Pensées (page 30)
867 46
Si l’ancienne Église était dans l’erreur, l’Église est tombée. Quand elle y serait aujourd’hui, ce n’est pas de même ; car elle a toujours la maxime supérieure de la tradition, de la main de l’ancienne Église ; et ainsi cette soumission et cette conformité à l’ancienne Église prévaut et corrige tout. Mais l’ancienne Église ne supposait pas l’Église future et ne la regardait pas, comme nous supposons et regardons l’ancienne.
12]
868 47
Ce qui nous gâte 48 pour comparer ce qui s’est passé autrefois dans l’Église à ce qui s’y voit maintenant 49 , est 50 qu’ordinairement on regarde saint Athanase, sainte Thérèse, et les autres, comme couronnés de gloire et… comme des dieux 51 . À présent que le temps a éclairci les choses, cela paraît ainsi. Mais au temps où on le persécutait, ce grand saint était un homme qui s’appelait Athanase ; et sainte Thérèse, une fille. « Élie était un homme comme nous 52 , et sujet aux mêmes passions que nous », dit saint Pierre 53 , pour désabuser les Chrétiens de cette fausse idée qui nous fait rejeter l’exemple des saints, comme disproportionné à notre état. C’étaient des saints, disons-nous, ce n’est pas comme nous. Que se passait-il donc alors ? Saint Athanase était un homme appelé Athanase, accusé de plusieurs crimes, condamné en tel et tel concile, pour tel et tel crime ; tous les évêques y consentaient, et le pape enfin 54 . Que dit-on à ceux qui y résistent ? qu’ils troublent la paix, qu’ils font schisme, etc.
Zèle, lumière 55 . Quatre sortes de personnes : zèle sans science ; science sans zèle ; ni science ni zèle ; et zèle et science. Les trois premiers le condamnent, et les derniers l’absolvent, et sont excommuniés de l’Église, et sauvent néanmoins l’Église.
109]
869 56
Si saint Augustin venait aujourd’hui et qu’il fût 57 aussi peu autorisé que ses défenseurs, il ne ferait rien. Dieu conduit bien son Église de l’avoir envoyé devant avec autorité.
*442]
870 58
Dieu n’a pas voulu absoudre sans l’Église ; comme elle a part à l’offense, il veut qu’elle ait part au pardon ; il l’associe à ce pouvoir comme les rois les parlements. Mais si elle absout ou si elle lie sans Dieu, ce n’est plus l’Église ; comme au parlement : car encore que le roi ait donné grâce à un homme, si faut-il qu’elle soit entérinée ; mais si le parlement entérine sans le roi ou s’il refuse d’entériner sur l’ordre du roi, ce n’est plus le parlement du roi, mais un corps révolté.
251]
871 59
Église, pape. Unité, multitude. — En considérant l’Église comme unité, le pape, qui en est le chef, est comme tout ; en la considérant comme multitude, le Pape n’en est qu’une partie. Les Pères l’ont considérée, tantôt en une manière, tantôt en l’autre ; et ainsi ont parlé diversement du Pape (Saint Cyprien : Sacerdos Dei 60 ). Mais en établissant une de ces deux vérités, ils n’ont pas exclu l’autre. La multitude 61 qui ne se réduit pas à l’unité est confusion ; l’unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie. Il n’y a presque 62 plus que la France où il soit permis de dire que le concile est au-dessus du Pape.
123]
872 63
Le Pape est premier. Quel autre est connu de tous ? quel autre est reconnu de tous ; ayant pouvoir d’insinuer dans tout le corps, parce qu’il tient la maîtresse branche, qui s’insinue partout ? Qu’il était aisé de faire dégénérer cela en tyrannie ! C’est pourquoi Jésus-Christ leur 64 a posé ce précepte 65 : Vos autem non sic 66 .
427]
874 69
Il ne faut pas juger de ce qu’est le Pape par quelques paroles des Pères, comme disaient les Grecs dans un concile — règles importantes 70 — mais par les actions de l’Église et des Pères, et par les canons.
L’unité et la multitude. 71 Duo aut tres. In unum 72 : Erreur à exclure l’un des deux, comme font les papistes qui excluent la multitude, ou les huguenots qui excluent l’unité 73 .
453]
875 74
Le Pape serait-il déshonoré, pour tenir de Dieu et de la tradition ses lumières ? et n’est-ce pas le déshonorer de le séparer de cette sainte union ?
437]
876 75
Dieu ne fait point de miracles dans la conduite ordinaire de son Église. C’en serait un étrange 76 , si l’infaillibilité était dans un 77 ; mais d’être dans la multitude, cela paraît si naturel, que la conduite de Dieu est cachée sous la nature, comme en tous ses autres ouvrages 78 .
429]
877 79
Les rois disposent de leur empire ; mais les Papes ne peuvent disposer du leur 80 .
**159]
878 81
Summum jus, summa injuria 82 .
La pluralité est la meilleure voie, parce qu’elle est visible, et qu’elle a la force pour se faire obéir ; cependant c’est l’avis des moins habiles 83 . Si l’on avait pu, l’on aurait mis la force entre les mains de la justice ; mais, comme la force ne se laisse pas manier comme on veut 84 , parce que c’est une qualité palpable, au lieu que la justice est une qualité spirituelle dont on dispose comme on veut, on l’a mise entre les mains de la force ; et ainsi on appelle juste ce qu’il est force d’observer 85 . De là vient le droit de l’épée 86 , car l’épée donne un véritable droit ; autrement on verrait la violence d’un côté et la justice de l’autre (fin de la douzième Provinciale) 87 . De là vient l’injustice de la Fronde, qui élève sa prétendue justice contre la force. Il n’en est pas de même dans l’Église, car il y a une justice véritable, et nulle violence.
*73]
879 88
Injustice. — La juridiction ne se donne pas pour [le] juridiciant, mais pour le juridicié 89 . — Il est dangereux de le dire au peuple 90 . — Mais le peuple a trop de croyance en vous ; cela ne lui nuira pas, et peut vous servir ; il faut donc le publier : Pasce oves meas 91 , non tuas ; vous me devez pâture.
109]
880 92
On aime la sûreté ; on aime que le Pape soit infaillible en la foi 93 , et que les docteurs graves le soient dans les mœurs, afin d’avoir son assurance.
453]
881 94
L’Église enseigne et Dieu inspire, l’un et l’autre infailliblement. L’opération de l’Église ne sert qu’à préparer à la grâce ou à la condamnation ; ce qu’elle fait suffit pour condamner, non pour inspirer.
85]
882 95
Toutes les fois que les Jésuites surprendront le Pape, on rendra toute la chrétienté parjure.
Le Pape est très aisé à être surpris à cause de ses affaires 96 et de la créance qu’il a aux Jésuites ; et les Jésuites sont très capables de surprendre à cause de la calomnie.
449]
884 99
Des pécheurs purifiés sans pénitence, des justes justifiés 100 sans charité 101 , tous les chrétiens sans la 102 grâce de Jésus-Christ, Dieu sans pouvoir sur la volonté des hommes, une 103 prédestination sans mystère 104 , une rédemption sans 105 certitude.
439]
884 bis 106
Des pécheurs sans pénitence, des justes sans charité, un Dieu sans pouvoir sur la volonté des hommes, une prédestination sans mystère.
249]
885 107
Est fait prêtre qui veut l’être, comme sous Jéroboam 108 . C’est une chose horrible qu’on nous propose la discipline de l’Église d’aujourd’hui pour tellement 109 bonne 110 , qu’on fait un crime de la vouloir changer. Autrefois elle était bonne 111 infailliblement, et on trouve qu’on a pu la changer sans péché ; et maintenant, telle qu’elle est, on ne la pourra souhaiter changée ! Il a bien été permis de changer la coutume de ne faire des prêtres qu’avec tant de circonspection qu’il n’y en avait presque point qui en fussent dignes ; et il ne sera pas permis de se plaindre de la coutume qui en fait tant d’indignes !
127]
886 112
Hérétiques 113 . — Ézéchiel. Tous les païens disaient du mal d’Israël, et le prophète aussi : et tant s’en faut que les Israélites eussent droit de lui dire : Vous parlez comme les païens, qu’il fait sa plus grande force sur ce que les païens parlent comme lui 114 .
447]
887 115
Les jansénistes ressemblent aux hérétiques par la réformation des mœurs ; mais vous leur ressemblez en mal 116 .
397]
118 Vous ignorez les prophéties si vous ne savez que tout cela doit arriver : princes, prophètes, pape 119 et même les prêtres 120 ; et néanmoins l’Église doit subsister. Par la grâce de Dieu nous n’en sommes pas là. Malheur à ces prêtres ! mais nous espérons que Dieu nous fera la miséricorde que nous n’en serons point.
Saint Pierre, chap. 2 121 : faux prophètes 122 passés, image des futurs.
411]
889 123
… De sorte que 124 s’il est vrai, d’une part, que quelques 125 religieux relâchés et quelques casuistes corrompus 126 , qui ne sont pas membres 127 de la hiérarchie 128 , ont trempé dans ces 129 corruptions, il est constant, de l’autre, que les véritables pasteurs 130 de l’Église 131 , qui sont 132 les véritables dépositaires de la parole divine, l’ont conservée immuablement contre les efforts de ceux qui 133 ont entrepris de la ruiner. Et ainsi les 134 fidèles n’ont aucun prétexte de suivre ces relâchements, qui ne leur sont offerts que par les mains étrangères de ces casuistes 135 , au lieu de la saine doctrine, qui leur est présentée par les mains paternelles de 136 leurs propres pasteurs 137 .
Et les impies et les hérétiques n’ont aucun sujet de donner ces abus pour des marques du défaut de la providence de Dieu sur son Église 138 , puisque, l’Église étant proprement dans 139 le corps de la hiérarchie, tant s’en faut qu’on puisse conclure de l’état présent des choses 140 que Dieu l’ait abandonnée à la corruption, qu’il n’a jamais mieux paru qu’aujourd’hui que Dieu la défend visiblement de la corruption 141 .
142 Car, si 143 quelques-uns de ces hommes qui, par une vocation extraordinaire 144 , ont fait profession de sortir du monde et de prendre l’habit de religieux pour vivre dans un état plus parfait que le commun des 145 chrétiens, sont tombés dans des égarements qui font horreur au commun des chrétiens 146 et sont devenus entre nous ce que les faux prophètes étaient entre les Juifs, c’est un malheur particulier et 147 personnel qu’il faut à la vérité déplorer, mais dont on ne peut rien 148 conclure contre le soin que Dieu prend de son Église, puisque toutes ces choses sont si clairement prédites 149 , et qu’il a été annoncé depuis si longtemps que 150 ces tentations s’élèveraient de la part de ces sortes de personnes que quand on est bien instruit on voit plutôt en cela des marques 151 de la conduite de Dieu que 152 de son oubli à notre égard 153 .
453]
891 155
Il faut faire connaître aux hérétiques qui se prévalent de la doctrine des Jésuites que [ce n’est pas] celle de l’Église [la doctrine de l’Église] 156 ; et que nos divisions ne nous séparent pas d’autel 157 .
2e Man. Guerrier]
892 158
« Si en différant nous condamnions, vous auriez raison. L’uniformité sans diversité inutile aux autres, la diversité sans uniformité ruineuse pour nous. L’une nuisible au dehors, l’autre nuisible au dedans 159 . »
455]
893 160
En montrant la vérité, on la fait croire ; mais en montrant l’injustice des ministres, on ne la corrige pas. On assure la conscience en montrant la fausseté ; on n’assure pas la bourse 161 en montrant l’injustice 162 .
427]
894 163
Ceux qui aiment l’Église se plaignent de voir corrompre les mœurs ; mais au moins les lois subsistent. Mais ceux-ci corrompent les lois : le modèle est gâté 164 .
51]
895 165
Jamais on 166 ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par conscience 167 .
427]
896 168
C’est en vain que l’Église a établi ces mots d’anathèmes, hérésies, etc. ; on s’en sert contre elle.
97]
897 169
Le serviteur ne sait ce que le maître fait, car le maître lui dit seulement l’action et non la fin 170 ; et c’est pourquoi il s’y assujettit servilement et pèche souvent contre la fin. Mais Jésus-Christ nous a dit la fin. Et vous détruisez cette fin 171 .
*442]