. fr. 38, la note et celle du fragment précédent.

↑ Note contemporaine de la onzième Provinciale. Pascal reprend en effet dans la douzième, pour réfuter les « chicanes » de ses adversaires, les sujets qu’il avait traités dans la sixième, dans la septième, dans la huitième : simonies, usures, restitutions. On retrouve dans la dix-septième Provinciale l’expression : « Ma quinzième lettre y avait assez répondu. »

↑ Cf. B., 384 ; C., 344 ; Bos., I, x, 35 ; Faug., I, 254 ; Hav., VII, 35 ; Mol., II, 133 ; Mich., 739.

↑ Ce nous désigne ici Montaigne (Cf. Essais II, xII, x ; II, xxxiII, xxxi) et plus encore Méré avec qui Pascal s’accordait pour blâmer en Cicéron tout ce qui dépasse la simple et pure nature, tout ce qui n’est que pour la pompe et l’éclat. Ils avaient conscience que la délicatesse de leur goût était en contradiction avec la culture de la « rhétorique » dont les régents de collège, les prédicateurs en chaire et les avocats au Parlement faisaient alors un si étrange abus. Méré écrit pour sa part : « Je remarque aussi que les gens du commun, bien qu’ils soient de la Cour, sont persuadés que la plus grande beauté de l’éloquence consiste en ces fausses parures que les personnes de bon goût ne peuvent souffrir. » (Œuv. Posth., p. 136.) Plus loin il reprochera à Cicéron de « s’expliquer toujours en homme de lettres » et de n’avoir point su « juger partout du juste rapport qui se doit trouver entre la pensée et l’expression » (p. 171) ; il signalera des phrases « qui sentent la fausse éloquence. » (Discours de la vraie Honnêteté, I, p. 26.) L’expression même de fausses beautés se trouve dans une lettre : « Les beautés d’éclat en fait de paroles sont pour l’ordinaire de fausses beautés qui n’ont que la première vue. » (Œuv. Posth., II, 2).

↑ Cf. B., 343 ; C., 296 ; P. R., XXXI, 31 ; Bos., I, x, 24 ; Faug., I, 255 ; Hav., VII, 24 ; Mol., II, 132 ; Mich., 328.

↑ M. Collet a signalé ce passage de Méré dans ses Conversations avec le maréchal de Clérambault. « Il serait à désirer de faire en sorte qu’il eût le goût bon, car si je me veux expliquer, il faut bien que je me serve de ce mot dont tant de gens abusent. » Ailleurs Méré assimile le bon goût à ce que Pascal appelle le sentiment : « Le bon goût se fonde toujours sur des raisons très solides, mais le plus souvent sans raisonner. » (I, 85.)

↑ Cf. fr. 408 : « Le mal est aisé, il y en a une infinité. »

↑ « Quand les dames veulent paraître comme à l’envi dans une grande assemblée, vous savez qu’elles s’ajustent pour plaire plutôt que pour éblouir… Puisque j’en suis venu là, je trouve que l’éloquence qui pense bien et qui s’exprime mal est à peu près comme une belle femme mal ajustée ou dans un habit négligé, et que celle qui se fait peu considérer du côté de l’esprit, mais qui se sert du langage adroitement, représente une femme médiocrement belle, mais qu’on trouve toujours ajustée, ou toujours parée, et ce grand soin ne fait pas qu’on en soit charmé. » (Méré, Conversations, p. 188.)

↑ Cf. B., 344 ; C., 297 ; P. R., XXXI, 32 ; Bos., I, x, 25 ; Faug., I, 256 ; Hav., VII, 25 ; Mol., II, 136 ; Mich., 329.

↑ [Par [langage.]

↑ {Langage.]

↑ [En quoi.]

↑ [Que l’agrément.]

↑ [Auquel il faut.]

↑ « Cicéron a cru et quelques autres avant Cicéron qu’en chaque langue les Poètes avaient une langue à part, séparée et distincte de la vulgaire… Et quand tout le monde serait capable de ce jargon, je crois avoir déjà dit qu’il n’a lieu que dans la licence de la raillerie. » (Balzac, Dissertation à M. Conrart.) Balzac cite à l’appui de ses réflexions des exemples tels que : des raisons aussi fortes que les Armes qui avaient été forgées par Vulcain ; les cyprès du Parnasse et les Aigles de Sion. Pascal a cherché des exemples plus simples, et qui paraissent empruntés à Malherbe.

↑ La pensée de Balzac et de Pascal a été reprise, comme le remarque Sainte-Beuve, par Montesquieu : « Ce sont ici les poètes, c’est-à dire les auteurs dont le métier est de mettre des entraves au bon sens, et d’accabler la raison sous les agréments, comme on ensevelissait autrefois les femmes sous leurs parures et leurs ornements » (Lettres Persanes, 137137).

↑ Balzac avait déjà dit, en parlant des paraphrases familières aux traducteurs des apôtres : « Ne pensez pas leur faire plaisir, de leur prêter si libéralement, et sans qu’ils en aient besoin, vos épithètes et vos métaphores ; de les charger de votre alchimie et de vos diamants de verre, ou si vous voulez que j’en parle plus nettement, de votre bon or et de vos perles orientales. Ces ornements les déshonorent, ces faveurs les désobligent. Vous pensez les parer pour la cour et pour les jours de cérémonie, et vous les cachez comme des mariées de village sous vos affiquets et sous vos bijoux. Vous voulez leur rendre le visage plus agréable, et vous leur enlevez le cœur. » (Socrate chrétien, disc. VIIdisc. VII.) Pascal devait, comme avait commencé de faire Balzac lui-même, appliquer ces principes à démontrer l’authenticité de l’Ecriture sainte. Cf. fr. 797 et suiv.

↑ Cf. B., 344 ; C., 298 ; P. R., XXIX, 14 ; Bos., I, ix, 18 ; Faug., I, 257 ; Hav., VI, 15 ; Mol., I, 120 ; Mich., 330.

↑ Nicole reproduit et commente ce fragment dans le Traité de la charité et de l’amour-propre, chap. vi : L’honnêteté et la charité nous éloignent de l’affectation. D’autre part, comme le remarque Havet, La Bruyère s’est souvenu de ces expressions dans le caractère de Cydias, qui paraît bien être le portrait de Fontenelle : « Ascagne est statuaire… et Cydias, bel esprit, c’est sa profession. Il a une enseigne », etc. (De la Société et de la Conversation, no 75), et dans le caractère d’Eurypyle : « Je nomme Eurypyle, et vous dites : C’est un bel esprit… quelle est son enseigne ? » (Des jugements, n° 20).

↑ « M. Collet a justement rapproché ces fragments de divers passages du chevalier de Méré : « La guerre est le plus beau métier du monde, il en faut demeurer d’accord ; mais, à le bien prendre, un honnête homme n’a point de métier. Quoiqu’il sache parfaitement une chose, et que même il soit obligé d’y passer sa vie, il me semble que sa manière d’agir ni son entretien ne le font point remarquer » (tome I, p. 190). Et ailleurs (tome II, p. 80) : « C’est un malheur aux honnêtes gens d’être pris à leur mine pour des gens de métier, et quand on a cette disgrâce, il s’en faut défaire à quelque prix que ce soit. » Le fond de ces idées se trouve déjà dans Montaigne, particulièrement au chapitre de l’institution des Enfants (I, 25I, 25) : « Or nous qui cherchons icy, au rebours, de former, non un grammairien ou logicien, mais un gentilhomme », etc. Et ailleurs : « Les païsans simples sont honnestes gents, et honnestes gents les philosophes. » (I, 54I, 54) » Note de Havet. — Cf. livre III, ch. ixlivre III, ch. ix : « On dit bien vray, qu’un honneste homme, c’est un homme meslé. » Meslé, pour Montaigne, veut dire qui sait se mêler à tous les mondes, par opposition aux courtisans qui ne savent parler « qu’aux hommes de leur sorte et des choses de la cour ».

↑ Cf. B., 367 ; C., 323 ; Faug., I, 258 ; Hav., VI, 15 ter ; Mol., I, 119 ; Mich., 744.

↑ Le mot n’est pas dans la rédaction écrite sous la dictée de Pascal.

↑ « Ce n’est donc pas un métier que d’être honnête homme. » (Méré, Discours de la vraie Honnêteté, p. 3.)

↑ Mont., II, xviiII, xvii : « Mais les belles ames, ce sont les ames universelles, ouvertes, et justes à tout ; sinon instruites, au moins instruisables. »

↑ À rapprocher ce jugement de Méré : « C’est être savant que d’avoir beaucoup de lecture… Mais de dire des bonnes choses sur tout ce qui se présente et de les dire agréablement…, l’esprit ne peut aller plus loin, et c’est le chef-d’œuvre de l’intelligence. » Discours de la conversation, Œuvres, page 77.

↑ Cf. B., 354 ; C., 309 ; Bos., I, ix, 18 ; Faug., I, 195 ; Hav., VI, 15 bis ; Mol., I, 114 ; Mich., 21.

↑ Dans le Discours de l’Esprit, Méré blâme les princes « de ce qu’au lieu de s’adresser à quelqu’un qui connût en tout le bien et le mal, ils ont recours aux meilleurs mathématiciens, qui ne les sauraient entretenir que de figures et de nombres (p. 59). »

↑ Cf. B., 89 ; C., 115 ; Faug., I, 235 ; Mol., II, 151 ; Mich., 126.

↑ Cf. Montaigne : « Un peu de chasque chose, et rien du tout, à la françoise » (I, 25I, 25).

↑ Le monde est l’ensemble des hommes, pris en général, exception faite des spécialistes, ce qu’on appellerait aujourd’hui le grand public. C’est le jugement du « monde » qu’exprime Clitandre dans les Femmes savantes :

Je consens qu’une femme ait des clartés de tout.

Seulement là où Clitandre, qui est un amateur (et Molière avec lui), voit assez naïvement un minimum de connaissances, Pascal, qui est un savant, est tout près de voir le maximum de science auquel l’homme peut atteindre.

↑ Cf. B., 385 ; C., 347 ; Mol., II, 115 ; Mich., 660.

↑ Michaut lit : Pour ce nom ; la seconde copie donne : porter le nom d’honnête homme. — Ces mots qui se trouvent déjà parmi les réflexions suggérées par la polémique des Provinciales (voir fragment 30 et la note du fr. 29) sont répétés à la page 412 du manuscrit. Pascal comptait sans doute reprendre cette pensée qui se rapproche des vers connus de Boileau :

Que les vers ne soient pas votre éternel emploi :

Cultivez vos amis, soyez homme de foi :

C’est peu d’être agréable et charmant dans un livre,

Il faut savoir encore et converser et vivre.

Il fau savoir encore et co(Art poétique, IV, 121 sqq.IV, 121 sqq.)

Molière de son côté écrit dans le Misanthrope (I, 11I, 11) :

Et n’allez point quitter, de quoi que l’on vous somme,

Le nom que dans la cour vous avez d’honnête homme,

Pour prendre de la main d’un avide imprimeur

Celui de ridicule et misérable auteur.

↑ Cf. B., 397 ; C., 371 ; P. R., ult., XXXI, 29 ; Bos., I, x, 18 ; Faug., I, 250 ; Hav., VII, 18 ; Mol., II, 316 ; Mich., 558.

↑ Même dans son sens propre, foudre au xviie siècle s’employait encore au masculin. Corneille dit dans PolyeuctePolyeucte :

Ces foudres impuissants qu’en leurs mains vous peignez.

et Bossuet dans le Discours sur l’Histoire universelle (I, 11I, 11) : « Anastase mourut frappé du foudre. »

↑ Cf. B., 328 ; C., 278 ; P. R., XXXI, 4 ; Bos., I, x, 3 ; Faug., I, 173 ; Hav., VII, 3 ; Mol., II, 141 ; Mich., 338.

↑ [On.]

↑ Pascal avait écrit particulière ; il nous semble que la correction s’impose. M. Molinier (t. II, p. 350) conserve règle particulière, en l’entendant comme règle particulière d’un autre cas ; ce qui n’est plus dans le texte, ni, je crois, dans l’esprit de Pascal.

↑ Cf. B., 413 ; C., 389 ; P. R., XXXI, 37 ; Bos., I, ix, 56 ; Faug., I, 253 ; Hav., VI, 53 ; Mol., I, 123 ; Mich., 393.

↑ Havet, se référant à un autre fragment de Pascal, suppose que la phrase avait été achevée ainsi : et l’humanité flatte la concupiscence. Peut-être, en tenant compte de ce qui suit, convient-il d’opposer au contraire humanité à concupiscence : la concupiscence entraîne la malignité, et l’humanité la restreint à ceux qui sont heureux et orgueilleux.

↑ L’allusion à l’épigramme des deux borgnes a été parfaitement élucidée par Havet : « Il me paraît que cette pensée a dû être suggérée à Pascal par l’espèce d’Anthologie latine que MM. de Port-Royal publièrent en 1650, sous le titre de Epigrammaticus delectus. Ce recueil est précédé d’une dissertation en latin (par Nicole) dont un des paragraphes a pour titre : De Epigrammatis malignis. On y condamne la malignité qui s’attaque aux défauts corporels, et à tout ce qui est un malheur plutôt qu’une faute. On reproche cette malignité à Martial, et on cite comme exemples quelques-unes de ses épigrammes, particulièrement contre des borgnes. Mais je n’ai pu trouver dans Martial une épigramme où il soit question de deux borgnes. M. Sainte-Beuve ne l’a pas trouvée non plus (tome III, p. 351). Il me semble, d’ailleurs, que, si Martial avait fait une épigramme sur deux borgnes, il se serait fort peu soucié de les consoler, et qu’on n’aurait pas été tenté de lui demander cela. Je crois donc que le mot celle ne doit pas s’entendre d’une épigramme de Martial, mais simplement d’une épigramme ; et je pense que cette épigramme des deux borgnes pourrait bien être celle-ci, qui est célèbre, et qu’on a citée souvent :

Lumine Acon dextro, capta est Leonilla sinistro,

Et potis est forma vincere ulerque deos.

Blande puer, lumen quod habes concede parenti,

Sic tu cæcus Amor, sic erit illa Venus. »

↑ Citation d’Horace, Épître aux Pisons, 447-448.

↑ Cf. B., 365 ; C., 321 ; Faug., I, 212 ; Hav., XXV, 69 ; Mol., I, 123 ; Mich., 757.

↑ Cette phrase elliptique doit être entendue ainsi : le nom de prince, donné à un roi, plaît au sujet qui le donne ; car il diminue la qualité du souverain. La malignité de l’homme trouve son compte à un langage qui diminue les distances.

↑ Cf.Faug., I, 254 ; Hav., XXIV, 68 ; Mol., II, 151 ; Mich., 987.

↑ Ce fragment ne paraît pas correspondre à un écrit de Pascal ; c’est le souvenir d’une conversation à laquelle Bossut fait allusion à la fin de son Discours sur la Vie et les Ouvrages de Pascal : « Il se permettait volontiers dans la société ces railleries douces et ingénieuses, qui n’offensent point, et qui réveillent la langueur des conversations : elles avaient ordinairement un but moral ; ainsi par exemple il se moquait avec plaisir de ces auteurs qui disent sans cesse : mon livre, etc. » (Œuvres de Pascal, t. I, p. 118). — Mais le tour original du fragment permet du moins d’y voir un écho direct de la parole de Pascal.

↑ Cf. B., 371 ; C., 328 ; Bos., I, ix, 59 ; Faug., I, 204 ; Hav., VI, 56 ; Mol., I, 124 ; Mich., 691.

↑ Cf. Montaigne : « On ne parle jamais de soy, sans perte : les propres condamnations sont toujours accrues, les louanges mescrues. »

↑ Cf. B., 335 ; C., 287 ; P. R., ult., XXXI, 36 ; Bos., I, x, 23 ; Faug., I, 255 ; Hav., VII, 23 ; Mol., II, 34 ; Mich., 289.

↑ Allusion aux systèmes moitié sténographiques, moitié cryptographiques qui avaient été proposés surtout en Angleterre et dont on trouve un essai à la page 20 du manuscrit. Chaque lettre est représentée par un signe conventionnel, barre ou note de musique disposée dans une direction déterminée. Un tel système serait donc, aux yeux de Pascal, indéchiffrable. Cf. Section X, fr. 677 sqq.

↑ a. Il nous semble qu’il y a dans ce fragment un souvenir de l’éducation reçue par Pascal. Au témoignage de Gilberte Périer, son père ne voulut point commencer à lui apprendre le latin qu’il n’eût douze ans, afin qu’il le fît avec plus de facilité : « Pendant cet intervalle il ne le laissait pas inutile, car il l’entretenait de toutes les choses dont il le voyait capable. Il lui faisait voir en général ce que c’était que les langues ; il lui montrait comme on les avait réduites en grammaires sous de certaines règles ; que ces règles avaient encore des exceptions qu’on avait eu soin de remarquer : et qu’ainsi l’on avait trouvé le moyen par là de rendre toutes les langues communicables d’un pays en un autre. Cette idée générale lui débrouillait l’esprit, et lui faisait voir la raison des règles de la grammaire ; de sorte que, quand il vint à l’apprendre, il savait pourquoi il le faisait, et il s’appliquait précisément aux choses à quoi il fallait le plus d’application. »

↑ Cf. B., 371 ; C., 328 ; P. R., XXIX, 17 ; Bos., I, ix, 22 ; Faug., I, 206 ; Hav., VI, 19 ; Mol., I, 124 ; Mich., 686.

↑ On trouve une maxime analogue dans le recueil latin qui est connu sous le nom de Publius Syrus : « Méchante langue est marque de méchant esprit. » — La Bruyère dit dans ses Caractères : « Diseur de bons mots, mauvais caractère : je le dirais, s’il n’avait été dit. Ceux qui nuisent à la réputation ou à la fortune des autres, plutôt que de perdre un bon mot, méritent une peine infamante. Cela n’a pas été dit, et je l’ose dire. » (Chap. de la Cour.)

↑ Cf. B., 335 ; C., 287 ; P. R., XXXI, 8 ; Bos., I, x, 6 ; Faug., I, 248 ; Hav., VII, 6 ; Mol., II, 135 ; Mich., 361.

↑ [Ne parlent.]

↑ Réflexion sur l’Essai de Montaigne : Du parler prompt, ou tardif : « l’occasion, la compaignie, le bransle mesme de ma voix, tire plus de mon esprit, que ie n’y treuve lorsque ie le sonde et employe à part moy. Ainsi les paroles en valent mieux que les escripts… » (I, 10I, 10). Méré discute ce même problème : « D’où vient, reprit le Maréchal, qu’on dit que des gens parlent bien, mais qu’ils ne savent pas écrire ? — On voit souvent, répondit le Chevalier, que de certaines personnes parlent bien en effet, qui ne parlent pourtant bien qu’en apparence. C’est que leur mine éblouit, ou que leur ton de voix surprend. » (Conversations du chevalier de Méré et du maréchal de Clérambault. Œuvres de Méré, tome I, p. 260.)

↑ Cf. B., 325 ; C., 275 ; P. R., XXXI, 29 ; Bos., I, x, 21 ; Faug., I, 250 ; Hav., II, 21 ; Mol., II, 134 ; Mich., 278.

↑ Titre de la Copie : Miscel.

↑ Vinet a fait remarquer que Pascal répète deux fois le mot trouver ; mais comme le mot n’a pas deux fois le même sens, il semble bien que ce ne soit qu’une négligence. — Cette question des « mots répétés » n’a-t-elle pas dû être discutée dans les conversations de Méré et de Pascal ? « Ce grand homme, écrit Méré en parlant de César, était persuadé que la beauté du langage dépend beaucoup plus d’user des meilleurs mots, et des plus nobles façons de parler que de les diversifier, et s’il était content d’une expression, il ne s’en lassait point et ne craignait pas non plus d’en lasser les autres. Cicéron prenait le contre-pied ; car pour sauver les répétitions, il cherchait tous les détours de son latin. » (Œuv. Posth., p. 45.)

↑ C’en est la marque, c’est-à-dire que l’impossibilité de les remplacer sans sacrifier la propriété de l’expression et l’exactitude du discours, est la marque qu’il faut les laisser ; et cette répétition laisse une part à l’envie qui applique la règle générale, sans regarder à la justification de l’exception.

↑ Cf. B., 317 ; C., 401 ; P. R., XXXI, 28 ; Bos., I, x, 20 ; Faug., I, 250 ; Hav., VII, 20 ; Mol., II, 135 ; Mich., 451.

↑ Le meilleur commentaire de cette réflexion se trouve dans une lettre de Miton adressée à Méré qui l’a recueillie dans sa Correspondance : « Je viens d’examiner un auteur qui loue Charles-Quint de ce qu’en cette grande bataille, où il s’agissait d’assujettir l’Allemagne, malgré les douleurs de la goutte, dont il était ce jour-là si cruellement tourmenté, il se fit lier sur son cheval, sans sortir de la bataille qu’il ne l’eût gagnée. Et l’auteur, pensant relever cette action, appelle toujours Charles-Quint ce grand empereur. Mais il me semble qu’il eût été beaucoup mieux de le nommer Charles ; parce que grand empereur le cache sous ce nom et amuse ainsi l’imagination, au lieu que Charles le montre à découvert, et fait voir plus clairement que c’est lui. Et de plus, quand on dit que Charles méprise la douleur et la mort pour l’ambition, on dit de lui de plus grandes choses que si on disait, ce grand empereur ; car il est bien plus grand à Charles, qui est simplement un homme, de mépriser la mort et la douleur, qu’il ne l’est à un grand empereur, dont le métier est de mépriser tout pour la gloire. Sur quoi il me vient dans l’esprit que, si le même auteur eût voulu parler de lui retiré à Saint-Just, après qu’il eut quitté ses royaumes et l’empire, se promenant comme un particulier avec les religieux de l’abbaye, il eût fallu l’appeler ce grand empereur… Je ne sais ce que vous jugerez de ces réflexions ; mais il est vrai qu’en recherchant par cette voie la nature des choses, on pourrait connaître en tout ce qu’il y a de bien et de mal, et se rendre un bon juge et même un excellent ouvrier de la bienséance. » Voltaire dans ses Remarques de 1778 ajoutait ces réflexions : « Ceux qui écrivent en beau français les gazettes pour les propriétaires de fermes ne manquent jamais de dire : « Cette auguste famille entendit vêpres dimanche et le sermon du révérend père N. — Sa Majesté joua aux dés en haute personne. — On fit l’opération de la fistule à son Éminence. »

↑ Cf. B., 407 ; C., 383 ; Bos., I, x, 32 ; Faug., I, 250 ; Hav., VII, 32 ; Mol., I, 197 ; Mich., 478.

↑ [Pour] — les derniers mots de la phrase en surcharge.

↑ [Diversement.] — Réflexion inverse et complémentaire de celle du fr. 23 ; ce n’est plus le mot qui change de sens, c’est le mot qui réagit sur le sens. Parmi les exemples viendrait celui de roi et de tyran que Pascal cite au fr. 310, ou encore de magistrat et de robin, etc.

↑ Cf. B., 464 ; C., 263 ; Faug., I, 260 ; Hav., XXV, 131 ; Mol., II, 136 ; Mich., 662.

↑ Cf. B., 464 ; C., 263 ; Faug., I, 260 ; Hav., XXV, 131 ; Mol., II, 136 ; Mich., 664.

↑ Cartésien que ceux qui ne le sont pas surcharge. Pascal avait écrit d’abord : nul ne dit pédant qu’un pédant, etc. Les Copies, suivies par les éditeurs, donnent courtisan. Notre leçon semble confirmée par ce fait que le fragment immédiatement précédent de l’autographe, écrit sur le même morceau de papier, est relatif à Descartes (Cf. fr. 78).

↑ [Cartésien qu’un qui.] — Montaigne a consacré un Essai au pédantisme (I, 24I, 24). D’autre part dans son chapitre sur Montaigne lui-même, Malebranche a longuement analysé le mot : « Ce terme pédant est fort équivoque ; mais l’usage, ce me semble, et même la raison, veulent qu’on appelle pédants ceux qui pour faire parade de leur fausse science, citent à tort et à travers toutes sortes d’auteurs, qui parlent simplement pour parler et pour se faire admirer des sots qui amassent sans jugement et sans discernement des apophthegmes et des traits d’histoire, pour prouver ou pour faire semblant de prouver des choses qui ne se peuvent prouver que par des raisons. Pédant est opposé à raisonnable, etc. » (Rech. de la Vérité, l. II, p. IIIl. II, p. III et 5.)

↑ Pascal avait d’abord écrit je [crois] ; la correction semble indiquer qu’il ne voulait point paraître connaître le secret des Provinciales.

↑ « Ces lettres, écrit Nicole, ont été appelées Provinciales, parce que l’auteur ayant adressé les premières lettres sans aucun nom à un de ses amis de la campagne, l’imprimeur les publia sous ce titre : Lettre écrite à un provincial par un de ses amis sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne. » Peut-être, ajoute M. Faugère, l’imprimeur s’était-il souvenu d’un écrit déjà publié sous ce titre : Lettre d’un Jurisconsulte à un Provincial de ses amis sur l’usure. Mons, 1598.

↑ Cf. B., 342 ; C., 296 ; Faug., I, 260 ; Hav., XXV, 132 ; Mol., II, 136 ; Mich., 319.

↑ Selon l’intention, c’est-à-dire selon qu’il y a eu ou non intention. Un carrosse a versé, s’il s’agit d’un accident véritable, ou il a été renversé, si on l’a renversé. On répand un liquide par mégarde, on le verse à dessein. Verser marque l’intention au sens actif, l’absence d’intention au sens neutre.

↑ Antoine Le Maistre, petit-fils par sa mère d’Antoine Arnauld, se fit au barreau la plus brillante réputation d’éloquence ; à vingt huit ans il se retira à Port-Royal où il vécut jusqu’en 1658, partageant son temps entre les travaux manuels et les publications pieuses, édifiant par sa piété et son humilité les solitaires qui l’appelaient leur Père. En 1657 parut un recueil de ses Plaidoyers et Harangues, dont le jeune Racine écrit d’Uzès (16 mai 1662) : « Tout le monde a les Plaidoyers de M. le Maistre. » Le VIe est intitulé : Pour un fils mis en religion par force. Havet y signale, à la première page, le mot répandre : « Dieu qui répand des aveuglements et des ténèbres sur les passions illégitimes… » Si nous avons bien interprété la remarque de Pascal, il eût fallu dire verse pour marquer l’intention divine.

↑ Cf. B., 339 ; C., 292 ; Faug., I, 259 ; Hav., XXV, 130 ; Mol., II, 135 ; Mich., 363.

↑ M. Michaut interprète : Je m’étais voulu appliquer à noter les façons de parler, j’y ai renoncé. Nous croyons qu’il est possible de justifier la lecture traditionnelle, qui cite cette façon de parler comme remarquable. Il semble en effet que l’application dépende de la volonté seule, et qu’il y ait contradiction à dire que notre volonté n’a pas réussi à ce qui est précisément le propre de la volonté. Cette contradiction met en relief la faiblesse de notre volonté, la misère de notre nature corrompue.

↑ Cf. B., 471 ; C., 271 ; Faug., I, 259 ; Hav., XXV, 130 bis ; Mol., II, 135 ; Mich., 594.

↑ Quelle est la portée de ces quelques mots, jetés sur le manuscrit entre deux fragments sur la religion ? Pascal signale-t-il parmi les « façons de parler » celles qui donnent au langage le plus de propriété ? ou bien ne fait-il pas allusion aux habitudes scolastiques des médecins qui invoquaient les vertus attractives, les vertus apéritives, se réservant de montrer combien l’explication devient ridicule quand on l’applique à des exemples de mécanique où la science a déjà porté la lumière ?

↑ Cf. B., 343 ; C., 296 ; Faug., I, 258 ; Hav., XXV, 25, 25 bis ; Mol., II, 135 ; Mich., 334.

↑ [Je prie.]

↑ Voici le commentaire de Havet : « Ce fragment a été expliqué par M. Fr. Collet dans l’écrit intitulé, Fait inédit de la vie de Pascal, par le rapprochement d’un passage du chevalier de Méré (Discours de la Conversation, p. 72). « Les choses qui n’ont rien de remarquable ne laissent pas de plaire quand elles sont du monde… Il ne faut pourtant pas qu’elles soient si communes que celle-ci, que tout le monde sait par cœur, la part que je prends à votre déplaisir. J’ai vu parier, en ouvrant une lettre de consolation, que cela s’y trouverait ; et une dame fort triste qui l’avait reçue ne put s’empêcher d’en rire. » Pascal veut donc dire qu’il ne faut pas écrire de ces banalités qu’on peut deviner. » Le rapprochement est ingénieux ; il ne nous fait pas comprendre la réflexion sur M. le cardinal qui ne voulait point être deviné et non plus deviner. Comme le dit La Rochefoucauld (Max. 300Max. 300, 1re édit.) « On aime à deviner les autres, mais l’on n’aime pas à être deviné. » Le cardinal pourrait être Mazarin qui recherchait les gens heureux, et qui avait pour tactique de faire contre mauvaise fortune bon cœur. On pourrait conjecturer aussi qu’il s’agit de Richelieu, et on arriverait à une précision intéressante en rappelant la lettre que Balzac lui adressa en lui envoyant le Prince (t. VIII, 550) ; c’était en 1631 au moment où Richelieu a obtenu l’exil de Marie de Médicis, et Balzac écrit : « Je ne doute point que vous ne pleuriez l’infortune d’une Maîtresse que vous aviez conduite par vos services au dernier degré de félicité, et qu’ayant si longtemps et si efficacement travaillé à la parfaite union de leurs Majestés, ce ne vous soit un sensible déplaisir de voir aujourd’hui vos travaux ruinés et votre ouvrage par terre. Vous voudriez, je m’en assure, être mort à La Rochelle, puisque jusque-là vous avez vécu dans la bienveillance de la reine. » Sur quoi Richelieu dit un jour à Bois-Robert : « Votre ami est un étourdi. Qui lui a dit que je suis mal avec la Reine-Mère ? Je croyais qu’il eût du sens ; mais ce n’est qu’un fat » (Sainte-Beuve, Port-Royal, 5e édit., t. II, p. 52t. II, p. 52).

↑ [Mon.]

↑ Cf. B., 328 ; C., 279 ; Faug., I, 210 ; Hav., VI, 54 ; Mol., II, 152 ; Mich., 339.

↑ « Quand on est le premier à désapprouver quelque chose de soi-même, on trouve assez de complaisance. » (Méré, Disc. de la Conversation, p. 64.)

↑ On entraîne, c’est-à-dire on fait réfléchir à la peine réellement donnée à autrui et on le convainc, ou on irrite par la disproportion du remerciement au service rendu ; dans les deux cas on indispose autrui. Pascal donne ailleurs le développement de cette formule : ou on entraîne l’imagination à ce jugement, ou on l’irrite au contraire (fragment 105, qui dans l’autographe précède immédiatement le 57).

↑ Cf. B., 401 ; C., 376 ; Bos., I, ix, 54 ; Faug., I, 210 ; Hav., VI, 51 ; Mol., II, 152 ; Mich., 529.

↑ Cf. B., 365 ; C., 321 ; Faug., I, 252 ; Hav., XXV, 25 ter ; Mol., II, 135 ; Mich., 753.

↑ Dans le manuscrit, luxuriante a été écrit sous la dictée de Pascal.

↑ Il est curieux de constater que Racine n’a pas reculé devant l’alliance de ces deux mots hardis :

Mon génie étonné tremble devant le sien.

dit Néron en parlant d’Agrippine. Le vers de Racine est très beau, la remarque de Pascal n’en est peut-être pas moins juste.

Blaise Pascal Pensées Texte établi par Léon Brunschvicg, Hachette, 1921 (Œuvres de Blaise Pascal, vol. XIII, p. 97-160).

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184 1

Lettre 2 pour porter à rechercher Dieu.

Et puis le faire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatistes, qui travaillent celui qui les recherche.

409]

185 3

La 4 conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur 5 , est de mettre la 6 religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce ; mais de la vouloir mettre dans l’esprit et dans le cœur par la force et par les menaces, ce n’est pas y mettre la religion, mais la terreur, terrorem potius quam religionem 7 .

142]

186 8

Ne, si terrerentur et non docerentur, improba quasi dominatio videretur (Aug. Ep. 48 ou 49 9 ).

iv tom : Contra mendacium — ad Consentium 10 .

27]

187 11

Ordre. — Les hommes ont mépris pour la religion ; ils en ont haine, et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer 12 par montrer que la religion n’est point contraire à la raison 13 , vénérable, en donner respect ; la rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu’elle fût vraie ; et puis montrer qu’elle est vraie. Vénérable, parce qu’elle a bien connu l’homme ; aimable, parce qu’elle promet le vrai bien 14 .

427]

188 15

Il faut, en tout dialogue et discours 16 , qu’on puisse dire à ceux qui s’en offensent : de quoi vous plaignez-vous ?

25]

189 17

Commencer par plaindre les incrédules, ils sont assez malheureux par leur condition ; il ne les faudrait injurier qu’au cas que cela servît, mais cela leur nuit 18 .

63]

190 19

Plaindre les athées qui cherchent 20 , car ne sont-ils pas assez malheureux ? — invectiver contre ceux qui en font vanité.

104]

191 21

Et celui-là se moquera de l’autre ? qui se doit moquer ? et cependant, celui-ci ne se moque pas de l’autre, mais en a pitié.

461]

193 24

Quid fiet hominibus qui minima contemnunt, majora non credunt 25 ?

Première Copie 209]

194 26

… Qu’ils apprennent au moins quelle est la religion qu’ils combattent, avant que de la combattre. Si cette religion se vantait d’avoir une vue claire de Dieu, et de la posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu’on ne voit rien dans le monde qui la montre avec cette évidence 27 . Mais puisqu’elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres et dans l’éloignement de Dieu, qu’il s’est caché à leur connaissance, que c’est même le nom qu’il se donne dans les Écritures, Deus absconditus 28 ; et enfin, si elle travaille également à établir ces deux choses, que Dieu a établi des marques sensibles dans l’Église pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement, et qu’il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu’il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur, quel avantage peuvent-ils tirer, lorsque dans la négligence où ils font profession d’être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre, puisque cette obscurité où ils sont, et qu’ils objectent à l’Église, ne fait qu’établir une des choses qu’elle soutient, sans toucher à l’autre, et établit sa doctrine, bien loin de la ruiner ?

Il faudrait, pour la combattre, qu’ils criassent qu’ils ont fait tous leurs efforts pour chercher partout, et même dans ce que l’Église propose pour s’en instruire, mais sans aucune satisfaction. S’ils parlaient de la sorte, ils combattraient à la vérité une de ses prétentions. Mais j’espère montrer ici qu’il n’y a personne raisonnable 29 qui puisse parler de la sorte, et j’ose même dire que jamais personne ne l’a fait. On sait assez de quelle manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croient avoir fait de grands efforts pour s’instruire, lorsqu’ils ont employé quelques heures à la lecture de quelque livre de l’Écriture, et qu’ils ont interrogé quelque ecclésiastique sur les vérités de la foi. Après cela, ils se vantent d’avoir cherché sans succès dans les livres 30 et parmi les hommes. Mais, en vérité, je leur dirai 31 ce que j’ai dit souvent, que cette négligence n’est pas supportable. Il ne s’agit pas ici de l’intérêt léger de quelque personne étrangère, pour en user de cette façon ; il s’agit de nous-même, et de notre tout.

L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est 32 . Toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes, selon qu’il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu’il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu’en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet.

Ainsi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d’où dépend toute notre conduite ; et c’est pourquoi, entre ceux qui n’en sont pas persuadés, je fais une extrême différence de ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s’en instruire, à ceux qui vivent sans s’en mettre en peine et sans y penser 33 .

Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui n’épargnant rien pour en sortir, font de cette recherche leurs principales et leurs plus sérieuses occupations.

34 Mais pour ceux qui passent leur vie sans penser à cette dernière fin de la vie, et qui, par cette seule raison qu’ils ne trouvent pas eux-mêmes les lumières qui les en persuadent, négligent de les chercher ailleurs, et d’examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou de celles qui, quoique obscures d’elles-mêmes, ont néanmoins un fondement très solide et inébranlable, je les considère d’une manière toute différente 35 .

Cette négligence en une affaire où il s’agit d’eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m’irrite plus qu’elle ne m’attendrit ; elle m’étonne et m’épouvante, c’est un monstre pour moi ; je ne dis pas ceci par le zèle pieux d’une dévotion spirituelle 36 ; j’entends au contraire qu’on doit avoir ce sentiment par un principe d’intérêt humain et par un intérêt d’amour-propre ; il ne faut pour cela que voir ce que voient les personnes les moins éclairées.

Il ne faut pas avoir l’âme fort élevée pour comprendre qu’il n’y a point ici de satisfaction véritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanité, que nos maux sont infinis, et qu’enfin la mort, qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement nous mettre dans peu d’années dans l’horrible nécessité d’être éternellement ou anéanti ou malheureux.

Il n’y a rien de plus réel que cela ni de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves ; voilà la fin qui attend la plus belle vie du monde 37 . Qu’on fasse réflexion là-dessus et qu’on dise ensuite s’il n’est pas indubitable qu’il n’y a 38 de bien en cette vie qu’en l’espérance d’une autre vie, qu’on n’est heureux qu’à mesure qu’on s’en approche, et que, comme il n’y aura plus de malheurs pour ceux qui avaient une entière assurance de l’éternité, il n’y a point aussi de bonheur pour ceux qui n’en ont aucune lumière.

C’est donc assurément un grand mal que d’être dans ce doute ; mais c’est au moins un devoir indispensable de chercher, quand on est dans ce doute ; et ainsi celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble et bien malheureux et bien injuste ; que s’il est avec cela tranquille et satisfait, qu’il en fasse profession, et enfin qu’il en fasse vanité, et que ce soit de cet état même qu’il fasse le sujet de sa joie et de sa vanité, je n’ai point de termes pour qualifier une si extravagante créature 39 .

Où peut-on prendre ces sentiments ? quel sujet de joie trouve-t-on à n’attendre plus que des misères sans ressource 40 ? quel sujet de vanité de se voir dans des obscurités impénétrables 41 , et comment se peut-il faire que ce raisonnement se passe dans un homme raisonnable ?

« Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde, ni que moi-même ; je suis dans une ignorance terrible de toutes choses ; je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste, je vois ces effroyables 42 espaces de l’univers qui 43 m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’en un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit 44 . Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir, mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter.

« Comme je ne sais d’où je viens, aussi je ne sais où je vais ; et je sais seulement qu’en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d’un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage ; voilà mon état, plein de faiblesse et d’incertitude ; et de tout cela, je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m’arriver. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes ; mais je n’en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher, et après, en traitant avec mépris ceux qui se travailleront de ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte, tenter un si grand événement, et me laisser mollement 45 conduire à la mort, dans l’incertitude de l’éternité de ma condition future. » (Quelque certitude qu’ils eussent, c’est un sujet de désespoir plutôt que de vanité) 46 .

47 Qui souhaiterait d’avoir pour ami un homme qui discourt de cette manière ? qui le choisirait entre les autres pour lui communiquer ses affaires ? qui aurait recours à lui dans ses afflictions ? Et enfin à quel usage de la vie on le pourrait destiner ?

En vérité, il est glorieux à la religion d’avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables 48 , et leur opposition lui est si peu dangereuse, qu’elle sert au contraire à l’établissement de ses vérités ; car la foi chrétienne ne va presque qu’à établir ces deux choses : la corruption de la nature, et la rédemption de Jésus-Christ 49 ; or, je soutiens que s’ils ne servent pas à montrer la vérité de la rédemption par la sainteté de leurs mœurs, ils servent au moins admirablement à montrer la corruption de la nature par des sentiments si dénaturés 50 .

Rien n’est si important à l’homme que son état 51 , rien ne lui est si redoutable que l’éternité ; et ainsi, qu’il se trouve des hommes indifférents à la perte de leur être et au péril d’une éternité de misères, cela n’est point naturel : ils sont tout autres à l’égard de toutes les autres choses, ils craignent jusqu’aux plus légères, ils les prévoient, ils les sentent ; et ce même homme qui passe tant de jours et de nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d’une charge ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, c’est celui-là même qui sait qu’il va tout perdre par la mort, sans inquiétude et sans émotion 52 . C’est une chose 53 monstrueuse de voir dans un même cœur et en même temps cette sensibilité pour les moindres choses et cette étrange insensibilité pour les plus grandes 54 . C’est un enchantement 55 incompréhensible, et un assoupissement surnaturel, qui marque une force toute-puissante qui le cause.

Il faut qu’il y ait un étrange renversement 56 dans la nature de l’homme pour faire gloire 57 d’être dans cet état, dans lequel il semble incroyable qu’une seule personne puisse être. Cependant l’expérience m’en fait voir en si grand nombre que cela serait surprenant, si nous ne savions que la plupart de ceux qui s’en mêlent se contrefont et ne sont pas tels en effet 58 ; ce sont des gens qui ont ouï dire que les belles manières du monde consistent à faire ainsi l’emporté 59 ; c’est ce qu’ils appellent avoir secoué le joug, et qu’ils essayent d’imiter. Mais il ne serait pas difficile de leur faire entendre combien ils s’abusent en cherchant par là de l’estime. Ce n’est pas le moyen d’en acquérir, je dis même parmi les personnes du monde qui jugent sainement des choses et qui savent que la seule voie d’y réussir est de se faire paraître honnête, fidèle, judicieux et capable de servir utilement son ami, parce que les hommes n’aiment naturellement que ce qui peut leur être utile. Or, quel avantage y a-t-il pour nous à ouïr dire à un homme 60 qu’il a donc secoué le joug, qu’il ne croit pas qu’il y ait un Dieu qui veille sur ses actions, qu’il se considère comme seul maître de sa conduite, et qu’il ne pense en rendre compte qu’à soi-même 61 ? pense-t-il nous avoir porté par là à avoir désormais bien de la confiance en lui et en attendre des consolations, des conseils et des secours dans tous les besoins de la vie 62 ? prétendent-ils nous avoir bien réjoui, de nous dire qu’ils tiennent que notre âme n’est qu’un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d’un ton de voix fier et content ? Est-ce donc une chose à dire gaîment ? et n’est-ce pas une chose à dire tristement, au contraire, comme la chose du monde la plus triste 63 ?

64 S’ils y pensaient sérieusement, ils verraient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à l’honnêteté et si éloigné en toutes manières de ce bon air 65 qu’ils cherchent, qu’ils seraient plutôt capables de redresser que de corrompre ceux qui auraient quelque inclination à les suivre. Et en effet, faites-leur rendre compte de leurs sentiments et des raisons qu’ils ont de douter de la religion ; ils vous diront des choses si faibles et si basses, qu’ils vous persuaderont du contraire ; c’était ce que leur disait un jour fort à propos une personne : si vous continuez à discourir de la sorte, leur disait-il, en vérité vous me convertirez 66 ; — et il avait raison, car qui n’aurait horreur de se voir dans des sentiments où l’on a pour compagnons des personnes si méprisables ?

Ainsi ceux qui ne font que feindre ces sentiments seraient bien malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinents des hommes 67 . S’ils sont fâchés dans le fond de leur cœur de n’avoir pas plus de lumière, qu’ils ne le dissimulent pas : cette déclaration ne sera point honteuse ; il n’y a de honte qu’à n’en point avoir. Rien n’accuse davantage une extrême faiblesse d’esprit que de ne pas connaître quel est le malheur d’un homme sans Dieu 68 : rien ne marque davantage une mauvaise disposition du cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses éternelles ; rien n’est plus lâche que de faire le brave contre Dieu 69 . Qu’ils laissent donc ces impiétés à ceux qui sont assez mal nés pour en être véritablement capables ; qu’ils soient au moins honnêtes gens s’ils ne peuvent être chrétiens, et qu’ils reconnaissent enfin qu’il n’y a que deux sortes de personnes qu’on puisse appeler raisonnables ; ou ceux qui servent Dieu de tout leur 70 cœur parce qu’ils le connaissent, ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur, parce qu’ils ne le connaissent pas 71 .

Mais pour ceux qui vivent sans le connaître et sans le chercher, ils se jugent eux-mêmes si peu dignes de leur soin, qu’ils ne sont pas dignes du soin des autres, et qu’il faut avoir toute la charité de la religion qu’ils méprisent, pour ne les pas mépriser jusqu’à les abandonner dans leur folie 72 . Mais, parce que cette religion nous oblige de les regarder toujours, tant qu’ils seront en cette vie, comme capables de la grâce qui peut les éclairer, et de croire qu’ils peuvent être dans peu de temps plus remplis de foi que nous ne sommes, et que nous pouvons au contraire tomber dans l’aveuglement où ils sont, il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu’on fît pour nous si nous étions à leur place 73 , et les appeler à avoir pitié d’eux-mêmes, et à faire au moins quelques pas pour tenter s’ils ne trouveront pas de lumières. Qu’ils donnent à cette lecture quelques-unes de ces heures qu’ils emploient si inutilement ailleurs ; quelque aversion qu’ils y apportent, peut-être rencontreront-ils quelque chose, et pour le moins ils n’y perdront pas beaucoup ; mais pour ceux qui y apporteront une sincérité parfaite et un véritable désir de rencontrer la vérité, j’espère qu’ils auront satisfaction, et qu’ils seront convaincus des preuves d’une religion si divine, que j’ai ramassées ici, et dans lesquelles j’ai suivi à peu près cet ordre…

**205]

194 bis 74

(1) 75

[On doit avoir pitié des uns et des autres ; mais on doit avoir pour les uns une pitié qui naît de tendresse, et, pour les autres, une pitié qui naît de mépris.]

(**2) 76

[Je ne prends point cela par système, mais par la manière dont le cœur de l’homme est fait non par un zèle de dévotion et de détachement, mais par un principe purement humain, et par un mouvement d’intérêt et d’amour-propre, et parce que c’est une chose qui nous intéresse assez pour nous en émouvoir, d’être assurés qu’après tous les maux de la vie, une mort inévitable, qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement dans peu d’années… dans l’horrible nécessité…]

(**3) 77

[Il est sans doute qu’il n’y a point de bien sans la connaissance de Dieu, qu’à mesure qu’on en approche 78 on est heureux, et que le dernier bonheur est de le connaître avec certitude, qu’à mesure qu’on s’en éloigne on est malheureux, et que le dernier malheur serait la certitude du contraire.

C’est donc un malheur que de douter, mais c’est un devoir indispensable de chercher dans le doute ; et ainsi, celui qui doute et qui ne cherche pas, est tout ensemble malheureux et injuste ; que s’il est avec cela gai et présomptueux, je n’ai point de terme pour qualifier une si extravagante créature.]

(4) 79

[Quel sujet de joie, de ne plus attendre que des misères sans ressources ! quelle consolation, dans le désespoir de tout consolateur !]

(5) 80

Mais 81 ceux-là mêmes qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion n’y seront pas inutiles pour les autres ; nous en ferons le premier argument, qu’il y a quelque chose de surnaturel : car un aveuglement de cette 82 sorte n’est pas une chose naturelle 83 ; et si leur folie les rend si contraires à leur propre bien, elle servira à en garantir les autres par l’horreur d’un 84 exemple si déplorable et d’une folie si digne de compassion.

(6) 85

Est-ce qu’ils sont si fermes qu’ils soient insensibles à tout ce qui les touche ? éprouvons-le dans la perte des biens ou de l’honneur : quoi ! c’est un enchantement…

(7) 86

Cependant il est certain que l’homme est si dénaturé qu’il y a dans son cœur une semence de joie en cela.

(8) 87

[Les gens de cette sorte sont académistes, écoliers 88 , et c’est le plus méchant caractère d’homme que je connaisse.]

(9) 89

Le bon air va à n’avoir pas de complaisance, et la bonne piété à avoir complaisance pour les autres.

(**10) 90

[Le beau sujet de se réjouir, et de se vanter, la tête levée en cette sorte : Donc, réjouissons-nous, vivons sans crainte et sans inquiétude, et attendons la mort puisqu’il est incertain, et nous verrons alors ce qu’il arrivera de nous… Je n’en vois pas la conséquence] 91 .

(11) 92

Est-ce une chose à dire avec joie 93 ? c’est une chose qu’on doit donc dire tristement.

(12) 94

Cela n’est point du bon air.

(13)

Vous me convertirez.

(14)

[N’en être pas fâche et ne pas aimer à… est un effet de faiblesse d’esprit, et non 95 de malice dans la volonté.]

(*15) 96

[Est-ce courage à un homme mourant, d’aller 97 dans la faiblesse et dans l’agonie, affronter un Dieu tout-puissant et éternel ?]

(*16) 98

[Cela montre qu’il n’y a rien à leur dire : non par mépris, mais parce qu’ils n’ont pas le sens commun ; il faut que Dieu les touche.]

(*17) 99

[Il faut bien être dans la religion qu’ils méprisent, pour ne les pas mépriser.]

(*18) 100

[Que je serais heureux, si j’étais en cet état, qu’on eût pitié de ma sottise, et qu’on eût la bonté de m’en tirer malgré moi !]

(19) 101

N’est-ce pas assez qu’il se fasse des miracles en un lieu, et que la Providence paraisse sur un peuple ?

Première Copie 217]

194 ter 102

(1) 103

Je leur demanderais s’il n’est pas vrai qu’ils vérifient par eux-mêmes ce fondement de la foi qu’ils combattent, qui est que la nature de l’homme est dans la corruption 104 .

(2) 105

Rien n’est important que cela, et on ne néglige que cela.

(3) 106

C’est tout ce que pourrait faire un homme qui serait assuré de la fausseté de cette nouvelle ; encore ne devrait-il pas être dans la joie, mais dans l’abattement.

(4) 107

Il ne faut pas dire de cela que c’est une marque de raison.

(5) 108

Les trois conditions 109 .

Première Copie 217]

195 110

Avant que d’entrer dans les preuves de la religion chrétienne, je trouve nécessaire de représenter l’injustice des hommes qui vivent dans l’indifférence de chercher la vérité d’une chose qui leur est si importante et qui les touche de si près.

De tous leurs égarements, c’est sans doute celui qui les convainc le plus de folie et d’aveuglement, et dans lequel il est le plus facile de les confondre par les premières vues du sens commun 111 et par les sentiments de la nature. Car il est indubitable que le temps de cette vie n’est qu’un instant, que l’état de la mort est éternel, de quelque nature qu’il puisse être, et qu’ainsi toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes selon l’état de cette éternité, qu’il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu’en la réglant par la vérité de ce point qui doit être notre dernier objet.

Il n’y a rien de plus visible que cela et qu’ainsi, selon les principes de la raison, la conduite des hommes est tout à fait déraisonnable, s’ils ne prennent une autre voie. Que l’on juge donc là-dessus de ceux qui vivent sans songer à cette dernière fin de la vie, qui se laissent conduire à leurs inclinations et à leurs plaisirs sans réflexion et sans inquiétude, et, comme s’ils pouvaient anéantir l’éternité 112 en en détournant leur pensée, ne pensent à se rendre heureux que dans cet instant seulement.

Cependant cette éternité subsiste, et la mort, qui la doit ouvrir et qui les menace à toute heure, les doit mettre infailliblement dans peu de temps dans l’horrible nécessité d’être éternellement ou anéantis ou malheureux, sans qu’ils sachent laquelle de ces éternités leur est à jamais préparée 113 .

Voilà un doute d’une terrible conséquence. Ils sont dans le péril d’une éternité de misères ; et sur cela, comme si la chose n’en valait pas la peine, ils négligent d’examiner si c’est de ces opinions que le peuple reçoit avec une facilité trop crédule, ou de celles qui, étant obscures d’elles-mêmes, ont un fondement très solide quoique caché. Ainsi ils ne savent s’il y a vérité ou fausseté dans la chose, ni s’il y a force ou faiblesse dans les preuves ; ils les ont devant les yeux, et ils refusent d’y regarder, et dans cette ignorance ils prennent le parti de faire tout ce qu’il faut pour tomber dans ce malheur au cas qu’il soit, d’attendre à en faire l’épreuve à la mort, d’être cependant fort satisfaits en cet état, d’en faire profession et enfin d’en faire vanité. Peut-on penser sérieusement à l’importance de cette affaire sans avoir horreur d’une conduite si extravagante ?

Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse, et dont il faut faire sentir l’extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie 114 , en la leur représentant à eux-mêmes, pour les confondre par la vue de leur folie. Car voici comme raisonnent les hommes, quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu’ils sont et sans rechercher d’éclaircissement. « Je ne sais », disent-ils…

Première Copie 221]

195 bis 115

[Notre imagination nous grossit si fort le temps présent, à force d’y faire des réflexions continuelles, et amoindrit tellement l’éternité, manque d’y faire réflexion, que nous faisons de l’éternité un néant, et du néant une éternité ; et tout cela a ses racines si vives en nous, que toute notre raison ne peut nous en défendre, et que…]

412]

196 116

Les gens manquent de cœur ; on n’en ferait pas son ami 117 .

Première Copie 191]

197 118

D’être insensible à 119 mépriser les choses intéressantes, et devenir insensible au point qui nous intéresse le plus.

65]

198 120

La sensibilité de l’homme aux petites choses et l’insensibilité 121 pour les grandes choses 122 , marque d’un étrange renversement.

Première Copie 223]

199 123

Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns et les autres avec douleur et sans espérance, attendent à leur tour 124 . C’est l’image de la condition des hommes.

61]

200 125

Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n’ayant plus qu’une heure pour l’apprendre, cette heure suffisant, s’il sait qu’il est donné, pour le faire révoquer, il est contre nature qu’il emploie cette heure-là, non à s’informer si l’arrêt est donné, mais à jouer au piquet. Ainsi, il est surnaturel que l’homme, etc. 126 ; c’est un appesantissement de la main de Dieu. Ainsi, non seulement le zèle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais l’aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas.

Première Copie 226]

201 127

Toutes les objections des uns et des autres ne vont que contre eux-mêmes, et point contre la religion. — Tout ce que disent les impies…

Première Copie 350]

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