Pensées (page 8)
315 145
Raison des effets. — Cela est admirable : on ne veut pas que j’honore un homme vêtu de 146 brocatelle et suivi de sept ou huit laquais ! Eh quoi ! il me fera donner les étrivières, si je ne le salue ; cet habit, c’est une force. C’est bien de même qu’un cheval bien enharnaché à l’égard d’un autre ! Montaigne est plaisant de 147 ne pas voir quelle différence il y a, et d’admirer qu’on y en trouve, et d’en demander la raison. « De vrai, dit-il, d’où vient 148 , etc. »
232]
316 149
Opinions du peuple saines. — Être brave 150 n’est pas trop vain ; car c’est montrer qu’un grand nombre de gens travaillent pour soi ; c’est montrer par ses cheveux qu’on a un valet de chambre, un parfumeur, etc. ; par son rabat, le fil, le passement, etc. Or, ce n’est pas une simple superficie, ni un simple harnais 151 , d’avoir plusieurs bras. Plus on a de bras, plus on est fort. Être brave est 152 montrer sa force.
406]
317 153
154 Le respect est : Incommodez-vous. Cela est vain en apparence, mais très juste ; car 155 c’est dire : Je m’incommoderais bien si vous en aviez besoin, puisque je le fais bien sans que cela vous serve. — Outre que le respect est pour distinguer les grands : or, si le respect était d’être en fauteuil, on respecterait tout le monde, et ainsi on ne distinguerait pas ; mais, étant incommodé, on distingue fort bien 156 .
83]
319 159
Que l’on a bien fait de distinguer les hommes par l’extérieur, plutôt que par les qualités intérieures ! Qui passera de nous deux ? qui cédera la place à l’autre ? Le moins habile ? mais je suis aussi habile que lui, il faudra se battre sur cela 160 . Il a quatre laquais 161 , et je n’en ai qu’un : cela est visible ; il n’y a qu’à compter ; c’est à moi à céder, et je suis un sot si je le conteste. Nous voilà en paix par ce moyen ; ce qui est le plus grand des biens.
83]
320 162
On ne choisit pas pour gouverner un vaisseau celui des voyageurs qui est de la meilleure maison.
Portefeuille Vallant, t. VI, fol. 56]
164 Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du déréglement des hommes. Qu’y a-t-il de moins raisonnable que de choisir, pour gouverner un État, le premier fils d’une reine ? l’on ne choisit pas pour gouverner un bateau celui des voyageurs qui est de meilleure maison 165 . Cette loi serait ridicule et injuste. Mais parce qu’ils le sont et le seront toujours, elle devient raisonnable et juste, car qui choisira-t-on, le plus vertueux et le plus habile ? Nous voilà incontinent aux mains, chacun prétend être ce plus vertueux et ce plus habile. Attachons donc cette qualité à quelque chose d’incontestable. C’est le fils aîné du roi ; cela est net, il n’y a point de dispute. La raison ne peut mieux faire, car la guerre civile est le plus grand des maux.
*444]
322 168
Que la noblesse est un grand avantage, qui, dès dix-huit ans, met un homme en passe 169 , connu et respecté, comme un autre pourrait avoir mérité à cinquante ans ; c’est trente ans gagnés sans peine.
Première copie 375]
323 170
Qu’est-ce que le moi 171 ?
Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ? non, car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? non, car la petite vérole qui tuera la beauté sans tuer la personne fera qu’il ne l’aimera plus.
Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ? non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même 172 . Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ? et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? cela ne se peut et serait injuste. On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités 173 .
Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices 174 , car on n’aime personne que pour des qualités empruntées.
221]
324 175
Le peuple a les opinions très saines : par exemple :
1o d’avoir choisi le divertissement et la chasse plutôt que la poésie 176 ; les demi-savants s’en moquent, et 177 triomphent à montrer là-dessus la folie du 178 monde, mais par une raison qu’ils ne pénètrent pas on a raison 179 ;
2o d’avoir distingué les hommes par le dehors, comme par la noblesse ou le bien ; le monde triomphe encore à montrer combien cela est déraisonnable ; mais cela est très raisonnable — cannibales se rient d’un enfant roi 180 ;
3o De s’offenser pour avoir reçu un soufflet, ou de tant désirer la gloire ; mais cela est très souhaitable, à cause des autres biens essentiels qui y sont joints, et un homme qui a reçu un soufflet sans s’en ressentir est accablé d’injures et de nécessités ;
4o Travailler pour l’incertain ; aller sur la mer ; passer sur une planche 181 .
134]
325 182
Montaigne a 183 tort : la coutume ne doit être suivie que parce qu’elle est coutume 184 , et non parce qu’elle soit 185 raisonnable ou juste ; mais le peuple la suit par cette seule raison qu’il la croit juste. Sinon, il ne la suivrait plus, quoiqu’elle fût coutume ; car on ne veut être assujetti qu’à la raison ou à la justice. La coutume, sans cela, passerait pour tyrannie ; mais 186 l’empire de la raison et de la justice n’est non plus tyrannique que celui de la délectation : ce sont les principes naturels à l’homme.
187 Il serait donc bon qu’on obéît aux lois et coutumes, parce qu’elles sont lois 188 ; qu’il sût qu’il n’y en a aucune vraie et juste à introduire, que nous n’y connaissons rien, et qu’ainsi il faut seulement suivre les reçues : par ce moyen, on ne les quitterait jamais. Mais le peuple n’est pas susceptible de cette doctrine ; et ainsi, comme il croit que la vérité se peut trouver, et qu’elle est dans les lois et coutumes, il les croit et prend leur antiquité comme une preuve de leur vérité (et non de leur seule 189 autorité 190 sans 191 vérité). Ainsi il y obéit ; mais il est sujet à se révolter dès qu’on lui montre qu’elles ne valent rien ; ce qui se peut faire voir de toutes, en les regardant d’un certain côté.
*70]
326 192
Injustice. — Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’y obéit qu’à cause qu’il les croit justes. C’est pourquoi il lui faut dire en même temps qu’il y faut obéir parce qu’elles sont lois, comme il faut obéir aux supérieurs, non pas parce qu’ils sont justes, mais parce qu’ils sont supérieurs. Par là, voilà toute sédition prévenue si on peut faire entendre cela, et [ce] que [c’est] 193 proprement que la définition de la justice.
151]
327 194
Le monde juge bien des choses, car il est dans l’ignorance naturelle, qui est le vrai siège 195 de l’homme 196 . Les sciences ont deux extrémités qui se touchent ; la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant, l’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis 197 ; mais c’est une ignorance savante qui se connaît 198 . Ceux d’entre deux 199 , qui sont sortis de l’ignorance naturelle 200 , et n’ont pu arriver à l’autre, ont quelque teinture de cette science suffisante 201 , et font les entendus ; ceux-là troublent le monde, et jugent mal de tout. Le peuple et les habiles composent le train du monde ; ceux-là le méprisent et sont méprisés. Ils jugent mal de toutes choses, et le monde en juge bien.
231]
328 202
Raison des effets. — Renversement continuel du pour au contre.
Nous avons donc montré 203 que l’homme est vain, par l’estime qu’il fait des choses qui ne sont point essentielles ; et toutes ces opinions sont détruites. Nous avons montré ensuite que toutes ces opinions sont très saines, et qu’ainsi, toutes ces vanités étant très bien fondées, le peuple n’est pas si vain qu’on dit ; et ainsi nous avons détruit l’opinion qui détruisait celle du peuple.
Mais il faut détruire maintenant cette dernière proposition, et montrer qu’il demeure toujours vrai que le peuple est vain, quoique ses opinions soient saines : parce qu’il n’en sent pas la vérité où elle est, et que, la mettant où elle n’est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très mal saines 204 .
232]
329 205
Raison des effets. — La faiblesse de l’homme 206 est la cause de tant de beautés qu’on établit 207 , comme de 208 savoir bien 209 jouer du luth 210 .
Ce n’est un mal qu’à cause de notre faiblesse.
79]
330 211
La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie. La plus grande et importante chose du monde 212 a pour fondement la faiblesse, et ce fondement-là est admirablement sûr ; car il n’y a rien de plus [sûr] 213 que cela, que le peuple sera faible. Ce qui est fondé sur la saine raison est bien mal fondé, comme l’estime de la sagesse 214 .
137]
331 215
On ne s’imagine Platon et Aristote qu’avec de grandes robes de pédants 216 . C’étaient des gens honnêtes et, comme les autres, riant avec leurs amis ; et, quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l’ont fait en se jouant 217 ; c’était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie, la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement 218 . S’ils ont écrit de politique, c’était comme pour régler un hôpital de fous ; et s’ils ont fait semblant d’en parler comme d’une grande chose, c’est qu’ils savaient que les fous à qui ils parlaient pensaient être rois et empereurs. Ils entraient dans leurs principes pour modérer leur folie au moins mal qu’il se pouvait.
67]
332 219
La 220 tyrannie consiste au désir de domination, universel et hors de son ordre.
Diverses chambres 221 , de forts, de beaux 222 , de bons esprits, de pieux, dont chacun règne chez soi, non ailleurs ; et quelquefois ils se rencontrent, et le fort et le beau se battent, sottement, à qui sera le maître l’un de l’autre ; car leur maîtrise est de divers genre. Ils ne s’entendent pas, et leur faute est de vouloir régner partout. Rien ne le peut, non pas même la force : elle ne fait rien au royaume des savants 223 ; elle n’est maîtresse que des actions extérieures 224 .
Tyrannie. — … Ainsi ces discours sont faux 225 et tyranniques : Je suis beau, donc on doit me craindre. — Je suis fort, donc on doit m’aimer. — Je suis…
La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. On rend différents devoirs aux différents mérites : devoir d’amour à l’agrément ; devoir de crainte à la force ; devoir de créance à la science 226 .
On doit rendre ces devoirs là, on est injuste de les refuser, et injuste d’en demander d’autres. Et c’est de même être faux et tyrannique de dire : Il n’est pas fort, donc je ne l’estimerai pas ; il n’est pas habile, donc je ne le craindrai pas.
*440]
333 227
N’avez-vous jamais vu des gens qui, pour se plaindre du peu d’état que vous faites d’eux, vous étalent l’exemple de gens de condition qui les estiment ? Je leur répondrais à cela : Montrez-moi le mérite par où vous avez charmé ces personnes, et je vous estimerai de même 228 .
232]
334 229
Raison des effets. — La concupiscence 230 et la force sont les sources de toutes nos actions : la concupiscence fait les volontaires ; la force, les involontaires.
231]
335 231
Raison des effets. — Il est donc vrai de dire que 232 tout le monde est dans l’illusion : car, encore que les opinions du peuple soient saines, elles ne le sont pas dans sa tête, car il pense que la vérité est où elle n’est pas. La vérité est bien dans leurs opinions, mais non pas au point où ils se figurent ; il est vrai qu’il faut honorer les gentilshommes, mais non pas parce que la naissance est un avantage effectif, etc.
231]
336 233
Raison des effets. — Il faut avoir une pensée de derrière 234 , et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple 235 .
231]
337 236
Raison des effets. — Gradation. Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière. Les dévots qui ont plus de zèle que de science les méprisent, malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu’ils en jugent par 237 une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par 238 une autre lumière supérieure 239 . Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu’on a de lumière.
81]
338 240
Les 241 vrais chrétiens obéissent aux folies 242 néanmoins ; non pas qu’ils respectent les folies, mais l’ordre de Dieu, qui, pour la punition des hommes, les a asservis à ces folies 243 : Omnis creatura subjecta est vanitati. Liberabitur 244 . Ainsi saint Thomas 245 explique le lieu de saint Jacques sur la préférence des riches, que, s’ils ne le font, dans la vue de Dieu, ils sortent de l’ordre de la religion.
↑ Cf. B., 2 ; C., 15 ; Faug., II, 392 ; Hav., XXV, 110 ; Mol., II, 62 ; Mich., 59.
↑ D’après cette indication, la partie de l’Apologie qui concerne le fondement de la justice devait être traitée par lettres ; il ne nous est pas dit par quel lien ces lettres se rattachaient à l’ensemble du sujet. Cependant, si on ose former une conjecture, il est possible que Pascal y visait l’objection que le libertin tire naturellement contre la doctrine janséniste des principes de la justice humaine, à savoir que la récompense des élus et le châtiment des damnés sont également iniques, puisque la grâce a été arbitrairement donnée aux uns et refusée aux autres. Or Pascal nie que la justice humaine puisse juger la justice divine, car la justice humaine est impuissante à se justifier : « notre justice s’anéantit devant la justice divine. » Alors les mystères de la prédestination et de la grâce n’ont plus rien de choquant pour nous, puisque nous avons renoncé à mesurer les choses divines avec nos moyens humains de comprendre. En montrant que seuls les Chrétiens atteignent à la véritable raison des institutions humaines, Pascal a en quelque sorte retourné la situation : la justice vraie n’est pas dans l’humanité, c’est en Dieu que nous pouvons espérer de la trouver.
↑ [Faut que.]
↑ [Juste.]
↑ Cf. B., 5 ; C., 18 ; Faug., II, 392 ; Mich., 221.
↑ Cf. B., 14 ; C., 32 ; Bos., I, ix, 3 ; Faug., II, 392 ; Hav., VI, 3 ; Mol., I, 99 ; Mich., 52.
↑ [Parce que vous] demeurez [de l’autre.]
↑ [Mais.]
↑ Cf. B., 16 ; C., 35 ; P. R., XXV, 5 et 6 ; Bos., I, ii, 8 et 9 ; I, ix, 15 ; Faug., II, 126 ; Hav., III, 8 ; Mol., I, 91 ; Mich., 193.
↑ Avant ce fragment le manuscrit laisse voir les dernières lignes d’un développement qui est rayé : [en voit la vanité, et lors il s’en débarrasse ; il est donc utile de l’abuser.] Pascal avait d’abord continué : Sur quoi la fondera-t-il ? sera-ce sur ? En barrant le début, il a ajouté l’économie du monde, et il n’a pas rayé la.
↑ La fin de la phrase en surcharge.
↑ [Sera-ce sur la véritable justice, il ne. [Qu’il confesse franchement que si ce n’est sur la vérité ni la justice [force juste [force sans injustice [et comment peut la force se régler sur l’essentielle [sur la justice qu’il ignore.]
↑ « Car c’est la regle des regles et generale loy des loix, que chascun observe celle du lieu où il est » (Mont., I, 22)I, 22). Cf. III, ixIII, ix : « Non par opinion, mais en verité, l’excellente et meilleure police est, à chacune nation, celle soubs laquelle elle s’est maintenue : sa forme et commodité essentielle despend de l’usage. »
↑ [La véritable.] — Dans ce fragment Pascal s’est constamment souvenu de Montaigne : « Au demourant, si c’est de nous que nous tirons le reglement de nos mœurs, à quelle confusion nous reiectons nous ? car ce que nostre raison nous y conseille de plus vraysemblable, c’est generalement à chascun d’obeïr aux lois de son pais, comme porte l’advis de Socrates, inspiré, dict il, d’un conseil divin ; et par là que veult elle dire, sinon que nostre debvoir n’a autre regle que fortuite ? La vérité doibt avoir un visage pareil et universel : la droicture et la justice, si l’homme en cognoissoit qui eust corps et veritable essence, il ne l’attacheroit pas à la condition des coustumes de cette contree, ou de celle-là ; ce ne seroit pas de la fantasie des Perses ou des Indes que la vertu prendroit sa forme. Il n’est rien subiect à plus continuelle agitation que les loix… » (Apol.)(Apol.)
↑ [Communiqué.]
↑ [Allemands, [Gascons et] Allemands, [et des Indiens.]
↑ [Qu’aujourd’hui.]
↑ [Et la vertu d’un.]
↑ [Plaisante justice que.]
↑ [Depuis que Saturne est entré.]
↑ [Droit.]
↑ [Que le trajet d’une] rivière [rend injuste [criminelle.]
↑ [Monts.]
↑ « Quelle bonté est ce, que je veoyois hier en credit, et demain ne l’estre plus ; et que le traiect d’une riviere faict crime ? Quelle verité est ce que ces montaignes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà. » Ibid.Ibid. (Cf. Voltaire, Dialogues philosophiques, 2e dial.)
↑ [Mais ils sont si. [Mais.]
↑ [Fortune.]
↑ À la page 365 du manuscrit. — [Avait permis qu’] au moins une [fût] universelle.
↑ [A bouleversé.]
↑ [De générale.] — « Mais ils sont plaisants, quand, pour donner quelque certitude aux loix, ils disent qu’il y en a auculnes fermes, perpetuelles et immuables, qu’ils nomment naturelles, qui sont empreintes en l’humain genre par la condition de leur propre essence ; et de celles-là, qui en fait le nombre de trois, qui de quatre, qui plus, qui moins : signe que c’est une marque aussi doubteuse que le reste. Or ils sont si desfortunez (car comment puis-je nommer cela, sinon desfortune, que d’un nombre de loix si infiny, il ne s’en rencontre pas au moins une que la fortune et temerité du sort ayt permis estre universellement receue par le consentement de toutes les nations ?), ils sont, dis-ie, si miserables, que de ces trois ou quatre loix choisies, il n’y en a une seule qui ne soit contredicte et desadvouee, non par une nation, mais par plusieurs. » (Ibid.)(Ibid.) Cf. l’Entretien avec M. de Saci.
↑ [Pères.]
↑ « Il n’est chose en quoy le monde soit si divers qu’en coustumes et loix : telle chose est icy abominable, qui apporte recommandation ailleurs, comme en Lacedemone la subtilité de desrobber ; les mariages entre les proches sont capitalement deffendus entre nous, ils sont ailleurs en honneur… le meurtre des enfants, meurtre des peres… il n’est rien en somme si extrême qui ne se trouve reçeu par l’usage de quelque nation. » (Ibid.)(Ibid.) Pascal avait lu également dans Charron : « Combien y a-t-il de livres, de disputes, d’opinions contraires en la science des loix et des polices ? Y a-t-il chose si vitieuse, difforme et condamnée en un lieu, fust-ce perfidie, larrecin, inceste, parricide qu’elle ne soit licite, voire légitime en un autre ? » Les Trois Vérités, II, 12 ; Cf. Sagesse, III, 10.
↑ [À l’autre.]
↑ [Dogmatisante.]
↑ [Elle a tout examiné et gâté.]
↑ « Il est croyable qu’il y a des loix naturelles, comme il se veoid ez aultres creatures : mais en nous elles sont perdues ; cette belle raison humaine s’ingerant par tout de maistriser et commander, brouillant et confondant le visage des choses, selon sa vanité et inconstance ; nihil itaque amplius nostrum est ; quod nostrum dico, artis est. » (Ibid.)(Ibid.) La citation latine est empruntée à un passage de Cicéron (de Fin., V, 21) qui, rétabli avec sa vraie ponctuation, a un sens directement opposé : Sed virtutem ipsam [natura] inchoavit : nihil amplius. Itaque nostrum est (quod nostrum dico, artis est) ad ea principia, quæ accepimus, consequentia exquirere…
↑ Sen., Ep. 95, ap. Mont., III, 13III, 13. Cf. fr. 362 et 363.
↑ Mont., III, 13III, 13 : « Nous avons en France plus de loix que tout le reste du monde ensemble, et plus qu’il ne fauldroit à regler touts les mondes d’Épicurus. » Suit la citation de Tacite (Ann., III, 26).
↑ [Les uns.]
↑ [Qu’il n’y a aucune.]
↑ « Protagoras et Ariston ne donnoient aultre essence à la iustice des loix, que l’auctorité et opinion du legislateur ; et que, cela mis à part, le bon et l’honneste perdoient leurs qualitez, et demeuroient des noms vains de choses indifférentes : Thrasymachus, en Platon (Rep. I, 338) estime qu’il n’y a point d’aultre droict que la commodité du supérieur. » Mont., (Apol.)(Apol.)
↑ « Et de ce que tiennent aussi les cyrenaïques, qu’il n’y a rien de iuste de soy ; que les coustumes et loix forment la iustice. » (Essais, III, xiii.)III, xiii.)
↑ [Rien n’est juste [plus juste de soi ; le temps.] — Charron avait déjà reproduit le mot de Montaigne (Sagesse, II, viii, 2).
↑ [Les lois.]
↑ [Qu’elles sont.]
↑ Expression ironique, empruntée d’ailleurs à Montaigne. « Or les loix se maintiennent en credit, non parce qu’elles sont iustes, mais parce qu’elles sont loix : c’est le fondement mystique de leur auctorité, elles n’en ont point d’aultre ; qui bien leur sert… Il n’est rien si lourdement et largement faultier, que les loix ; ni si ordinairement. Quiconque leur obeït parce qu’elles sont iustes, ne leur obeït pas iustement par où il doibt. » (III, xiii.)(III, xiii.) Cf. Apol.Apol. « Les loix prennent leur auctorité de la possession et de l’usage ; il est dangereux de les ramener à leur naissance ; elles grossissent et s’annoblissent en roulant, comme nos rivieres ; suyvez les contremont iusques à leur source, ce n’est qu’un petit sourgeon d’eau à peine recognoissable, qui s’enorgueillit ainsin et se fortifie en vieillissant. Veoyez les anciennes considerations qui ont donné le premier bransle à ce fameux torrent, plein de dignité, d’horreur et reverence ; vous les trouverez si legieres et si delicates, que ces gents icy, qui poisent tout et le ramenent à la raison, et qui ne receoivent rien par auctorité et à credit, il n’est pas merveille s’ils ont leurs iugements souvent tres esloingnez des iugements publicques. »
↑ [Ne leur.]
↑ Ramassée en surcharge.
↑ Fronder, surcharge. Fronder est ici le diminutif de bouleverser. Cf. Scarron : « Rincy, méprisant la soupe de village, entame un pain, le trouve dur et trop rassis, en fronde un abricotier voisin. » (Lett. Œuv., I, 310, apud Littré). Retz explique par un mot de Bachaumont l’origine de l’application qui a été faite de la métaphore à l’opposition politique, et qui est demeurée dans la langue.
↑ [Est [et de fronder.]
↑ [De reproduire [rechercher les lois fondamentales.]
↑ [Pour.]
↑ [Leur manque] d’autorité.
↑ [Elles.] La phrase suivante en surcharge.
↑ [Pour.]
↑ On, ce sont les Parlementaires. Cf. le discours du président Le Coigneux dans la conférence d’août 1647 : « Sous couleur de respecter la coutume, on changeait la loi fondamentale de l’État » (apud Sainte-Aulaire, Histoire de la Fronde, 1re éd., t. I, p. 161). Le 13 août 1648 le duc de Valençay promet, au nom de Mazarin, de « rappeler bientôt toutes les anciennes lois de la monarchie que le malheur des temps et la corruption des siècles avaient injustement violées. »
↑ Cette pensée de Pascal va rejoindre directement le fameux passage des MémoiresMémoires du cardinal de Retz. (Éd. Feuillet, t. I, p. 294.) « Il [le Parlement] gronda sur l’édit du tarif ; et aussitôt qu’il eut seulement murmuré, tout le monde s’éveilla. On chercha, en s’éveillant, comme à tâtons, les lois, on ne les trouva plus. L’on s’effara, l’on cria, l’on se les demanda, et, dans cette agitation, les questions que les explications firent naître, d’obscures qu’elles étaient et vénérables par leur antiquité, devinrent problématiques, et de là, à l’égard de la moitié du monde, odieuses. Le peuple entra dans le sanctuaire ; il leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l’on peut dire, tout ce que l’on peut croire du droit des peuples et de celui des rois, qui ne s’accordent jamais si bien ensemble que dans le silence. La salle du palais profana ces mystères. »
↑ À la page 366 du manuscrit.
↑ [Les…]
↑ [Quand.]
↑ Expression de Montaigne au début de l’Apologiel’Apologie : « Le vulgaire… aprez qu’on luy a mis en main la hardiesse de mespriser et contrerooller les opinions qu’il avoit eues en extrême révérence… il iecte tantost aprez ayseement en pareille incertitude toutes les aultres pieces de sa créance… et secoue, comme un ioug tyrannique, toutes les impressions qu’il avoit receues par l’auctorité des lois ou reverence de l’ancien usage. » Cf. fr. 194.
↑ [Princes.]
↑ [Du fondement] des coutumes reçues [et des lois fondamentales d’autrefois.] — Association de mots qui se trouvent dans Montaigne (III, 11)(III, 11) : « Ils examinent curieusement les conséquences. »
↑ Port-Royal avait tiré de ce long fragment deux courts extraits. L’un sur les variations de la justice, l’autre contre la Fronde, qui commence à L’art de bouleverser et qui se termine par la condamnation des curieux examinateurs des coutumes reçues. Il avait ajouté, en guise de conclusion, une réflexion qui a passé de là dans toutes les éditions, sauf celle de M. Molinier : « Mais, par un défaut contraire, les hommes croient pouvoir faire avec justice tout ce qui n’est pas sans exemple. »
↑ [Politiques.]
↑ [Peuples.]
↑ Platon — que Bossuet appellera de même le plus sage des philosophes — : « il dit tout destrousseement, en sa Republique « que pour le proufit des hommes, il est souvent besoing de les piper. » (Mont., Apol.)Apol.) Charron rappelle ce souvenir dans la Sagesse (III, II, 9).
↑ Souvenir d’une citation que fait Montaigne d’après saint Augustin. (Cité de Dieu, IV, 27.) « Voicy l’excuse que nous donnent, sur la considération de ce subject, Scevola, grand pontife, et Varron, grand théologien en leur temps : « Qu’il est besoing que le peuple ignore beaucoup de choses vrayes, et en croye beaucoup de faulses : Cum veritatem, qua liberetur, inquirat ; credatur ei expedire, quod fallitur. » (Apol.)(Apol.) — Comme le fait remarquer Havet, Montaigne attribue à Varron une réflexion ironique de saint Augustin : « Præclara religio quo confugi at liberandus infirmus, et cum veritatem, qua liberetur, inquirat, credatur ei expedire quod fallitur. »
↑ [De telle coutume] introduite autrefois sans raison [il est maintenant] devenu raisonnable [de l’observer.]
↑ [Éternelle sans origine.]
↑ [Sans] commencement.
↑ Cf. B., 19 ; C., 38 ; P. R., XXXI, 25 ; Bos., I, ix, 53 ; Faug., I, 186 ; Hav., VI, 50 ; Mol., I, 103 ; Mich., 203.
↑ « Platon escrit que la cité est bien heureuse et bien ordonnee là où on n’entend point dire : « Cela est mien, cela n’est pas mien. » (Plutarque, Préc. du mariage, XX, trad. Amyot). Cf. Regnier, Sat. VI, 115 :
Lors du tien et du mien, naquirent les procès.
Voir aussi La Fontaine (Fables, VI, 20) et Boileau (Sat. XI, 168).
↑ [Voilà le commencement et l’image.]
↑ Le texte de cette pensée est assez incohérent ; cela paraît tenir, d’après l’examen du manuscrit, à ce que Pascal aurait en écrivant ajouté à sa première phrase : ce chien est à moi, qui était d’abord suivie de celle-ci : voilà le commencement, un second membre : c’est là ma place au soleil. L’incohérence disparaîtrait si l’on substituait au chien le mot coin ; mais l’auteur de cette très ingénieuse conjecture, M. Salomon Reinach, a le premier reconnu qu’en l’état du manuscrit l’éditeur de Pascal n’avait pas le droit d’opérer une telle substitution. — Quant au fond, Chateaubriand y a vu avec raison le germe des idées développées par Rousseau dans le Discours sur l’inégalité des conditions humaines : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. » Mais il faut prendre garde aussi que ce rapprochement ne nous entraîne à forcer la pensée de Pascal : Rousseau s’indigne contre une injustice préméditée ; Pascal constate une nécessité sociale ; pour lui la propriété n’est pas de droit absolu, mais elle est liée à la condition humaine, puisque les plus misérables commettent cette « usurpation » de vivre et d’avoir leur place au soleil. — Il est à noter que cette pensée figure dans l’édition de Port-Royal.
↑ Cf. B., 16 ; C., 35 ; Bos., I, ix, 12 ; Faug., I, 187 ; Hav., VI, 9 ; Mol., I, 99 ; Mich., 190.
↑ Condamner… mort ajouté à la marge au crayon.
↑ Cette pensée profonde, que Pascal jette ici en passant et par manière de boutade, contient le principe de l’arbitrage international qui a déjà reçu de notre temps d’éclatantes consécrations et qui est appelé à transformer le cours de la civilisation.
↑ Cf. B., 33 ; C., 49 ; Faug., II, 129 ; Mol., I, 98 ; Mich., 645.
↑ « La iustice en soy, naturelle et universelle, est aultrement reglee, et plus noblement que n’est cette aultre iustice spéciale, nationale, contraincte au besoing de nos polices. Veri iuris germanæque iustitiæ solidam et expressam effigiem nullam tenemus ; umbra et imaginibus utimur. » (Montaigne, III, i.)III, i.) La citation latine est de Cicéron, de Officiis III, 17, Charron l’avait reprise dans la Sagesse (III, v, 3.)
↑ [Faire.]
↑ [Faire] le juste [fort.]
↑ Cf. B., 36 bis ; C., 55 ; Bos., I, ix, 9 ; Faug., II, 134 ; Hav., VI, 8 ; Mol., I, 100 ; Mich., 411.
↑ [Si la justice était.]
↑ [Par les] méchants.
↑ [Mais la justice.]
↑ [Croire.]
↑ Cf. B., 31 ; C., 47 ; Bos., I, ix, 7 et 8 ; Faug., II, 134 ; Hav., VI, 7 ; Mol., I, 100 ; Mich., 404.
↑ Le début du paragraphe en surcharge.
↑ À, en surcharge.
↑ Cf. Faug., II, 134 ; Mol., II, 153 ; Mich., 803.
↑ [Son bien sera.]
↑ S. Luc, XI, 21 : Cum fortis armatus custodit atrium suum, in pace sunt ea quæ possidet.
↑ Cf. B., 381 ; C., 340 ; Bos., I, viii, 5 ; Faug., II, 133 ; Hav., V, 4 ; Mol., I, 101 ; Mich., 711.
↑ Les Copies donnent en titre : Force.
↑ De en surcharge.
↑ [Les.]
↑ Voir au fr. 878 (section XIV) l’application que Pascal fait de ce principe au pouvoir civil et au pouvoir religieux.
↑ Cf. B., 33 ; C., 30 ; P. R., XXXI, 11 ; Bos., I, viii, 20 ; Faug., I, 213 ; Hav., V, 19 ; Mol., I, 103 ; Mich., 758.
↑ Leur… ridicules, addition de la main de Pascal.
↑ Se pique donc pas de cette subtilité, correction de Pascal qui avait d’abord dicté : [qu’on ne change donc rien].
↑ Cf. B., 335 ; C., 287 ; Faug., I, 213 ; Hav., XXIV, 91 ; Mol., I, 83 ; Mich., 355.
↑ Nous introduisons dans ce fragment des tirets que les éditeurs précédents ont jugés inutiles ; mais, comme ils n’ont pas expliqué la pensée de Pascal, nous ne savons quel sens ils lui donnaient. La seconde phrase nous semble en contradiction à la fois avec celle qui précède et avec celle qui suit : il faut donc qu’elle soit une objection à la première affirmation, objection à laquelle il est ensuite répondu.
↑ [Contre.]
↑ Souvenir d’Épictète, Diss., III, 12 : « Se promener sur la corde est chose difficile et dangereuse. Faut-il me promener sur la corde ? »
↑ Pascal qui emploie ailleurs (fr. 642) le mot au sens technique l’avait déjà pris dans son acception vulgaire pour désigner Port-Royal lui-même : « Vous soutenez que Port-Royal forme une cabale secrète pour ruiner le mystère de l’Incarnation. » (Seizième Provinciale.)
↑ MM. Molinier et Michaut lisent séant.
↑ Cf. B., 429 ; C., 400 ; Bos., I, ix, 65 ; Faug., I, 182 ; Hav., VI, 62 ; Mol., I, 83 ; Mich., 548.
↑ [Ce qui] attache. — En remplaçant ce par les cordes, Pascal n’a pas corrigé le verbe. M. Molinier lit qu’attache ; mais il semble qu’il faille avec M. Michaut conserver l’ancien texte. Le respect est, non cause, mais effet du lien qui est fondé sur la nécessité ; cordes de nécessité veut dire : cordes nées de la nécessité. Cf. le dernier paragraphe de ce fragment.
↑ [Mais puisque.]
↑ [Non aux plus vertueux.]
↑ [Liens.]
↑ Il faut qu’il y ait une hiérarchie entre les hommes, il faut que je respecte quelqu’un ; mais qui respecterai-je ? c’est ce que la nécessité ne suffit pas à déterminer. Elle m’impose, à moi sujet, le devoir du respect, comme condition de la paix sociale ; elle ne donne à personne le droit au respect ; ce droit ne peut être établi qu’arbitrairement, par l’imagination, et la coutume finit par lui donner une apparente nécessité, dont le peuple est dupe. Et il est bon qu’il soit dupe si, apercevant la fragilité des liens d’imagination, il était tenté de briser en même temps les liens de nécessité.
↑ Cf. B., 14 ; C., 32 ; Bos., I, viii, 9 ; Faug., I, 185 ; Hav., V, 8 ; Mol., I, 99 ; Mich., 43.
↑ Quoique Voltaire dans ses Remarques de 1778 accuse Pascal d’être très mal informé à cet égard, il confirme le fait par ces mots : « Il faut même à Bâle renoncer à sa noblesse pour entrer dans le Sénat. » Cf. Essai sur les mœurs, ch.ch. sur la Noblesse. — M. Gidel cite une note d’un contemporain de Pascal, secrétaire des commandements de la reine Christine, Urbain Chevreau : « Dans quelques royaumes et dans quelques républiques un noble n’est point déshonoré par le commerce, et dans certaines villes d’Allemagne, pour être reçu premier magistrat, on est obligé de justifier sa roture de quatre ou cinq races de père et de mère. » (Chevrœana, p. 339.)
↑ Cf. B., 397 ; C., 371 ; Faug., II, 135 ; Hav., VI, 62 bis ; Mol., I, 115 ; Mich., 407.
↑ Et magistratures en surcharge.
↑ Réelles, c’est-à-dire donnant un pouvoir réel.
↑ Cf. B., 390 ; C., 357 ; P. R., XXVIII, 26 ; Bos., I, ix, 10 ; Faug., II, 173 ; Hav., VI, 10 ; Mol., I, 143 ; Mich., 435.
↑ Cf. fr. 82.
↑ Cf. B., 6 ; C., 19 ; Bos., I, viii, 8 ; Faug., I, 182 ; Hav., V, 7 ; Mol., I, 82 ; Mich., 229.
↑ Font a été écrit sous la dictée de Pascal. — Cf. Mont., III, viiiIII, viii : « Ce que i’adore moy mesme aux roys, c’est la foule de leurs adorateurs : toute inclination et soubmission leur est deue, sauf celle de l’entendement ; ma raison n’est pas duicte à se courber et fléchir, ce sont mes genoux. » Et dans le même Essai : « Les sens sont mes propres et premiers iuges, qui n’apperceoivent les choses que par les accidents externes : et n’est pas merveille, si, en toutes les pieces du service de nostre societé, il y a un si perpetuel et universel meslange de cerimonies et apparences superficielles ; si que la meilleure et plus effectuelle part des polices consiste en cela. C’est tousiours à l’homme que nous avons affaire, duquel la condition est merveilleusement corporelle. »
↑ [Dans ceux qui ont.]
↑ L’expression se trouve dans Montaigne : « Le createur a laissé en ces haults ouvrages le charactere de la divinité. » Cf. Bossuet : « Elle porte le caractère de la main de Dieu. » Disc. sur l’Hist. univ., II, 13 (Cf. Littré). Voir le fr. 441.
↑ Pascal qui a suivi de près la Fronde parlementaire se rappelait-il ces mots (consignés dans le Journal publié en 1649) d’une harangue du premier président de la Cour des Aides Jacques Amelot au prince de Conti ? « Dieu ne leur [aux princes] avait pas donné seulement là conduite de la terre… mais il avait encore imprimé dans leurs visages une certaine majesté qui les élève au-dessus du commun des hommes, et qui les fait respecter. Qu’ils devaient prendre garde de ne pas effacer cette image et ce caractère… » (Histoire du temps, p. 44).
↑ Cf. B., 19 ; C., 37 ; Bos., I, ix, 5 ; Faug., II, 132 ; Hav., VI, 5 ; Mol., I, 96 ; Mich., 204.
↑ Cf. Discours sur les passions de l’amourDiscours sur les passions de l’amour. « Il y a un siècle pour les blondes, un autre pour les brunes, et le partage qu’il y a entre les femmes sur l’estime des unes ou des autres fait aussi le partage entre les hommes dans un même temps sur les unes et sur les autres. La mode même et les pays règlent souvent ce que l’on appelle beauté. C’est une chose étrange que la coutume se mêle si fort de nos passions. » Par cette expression : la mode et les pays, on voit que Pascal distingue la mode qui varie avec les années et la coutume qui varie avec les pays. On sait quel parti un sociologue contemporain, M. Tarde, a tiré dans les lois de l’Imitation de cette distinction entre la coutume qui est une imitation des ancêtres, une propagation de l’habitude à travers les générations dans le temps, et la mode qui est une imitation des contemporains, une propagation de l’habitude à travers les peuples dans l’espace. L’attrait de la nouveauté fait l’agrément de la mode ; mais le respect de l’antiquité et de la stabilité s’attachent à la coutume qui prend ainsi une sorte de valeur morale ; la coutume paraîtra plus facilement juste que la mode. Cependant il y a des modes pour les idées, qui font concevoir la justice de telle façon particulière ou de telle autre, et ainsi Pascal complète ses réflexions précédentes sur la toute-puissance de la coutume.
↑ Cf. B., 412 ; C., 389 ; Faug., I, 234 ; Hav., XXV, 206 ; XXIV, 90 bis ; XXV, 119 et XXV, 22 ; Mol., I, 109 ; I, 121 et I, 104 ; Mich., 392.
↑ Ces lignes sont peut-être des notes en vue des Discours sur la condition des Grands : ils sont en tout cas commentés dans le développement que nous en a conservé Nicole. L’homme qui a été pris par erreur pour le roi de l’île inconnue « songeait, en même temps qu’il recevait ces respects, qu’il n’était pas ce roi que ce peuple cherchait, et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi il avait une double pensée : l’une par laquelle il agissait en roi, l’autre par laquelle il reconnaissait son état véritable, et que ce n’était que le hasard qui l’avait mis en la place où il était. Il cachait cette dernière pensée, et il découvrait l’autre. C’était par la première qu’il traitait avec le peuple, et par la dernière qu’il traitait avec soi-même ».
(1er discours). Il traitait avec le peuple comme s’il avait été un roi légitime, tandis qu’avec lui-même il se considérait comme un tyran. (Pour cette distinction, cf. le fr. 336). — La ligne suivante : « Je prendrai garde à chaque voyage » n’est-elle pas également une indication pour les Discours, l’esquisse des recommandations que le personnage introduit par Pascal devait se faire à lui-même ? — Enfin les mots « Grandeur d’établissement, respect d’établissement » sont longuement expliqués dans ce premier Discours : « Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d’établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d’établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects. Les dignités et la noblesse sont de ce genre. Aux grandeurs d’établissement, nous leur devons des respects d’établissement, c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison, d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque réalité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. » Cf. le Traité de la Grandeur de Nicole, en particulier 1re part., ch. iv.
↑ Cf. 3e Discours : « Ce n’est point votre force et votre puissance naturelle qui vous assujettit toutes ces personnes. Ne prétendez donc point les dominer par la force, ni les traiter avec dureté. Contentez leurs justes désirs ; soulagez leurs nécessités ; mettez votre plaisir à être bienfaisant, avancez-les autant que vous le pourrez, et vous agirez en vrai roi de concupiscence. »
↑ [Grimace.]
↑ Simple en surcharge.
↑ [Fait voler par.]
↑ Souvenir de la Satire Ménippée. « Il n’y a ni bonnet quarré, ni bourrelet que je ne fasse voler. » Passage de la harangue du sieur de Rieux, cité par M. Molinier. — Quand la force attaque la grimace, elle fait bien voir que la puissance de la grimace est empruntée et tout imaginaire, mais en même temps elle excède sa puissance propre, qui est de protéger, et c’est pourquoi l’ordre de la société est détruit.
↑ Note que nous avons retrouvée au verso de la page 163 où est le fragment 310. « Un autre tour d’imagination dans ceux qui ont fait les lois vous aurait rendu pauvre : et ce n’est que cette rencontre du hasard qui vous a fait naître, avec la fantaisie des lois favorables à votre égard, qui vous met en possession de tous ces biens. » (1er Discours).
↑ Cf. B., 370 ; C., 327 ; Bos., I, viii, 6 ; Faug., II, 133 ; Hav., V, 5 ; Mol., I, 83 ; Mich., 697.
↑ L’opinion et en surcharge.
↑ À comparer cette conclusion avec les deux assertions, l’une du fr. 15 : « Éloquence qui persuade par douceur, non par empire, en tyran, non en roi », l’autre du fr. 303 : « La force est la reine du monde, et non pas l’opinion », il semble que la distinction pascalienne entre roi et tyran, qui s’y trouve impliquée, ait subi quelque variation dans l’application. La force, qui est ici le tyran, est considérée ailleurs comme la reine, et l’empire de l’opinion qui est doux et volontaire deviendrait dans le domaine de l’éloquence une tyrannie. Mais Pascal lui-même fournit aisément la solution de la difficulté : « La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. On rend différents devoirs aux différents mérites : devoir d’amour à l’agrément ; devoir de crainte à la force ; devoir de créance à la science. » (Fr. 332.) L’éloquence, qui emporte par l’agrément la créance due à la science seule, qui fait aimer au lieu de faire comprendre, est donc tyrannique. Quant à la force, elle est la reine du monde, en ce sens que son pouvoir est effectif, essentiel, par opposition à la vanité du respect fondé sur la coutume ; mais elle est le tyran si l’empire du monde doit être la domination des cœurs, le consentement volontaire des gouvernés aux gouvernants.
↑ Cf. C., 323 ; Bos., I, ix, 6 ; Faug., II, 132 ; Hav., VI, 6 ; Mol., I, 96 ; Mich., 948.
↑ « En un pays on honore les nobles, en l’autre les roturiers ; en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets. Pourquoi cela ? parce qu’il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant l’établissement : après l’établissement elle devient juste, parce qu’il est injuste de la troubler. » (Second Discours sur la condition des Grands.)
↑ Cf. B., 35 ; C., 52 ; Bos., I, viii, 4 ; Faug., I, 179 ; Hav., V, 3 ; Mol., I, 106 ; Mich., 516.
↑ Pascal avait été témoin de la Fronde ; il se souvient en outre de ce que Montaigne a écrit des guerres civiles. « Mais est-il quelque mal en une police, qui vaille estre combattu par une drogue si mortelle ? Non pas, disait Favonius, l’usurpation de la possession tyrannique d’une republique. Platon, de mesme, ne consent pas qu’on face violence au repos de son païs, pour le guarir, et n’accepte pas l’amendement qui trouble et hazarde tout, et qui couste le sang et ruyne des citoyens ; establissant l’office d’un homme de bien, en ce cas, de laisser tout là. » (Essais, III, xi.)III, xi.) Cf. Descartes, Disc. de la Méth., part. IIpart. II.
↑ Charron : « Tout remuement et changement des lois, créances, coutumes et observances est très dangereux, et qui produit toujours plutôt mal que bien, il apporte des maux tout certains et présents pour un bien à venir et incertain (Sagesse, III, viii, 2).
↑ Cf. B., 412 ; C., 388 ; Faug., I, 380 ; Hav., XXV, 19 ; Mich., 389.
↑ Cf. Nicole dans les Discours sur la condition des Grands. « Dieu est environné de gens pleins de charité qui lui demandent les biens de la charité qui sont en sa puissance : ainsi il est proprement le roi de la charité. Vous êtes de même environné d’un petit nombre de personnes, sur qui vous régnez en votre manière. Ces gens sont pleins de concupiscence. Ils vous demandent les biens de la concupiscence ; c’est la concupiscence qui les attache à vous. Votre royaume est de peu d’étendue ; mais vous êtes égal en cela aux plus grands rois de la terre : ils sont comme vous des rois de concupiscence. C’est la concupiscence qui fait leur force, c’est-à-dire la possession des choses que la cupidité des hommes désire » (3e Discours).
↑ Cf. B., 33 ; C., 50 ; Bos., I, viii, 14 ; Faug., I, 221 ; Hav., V, 13 ; Mol., I, 104 ; Mich., 494.
↑ [Velours.] — Brocatelle a-t-il été préféré comme souvenir de Montaigne ? « Certes les perles et le brocadel y conferent quelque chose, et les tiltres et le train. » (III, 3)(III, 3).
↑ [S’en.]
↑ Le passage de Montaigne auquel il fait allusion est au 42e chapitre42e chapitre du livre Ier, De l’inequalité qui est entre nous : « À propos de l’estimation des hommes, c’est merveille que, sauf nous, aulcune chose ne s’estime que par ses propres qualitez : nous louons un cheval de ce qu’il est vigoureux et adroict… non de son harnois ; un levrier de sa vistesse, non de son collier ; un oyseau, de son aile, non de ses longes et sonnettes : pourquoy de mesme n’estimons-nous un homme par ce qui est sien ? Il a un grand train, un beau palais, tant de credit, tant de rente ; tout cela est autour de luy, non en luy. » Ce passage de Montaigne rappelle à son tour un fragment d’Épictète : « Le cheval ne dit pas au cheval : Je vaux mieux que toi…, j’ai des brides d’or et de beaux harnais, mais je suis plus rapide » (apud Stobée, Floril, IV, 93).
↑ Cf. B., 35 ; C., 52 ; Bos., I, viii, 13 ; Faug., I, 179 ; Hav., V, 12 ; Mol., I, 106 ; Mich., 501.
↑ Brave, c’est-à-dire de mise recherchée et raffinée. Cf. Boursault (Ésope à la Cour, III, 5) : « J’ai loué cet habit pour paraître un peu brave » ; et Molière (Amour méd.(Amour méd., I, 1) : « Est-ce que tu es jalouse de quelqu’une de tes compagnes que tu vois plus brave que toi ? » À la fin des Précieuses Ridicules, Jodelet qui avait fait montre de ses cheveux et de son rabat s’écrie, lorsqu’on donne l’ordre de le dépouiller : « Adieu ! notre braverie » (Scène 16)(Scène 16).
↑ Ce n’est ni une simple apparence, ni un ornement emprunté, comme le harnais du cheval, qui appartient au propriétaire. (Allusion au passage de Montaigne cité en note du fragment précédent.)
↑ M. Michaut lit c’est.
↑ Cf. B., 31 ; C., 47 ; Bos., I, viii, 12 ; Faug., I, 184 ; Hav., V, 11 ; Mol., I, 108 ; Mich., 644.
↑ Les Copies donnent en titre : Raisons des effets.
↑ De c’est dire à si le respect était, surcharge.
↑ Cf. Nicole, de la Grandeur, Part. V ; ch. v.
↑ Cf. B., 8 ; C., 21 ; Faug., I, 185 note ; Mich., 235.
↑ Cf. B., 5 ; C., 18 ; Faug., I, 184 note ; Mich., 218.
↑ Cf. Bos., I, viii, 7 ; Faug., I, 184 ; Hav., V, 6 ; Mol., I, 108 ; Mich., 984.
↑ Cf. le 2e Discours sur la condition des Grands. « M. N. est un plus grand géomètre que moi ; en cette qualité il veut passer devant moi : je lui dirai qu’il n’y entend rien. La géométrie est une grandeur naturelle ; elle demande une préférence d’estime ; mais les hommes n’y ont attaché aucune préférence extérieure. Je passerai donc devant lui ; et l’estimerai plus que moi, en qualité de géomètre. »
↑ Les dernières lignes de cette pensée ressemblent à la fin du fragment 320 bis. Cela donnerait à croire que la pensée a été rédigée par les éditeurs de Port-Royal avec les mots de l’autographe : « Il a quatre laquais. »
↑ Cf. B., 8 ; C., 21 ; Bos., I, viii, 10 ; Faug., I, 178 note ; Hav., V, 9 note ; Mich., 234.
↑ Cf. Faug., I, 177 ; Hav., V, 9 note ; Mol., I, 94 ; Mich., 974.
↑ Cette pensée figure dans un Recueil de Pensées de Pascal qui ont été conservées parmi les papiers du Dr Vallant (Bibl. Nat. no 17049 f. fr.). Toutes les pensées transcrites appartiennent bien à Pascal ; d’ailleurs Nicole a reproduit tout le fragment dans le Traité de la Grandeur, 1re partie, chap. v (avec quelques « arrangements » de détail), et il écrit en marge : Cette pensée est de M. Pascal.