Pensées (page 9)
338 240 (suite)
↑ Cette pensée se trouve dans les Mémorables de Xénophon, et peut-être Pascal l’avait-il recueillie de la bouche de Méré qui la cite : « Il me vient dans l’esprit ce que disait Socrate ou Platon que ceux qui s’embarquent dans un voyage de long cours, ne prennent pas les mieux établis pour les conduire, et qu’ils jettent les yeux sur le plus excellent pilote » (De la vraie honnêteté, 1er Disc.).
↑ Cf. B., 254 ; C., 471 ; Faug., II, 96 note ; Mich., 775.
↑ [respectueux.]
↑ Cf. B., 36 bis ; C., 56 ; P. R., XXIX, 7 ; Bos., I, viii, 16 ; Faug., I, 184 ; Hav., V, 15 ; Mol., I, 103 ; Mich., 627.
↑ Métaphore tirée du jeu de mail. Cf. Mme de Sévigné : « Nous songeons tous les jours à lui dans ce mail, et avec quelle bonne grâce il irait en passe en deux coups et demi » ap. Littré.
↑ Cf. C., 333 ; P. R., ult., XXIX, 14 ; Bos., I, viii, 18 et I, ix, 60 ; Faug., I, 196 ; Hav., V, 17 ; Mol., I, 122 ; Mich., 950.
↑ Moi. Pour bien entendre la portée de ce fragment, il faut noter que Pascal définit ici le moi vu du dehors, notre individualité dans sa relation avec les autres individualités. Or, l’essence du moi ne peut être qu’intime, et c’est pourquoi le bien véritable de l’homme sera l’Être, à la fois indépendant de l’individu, et pourtant intérieur à lui (Voir fragment 483).
↑ Même : ajouté ultérieurement à la Copie.
↑ Ce fragment n’était pas dans l’édition de 1670 ; en le publiant, Port-Royal supprime le titre, et remplace le dernier paragraphe par une pensée de conciliation : « Ou, si on aime la personne, il faut dire que c’est l’assemblage des qualités qui fait la personne. »
↑ On, c’est en particulier Montaigne : « Pourquoi… n’estimons-nous un homme par ce qui est sien ?… Mesurez le sans ses eschasses ; qu’il mette à part ses richesses et honneurs ; qu’il se présente en chemise » (I, 42(I, 42 ; cf. note du fr. 315).
↑ Cf. B., 37 ; C., 55 ; P. R., XXIV, 6 ; Bos., I, viii, 15 ; Faug., I, 175 ; Hav., V, 14 ; Mol., I, 105 ; Mich., 465.
↑ Cf. Section II, fr. 139-145.
↑ [Montrent.]
↑ [Peuple.]
↑ Fr. 168-171.
↑ Addition à la rédaction primitive, qui est un souvenir de Montaigne, parlant d’une visite que firent des sauvages en Europe : « Ils feurent à Rouan du temps que le feu roy Charles neufviesme y estoit… Quelqu’un… voulut savoir d’eulx ce qu’ils y avoient trouvé de plus admirable… Ils dirent qu’ils trouvoient en premier lieu fort estrange que tant de grands hommes portant barbe, forts et armez, qui estoient autour du roy (il est vraysemblable qu’ils parloient des Souisses de sa garde) se soubmissent à obeïr à un enfant, et qu’on ne choisissoit plustost quelqu’un d’entre eulx pour commander. » (I, 30.)(I, 30.)
↑ Voir le développement de cette idée au fr. 234.
↑ Cf. B., 327 ; C., 277 ; P. R., ult., XXIX, 51 ; Bos., I, ix, 43 et 11 ; Faug., II, 130 ; Hav., VI, 40 ; Mol., I, 96 ; Mich., 336.
↑ La publication de ces premières lignes a toute une histoire. Victor Cousin reproduit dans son Rapport sur les Pensées de Pascal (2e partie, 5e édit. des études sur Pascal, p. 163) un passage intéressant d’une lettre écrite par Louis et Blaise Périer à leur mère : « Nous avons parlé à M. Arnauld de la Pensée de Montaigne, en lui montrant les endroits de Montaigne qui ont rapport à cela. Voici comme il l’a corrigée : Montaigne n’a pas tort quand il dit que la coutume doit être suivie dès là qu’elle est coutume, etc., pourvu qu’on n’étende pas cela à des choses qui seraient contraires au droit naturel ou divin. Il est vrai, etc.
« Comme M. Arnauld est toujours fort occupé et qu’il n’a pas eu le loisir de beaucoup examiner cela, si mon frère pouvait se donner la peine d’y penser un peu, il y aurait encore assez de temps pour recevoir la réponse avant qu’on imprime. »
Port-Royal donne ce début : « Montaigne a raison : la coutume doit être suivie dès là qu’elle est coutume, et qu’on la trouve établie, sans examiner si elle est raisonnable ou non ; cela s’entend toujours de ce qui n’est point contraire au droit naturel ou divin. Il est vrai que le peuple ne la suit que par cette seule raison qu’il la croit juste… »
↑ [Mais.]
↑ [Raison.]
↑ [La justice.]
↑ [Le peuple.]
↑ [Par là on ne se révolterait jamais, mais on ne s’y voudrait peut-être pas soumettre, on chercherait toujours la vraie.]
↑ Seule en surcharge.
↑ [Volontaire.]
↑ [Raison.]
↑ Cf. B., 20 ; C., 39 ; Bos., I, ix, 10 ; Faug., II, 130 ; Hav., VI, 40 bis ; Mol., I, 98 ; Mich., 197.
↑ Le manuscrit porte, écrit sous la dictée de Pascal : et que proprement que la définition.
↑ Cf. B., 31 ; C., 47 ; P. R., XXIX, 1 ; Bos., I, vi, 25 ; Faug., I, 180 ; Hav., III, 18 ; Mol., I, 126 ; Mich., 370.
↑ Le manuscrit ne nous semble pas autoriser la leçon sagesse qu’a proposée M. Molinier ; nous sommes d’ailleurs confirmés dans notre opinion par le texte de Montaigne, dont Pascal s’est inspiré de très près dans les derniers Fragments de cette Section : « Il se peult dire, avecques apparence, qu’il y a ignorance abecedaire qui va devant la science : une aultre doctorale, qui vient aprez la science ; ignorance que la science faict et engendre, tout ainsi comme elle desfaict et destruict la première. Des esprits simples, moins curieux et moins instruicts, il s’en faict de bons chrestiens, qui, par reverence et obeïssance, croyent simplement, et se maintiennent soubs les loix. En la moyenne vigueur des esprits et moyenne capacité, s’engendre l’erreur des opinions ; ils suyvent l’apparence du premier sens, et ont quelque tiltre d’interpreter à niaiserie et bestise que nous soyons arrestez en l’ancien train, regardants à nous qui n’y sommes pas instruicts par estude. Les grands esprits, plus rassis et clairvoyants, font un aultre genre de biencroyants ; lesquels, par longue et religieuse investigation, penetrent une plus profonde et abstruse lumiere ez Escriptures, et sentent le mystérieux et divin secret de nostre police ecclesiastique ; pourtant en veoyons nous aulcuns estre arrivez à ce dernier estage par le second, avecques merveilleux fruict et confirmation, comme à l’extreme limite de la chrestienne intelligence, et iouïr de leur victoire avecques consolation, actions de graces, reformation de mœurs, et grande modestie. Et en ce reng n’entends ie pas loger ces aultres qui, pour se purger du souspeçon de leur erreur passee, et pour nous asseurer d’eulx, se rendent extremes, indiscrets et iniustes à la conduicte de nostre cause, et la tachent d’infinis reproches de violence.
Les païsans simples sont honnestes gents ; et honnestes gents, les philosophes, ou, selon que nostre temps les nomme, des natures fortes et claires, enrichies d’une large instruction de sciences utiles : les mestis, qui ont desdaigné le premier siege de l’ignorance des lettres, et n’ont peu joindre l’aultre (le cul entre deux selles, desquels ie suis et tant d’aultres), sont dangereux, ineptes, importuns ; ceulx-cy troublent le monde. Pourtant, de ma part, ie me recule tant que ie puis dans le premier et naturel siege, d’où ie me suis pour neant essayé de partir » (Essais, liv. I, ch. liv)liv. I, ch. liv). Cf. Charron, Sagesse, I, xlii, 1.
↑ [Il y a des âmes fortes qui.]
↑ La fin de la phrase en surcharge.
↑ [Et se montre.] — « L’ignorance qui se sçait, qui se iuge et qui se condamne, ce n’est pas une entière ignorance » (Apol.)(Apol.). Cf. Nicolas de Cusa, de Docta ignorantia, et particulièrement le premier chapitre où M. Jovy a signalé des textes tels que celui-ci : Tanto quis doctior erit, quanto se magis sciverit ignorantem.
↑ Expression que Montaigne applique aux historiens : « Ceulx d’entre deux (qui est la plus commune façon) nous gastent tout » (II, x)(II, x).
↑ Naturelle en surcharge.
↑ [Le monde en est plein.]
↑ Cf. B., 34 ; C., 51 ; Bos., I, viii, 1 ; Faug., I, 219 ; Hav., V, 2 bis ; Mol., I, 107 ; Mich., 497.
↑ M. Michaut imprime démontré.
↑ Eadem quæ populus, sed non eodem modo, nec eodem proposito faciet sapiens, citation que Charron développe dans son Traité de la Sagesse, II, viii, 2. L’origine de cette citation est dans un fragment des Exhortations de Sénèque que Lactance nous a conservé (Institt., III, 15). Charron substitue populus à luxuriosi et à imperiti.
↑ Cf. B., 36 ; C., 52 ; Faug., I, 220 ; Mol., I, 109 ; Mich., 499.
↑ [Fait.]
↑ Au sens fort d’établissement artificiel, de pure convention sociale.
↑ [Ne point.]
↑ Pascal avait d’abord écrit ne point savoir : il a ensuite corrigé pour faire correspondre la seconde partie de sa phrase à la première : c’est une beauté de savoir bien jouer du luth. Mais la seconde phrase ne s’explique que par cette première rédaction : ce qui est un mal, c’est de ne point savoir jouer du luth.
↑ Cf. Montaigne : « C’est un tesmoignage merveilleux de la foiblesse de nostre iugement, qu’il recommende les choses par la rareté ou nouvelleté, ou encores, par la difficulté, si la bonté et utilité n’y sont ioinctes » (I, 54)(I, 54).
↑ Cf. B., 7 ; C., 19 ; Bos., I, viii, 8 ; Faug., I, 178 ; Hav., V, 7 bis ; Mol., I, 82 ; Mich., 223.
↑ [Est plus fondée.]
↑ Pascal a écrit : rien de plus que cela.
↑ Les fragments qui précèdent permettent d’interpréter cette pensée, qui au premier abord est singulièrement obscure. La puissance des rois est fondée sur la raison, car le peuple qui a des opinions saines reconnaît la nécessité d’un maître qui assure la paix de la société — et sur la folie, en ce sens que le peuple croit qu’un individu déterminé a plus de droit qu’un autre à être le maître, qu’une supériorité naturelle et intrinsèque légitime sa puissance. Et la folie est un fondement plus sûr que la raison : car si on savait seulement qu’il est nécessaire d’avoir un roi, cela n’empêcherait pas qu’on ne disputât, puisque chacun voudrait être ce roi ; et si, comme cela était raisonnable, on décidait de donner la royauté au plus sage, on disputerait pour savoir quel est le plus sage. Mais la faiblesse du peuple, persuadé par l’imagination que la naissance donne droit à la royauté, est un fondement admirablement sûr pour la puissance des rois, et c’est grâce à cette faiblesse que la paix de la société est maintenue. — Au verso de la page où est cette pensée, quelques mots écrits par Pascal se lisent encore, mais ce ne sont que des fragments mutilés : « Vous avez tant… point, et vous devez… comme Adam (?) le spirituel. »
↑ Cf. B., 330 ; C., 280 ; P. R., XXXI, 27 ; Bos., I, viii et I, ix, 55 ; Faug., II, 96 ; Hav., VI, 52 ; Mol., I, 118 ; Mich., 341.
↑ Pédant a ici son sens professionnel, c’est le pédagogue en costume. Cf. Malebranche : « Je ne parle pas ici de pédant à longue robe, la robe ne peut pas faire le pédant. Montaigne qui a tant d’adversion pour la pédanterie pouvait bien ne porter jamais robe longue, mais il ne pouvait pas de même se défaire de ses propres défauts. »
↑ Pascal avait lu dans l’Apologiel’Apologie de Montaigne ce passage qui d’ailleurs interprète à faux un texte de Plutarque (De Stoïcorum repugnantiis, XXIV) : « Chrysippus disoit que ce que Platon et Aristote avoient escript de la logique, ils l’avoient escript par ieu et par exercice ; et ne pouvoit croire qu’ils eussent parlé à certes d’une si vaine matiere. » Cf. Méré (Discours de la conversation) : « Ces auteurs qu’on trouve si graves ne l’étaient pas toujours, comme on le croirait par leurs écrits. »
↑ Cf. Montaigne : « Toute la gloire que ie prétends de ma vie, c’est de l’avoir vescue tranquille » (II, xvi)(II, xvi).
↑ Cf. B., 15 et 16 ; C., 34 ; P. R., XXIX, 37 ; Bos., I, iv, 40 et 13 ; Faug., I, 188 ; Hav., VI, 37 et VI, 10 ; Mol., I, 102 ; Mich., 192.
↑ [Corruption de la nature paraît.]
↑ Chambre, au sens où au xve siècle dans les Pays-Bas on parlait de Chambres de rhétorique, et par allusion peut-être aux diverses Chambres du Parlement. Port-Royal imprime classes.
↑ De beaux en surcharge.
↑ Cf. la lettrelettre à la reine Christine (1652) et le fragment 793 sur les différents ordres de grandeur.
↑ [Ainsi ces discours sont faux.] La pensée a été reprise sur une autre feuille de papier qui a été collée à la même page du recueil.
↑ Et tyranniques en surcharge.
↑ L’injustice de la tyrannie est expliquée de la manière suivante dans les Discours sur la condition des Grands : « Il n’est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime ; mais il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc et honnête homme, je rendrai ce que je dois à l’une et à l’autre de ces qualités. Je ne vous refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni l’estime que mérite celle d’honnête homme. Mais si vous étiez duc sans être honnête homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant les devoirs extérieurs que l’ordre des hommes a attachés à votre naissance, je ne manquerais pas d’avoir pour vous le mépris intérieur que mériterait la bassesse de votre esprit. Voilà en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l’injustice consiste à attacher les respects naturels aux grandeurs d’établissement, ou à exiger les respects d’établissement pour les grandeurs naturelles. » (2e Discours.) Cf. Nicole, Pensées diverses,
VIII : Respects exigibles et non exigibles.
↑ Cf. B., 368 ; P. R., XXIX, 8 ; Bos., I, viii, 17 ; Faug., I, 204 ; Hav., V, 16 ; Mol., II, 150 ; Mich., 751.
↑ Cf. le second Discours sur la condition des Grands : « Si, étant duc et pair, vous ne vous contentez pas que je me tienne découvert devant vous, et que vous voulussiez encore que je vous estimasse, je vous prierais de me montrer les qualités qui méritent mon estime. Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne pourrais vous la refuser avec justice ; mais si vous ne le faisiez pas, vous seriez injuste de me la demander, et assurément vous n’y réussiriez pas, fussiez-vous le plus grand prince du monde. » Cf. Nicole, Pensées diverses, IX : Connaître le mérite avant que de l’estimer.
↑ Cf. B., 36 ; C., 52 ; P. R., XXIV, 4 ; Bos., II, xvii, 70 ; Faug., I, 220 ; Hav., XXIV, 61 ; Mol., I, 105 ; Mich., 500.
↑ [Est la source de.]
↑ Cf. B., 34 ; C., 51 ; P. R., XXI, 10 ; Bos., I, viii, 2 ; Faug., I, 219 ; Hav., V, 2 ter ; Mol., I, 107 ; Mich., 496.
↑ Les premiers mots en surcharge.
↑ Cf. B., 34 ; C., 51 ; Faug., I, 17220 ; Hav., XXIV, 90 ; Mol., I, 209 ; Mich., 498.
↑ Cf. fr. 310.
↑ Réflexion suggérée par Charron : « Je veux bien que l’on vive, que l’on parle, l’on fasse comme les autres et le commun ; mais non que l’on juge comme le commun, voire je veux que l’on juge le commun. » (De la Sagesse, liv. II, ch. ii, second paragraphe, intitulé : Juger de tout). Dans ses Portraits littéraires, Sainte-Beuve a signalé une lettre de Méré qui rapporte une conversation avec La Rochefoucauld. L’auteur des Maximes s’y exprime ainsi : « Nous devons quelque chose aux coutumes des lieux où nous arrivons, pour ne pas choquer la révérence publique, quoique ces coutumes soient mauvaises ; mais nous ne leur devons que de l’apparence ; il faut les en payer et se bien garder de les approuver dans son cœur, de peur d’offenser la raison universelle qui les condamne. » (La Rochefoucauld. Œuvres, éd. Gilbert, t. I, p. 398.)t. I, p. 398.)
↑ Cf. B., 34 ; C., 50 ; P. R., XXIX, 2 ; Bos., I, viii, 3 ; Faug., I, 218 ; Mich., 495.
↑ [un principe nouveau de] la piété.
↑ Un autre [principe plus intérieur.]
↑ C’est ce que Pascal explique dans les Discours sur la condition des grands ; il accorde au riche qu’il se « distingue un peu de cet homme qui ne posséderait son royaume que par l’erreur du peuple ; parce que Dieu n’autoriserait pas cette possession et l’obligerait à y renoncer, au lieu qu’il autorise la vôtre » (1er Discours).
↑ Cf. B., 5 ; C., 17 ; Faug., II, 353 ; Hav., XXV, 103 ; Mol., II, 53 ; Mich., 227.
↑ [Sages néanmoins y.]
↑ Aux folies en surcharge.
↑ C’est la doctrine que Pascal exposait dans la Quatorzième Provinciale : « Rendre à chacun ce qu’on lui doit, honneur, tribut, soumission ; obéir aux magistrats et aux supérieurs, même injustes, parce qu’on doit toujours respecter en eux la puissance de Dieu qui les a établis sur nous. » Cf. la Pensée LXXXIII des Pensées diverses où Nicole développe, avec des expressions empruntées à Pascal, cette thèse : La Religion chrétienne attache sans erreur la justice à la force. (Essais de Morale, t. VI, p. 292.)
↑ « Vanitati enim creatura subjecta est non volens, sed propter eum qui subjecit eam in spe quia et ipsa creatura liberabitur a servitute corruptionis, in libertatem gloriæ filiorum Dei. » Rom., VIII, 20-21. La première ligne de saint Paul est elle-même un souvenir de l’Ecclésiaste : Idcirco unus est interitus hominis et jumentorum… et nihil habet homo jumento amplius : cuncta subjacent vanitati (III, 19).
↑ Dans son commentaire sur l’épître de saint Jacques. Voici le lieu auquel Pascal fait allusion : Jac., II, i : « Mes frères, ne faites point entrer en l’acception de personnes la foi en la gloire de N. S. J.-C. Car s’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et une robe blanche, et qu’il y entre aussi un pauvre avec un méchant habit, si vous faites attention à celui qui est richement vêtu, et que vous lui disiez : Toi, prends ici ce siège d’honneur, tandis que vous dites au pauvre : Toi, reste là debout, ou assieds-toi au-dessous de mon marchepied, est-ce qu’en vous-mêmes vous ne faites une différence de jugement, et est-ce que vous ne vous êtes faits des juges de pensées iniques ? » La Logique de Port-Royal rappelle à son tour le commentaire de saint Thomas : « Saint Thomas croit que c’est ce regard d’estime et d’admiration pour les riches qui est condamné sévèrement par l’apôtre saint Jacques, lorsqu’il défend de donner un siège plus élevé aux riches qu’aux pauvres dans les assemblées ecclésiastiques ; car ce passage ne pouvant s’entendre à la lettre d’une défense de rendre certains devoirs extérieurs plutôt aux riches qu’aux pauvres, puisque l’ordre du monde, que la religion ne trouble point, souffre ces préférences, et que les saints mêmes les ont pratiquées, il semble qu’on doive l’entendre de cette préférence intérieure qui fait regarder les pauvres comme sous les pieds des riches, et les riches comme étant infiniment élevés au-dessus des pauvres. » (Première partie, ch. x.)ch. x.)
Blaise Pascal Pensées Texte établi par Léon Brunschvicg, Hachette, 1921 (Œuvres de Blaise Pascal, vol. XIII, p. 257-319).
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339 1
Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête 2 (car ce n’est que l’expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l’homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute 3 .
Première Copie 27 bis]
339 bis 4
Qu’est-ce qui sent du plaisir en nous ? est-ce la main ? est-ce le bras ? est-ce la chair ? est-ce le sang ? on verra qu’il faut que ce soit quelque chose d’immatériel.
*201]
340 5
La machine d’arithmétique fait des effets 6 qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui 7 puisse faire dire qu’elle a de la volonté, comme les animaux.
*201]
341 8
L’histoire du brochet et de la grenouille de Liancourt : ils le font toujours, et jamais autrement, ni autre chose d’esprit 9 .
229]
342 10
Si un animal faisait par esprit ce qu’il fait par instinct, et s’il parlait par esprit ce qu’il parle par instinct, pour la chasse, et pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue, il parlerait bien aussi pour des choses où il a plus d’affection, comme pour dire : Rongez cette corde qui me blesse, et où je ne puis atteindre 11 .
Première Copie 37 bis]
345 15
La raison nous commande bien plus impérieusement qu’un maître ; car en désobéissant à l’un on est malheureux, et en désobéissant à l’autre on est un sot.
169]
347 18
H. 3. L’homme 19 n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffît pour le tuer 20 . Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble 21 que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui ; l’univers n’en sait rien.
22 Toute notre dignité consiste donc en la pensée.
C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser 23 : voilà le principe de la morale.
165]
348 24
Roseau pensant. — Ce n’est point de l’espace que je dois chercher ma dignité, mais c’est du règlement 25 de ma pensée. Je n’aurai pas davantage en possédant des terres : par l’espace 26 , l’univers me comprend et m’engloutit comme un point 27 ; par la pensée, je le comprends 28 .
393]
349 29
Immatérialité de l’âme. — Les philosophes qui ont dompté leurs passions, quelle matière l’a pu faire 30 ?
255]
350 31
Stoïques. — Ils concluent qu’on peut toujours ce qu’on peut quelquefois, et que, puisque le désir de la gloire fait bien faire à ceux qu’il possède quelque chose, les autres le pourront bien aussi. — Ce sont des mouvements fiévreux, que la santé ne peut imiter.
Épictète conclut de ce qu’il y a des chrétiens constants, que chacun le peut bien être 32 .
269]
351 33
Ces grands efforts d’esprit, où l’âme touche quelquefois, sont choses où elle ne se tient pas ; elle y saute seulement, non comme sur le trône, pour toujours ; mais pour un instant seulement 34 .
439]
352 35
Ce que peut la vertu d’un homme ne se doit pas mesurer par ses efforts, mais par son ordinaire 36 .
425]
353 37
Je n’admire point l’excès d’une vertu, comme de la valeur, si je ne vois en même temps l’excès de la vertu opposée, comme en Épaminondas, qui avait l’extrême valeur et l’extrême bénignité 38 . Car 39 , autrement, ce n’est pas monter, c’est tomber 40 . On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois, et remplissant tout l’entre-deux 41 . Mais peut-être que ce n’est qu’un soudain mouvement de l’âme 42 de l’un à l’autre de ces extrêmes, et qu’elle n’est jamais en effet qu’en un point, comme le tison de feu 43 . Soit, mais au moins cela marque l’agilité de l’âme, si cela n’en marque l’étendue.
83]
354 44
La nature de l’homme n’est pas d’aller toujours, elle a ses allées et venues.
La fièvre 45 a ses frissons et ses ardeurs 46 ; et le froid montre aussi bien la grandeur de l’ardeur de la fièvre que le chaud même.
Les inventions des hommes de siècle en siècle vont de même. La bonté et la malice du monde en général en est de même : Plerumque gratæ principibus vices 47 .
251]
355 48
L’éloquence continue ennuie.
Les princes et les rois jouent quelquefois ; ils ne sont pas toujours sur leurs trônes, ils s’y ennuient : la grandeur a besoin d’être quittée pour être sentie 49 ; la continuité dégoûte en tout 50 , le froid est agréable pour se chauffer.
La nature agit par progrès 51 , itus et reditus. Elle passe et revient 52 , puis va plus loin, puis deux fois moins, puis plus que jamais, etc.
Le flux de la mer se fait ainsi, le soleil semble marcher ainsi :
169]
356 53
La nourriture du corps est peu à peu. Plénitude de nourriture et peu de substance 54 .
225]
357 55
Quand on veut poursuivre les vertus jusqu’aux extrêmes de part et d’autre 56 , il se présente des vices qui s’y insinuent insensiblement, dans leurs routes insensibles, du côté 57 du petit infini ; et il s’en présente, des vices, en foule du côté du grand infini, de sorte qu’on se perd dans les vices 58 , et on ne voit plus les vertus 59 . On se prend à la perfection même 60 .
427]
358 61
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête 62 .
427]
359 63
Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre force, mais par le contrepoids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout 64 entre deux vents contraires 65 : ôtez un de ces vices, nous tombons dans l’autre 66 .
374]
360 67
Ce que les Stoïques proposent est si difficile et si vain !
Les Stoïques posent : Tous ceux qui ne sont point au haut degré de sagesse sont également fous 68 et vicieux, comme ceux qui sont à deux doigts dans l’eau 69 .
Première Copie 65]
361 70
Le souverain bien. Dispute du souverain bien. — Ut sis contentus temetipso et ex te nascentibus bonis 71 . Il y a contradiction, car ils conseillent enfin de se tuer 72 . Oh ! quelle vie heureuse, dont on se délivre comme de la peste 73 !
397]
362 74
Ex senatus-consultis et plebiscitis 75 …
Demander des passages pareils 76 .
214]
363 77
78 Ex senatus-consultis et plebiscitis scelera exercentur. Sen., 588 79 .
Nihil tant absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum. Divin 80 .
Quibusdam destinatis sententiis consecrati quæ non probant coguntur defendere. Cic 81 .
Ut omnium rerum sic litterarum quoque intemperantia laboramus. Senec 82 .
Id maxime quemque decet, quod est 83 cujusque suum maxime 84 . Sen. 588.
Hos natura modos primum dedit 85 . Georg.
Paucis opus est litteris ad bonam mentem 86 .
Si quando turpe non sit 87 , tamen non est non turpe quum id a multitudine laudetur 88 .
Mihi sic usus est, tibi ut opus est facto, fac. Ter 89 .
295]
364 90
Rarum est enim ut satis sequisque vereatur 91 .
Tot circa unum caput tumultuantes deos 92 .
Nihil turpius quam cognitioni assertionem præcurrere. Cic 93 .
Nec me pudet, ut istos, fateri nescire quid nesciam 94 .
Melius non incipient 95 .
229]
365 96
Pensée. — Toute la dignité de l’homme est en la pensée. Mais qu’est-ce que cette pensée ? Qu’elle est sotte 97 !
La pensée est donc une chose admirable et incomparable par sa nature. Il fallait qu’elle eût d’étranges défauts pour être méprisable ; mais elle en a de tels que rien n’est plus ridicule. Qu’elle est grande par sa nature ! qu’elle est 98 basse par ses défauts !
79]