Pensées (page 31)
898 172
Ils ne peuvent avoir la perpétuité, et ils cherchent l’universalité ; et pour cela, ils font toute l’Église corrompue, afin qu’ils soient sains.
Première Copie 403]
899 173
Contre ceux qui abusent des passages de l’Écriture, et qui se prévalent de ce qu’ils en trouvent quelqu’un qui semble favoriser leur erreur. — Le chapitre de Vêpres, le dimanche de la Passion, l’oraison pour le roi.
Explication de ces paroles : Qui n’est pas pour moi est contre moi 174 — et de ces autres : Qui n’est point contre vous est pour vous 175 . Une personne qui dit : Je ne suis ni pour ni contre — ; on doit lui répondre…
*19]
900 176
Qui veut donner le sens de l’Écriture et ne le prend point de l’Écriture, est ennemi de l’Écriture. (Aug. d. d. ch.) 177 .
206]
901 178
179 « Humilibus dat gratiam 180 » — an ideo non dedit humilitatem ?
« Sui eum non receperunt » — quotquot autem non receperunt annon erant sui 181 ?
406]
902 182
« Il faut bien, dit le Feuillant, que cela ne soit pas si certain ; car la contestation marque l’incertitude 183 (saint Athanase, saint Chrysostome ; la morale, les infidèles). »
Les Jésuites n’ont 184 pas rendu la vérité incertaine, mais ils ont rendu leur impiété certaine.
La contradiction a toujours été laissée, pour aveugler les méchants 185 ; car tout ce qui choque la vérité ou la charité est mauvais : voilà le vrai principe.
85]
902 bis 186
Sur le bruit des Feuillants, je fus voir un de mes anciens amis ; en parlant de dévotion, il crut que j’en avais quelque sentiment et que je pouvais bien être feuillant, et que je pourrais faire fruit en écrivant, surtout en ce temps-ci, contre les novateurs.
Nous avons fait depuis peu contre votre chapitre général qui est qu’on signerait la bulle.
Qu’il souhaiterait que Dieu m’inspirât.
« Mon Père, faudrait-il signer ? »
221]
188 Toutes les religions 189 et les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide 190 . Les seuls Chrétiens ont été astreints à prendre leurs 191 règles hors d’eux-mêmes, et à s’informer de celles que Jésus-Christ a laissées aux anciens pour 192 être transmises aux fidèles 193 . Cette contrainte lasse ces bons Pères ; ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C’est en vain que nous leur crions 194 , comme les prophètes disaient autrefois aux Juifs : Allez au milieu de l’Église 195 ; informez-vous des voies que les anciens 196 lui ont laissées, et suivez ces sentiers. — Ils ont répondu comme les Juifs : Nous n’y marcherons pas : mais nous suivrons les pensées de notre cœur ; et ils ont dit : Nous serons comme les autres peuples 197 .
437]
904 198
Ils font de l’exception la règle.
Les anciens ont donné l’absolution avant la pénitence — faites-le en esprit d’exception. Mais, de l’exception, vous faites une règle sans exception 199 , en sorte que vous ne voulez plus même 200 que la règle 201 soit en exception.
93]
905 202
Sur les confessions et absolutions sans marques de regret. — Dieu ne regarde que l’intérieur : l’Église ne juge 203 que par l’extérieur 204 . Dieu absout aussitôt qu’il voit la pénitence dans le cœur ; l’Église, quand elle la voit dans les œuvres. Dieu fera une Église pure au dedans 205 , qui confonde par sa sainteté intérieure et toute spirituelle 206 l’impiété intérieure des sages superbes et des pharisiens : et l’Église fera une assemblée d’hommes dont les mœurs extérieures soient si pures qu’elles confondent les mœurs des païens. S’il y en a d’hypocrites, mais si bien déguisés qu’elle n’en reconnaisse pas le venin, elle les souffre 207 ; car, encore qu’ils ne soient pas reçus de Dieu, qu’ils ne peuvent tromper 208 , ils le sont des hommes, qu’ils trompent. Et ainsi elle n’est pas déshonorée par leur conduite 209 , qui paraît sainte 210 . Mais vous voulez que l’Église 211 ne juge, ni de l’intérieur, parce que cela n’appartient qu’à Dieu, ni de l’extérieur, parce que Dieu ne s’arrête qu’à l’intérieur 212 ; et ainsi, lui ôtant tout choix des hommes, vous retenez dans l’Église les plus débordés, et ceux qui la déshonorent si fort, que les synagogues des Juifs et les sectes des philosophes les auraient exilés comme indignes, et les auraient abhorrés comme impies.
Première Copie 376]
906 213
Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu 214 ; et au contraire. Rien n’est si difficile selon le monde que la vie religieuse ; rien n’est plus facile que de la passer selon Dieu. Rien n’est plus aisé que d’être dans une grande charge et dans de grands biens selon le monde ; rien n’est plus difficile que d’y vivre selon Dieu, et sans y prendre de part et de goût.
Première Copie 352]
907 215
Les casuistes soumettent la décision à la raison corrompue et le choix des décisions à la volonté corrompue, afin que tout ce qu’il y a de corrompu dans la nature de l’homme ait 216 part à sa 217 conduite 218 .
Première Copie 352]
908 219
Mais est-il probable que la probabilité assure 220 ?
Différence entre repos et sûreté de conscience. Rien ne donne l’assurance que la vérité ; rien ne donne le repos que la recherche sincère de la vérité.
2e Man. Guerrier]
909 221
Toute la société entière de leurs casuistes ne peut assurer la conscience 222 dans l’erreur, et c’est pourquoi il est important de choisir de bons guides.
Ainsi, ils seront doublement coupables : et pour avoir suivi des voies qu’ils ne devaient pas suivre, et pour avoir ouï des docteurs qu’ils ne devaient pas ouïr 223 .
*440]
910 224
225 Peut-ce être autre que la complaisance du monde qui vous fasse trouver les choses probables ? nous ferez-vous accroire que ce soit la vérité, et que, si la mode du duel n’était point, vous trouveriez probable qu’on se peut battre, en regardant la chose en elle-même 226 ?
419]
911 227
Faut-il tuer pour empêcher qu’il n’y ait des méchants ? — c’est en faire deux au heu d’un : Vince in bono malum. (Saint Aug. 228 )
435]
912 229
Universel. — Morale — et langage — sont des ; sciences particulières, mais universelles 230 .
423]
914 233
Ils laissent agir 234 la concupiscence et 235 retiennent le scrupule, au lieu qu’il faudrait faire au contraire 236 .
429]
915 237
Montalte. — Les opinions relâchées plaisent tant aux hommes, qu’il est étrange que les leurs déplaisent ; c’est qu’ils ont excédé toute borne. Et, de plus, il y a bien des gens qui voient le vrai, et qui n’y peuvent atteindre ; mais il y en a peu qui ne sachent que la pureté de la religion est contraire à nos corruptions 238 . Ridicule de dire qu’une récompense éternelle est offerte à des mœurs escobartines 239 .
344]
916 240
Probabilité. — Ils ont quelques principes vrais ; mais ils en abusent. Or, l’abus des vérités doit être autant puni que l’introduction du mensonge.
Comme s’il y avait deux enfers, l’un pour les 241 péchés contre la charité, l’autre contre la justice !
435]
917 242
Probabilité. — L’ardeur des saints à chercher le vrai était inutile, si le probable est sûr. La peur des saints qui avaient toujours suivi le plus sûr (sainte Thérèse ayant toujours suivi son confesseur).
Éd. Bossut, Suppl. xi]
918 243
Ôtez la probabilité, on ne peut plus plaire au monde ; mettez la probabilité, on ne peut plus lui déplaire 244 .
Seconde Copie 468]
919 245
Ce sont les effets des péchés des peuples et des Jésuites : les grands ont souhaité d’être flattés ; les Jésuites ont souhaité d’être aimés des grands 246 . Ils ont tous été dignes d’être abandonnés à l’esprit du mensonge, les uns pour tromper, les autres pour être trompés. Ils ont été avares, ambitieux, voluptueux : Coacervabunt sibi magistros 247 . Dignes disciples de tels maîtres, digni sunt. Ils ont cherché des flatteurs et en ont trouvé.
99]
920 248
S’ils ne renoncent à la probabilité, leurs bonnes maximes sont aussi 249 peu saintes que les méchantes, car elles sont fondées sur l’autorité humaine 250 ; et ainsi, si elles sont plus justes, elles seront plus raisonnables, mais non pas plus saintes, elles tiennent de la tige sauvage sur quoi elles sont entées.
Si ce que je dis ne sert à vous éclaircir, il servira au peuple.
Si ceux-là se taisent, les pierres parleront.
Le silence 251 est la plus grande persécution. Jamais les saints ne se sont tus 252 . Il est vrai qu’il faut vocation, mais ce n’est pas des arrêts du Conseil 253 qu’il faut apprendre si l’on est appelé, c’est de la nécessité de parler. Or, après que Rome a parlé 254 , et qu’on pense qu’il a condamné la vérité, et qu’ils l’ont 255 écrit ; et que les livres qui ont dit le contraire sont censurés, il faut 256 crier d’autant plus haut qu’on est censuré plus injustement, et qu’on veut étouffer la parole plus violemment, jusqu’à ce qu’il vienne un pape 257 qui écoute les deux parties, et qui consulte l’antiquité pour faire justice. Ainsi les bons papes trouveront encore l’Église en clameurs 258 .
L’Inquisition et la Société, les deux fléaux de la vérité.
Que ne les accusez-vous d’arianisme ? car ils ont dit que Jésus-Christ est Dieu : peut-être ils l’entendent, non par nature, mais comme il est dit : Dii estis 259 .
260 Si mes lettres sont condamnées à Rome, ce que j’y condamne est condamné dans le ciel : Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello 261 .
Vous-mêmes êtes corruptibles.
J’ai craint que je n’eusse mal écrit, me voyant condamné, mais l’exemple de tant de pieux écrits me fait croire au contraire. Il n’est plus permis de bien écrire, tant l’Inquisition est corrompue ou ignorante !
« Il est meilleur d’obéir à Dieu qu’aux hommes 262 . »
Je ne crains rien, je n’espère rien 263 . Les évêques ne sont pas ainsi. Le Port-Royal craint 264 , et c’est une mauvaise politique de les séparer, car ils ne craindront plus et se feront plus craindre. Je ne crains pas même vos censures particulières 265 , si elles ne sont fondées sur celles de la tradition. Censurez-vous tout ? Quoi ! même mon respect 266 ? Non. Donc dites quoi, ou vous ne ferez rien, si vous ne désignez le mal, et pourquoi il est mal. — Et c’est ce qu’ils auront bien peine à faire.
Probabilité. — Ils ont plaisamment expliqué la sûreté ; car après avoir établi que toutes leurs voies sont sûres ; ils n’ont plus appelé sûr ce qui mène 267 au ciel 268 , sans danger de n’y pas arriver par là, mais ce qui y mène sans danger de sortir de cette voie.
397]
921 269
[Qu’avez-vous gagné en m’accusant de railler des choses saintes ? Vous ne gagnerez pas plus en m’accusant d’imposture 270 .]
[Je n’ai pas tout dit, vous le verrez bien 271 .]
Je ne suis point hérétique ; je n’ai point soutenu les cinq propositions. Vous le dites et ne le prouvez pas. Je dis que vous avez dit cela, et je le prouve 272 .
Vous me menacez 273 .
Direz-vous que je suis un imposteur ?
Je vous dis que vous êtes des imposteurs 274 . Je vous le prouve 275 ; et que vous 276 ne le cachez pas, et que vous l’autorisez insolemment Brisacier, Meynier 277 , d’Alby 278 . Elidere 279 .
Quand vous croyiez M. Puys ennemi de la Société, il étoit indigne pasteur de son Église, ignorant, hérétique, de mauvaise foi et mœurs. Depuis, il est digne pasteur, de bonne foi et mœurs 280 .
Puisque vous n’avez touché que cela, c’est approuver tout le reste 281 .
Calomnier, hæc est magna cæcitas cordis ; n’en pas voir le mal, hæc est major cæcitas cordis ; le défendre au lieu de s’en confesser comme d’un péché, hæc tunc hominem concludit profunditas iniquitatis, etc. 230e passim, Elidere, Caramuel 282 .
Les grands seigneurs se divisent dans les guerres civiles, et ainsi vous dans la guerre civile des hommes.
[Je veux vous le dire à vous-même, afin que cela ait plus de force 283 .]
[Ceux qui examinent les livres, je suis sûr de leur approbation. Mais ceux qui ne lisent que les titres, et ceux-là sont le plus grand nombre, ceux-là pourraient croire à votre parole, ne supposant pas que des religieux fussent des imposteurs 284 .]
285 [Ce n’est pas que je ne voie combien vous êtes embarrassé : car si vous vouliez vous dédire, cela serait fini, mais 286 , etc.]
Les saints subtilisent pour se trouver criminels, et accusent leurs meilleures actions ; et ceux-ci subtilisent pour excuser les plus méchantes.
Ne prétendez pas que ceci se passe en dispute : on fera imprimer vos ouvrages entiers et en français, et on en fera tout le monde juge.
Je prie qu’on me fasse la justice de ne plus les croire sur leur parole.
Un bâtiment également beau par dehors, mais sur un mauvais fondement, les païens sages le bâtissaient : et le diable trompe les hommes par cette ressemblance apparente fondée sur le fondement le plus différent.
Jamais homme n’a eu si bonne cause que moi ; et jamais d’autres n’ont donné si belle prise que vous.
Les gens du monde ne croient pas être dans les bonnes voies.
Plus ils marquent de faiblesse en ma personne, plus ils autorisent ma cause.
Vous dites que je suis hérétique 287 . Cela est-il permis ? Et si vous ne craignez pas que 288 les hommes ne rendent point de justice 289 , ne craignez-vous pas que Dieu ne la 290 rende ?
Vous sentirez la force de la vérité et vous lui céderez.
Il faudrait obliger le monde à vous croire, sous peine de péché mortel.
Elidere. C’est péché de croire témérairement les médisances. (Non credebitur temere calumniatori.) (St. Aug.)
Fecitque cadendo undique me cadere, par la maxime de la médisance.
Il y a quelque chose de surnaturel en un tel aveuglement. Digna necessitas 291 .
Je suis seul contre trente mille 292 ? Point. Gardez, vous la cour, vous l’imposture ; moi la vérité : c’est toute ma force ; si je la perds, je suis perdu. Je ne manquerai pas d’accusations et de persécutions. Mais j’ai la vérité, et nous verrons qui l’emportera.
Je ne mérite pas de défendre la religion, mais vous ne méritez pas de défendre l’erreur et l’injustice. Que Dieu par sa miséricorde, n’ayant pas égard au mal qui est en moi, et ayant égard au bien qui est en vous 293 , nous fasse à nous la grâce que la vérité ne succombe pas entre mes mains et que le mensonge ne…
Mentiris impudentissime 294 .
922 299
Probable. — Qu’on voie si on recherche sincèrement Dieu par la comparaison des choses qu’on affectionne. Il est probable que cette viande ne m’empoisonnera pas ; il est probable que je ne perdrai pas mon procès en ne sollicitant pas…
Quand il serait vrai que les auteurs graves et les raisons suffiraient 300 , je dis qu’ils ne sont ni graves ni raisonnables. Quoi ! un mari peut profiter de sa femme selon Molina ! la raison qu’il en donne est-elle raisonnable ? et la contraire de Lessius l’est-elle encore 301 ?
Oserez-vous ainsi, vous 302 , vous jouer des édits du roi ? ainsi en disant que ce n’est pas se battre en duel que d’aller dans un champ en attendant un homme 303 .
Que l’Église a bien défendu le duel, mais non pas de se promener.
Et aussi l’usure, mais non 304 …
Et la simonie, mais non 305 …
Et la vengeance, mais non 306 …
Et les sodomistes, mais non…
Et le quam primum 307 , mais non…
435]
923 308
Ce n’est pas l’absolution seule qui remet les péchés au sacrement de pénitence, mais la contrition, qui n’est point véritable si elle ne recherche le sacrement.
Ainsi ce n’est pas la bénédiction nuptiale qui empêche le péché dans la génération, mais le désir d’engendrer des enfants à Dieu, qui n’est point véritable que dans le mariage.
Et comme un contrit sans sacrement est plus disposé à l’absolution qu’un impénitent avec le sacrement, ainsi les filles de Loth, par exemple, qui n’avaient que le désir des enfants étaient plus pures sans mariage que les mariés sans désir d’enfants.
**344]
924 309
Gens sans parole, sans foi, sans honneur, sans vérité, doubles de cœur 310 , doubles de langue et semblables comme il vous fut reproché autrefois à cet animal amphibie de la fable, qui se tenait dans un état ambigu entre les poissons et les oiseaux.
Le Port-Royal vaut bien Voltigerod 311 .
Autant que votre procédé est juste, selon ce biais, autant il est injuste, si on regarde la piété chrétienne.
Il importe aux rois, aux princes, d’être en estime de piété 312 ; et pour cela, il faut qu’ils se confessent à vous.
**285]
925 313
Examiner le motif de la censure, par les phénomènes 314 : faire une hypothèse qui convienne à tous.
L’habit fait la doctrine.
[Vous confessez tant de gens qui ne se confessent qu’une fois l’an.]
[Je croyais qu’il y avait une opinion contre une opinion.]
[Quand on est si méchant qu’on n’en a plus aucun remords, on ne peut déplaire. Vous persécutez donc