Le Tiers Livre (page 6)
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{\displaystyle \left\{{\begin{matrix}\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\end{matrix}}\right.}
Pa. f. de haulte game. f. de b quarre & de b mol. f. terrien. f. ioyeulx & folaſtrant. f. iolly & folliant. f. à pompettes. f. à pilettes. f. à ſonnettes. f. riant & Venerien. f. de ſoubſtraicte. f. de mere goutte. f. de la prime cuuée. f. de montaiſon. f. original. f. Papal. f. conſiſtorial. f. conclauiſte. f. buliſte. f. ſynodal. f. Epiſcopal. f. Doctoral. f. Monachal. f. fiſcal. f. extrauaguant. f. à bourlet. f. à ſimple tonſure. f. cotal. f. gradué nommé en follie. f. commenſal. f. premier de ſa licence. f. caudataire. f. de ſupererogation. f. collateral. f. alateré alteré. f. niais. f. paſſagier. f. branchier. f. aguard. f. gentil. f. maillé. f. pillart. f. reuenu de queue. f. griays. f. radotant. f. de ſoubarbade. f. bourſouflé. f. ſupercoquelicantieux. f. corollaire. f. de leuant. f. ſoubelin. f. cramoiſy. f. tainct en graine. f. bourgeoys. f. viſtempenard. f. de gabie. f. modal. f. de ſeconde intention. f. Tacuin. f. heteroclite. f. Sommiſte. f. Abreuiateur. f. de morisque. f. bien bullé. f. mandataire. f. capuſſionnaire. f. titulaire. f. Tapinois. f. rebarbatif. f. bien mentulé. f. mal empieté. f. couilart. f. grimault. f. eſuenté. f. culinaire. f. de haulte fuſtaie. f. contrehaſtier. f. marmiteux. f. catarrhé. f. braguart. f. à xxiiij caratz. f. bigearre. f. guinguoys. f. à la Martingualle. f. à baſtons. f. à marotte. f. de bons bies. f. à la grande laiſe. f. trabuchant. f. ſuſanné. f. de ruſtrie. f. à plain buſt. f. guourrier. f. guourgias. f. d’arrachepied. f. de Rebus. f. à patron. f. à chapron. f. à double rebras. f. à la Damaſquine. f. de tauchie. f. d’azemine. f. barytonnant. f. mouſcheté. f. à eſpreuue de hacquebutte.
Pant. Si raiſon eſtoit pourquoy iadis en Rome les Quirinales on nommoit la feſte des folz, iuſtement en France on pourroit inſtituer les Triboulletinales. Pan. Si tous folz portoient cropiere, il auroit les feſſes bien eſcorchées. Pant. S’il eſtoit Dieu Fatuel, du quel auons parlé, mary de la diue Fatue, ſon pere ſeroit Bonadies, ſa grande mere Bonedée. Pan. Si tous folz alloient les ambles, quoy qu’il ayt les iambes tortes, il paſſeroit de vne grande toiſe. Allons vers luy ſans ſeiourner. De luy aurons quelque belle reſolution, ie m’y attends. Ie veulx (diſt Pantagruel) aſſiſter au iugement de Bridoye. Ce pendent que ie iray en Myrelingues, (qui eſt dela la riuiere de Loyre) ie depeſcheray Carpalim pour de Bloys icy amener Triboullet. Lors feut Carpalim depeſché. Pantagruel acompaigné de ſes domeſticques Panurge, Epiſtemon, Ponocrates, frere Ian, Gymnalle, Rhizotome, & aultres print le chemin de Myrelingues.
Comment Pantagruel aſſiſte au iugement du iuge Bridoye, lequel ſententioit les procés au fort des dez.
Chapitre XXXIX.
v iour ſubſequent à heure de l’aſſignation Pantagruel arriua en Myrelingues. Les Preſident, Senateurs, & Conſeilliers le prierent entrer auecques eulx, & ouyr la deciſion des cauſes & raiſons que allegueroit Bridoye, pourquoy auroit donné certaine ſentence contre l’eſleu Toucheronde, laquelle ne ſembloit du tout æquitable à icelle Court centumuirale. Pantagruel entre voluntiers : & là trouue Bridoye on mylieu du parquet aſſis : & pour toutes raiſons & excuſes rien plus ne reſpondent, ſi non qu’il eſtoit vieulx deuenu, & qu’il n’auoit la veue tant bonne comme de coultume : alleguant pluſieurs miſeres & calamitez que vieilleſſe apporte auecques ſoy, les quelles not. per Archid. d. lxxxvj. c. tanta. Pourtant ne congnoiſſoit il tant diſtinctement les poinctz des dez, comme auoit faict par le paſſé. Dont pouoit eſtre, qu’en la façon que Iſaac vieulx & mal voyant print Iacob pour Eſaü : ainſi à la deciſion du procés, dont eſtoit queſtion, il auroit prins vn quatre pour vn cinq : notamment referent que lors il auoit vſé de ſes petits dez. Et que par diſpoſition de droict les imperfections de Nature ne doibuent eſtre imputées à crime, comme apert ff. de re milit. l. qui cum vno. ff. de reg. iur. l. fere. ff. de edil. ed. per totum. ff. de term. mo. l. Diuus Adrianus reſolu. per Lud. Ro. in l. ſi verò. ff. ſolu. matri. Et qui aultrement ſeroit, non l’home accuſeroit, mais Nature, comme eſt euident in l. maximum vitium. C. de lib. præter.
Quelz dez (demandoit Trinquamelle grand Præſident d’icelle court) mon amy, entendez vous ? Les dez (reſpondit Bridoye) des iugemens, Alea iudiciorum, des quelz eſt eſcript par doct. 26. q. ij. c. Sors l. nec emptio. ff. de contrah. empt. l. quod debetur. ff. de pecul. & ibi Barthol. Et des quelz dez vous aultres meſſieurs ordinairement vſez en ceſte voſtre court ſouueraine, auſſi font tous aultres iuges en deciſion des procés, ſuyuans ce qu’en a noté D. Henr. Ferrandat. & no. gl. in c. fin. de ſortil. & l. fed cum ambo. ff. de iudi. vbi doct. notent que le ſort eſt fort bon, honeſte, vtile & neceſſaire à la vuidange des procés & diſſentions. Plus encores apertement l’ont dict Bal. Bart. & Alex. C. communia de l. Si duo.
Et comment (demandoit Trinquamelle) faictez vous, mon amy ? Ie (reſpondit Bridoye) reſponderay brieſuement ſcelon l’enſeignement de la l. Ampliorem. §. in refutatoriis. C. de appella. & ce que dit Gl. l. j. ff. quod met. eau. Gaudent breuitate moderni. Ie fays comme vous aultres meſſieurs, & comme eſt l’vſance de iudicature : à laquelle nos droictz commendent touſiours deferer, vt no. extra, de conſuet. c. ex literis. & ibi Innoc. Ayant bien veu, reueu, leu, releu, paperaſſé, & feueilleté les complaintes, adiournemens, comparitions, commiſſions, informations, auant procedez, productions, alleguations, intendictz, contredictz, requeſtes, enqueſtes, repliques, dupliques, tripliques, eſcriptures, reproches, griefz, ſaluations, recollemens, confrontations, acarations, libelles, apoſtoles, letres royaulx, compulſoires, declinatoires, anticipatoires, euocations, enuoyz, renuoyz, concluſions, fins de non proceder, apoinctemens, reliefs, confeſſions, exploictz & aultres telles dragées & eſpiſſeries d’vne part & d’aultre, comme doibt faire le bon iuge ſcelon qu’en a no. Spec. de ordinario. §. iij. & tit. de offi. om. iu. §. ſi. & de reſcriptis præſenta. §. j. Ie poſe ſus le bout de table en mon cabinet tous les ſacs du defendeur : & luy liure chanſe premierement, comme vous aultres meſſieurs. Et eſt not. l. Fauorabiliores. ff. de reg. iur. & in c. cum ſunt eod. tit. lib. vj. qui dict. Cum ſunt partium iura obſcura, reo fauendum eſt potius quàm actori. Cela faict, ie poſe les ſacs du demandeur, comme vous aultres meſſieurs, ſus l’aultre bout viſum viſu. Car, oppoſita iuxta ſe poſita magis eluceſcunt, vt not. in l. j. §. videamus. ff. de his qui ſunt ſui vel alie. iur. & in l. munerum. j. mixta. ff. de muner. & honor. Pareillement & quant & quand ie luy liure chanſe.
Mais (demandoit Trinquamelle) mon amy, à quoy congnoiſſez vous l’obſcurité des droictz prætenduz par les parties playdoiantes ? Comme vous aultres meſſieurs, (reſpondit Bridoye) ſçauoir eſt, quand il y a beaucoup de ſacs d’vne part & de aultre. Et lors ie vſe de mes petiz dez, comme vous aultres meſſieurs, ſuyuant la loy. Semper in ſtipulationibus. ff. de reg. iur. & la loy verſale verſiſiéeq ; eod. tit. Semper in obſcuris quod minimum eſt ſequimur. canonizée in c. in obſcuris eod. tic. lib. vi. I’ay d’aultres gros dez bien beaulx & harmonieux, des quelz ie vſe, comme vous aultres meilleurs, quand la matiere eſt plus liquide, c’eſt à dire, quand moins y a de ſacs.
Cela faict, (demandoit Trinquamelle) comment ſentenciez vous, mon amy ? Comme vous aultres meſſieurs, reſpondit Bridoye, pour celluy ie donne ſentence duquel la chanſe liurée par le ſort du dez iudiciaire, Tribunian, prætorial, premier aduient. Ainſi commendent nos droictz. ff. qui po. in pig. l. potior. leg. creditor. C. de conſul. l. j. Et de reg. iur. in vj. Qui prior eſt tempore, potior eſt iure.
Comment Bridoye expoſe les cauſes pourquoy il viſitoit les procés qu’il decidoit par le fort des dez.
Chapitre XL.
oyre mais (demandoit Trinquamelle) mon amy, puis que par ſort & iect des dez vous faictez vos iugemens, pourquoy ne liurez vous ceſte chanſe le iour & heure propre que les parties controuerſes comparent par dauant vous, ſans aultre delay ? De quoy vous ſeruent les eſcriptures & aultres procedures contenues dedans les ſacs ? Comme à vous aultres meſſieurs (reſpondit Bridoye) elles me ſeruent de trois choſes exquiſes, requiſes, & autenticques. Premierement pour la forme, en omiſſion de laquelle ce qu’on a faict n’eſtre valable prouue treſbien Spec. tit. de inſtr. edi. & tit. de reſcrip. præſent. D’aduantaige vous ſçauez trop mieux que ſouuent en procedures iudiciaires les formalitez deſtruiſent les materialitez & ſubſtances. Car forma mutata mutatur ſubstantia. ff. ad exhib. l. Iulianus ff. ad leg. falcid. l. Si is qui quadringenta. Et extra, de deci. c. ad audientiam, & de celebra, miſs. c. in quadam.
Secondement comme à vous aultres meſſieurs, me ſeruent d’exercice honeſte & ſalutaire. Feu M. Othoman Vadare grand Medicin, comme vous diriez. C. de comit. & archi. lib. xij. m’a dict maintes foys que faulte d’exercitation corporelle eſt cauſe vnicque de peu de ſanté & briefueté de vie de vous aultres meſſieurs, & tous officiers de iuſtice. Ce que treſbien auant luy eſtoit noté par Bart. in l. j. C. de ſenten. quæ pro eo quod. Pourtant ſont comme à vous aultres meſſieurs, à nous conſecutiuement, quia accessorium naturam sequitur principalis, de reg. iur. lib. vj. & l. cum principalis. & l. nihil dolo. ff. eod. titu. ff. de fideiuſſo. l. fideiuſſor. & extra de offi. de leg. c. j. concedez certains ieuz d’exercice honeſte & recreatif, ff. de al. lus. & aleat. l. ſolent. & autent. vt omnes obediant, in princ coll. vij. & ff. de præſcript. verb. l. ſi gratuitam. & l. j. C. de ſpect. lib. xj. Et telle eſt l’opinion D. Thomæ in ſecunda ſecundæ quæſt. clxviij bien à propous alleguée per D. Alber. de Rof. lequel ſuit magnus practicus & docteur ſolennel, comme atteſte Barbatia in prin. conſil. La raiſon eſt expoſée per gl. in proœmio. ff. §. ne autem tertij.
Interpone tuis interdum gaudia curis.
De faict vn iour en l’an. 1489. ayant quelque affaire burſal en la chambre de meſſieurs les Generaulx, & y entrant par permiſſion pecuniaire de l’huiſſier, comme vous aultres meſſieurs ſçauez que pecuniæ obediunt omnia, & l’a dict Bald. in l. Singularia. ff. ſi certum pet. & Salic, in l. recepticia. C. de conſtit, pecun. & Card. in Cle. j. de baptis. Ie les trouuay tous iouans à la mouſche par exercice ſalubre auant le paſt, ou apres : il m’eſt indifferent pourueu que hic no. que le ieu de la mouſche eſt honeſte, ſalubre, antique, & legal à Muſco inuentore. de quo. C. de petit, hæred. l. ſi poſt motam : & Muſcarii i. ceulx qui iouent à la mouſche ſont excuſables de droict l. j. C. de excus. artif. lib. x. Et pour lors eſtoit de mouſche M. Tielman Picquet, il m’en ſoubuient : & rioyt de ce que meſſieurs de la dicte chambre guaſtoient tous leurs bonnetz à force de luy dauber ſes eſpaules : les diſoit ce nonobſtant n’eſtre de ce deguaſt de bonnetz excuſables au retour du palais enuers leurs femmes par c. i. extra de præſump. & ibi gl. Or reſolutoriè loquendo ie diroys comme vous aultres meilleurs, qu’il n’eſt exercice tel, ne plus aromatiſant en ce monde Palatin, que vuider ſacs, feueilleter papiers, quotter cayers, emplir paniers, & viſiter procés, ex Bart. & Io. de pra. in l. falſa. de condit. & demon, ff.
Tiercement, comme vous aultres meſſieurs, ie conſydere que le temps meuriſt toutes choſes : par temps toutes choſes viennent en euidence : le temp eſt pere de Verité, gl. in l. j. C. de ſeruit. Autent. de reſtit. & ea quæ pa. & Spec. tit. de requis. cons. C’eſt pourquoy, comme vous aultres meſſieurs ie ſurſoye, delaye, & differe le iugement : affin que le procés bien ventilé, grabelé, & debatu vieigne par ſucceſſion de temps à ſa marurité : & le ſort par apres aduenent ſoit plus doulcettement porté des parties condemnées, comme no. glo. ff. de excu. tut. l. Tria onera. Portatur leuiter quod porcat quiſque libenter. Le iugeant crud, verd, & au commencement, dangier ſeroit de l’inconuenient que diſent les Medicins aduenir, quand on perſe vn apoſteme auant qu’il ſoit meur, quand on purge du corps humain quelque humeur nuyſant auant ſa concoction. Car comme eſt eſcript in Autent. Hæc conſtit, in inno. conſt. prin. & le repete gl. in c. Cæterum. extra de iura. calum. Quod medicamenta morbis exhibent, hoc iura negotiis. Nature d’aduentaige nous inſtruict cuillir & manger les fruictz quand ilz ſont meurs. Inſtit. de re. di. §. is ad quem. &. ff. de acti. empt. l. Iulianus. Marier les filles, quand elles ſont meures, ff. de donat. int. vir. & vxo. l. cùm hic ſtatus. §. ſi quia ſponſa. & 27. q. j. c. Sicut dict gl. Iam matura thoris plenis adoleuerat annis Virginitas, Rien ne faire qu’en toute maturité, xxiij. q. ij. §. vlt. & xxxiij. d. c. vlt.
Comment Bridoye narre l’hiſtoire de l’apoincteur de procés.
Chapitre XLI.
l me ſouuient à ce propos (diſt Bridoye continuant) que on temps que i’eſtudiois à Poiſtiers en droict ſoubs Brocadium iuris, eſtoit à Semerue vn nommé Perrin Dendin, home honorable, bon laboureur, bien chantant au letrain, home de credit, & aagé autant que le plus de vous aultres meſſieurs : lequel diſoit auoir veu le grand bon home Concile de Latran auecques ſon gros Chappeau rouge, enſemble la bonne dame Pragmaticque Sanction ſa femme auecques ſon large tiſſu de ſatin pers, & ſes groſſes patenoſtres de Gayet. Ceſtuy home de bien apoinctoit plus de procés, qu’il n’en eſtoit vuidé en tout le palais de Poiſtiers, en l’auditoire de Monſmorillon, en la halle de Parthenay le vieulx. Ce que le faiſoit venerable en tout le voiſinage. De Chauuigny, Noüaillé, Croutelles, Aiſgne, Legugé, La motte, Luſignan, Viuonne, Mezeaulx, Eſtables, & lieux confins tous les debatz, procés & differens, eſtoient par ſon deuis vuidez, comme par iuge ſouuerain, quoy que iuge ne feuſt, mais home de bien. Arg. in l. ſed ſi vnius. ff. de iureiu. & de verb. oblig. l. continuus. Il n’eſtoit tué pourceau en tout le voiſinage, dont il n’euſt de la haſtille & des boudins. Et eſtoit presque tous les iours de banquet, de feſtin, de nopces, de commeraige, de releuailles, & en la tauerne : pour faire quelque apoinctement, entendez. Car iamais n’apoinctoit les parties, qu’il ne les feiſt boyre enſemble par ſymbole de reconciliation, d’accord perfaict, & de nouuelle ioye. vt no. per doct. ff. de peri. & comm. rei vend. l. i.
Il eut vn filz nommé Tenot Dendin, grand hardeau, & gualant home, ainſi m’aiſt Dieu, lequel ſemblablement voulut s’entremettre d’appoincter les plaidoians : comme vous ſçauez que,
Sæpe ſolet ſimilis filius eſſe patri,
Et ſequitur leuiter filia matris iter.
vt ait gl. vj. q. j c. Si quis. g. de conf. d. v. c. j. ſi. & est no. per doct. C. de impu. & aliis subst. l. vlt. & 1. legitimæ, ff. de stat. hom. gl. in l. quod si nolit. ff. de edil. ed. l. quis, C. ad le. Iul. maiest. Excipio filios à moniali ſuſceptos ex monacho, per gl. in c. Impudicas. xxvii. q. 1. Et ſe nommoit en ſes tiltres, L’apoincteur des procés. En ceſtuy negoce tant eſtoit actif & vigilant. Car vigilantibus iura ſubueniunt, ex. l. pupillus. ff. quæ in fraud. cred. & ibid. l. non enim. & inſtit. in proœmio : que incontinent qu’il ſentoit. vt. ff. ſi quad. pau. ſec. l. Agaſo. gl. in verbo. olfecit. i. naſum ad culum poſuit, & entendoit par pays eſtre meu procés ou debat, il ſe ingeroit d’apoincter les parties. Il eſt eſcript. Qui non laborat, non manige ducat, & le dict gl. ff. de dam. infect. l. quamuis. & Currere plus que le pas vetullam compellit egeſtas. vetulam compellit egeſtas. gl. ff. de lib. agnos. l. Si quis. pro qua facit. l. ſi plures C. de cond. incer. Mais en tel affaire il feut tant malheureux, que iamais n’apoincta different quelconcques, tant petit feuſt il que ſçauriez dire. En lieu de les apoincter, il les irritoit & aigriſſoit d’aduentaige. Vous ſçauez, meſſieurs, que,
Sermo datur cunctis, animi ſapientia paucis.
gl. ff. de alie. iu. mu. caus, ſa. l. ij. Et diſoient les tauerniers de Semarue, que ſoubs luy en vn an ilz n’auoient tant vendu de vin d’apoinctation, (ainſi nommoient ilz le bon vin de Legugé) comme ilz faiſoient ſoubz ſon pere en demie heure. Aduint qu’il s’en plaignit à ſon pere, & referoit les cauſes de ce meſhaing en la peruerſité des homes de ſon temps, franchement luy obiectant : que ſi on temps iadis le monde euſt eſté ainſi peruers, playdoiart, detraué, & inapoinctable, il ſon pere, n’euſt acquis l’honneur & tiltre d’Apoincteur tant irrefragable, comme il auoit. En quoy faiſoit Tenot contre le droict, par lequel eſt es enfans defendu reprocher leurs propres peres per gl. & Bar. l. iij. §. Si quis. ff. de condi. ob cauſ. & autent. de nup. §. Sed quod sancitum coll. iiij. Il fault (reſpondit Perrin) faire aultrement, Dendin mon filz. Or quand oportet vient en place, il conuient qu’ainſi ſe face. gl. C. de appell. l. eos etiam. Ce n’eſt là que giſt le Lieure. Tu n’apoincte iamais les differens. Pour quoy ? Tu les prens des le commencement eſtans encores verds & cruds. le les apoincte tous. Pourquoy ? Ie les prens ſur leur fin bien meurs & digerez. Ainſi dict gl.
Dulcior eſt fructus poſt multa pericula ductus.
l. non moricurus. C. de contrah. & comit. ſtip. Ne ſçaiz tu qu’on dict en prouerbe commun, Heureux eſtre le medicin, qui eſt appellé ſus la declination de la maladie ? La maladie de ſoy criticquoit, & tendoit à fin encores que le medicin n’y ſuruint. Mes plaidoieurs ſemblablement de ſoy meſmes declinoient on dernier but de playdoirie : car leurs bourſes eſtoient vuides : de ſoy ceſſoient pourſuyure & ſolliciter : plus d’aubert n’eſtoit en fouillouſe pour ſolliciter & pourſuyure.
Deficiente pecu, deficit omne, nia.
Manquoit ſeulement quelqu’vn qui feuſt comme paranymphe & mediateur, qui premier parlaſt d’apoinctement, pour ſoy ſauluer l’vne & l’aultre partie de ceſte pernicieuſe honte, qu’on euſt dict, ceſtuy cy premier s’eſt rendu : il a premier parlé d’apoinctement : il a eſté las le premier : il n’auoit le meilleur droict : il ſentoit que le baſt le bleſſoit. Là (Dendin) ie me trouue à propous, comme lard en poys. C’eſt mon heur. C’eſt mon guaing. C’eſt ma bonne fortune. Et te diz (Dendin mon filz iolly) que par ceſte methode, ie pourrois paix mettre, ou treues pour le moins, entre le grand Roy & les Venitiens : entre l’empereur & les Suiſſes, entre les Anglois & les Eſcoſſois : entre le Pape & les Ferrarois. Iray ie plus loing ? Ce m’aiſt Dieu, entre le Turc & le Sophy : entre les Tartres & les Moſcouites. Entends bien. Ie les prendrois ſus l’inſtant que les vns & les aultres ſeroient las de guerroier : qu’ilz auroient vuidé leurs coffres : expuiſé les bourſes de leurs ſubiectz : vendu leur dommaine : hypothequé leurs terres : conſumé leurs viures & munitions. Là de par Dieu ou de par ſa mere force forcée leurs eſt reſpirer, & leurs felonnies moderer. C’eſt la doctrine in gl. xxxvii. d. c. Si quando.
Odero ſi potero, ſi non, inuitus amabo.
Comment naiſſent les procés, & comment ilz viennent à perfection.
Chapitre XLII.
’est pourquoy (diſt Bridoye continuant) comme vous aultres meſſieurs, ie temporize attendant la maturité du procés, & ſa perfection en tous membres : ce ſont eſcriptures & ſacs. Arg. in l. ſi maior. C. commu. diui. & de conf. d. 1. c. Solennitates. & ibi gl. Vn procés à ſa naiſſance premiere me ſemble, comme à vous aultres meſſieurs, informe & imperfaict. Comme vn Ours naiſſant n’a pieds ne mains, peau, poil, ne teſte : ce n’eſt qu’vne piece de chair rude & informe. L’ourſe à force de leicher la mect en perfection des membres, vt no. doct. ff. ad leg. Aquil. l. ii. in ſi. Ainſi voy ie, comme vous aultres meſſieurs, naiſtre les procés à leurs commencemens informes & ſans membres. Ilz n’ont qu’vne piece ou deux : c’eſt pour lors vne laide beſte. Mais lors qu’ilz ſont bien entaſſés, enchaſſés, & enſachez, on les peut vrayement dire membruz & formez. Car forma dat eſſe rei. l. ſi is qui. ff. ad leg. falci. in c. cum dilecta extra de reſcrip. Barbatia conſil. 12. lib. 2. & dauant luy Bald. in c. vlti. extra de conſue. & l. Iulianus. ff. ad exib. & l. quæſitum. ff. de lega iii. La maniere eſt telle que dict gl. p. q. j. c. Paulus. Debile principium melior fortuna ſequetur. Comme vous aultres meſſieurs, ſemblablement les ſergens, huiſſiers, appariteurs, chiquaneurs, procureurs, commiſſaires, aduocatz, enqueſteurs, tabellions, notaires, grephiers, & iuges pedanées, de quibus tit. ell lib. iij. Cod, ſugſans bien fort & continuellement les bourſes des parties, engendrent à leurs procés teſte, pieds, gryphes, bec, dents, mains, venes, arteres, nerfz, muſcles, humeurs. Ce ſont les ſacs. gl. de conf. d. iiij. c. accepiſti. Qualis veſtis erit, talia corda gerit. Hic no. qu’en ceſte qualité plus heureux ſont les plaidoyans que les miniſtres de Iuſtice. Car, beatius eſt dare, quàm accipere. ff. comm. l. iij. & extra de celebra, miſs. c. cùm Marthæ. Et 24. q. j. c. Odi. gl. Affectum dantis penſat cenſura tonantis. Ainſi rendent le procés perfaict gualant & bien formé : comme dict gl. can. Accipe, ſume, cape, ſunt Verba placentia Papæ. Ce que plus apertement a dict Alber. de Rof. in verb. Roma.
Roma manus rodit, quas rodere non valet odit.
Dantes cuſtodit, non dantes ſpernit & odit.
Raiſon pourquoy ? Ad præſens oua cras pullis ſunt meliora. vt eſt glo. in. l. quum hi. ff. de tranſac. L’inconuenient du contraire ell mis in gl. C. de allu. l. ſi. Cum labor in damno eſt, creſcit mortalis egeſtas. La vraye etymologie de Procés eſt en ce qu’il doibt auoir en ſes prochatz prou ſacs. Et en auons brocards deificques. Litigando iura creſcunt. Litigando ius acquiritur. Item gl. in c. Illud ext. de præſumpt. &. C. de prob. l. inſtrumenta. l. non epiſtolis. l. non nudis.
Et cum non proſunt ſingula, multa iuuant.
Voyre mais (demandoit Trinquamelle) mon amy, comment procedez vous en action criminelle, la partie coulpable prinſe flagrante crimine ? Comme vous aultres meſſieurs, (reſpondit Bridoye) ie laiſſe & commende au demandeur dormir bien fort pour l’entrée du procés : puys dauant moy conuenir, me apportant bonne & iuridicque atteſtation de ſon dormir ſcelon la gl. 32. q. vij. c. Si quis cum. Quandoque bonus dormitat Homerus. Ceſtuy acte engendre quelque aultre membre, de celluy là naiſt vn aultre, comme maille à maille eſt faict le aubergeon. En fin ie trouue le procés bien par informations formé & perfaict en ſes membres. Adoncques ie retourne à mes dez. Et n’eſt par moy telle interpollation ſans raiſon faicte & experience notable.
Il me ſouuient que on camp de Stokolm, vn Guaſcon nommé Gratianauld natif de Sainſeuer, ayant perdu au ieu tout ſon argent : & de ce grandement faſché : comme vous ſçauez que, pecunia eſt alter ſanguis, vt ait Anto. de Butrio in. c. accedens. ij. extra vt lit. non conteſt. & Bald. in. l. ſi tuis. C. de op. li. per no. &. l. aduocati. C. de aduo. diu. iud. Pecunia eſt vita hominis, & optimus fideiuſſor in neceſſitatibus : à l’iſſue du berland dauant tous ſes compaignons diſoit à haulte voix. Pao cap de bious, hillotz, que mau de pippe bous treſbyre : ares que pergudes ſont les mies bingt & quouatte baguettes, ta pla donnerien picz, trucz, & patactz. Sey degun de bous aulx, qui boille truquar ambe iou à belz embiz ? Ne reſpondent perſone, il paſſe on camp des Hondreſpondres, & reïteroit ces meſmes parolles, les inuitant à combatre auecques luy. Mais les ſuſdictz diſoient. Der Guaſcongner thut ſchich vſz mite eim iedem ze ſchlagen, aber er iſt geneigter zu ſtaelen : darumb, lieben frauuen, hend ſerg zu inuerm haufraut. Et ne ſe offrir au combat perſone de leur ligue. Pourtant paſſe le Guaſcon au camp des auenturiers François, diſant ce que deſſus, & les inuitant au combat guaillardement auecques petites gambades Guaſconicques. Mais perſone ne luy reſpondit. Lors le Guaſcon au bout du camp ſe coucha pres les tentes du gros Chriſtian cheuallier de Griſſé, & s’endormit. Sus l’heure vn aduenturier ayant pareillement perdu tout ſon argent, ſortit auecques ſon eſpée, en ferme deliberation de combatre auecques le Guaſcon : veu qu’il auoit perdu comme luy.
Ploratur lachrymis amiſſa pecunia veris,
dict gloſ. de pœnitent. diſt. 3. c. Sunt plures. De faict l’ayant cherché par my le camp, finablement le trouua endormy. Adoncques luy diſt, Sus ho, Hillot de tous les Diables, leue toy : i’ay perdu mon argent, auſſi bien que toy. Allons nous battre guaillard, & bien à poinct frotter noſtre lard. Aduiſe que mon verdun ne ſoit poinct plus long que ton eſpade. Le Guaſcon tout eſblouy luy reſpondit. Cap de sainſi Arnault, quau feys tu, qui me rebelliez ? Que mau de taouerne te gyre. Ho ſainct Siobe cap de Guaſcoigne, ta pla dormie iou, quand aquoeſt taquain me bingut eſtée. L’aduenturier le inuitoit derechef au combat, mais le Guaſcon luy diſt. Hé paouret, ïou te eſquinerie ares que ſon pla repoſat. Vayne vn pauc qui te poſar com ïou, pueſſe truqueren. Auecques l’oubliance de ſa perte il auoit perdu l’enuie de combatre. Somme, en lieu de ſe batre, & ſoy par aduenture entretuer, ilz allerent boyre enſemble, chaſcun ſus ſon eſpée. Le ſommeil auoit faict ce bien, & pacifié la flagrante fureur des deux bons champions. Là compete le mot doré de Ioan. And. in. c. vit. de ſent. & re iudic. libro ſexto. Sedendo & quieſcendo fit anima prudens.
Comment Pantagruel excuſe Bridoye ſus les iugemens faictz au ſort des dez.
Chapitre XLIII.
tant ſe teut Bridoye. Trinquanielle luy commenda iſſir hors la chambre du parquet. Ce que feut faict. Allors diſt à Pantagruel. Raiſon veult, Prince treſauguſte, non par l’obligation ſeulement, en laquelle vous tenez par infinis biensfaictz ceſtuy parlement, & tout le marquiſat de Myrelingues : mais auſſi par le bon ſens, diſcret iugement, & admirable doctrine, que le grand Dieu dateur de tous biens a en vous poſé, que vous præſentons la deciſion de ceſte matiere tant nouuelle, tant paradoxe, & extrange de Bridoye, qui vous præſent, voyant, & entendent, a confeſſé iuger au ſort des dez. Si vous prions que en veueillez ſententier comme vous ſemblera iuridicque & æquitable.
A ce reſpondit Pantagruel. Meſſieurs, mon eſtat n’eſt en profeſſion de decider procés, comme bien ſçauez. Mais puys que vous plaiſt me faire tant d’honneur, en lieu de faire office de luge, ie tiendray lieu de Suppliant. En Bridoye ie recongnois pluſieurs qualitez, par les quelles me ſembleroit pardon du cas aduenu meriter. Premierement vieilleſſe, ſecondement ſimpleſſe : es quelles deux vous entendez trop mieulx quelle facilité de pardon, & excuſe de mesfaict, nos droictz & nos loix oultroyent. Tiercement ie recongnois vn aultre cas pareillement en nos droictz deduict à la faueur de Bridoye, c’eſt que ceſte vnique faulte doibt eſtre abolie, extainde, & abſorbée en la mer immenſe de tant d’equitables ſentences qu’il a donné par le paſſé : & que par quarante ans & plus on n’a en ay trouué acte digne de reprehenſion : comme ſi en la riuiere de Loyre ie ieſtois vne goutte d’eaue de mer, pour ceſte vnique goutte perſone ne la ſentiroit, perſone ne la diroit ſallée. Et me ſemble qu’il y a ie ne ſçay quoy de Dieu, qui a faict & diſpenſé, qu’à ces iugemens de ſort toutes les præcedentes ſentences ayent eſté trouuées bonnes en ceſte voſtre venerable & ſouueraine court : lequel comme ſçauez veult ſouuent ſa gloire apparoiſtre en l’hebetation des ſaiges, en la depreſſion des puiſſans, & en l’erection des ſimples & humbles. Ie mettray en obmiſſion toutes ces choſes : ſeulement vous priray, non par celle obligation que pretendez à ma maiſon, laquelle ie ne recongnois, mais par l’affection ſyncere que de toute ancienneté auez en nous congneue tant deçà que delà Loire en la mainctenue de voſtre eſtat & dignitez, que pour celle fois luy veueillez pardon oultroyer. Et ce en deux conditions. Premierement ayant ſatisfaict ou proteſtant ſatisfaire à la partie condemnée par la ientence dont eſt queſtion. A ceſtuy article ie donneray bon ordre & contentement. Secondement qu’en ſubſide de ſon office vous luy bailliez quelqu’vn plus ieune docte, prudent, perit, & vertueux conſeiller : à l’aduis duquel dorenauant fera ſes procedures iudiciaires. En cas que le vouluſſiez totalement de ſon office depoſer, ie vous priray bien fort me en faire vn præſent & pur don. Ie trouueray par mes royaulmes lieux aſſés & eſtatz pour l’employer & me en ſeruir. A tant ſuppliray le bon Dieu createur, ſeruateur, & dateur de tous biens, en ſa faincte grace perpetuellement vous maintenir.
Ces motz dictz, Pantagruel feiſt reuerence à toute la court, & ſortit hors le parquet. A la porte trouua Panurge, Epiſtemon, frere Ian, & aultres. Là monterent à cheual pour s’en retourner vers Gargantua. Par le chemin Pantagruel leurs comptoit de poinct en poinct l’hiſtoire du iugement de Bridoye. Frere Ian diſt qu’il auoit congneu Perrin Dendin on temps qu’il demouroit à la Fontaine le Conte ſoubs le noble abbé Ardillon. Gymnaſte diſt qu’il eſtoit en la tente du gros Chriſtian cheuallier de Criſſé, lors que le Guaſcon reſpondit à l’aduenturier. Panurge faiſoit quelque difficulté de croire l’heur des iugemens par ſort, meſmement par ſi long temps. Epiſtemon diſt à Pantagruel. Hiſtoire parallele nous compte lon d’vn Præuoſt de Monſlehery. Mais que diriez vous de ceſtuy heur des dez continué en ſuccés de tant d’années ? Pour vn ou deux iugemens ainſi donnez à l’aduenture ie ne me eſbahirois, meſmement en matieres de foy ambigues, intrinquées, perplexes, & obſcures.
Comment Pantagruel racompte vne eſtrange hiſtoire des perplexitez du iugement humain.
Chapitre XLIIII.
omme feut (diſt Pantagruel) la controuerſe debatue dauant Cn. Dolabella, proconſul en Aſie. Le cas eſt tel. Vne femme en Smyrne de ſon premier mary eut vn enfant nommé Abecé. Le mary defunct, apres certain temps elle ſe remaria : & de ſon ſecond mary eut vn filz nomme Effege. Aduint (comme vous ſçauez que rare eſt l’affection des peratres, vitrices, nouerces, & meratres enuers les enfans des defuncts premiers peres & meres) que ceſtuy mary & ſon filz occultement, en trahiſon, de guet à pens, tuerent Abecé. La femme entendent la trahiſon & meſchanſeté ne voulut le forfaict reſter impuny : & les feiſt mourir tous deux, vengeante la mort de ſon filz premier. Elle feut par la iuſtice apprehendée & menée dauant Cn. Dolabella. En ſa præſence elle confeſſa le cas, ſans rien diſſimuler, ſeulement alleguoit que de droict & par raiſon elle les auoit occis. C’eſtoit l’eſtat du procés. Il trouua l’affaire tant ambigu, qu’il ne ſçauoit en quelle partie incliner. Le crime de la femme eſtoit grand, laquelle auoit occis ſes mary ſecond & enfant. Mais la cauſe du meurtre luy ſembloit tant naturelle, & comme fondée en droict des peuples, veu qu’ilz auoient tué ſon filz premier, eulx enſemble, en trahiſon, de guet à pens, non par luy oultragez ne iniuriez, ſeulement par auarice de occuper le total heritage : que pour la deciſion il enuoya es Areopagites en Athenes, entendre quel ſeroit ſur ce leur aduis & iugement. Les Areopagites feirent reſponſe, que cent ans apres perſonellement on leur enuoiaſt les parties contendentes, affin de reſpondre à certains interroguatoires, qui n’eſtoient on procés verbal contenuz. C’eſtoit à dire que tant grande leurs ſembloit la perplexité & obſcurité de la matiere, qu’ilz ne ſçauoient qu’en dire ne iuger. Qui euſt decidé le cas au ſort des dez, il n’euſt erré, aduint ce que pourroit. Si contre la femme, elle meritoit punition, veu qu’elle auoit faict la vengence de ſoy, laquelle apartenoit à Iuſtice : Si pour la femme, elle ſembloit auoir eu cauſe de douleur atroce. Mais en Bridoye la continuation de tant d’années me eſtonne.
Ie ne ſçaurois (reſpondit Epiſtemon) à voſtre demande categoricquement reſpondre. Force eſt que le confeſſe. Coniecturallement ie refererois ceſtuy heur de iugement en l’aſpect beneuole des cieulx, & faueur des Intelligences motrices. Les quelles en contemplation de la ſimplicité & affection ſyncere du iuge Bridoye : qui ſoy deſſiant de ſon ſçauoir & capacité : congnoiſſant les antinomies & contrarietez des loix, des edictz, des couſtumes & ordonnances : entendent la fraulde du Calumniateur infernal, lequel ſouuent ſe transfigure en meſſagier de lumiere, par ſes miniſtres les peruers aduocatz, Conſeilliers, Procureurs, & aultres telz ſuppoz, tourne le noir en blanc, faict phantaſticquement ſembler à l’vne & l’aultre partie, qu’elle a bon droict, comme vous ſçauez qu’il n’eſt ſi mauluaiſe cauſe qui ne trouue ſon aduocat, ſans cela iamais ne ſeroit procés on monde : ſe recommenderoit humblement à Dieu le iuſte iuge : inuocqueroit à ſon ayde la grace celeſte : ſe deporteroit en l’eſprit ſacroſainct, du hazard & perplexité de ſentence definitiue : & par ce ſort exploreroit ſon decret & bon plaiſir, que nous appelions Arreſt : remueroient & tourneroient les dez pour tomber en chanſe de celluy qui muny de iuſte complaincte requeroit ſon bon droict eſtre par Iuſtice maintenu. Comme diſent les Talmudiſtes, en ſort n’eſtre mal aulcun contenu : ſeulement par ſort eſtre en anxieté & doubte des humains manifeſtée la volunté diuine.
Ie ne vouldrois penſer ne dire, auſſi certes ne croy ie, tant anomale eſtre l’iniquité, & corruptele tant euidente de ceulx qui de droict reſpondent en icelluy parlement Myrelinguois en Myrelingues, que pirement ne ſeroit vn procés decidé par iect des dez, aduint ce que pourroit, qu’il eſt paſſant par leurs mains pleines de ſang & de peruerſe affection. Attendu meſmement, que tout leur directoire en iudicature vſuale a eſté baillé par vn Tribunian home meſcreant, infidele, barbare, tant maling, tant peruers, tant auare & inique, qu’il vendoit les loix, les edictz, les reſcriptz, les conſtitutions & ordonnances en purs deniers, à la partie plus offrante. Et ainſi leurs a taillé leurs morſeaulx par ces petitz boutz & eſchantillons des loix qu’ilz ont en vſaige : la reſte ſupprimant & aboliſſant qui faiſoit pour la loy totale : de paour que la loy entiere reſtante & les liures des antiques Iuriſconſultes veux ſus l’expoſition des douze tables, & edictz des Præteurs, feuſt du monde apertement ſa merchanceté congneue. Pourtant ſeroit ce ſouuent meilleur (c’eſt à dire moins de mal en aduiendroit) es parties controuerſes, marcher ſus chauſſes trapes, que de ſon droict ſoy deporter en leurs reſponſes & iugemens : Comme ſoubhaitoit Caton de ſon temps, & conſeilloit que la court iudiciaire feuſt de chauſſes trappes pauée.
Comment Panurge ſe conſeille à Triboullet.
Chapitre XLV.
v ſixieme iour ſubſequent Pantagruel feut de retour, en l’heure que par eaue de Bloys eſtoit arriué Triboullet. Panurge à ſa venue luy donna vne veſſie de porc bien enflée, & reſonante à cauſe des poys qui dedans eſtoient : plus vne eſpée de boys bien dorée : plus, vne petite gibbeſſiere faicte d’vne coque de Tortue : plus vne bouteille cliſſée pleine de vin Breton : & vn quarteron de pommes Blandureau. Comment, (diſt Carpalim) eſt il fol, comme vn chou, à pommes ? Triboullet ceignit l’eſpée & la gibbeſſiere, print la veſſie en main : mangea part des pommes : beut tout le vin. Panurge le reguardoit curieuſement : & diſt. Encores ne veids ie oncques fol, & ſi en ay veu pour plus de dix mille francs, qui ne beuſt voluntiers & à longs traictz. Depuys luy expoſa ſon affaire en parolles rhetoriques & eleguantes. Dauant qu’il euſt acheué, Triboullet luy bailla vn grand coup de poing entre les deux eſpaules, luy rendit en main la bouteille : le nazardoit auecques la veſſie de porc, & pour toute reſponce luy diſt, branſlant bien fort la teſte. Par Dieu, Dieu, fol enraigé, guare moine, cornemuſe de Buzançay. Ces parolles acheuées, s’eſquarta de la compaignie, & iouoic de la veſſie, ſe delectant au melodieux ſon des poys. Depuys ne feut poſſible tirer de luy mot queconques. Et le voulant Panurge d’aduentaige interroger, Triboullet tira ſon eſpée de boys, & l’en voulut ferir.
Nous en ſommes bien vrayement (diſt Panurge). Voyla belle reſolution. Bien fol eſt il, cela ne ſe peult nier : mais plus fol eſt celluy qui me l’amena : & ie tresfol, qui luy ay communicqué mes penſées. C’eſt (reſpondit Carpalim) droict viſé à ma viſiere. Sans nous eſmouuoir, (diſt Pantagruel) conſiderons ſes geſtes & ſes dictz. En iceulx i’ay noté myſteres inſignes, & plus tant que ie ſouloys ne m’eſbahys de ce que les Turcs reuerent telz folz comme Muſaphiz & Prophetes. Auez vous conſideré, comment ſa teſte s’eſt auant qu’il ouuriſt la bouche pour parler, crouſlée & eſbranſlée ? Par la doctrine des antiques Philoſophes, par les ceremonies des Mages, & obſeruations des Iuriſconſultes pouez iuger que ce mouuement eſtoit ſuſcité à la venue & inſpiration de l’eſprit fatidicque, lequel brusquement entrant en debile & petite ſubſtance, (comme vous ſçauez que en petite teſte ne peut eſtre grande ceruelle contenue) l’a en telle maniere eſbranſlée, que diſent les Medicins tremblement aduenir es membres du corps humain, ſçauoir eſt, part pour la peſanteur & violente impetuoſité du fays porté, part pour l’imbecillité de la vertus & organe portant. Exemple manifeſte eſt en ceulx qui à ieun ne peuuent en main porter vn grand hanat plein de vin ſans trembler des mains. Cecy iadis nous præfiguroit la diuinatrice Pythie, quand auant reſpondre par l’oracle eſcroulloit ſon laurier domeſticque. Ainſi dict Lampridius que l’empereur Heliogaballus pour eſtre reputé diuinateur, par pluſieurs feſtes de ſon grand Idole, entre les retaillatz fanaticques branſloit publicquement la teſte. Ainſi declare Plaute en ſon Aſnerie, que Saurias cheminoit branſlant la teſte, comme furieux & hors du ſens, faiſant paour à ceulx qui le rencontroient. Et ailleurs expoſant pourquoy Charmides branſloit la teſte, dict qu’il eſtoit en ecſtaſe. Ainſi narre Catulle en Berecynthia & Atys du lieu, on quel les Mænades femmes Bacchicques, prebſtreſſes de Bacchus, forcenées, diuinatrices, portantes rameaulx de Lierre, branſloient les teſtes. Comme en cas pareil faiſoient les Gals eſcouillez prebſtres de Cybele, celebrans leurs offices. Dont ainſi eſt dicte ſcelon les antiques Theologiens : car Κυϐιστᾶν ſignifie, rouer, tortre, branſler la teſte, & faire le torti colli. Ainſi eſcript T. Liue, que es Bacchanales de Rome, les homes & femmes ſembloient vaticiner à cauſe de certain branſlement & iectigation du corps par eulx contrefaicte. Car la voix commune des Philoſophes, & l’opinion du peuple eſtoit, vaticination ne elire iamais des cieulx donnée ſans fureur & branſlement du corps tremblant & branſlant, non ſeulement lors qu’il la receuoit, mais lors auſſi qu’il la manifeſtoit & declairoit. De faict Iulian Iuriſconſulte inſigne quelques foys interrogé, ſi le ſerf ſeroit tenu pour ſain, lequel en compaignie de gens fanaticques & furieux, auroit conuerſé, & par aduenture vaticiné, ſans toutesfoys tel branſlement de teſte, reſpondit eſtre pour ſain tenu. Ainſi voyons nous de præſent les precepteurs & Pædagoges eſbranſler les teſtes de leurs diſciples (comme on faict vn pot par les anſes) par vellication & erection des aureilles (qui eſt (ſcelon la doctrine des ſaiges Ægyptiens) membre conſacré à Memoire) affin de remettre leurs ſens, lors par aduenture eſguarez en penſemens eſtranges, & comme effarouchez par affections abhorrentes, en bonne & philoſophicque diſcipline : Ce que de ſoy confeſſe Virgile en l’eſbranlement de Apollo Cynthius.
Comment Pantagruel & Panurge diuerſement interpretent les parolles de Triboullet.
Chapitre XLVI.
l diſt que vous eſtes fol. Et quel fol ? Fol enragé, qui ſus vos vieulx iours voulez en mariage vous lier, & aſſeruir. Il vous dict, Guare moine. Sus mon honneur, que par quelque moine vous ſerez faict coqu. Ie enguaige mon honneur, choſe plus grande ne ſçaurois, fuſſe ie dominateur vnicque & pacificque en Europe, Africque, & Aſie. Notez combien ie defere à noſtre Moroſophe Triboullet. Les aultres oracles & reſponſes vous ont reſolu pacificquement coqu, mais n’auoient encores apertement exprimé, par qui ſeroit voſtre femme adultere, & vous coqu. Ce noble Triboullet le dict. Et ſera le Coqüage infame, & grandement ſcandaleux. Faudra il que voſtre lict coniugal ſoit inceſté & contaminé par Moynerie ? Dict oultre, que ſerez la cornemuſe de Buzançay, c’eſt à dire, bien corné, cornard, & cornu. Et ainſi comme il voulant au roy Loys douzieme demander pour vn ſien frere le contrerolle du ſel à Buzançay, demanda vne Cornemuſe : vous pareillement, cuydant quelque femme de bien & d’honneur eſpouſer, eſpouſerez vne femme vuyde de prudence, pleine de vent d’oultrecuydance, criarde & mal plaiſante, comme vne cornemuſe. Notez oultre, que de la veſſie il vous nazardoit, & vous donna vn coup de poing ſus l’eſchine. Cela præſagiſt que d’elle ſerez battu, nazardé, & deſrobbé, comme deſrobbé auiez la veſſie de porc aux petitz enfans de Vaubreton.