Gargantua (page 14)
L. 12 : Bien drappé, & de bonne laine. Allusion à ce passage de la Farce de Pathelin (Act. I, sc. 2, p. 14) :
pathelin.
Ceſtuy cy eſt il taint en laine ?
..........
le drappier.
C’eſt vn tres bon drap de Rouen,
Ie vous prometz, & bien drappé.
L. 14. Ex hoc in hoc. « De cela en ceci. » (Psaume 74.)
L. 19 : Natura abhorret vacuum. « La nature a horreur du vide. » Axiome de l’ancienne physique.
Id : Diriez-vous q’vne mouche y euſt beu ?
On ne diroit qu’vne mouche y euſt beu.
(Jean le Houx, p. 81)
Page 25, l. 20 : Ie me parforceray, puis qu’il vous plaiſt. Au lieu du passage qui finit par ces mots et qui commence à : Couraige de brebis… on lisait dans l’édit. ant. à 1535 : Ie le prouue (diſoit il) dieu (ceſt noſtre ſaulueur) dictt en leuangile. Ioan 16. La femme qui eſt a lheure de ſon enfantement, a triſteſſe : mais lors qu’elle a enfanté, elle n’a ſoubuenir aulcun de ſon angoiſſe. Hâ (diſt elle) vous dictes bien, et ayme beaucoup mieulx ouyr telz propos leuangile, et mieulx m’en trouue, que de ouyr la vie de ſaincte Marguarite, ou quelque aultre capharderie. La vie de Sainte-Marguerite se trouve dans la plupart des livres d’heures gothiques ; on lui croyait une telle efficacité pour soulager les femmes en mal d’enfant, qu’au lieu de la lire on se contentait parfois de la leur appliquer sur la poitrine :
Tenez : mettez ſur voſtre pis
La vie qui cy eſt eſcripte :
Elle eſt de ſainte Marguerite ;
Si ſeres tantoſt deliuree.
(Miracle de l’enfant donné au diable, v. 290. Édit. de la Société des anciens textes français : Miracles de Noſtre Dame… publiés… par Gaston Paris et Ulysse Robert, t. I, p. 13).
Page 26, l. 2 : N’en faictes ne plus ne moins. Édit. ant. à 1535, et 1535 : ne pys ne moins ; ce qui ajoute un joli détail au dialogue.
L. 7 : Laiſſez faire aux quatre bœufz de deuant. Proverbe poitevin, qui se retrouve dans Du Fail (t. I, p. 82) : « Que chacun monſtre ce qu’il ſçait faire tant ſeulement, & puis laiſſez faire aux bœufs de deuant. »
L. 23 : Sainct Genou. Il est encore question de cette localité au chapitre XLV (p. 167, l. 4 et 15), et l’on a voulu l’identifier avec :
.... Sainct Genou
Près Sainct-Iulian des Vouentes,
Marches de Bretaigne ou Poictou.
Mais M. Longnon a parfaitement établi que, dans ce passage du Grand Testament de Villon (XCIV, édit. de la collection Jannet, p. 62), il s’agit d’une commune sise dans les Deux-Sèvres, arrondissement de Parthenay, canton d’Airvault, qui s’appelle non Saint-Genou, mais Saint-Generou (François Villon et ses légataires, p. 13, note 4). Du reste, outre Saint-Generou, le Dictionnaire des postes mentionne Saint-Genou (Indre) et Saint-Genouph (Indre-et-Loire).
Quant à Brizepaille d’aupres Sainct Genou, il faut, je crois, ne point s’évertuer à le chercher sur la carte, ainsi que beaucoup de commentateurs l’ont fait. Il appartient à une géographie particulière, comme « la vallé de Concreux prés Nantes, » dont nous parlent les Contes d’Eutrapel (Du Fail, t. II, p. 134) et « la route de Fesse à Cluny, » mentionnée par Sterne dans Tristram Shandy (liv. VIII, ch. CCLXI, t. II, p. 181).
Au XVIIe siècle, les femmes se servaient encore assez fréquemment d’allusions de ce genre pour désigner d’une façon, détournée, il est vrai, mais plus choquante assurément que l’emploi d’un terme médical, les indispositions périodiques particulières à leur sexe. Oudin explique, dans ses Curioſitez françoiſes, ce qu’il faut entendre par « le Cardinal eſt logé à la Motte, » et M. Capmas vient de nous dire ce que madame de Sévigné appelait une « colique de Saulieu, » (Lettres inédites, t. II, p. 47, note 19 et p. 58, note 9).
L. 28 : Le diable à la meſſe de ſainct Martin. Allusion à une légende ainsi racontée par Pierre Grosnet dans Les Motz dorez de Cathon, adages et proverbes des femmes :
Notez en l’egliſe de dieu
Femmes enſemble caquetoyent.
Le dyable y eſtoit en vng lieu,
Eſcripuant ce quelles diſoyent.
Son rolet plain de point en point,
Tire aux dens pour le faire croiſtre :
Sa prinſe eſchappe & ne tient point ;
Au pilier seſl heurté la teſte.
Page 27, l. 2 : Sortit par l’aureille ſeneſtre. Molière pensait-il à Gargamelle lorsqu’il faisait demander à Arnolphe par Agnès
Si les enfans qu’on fait, ſe faiſoient par l’oreille.
(L’Eſcole des femmes, acte I, sc. 1. Lemerre, Petite bibliothèque littéraire, t. II)
L. 10 : Vn homme de bon ſens, croit touſiours ce qu’on lui dict, & qu’il trouue par eſcript. On lit après ces mots, dans l’édit. ant. à 1535, et dans les suivantes, avec quelques variantes, un passage assez hardi, que Rabelais a jugé prudent de retrancher : Ne dict pas Salomon prouerbiorum. 14. Innocens credit omni verbo ect (ect). Et ſainct Paul, prime Corinthio. 13. Charitas omniu credit. Pourquoy ne le croyrier vous ? Pource (dictez vous) quil ny a nulle apparence. Ie vous dicz, que pour ceſte ſeule cauſe, vous le debue, croyre en foy parfaicte. Car les Sorboniſtes diſent, que foy eſt argument des choſes de nulle apparence. Les deux passages latins fort exactement cités par Rabelais, signifient : « L’innocent croit à toute parole… La charité croit toutes choses. » Quant à la doctrine que l’auteur attribue aux Sorbonnistes elle s’appuyait sur ce texte : « Est fides sperandarum ; substantia rerum, argumentum non apparentium » (Saint Paul. Épît. aux Hébreux, chap. XI, v. 1), » traduit ainsi par Dante (Parad., XXIV, 64} :
Fede è fuſtanzia di coſe ſperate,
Ed argomento delle non parventi.
L. dernière : Des enfantemens eſtranges. Le titre exact de ce chapitre est : De prodigioſis partubus.
Page 29, l. 10 : Que grand tu as, ſupple le gouſier. Supple est l’impératif du verbe latin supplere. « suppléer, sous-entendre. » Dans les Grandes Cronicques l’étymologie du nom du héros du livre est différente, mais non moins fantaisiste : « Adonc le nomma Gargantua (lequel eſt vng verbe grec) qui vault autant à dire : comme tu as vng beau filz. » (Voy. ci-dessus, p. 30, l. 11)
Page 30, l. 1 : Elle pouuoit traire de ſes mammelles quatorze cens deux pipes neuf potees de laict pour chaſcune foys. Ces exagérations comiques ont toujours été en augmentant ; on lit dans les Grandes Cronicques (p. 30, l. 20) : « Sa mere pouoit bien porter a chaſcune de ſes mammelles cinquante pippes de laict ; » les premières éditions de Gargantua (ant. à 1535, 1535, 1537 et Dolet) portent, en nombre rond, « quatorze cents pipes. »
L. 4 : Mammallement. Dans les premières éditions (ant. à 1535, 1535, 1537 et Dolet) au lieu de ce mot il y a : par Sorbone.
Page 31, l. 1 : Comment on veſtit Gargantua. Plusieurs traits de ce chapitre sont empruntés de celui des Grandes Cronicques qui a pour titre : Comment Gargantua fut habille de la liuree du Roy artus (p. 39). Mais dans les Grandes Cronicques le roi fait faire « les habillemens de liuree de Gargantua » pour le remercier d’avoir vaincu ses ennemis, tandis que dans le roman de Rabelais on lui fait ce costume lorsqu’il n’a guère qu’un an et dix mois. Malgré cette différence complète d’âge et par conséquent de taille, Rabelais augmente partout, dans une proportion fort notable, les mesures des vêtements destinés à son héros.
L. 12 : Pour sa chemiſe, furent leuees neuf cens aulnes de toille de Chaſteleraud, & deux cens pour les couſſons en ſorte de carreaulx, leſquelz on miſt ſoubz les eſſelles. « Puis fut leue par le commandement dudict grant maiſtre dhoſtel, huyt cens aulnes de toille pour faire vne chemiſe audict Gargantua, et cent pour faire les couſſons en ſorte de carreaulx, leſquelz ſont mis ſoubz les eſſelles. » (Grandes Cronicques, p. 39, l. 16)
L. 15 : La fronſure des chemiſes n’a eſté inuentee ſinon depuis que les lingieres, lors que la poincte de leur agueille eſtoit rompue, ont commencé beſoigner du cul. On lit dans la Chambrière à louer à tout faire :
Et, quant mon eſguille eſt rompue,
Ie m’ayde du cul proprement.
(Poés. franc, des XVe et XVIe s. Bibl. elzév. t. I, p. 100)
Cette plaisanterie a servi de texte à Tabarin :
« Queſtion XVII. En quel temps on commença à froncer les chemiſes.
« Vous pouuez croire que la façon de froncer les chemiſes eſt vne des plus anciennes modes des modes, car elle eſt du temps de Noé, qui nous a laiſſé ceſte authentique, delicate, purpurée, nectarine, ſcientifique, admirable, ambroſine & mellifique liqueur qu’on nomme le piot. De ſon temps il y auoit vne infinité de lingères, leſquelles voyans que leurs eſguilles eſtoient rompues, commencèrent à trauailler du cul. Voilà d’où on print l’inuention de faire des chemiſes froncées. » (Œuvres de Tabarin, t. I, p. 174)
L. 19 : Huyt cens treize aulnes de ſatin blanc. « Sept cens aulnes de ſatin. » (Grandes Cronicques. p. 39, l. 21.)
L. dernière : Les exponibles de M. Haultechauſſade. Ce mot, exponibles, employé dans le Parva logicalia de Petrus Hispanus, s’applique au procédé en usage pour exposer un même mot en diverses sortes (Agrippa, De vanitate ſcientiarum, cap. VIII). Ramusa, comme Rabelais, critiqué cette expression dans sa requête intitulée Pro philoſophica pariſienſis Academia diſciplina, adressée à Charles de Lorraine et envoyée au Parlement en 1551 (L’abbé P. Goujet, Mémoire sur le Collège de France, Paris, Lottin, 1758, 3 vol. in-12, t. I, p. 24). Les « exponibles de M. Haultechauſſade » peuvent avoir donné à Molière l’idée du « Chapitre… des Chapeaux » d’Hippocrate, cité par Sganarelle, dans Le Médecin malgré lui, act. II, sc. 2.
Page 32, l. 1 : Vnze cens cinq aulnes, & vng tiers d’eſtamet blanc. Dans les Grandes Cronicçues (p. 39, l. 26) : « Deux cens aulnes deſcarlate, et troys quartiers & demy. »
L. 31 : Au liure que i’ay faict De la dignité des braguettes. Voyez ci-dessus, page 61, la note sur la page 4.*
* La dignité des braguettes. Rabelais y revient plus loin : « Ie vous en expoſeray bien d’aduantaige au liure que i’ay faict De la dignité des braguettes. » (t. I, p. 32) — « Par dieu, (dit à ſon tour Panurge, t. I, p. 294) ie feray vn liure de la commodité des longues braguettes, quand i’auray plus de loyſir. De faict en compoſa vn beau & grand liure auecques les figures : mais il n’eſt encores imprimé, que ie ſaiche. » Il ne l’a pas été, à moins qu’on ne veuille considérer comme un échantillon de l’ouvrage le chapitre VIII du Tiers liure intitulé : Comment la braguette eſt premiere piece de harnois entre gens de guerre.
Page 33, l. 4 : Pour ſes ſouliers furent leuees quatre cens ſix aulnes de velours bleu cramoyſi. « Pour faire ſes souliers fut achapte chez les conroyeurs cinquante peaulx de vache & demye. » (Grandes Cronicques, p. 40, l. 3)
L. 7 : Pour la quarreleure d’iceulx furent employez vnze cens peaulx de vache brune. « Pour carreler leſdicts ſoulliers fut achapte cheux les taneux le cuyr de trente ſix beufz. » (Grandes Croniques, p. 40, l. 7)
L. 10 : Pour ſon ſaie furent leue, dix & huyt cens aulnes de velours bleu tainct en grene. « Pour faire le ſaye de liuree fut leue neuf cens aulnes & demy quartier, moytie rouge & ſaulne. » (Grandes Cronicques, p. 39, l. 28)
L. 32 : Pour ſon bonnet furent leuees troys cens deux aulnes vng quart de velours blanc. « Pour faire ſon bonnet a la coquarde fut baille au bonnetier deux cens quintaux de laine deux liures et demye et vng quart ſuſtement. » (Grandes Cronicques, p. 40, l. 9)
Page 34, l. 12 : Platon in sympoſio. Voyez chapitre XIV du Banquet.
L. 16 : ΑΓΑΠΗ ΟΥ ΖΗΗΤΕΙ ΤΑ ΕΑΥΤΗΣ. « La charité ne cherche point ses intérêts. » (Saint Paul, 1re aux Corinthiens, chap. XIII, v. 5)
L. 24 : L’emolument tel que ſcauent les medecins Gregoys. Voyez Galien au liure IX du Traité des simples, dans le chapitre intitulé : Jaspe verd.
Page 35, l. 11 : Soixante neuf millions huyt cens nouante & quatre mille dix & huyt moutons à la grand laine. « Ces moutons, à la grande laine, au type des aignels de saint Louis, n’avaient plus cours depuis longtemps ; ils avaient été principalement trappes par le roi Jean et imités en Bourgogne et en Flandre ; Charles VI avait encore émis des aignels ; mais les véritables moutons, appelés à la grande laine pour les distinguer des autres moins grands, appartenaient au règne de Jean ; ils avaient été émis pour un franc ou une livre tournois et vaudraient à présent seize francs, ce qui ferait monter l’anneau de Gargantua à un bon prix. » (Cartier, De La Numismatique de Rabelais, Revue numismatique, 1847, p. 338)
L. 13 : Les Fourques d’Auxbourg. Fourque est le nom francisé des Fugger, marchands d’Augsbourg dont la richesse était alors proverbiale. Dans ses lettres (t. III, p. 342), Rabelais, parlant de Philippe Strossi, dit : « Apres les Fourques de Auxbourg en Almaigne il eſt eſtimé le plus riche marchand de la Chrectienté. » « S’il ſauoit guerir de la goutte, il ſeroit plus riche que les Foucres d’Auſbourg, » dit Noël du Fail. (t. I, p. 277)
Page 36, l. 13 : Dicts que blanc ſignifie foy : & bleu, fermeté. « Quant aux ſept ſacremens de l’Egliſe, elle (la couleur blanche) repreſente le ſacrement de bapteſme… Azur, quant aux ſept ſacremens, ſe prent pour le ſacrement de confirmation, » (Blaſon des couleurs, p. 78 et 89. Voyez la note suivante)
L. 23. Le blaſon des couleurs. Le titre de ce livre est : Le blaſon des couleurs en armes, liurees et deuiſes. S’enſuyt le liure tres utille et ſubtil pour ſcauoir et congnoiſtre dune et chaſcune couleur la vertu et proprieté… Souvent réimprimé, il a été publié en 1860 par M. Cocheris, à la librairie Aubry, dans le Trésor des pièces rares ou inédites.
L. 24 : En ce a eſté prudent qu’il n’y a poinct mis ſon nom. Il ne figure pas sur le titre, mais le prologue commence ainsi : « Ie Sicille hérault de treſpuiſſant roy Alphonce d’Arragon, de Sicille, de Vallence, de Maillorque, de Corſeigue & Sardaigne, conte de Barcelonne, &c., au preſent & de long temps ayant domicille & ma réeſidence en ma bonne ville de Mons en Hénault… »
Page 37, l. 8 : Contentent. L’édition de Juste porte à tort : contenant.
L. 12 : A cul de foyrad. Édit. ant. à 1535 : A cul brenous.
L. 20 : Les pudicques matrones. L’édition de Juste, porte à tort publiques.
L. 23 : Voulens en leurs diuiſes ſignifier eſpoir, font protraire vne ſphere. Sphère s’écrivait souvent ſpere, eſpere et même eſpoire : « l’ordre des eſperes célestes. » (Chriſtine de Pisan, Charles v. III, 4), « Ceſte bende eſtoit ſuiuie par vn charriot… ſur lequel eſtoit aſſis vn perſonnage nommé Eſpoir, & tenoit en ſa main vne eſpoire ou ſpere d’or. » (Les Triomphes de l’abbaye des Conards, publiés à Rouen chez Nicolas du Gord, 1587, et par M. Marc de Montifaud, Jouaust, 1874, p. 33)
L. 25 : Des pennes d’oiſeaulx, pour poines. On lit dans un ouvrage italien sur les couleurs et les devises : « Penna ſola ſignifica pene, affanni, & dolori per cauſa di amore. » (Il moſtruofiſſimo moſtro, di Giovanni Rinaldi, Venetia, Lucio Spineda, 1611, in-8°, fol. 64, vo). D’Urfé a compliqué l’équivoque en faisant choix de pennes ou plumes de geai : « Voilà, dit-il, Amarillis ſi auant en ſa penſee, qu’elle luy donnoit plus de peine que tous ſes premiers trauaux. Ce fut en ce temps qu’il reprit la deuiſe qu’il auoit portée durant tous ſes voyages, d’vne penne de Geay, voulant ſignifier peine i’ay. » (L’Aſtrée, 1re part., liv. I, t. II, p. 70)
L. 28 : Non & vn alcret, pour non durhabit. Un halcret est une cuirasse ou cotte de mailles, un dur habit ; ce rébus signifie donc : non durabit, « il ne durera pas. » Ceci se trouve expliqué par ce passage du Moyen de parvenir (p. 123) : « Comment diriez-vous vne cuiraſſe ou corſelet en latin ? C’eſt, dit frere Iean de Laillée, durabit. »
Page 38, l. 2 : Vn penier : denotant qu’on me faict pener. Cette forme penier, que Rabelais choisit pour équivoquer à pener, est encore en usage dans le dialecte poitevin, comme le. remarque M. Poëy-d’Avant.
L. 4 : Vn pot à piſſer, c’eſt vn official. Plus loin (p. 79, l. 20) dans cette phrase : Piſſant doncq plein vrinal, l’édition Dolet remplace vrinal par official. Le pot à pisser, appelé aussi, comme on le voit, urinal, ou official, pouvait représenter en rébus un official, c’est-à-dire un officier de la juridiction ecclésiastique.
L. 6 : Vn vaiſſeau de petz. Un vaisseau de paix, par opposition à un vaisseau de guerre.
L. 6 : Ma braguette, c’eſt le greffe des arreſtz. Suivant Le Duchat, Rabelais, par le mot greffe (graphium), fait allusion au style, instrument pointu avec lequel on écrivait sur les tablettes de cire, et par le mot arreſt, à la pièce du harnois où l’homme d’armes affermissait sa lance.
L. 7 : Vn eſtront de chien, c’eſt vn tronc de ceans, ou giſt l’amour de m’amye. Tron s’employait autrefois dans le sens de trône et quelquefois de trône de Dieu, firmament : « n’a plus belle deſſous le tron. » (Partonopeus, v. 1710) — Quant à ceans, il avait certaines formes, et particulièrement caiens, qui le rapprochaient du mot chien.
L. 14 : Deſquelles Orus Apollon a en Grec compoſé deux liures. L’ouvrage d’Orus Apollon, ou, comme on dit plus fréquemment d’Horapollon, est intitulé : De hieroglyphicis Ægyptiorum.
L. 15 : Polyphile au ſonge d’amours. Le titre complet du livre est : Hypneromachia Poliphili, vbi omnia non niſi ſomnium eſſe docet, atque obiter plurima ſcitu ſane quam digna commemorat. À la fin : « Venetiis, menſe Decembri MID, in ædibus Aldi Manutii. » Son véritable auteur est Franciscus Colomna que Rabelais, dans la Briefue declaration d’aucunes dictions, (t. III, p. 201, l. 14) appelle Pierre Colonne.
L. 17 : La deuiſe de monſieur l’Admiral : laquelle premier porta Octauian Auguſte. Plus loin (p. 126, l. 7) Rabelais la cite textuellement : « Sçauez vous que diſoit Octauian Auguſte ? Feſtina lente ; » et dans la Briefue declaration d’aucunes dictions (t. III, p. 201, l. 10) il entre dans d’assez grands détails sur cette devise et sur l’emblème qui l’accompagnait. Geoffroy Tory avait donné avant lui une explication identique, mais beaucoup plus étendue dans son Champ fleury (tiers livre, feuillet XLIII) : « Alde le Romain, Imprimeur a Venize, auoit ſa marque Hieroglyphique, mais il ne lauoit pas inuentee, en tant qu’il lauoit empruntée, de la deuiſe de Auguſte Ceſar, la quelle eſtoit en Grec : Σπευδε βραδεως, qui eſt à dire en Latin, Feſtina lente. Ou encores en Latin tout en vng mot, Matura. Et en François, Haſte toy a ton aiſe. Icelle Deuiſe eſtoit painte & deſeignee par vne ancre de nauyre, & autour dicelle vng Daulphin. Lancre ſignifioit tardiuete, & le Daulphin haſtiuete, qui eſtoit à dire, quen ſes affaires fault eſtre modere, en ſorte qu’on ne ſoit trop haſtif, ne trop long ou tardif. Virgile nous eſt ſegret teſmoing que ledict Auguſte Ceſar auoit la dicte ancre & daulphin en ſa Deuiſe, quant pour luy en faire memoire en ſes Eneides, il a dict au comancement du premier liure, Maturate fugam, regique hæc dicite veſtro. Qui en vouldra veoir & lire bien a plain, ſi ſen aille eſbattre à veoir le premier Prouerbede la Seconde Chiliade de Eraſme, il y en trouuera ce me ſemble a ſuffiſance. »
L’admiral dont Rabelais veut parler est, selon Le Duchat, « Brion Philippe Chabot, fait Admiral en 1526 & mort seulement en 1545. » Burgaud des Marests remarque avec raison que les armes de cette famille portent des chabots et non des dauphins, et ajoute : « Rabelais les confond plaisamment à dessein. » Il est assez difficile de se rendre compte de ce que cela a de plaisant.
L. 26 : Si dieu me ſaulue… Dans l’édition antérieure à 1535, on lit au lieu de ces dernières lignes : Si le prince le veult & commende : cil qui en commendant enſemble donne & pouuoir & ſcauoir. Ce passage, qui a été relevé parmi les variantes, mais sur lequel les commentateurs n’ont pas fixé leur attention, est assez remarquable. Il semble indiquer qu’au moment où Rabelais publiait la première édition de Gargantua, il espérait se voir chargé de composer une sorte de traité officiel sur les couleurs, dont le chapitre suivant peut être considéré comme un échantillon, et qui eût remplacé celui que notre auteur a critiqué plus haut avec la vivacité et l’acharnement d’un concurrent. Lorsqu’il eut perdu cet espoir, il substitua, dans les éditions suivantes, un quolibet au passage plein de respect et de gravité par lequel il terminait.
L. 26 : Le moulle du bonnet, c’eſt le pot au vin. Le moule du bonnet, c’est la tête. Jean Chartier dit on parlant du sire de Lesparre, condamné à mort en 1454 : « Il fut deliuré au bourreau, lequel lui trancha la moitié & le moule de ſon chaperon, c’eſt-à-dire la teſte. » Comme teſta signifie en latin un pot, il est tout naturel que les amateurs de quolibets et d’équivoques se soient égayés sur ces deux significations. On trouve encore plus loin (t. II, p. 47) une locution populaire du même genre : Saulue Teuot le pot au vin, c’eſt le cruon. Cruon, en poitevin, signifie une courge, une gourde, une cruche, et aussi une tête mal faite.
Page 39, l. 3 : Le blanc doncques ſignifie ioye. Rabelais, après une longue parenthèse, reprend ici son discours où il l’a laissé (p. 36, l. 8) : Le blanc luy ſignifioit ioye.
Page 40, l. 8 : Les antiques Syracuſans. Plutarque, décrivant les magnifiques funérailles que les Syracusains firent à Timoléon, dit qu’ils portaient tous des habits purs : πάντῶν ϰαθαρὰς εσθῆτας φορουντῶν, ce qui, dans les Geniales dies d’Alexander ab Alexandro (liv. III, VII), est traduit par candidis vestibus.
L. 9 : Argiues. « En la ville d’Argos semblablement, quand ils portent le deuil ils veſtent robbes blanches comme dit Socrates, lavées en eau claire. » (Plutarque, Les demandes des choses romaines, XXVI, t. XXI, p. 269)
L. 20 : Les Thraces & Cretes ſignoient les iours bien fortunez…, de pierres blanches. Voyez Pline, Hiſtoria naturalis, VII, 40, et Alexander ab Alexandro, Geniales dies, IV, 20.
L. 27 : Au liure de Laurens Valle contre Bartole. Il s’exprime ainsi dans une épître Ad candidum decembrem (p. 30, Bâle 1517) dirigée contre l’ouvrage de Barthole intitulé De insigniis et armis : « Color aureus est nobilissimus colorum, qui a per eum figuratur lux. »
Page 41, l. 2 : Bona lux. « La lumière est bonne. » Rabelais traduit ici en latin cette sentence grecque : φῶς ἀγαθὸν, qui se trouve dans l’Éloge de la Folie (Encomium Moriæ, Baſileæ, 1676, p. 64), d’Érasme, et qui est ainsi commentée, par l’auteur même, sous le nom de Listrius : « Id autem dictum eſt ab anu quapiam moriente, quam etiamnum juvabat vivere. »
L. 11 : Les hiſtoires antiques tant Grecques que Romaines. Par exemple Denys d’Halicarnasse, I, 57 ; — Varron, Rerum Romanorum, II, 4, 18 ; — Virgile, Æneid., III, 388, et VIII, 42.
L. 25 : Ce pendent que ceulx de l’aultre part batailleroient. « Il diuiſa toute ſon armée en huit trouppes, leſquelles il fit tirer au ſort, & celle à qui eſcheoit vne febue blanche demouroit en repos à faire bonne chere, pendant que les ſept autres combatoient ; & dit on que de là vient que lon appelle encore auiourd’hui vn iour blanc, auquel on a fait bonne chere, & receu du plaiſir, à cauſe de la febue blanche. » (Plutarque, Les vies des hommes illustres, Périclès, LI, t. II, p. 211, trad. d’Amyot)