Gargantua (page 16)

François Rabelais · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Gargantua (éd. Marty-Laveaux, 1868) · 20 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L. 11 : Maiſtres inertes. « Maîtres ès-arts. » Par allusion du latin magiſtri inertes avec magiſtri in artibus, nom qu’ils se donnaient eux-mêmes, et que quelques uns, par un de ces solécismes qui leur étaient si familiers, transformaient peut-être en in artes.

Page 69, l. 4 : Ruſtrement. Édit. ant. à 1535, 1535, 1537 et Dolet : Theologalement.

L. 9 et 12 : Sophiſte. Édit. ant. à 1535, 1535, 1537 et Dolet : Theologien.

L. 13 : Et commença ainſi que s’enfuit en touſſant. Le Père Ange agit à peu près de même dans les Aventures du baron de Fæneſte : « Aprés les croix, les reverences & le plonge, ayant fait branler la pointe du capuchon & celle de la barbe, touſſit en E-la, mit le haut mout devotieuſement, & craché trois fois, il commença d’une voix haute. » (Collection Lemerre, liv. IV, ch. VIII, p. 591)

Page 70, l. 1 : La harangue de maiſtre Ianotus de Bragmardo. Ce ridicule orateur a eu bien vite une réputation proverbiale. Du Fail voulant parler d’un discoureur impertinent s’écrie : « Ianotus de Bragmardo eut plus de grace. » (t. I, p. 197)

L. 4 : Ehen hen, hen, Mna dies… Et vobis Meſſieurs. En notant sa toux dans sa harangue, Janotus ne fait que se conformer à un usage adopté : « Pour ce qui est de la toux, il s’est trouvé autrefois des prédicateurs assez extravagants pour l’affecter comme une chose qui donnait de la grâce ou de la gravité à leurs discours ; témoin cet Olivier Maillard qui, en un sien sermon fait à Bruges l’an 1500, marquait les endroits de son discours où il avoit dessein de tousser, y mettant comme cela se voit en l’imprimé, hem, hem, hem. » (Traité de l’action de l’orateur, par Le Faucheux, p. 81.) — Mna dies, mauvaise prononciation, pour bona dies, « bon jour, » na dies. (Ancien Théâtre français, t. II, p. 20.) — Et vobis. « Et pour vous aussi. » On voit que, dès les premiers mots de sa harangue, Janotus entremêle le latin et le français, comme le faisaient la plupart de nos anciens prédicateurs et en particulier Menot.

L. 9 : Nous en auions bien aultresfoys refuſé de bon argent de ceulx de Londres en Cahors, ſy aidons nous de ceulx de Bourdeaulx en Brye. Ces grossières erreurs géographiques sont un des éléments de notre ancien comique. Bonaventure des Periers dit dans sa première nouvelle (p. 10) : « Ne vous ſouciez point ſi ce fut à Tours en Berry, ou à Bourges en Tourayne. » Burgaud des Marets explique autrement ce passage : « Il y a en effet un Londres, près de Marmande (Lot-et-Garonne), et un Bordeaux, près de Ville-Parisis (Seine-et-Marne). Le Duchat n’avait pas fait cette petite recherche ; il voit dans ce rapprochement une raillerie contre ceux qui parlent de ce qui les passe. L’intention de Rabelais est à la fois plus fine et plus plaisante. » La finesse serait même un peu trop grande s’il avait fallu attendre jusqu’à nos jours pour la sentir, car ces localités n’étaient pas plus connues du temps de Rabelais que maintenant, et l’on n’avait pas même alors la ressource du Dictionnaire des postes pour vérifier la plaisanterie. Je serais donc bien tenté de croire qu’il n’y a là qu’un pur hasard, une simple rencontre, et je ne puis penser que Rabelais ait voulu donner tort à ses lecteurs et raison à Janotus.

L. 20 : Six pans de ſaulcices. Ainsi dans toutes les éditions. Mais, comme il est question dans le chapitre suivant (p. 74, l. 1) de « dix pans de ſaulcice mentionnez en la ioyeuſe harangue, » il faut lire dix dans le premier passage ou ſix dans le second.

L. 22 : Domine. Ce terme qui d’ordinaire se traduit par Seigneur équivaut ici et plus bas au mot Monſieur, par lequel Janotus a commencé son discours en s’adressant à Gargantua.

L. 23 : Et vir ſapiens non abhorrebit eam. « Un homme sage n’en aura pas horreur. »

Page 71, l. 2 : Reddite que ſunt Ceſaris Ceſari, & que ſunt dei deo. « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » (S. Luc, 20, 25)

L. 3 : Ibi iacet lepus. « Là gît le lièvre. »

L. 5 : In camera… charitatis. nos faciemus bonum cherubin. « Dans la chambre de charité, nous ferons bonne chère. »

L. 6 : Ego occidi vnum porcum, & ego habet bon vino. (J’ai tué un porc, et j’ai de bon vin.) Mais de bon vin on ne peult faire mauluais latin. Janotus, qui vient de dire : ego habet bon vino, se doute confusément qu’il peut bien y avoir dans tout cela quelque petite irrégularité, mais il s’excuse par cette réflexion. Jean le Houx dit dans son quatorzième vau de vire :

Certes hoc vinum eſt bonus !

..........

Eſcolier, i’appris que le vin

Aide bien au mauuais latin.

L. 9 : De parte dei, date nobis clochas nosſtras. « Par Dieu, donnez-nous nos cloches. »

L. 10 : Ie vous donne de par la faculté vng ſermones de Vtino que vtinam vous nous baillez nos cloches. Ce que Janotus appelle vng ſermones de Vtino est un exemplaire des Sermones aurei de Sanctis Fr. Leonardi de Vtino, publiés, pour la première fois, en 1473, et dont l’auteur, Léonard Matthei, était un dominicain d’Udine ; puis il joue sur ce mot de Vtino en ajoutant comme souhait vtinam : « plaise à Dieu. »

L. 12 : Vultis etiam pardonos ? Per diem vos habebitis, & nihil poyabitis. « Voulez-vous aussi des pardons ? Pardi vous en aurez, et vous ne payerez rien. »

L. 14 : Clochidonnaminor nobis. Probablement : clochi dona minor : « donnez-nous notre petite cloche. »

L. 17 : Quæ comparata eſt iumentis inſipientibus, & ſimilis facta eſt eis, pſalmo neſcio quo. « Qui a été comparée aux bêtes de somme privées d’intelligence et est devenue semblable à elles. Psaume je ne sais lequel. » C’est le 39e, verset 21 : « Et homo, cum in honore esset, non intellexit ; comparatus est jumentis insipientibus et similis factus est illis. »

L. 19 : Eſt vnum bonum Achilles. « C’est un bon Achille. » En particulier, on appelle Achille un argument invincible par lequel Zénon d’Élée s’efforçait de nier l’existence du mouvement, en démontrant qu’une tortue, qui précéderait de quelques degrés Achille, qu’Homère nomme Achille aux pieds légers, ne pourrait jamais en être précédée. En général, ce mot s’emploie en parlant de tout argument regardé comme invincible : « Quelque choſe que leſditz marys veulent dire, & faire leur Achille de l’arreſt des ribauts mariez. » (52e arrêt d’amour, ajouté à ceux de Martial d’Auvergne.)

L. 22 : Ego ſic argumentor. « Moi, j’argumente ainsi. »

L. 23 : Omnis clocha clochabilis in clocherio clochando, clochans clochatiuo, clochare facit clochabiliter clochantes. Pariſius habet clochas. Ergo gluc. Voici la transcription de l’argumentation de Janotus, dans un français analogue au latin dont il s’est servi : « Toute cloche clochable en clochant dans le clocher, clochant par le clochatif, fait clocher clochablement les clochantes. Paris a des cloches. Donc gluc. » Dans cette recherche d’allitérations bizarres, Janotus ne fait encore que suivre des modèles admirés au moyen âge. Quant à ergo gluc ou ergo glu, voici ce qu’en dit Ménage (Dictionnaire étymologique) : « Nous nous ſervons de cette expreſſion, lorſque nous voulons dire qu’un raiſonnement ne conclut rien : qui eſt une expreſſion qui nous eſt venue de l’Univerſité… Dans le Catholicon, page 120 de la dernière édition : « Or eſt-il que tous les jeunes Curez, Prestres, & Moines de noſtre Univerſité, & nous autres Docteurs, pour la pluſpart avons eſté Promoteurs de cette Tragédie. Ergo gluc. » La véritable origine de cette expression est encore inconnue, et celles qu’on a proposées sont tellement invraisemblables qu’il est inutile de les rapporter.

L. 26 : Il eſt in tertio prime en Darii ou ailleurs. Le syllogisme en Darii est le troisième de la première espèce. Il est indiqué dans le vers technique que nous avons reproduit p. 109, dans notre note sur la ligne 13 de la page 67.*

* Pro & contra (pour et contre), feut conclud en Baralipton. Les différentes formes de syllogismes sont résumées dans les anciens traités de logique a l’aide de vers techniques ; voici le premier :

Barbara celarent Darii erio baralipton.

L. 29 : Ne me fault plus dorenauant, que bon vin, bon lict, le dos au feu, le ventre à table, & eſcuelle bien profonde. Il y a ici plusieurs expressions proverbiales que Rabelais n’a pas créées, mais qu’il a rapprochées d’une façon heureuse.

Plus n’a beſoing, tant ſa force amolit,

Que de profonde eſcuelle & de mol lict.

Cretin, Epiſtre à vne dame de Lyon, Édit. de Coustelier, 1723, p. 243)

Boire ſouuent de grand randon,

Le dos au feu, le ventre à table,

Auant partir de la maison,

C’eſt opiate prouffitable.

(Cl. Marot, Remede contre la peſte, épigr. CCLXXI, t. III)

Cette dernière expression a été employée par Jean Le Houx, constant imitateur de Rabelais :

Ayant le dos au feu & le ventre à la table.

(Vau de vire II)

L. 32 : In nomine patris & filii & ſpiritus ſancti, Amen. « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il. »

L. 34 : Dieu vous guard de mal, & noſtre dame de ſanté. C’est-à-dire, que Dieu et Notre-Dame de Santé vous gardent de mal. La construction de cette phrase est ce qu’on appelle un jeannotisme, par allusion non à Janotus, mais à Jeannot, héros des pièces de Dorvigny, qui a précédé Jocrisse. M. Littré donne le spécimen suivant de ce style : « Je viens de chercher du bouillon pour ma mère, qui est malade, dans un petit pot. »

Page 72, l. 1 : Qui viuit & regnat per omnia ſecula ſeculorum, Amen. « Qui vit et règne pendant tous les siècles des siècles, Ainsi soit-il. »

L. 3 : Verum enim vero… Conjonction, exclamations, serments, dont les orateurs ornent leurs discours, et que Janotus réunit à la lin de sa harangue, à la façon d’Arlequin qui terminait ses lettres par les points et les virgules qu’il n’avait pas su mettre à leur place.

L. 15 : Le batail feuſt d'vne queue de renard. On lit dans le Cinquieſme liure (t. III, p. 104) : « Leurs cloches eſtoient, tant de l’horloge, que de l’Egliſe, & refectoir, faictes, ſelon la diuiſe Pontiale, ſauoir eſt, de fin dumec contrepointé, & le batail eſtoit d’vne queue de renard. » En dépit de ces allégations, on ne trouve rien de pareil dans Pontanus qui, dans son dialogue intitulé Charon, se plaint à la vérité des cloches, mais en d’autres termes. Ou trouve au contraire un passage du genre de ceux-ci dans La Nef des fous, au chapitre qui a pour titre : De n’auoir cure des detractions & vaines parolles d’vn chacun.

L. 19 : Petetin petetac, ticque, torche, lorne. On lit plus loin (t. I, p. 360) : « Pantagruel… reprint le bout de ſon maſt, en frappant torche lorgne. » Le refrain du 3e couplet d’une chanson bien connue, de Clément Jannequin, sur la défaite des Suisses à Marignan (Recueil de chants historiques français, par Leroux de Lincy, Paris, Delahays, 1847, 2e série, p. 66), commence ainsi :

Donez des horions, pati, patac.

Tricque, tricque, tricque, tricque,

Tricque, tricque, tricque, tricque.

Trac, tricque, tricque, tricque,

Chipe, chope, torche, lorgne.

On voit que ces dernières expressions se rapportent toujours à un combat, à une lutte, ou, tout au moins, à une vive discussion. C’est encore le sens qu’elles ont dans ce passage des Satires de Regnier (p. 85) :

……Ainſi ces gens à ſe picquer ardents

S’en vindrcnt du parler à tic tac, torche, lorgne,

Qui caſſe le muſeau, qui ſon riual éborgne.

L. 20 : Et plus n’en dict le depoſant. Valete & plaudite. Calepinus recenſui. La première de ces formules finales appartient aux interrogatoires ; la seconde : « Portez-vous bien et applaudissez, » termine les comédies latines ; la troisième : « Moi, Calepin, j’ai revu, » est un souvenir des souscriptions des manuscrits où celui qui s’était chargé de la revision faisait connaître son nom.

Page 73, l. 1 : Le Sophiſte… eut procès contre les autres maiſtres. Édit. ant. à 1535, 1535 et 1537 : Comment le theologien… eut procès contre les Sorboniſtes.

L. 11 : Philemon, voyant vn aſne. Cette histoire, tirée du traité de Lucien intitulé De ceux qui ont longtemps vécu, et aussi de Valère Maxime (IX, 12, 6), est répétée avec un peu plus de développements dans le quart liure (ch. XVII, t. II, p. 333). Là, Philemon est appelé Philomenes. Le Duchat en conclut avec beaucoup de vraisemblance que Rabelais s’est servi, au moment où il écrivait le quart liure, du Valère Maxime in-folio publié à Paris en 1517, où ce nom est ainsi écrit. Voyez ci-dessus, p. 95, note sur la p. 43.*

* Diagoras Rodien, Chilo, Sophocles, Diony, tyrant de Sicile, Philippides, Philemon, Polycrata, Philiſtion, M. Iuuenti, & aultres qui moururent de ioye. Les succès remportés dans les jeux de la Grèce causèrent quelques-unes de ces morts violentes : Diagoras vit ses trois fils victorieux le même jour aux jeux olympiques (Aulu-Gelle) ; Chilon en eut un qui obtint la même distinction (Pline, VII, XXXII) ; Sophocle et Denys avaient remporté le prix de tragédie (Pline, VII, LIII) ;

Page 74, l. 1 : dix pans de ſaulcice. Voyez ci-dessus, p. 111, la note sur la page 70, l. 20.*

* L. 20 : Six pans de ſaulcices. Ainsi dans toutes les éditions. Mais, comme il est question dans le chapitre suivant (p. 74, l. 1) de « dix pans de ſaulcice mentionnez en la ioyeuſe harangue, » il faut lire dix dans le premier passage ou ſix dans le second.

L. 26 : In modo & figura. « En mode et en figure. »

L. 27 : Parua logicalia. « Petits traités de logique, » de Petrus Hispanus, devenu pape plus tard sous le nom de Jean XXII, publiés à Cologne, par Henri Quentel, en 1500, en 1 vol. in-8o. Voici la transcription française du dialogue latin qui suit : « Le drap pour qui suppose-t-il ? — Confusément et distributivement. — Je ne te demande pas : « Comment suppose-t-il, mais pour qui ? — C’est « pour mes jambes. » Et pour ce le porterai-je « moi-même comme le supposé porte l’apposé. » suppose-t-il ? — Confusément et distributivement. — Je note demande pas : « Comment suppose-t-il, mais pour qui ? — C’est « pour mes jambes. » Et pour ce le porterai-je « moi-même comme le supposé porte l’apposé. »

L. 32 : Ainſi l’emporta en tapinois, comme feiſt Patelin ſon drap. Dans la Farce de Patelin (p. 56), le drapier dit en parlant de ce dernier :

Dea, il s’en vint en tapinois

A tout mon drap ſous ſon aiſſelle.

Page 75, l. 1 : Acte tenu chez les Mathurins. C’est chez les Mathurins que se tenaient les assemblées de l’Université. Édit. ant. à 1535, 1535, 1537 et Dolet : Acte de Sorbonne.

L. 22 : Magiſtres. Édit. antér. à 1535, 1535, 1537 et Dolet : Sorbonicoles.

Page 76, l. 2 : Omnia orta cadunt. « Toutes choses nées tombent. » Salluste a dit au commencement de la guerre de Jugurtha : « Omniaque orta occidunt. »

L. 5 : Le dict de Chilon Lacedemonien, conſacré en Delphes, diſant miſere eſtre compaigne de proces, & gens playdoiens miſerables. « Rursus mortales oraculorum societatem dedere Chiloni Lacedæmonio, tria præcepta ejus Delphis consecrando, aureis litteris, quæ sunt hæc : Nosse se quemque, et Nihil nimium cupere, Comitemque æris alieni atque litis esse miseriam. » (Pline, Hiſtoria naturalis, VII, 32)

Page 77, l. 2 : Sophiſtes. Édit. ant. à 1535, 1535 et 1537 Juste : Sorbonagres.

L. 22 : Regens antiques. Édit. antér. à 1535, 1535, 1537 et Dolet : Regens theologiques.

L. 23 : Vanum eſt vobis ante lucem ſurgere. « Il est vain pour vous de vous lever avant le jour. » (Psaume CXXVI, 2)

Page 78, l. 19 : Par le conſeil de ſon medicin Iuif. Le médecin d’Alexandre V était Marsile de Parme.

L. 26 : Ce n’eſt tout l’aduantaige de courir bien touſt, mais bien de partir de bonne heure.

Rien ne ſert de courir ; il faut partir à point.

(La Fontaine, Le Lièvre & la Tortue)

L. 31 : Vnde verſus (D’où les vers),

Leuer matin n’eſt poinct bon heur,

Boire matin eſt le meilleur.

Rabelais parodie ici un proverbe dont le second vers est :

Mais venir à poinct eſt meilleur.

(Voyez Pierre Grosnet)

Page 79, l. 19 : Son ame eſtoit en la cuyſine. « Jamdudum animus eſt in patinis. » (Térence, L’Eunuque, IV, 8)

Page 80, l. 1 : Les Ieux de Gargantua. Cette nomenclature, qui s’est successivement accrue, est beaucoup plus complète dans l’édition de Juste, que nous reproduisons, que dans la plupart des autres. Ces deux cent quatorze jeux, peuvent, comme l’a fait remarquer Burgaud des Marets, se diviser en trois groupes : 1o Jeux de cartes. Flux (p. 80, col. I, l. 11) ; Honneurs (p. 81, c. I, l. 7). 2o Jeux de tables ou tabliers. Eſchetz (p. 81, c. I, l. 9) ; Dames (p. 81, c. I, l. 26). 3o Jeux d’enfants & d’écoliers. La babou (p. 81, c. I, l. 27) jusqu’à latin. Nous renvoyons au glossaire ce que nous avons à dire de chaque jeu en particulier.

Quant aux listes ou descriptions de jeux qu’on pourrait rapprocher de celles-ci, on en trouve dans divers ouvrages. Voyez principalement : le manuscrit de la Bibliothèque nationale intitulé : Jeux à vendre (no 835 du fonds français) ; les folios 159 et suivants des Triumphes des vertus décrits par M. Paulin Paris (Manuſcrits français, t. I, p. 290) ; Comment les paſtoureaux & paſtourelles enſemble ſe iouent en diuers ieux (Recueil de Poésies françaises, publié par A. de Montaiglon, t. X, p. 222) ; La Friquaſſée croteſtyllonnée (édit. Blanchemain, p. 9 et 61) ; Les Matinées du ſieur de Cholières, 1586 (ft. 162) ; le Voyage de M. Guillaume, 1611, in-8o, et la Véritable ſuite du Parlement burleſque de Pontoiſe, 1652, in-4o. — Plusieurs farces contiennent aussi des détails fort curieux sur certains jeux ; on peut citer la Farce de folle bobance, la Farce des cinq ſens, et surtout la Moralité des enfants de maintenant, où l’on trouve une partie de glic en action et une de franc-carreau. — Il serait curieux de connaître toutes les représentations figurées qui ont pour objet des jeux ; mais le tableau n’en a pas été dressé. Nous nous contenterons de citer, après Burgaud des Marets, les stalles de la cathédrale de Rouen, diverses sculptures et verrières de Champeaux, enfin des vitraux de Saint-Lucien de Beauvais, qui ont été transportés à Saint-Denis.

Il faut remarquer que dans l’édition de Juste, on trouve au, sans x, devant les jeux dont le nom est au pluriel : au dames, au ionchees, excepté dans : aux croquinolles, aux allouettes. Nous avons mis aux partout, en nous contentant de l’annoncer ici.

Page 85, l. 12 : Vn ſçauant medicin de celluy temps, nommé maiſtre Theodore. « Par le nom grec de ce Médecin, dit Le Duchat avec assez de vraisemblance, Rabelais donne à entendre que ce fut par un don de Dieu que Gargantua fut mis enfin sous d’autres maîtres que ceux qui jusque-là lui avoient gâté l’esprit & corrompu les mœurs. »

Ce qui importe davantage, c’est que, dans l’édition antérieure à 1535, on lit, au lieu de Theodore : Seraphin Calobarſy. Jannet et Burgaud des Marets, qui ont signalé cette curieuse variante, n’ont pas fait observer que ce nom est, comme Alcofribas Naſier, l’anagramme de Phrançois Rabelays écrit ainsi par Ph et y, ce qui n’a rien qui outrepasse les libertés qu’on se permettait alors en ce genre.

L. 19 : Comme faisoit Thimoté à ses disciples. C’est Quintilien (Institutions oratoires, II, 3) qui rapporte ce fait : « Timotheum clarum in arte tibiarum ferunt duplices ab iis, quos alius instituisset, solitum exigere mercedes. »

Page 90, l. 17 : La riuiere de Seine. Édit. antér. à 1535 : La riuiere de Loire à Montſoreau. Par une singulière distraction, Rabelais, oubliant qu’il a fait venir Gargantua à Paris, se laisse aller, ici et un peu plus loin à la page suivante, à ses souvenirs de jeunesse. Telle n’est pas l’opinion de Burgaud des Marets : « À mon avis — dit-il — il ne faut pas voir là de simples inadvertances de l’auteur, mais des traces d’une plus ancienne édition. Le théâtre des gestes de Gargantua a bien pu être dans l’origine le Poitou et la Touraine ; et les imprimeurs, peut-être Rabelais lui-même, auront, par distraction, laissé subsister ces vestiges de son ancien plan. » Burgaud des Marets est toujours préoccupé de l’idée que Gargantua est antérieur Pantagruel, et cherche à en faire remonter le premier texte le plus haut qu’il peut ; c’est ce qui lui a fait faire la supposition bien peu vraisemblable qu’il a hasardée ici.

L. 21 : Creuzoyt les rochiers, plongeoit es abyſmes & goufres. Édit. antér. à 1535 : Creuzoyt les rochiers & goufres de la foſſe de Sauigny.

Page 91, l. 22 : Depuis la porte ſainct Victor iuſques à Mont matre. Édit. antér. à 1535 : Depuis la porte de Beſſe iuſques à la fontaine de Narſay.

Page 95, l. 19 : Ceulx de Chaunys en Picardie. Leur célébrité était si grande qu’on a cru devoir, de notre temps, leur consacrer un ouvrage spécial. Voyez : Trompettes, jongleurs et singes de Chauny, par Ed. Fleury, St-Quentin, 1874, in-8o.

L. 32 : Vn ieune homme ſcelon ſon aage de bon ſens. Scelon ſon aage ne se trouve dans aucune des éditions antérieures à 1542. Burgaud des Marets pense, avec assez de vraisemblance, que ces mots n’ont pas été mis à leur véritable place, et qu’il faut peut-être lire : que peut faire ſcelon ſon aage vn ieune homme de bon ſens.

Page 96, l. 25 : Comme l’enſeigne Cato de re ruſt & Pline. Caton, dans son De re ruſtica (ch. CXI) et Pline, dans son Histoire naturelle (VII, XXXV), conseillent en effet de les verser dans un gobelet de lierre, d’où le vin s’échappe et qui conserve l’eau s’il y en a eu de mêlée au vin.

Page 97, l. 15 : argemt. Lisez argent.

L. 22 : Cuideurs de vendanges. Édit. antér. à 1535, 1535 et 1537 Juste : Cuidez de vendanges. Ce qui change un peu le sens. Les cuidez de vendanges, c’est ce qu’on a cru, ce qu’on a pensé pendant la vendange ; les cuideurs sont ceux qui ont eu ces pensées. Rabelais a dit dans la pantagrueline prognoſtication, au chapitre De Autonne (t. III, p. 251) : « Les cuidez ſeront de ſaiſon, car tel cuidera veſſir, qui baudement fiantera. »

Page 98, l. 7 : Aultres tel, epithetes diffamatoires. Sterne n’a eu garde d’oublier ce passage : « Ici sans attendre ma réponse, on m’appellera averlan faictneant, rien ne vault, traineguaine, landore, dendin, gaubregeu, guogueles et chie en lit et d’autant d’autres surnoms dégoûtants, que jamais les fouaciers de Lerné ne jetèrent au nez des bergers du roi Gargantua. » (Triſtram Shandy, l. IX, ch. CCCIV, t. IV, p. 272)

L. 29 : Vn vnzain. « On appelait onzain une monnaie courante qui valait onze deniers. Elle prit le nom de dizain, de douzain, et même de trezein, suivant la valeur que les édits lui attribuaient dans la circulation à 10, 11, 12 ou 13 deniers. Cette monnaie était un blanc, dégénérescence de l’ancien gros tournois ou sol de 12 deniers. » (Cartier, Numismatique, p. 339)

Page 99, l. 27 : Par faulte de s’eſtre ſeignez de la bonne main. De s’être signé, d’avoir fait le signe de la croix de la main droite. On sait que le côté gauche (sinister, d’où sinistre) est regardé comme de mauvais présage ; et il ne manque pas encore aujourd’hui de femmes qui s’alarment quand par malheur elles ont en se levant passé la manche gauche de leur vêtement la première.

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