Gargantua (page 13)

François Rabelais · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Gargantua (éd. Marty-Laveaux, 1868) · 20 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(Sat. X, p. 80)

L. 15 : L’art dont on peut lire lettres non apparentes. Voyez encore, sur « la manière de lire lettres non apparentes, » le chapitre XXIIII de Pantagruel, p. 333.

Page 12, l. 1 : Les Fanfreluches antidotees. M. Prosper Blanchemain a publié, dans son excellente édition des Œuvres de Melin de Sainct-Gelays (Bibl. elzév., t. I p. 70), une curieuse énigme imprimée pour la première fois dans un recueil de 1547, et au sujet de laquelle il s’exprime ainsi : « Cette énigme offre de nombreuses analogies avec Les Fanfreluches antidotees. Elle est aussi en couplets de huit vers sans observation de l’alternance des rimes. Sainct-Gelays serait-il l’auteur des deux pièces de vers ? Cela n’est pas impossible. Les deux écrivains étaient fort liés, et Rabelais, inhabile au maniement de la rime, a bien pu recourir à l’assistance de son ami. Il lui a d’ailleurs emprunté plusieurs rondeaux et dizains. Sans entrer en discussion sur ce point, on peut signaler ici, comme dans Les Fanfreluches, une suite d’allusions, fort transparentes alors, assez obscures aujourd’hui, aux persécutions religieuses exercées contre Clément Marot. » Nous n’avons que deux petites restrictions à faire à propos de cette note. D’abord nous prions le savant éditeur de remarquer qu’en plus d’une circonstance, et notamment dans son Epiſtre à Bouchet (t. III, p. 299), Rabelais a prouvé qu’il savait écrire d’agréables vers ; ensuite nous ferons observer que les allusions aux persécutions exercées contre Marot, assez frappantes en effet dans l’énigme de Melin de S.-Gelays, le sont beaucoup moins dans Les Fanfreluches, où l’on devine à grand’peine qu’il s’agit en quelques endroits de la Papauté et de la Réforme. Du reste l’effet comique de ce morceau résulte précisément de son obscurité même. Que veut prouver Rabelais ? Que les prophéties sont incompréhensibles et, par suite, susceptibles des interprétations les plus contradictoires. Si ce plaisant amphigouri avait un sens quelconque l’auteur aurait manqué son but. Autant vaudrait que dans Le Médecin malgré lui Sganarelle donnât une consultation conforme aux règles de l’art de guérir, que dans Les Plaideurs le discours de Petit Jean fût un modèle de logique, et que dans la Physiologie du mariage de Balzac, compatriote et imitateur de Rabelais, l’indéchiffrable chapitre Des religions et de la confession considérées dans leurs rapports avec le mariage composé de lettres confondues, mêlées et, comme on dit dans les imprimeries, tombées en pâte, présentât un sens des plus nets et des mieux suivis. Dans tous ces morceaux une seule chose est amusante : ne point comprendre. Si l’on entrevoit un sens, tout agrément disparaît. L’Antiquité connaissait ce procédé comique. On lit dans Les Chevaliers d’Aristophane : « Ne laisse pas échapper ce que te promet l’oracle. — Que dit donc l’oracle ? — Il est, ma foi, rédigé en fort beau style d’énigme, aussi élégant que clair : « Quand l’aigle corroyeur aux serres crochues saisira dans son bec un dragon stupide, buveur de sang, ce sera fait de la piquante saumure à l’ail de Paphlagonie… » (Traduction de C. Poyard, Paris, Hachette, 1873, p. 53). À la fin de Gargantua, Rabelais nous présente encore un autre morceau du même genre, intitulé Enigme en prophetie, qu’il emprunte à Melin de S.-Gelays. Bien que le sens en soit un peu plus suivi, il reste néanmoins tellement obscur que Gargantua y peut voir avec vraisemblance « le decours & maintien de verité diuine, » tandis que le moine y trouve tout simplement « vne deſcription du Ieu de Paulme ſoubz obſcures parolles. » Enfin le chapitre XVIII du Tiers liure nous montre Comment Pantagruel & Panurge diuerſement expoſent les vers de la Sibylle de Panſouft.

L. 9 : Peſchez le. C’est le texte des éditions antérieures et de Dolet. Édit. de Juste : peſche le.

L. 15 : Creux ou l’on peſche aux gardons. Le lac de Genève, où les gardons sont fort communs.

Page 13, l. 3 :

Leur propos fut du trou de ſainct Patrice,

De Gilbathar, & de mille autres trous.

Ce passage a le plus grand rapport avec la strophe suivante de l’Enigme de Melin de Sainst-Gelays :

L’Eueſque print le theſme de l’Epiſtre

Pour mieux ouurir l’entendement à tous

Et feiſt ſerment que le fons de ſa mitre

Eſtoit ſi froid qu’il en auoit la toux.

On luy fourra, puis il parla plus doulx

Et deuiſa du trou de la ſybille,

De ſainct Patrice & de mille autres troux ;

Mais i’ay vn peu la memoire labile.

Il faut remarquer que le trou, c’est-à-dire le détroit, de Gilbathar, est la même chose que le trou, ou, comme l’appelle ailleurs Rabelais, l’eſtroict de Sibyle (t. I, p. 125, l. 10), ce qui rend la conformité beaucoup plus complète. Quant au trou de S. Patrice, il se trouvait « en Hybernie » (t. III, p. 138). On l’appelait souvent Le Purgatoire, ainsi que l’indique ce passage de l’Apologie pour Hérodote (t. II, ch. XXXIX, p. 305, édit. de Le Duchat) : « Le purgatoire (le lieu duquel on nommoit le trou S. Patrice, & le vulgaire diſoit le trou S. Patri). » Ce passage d’une antienne légende en prose indique bien ce qu’il faut entendre par ces diverses dénominations : « Mena noſtre ſires ſaint Patrice en vn lieu diuers & deſert, & ſi li monſtra vne foſſe ronde & oſcure dedans, & le diſt que qui eutreroit ens vrais repentants… qu’il… verroit les tourmens des mauuais & les ioies des bons. » (La purgatoire di Saint Patrice. Légende du XIIIe siècle, publiée d’après un manuscrit de la bibliothèque de Reims, 1842. In-16, p. 3)

Ce nom de trou S. Patrice a parfois un sens libre :

On eſt pirs qu’au trous saint Patris,

Foullando in calibiſtris.

(Farce de frère Guillebert. Anc. Théât. franc., Bibl. elzévir, t. I, p. 306)

L. 19 : Suruint Q. B. qui clope. Afin de donner au lecteur une idée des procédés d’interprétation employés par les commentateurs qui se piquent d’expliquer les allusions historiques contenues dans Les Fanfreluches antidotées, nous allons raconter sommairement comment l’un d’eux démontre, d’une façon, à son avis, tout à fait victorieuse, que les initiales Q. B. désignent Jean Hus, et un autre, avec non moins d’évidence, qu’elles se rapportent au chancelier Duprat.

M. La Croze écrit à Le Duchat, dans une lettre qui n’a été publiée qu’en 1741 : « Ce Q. B. est Jean Hus, dont le nom, écrit par ses lettres initiales, I. H., fait en grec… le nombre 18… Q. B. est le même nombre en latin. »

Éloi Johanneau n’admet pas cette interprétation : il explique Q. B. par qui boite, « jeu de mots digne de Rabelais, et sur le mot chancelier qui chancelle, qui boite, qui clope, et sur celui qui l’était alors. En effet le chancelier Duprat… canetoit, comme on dit. » Tout fier de sa découverte, Éloi Johanneau la communique à Eusèbe Salverse, qui la confirme par cette preuve inattendue : « Oui, c’est Duprat, regardez dans un miroir, en renversant le papier où vous aurez écrit les deux lettres q b, vous trouverez d p, initiales de du prat, tournées de gauche à droite et renversées. »

Que le lecteur ne s’effraie pas ! nous ne reviendrons point sur ce genre de commentaire ; mais nous tenions à donner, une fois pour toutes, un échantillon de la manière dont on interprétait les auteurs français à la fin du dernier siècle et même au commencement de celui-ci.

L. 25 : A l’arme ſonnez. C’est le texte des éditions primitives. Édit. Juste : a larme ſennez.

Page 14, l. 2 : La cuiſſe heronniere : C’est une expression de Marot, qui, parlant dans son épître Au Roy, pour avoir eſté derobé (t. I, p. 196), de la faiblesse que lui a laissée une grande maladie, s’écrie :

Tant affoibly m’a d’eſtrange maniere ;

Et ſi m’a faict la cuiſſe heronniere.

L. 3. Qui là s’aſſiſt. Ainsi dans la plupart des éditions collectives, mais les éditions séparées du premier livre portent que' au lieu de qui.

L. 18 : Cil qui iadis anihila Carthage. Le premier vers de l’Énigme de Melin de Sainct-Gelays est :

Le grand vainqueur des haults monts de Carthaige.

M. Blanchemain remarque (p. 74, note 7), avec beaucoup de vraisemblance, que « Carthage représente Genève, ennemie de Rome. »

Page 16, l. 20 : Tant qu’elle engroiſſa d’vn beau filz. « Si bien leur agrea le ieu que ilz engendrerent Gargantua. » (Les Grandes Cronicques, ci-dessus p. 29)

L. 22 : Autant… peuuent les femmes ventre porter. La plus grande partie de ce qui suit est tirée du XVIe chapitre du livre III des Nuits attiques d’Aulu-Gelle, intitulé : Différents termes assignés à la naissance des enfants par les médecins et par les philosophes. Voici les passages de ce chapitre auxquels Rabelais tait principalement allusion :

« La fin du dixième mois est le terme le plus reculé jusqu’auquel la gestation puisse se prolonger. Cette dernière opinion semble être confirmée par… Plaute, qui dit dans sa comédie intitulée La Cassette : « La femme avec laquelle il avait eu commerce mit au monde une fille à la fin du dixième mois…

« Dans le XIVe livre de son traité sur les Choses divines, Varron nous apprend que quelquefois les femmes ont été délivrées dans le huitième mois… Il ajoute que l’accouchement peut quelquefois n’avoir lieu qu’au onzième mois. Au reste, et cet illustre savant nous en prévient, ces deux assertions appartiennent à Aristote. Quant à la divergence d’opinions sur la possibilité de l’accouchement au huitième mois, elle s’explique par un passage d’Hippocrate, tiré de son traité sur les Aliments… « Les enfants naissent et ne naissent pas au huitième mois…

« Tout dernièrement, dans la satire de M. Varron, qui a pour titre Le Testament, j’ai lu ce passage : « Si un ou plusieurs enfants m’arrivent au dixième mois, et s’ils sont aussi stupides que des ânes à la lyre, je les déshérite ; s’il m’en vient un dans le onzième mois, quoi qu’en dise Aristote, je ferai autant de cas d’Accius que de Titius…

« Si la femme ne peut porter son fruit jusqu’au onzième mois, il est difficile de comprendre quel motif a pu engager Homère à mettre dans la bouche de Neptune ces mots adressés à une jeune fille qu’il vient de séduire : « Jeune fille, sois fière de cette union ; l’année, en achevant sa révolution, te verra mettre au jour deux illustres rejetons ; car les caresses des Immortels sont toujours suivies de la fécondité.

« Je ne dois pas passer sous silence ce que j’ai lu dans le VIIe livre de l’Histoire naturelle de Pline… « Massurius rapporte que le préteur L. Papirius, devant lequel un plaideur réclamait une succession comme second héritier, l’adjugea, à son préjudice, à un enfant que la mère déclarait avoir mis au monde au bout de treize mois ; que le magistrat motiva son jugement sur ce qu’il ne croyait pas qu’il y eût véritablement d’époque fixe pour les accouchements. » (Bibl. lat.-fr., de Panckoucke)

Page 17, l. 7 : En moins de temps n’euſt il peu forger Hercules. Voyez Diodore de Sicile, Bibliotheca, liv. IV, édit. de Rhodomann, p. 151.

L. 18 : Cenſorinus, li. de die natali. Il remarque, au chapitre VII, qu’Aristote seul admet la naissance au onzième mois, rejetée par tous les autres.

L. 19 : Ariſtoteles, libr. vij. cap. iij. & iiij. de nat. animulium. Ces deux chapitres sont consacrés à l’accouchement. Dans le IVe Aristote dit : « L’accouchement a lieu au septième, au huitième et au neuvième mois ; la plupart du temps le dixième, quelquefois même le onzième, se trouve entamé. »

L. 22 : Ce metre de Virgile : Matri longa decem, &c.

Matri longa decem tulerunt fastidia menses.

(Eglog., IV, 61)

« Dix mois apportèrent à ta mère de longs ennuis. »

L. 23 : Et mille autres folz. Parmi eux se trouve Hérodote qu’Henri Estienne cherche à excuser en constatant que son erreur a été partagée par l’Antiquité tout entière : « Nature ne laiſſe auiourd’huy le fruict au ventre de la femme plus de neuf mois : & pourtant Herodote doit eſtre renuoyé bien loin avec ſes dix mois. Voila qui ne couſte gueres à dire à ceux qui tiennent ceſt auteur pour mensonger, adiouſtans foy au bruit commun : mais voyons à combien d’autres auteurs ils s’attachent quant à ce meime point. Si Herodote ne doit point eſtre ouy quant à ce terme de dix mois, auſſi ne le doiuent eſtre, ni Hippocrat, ni Galien, ni Plutarque, ni Pline, ni pluſieurs iuriſconſultes : ni vne grand part des poetes, & entr’autres, Theocrite, Cecile, Virgile, Properce. » (Diſcours préliminaire de l’Apologie pour Herodote, édit. de Le Duchat, t. I, p. XX). Montaigne n’a pas hésité à corroborer de son témoignage l’opinion des Anciens : « Moy ie ſecours par l’exemple de moy-meſme, ceux d’entre eux, qui maintiennent la groſſeſſe d’onze mois. » (t. II, p. 315)

L. 24 : ff. de ſuis & legit. l. Inteſtato. § fi. Loi 3, § 12, livre XXX, titre 8, au Digeste.

L. 26 : In autent. de reſtitut. Novelle XXXIX.

L. 28 : Leur robidilardicque loy Gallus. Loi 29, livre XXVIII, titre 2, au Digeste.

L. 29 : L. ſeptimo. Loi 12, liv. I, titre 57, au Digeste. Elle ne concerne pas principalement les naissances au onzième mois, mais surtout celles qui ont lieu au septième.

Page 18, l. 6 : Vogue la gualee. C’est le refrain d’une vieille ronde dont Rathery a cité ce couplet :

Y auoit trois filles,

Toutes trois d’un grand ;

Diſoient l’une à l’autre :

Je n’ay point d’amant.

Et hé ! hé !

Vogue la galée !

Donne luy du vent.

Le libraire Galiot du Pré avait adopté pour devise, par allusion à son nom, une galère avec ce refrain : Vogue la galee.

L. 9 : La nauire ne reçoit ſon pilot, que… ne ſoit… chargee. Cumque conscii flagitiorum mirarentur, quo modo similes Agrippæ filios pareret, quæ tam vulgo potestatem sui corporis faceret, ait : « Numquam enim nisi navi plena tollo vectorem. » (Macrob, Saturn., II, 51)

L. 17 : Macrobe li. ij. Saturnal. Ce passage se trouve au chapitre V : « Il existe un propos de ce genre de Populia, fille de Marcus, laquelle répondit à quelqu’un qui s’étonnait de ce que les femelles des animaux ne désirent le mâle qu’à l’époque où elles doivent concevoir ; « C’est qu’elles sont des bêtes. » (Collection Nisard)

Page 20, l. 4 : Beaulx ioueurs de quille là. Dans son épître Au Roy, pour auoir eſté derobé (t. I, p. 195), Marot énumère ainsi les qualités de son valet :

Priſé, loué, fort eſtimé des filles

Par les bordeaulx, & beau ioueur de quilles.

Rabelais, pour mieux faire comprendre ce qu’il veut dire, a soin d’écrire quille au singulier. Quant à La Fontaine, qui se souvient également bien des vers de maître Clément et de la prose de maître François, il dit dans la Les Lunettes (Collection Lemerre, t. I, p. 389) :

Vient un Meuſnier monte ſur ſon mulet,

Garçon quarré, garçon couru des filles,

Bon Compagnon, & beau ioüeur de quilles.

L. 16 : Sus l’herhe drue. Édit. Juste : dure, au lieu de drue, sans doute par suite d’une simple transposition de lettres.

Page 21, l. 1 : Les propos des bienyures. Dans les éditions primitives, ce titre n’existe pas, et les chapitres IV et V n’en forment qu’un seul. En le divisant en deux, Rabelais a fait quelques additions aux Propos des bienyures. Les éditions collectives donnent beuueurs, au lieu de bienyures.

Dans les ouvrages que nous a transmis l’Antiquité, on trouve souvent des conversations tenues pendant des repas ; mais elles s’élèvent, comme dans le Banquet de Platon, aux plus hautes questions philosophiques, ou traitent, comme dans les Sympoſiaques de Plutarque et les Saturnales de Macrobe, de divers points d’érudition et de philologie. C’est seulement dans le Ve chapitre du Satyricon de Pétrone qu’on trouve des propos de table qui ont quelque analogie avec ceux de Rabelais.

Le XVIe siècle a eu souvent recours à ce cadre commode : Le Moyen de parvenir tout entier ne se compose que des conversations tenues dans un banquet auquel assistent les personnages célèbres de tous les lieux et de tous les temps. Il faut rapprocher de ce chapitre de Gargantua le chapitre XXXIX du même ouvrage intitulé : Comment le moyne feut feſtoyé par Gargantua, & des beaulx propos qu’il tint en ſouppant, les chapitres XI et XLI, qui en sont la suite, le commencement du chapitre XIV de Pantagruel, le chapitre XII des Propos ruſtiques de Noël du Fail intitulé De Perrot Claquedent, et, surtout, les chansons à boire de Jean Le Houx, longtemps confondues avec les vaux de vire d’Olivier Basselin, dans lesquelles l’auteur fait de fréquentes allusions à ce chapitre de Rabelais. M. Armand Gasté a, le premier, signalé ce fait, d’abord dans une thèse soutenue devant la Faculté des lettres de Paris, ensuite dans une excellente édition des Vaux de vire de Jean Le Houx publiée en 1875, à la librairie Lemerre.

L. 10 : Produiz moy du clairet. Emploi facétieux d’un terme de procédure, comme dans le passage suivant : « Beuuons hau. Ie diz du meilleur, & plus ſtomachal. Entendez vous, hault, majour dome ? Produiſez, exhibez. » (t. II, p. 344)

L. 15 : Ie ne boy que à mes heures… que en mon breuiaire. Allusion aux flacons en forme d’heures ou de bréviaires, auxquels Rabelais donne ailleurs le nom de « tyrouer » ou « tirouoir. » (Voyez t. I, p. 153 ; t. II, p. 344, 348 ; t. III, p. 171, 172)

L. 17 : Qui feut premier ſoif ou beuuerye ? Le modèle de ces questions d’origine est dans le XVIe chapitre du liv. VII de Macrobe, où l’on examine qui fut le premier de l’œuf ou de la poule, ovumne prius fuerit aut gallina. Le même problème est discuté par Plutarque dans ses Propos de table (liv. II, question 3).

L. 19 : Priuatio preſupponit habitum. « La privation présuppose l’habitude. » Axiome scolastique.

L. 20 : Fœcundi calices quem non fecere diſertum ? « Quel est celui que les coupes inspiratrices n’ont pas rendu éloquent ? » (Horace, liv. I, ép. 5, v. 19)

L. 21 : Nous aultres innocens ne beuuons que trop ſans ſoif. Allusion aux innocents qu’on soumettait à l’épreuve de l’eau.

Page 22, l. 2 : Entonnons. Équivoque entre : Commencer à chanter et mettre en tonne.

L. 4 : Mouillez vous pour ſeicher, ou vous ſeichez pour mouiler ? Jean Le Houx, lui, mouillait pour sécher :

Mouillons donc ; il faict bon ſecher,

dit-il dans un de ses vaux de vire (p. 104).

L. 10 : En ſec iamais l’ame ne habite. Axiome de saint Augustin (Questiones Veteris et Novi Testamenti, ex Veteri Testamento, Questio XXIII) : « Anima certè quia ſpiritus eſt, in ſicco habitare non poteſt. »

L. 15 : Ie laueroys voluntiers les tripes de ce veau que i’ay ce matin habillé. Habiller un veau, en terme de boucher, c’est l’écorcher, le vider, etc. Le veau que le buveur a habillé le matin, c’est lui-même, et ce sont ses tripes qu’il veut laver. On lit dans les Curiositez françoiſes d’Oudin : « C’eſt vn Boucher, il habille tous les iours vn veau. »

L. 21 : Boyre à ſi petit gué : c’eſt pour rompre ſon poictral. « Alluſion à ce que les Chevaux ſellez qu’on fait boire à une eau trop baſſe, courent riſque de rompre leur poitral à force de ſe gêner pour boire. » (Le Duchat)

L. 24 : Bouteille eſt fermee à bouchon, & flaccon à viz. Édit. antérieure à 1535, 1535 et 1537 : flac con. Ce jeu de mots, recueilli par Tabourot dans le chapitre de ses Bigarrures qui traite Des équivoques francois, a été répété souvent : « Ie vous auertis, doctes buueurs, que vous ayez des flacons (ils ſont bons vaiſſeaux fermant à vis). » (Moyen de parvenir, édit. Charpentier, p. 8). « Un flacon ſe ferme à vis par dehors, & vne femme ſe ferme à vis par dedans. » (Tabarin, édit. de la Bibl. elzév., t. I, p. 63)

L. 25 : Nos peres beurent bien & vuiderent les potz. D’après Rathery, c’est un vers d’une très vieille chanson.

L. 26 : C’eſt bien chié, chanté. On trouve : « C’est bien chié ! » comme une sorte d’exclamation, dans la Farce de Jolyet (Anc. Th., franç, t. I, p. 56). Ici le buveur dit chié au lieu de chanté, puis se reprend. Ce quolibet se retrouve dans des Couplets de Beaumarchais pour la fête de M. Lenormant d’Étioles :

Vlà-t-i pas qu’eſt bien chié ! (chanté).

L. 27 : Voulez vous rien manier à la riuiere ? Ceſtuy cy va lauer les tripes.

Voulez vous rien mander

La bas a la riuiere ?

Y auez vous affaire ?

Les trippes vay lauer.

(Jean Le Houx, p. 69)

L. 30 : Tanquam ſponſus. « Comme un marié, comme un époux. » Il y a une sorte de jeu de mots entre ſponſus et le mot eſponge (ſpongia), qui se trouve un peu plus haut.

L. 30 : Sicut terra fine aqua. « Comme une terre sans eau. »

L. 31 : Vn ſynonyme de iambon ? C’eſt vne compulſoire de beuuettes.

T’imitant, compagnon,

Ne me faut de iambon

Pour m’inciter à boire :

L’ay bientoſt auallé,

Sans d’vn ſergeant ſallé,

Attendre vn compulſoire.

(Jean Le Houx, p. 69)

Page 23, l. 1 : Reſpice perſonam : pone pro duos : bus non eſt in vſu. « Considère la personne, mets pour deux. » La grammaire exigerait qu’au lieu de : pro duos, on mît : pro duobus ; mais Rabelais ajoute bus non eſt in vſu, « bus n’est point en usage. » Il y a là, suivant Burgaud des Marets, un jeu de mots sur le participe passé bus pour exprimer que boire doit s’employer au présent et non au passé.

L. 2 : Si ie montois auſſi bien comme i’aualle, ie feuſſe piec’a hault en l’aer. Rabelais répète à peu près littéralement le même propos dans son Pantagruel (l. 11, p. 283) : ſi ie montaſſe auſſi bien comme ie aualle, ie feuſſe deſia au-deſſus la ſphere de la lune, auecques Empedocles. Allusion au double sens du mot avaler, qui, outre la signification qu’il a conservée, avait alors celle de descendre.

L. 3 : Ainſi se feiſt Iacques cueur riche. C’est le commencement d’une sorte de quatrain ainsi imprimé dans les éditions modernes :

Ainſi ſe feiſt Iacques cueur riche.

Ainſi profitent boys en friche.

Ainſi conqueſta Bacchus l’Inde.

Ainſi philoſophie Melinde.

Le dernier vers, assez obscur, semble signifier que les Portugais employèrent philosophiquement le vin au lieu des armes pour faire la conquête de Melinde.

L. 10 : Hume Guillot, encores y en a il vn pot. Édit. ant. à 1535 ; et 1535 : on pot, ce qui signifie « au pot, » et vaut peut-être mieux. Burgaud des Marets fait remarquer qu’on dit encore aux enfants :

Renifle, Pierrot,

Y a du beurre au pot.

L. 11 : Appelant de ſoif, comme d’abus.

Ie iuray que dorenaduant

Ie n’y ferois plus appellant

Qu’aux cabaretz les plus notables,

La soif, ma partie, intimant

Deuant les beuueurs, mes ſemblables.

(Jean Le Houx, p. 104)

« Faiſons comme les ſergens, releuons mengerie, » dit Du Fail, dans un sens analogue (t. I, p. 109).

L. 11 : Relieue mon appel en forme. Terme de pratique.

L. 18 : Les paſſereaux ne mangent ſi non que on leurs tappe les queues. Ie ne boy ſi non qu’on me flatte. C’est là un petit buveur. La même idée se retrouve, sous une forme plus développée dans le ch. XIIII de Pantagruel (p. 283, l. 7) : « Tu n’as pas trouué tes petitz beuureaux de Paris qui ne beuuent en plus q’vn pinſon, & ne prenent leur bechee ſinon qu’on leurs tape la queue à la mode des paſſereaux. »

L. 20 : Lagona edatera. « Compagnon à boire ! » en basque. Ces mots, qui ne se trouvent pas dans l’édition de 1535, sont probablement adressés au laquais de Grandgousier, appelé « le Baſque » (t. I, p. 111, l. 23).

L. 27 : I’ay la parole de dieu en bouche : Sitio. « J’ai soif. » C’est en effet, d’après l’Évangile (Saint Jean, XIX, 28), le mot que proféra Jésus-Christ sur la croix.

L. 28 : La pierre dicte ἄσβεστος n’eſt plus inextinguible. Ce mot ἄσβεστος, qu’on a traduit par aſbeſte, désigne une substance qu’on ne peut consumer, qu’on ne peut éteindre. Voyez La pierre inextinguible, ditte Aſbeſtos (Œuvres de Remy Belleau, t. II, p. 246, édit. Lemerre).

Page 24, l. 7 : Lans, tringue. Suivant Régis, trinkt landsmann, « bois, camarade ! » et, suivant Le Duchat, landsmann, zu trinken ! « pays (ou camarade), à boire ! » Cette dernière interprétation s’accorde mieux avec le sens général. Les buveurs répètent tous le même cri, chacun en son patois. L’un vient de le faire entendre en basque, un autre le pousse à son tour en mauvais allemand.

L. 9 : O lachryma Chriſti. Le lacryma Christi (larme du Christ) est un vin sucré fort recherché, qu’on récolte au pied du Vésuve.

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