Pensées (page 5)
234 285
S’il ne fallait rien faire que 286 pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion ; car elle n’est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l’incertain, les voyages sur mer, les batailles ! Je dis donc qu’il ne faudrait rien faire du tout, car rien n’est certain ; et qu’il y a plus de certitude à la religion, que non pas 287 que nous voyions le jour de demain : car il n’est pas certain 288 que nous voyions demain, mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n’en peut pas dire autant de la religion. Il n’est pas certain qu’elle soit ; mais qui osera dire qu’il est certainement possible qu’elle ne soit pas ? Or, quand on travaille pour demain, et pour l’incertain, on agit avec raison ; car on doit travailler pour l’incertain, par la règle des partis qui est démontrée 289 .
Saint Augustin a vu qu’on travaille pour l’incertain, sur mer, en bataille, etc. 290 ; mais il n’a pas vu la règle des partis 291 , qui démontre qu’on le doit. Montaigne a vu qu’on s’offense d’un esprit boiteux 292 , et que la coutume peut tout 293 ; mais il n’a pas vu la raison de cet effet.
Toutes ces personnes ont vu les effets, mais ils n’ont pas vu les causes 294 ; ils sont à l’égard de ceux qui ont découvert les causes comme ceux qui n’ont que les yeux à l’égard de ceux qui ont l’esprit ; car les effets sont comme sensibles, et les causes sont visibles seulement à l’esprit 295 . Et quoique ces effets-là se voient par l’esprit, cet esprit est à l’égard de l’esprit qui voit les causes comme les sens corporels à l’égard de l’esprit.
467]
236 298
Par les partis, vous devez vous mettre en peine de rechercher la vérité, car si vous mourez sans adorer le vrai principe, vous êtes perdu. — Mais, dites-vous, s’il avait voulu que je l’adorasse, il m’aurait laissé des signes de sa volonté. — Aussi a-t-il fait ; mais vous les négligez. Cherchez-les donc ; cela le vaut bien.
63]
237 299
Partis. — Il faut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions 300 : 1o Si on pouvait y être toujours ; 5o s’il est sûr qu’on n’y sera pas longtemps 301 et incertain si on y sera une heure : cette dernière supposition est la nôtre.
*63]
238 302
Que me promettez-vous enfin (car dix ans est le parti) 303 , sinon dix ans d’amour-propre, à bien essayer de plaire sans y réussir, outre les peines certaines ?
235]
239 304
Objection. — Ceux qui espèrent leur salut sont heureux en cela, mais ils ont pour contrepoids la crainte de l’enfer.
Réponse. — Qui a plus de sujet de craindre l’enfer, ou celui qui 305 est dans l’ignorance s’il y a un enfer, et dans la certitude de damnation, s’il y en a ; ou celui qui est dans une certaine persuasion qu’il y a un 306 enfer, et dans l’espérance d’être sauvé, s’il est ?
41]
240 307
— J’aurais bientôt quitté les plaisirs, disent-ils, si j’avais la foi. — Et moi, je vous dis : Vous auriez bientôt la foi, si vous aviez quitté les plaisirs 308 . — Or, c’est à vous à commencer. Si je pouvais, je vous donnerais la foi 309 ; je ne puis 310 le faire, ni partant éprouver la vérité de ce que vous dites. Mais vous pouvez bien quitter les plaisirs et éprouver si ce que je dis est vrai.
485]
241 311
Ordre. — J’aurais bien plus de peur de me tromper, et de trouver que la religion chrétienne soit vraie, que non pas de me tromper en la croyant vraie 312 .
↑ Cf. B., 1 ; C., 13 ; Faug., II, 390 ; Hav., XXV, 108 bis ; Mol., II, 61 ; Mich., 72.
↑ [De.]
↑ Cf. B., 82 ; C., 107 ; Bos., II, xvii, 4 ; Faug., II, 178 ; Hav., XXIV, 3 ; Mol., II, 60 ; Mich., 652.
↑ [Religion.]
↑ Qui dispose… douceur en surcharge.
↑ [Vérité.]
↑ Cf. le développement de Grotius contre les Mahométans auxquels il reproche leur prosélytisme belliqueux : ita ut nihil armis obtendere possint, nisi solam religionem, quod maxime est irreligiosum. Nam cultus Dei nullus est, nisi ab animo volente procedat. Voluntas autem docendo et suadendo elicitur, non minis, non vi » (De verit. rel. christ., VI, 7).
↑ Cf. B., 346 ; C., 300 ; Faug., II, 404 ; Mich., 357.
↑ [Si J.-C.] — Il s’agit de la lettre 48 selon l’ancien ordre ; elle est au tome II de l’édition de Bâle sous ce titre : De vi corrigendis hæreticis contra Donatistas, Epistola ad Vincentium : « Si enim terrerentur, et non docerentur, improba quasi dominatio videretur. Rursus docerentur, et non terrerentur, vetustate consuetudinis obdurati ad capessendam viam salutis pigrius moverentur. »
↑ Renvoi probable à l’édition de Saint-Augustin publiée à Bâle en 1528 ; le tome IV s’ouvre par deux opuscules : De mendacio ad Consentium liber unus, — Contra mendacium ad eumdem liber unus.
↑ Cf. B., 3 ; C., 15 ; P. R., XXVIII, 38 ; Bos., II, xvii, 36 ; Faug., II, 387 ; Hav., XXIV, 26 ; Mol., II, 63 ; Mich., 69.
↑ Commencer était dans la première rédaction le début du fragment.
↑ [Ensuite qu’elle est au.]
↑ « Il y a deux choses dans les vérités de notre religion ; une beauté divine qui les rend aimables et une sainte majesté qui les rend vénérables. » (XIe Provinciale.)
↑ Cf. B., 370 ; C., 328 ; Faug., I, 248 ; Hav., XXIV, 95 ; Mol., II, 153 ; Mich., 698.
↑ [Qu’il y ait.]
↑ Cf. B., 79 ; C., 104 ; Bos., II, xvii, 4 ; Faug., II, 387 ; Hav., XXIV, 3 bis ; Mol., II, 62 ; Mich., 56.
↑ Pascal faisait peut-être allusion au fameux livre du père Garasse contre qui Saint-Cyran avait engagé une polémique : la Doctrine curieuse des Beaux Esprits de ce temps, où les athéistes sont traités perpétuellement de bélîtres, de jeunes veaux, etc. Cf. Introd., p. lxxx.
↑ Cf. B., 78 ; C., 104 ; Faug., II, 19 ; Mol., II, 61 ; Mich., 173.
↑ Car… malheureux, en surcharge.
↑ Cf. Faug., I, 291 ; Mol., II, 116 ; Mich., 271.
↑ Cf. B., 451 ; C., 250 ; Faug., II, 225 note ; Hav., XXV, 92 ter ; Mol., I, 16 ; Mich., 818.
↑ C’est-à-dire puisque, comme le quando latin. Puisque Dieu le reprochera plus tard, il est bon, dans l’intérêt de Miton lui-même, de le reprocher dès maintenant. M. Michaut propose de ponctuer autrement : Reprocher à Miton de ne pas se remuer. Quand Dieu le reprochera… La conjecture est ingénieuse ; mais rien n’indique dans le manuscrit que le fragment soit inachevé. — Arnauld écrivait a Saint-Cyran, dans la lettre où il le prie « de le recevoir sous sa conduite » : « Je suis obligé de me reprocher à moi-même, afin que Jésus-Christ ne me le reproche pas un jour, à la face de ses anges, que j’ai retenu tant de temps la vérité en injustice » (Lettre du 24 déc. 1638).
↑ Cf. B., 420 ; C., 395 ; Faug., II, 403 ; Mich., 97.
↑ Cf. Charron, Sagesse, II, v, 6 : « L’esprit humain n’est capable que des choses médiocres, méprise et dédaigne les petites, s’étonne et se transit des grandes. »
↑ Cf. C., 419 ; P. R., I, 1 ; Bos., II, ii, 1 ; Faug., II, 5 ; Hav., IX, 1 ; Mol., I, 1 ; Mich., 898.
↑ Cf. Sect. VIII, et particulièrement fr. 556 et 585.
↑ Vere tu es Deus absconditus, Deus Israël salvator, Isaïe, XLV, 15. — Cf. fr. 242.
↑ Littré cite un autre exemple de personne suivi d’un qualificatif : « Cela me console un peu de ce larcin où personne de bon sens ne peut reconnaître mon ouvrage. » (J.-J. Rousseau, Lettre à Lalliaud, 17 mars 1769.)
↑ À la page 210 de la Première copie.
↑ Lecture de la copie : dirais.
↑ Cf. le fr. 219.
↑ Cf. Section IV et en particulier fr. 257.
↑ À la page 211 de la Première copie.
↑ Voir fr. 194 bis (1).
↑ Voir fr. 194 bis (2).
↑ Cf. fr. 210.
↑ Page 212 de la Première copie.
↑ Voir fr. 194 bis (3).
↑ Voir fr. 194 bis (4).
↑ Ces dernières lignes se retrouvent dans les papiers de Domat qui les avait copiées ; Faugère les a publiées parmi les Pensées de Domat.
↑ Cf. fr. 206 : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »
↑ À la page 213 de la Première copie.
↑ Cf. fr. 205.
↑ L’expression vise les libertins, particulièrement peut-être Montaigne qui « ne pense qu’à mourir lâchement et mollement par tout son livre ». (fr. 63.)
↑ La parenthèse est transcrite en marge sur la Copie qui reproduit, habituellement, l’aspect du manuscrit original.
↑ À la page 214 de la Première copie.
↑ Cf. fr. 194 bis (5), 194 ter (1).
↑ Cf. fr. 523.
↑ Cette pensée est développée dans les fragments 200, 201 et 202 ; elle est interprétée dans la section VIII (fr. 556-568).
↑ Voir fr. 194 ter, 2.
↑ Voir fr. 194 bis (6). — Cf. La Bruyère : « D’où vient que les mêmes hommes qui ont un flegme tout prêt pour recevoir indifféremment les plus grands désastres s’échappent, et ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients ? Ce n’est pas sagesse en eux qu’une telle conduite, car la vertu est égale et ne se dément point : c’est donc un vice ; et quel autre que la vanité, qui ne se réveille et ne se recherche que dans les événements où il y a de quoi faire parler le monde et beaucoup à gagner pour elle, mais qui se néglige sur tout le reste ? (De l’Homme.)(De l’Homme.)
↑ À la page 215 de la Première copie.
↑ Voir fr. 194 bis (7) ; 194 ter (3) ; 197, et 198.
↑ Enchantement est pris dans son sens original : incantation, miracle.
↑ L’expression se retrouve dans le fr. 198. Cf. fr. 328.
↑ Tournure conforme à l’usage général du xviie siècle, et de Pascal lui-même : « Pour moi, écrivait-il à la reine Christine, n’étant pas né sous le premier de vos empires, je veux que tout le monde sache que je fais gloire de vivre sous le second. »
↑ « L’atheïsme estant une proposition comme desnaturee et monstrueuse, difficile aussi et malaysee d’establir en l’esprit humain, pour insolent et desreglé qu’il puisse estre, il s’en est veu assez, par vanité et par fierté de concevoir des opinions non vulgaires et reformatrices du monde, en affecter la profession par contenance ; qui, s’ils sont assez fols, ne sont pas assez forts pour l’avoir plantée en leur conscience. » (Mont., Apol.)Apol.)
↑ Voir fr. 194 bis (8). — Voici un passage de Bossuet qui éclaire cette acception du mot emporté : « Nous les voyons, ces emportés, qui se plaisent à faire les grands par leurs licences, qui s’imaginent s’élever bien haut au-dessus des choses humaines par le mépris des lois, à qui la pudeur même semble une faiblesse indigne d’eux parce qu’elle montre dans sa retenue quelque apparence de crainte. » Sermon de 1669 sur le Jugement dernier. Cf. Massillon : « Combien de maisons à demi-éteintes voient tous les jours finir dans les débauches et dans la santé ruinée d’un emporté toute l’espérance de leur postérité et toute la gloire des titres qu’une longue suite de siècles avait amassés sur leur tête. » (Sermon pour le vendredi de la 2e semaine du carême.)
↑ La copie qui nous a conservé ce fragment porte : à ouïr dire à un homme qui nous dit qu’il a secoué ; il y a manifestement confusion entre deux tournures successives que devait contenir le manuscrit : ouïr un homme qui nous dit qu’il a, et ouïr dire à un homme qu’il a.
↑ Voir fragment 194 bis (9).
↑ Voir fragment 194 bis (10) et 196.
↑ Voir fragment 194 bis (11).
↑ À la page 216 de la Première copie.
↑ Voir fr. 194 bis (12) et 194 ter (4). — Dans le Discours des agréments, Méré fait une dissertation sur le bon air : « Le bon air qui me semble très difficile est tout à fait nécessaire aux agréments, et c’est même une espèce d’agrément que le bon air : car il plaît toujours. »
↑ Voir fr. 194 bis (13). — Havet voit dans ce trait l’original du mot attribué à Duclos : « Ils en feront tant qu’ils me feront aller à confesse. »
↑ Cf. Montaigne, ApologieApologie : « Hommes bien miserables et escervellez, qui taschent d’estre pires qu’ils ne peuvent. »
↑ Voir fr. 194 bis (14).
↑ Voir fr. 194 bis (15). Cf. Montaigne : « que peult on imaginer plus vilain que d’estre couard à l’endroict des hommes, et brave à l’endroict de Dieu ? » (II, 18).(II, 18).
↑ À la page 217 de la Première copie.
↑ Voir fr. 194 ter (5) et 257.
↑ Voir fr. 194 bis (16 et 17).
↑ Voir fr. 194 bis (18).
↑ Cf. B., 426 ; C., 399 ; Faug., II, 20 ; Mich., 445. (Pour les éditions Bossut, Havet, Molinier, voir, s’il y a lieu, à chaque paragraphe). — La page 205 du manuscrit (complétée par la page 221 de la copie) contient une série de courtes notes, jetées sans ordre aucun, remarquables parce qu’elles nous ouvrent un jour sur les procédés de travail familiers à Pascal. Au sortir de sa méditation, il marquait d’un mot ou d’un trait saillant le souvenir et la place de chacun des paragraphes qui devaient entrer dans le développement de sa préface ; le plus souvent, à mesure qu’il les avait utilisées, il barrait ces notes, quelques-unes sont dictées ; nous les indiquons par un astérisque. On trouvera dans le commentaire du fragment 194 l’indication des renvois.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ Cf. Mol., I, 16. Lignes autographes dispersées à travers la page du manuscrit. La Première copie donne à la page 217 le complément de ce fragment, à partir du mot amour-propre.
↑ Cf. Mol., I, 155 et I, 15.
↑ Qu’on en approche : addition autographe au texte dicté.
↑ Cf. Mol., I, 15.
↑ Cf. Bos., II, xvii, 8 ; Hav., xxiv, 8 bis, Mol., I, 311.
↑ [… Ils ne seront pas inutiles.]
↑ [Nature.]
↑ [Ainsi.]
↑ [Si.]
↑ Cf. Mol., I, 43.
↑ Cf. Mol., I, 15.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ Écoliers, c’est-à-dire imitateurs des belles manières dont ils ont entendu parler. — Académistes, c’est-à-dire sceptiques de parti pris. Le mot se retrouve employé comme synonyme de libertin, dans cette phrase curieuse de Saint-Simon que cite Littré : « Avec un extérieur austère, il (Harley fils) était aussi parfaitement débauché et aussi ouvertement qu’un jeune académiste ». Sainte-Beuve cite un passage d’une lettre de Saint-Cyran à Arnauld d’Andilly où se retrouve ce mot d’Académiste, mais plutôt comme synonyme d’Académicien : « Je vous avoue que vos langages et vos tempéraments que vous donnez aux paroles, je dis les Académistes, ne s’accordent point avec l’éloquence des pensées, des actions et des mouvements que donne la vérité divine à celui qui la connaît et qui l’aime » (Port-Royal, 5e édit., t. II, p. 20).t. II, p. 20).
↑ Cf. Hav., XXV, 135 ; Mol., I, 15.
↑ Cf. Mol., I, 15.
↑ M. Molinier imprime : Donc réjouissons-nous ; je n’en vois pas la conséquence, puisqu’il est incertain ; et nous verrons alors ce qui arrivera de nous. — M. Michaut lit : attendons le reste, puisqu’il est incertain, et nous verrons alors ce qui arrivera de nous. Je n’en vois pas la conséquence.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ [Et si nous avons un aussi profond.]
↑ Cf. Mol., II, 89.
↑ Non lecture douteuse.
↑ Cf. Bos., II, xvii, 85 ; Hav., XXIV, 45 ; Mol., I, 15.
↑ Mourant, d’aller en surcharge.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ Cf. Mol., I, 15.
↑ Cf. Hav., XXV, 134 ; Mol., II, 88.
↑ Cf. C., 433 ; Faug., II, 20 ; Mich., 445. — Pour l’édition Molinier, voir à chaque paragraphe.
↑ Cf. Mol., I, 253.
↑ Cf. fr. 202.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ Cf. Mol., I, 16.
↑ Cf. Mol., I, 17.
↑ Cf. Mol., I, 17.
↑ Ces trois conditions sont décrites dans le fragment 257 : « Il n’y a que trois sortes de personnes, les unes qui servent Dieu, l’ayant trouvé ; les autres qui s’emploient à le chercher, ne l’ayant pas trouvé ; les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. »
↑ Cf. C., 427 ; P. R., I, 1 ; Faug., II, 15 ; Hav., IX, 2 ; Mol., I, 12 ; Mich., 899.
↑ À la page 218 de la Première copie.
↑ Voir la variante fr. 195 bis.
↑ Voir fr. 194 bis (2).
↑ Expression de Montaigne : « Le remede du vulgaire, c’est de n’y penser pas ; mais de quelle brutale stupidité luy peult venir un si grossier aveuglement ? » (I, 19).(I, 19).
↑ Cf. C., 433 ; P. R., XXIV, 13 ; Bos., I, vi, 6 ; Faug., II, 20 ; Hav., III, 6 ; Mol., I, 84 ; Mich., 445 (28).
↑ Cf. B., 385 ; C., 347 ; Faug., I, 261 ; Hav., XXV, 117 ; Mol., II, 115 ; Mich., 660.
↑ Cf. fr. 30 : « Je hais également le bouffon et l’enflé ; on ne ferait son ami ni de l’un ni de l’autre. »
↑ Cf. C., 1 ; Faug., II, 384 ; Mol., I, 17 ; Mich., 895.
↑ Mont., III, vIII, v : « L’application aux legieres choses nous retire des iustes. »
↑ Cf. B., 361 ; C., 318 ; P. R., I, 1 ; Faug., II, 19 ; Mol., I, 16 ; Mich., 182.
↑ Lecture de la Première copie : aux plus grandes choses.
↑ Charron avait écrit, commentant un passage de l’Évangile selon saint Mathieu (XXIII, 20 sqq.) : « Je leur dis ce que dit le Sauveur à gens de pareil esprit : O hypocritæ excolantes culicem et camelum deglutientes qui minima curatis, graviora spernitis. » (De la Sagesse, II, III, 9.)
↑ Cf. C., 435 ; P. R., ult., XXVIII, 20 ; Bos., I, vii, 6 ; Faug., II, 23 ; Hav., IV, 7 ; Mol., I, 154 ; Mich., 904.
↑ La dernière phrase a été ajoutée dans la Copie, vraisemblablement en vue de l’impression.
↑ Cf. B., 79 ; C., 105 ; P. R., I, 1 ; Bos., II, ii, 1 ; Faug., II, 18 ; Hav., XI, 4 ; Mol., I, 15 ; Mich., 165.
↑ Il est aisé de suppléer la phrase que Pascal laisse en suspens : il est surnaturel que l’homme passe sa vie à se divertir, sans se soucier du jugement qui est tout proche ; car, comme il le dit plus bas : Si on doit donner huit jours on doit donner toute la vie. Tout homme qui vit est à la veille de mourir. Remarquez que contre nature dans le premier exemple devient surnaturel dans le second ; Pascal interprète la dérogation à la loi de la nature comme l’effet d’une cause supérieure à la nature.
↑ Cf. C., 438 ; Faug., II, 157 ; Mich., 911.
↑ Cf. C., 304 ; Faug., II, 283 ; Mich., 944.
↑ En marge de la Copie.
↑ Cf. B., 191 ; C., 1 ; Faug., I, 230 ; Mol., I, 154 ; Mich., 872.
↑ Sag., IV, 12. — N’y a-t-il pas un souvenir de la lettre écrite par Arnauld à Saint-Cyran pour le prier de le recevoir sous sa conduite, lettre mémorable que devaient connaître les amis de Port-Royal : « Je suis demeuré tant d’années dans une perpétuelle léthargie voyant le bien et ne le faisant pas ; et j’ai reconnu par une misérable expérience, la vérité de cette parole du Saint-Esprit : fascinatio nugacitatis obscurat bona » ? (Arnauld, Œuvres, 1775, t. I, p. 2). Lancelot écrit dans ses Mémoires sur Saint-Cyran : « Il savait qu’il y a dans l’âme de l’homme, une niaiserie qui l’ensorcelle, fascinatio nugacitatis, comme dit l’Écriture, qui fait que, quelque séparé qu’il soit, il s’occupe de lui-même, se multiplie et se divise, et que souvent il est moins seul que s’il était au milieu d’une multitude » (t. II, p. 106, apud Sainte-Beuve, Port-Royal, 5e édit., t. II, p. 83).t. II, p. 83).
↑ Réflexion écrite au crayon par Pascal, recopiée d’une autre main.
↑ Cf. B., 78 ; C., 104 ; Faug., II, 276 ; Mich., 175.
↑ Cf. B., 154 ; C., 184 ; Faug., I, 230 ; Mol., I, 154 ; Mich., 874.
↑ Cf. B., 20 ; C., 39 ; Faug., I, 224 ; Hav., XXV, 16 ; Mol., I, 41 ; Mich., 188.
↑ [Par.]
↑ [Vois et que je.]
↑ En marge dans le manuscrit. — Quoniam spes impii tanquam lanugo est, quæ a vento tollitur ; et tanquam spuma gracilis quæ a procella dispergitur ; et tanquam fumus qui a vento diffusus est : et tanquam memoria hospitis unius diei prætereuntis. Sagesse, V, xv.
↑ Cf. C., 139 ; Faug., I, 224 ; Hav., XXV, 17 bis ; Mol., I, 41 ; Mich., 889.
↑ Ce cri pénétrant est d’un savant et d’un chrétien. Pour le géomètre l’univers offre l’image de l’infinité et de l’éternité : il semble participer ainsi aux attributs de la divinité. Mais le Dieu du chrétien est un être moral, il est « sensible au cœur ». Or cet univers infini est « muet » (fr. 693), il est destitué de toute vie morale, il ne parle pas au cœur et il ne témoigne pas de Dieu. Ce monde qui emplit l’esprit du savant est comme un désert pour celui qui cherche Dieu. À la parole, de Pascal il convient d’opposer la célèbre pensée de Kant qui exprime le sentiment contraire, la satisfaction de l’être capable de comprendre l’univers, d’unir sa destinée individuelle au sort du monde entier, égalée à la révélation de la loi morale qui l’élève à Dieu : « Deux choses remplissent l’âme d’une admiration et d’un respect toujours renaissants et qui s’accroissent à mesure que la pensée y revient plus souvent et s’y applique davantage : le ciel étoilé au-dessus de nous, la loi morale au dedans. » (Critique de la Raison pratique, Conclusion.)
↑ Cf. B., 8 bis ; C., 23 ; Faug., I, 224 ; Hav., XXV, 17 ; Mol., I, 41 ; Mich., 54.
↑ Cf. B., 89 ; C., 115 ; Faug., I, 225 ; Hav., XXV, 16 bis ; Mol., I, 43 ; Mich., 125.
↑ Cf. B., 179 ; C., 211 ; Faug., I, 235 ; Hav., XXV, 23 ; Mol., II, 121 ; Mich., 394.
↑ Apostrophe au libertin qui s’est fait l’esclave du plaisir ; il se vante d’être flatté par un maître, qui inévitablement le quittera.
↑ Cf. B., 80 ; C., 105 ; P. R., XXIX, 44 ; Bos., II, xvii, 69 ; Faug., I, 214 ; Hav., XXIV, 58 ; Mol., I, 114 ; Mich., 171.
↑ Montaigne avait dit : le bonheur ne se doit « iamais attribuer à l’homme qu’on ne lui ayt veu iouer le dernier acte de sa comedie, et sans doubte le plus difficile » (I, xviii)(I, xviii) ; et ailleurs il reparle ainsi de la mort : « Cette partie n’est pas du roole de la societé, c’est l’acte à un seul personnage. » (III, ix.)(III, ix.)
↑ [L’éternité.]
↑ Cf. B., 77 ; C., 103 ; P. R., VIII, 1 ; Faug., II, 19 ; Hav., XIV, 1 ; Mol., I, 114 ; Mich., 179.
↑ [On mourra seul]
↑ Et alors… sans hésiter en surcharge.
↑ [ach] — peut-être achèterait-on.
↑ Y a-t-il dans cet exemple un souvenir de la lettrelettre autrefois écrite à Mme Périer pour détourner M. Périer du « dessein de sa maison » ? La lettre signée de Pascal et de sa sœur Jacqueline se terminait ainsi : « Nous te prions d’y penser sérieusement, de t’en résoudre et de l’en conseiller de peur qu’il arrive qu’il ait bien plus de prudence et qu’il donne bien plus de soin et de peine au bâtiment d’une maison qu’il n’est pas obligé de faire qu’à celui de cette tour mystique, dont tu sais que saint Augustin parle dans une de ses lettres, qu’il s’est engagé d’achever dans ses entretiens. » (5 nov. 1648.)
↑ Cf. B., 395 ; C., 367 ; P. R., XXVIII, 16 ; Bos., II, xvii, 18 ; Faug., II, 80 ; Hav., XXIV, 16 bis ; Mol., I, 153 ; Mich., 492.
↑ « C’est ainsi que ie fonds, et eschappe à moy », dit Montaigne, parlant des infirmités de sa vieillesse, et plus loin : « Il fault bien bander l’âme, pour lui faire sentir comme elle s’escoule. » (III, 13.)(III, 13.)
↑ Cf. B., 77 ; C., 103 ; P. R., I, 1 ; Faug., II, 18 ; Hav., IX, 3 ; Mol., I, 16 ; Mich., 176.
↑ Cf. B., 359 ; C., 316 ; Faug., II, 80 ; Mol., I, 102 ; Mich., 128.
↑ [L’injustice.]
↑ Écrit de la main de Pascal et transcrit immédiatement au-dessous par une main étrangère.
↑ Cf. B., 382 ; C., 341 ; Faug., I, 214 ; Hav., XXV, 58 ; Mol., I, 43 ; Mich., 735.
↑ Le chrétien craint la mort, parce qu’elle le conduit à Dieu, pour l’épreuve du jugement, mais dans le péril il se retrouve homme, faisant face aux dangers qui se présentent, et accomplissant courageusement son devoir d’homme. Comparer le passage où Pascal commenta la façon dont les Évangélistes parlent de Jésus : « Ils le font donc capable de crainte, avant que la nécessité de mourir soit arrivée, et ensuite tout fort. » (Fr. 800.)
↑ Cf. Faug., I, 214 ; Hav., XXV, 59 ; Mol., I, 43 ; Mich., 965.
↑ Cf. B., 428 ; C., 400 ; P. R., XXVIII, 21 ; Bos., II, xvii, 20 ; Faug., II, 18 ; Hav., XXIV, 18 ter ; Mol., I, 17 ; Mich., 518.
↑ Cf. B., 79 ; C., 104 ; P. R., XXVIII, 19 ; Bos., II, xvii, 19 ; Faug., II, 18 ; Hav., XXIV, 17 bis ; Mol., I, 154 ; Mich., 67.
↑ Ce titre de Cachot s’explique par le fragment 200. L’homme est dans un cachot, attendant sa condamnation à mort ; ne s’enquerra-t-il pas de ce qui l’attend après la mort ?
↑ On voit que le système de Copernic est considéré par Pascal comme une opinion. Ce n’est point seulement parce que toute doctrine de philosophie naturelle est à ses yeux inutile et incertaine, comme il dit du cartésianisme ; mais sur ce point particulier il n’a pas pris parti. Dans son fragment sur l’Infini il parle du mouvement des astres autour de la terre, et Descartes lui-même, au moins dans ses écrits où il ne perd jamais de vue la condamnation de Galilée, s’en tient aux théories de Tycho-Brahé qui, comme on sait, avait cru possible de maintenir après Copernic l’immobilité de la terre. Cf. La LettreLettre de Pascal au Père Noël : « Quand on discourt humainement du mouvement, ou de la stabilité de la terre, tous les phénomènes du mouvement et des rétrogradations des planètes, s’ensuivent parfaitement des hypothèses de Plolémée, de Tycho, de Copernic et de beaucoup d’autres qu’on peut faire, de toutes lesquelles une seule peut être véritable. Mais qui osera faire un si grand discernement, et qui pourra, sans danger d’erreur, soutenir l’une au préjudice des autres ? » (Œuvres, éd. Lahure, t. III, p. 16.)
↑ Cf. B., 356 ; C., 312 ; P. R., XXIX, 43 ; Bos., II, xvii, 69 ; Faug., II, 94 ; Hav., XXIV, 57 ter ; Mol., I, 172 ; Mich., 200.
↑ Dans un article remarquable : La morale ancienne et la morale moderneLa morale ancienne et la morale moderne, M. V. Brochard écrit : « Enfin, et plus que tout le reste, ce qui creuse un abîme entre les deux morales, c’est que, dans la morale grecque, l’idée de l’immortalité ou de la vie future ne joue aucun rôle. Il ne pouvait en être autrement puisque le problème essentiel, on doit même aller jusqu’à dire le problème unique, est celui du bonheur, entendons le bonheur terrestre et dans les conditions de la vie présente… Il n’est pas exagéré de dire que la morale telle qu’on l’enseigne le plus souvent aujourd’hui repose tout entière sur la croyance à la vie future. Cette croyance disparue, elle s’effondrerait. » (Revue philosophique, janvier 1901.)
↑ « La mort est moins à craindre que rien, s’il y avait quelque chose de moins que rien :
Mullo… mortem minus ad nos esse putandum
Si minus esse potest, quam quod nihil esse videmus.
Elle ne vous concerne ni mort, ni vif : vif, parce que vous estes ; mort, parce que vous n’estes pas… Où que vostre vie finisse, elle y est toute. L’utilité du vivre n’est pas en l’espace : elle est en l’usage. » (Mont., I, 19.)I, 19.)
↑ Allusion à un passage de Grotius. De Verit. Relig. chr., IV, xi : « Plato, de Republica II, quasi præscius, ait, ut vere justus exhibeatur, opus esse ut virtus ejus omnibus ornamentis spolietur, ita ut ille habeatur ab aliis pro sceleste, illudatur, suspendatur denique. Et certo summæ patientæ exemplum ut exstaret, aliter obtineri non poterat. » Ailleurs (II, 2), Grotius invoque le mythe de Er, fils d’Arménios, pour prouver que Platon admettait la résurrection.
↑ Cf. B., 197 ; C., 8 ; Faug., II, 93 ; Hav., IX, 6 ; Mol., I, 171 ; Mich., 867.
↑ [Pensaient.]
↑ Pascal fait allusion à ce passage de l’Apologiel’Apologie : « Les philosophes… ont ce dilemme tousiours en la bouche, pour consoler nostre mortelle condition : « Ou l’ame est mortelle, ou immortelle : Si mortelle, elle sera sans peine ; Si immortelle, elle ira s’amendant. » Montaigne lui-même indique la fausseté : « Ils ne touchent iamais l’aultre branche : « Quoy, si elle va en empirant ? » et laissent aux poëtes les menaces des peines futures ; mais par là ils se donnent un beau ieu. Ce sont deux omissions qui s’offrent à moy souvent en leurs discours. »
↑ Cf. B., 79 ; C., 104 ; P. R., XXVIII,19 ; Bos., II, xviii, 19 ; Faug., I, 221 ; Hav., XXIV, 98 ; Mol., I, 172 ; Mich., 172.
↑ [Mais.] — « J’exigerai de ceux qui vont contre le train commun et les grandes règles, qu’ils sussent plus que les autres, qu’ils eussent des raisons claires, et de ces arguments qui emportent conviction. » (La Bruyère, Des esprits forts.)Des esprits forts.)
↑ Cf. B., 463 ; C., 262 ; Faug., II, 323 ; Hav., XXIV, 20 bis ; Mol., II, 16 ; Mich., 668.
↑ Quel était encore employé en ce sens au xviie siècle. Cf. Rotrou (VenceslasVenceslas, II, 2).
Quel des deux voulez-vous, ou mon cœur, ou ma cendre ?
↑ Cf. les fragments sur la coutume. Sect. II, 89-93.
↑ Havet a rapproché de ce fragment un texte de Tertullien : « Miraris hæc ! Et gallina sortita est de suo parire » (Adversus Valentinianos, 10).
↑ Cf. B., 117 ; C., 143 ; P. R., XXVIII, 22 ; Bos., II, xvii, 22 ; Faug., II, 323 ; Hav., XXIV, 28 ; Mol., II, 17 ; Mich., 113.
↑ Titre de la Première copie : Fondement de la religion. Réponse aux objections.
↑ Pascal avait écrit d’abord : sans compagnie.
↑ C’est la question à laquelle répond la notion moderne de la parthénogenèse. — Cf. Nicole, Pensées diverses, XVII : difficile à juger de ce qui est possible ou impossible.
↑ Cf. B., 81 ; C., 107 ; Faug., II, 372 ; Hav., XXV, 53 ; Mol., II, 17 ; Mich., 638.
↑ Dans une lettrelettre à Mlle de Roannez (V, olim, 2), Pascal parle de l’Eucharistie comme du secret « le plus étrange et plus obscur. ».
↑ « Il n’est pas plus difficile au Fils de Dieu de faire que son corps soit dans l’Eucharistie, en disant : Ceci est mon corps, que de faire qu’une femme soit délivrée de sa maladie en disant : Femme, tu es délivrée de la maladie. » (Bossuet, Exposition de la doctrine catholique.)
↑ Cf. B., 78 ; C., 104 ; Faug., I, 221 ; Hav., XXIV, 101 ; Mol., I, 172 ; Mich., 166.
↑ En même temps que de Charron, Pascal se souvient peut-être, pour s’y opposer, de la formule employée par le P. Garasse : « Cette maxime des athéistes vient de stolidité d’esprit » (Doctrine curieuse des Beaux Esprits, liv. IV, sect. XX).
↑ Le P. Desmolets a publié pour la première fois cette pensée, en la modifiant d’une façon singulière : « Quelquefois, écrit Victor Cousin, Desmolets, faute de comprendre Pascal ou n’osant lui imputer des énormités, lui attribue des pensées bien vagues. Desmolets (p. 309.) — Mémoires de littérature et d’histoire, tome V — : « Athéisme, manque de force d’esprit, mais jusqu’à un certain point seulement. » On ne voit pas bien ce que cela signifie. Pascal a écrit de sa propre main, et en caractères très lisibles (ms. p. 61) : Athéisme, marque de force d’esprit, mais jusqu’à un certain degré seulement. — C’est-à-dire que c’est force d’esprit de rejeter l’existence de Dieu au nom de la raison, pourvu qu’ensuite on l’accepte des mains de la révélation. Pascal est là tout entier. Desmolets n’a pas osé le montrer tel qu’il est, et Bossut, reculant également devant le vrai et devant le faux, ne redresse ni ne maintient la citation de Desmolets : il la supprime. » (V. Cousin, Rapport sur les Pensées, 2e partie.) — Charron avait été plus loin que Pascal dans son traité des Trois Vérités : « Cette espèce d’athéisme, première, insigne, formée et universelle, ne peut loger qu’en une âme extrêmement forte et hardie. — Illi robur (æs et triplex circa pectus erat) — forcenée et maniacle. Certes il semble bien qu’il faut autant et peut-être plus de force et de roideur d’âme à rebuter et résolument se dépouiller de l’appréhension et créance de Dieu comme à bien et constamment se tenir ferme à lui. » (1re Vérité. 3e chap.) La Bruyère conclut au contraire : « L’esprit fort, c’est l’esprit faible. » (Des esprits forts.)(Des esprits forts.)
↑ Cf. B., 77 ; C., 102 ; P. R., XXVIII, 15 ; Bos., II, xvii, 18 ; Faug., II, 146 ; Hav., XXIV, 16 ; Mol., I, 323 ; Mich., 57.
↑ Le fragment commençait d’abord ici.
↑ Réflexion ajoutée en marge. Havet cite parmi les passages auxquels songe Pascal les réflexions de l’Ecclésiaste (III, 18, 29) ; les déclarations de l’Évangile selon saint Mathieu sur les faux prophètes (VII, 15), sur la confusion de l’ivraie et du bon grain (XIII, 30).
↑ Cf. fr. 194.
↑ Cf. B., 1 ; C., 13 ; Faug., II, 389 ; Hav., XXV, 109 ; Mol., II, 61 ; Mich., 71.
↑ Faugère et M. Michaut comprennent dans le même fragment que ces deux paragraphes le fragment 244 qui suit immédiatement dans le manuscrit, et qui contient également une esquisse de dialogue. Mais, comme ce dernier fragment porte sur un tout autre point de la discussion, il est possible de maintenir la séparation établie par Havet et Molinier.
↑ Cf. B., 123 ; C., 149 ; Faug., II, 155 ; Mich., 109.
↑ Cf. C., 429 ; P. R., VIII, 1 ; Bos., II, vii, 1 ; Faug., II, 118 ; Hav., XIV, 2 ; XXV, 18 ; Mol., I, 159 ; Mich., 900.
↑ Ce mot, pris comme substantif, avait au xviie siècle un sens absolu qu’il n’a plus aujourd’hui. Voir les exemples cités par Littré, en particulier Bossuet : « On apprend (par la pénitence) : à dire non, à dire je ne puis plus, à payer le monde de négatives sèches et vigoureuses. » (Sermons, Vérit. convers., 1) et Saint-Simon : « Le chancelier pétillait, interrompait, faisait des négatives sèches », 315, 313.
↑ La Copie répète [qu’]elle les supprimât.
↑ Voltaire a rapproché de ces mots les vers de Corneille (Heraclius, IV, v)IV, v) :
Que veux-tu donc, nature, et que prétends-tu faire ?
De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait ?
Ne me dis rien du tout, ou parle tout à fait.
↑ Le dernier paragraphe a été publié isolé par les éditeurs modernes. Ainsi présenté, il pouvait être interprété comme un aveu de Pascal, se désespérant de se sentir abandonné de la grâce et condamné à vivre hors de la foi. Mais la Copie qui nous l’a conservé en fait manifestement la suite du paragraphe précédent, et de toute évidence le fragment tout entier développe les objections des Athées. La phrase est placée par Pascal dans la bouche du libertin, et la véritable portée en est déterminée par là.
↑ Cf. B., 420 ; C., 395 ; Faug., II, 181 ; Hav., XXIV, 97 ; Mol., I, 315 ; Mich., 34.
↑ Soit, en surcharge.
↑ Pascal énonce quatre thèses et quatre antithèses, quatre antinomies, comme dira Kant. Il importe de remarquer qu’il y a une différence essentielle entre l’incompréhensibilité des thèses et l’incompréhensibilité des antithèses. Les thèses sont intrinsèquement incompréhensibles ; nous ne pouvons concevoir par raison ni l’existence de Dieu, ni l’union de l’âme et du corps, ni la création du monde, ni le péché originel. Les antithèses sont incompréhensibles en fait, parce que des effets nous sont donnés dans la nature qui ne peuvent s’expliquer si l’on n’admet Dieu, l’âme, la création, le péché. Nous avons des témoignages lisibles et palpables de ces réalités dont la raison nous refuse une conception claire. Or, entre la raison et le fait, en philosophie comme en physique, Pascal n’hésite pas ; c’est pourquoi, s’élevant au-dessus des objections de la raison qui réclame en vain l’évidence, et s’appuyant sur la foi, il conclura à la vérité des thèses, non justifiées directement par une affirmation rationnelle, mais fondées indirectement sur une double négation.
↑ Cf. B., 206 ; C., 417 ; Bos., II, xvii, 3 ; Faug., II, 170 ; Hav., XXIV, 2 ; Mol., I, 314 ; Mich., 18.
↑ [Une image de Dieu en son immensité]. Le début de la phrase en surcharge.
↑ [Remuant.]
↑ Un, en surcharge.
↑ Les réflexions contenues dans le traité inachevé De l’esprit géométrique expliquent comment Pascal peut donner à cet exemple la valeur d’un fait naturel. Les deux infinis existent objectivement ; il est possible d’en réaliser la combinaison dans un mobile qui serait infiniment petit et qui aurait une vitesse infiniment grande ; même en géométrie, Pascal retrouve cette vérité fondamentale pour lui, que le fait concret est supérieur à la raison abstraite. Cf. fr. 430 et la Logique de Port-Royal (IV, 1).(IV, 1). — Voltaire avait critiqué cette pensée lors de sa publication, et il est assez curieux que Condorcet ait consacré cette critique, en citant ce fragment parmi ceux qu’il convient de supprimer par égard à la mémoire de Pascal. Pourtant la conception de Pascal se retrouve — à titre de conception, il est vrai, et non comme « effet de nature » — dans l’esprit des savants contemporains : « Si nous réduisons la masse sur laquelle agit une force donnée, si petite qu’elle soit, à sa limite zéro — ou en termes mathématiques, à l’infiniment petit — la conséquence est que la « chose » (si dans ce cas nous pouvons parler d’une chose) est, non pas ici ni là mais partout. » (Stallo, La matière et la physique moderne, p. 123). — Cf. Couturat, L’infini mathématique, p. 299 : « Le plan infini est, à certains égards, : analogue à un point, c’est pour ainsi dire un point immense. »
↑ Cf. B., 373 ; C., 330 ; Faug., II, 170 note ; Mich., 694.
↑ Les copies lisent : mouvement en repos.
↑ Résumé de l’exemple développé au fragment précédent : si un point se meut avec une vitesse infinie, il remplit tout et son mouvement qui est infini et qui pourtant demeure indivisible équivaut au repos.
↑ Cf. B., 390 ; C., 357 ; P. R., XXVIII, 26 ; Bos., II, xvii, 10 ; Faug., I, 173 ; Hav., VI, 10 ; Mol., I, 143 ; Mich., 435.
↑ Ce titre devait rappeler à Pascal l’idée fondamentale de tout le développement : le fini comparé à l’infini devient exactement égal à rien.
↑ Cette nature est un produit de l’habitude, cette nécessité est née d’une rencontre accidentelle entre l’âme et une substance hétérogène telle que le corps. Ce n’est pas Kant que Pascal annonce ici, car la nécessité pour Kant a un fondement dans les lois intérieures de l’esprit, c’est Hume et c’est Stuart Mill, ce sont les conclusions les plus hardies de cet empirisme que Voltaire avait déjà signalé chez Pascal, en lui comparant Locke. (Cf. fr. 89).
↑ [Veut.]
↑ Conséquence nécessaire de la définition mathématique de l’infini : ∞ + a = ∞ comme ∞ — a = ∞ ; ce qui permet d’égaler a à ∞ — ∞, c’est-à-dire à 0.
↑ Après néant Pascal avait immédiatement écrit : Nous connaissons. C’est ensuite qu’il est revenu sur ce paragraphe pour montrer à quelle conséquence d’ordre religieux l’esprit est conduit par un principe tout mathématique.
↑ Cf. Spinoza : Intellectus et voluntas, qui Dei essentiam constituerent, a nostro intellectu et voluntate toto cœlo differe deberent, nec in ulla re præterquam in nomine convenire possent : non aliter scilicet quam inter se conveniunt canis, signum cœleste, et canis, animal latrans (Éthique, p. I, p. XVII, Sch.).
↑ La Première copie renverse la proportion en vue de l’édition de Port-Royal (Cf. l’observation d’Urbain dans le Bulletin des Humanistes français, no 15, séance du 12 mai 1897). Mais Pascal veut faire accepter la disproportion morale de la justice humaine et de la justice divine : il la montre moindre que la disproportion mathématique de l’unité et de l’infini devant laquelle il faut bien que la raison s’incline.
↑ On retrouve la même doctrine chez tous les Chrétiens (cf. Bossuet, Disc. sur l’Histoire universelle, part. II, chap. i,part. II, chap. i, et un sermon de Saurin cité par Havet, Second sermon sur le renvoi de la Conversion). La justice envers les réprouvés a une cause, quoique choquante pour la raison et pour la justice de l’homme, c’est le péché du premier homme et le jugement de Dieu qui, dit Bossuet, « regarde tous les hommes comme un seul homme ». La miséricorde de Dieu qui « de deux hommes également coupables, sauve celui-ci et non pas celui-là, sans aucune vue de leurs œuvres » (comme s’exprime Pascal lui-même à la fin de la lettre sur les Commandements de Dieu), est le mystère par excellence, parce qu’elle n’a pas de cause naturelle ou rationnelle.
↑ Cf. Réflexions sur l’Esprit géométrique : « Toutes les fois qu’une proposition est inconcevable, il faut en suspendre le jugement, et ne pas le nier à cette marque, mais en examiner le contraire ; et si on le trouve manifestement faux, on peut hardiment affirmer la première, tout incompréhensible qu’elle est. »
↑ Cf. Descartes : « Nous ne nous embarrasserons jamais dans les disputes de l’infini, d’autant qu’il serait ridicule que nous, qui sommes finis, entreprissions d’en déterminer quelque chose, et par ce moyen le supposer fini, en tâchant de le comprendre ; c’est pourquoi nous ne nous soucierons pas de répondre a ceux qui demandent si la moitié d’une ligne infinie est infinie, et si le nombre infini est pair ou non pair » (Principes de la philosophie, I, xxvi).I, xxvi).
↑ Charron, dans le chapitre v du Ier livre des Trois Vérités : Discours de la Cognoissance de Dieu, oppose aux Athées « l’autorité de nature qui dicte à tous et un chacun des hommes qu’il y a un Dieu », mais leur accorde en même temps « qu’il n’y a aucune démonstration suffisante pour expliquer ce que c’est que Dieu… les effects montrent bien qu’il y a une cause, encore qu’ils n’enseignent pas assez qu’est-ce que cette cause. »
↑ Cette phrase est dans le manuscrit en marge des paragraphes précédents.
↑ [Mais.]
↑ [Mais.]
↑ [Dieu.]
↑ [Que nous avons rapport à lui par l’étendue et disproportion avec lui par les limites.]
↑ « Connaître une chose, c’est la définir, borner, savoir ses confrontations, son étendue, ses causes, ses fins, ses commencements, son milieu, sa fin, son fondement, son bord. Or n’y a-t-il rien plus contraire à l’infinité que ces choses ? Il n’y a donc rien plus contraire à l’infini que d’être connu. Il faudrait être infini et être Dieu pour connaître Dieu. » (Les Trois Vérités, I, v.)
↑ Nous connaîtrons, en surcharge. — La foi est l’adhésion de l’homme à ce qui dépasse l’homme, l’affirmation d’une existence qu’il ne comprend pas ; la gloire, méritée par la foi, transporte l’âme immortelle dans le rayonnement de Dieu et dans la jouissance de la lumière.
↑ Le manuscrit porte un renvoi au verso de la main de Pascal : Tourner. La suite est à la page 4 du manuscrit.
↑ [S’il est.]
↑ Tout le développement jusqu’à Dieu est ou n’est pas a été ajouté plus tard par Pascal au bas de la page 4.
↑ Saint Paul, I, Cor., i, 19, Quia in Dei sapientia non cognovit mundus, non cognovit mundus per sapientiam Deum, placuit Deo per stultitiam prædicationis salvos facere credentes. Montaigne a traduit le passage dans l’Apologiel’Apologie : « Car, comme il est escript : Ie destruiray la sapience des sages, et abbatray la prudence des prudents : où est le sage ? où est l’escrivain ? où est le disputateur de ce siecle ? Dieu n’a-t-il pas abesty la sapience de ce monde ? Car, puisque le monde n’a point cogneu Dieu par sapience, il luy a pleu par l’ignorance et simplesse de la prédication, sauver les croyants. » C’est peut-être à cette traduction que Pascal emprunte le mot abêtir, dont il se servira dans la suite de ce fragment, et que Montaigne avait déjà employé pour son propre compte dans l’Apologie : « Il nous fault abestir, pour nous assagir. »
↑ [Dans cette infinie.]
↑ Souvenir de l’Apologiel’Apologie : « C’est aux chrestiens une occasion de croire que de rencontrer une chose incroyable ; elle est d’autant plus selon raison qu’elle est contre l’humaine raison. » Montaigne ne pensait-il pas lui-même au fameux passage de Tertullien (de Carne Christi, no 5) ? Bossuet le traduit en ces termes : « Le Fils de Dieu est ressuscité ; je le crois d’autant plus que selon la raison humaine il paraît entièrement impossible. » (Sermon sur la vertu de la croix de Jésus-Christ, ap. Droz, op. cit., p. 302.)
↑ Souvenir d’un argument de Montaigne : « Prenez le plus fameux party, iamais il ne sera si seur, qu’il ne vous faille, pour le deffendre, attaquer et combattre cent et cent contraires partis : vault il pas mieux se tenir hors de cette meslee » (Apol.)(Apol.).
↑ [Votre.]
↑ Le vrai et le bien, et deux choses, en surcharge.
↑ Et votre nature jusqu’à la misère, en surcharge.
↑ [Voyons, si vous prenez] croix que Dieu est [et que vous perdiez, que perdez…]
↑ Rien en comparaison de l’infini, et rien absolument comme le dira Pascal au terme de son développement ; mais pour celui qui n’est pas sûr que l’infini existe, ce rien est encore trop. Nous empruntons à une note inédite sur le pari que M. Louis Couturat a bien voulu nous communiquer le tableau des cas différents que Pascal envisage successivement. Deux grandeurs sont à considérer, les chances de gain (ou probabilité proprement dite) et les enjeux. Le produit du gain espéré par les chances qu’on a de l’obtenir définit l’avantage ou l’espérance mathématique du joueur. Voici le tableau du premier cas :
Dieu est Dieu n’est pas.
Probabilité 1/2 1/2
Enjeux ∞ 0
Avantages ∞ 0
↑ [Quand.]
↑ Renvoi à la page 7 du manuscrit.
↑ [Jouer.]
↑ En traduisant suivant le système qu’on vient d’indiquer les termes de la proposition de Pascal, on obtient le tableau suivant :
Dieu est Dieu n’est pas.
Probabilité 1/2 1/2
Enjeux 2, 3 1
Avantages 1, 3/2 1/2
Ce tableau ne rend pas compte de la distinction que Pascal fait entre vous pourriez et il faudrait. Peut-être convient-il d’ajouter une condition que Pascal n’exprime pas, mais qu’il aurait présente à la pensée ; c’est que les deux vies, c’est-à-dire la double durée de vie, à gagner sont aléatoires, tandis que la vie à risquer est certainement exposée ; l’enjeu de l’alternative : Dieu n’est pas ne serait donc pas soumis à la probabilité ; il reste en tout état de cause égal à l’unité ; il est donc équilibré par l’espérance de gagner deux vies, surpassé par celle d’en gagner trois. En d’autres termes, avec une chance sur deux de gagner, on peut risquer un pour avoir deux, mais cela n’est que possible, car dans l’équilibre absolu des partis l’attitude contraire est également raisonnable. Avec une chance sur deux de gagner il faut risquer un pour gagner trois, hasarder une vie pour avoir une existence d’une durée triple, car alors l’équilibre est rompu en faveur du pari : « Trois vies à gagner avec une chance de gain sur deux en valent une et demie ; si donc nous ne payons que d’une vie le billet qui peut nous en faire gagner trois, nous serons plus riches de la moitié d’une en prenant ce billet qu’en ne le prenant pas. » (Lachelier, Notes sur le pari de Pascal, Revue Philosophique, juin 1901, p. 627).
↑ Tableau :
Dieu est Dieu n’est pas.
Probabilité 1/2 1/2
Enjeux ∞ 1
Avantages ∞ 1/2 (ou encore 1 d’après la note précédente)
↑ [Auriez tort de.]
↑ [Lien.]
↑ MM. Dugas et Riquier (Rev. Phil., sept. 1900) et M. Lachelier ont signalé avec raison l’incohérence apparente de cette phrase que Port-Royal avait supprimée. Pascal veut reproduire en la transposant dans le calcul de l’infini la double hypothèse, d’un pari qu’il serait seulement possible de faire, les chances étant exactement égales des deux côtés, et d’un pari qu’il serait nécessaire de faire, auquel il ne serait pas raisonnable de se refuser, parce qu’il y a un parti mathématiquement plus avantageux que l’autre, et dans la proportion de trois à deux. La première alternative se comprend sans peine ; on risque une vie de bonheur pour une éternité de bonheur, avec une chance de gain parmi une infinité de hasards ; de part et d’autre est l’unité multipliée par l’infini. Nous retrouvons l’équilibre des partis. Comment l’équilibre se déplace-t-il dans la seconde alternative qui semble reproduire les termes de la première ? Le texte ne permet qu’une interprétation : il faut distinguer, avec M. Lachelier, « l’éternité de vie et de bonheur », et « l’infinité de vie infiniment heureuse ». Dans le premier cas Pascal nous promettait l’infinie durée d’un bonheur fini ; il y ajoute dans le second cas l’infinité de ce bonheur lui-même : Ce nouvel infini fait exactement ce que faisait tout à l’heure la troisième vie, il s’adjoint comme un lot supplémentaire aux conditions strictement équitables du pari et rend nécessaire pour la raison ce qui n’était que possible et indifférent. Il semble donc qu’encore ici pour avoir la pensée vraie de Pascal il faille apporter quelques corrections à l’expression littérale de ces cas de pari. Voici en effet ce que nous donne le tableau rigoureusement dressé :
Dieu est Dieu n’est pas.
Chances 1 ∞
Enjeux 2, 3, ∞ 1
Avantages 2, 3, ∞ ∞
Or selon Pascal l’espérance de la première alternative est dans le premier cas égal à l’espérance de la seconde, quelque peu supérieure dans le deuxième, infiniment supérieure dans le dernier. Il est donc certain qu’il faut faire intervenir dans la première colonne un second coefficient de qualité s’ajoutant au coefficient de durée, et qui y introduise l’infini. Nous aurions finalement pour la troisième hypothèse un rapport tel que ∞²/∞. Ce rapport d’ailleurs donne-t-il une espérance mathématique qui soit infinie ? ou ne faut-il pas dire, en toute rigueur, que l’espérance est seulement indéterminée ? (Riquier, Le pari sur Dieu, Revue Occidentale, sept. 1901.) En fait, pour Pascal, la forme mathématique du problème ne fait que fournir une base à une intuition métaphysique de l’infini. Cf. fr. 793 : « La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité » — et la distinction établie par Spinoza entre l’infinité simple des attributs et l’infinie infinité de la substance.
↑ [Et autant de hasard de gain.]
↑ [Cela ôte tout.]
↑ Voici enfin le tableau définitif :
Dieu est Dieu n’est pas.
Chances 1 n
Enjeux ∞ 1
Avantages ∞ n
↑ Ôte est deux fois dans le manuscrit. Nous nous croyons sûr de notre lecture, et nous la substituons à la leçon des Copies : cela est tout parti (dans le sens de tout réparti). Cela supprime tout partage et toute probabilité ; il n’y a point de parti, comme Pascal avait d’abord écrit deux lignes plus bas, puisque le fini s’anéantit devant l’infini. Nous devions par la règle des partis risquer notre vie pour l’enjeu fini de trois vies, à supposer chance égale de perte et de gain ; nous devions risquer notre vie pour une infinie durée de bonheur infini, à supposer une seule chance de gain sur une infinité. Voici maintenant la thèse définitive ; nous y réunissons les avantages des deux hypothèses provisoires, en les multipliant l’un par l’autre : nous hasardons une vie finie pour une infinité de vie infiniment heureuse, et il y a pareil hasard de gain et de perte, puisque de part et d’autre l’ignorance est supposée absolue ; le postulat du pari de Pascal est, comme il a soin de l’indiquer dans les considérations préliminaires, un scepticisme irrémédiable et universel ; le libertin n’a pas la moindre raison pour affirmer son athéisme, le chrétien n’a pas la moindre raison pour affirmer sa religion. (Cf. Appendice.)
↑ [De parti.]
↑ Ainsi, en surcharge.
↑ [Avoir.]
↑ [Choisir.]
↑ Prêt à dans le sens de sur le point de (cf. fr. 471) comme l’emploie La Fontaine (Fables, III, 12)III, 12) :
L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.
↑ Ainsi la vie éternelle et l’anéantissement final sont pour Pascal deux événements également probables, et cette égalité même est la clé du pari : de ce qu’il est impossible de prouver avec certitude que la religion n’est pas, il est possible de croire qu’elle est, et le refus systématique de rien affirmer devient un parti aussi risqué que l’affirmation elle-même.
↑ [Hasarde.] — Pascal a corrigé par s’expose (et non expose, comme a écrit Port-Royal) afin de bien marquer le caractère et la portée de l’objection : il s’agit non de la quantité de ce qu’on expose, mais du fait même que l’on expose, c’est-à-dire que l’on hasarde quelque chose d’effectif pour un gain éventuel, que l’on passe du plan de la réalité dans le plan du simple possible, ou comme disent les métaphysiciens de l’être au non-être. Or de l’être au non-être, d’une quantité finie à rien, il y a une distance infinie, de telle sorte que l’équilibre serait rétabli entre les partis, et l’hésitation légitime : un infini incertain n’est pas plus que le fini certain. — Mais l’objection n’a de valeur que si le choix nous était donné entre jouer et ne pas jouer ; or Pascal nous interdit cette hypothèse, puisque l’athéisme lui paraît une négation aussi aventureuse que l’affirmation, et de conséquences pratiques non moins graves. Nous ne sommes pas vis-à-vis de Dieu comme l’homme qui se demande s’il viendra ou non s’asseoir à la table de jeu ; nous nous y trouvons assis, force nous est de suivre les lois du jeu.
↑ [Hasarde.]
↑ [N’est.]
↑ [Jeu.]
↑ [L’infini.]
↑ Sans pécher contre la raison, en surcharge.
↑ À la vérité, en surcharge.
↑ [L’incertitude est ce qui fait [à démontrer [au parti qui détermine notre [et qui répartira.]
↑ [Des.]
↑ [Ainsi.]
↑ [L’infini à gagner.]
↑ [Autant.]
↑ Renvoi à la page 4, en marge. — [Mais.]
↑ [Sans.]
↑ Renvoi à la page 8 du manuscrit.
↑ [Vous ne pouvez croire.]
↑ Pascal a rayé, par erreur sans doute, ces derniers mots, en rayant la phrase suivante : [Vous ne renversez [renverseriez pas la raison en croyant, puisqu’on est obligé à croire ou à nier.]
↑ [Chercher.]
↑ À la page 4 du manuscrit.
↑ Port-Royal n’avait pas osé reproduire ce mot ; Victor Cousin qui l’a publié le premier l’a accompagné du commentaire éloquent que l’on connaît : « Quel langage ! Est-ce donc là le dernier mot de la sagesse humaine ? La raison n’a-t-elle été donnée à l’homme que pour en faire le sacrifice, et le seul moyen de croire à la suprême intelligence est-il, comme le veut et le dit Pascal, de nous abêtir ? Comme si, lorsqu’on a hébété l’homme, il en était plus près de Dieu. » Victor Cousin exagère sans doute la pensée de Pascal : Pascal demande au libertin le sacrifice d’une « fausse raison » qui n’est capable de le mener ni à la science ni au bonheur, qui n’est qu’une somme de préjugés. S’abêtir c’est renoncer aux croyances auxquelles « l’instruction » et l’habitude ont donné la force de la nécessité naturelle, mais qui sont démontrées par le raisonnement même, impuissantes et vaines. S’abêtir, c’est retourner à l’enfance pour atteindre les vérités supérieures qui sont inaccessibles à la courte sagesse des demi-savants. « Rien n’est plus conforme à la raison que ce désaveu de la raison » : la parole de Pascal est d’un croyant, elle n’est pas d’un sceptique.
↑ Renvoi à la marge de la page 7.
↑ Le manuscrit porte une virgule.
↑ Ce n’est pas l’idéal chrétien que Pascal définit, c’est l’idéal de l’honnête homme dans le monde. Or cet idéal le libertin y aspire en vain ; il reconnaît que le moi est haïssable, il le « couvre » par un sentiment de bienséance sociale, de convenance mondaine, mais pour arriver à le supprimer, il faut se donner un point d’attache en dehors Je l’humanité, et c’est pourquoi le christianisme seul donne l’honnêteté véritable, faite d’humilité, de sincérité, de fidélité. Cf. fr. 550 : « J’essaie d’être juste, véritable, sincère, et fidèle à tous les hommes. »
↑ La force du discours s’accorde avec la soumission de l’homme qui s’agenouille. Bassesse est pris au sens absolu, et pour ainsi dire scientifique : dans un Fragment relatif aux usages du baromètre, Pascal emploie ainsi ce mot de bassesse : « Il y a un certain degré de hauteur et un certain degré de bassesse que le mercure n’outrepasse presque jamais. » (3e section, Éd. Lahure, t. III, p. 132).
↑ Cf. B., 341 ; C., 294 ; P. R., XXXI, 15 ; Bos., I, viii, 10 ; Faug., II, 173 et I, 217 ; Hav., XXIV, 88 et V, 9 bis ; Mol., I, 155 et I, 121 ; Mich., 331.
↑ [De.]
↑ [Qu’il soit demain jour.]
↑ [Qu’il soit] demain [jour.]
↑ Allusion à la démonstration du fr. 233.
↑ Havet cite ce passage d’un sermon : « Que des choses supportent les voleurs pour leur iniquité, les marchands pour leur avarice, traversant les mers, confiant aux vents et aux tempêtes leur corps et leur âme, abandonnant ce qui est à eux, courant à l’inconnu ! » — Et M. Pichon, dans une étude remarquable sur Lactance donne ce texte du De utilitate credendi : Nihil omnino societatis humanæ incolume remanere si nihil credere statuerimus quod non possumus tenere perceptum (xii, 36) en le rapprochant d’Arnobe (Adv. Nat., II, 8) : Estne operis in vita negotiosum aliquod atque actuosum genus quod non fide præeunte suscipiant, sumant atque aggrediuntur auctores ? (Navigateurs, marchands, etc. ») (Cf. Pichon, Lactance, p. 51.)
↑ Sur cette expression voir l’usage du triangle arithmétique pour déterminer les partis qu’on doit faire entre deux joueurs qui jouent en plusieurs parties : « Dans le cas où les joueurs décident d’interrompre le jeu, le règlement de ce qui doit leur appartenir doit être tellement proportionné à ce qu’ils avoient droit d’espérer de la fortune, que chacun d’eux trouve entièrement égal de prendre ce qu’on lui assigne, ou de continuer l’aventure du jeu : et cette juste distribution s’appelle le parti. »
↑ Cf. Essais, III, 8,III, 8, passage déjà commenté par Pascal au fr. 80.
↑ Thèse commentée par Pascal au fr. 294, et discutée au fr. 325.
↑ [Et quoique.]
↑ [Ils sont.]
↑ Cf. B., 103 ; C., 130 ; Mich., 829.
↑ Pascal avait d’abord pensé à écrire non [sciverunt]. Cf. Saint Augustin, Contr. Jul. Pelag., IV, 60 : Rem vidit, causam nescivit ; il parle de Cicéron qui aurait dénoncé la misère de l’homme au 3e livre de la République, sans en connaître la cause c’est-à-dire le péché originel. — L’antithèse se trouve aussi dans Montaigne mais avec une toute autre intention : « Ils laissent les choses, et courent aux causes. Plaisants causeurs ! La cognoissance des causes touche seulement celuy qui a la conduicte des choses. » (III, xi.)(III, xi.)
↑ Cf. B., 78 ; C., 104 ; P. R., XXVIII, 18 ; Bos., II, xvii, 19 ; Faug., II, 173 ; Hav., XXIV, 17 ; Mol., I, 153 ; Mich., 180.
↑ Cf. B., 78 ; C., 103 ; P. R., XXVIII, 17 ; Bos., II, xvii, 18 ; Faug., II, 172 ; Hav., XXIV, 16 ter ; Mol., I, 153 ; Mich., 169.
↑ Ces diverses suppositions étaient d’abord au nombre de 5, et c’est pourquoi Pascal a laissé subsister le chiffre 5 pour désigner celle qui est devenue définitivement la seconde. Voici comment étaient présentées les quatre premières que Pascal a barrées en écrivant en gros : faux. 1. S’il est sûr qu’on y sera toujours ; 2. S’il est incertain si on y sera toujours ou non ; 3. S’il est sûr qu’on n’y sera pas toujours, mais qu’on soit assuré d’y être longtemps ; 4. S’il est certain qu’on n’y sera pas toujours et incertain qu’on n’y sera pas longtemps [si on y sera longtemps.]
↑ [Mais.]
↑ Cf. B., 78 ; C., 103 ; Faug., II, 174 ; Hav., XXV, 92 ; Mol., I, 154 ; Mich., 178.
↑ Parenthèse en surcharge.
↑ Cf. B., 393 ; C., 362 ; P. R., VII, 2 ; Bos., II, iii, 5 ; Faug., II, 174 ; Hav., X, 2 ; Mol., I, 153 ; Mich., 506.
↑ [Ignore] s’il y a un [Dieu.]
↑ [Dieu.]
↑ Cf. B., 422 ; C., 397 ; P. R., VII, 2 ; Bos., II, iii, 5 ; Faug., II, 181 ; Hav., X, 3 ; Mol., I, 153 ; Mich., 99.
↑ Saint Augustin expose à maintes reprises ce principe, par exemple : « Tu veux voir. Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Songe donc d’abord à purifier ton cœur. » « Quand vous aurez fui les ténèbres des passions fumeuses, vous verrez la lumière » (Voir l’Augustinus de Jansénius, tome II, liv. prélim., ch. vii).
↑ [Vous.]
↑ [Éprouver.]
↑ Cf. B., 191 ; C., 1 ; P. R., XXVIII, 40 ; Bos., II, xvii, 36 ; Faug., II, 387 ; Hav., XXIV, 26 ter ; Mol., II, 64 ; Mich., 854.
↑ Cette pensée résume la dialectique préliminaire à l’Apologie : le libertin est « retourné », il avait surtout peur de se tromper en croyant la religion vraie, maintenant il a peur de se tromper en la croyant fausse, et de trouver par la suite qu’elle est vraie. Le lecteur de Pascal désire que la religion soit vraie ; il s’agit de lui prouver qu’elle l’est en effet.
Blaise Pascal Pensées Texte établi par Léon Brunschvicg, Hachette, 1921 (Œuvres de Blaise Pascal, vol. XIII, p. 175-211).
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242 1
Préface de la seconde partie : Parler de ceux qui ont traité de cette matière 2 .
J’admire avec quelle hardiesse ces personnes entreprennent de parler de Dieu 3 . En adressant leurs discours aux impies, leur premier chapitre est de prouver la Divinité par les ouvrages de la nature 4 . Je ne m’étonnerais pas de leur entreprise s’ils adressaient leurs discours aux fidèles, car il est certain [que ceux] 5 qui ont la foi vive dedans le cœur voient incontinent que tout ce qui est n’est autre chose que l’ouvrage du Dieu qu’ils adorent. Mais pour ceux en qui cette lumière s’est éteinte, et dans lesquels on a dessein de la faire revivre, ces personnes destituées de foi et de grâce, qui, recherchant de toute leur lumière tout ce qu’ils voient dans la nature qui les peut mener à cette connaissance, ne trouvent qu’obscurité et ténèbres ; dire à ceux-là qu’ils n’ont qu’à voir la moindre des choses qui les environnent, et qu’ils verront Dieu à découvert, et leur donner, pour toute preuve de ce grand et important sujet, le cours de la lune et des planètes, et prétendre avoir achevé sa preuve 6 avec un tel discours, c’est leur donner sujet de croire que les preuves de notre religion sont bien faibles ; et je vois par raison et par expérience que rien n’est plus propre à leur en faire naître le mépris.
Ce n’est pas de cette sorte que l’Écriture, qui connaît mieux les choses qui sont de Dieu, en parle. Elle dit au contraire que Dieu est un Dieu caché ; et que, depuis la corruption de la nature, il les a laissés dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par Jésus-Christ, hors duquel toute communication avec Dieu est ôtée : Nemo novit Patrem, nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare 7 .
C’est ce que l’Écriture nous marque, quand elle dit en tant d’endroits que ceux qui cherchent Dieu le trouvent 8 . Ce n’est point de cette lumière qu’on parle, comme le jour en plein midi. On ne dit point que ceux qui cherchent le jour en plein midi, ou de l’eau dans la mer, en trouveront ; et ainsi il faut bien que l’évidence de Dieu ne soit pas telle dans la nature ; aussi elle nous dit ailleurs : Vere tu es Deus absconditus 9 .
Première copie 254]
243 10
C’est une chose admirable que jamais auteur canonique ne s’est servi de la nature pour prouver Dieu. Tous tendent à le faire croire 11 . David, Salomon, etc., jamais n’ont dit : Il n’y a point de vide, donc il y a un Dieu 12 . Il fallait qu’ils fussent plus habiles que les plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s’en sont tous servis. Cela est très considérable.2
29]
244 13
Eh quoi ! ne dites-vous pas vous-même que le ciel 14 et les oiseaux prouvent Dieu ? — Non. — Et votre religion ne le dit-elle pas ? — Non 15 . Car encore que cela est 16 vrai en un sens pour quelques âmes 17 à qui Dieu donne cette lumière, néanmoins cela est faux à l’égard de la plupart.
17]
245 18
Il y a trois moyens de croire : la raison 19 , la coutume 20 , l’inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n’admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration ; ce n’est pas qu’elle exclue la raison et la coutume, au contraire ; mais il faut ouvrir son esprit 21 aux preuves, s’y 22 confirmer 23 par la coutume, mais s’offrir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ne evacuetur crux Christi 24 .
25]
246 25
Ordre. — Après la lettre qu’on doit chercher Dieu faire la lettre d’ôter les obstacles, qui est le discours de la machine 26 , de préparer la machine, de chercher par raison 27 .
25]
247 28
Ordre. — Une lettre 29 d’exhortation à un ami pour le porter à chercher. — Et il répondra : mais à quoi me servira de chercher ? rien ne paraît. — Et lui répondre : ne désespérez pas. — Et il répondrait qu’il serait heureux de trouver quelque lumière, mais que, selon cette religion même, quand il croirait ainsi, cela ne lui servirait de rien, et qu’ainsi il aime autant ne point chercher 30 . — Et à cela lui répondre : la machine 31 .
25]
248 32
Lettre qui marque l’utilité des preuves par la machine. — La foi est différente de la preuve : l’une est humaine, l’autre est un don de Dieu. Justus ex fide vivit 33 : c’est de cette foi que Dieu lui-même met dans le cœur 34 , dont la preuve est souvent l’instrument, fides ex auditu 35 ; mais cette foi est dans le cœur, et fait dire 36 non scio, mais credo 37 .
265]
249 38
C’est être superstitieux 39 , de mettre son espérance dans les formalités ; mais c’est être superbe, de ne vouloir s’y soumettre.
90]
250 40
Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir 41 de Dieu ; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux, qui n’a voulu se soumettre à Dieu, soit maintenant soumis à la créature 42 . Attendre de cet extérieur le secours est être 43 superstitieux, ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe.
451]
251 44
Les autres religions, comme les païennes 45 , sont plus populaires 46 , car elles sont en extérieur ; mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une religion purement intellectuelle 47 serait plus proportionnée aux habiles ; mais elle ne servirait pas au peuple. La seule religion chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d’extérieur et d’intérieur 48 . Elle élève le peuple à l’intérieur, et abaisse les superbes à l’extérieur ; et n’est pas parfaite sans les deux 49 , car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre, et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre.
195]
252 50
Car il ne faut pas se méconnaître : nous sommes automate 51 autant qu’esprit ; et de là vient que 52 l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule 53 démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ! Les preuves ne convainquent que l’esprit 54 ; la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues 55 ; elle incline l’automate, qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour, et que nous mourrons ? et qu’y a-t-il de plus cru ? C’est donc la coutume qui nous en persuade 56 ; c’est elle qui fait tant de chrétiens 57 , c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. (Il y a la foi reçue dans le baptême aux Chrétiens de plus qu’aux païens 58 .) Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois 59 l’esprit a vu où est la vérité, afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance, qui nous échappe à toute heure ; car d’en avoir toujours les preuves présentes, c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile, qui est celle de l’habitude, qui, sans violence, sans art, sans argument, nous fait croire 60 les choses, et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction, et que l’automate est incliné à croire le contraire, ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces : l’esprit, par 61 les raisons, qu’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie 62 ; et l’automate, par la coutume, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum, Deus 63 .
La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues, sur tant de principes, lesquels il faut qu’ils soient toujours présents, qu’à toute heure elle s’assoupit ou s’égare, manque d’avoir tous ses principes présents. Le sentiment n’agit pas ainsi : il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc 64 mettre notre foi dans le sentiment ; autrement elle sera toujours vacillante.
169]
68 Ce n’est pas une chose rare qu’il faille reprendre le monde de trop de docilité ; c’est un vice naturel comme l’incrédulité et aussi pernicieux. Superstition.
398]