Le Roman de la Rose (page 9)

Guillaume de Lorris et Jean de Meung · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Roman de la Rose (1537) · 18 pages

comment amours ferma le cueur a l’amant. xxxix.

Ȼ Les reigles que le dieu d’amours baille a l’amant. fu. xli.

Ȼ Comment bel acueil offre a l’amant veoir les roses que tant desire. fu. liii.

Ȼ Comment danger mit l’amant hors avecques bel acueil. fu. lvi.

Ȼ Comment raison enseigne l’amant n’ensuyvre bel acueil. fu. lvii

Ȼ Response de l’amant a raison. fu. lix.

Comment l’amant fit la complainte a amys. lx.

comment l’amant requiert mercy a dangier. lxi.

Ȼ Comment pitie & franchise parlerent a danger pour l’amant fu. lxii.

Ȼ Comment bel acueil mena l’amant au verger pour veoir la rose. fu. lxv.

comment le brandon venus ayda a l’amant pour

baiser la rose. fueillet lxvii.

Ȼ Comment malle bouche par jalousie fit tenser

bel acueil fueillet lxviii.

Comment honte & paour vindrent a dangier

Par soucy luy remonstrer bien garder le verger

Fueillet lxxi.

Comment jalousie fit faire une tour pour enfermer

bel acueil lxxiii.

comment raison veult donner conseil aux paresseux.

fueillet lxxxi.

Comment le souffreteux requiert son amy luy

ayder lequel luy met son avoir es mains. f. lxci

Du jugement que Apius donna de la fille de

Virginius & de lexecution cviii.

Comment raison monstre a lamant la roe de

fortune / disant que ne la doit craindre. cxiiii.

Comme le cruel & inhumain empereur Neron

fit ouvrir sa mere pour veoir le lieu dont il estoit

sorti. cxix

Comme Neron fit mourir son maistre Senecque

fueillet cxx.

De la cruelle mort de Neron cxxiiii.

Comment Phanie predit a son pere quil seroit

pendu cxxv

La response de cresus a sa fille cxxvii.

coment raison laissa lamant fort dolent / lequel se tourna

vers amys pour avoir secours. f. cxxxviii.

comment lamant monstre a amys ses trois ennemys /

disant que de brief au juge deulx se plaindra

fueillet clviii.

Ȼ Comment pouret e faict requeste a richesse

qui rienes ne puse tous ses dictz. fu. cli

Comment amys recorde a lamant que en ia povrete

ung amy avoit / lequel luy offroit tous

ses biens. fu. clvi.

Comment au temps passe les biens estoient communs

& navoient nulz princes clviii.

Comment le jaloux prent a tencer sa femme disant

quelle est ribaulde clxi.

Comment le jaloux reprent sa femme de demener

trop grant lyesse clix

Commen Lucresse se occist clxiii.

Comment beaulte & laidure chastient chastete

fueillet clxix

Comment Dalida deceut Sanson / en luy coupant

ses cheveulx clxxiii.

Comme le jaloux & par ire tance & bat sa femme

fueillet clxxvi.

Comment Jason alla ovulte mer pour conquerre

la toyson clxxix

Comment fut faict le premier roy clxxxi.

Comment lamant prent congie damys pour trouver

bel acueil clxxxix.

Coemment lamant trouva richesse gardent le sentier

du chastel damours. clxxxix.

Comment le dieu damours pardonna son mal talent

a lamant cxcv.

Comment lamant veult rendre sa lecon au dieu

damours. cxcvii.

comment le dieu damours manda sa gent, f. cxcviii.

Comment le dieu damours veult getter hors du

chastel bel acueil Fueillet. cxcix.

Comment le dieu damoure retient de ses serviteurs

faulx semblant & le fait roy des ribaulx.

fueillet ccviii.

comment faulx semblant emble le cueur des gens.

fueillet ccxii.

Comment faulx semblant dit la verite de tous les

cas de mendicite. ccxix.

Comment faulx semblant sermonne puis sen retourne

avec fainte abstinence vers malle bouche. ccxxxi.

Comment abstinence reprouche les parolles a

malle bouche. ccxxxi.

Comment malle bouche escouta faulx semblant

fueillet. ccxxxiiii.

Comment la langue fut couppee a malle bouche

par faulx semblant. ccxxxv.

Comment faulx semblant avec largesse & courtoysie

entra au chateau f. ccxxxvi

Comment la vieille compte a bel acueil le fait

de lamant. f. ccxl

Comment par lenhortement de la vieille bel acueil

print le chappel. ccxlv.

Comment la vieille lit a bel acueil sa lecon,

fueillet. ccxlviii.

Comment la royne de cartaige se occist pour lamour

de son amy Eneas ccl.

Comment Dulcanns blasme fort sa femme quant

la trouva couche avec mars fu. cclxii.

Exemple du pouoir de nature. fuellet. cclxiiii.

Comment la vieille enseigne lamant entrer

en la tour. fueillet . cclxxvii.

Commment lamant trouva en la tour bel acueil

prest a acomplir són vouloir. cclxxviii

comment lamant se vouloit joindre au rosier

done fut blasme par dangier cclxxix

Comment honte paour & dangier batirent et

ledangerent moult lamant cclxxxii.

Comment les chevaliers de lost du dieu damours

vindrent secourir lamant cclxxxiiii.

Comment lacteur mue propos priant luy pardonner

les parolles par luy dictes cclxxxv.

Ȼ Excusation de lacteur du rommant aux dames

fueillet. cclxxxvi.

Comment dame franchise combat contre dangier

cclxxxviii.

Comment bien celer surmonte honte / & du combat

de paour & hardement ccxciii.

Comment les messagiers au dieu damours

vindrent a dame Venus pour avoir secours.

fueillet. ccxcv.

Comment Venus deffendit a Adonis quil ne

chassast aux bestes fieres ccxcvi.

Comment six coulombeaux menerent Venus

en lost damours pour luy faire sccours.

fueillet. ccxcvii.

Dung grant assault que le dieu damours donna

au chastel. fu. ccxcviii.

Comment nature tousjours forge affin que li /

gnee ne deffaille. fueillet. cccc.

Ȼ Comment le bon paintre zensis contrefit la

beaulte de nature. fueillet. cccv.

La confession de dame nature fu. cccvii.

Introduction pour les hommes que leurs femmes

ne soient iengleresses fu. cccix.

comment le fol mary se met au col la hart quant

il dit a sa femme son secret cccxi.

La confession de nature cccxv

comment dame natur se complaint des accidens

qui se font contre elle cccxx.

comment par le conseil Themis Deucalion et

ses amys furent ressuscitez cccxxx.

comment nature sceut la verite de noblesse et

dont elle vint premierement.

fueillet cccxvii

comment dame nature auec genius mue le couraige

des amans fueilet : ccclx.

comment le dieu damours faict prescher genius

fueilet ccclx.

comment Genius presche les commandemens

de nature & de sa puissance ccclxvii.

Ȼ Comment Genius par le degeneration.

fueilet ccclxxiii.

comment Jupiter fit prescher que chascun feict

a son gre de ce que plus aymoit ccclxxiii.

La fiction de lymaige pigmalion. ccclxxxvi.

Comment pigmalion demande pardon a son

ymaige des parolles quil a dit de luy laides et

folles. fueilet. ccclxxxviii.

Ȼ Comment ceulx du chastel yssirent hors dont

aucuns iousterent tous nudz folio. cccxciiii.

Ȼ La conclusion du rommant et comment lamant

prent la rose a son plaisir folio cccciiii.

Fin de la Table de ce

present luire.

Ȼ Exposition moralle du rommant de la rose

Il est ainsi que les choses dignes de memoire pour leur proffit & utilite soient a demeurer perpetuellement sans estre du tout assopies par trop longue saison & l’abilete de temps caduc et transitoire l’esguillon et stimulement de juste raison & non sunulee cause ma semont et enhorte comme tuteresse de tout bien et honneur a reintegrer et en son entier remettre le livre qui par long temps devant ceste moderne saison tant a este de tous gens d’esprit estime que bien la daigne chascun veoir et tenir au plus hault anglet de sa librairie pour les bonne sentences propos & ditz naturelz & moraulx qui de dans sont mis & inserez. C’est le plaisant livre du rommant de la rose, lequel fut poetiquement compose par deux nobles aucteurs digne de l’estimation de tout bon sens & louable sçavoir maistre Jehan de Meung et maistre Guillume de Lauris. Cestuy livre present a este au paravant par la faulte comme je croy des imprimeurs assez mal correct, ou par advanture de ceulx qui ont baille le double pour l’imprimer, car l’ung & l’autre peult estre cause de son incorrection. Pour laquelle chose restituer en meilleur estat & plus expediente forme pour l’intelligence des lecteurs et auditeurs non obstant la foiblesse du mien petit entendement & indignite de rural engin ay bien voulu relire ce presant livre des le commencement jusques a la fin, a laquelle chose faire fort laborieuse me suis employe & l’ay corrige aumoins mal que jay peu y adioustent les quottations des plus principaulx y notables & auctoritez venans a propos sans le mien voulentaire consentement come devez entendre.

Et pour autant qu’on pourroit dire comme ja plusieurs ont dict que ce livre parlant en vain de l’estat d’amours peult estre cause de tourner les entendemens en mal & les appliqer a chose dissolues a cause de la persuasible matiere de fol amour dedans tout au long contenue pour cause que fol appetit sensuel, ou sensualite nourrisse de tout mal & marasire de vertu est moteur dicelluy propos, tout honneur sauve & premis, je respons que l’intention de l’acteur n’est point simplement & de soy mesmes mal fondee ne mauvaise, car bien peut estre que ledit aucteur ne gettoit pas sceullement son penser et fantaisie sus le sens litteral, ains plus tost attiroit son esprit au sens alegoric & marol comme l’ung disant et entendant l’autre.

Je ne veulx pas ce que je dis affermer, mais il me semble qu’il peut ainsi avoir faict.

Et si celluy auctur na ainsi son sens reigie & n'est entre soubz la moralle couverture penetrant jusques a la moralle du nouveau sens misticque, toutesfois l’on le peult morallement exposer & en diverses sortes je dis doncques premierement que par la rose que tant est appettee de l’amant est entendu l’estat de sapience bien est injustement a la rose conferme pour les valeurs doulceurs et odeurs que en elle sont, laquelle moult est a avoir difficile pour les empeschemens entreposez, ausquelz arrester ne me veulx pour le present. Et en ceste maniere d’exposer sera la Rose figuree par la rose papalle, qui est de trois choses composee, c’est assavoir d’or, de musq, & de basme, car vraye sapience doit estre d’or signifiant l’honneur & reverence que noue devons a dieu le createur, de musq a cause de la fidelite & justice que devons avoir a nostre prochain, de basme quant a nous mesmes, entant que nous devons tenir noz ames cheres et precieuses comme le basme pur & cher sur toutes les choses du monde. Secondement on peult entendre par la rose l’estat de grace que semblablement est a avoir difficile non pas de la part de celluy qui la donne, car c’est dieu le tout puissant, mais de la partie du pecheur qui tousjours est empesche & eslongne du collateur d’icelle, ceste maniere de rose spirituelle tant bien spirant & refragant pouons aux roses figurer par la vertu desquelles retourna en sa premiere forme le grant apulee solon que sont escript au livre de l’asne d’ore quant il eut trouve le chapelet de fleurs de rosier pendant au sistre de Ceres deesse des bledz, car tout ansi que ledit apulee qui avoit este transmue en asne retrouva sa premiere figure d’homme sence & raisonnable, pareillement le pecheur humain faict & converty en beste brute par irraisonnable similitude reprent son estat premier d’innocence par la grace de dieu qui luy est conferee lors qu’il trouve le chappelet ou couronne de roses, c’est assavoir l’estra de penitence pendu au doulx sistre de Ceres, c’est la doulceur de la misericorde de divine. Tiercement nous pouons entendre par la rose la glorieuse vierge Marie pour ses bontez doulceurs & parfections de grace desquelles je me tais pour le present. Et sachez que ceste virginalle rose n’est aux hereticques facile d’avoir & n’y eust il seullement que malle bouche qui les empesche d’approcher de sa bonte, car ilz ont mal d’elle parle voulans maculer & denigrer son naturel honneur en disant qu’il ne la fault saluer & appeller mere de pitie et misericorde. C’est la blanche rose que nous trouverons en Hierico plantee, comme dit le saige quasi plantatio rose in hierico. Quartement nous pouons par la rose comprendre le souverain bien infiny & la gloire d’eternelle beatitude laquelle comme vrays amateurs de sa doulceur et amenite perpetuelle pourrons obtenir en evitant les vices qui nous empeschent : et ayant secours des vertus qui nous introduiront au verger d’infinie lyesse, jusques au rosier de tout bien & gloire qui est la beatificque vision de l’essence de dieu. Ce rosier peult estre figure nompas aux roses de pestum en ytalie qui florissent deux fois l’an, car c’est peu souvent, mais a la rose que presenta au saige roy Salomon la noble royne de Sabba ethiopienne, comme nous lisons et appert au livre de ses probleumes & des questions qu’elle luy demanda pour resprouver sa sapience, dont tant fut esmerveillee que son sens defailloit en elle, selon qu’il est escript au livre des roys. Elle print deux roses desquelles l’une venoit de l’arbre naturellement et l’autre procedoit par simulation : car elle l’avoit faicte sophisticquement & par art bien ressemblant a la rose naturelle tant estoit subtillement ouvree. Voy la dit elle deux roses devant vostre pacificque majeste presentes, dont l’une vrayement est naturelle mais l’autre non. Pourtant dictes moy sire qui est la naturelle rose monstrez la moy avecques le doy. Salomon ce voyant feit apporter aulcunes mouches a miel pensant & considerant par la science qu’il avoit de toutes choses naturelles que lesdictes mouches selon leur propriete yraient incontinent a la rose naturelle nonpas a la sophisticquee, car telz oyseletz celestes plaisans et mellificque desirent & appetent les doulces fleurs sur toutes choses. Parquoy il monstra a la royne la vraye rose la decernant de l’autre qui estoit faicte de senteurs contrefaisans nature. Celle rose naturelle peult donc signifier le bien infini & vraye gloire celeste qui point n’est sophisticque ne decepuable comme la gloire du monde present qui nous deçoit entant que nous cuydons qu’elle soit vraye, mais non est. Doncques qui ainsi vouldroit interpreter le Rommant de la rose, je dis qu’il y trouveroit grant bien proffit & utilite cachez soubz l’escorce du texte qui pas n’est a despriser, car il y a double gaing, recreation d’esprit & plaisir delectable quant au sens litteral, et utilite quant a l’intelligence moralle ; fables sont faictes et inventees pour les exposer au sen misticque, parquoy on ne les doit contenner. Si le grant aigle duquel parla Ezechiel quant il dit Aquila grandis magnarum allarum plena plumis & varietate, venit ad libanum et tulit medulam cedri, qui tant avoit estandu son volatif plumaige se fust seullement arreste sue l’escorce du cedre quant il volla au mont du liban point n’eust trouve la mouelle de l’arbre, mais s’en fust en vain retourne et eust perdu son vol. Semblablement si nous ne creusions plus avant que l’escorce du sens literal nous n’aurions que le plaisir des fables & histoires sans obtenir le singulier proffit de la mouelle neupmatique, c’est assavoir venant par l’inspiration du sainct esperit quant a l’intelligence moralle, qui ne penseroit sinon au sens literal, encores y a il grant proffit pour les doctrines et diverses sciences dedans contenues, car neantmoins que le principal soit ung train d’amours, touteffois il est tout confit de bons incidens qui dedans sont comprins & alleguez causans maintes bonnes disciplines. Les philosophes naturelz & moraux y peuvent apprendre, les theologiens, les astrologues, les geometriens, les archimistes faiseurs de mirouers, paintes & autres gens naiz soubz la constellation & influence des bons astres ayans leur aspect sur les ingenieux et autres qui desirent scavoir toutes manieres d'ars et sciences.

Ȼ fin par tout.

Ȼ Cy est le Rommant de la Rose

Ou tout l’art d’amour est enclose

Maintes gens vont disant que songes

Ne sont que fables et mensonges

Mais on peult tel songe songer

Qui pourtant n’est pas mensonger

Macrobe sur le songe de Scipion

Ains est apres bien apparent

Si en puis trouver pour garant

Macrobe ung acteur treaffable

Qui ne tient pas songes a fable

Aincoys escript la vision

Laquelle advint a Scipion

Quiconques cuyde ne qui die

Que ce soit une musardie

De croire qu’aucun songe advienne

Qui vouldra pour fol si m’en tienne

Car quant a moy j’ay confiance

Que songe soit signifiance

Des biens aux gens et des ennuytz

La raison : on songe par nuytz

Moult de choses couvertement

Qu’on voit apres appertement.

Sur le vingtiesme an de mon eage

Au point qu’amours prent le peage

Des jeunes gens : coucher m’alloye

Une nuyt comme je souloye

Et de fait dormir me convint

En dormant ung songe m’advint

Qui fort beau fut a adviser

Comme vous orrez deviser

Car en advisant moult me pleut

Et oncques riens au songe n’eut

Qui du tout advenu ne soit

Comme le songe recensoit.

Lequel vueil en rime deduire

Pour plus a plaisir vous induire

Amours m’en prie & le commande

Et si d’adventure on demande

Comment je vueil que ce rommant

Soit appelle sache l’amant

Que c’est le rommant de la rose

Ou l’art d’amour est toute enclose

La matiere est belle & louable

Dieu doint qu’elle soit aggreable

A celle pour qui j’ay empris

C’est une dame de hault pris

Qui tant est digne d’estre aymée

Qu’elle doit rose estre clamée.

Advis m’estoit a celle foys

Bien y a cinq ans & six moys

Que je songeoye au moys de may

Au temps amoureux sans esmoy

Au temps que tout rit et s’esgaye

Qu’on ne voit ny buysson ne haye

Qui en may parer ne se vueille

Et couvrir de nouvelle fueille

Les boys recouvrent leur verdure

Qui sont secz tant que l’yver dure

Terre mesme fiere se sent

Pour la rosée qui descend

Et oublie la povreté

Ou elle a tout l’yver este.

Description du temps deste

En effect si gaye se treuve

Qu’elle veult avoir robe neufve

Et scait si conjoincte robe faire

Que de couleurs a mainte paire

D’herbes et fleurs rouges et perses

Et de maintes couleurs diverses

Est la robe que je devise

Parquoy la terre mieulx se prise.

Les oyseletz qui se sont teuz

Durant que les grans froitz ont euz

Pour le fort temps d’ivers nuysible

Sont si ayses au temps paisible

De may qu’ilz monstrent en chantant

Qu’en leurs cueurs a de joye tant

Qu’il leur convient chanter par force.

Nota du rossignol

Le rossignol adonc s’efforce

De chanter menant doulce noyse

Lors s’esvertue et se degoyse

Le papegault et la calendre

Si convient jeunes gens entendre

A estre gays et amoureux

Pour le beau printemps vigoureux.

Dur est qui n’ayme d’amour franche

Quant il oyt chanter sur la branche

Aux oyseaulx les chans gracieulx

En celluy temps delicieux

Ou toute rien d’aymer s’esjoye.

Par une nuyt que je songeoye

Me sembla dormant fermement

Qu’il estoit matin proprement

De mon lict tantost me levay

Me vesty et mes mains lavay

Tiray une esguille d’argent

D’ung aiguillier mignon et gent

Et voullant l’esguille enfiller

Hors de ville euz désir d’aller

Pour ouyr des oyseaulx les sons

Qui or chantoyent par les buyssons.

En ycelle saison nouvelle

Cousant mes manches a videlle

M’en allay tout seul esbatant

Et les oysillons escoutant

Qui de bien chanter s’efforcoient

Par les jardins qui fleurissoient

Joly et gay plain de lyesse.

Vers une riviere m’adresse

Que j’ouy pres d’illecques bruyre

Car plus beau lieu pour me déduyre

Ne vy que sur ceste riviere.

D’ung petit mont d’illec derriere

Descendoit l’eau courant et royde

Fresche bruyant et aussi froide

Comme puys ou comme fontaine

Si creuse n’estoit pas que Seine

Mais elle estoit plus espandue

Jamais veue ny entendue

Je n’avoye ceste eau qui couloit

Parquoy mon œil ne se sauloit

De regarder le lieu plaisant

De ceste eau claire et reluysant.

J’eu lors mon visaige lave

Si vy bien couvert et pave

Tout le fons de l’eau de gravelle

Et la prairie grande et belle

Au pied de cestuy mont batoit

Claire, serie et belle estoit

La matinee, et temperee

Lors m’en allay parmy la pree

Tout contre val esbanoyant

Ce beau rivaige costoyant

Quant fuz ung peu avant alle

Je vy ung verger long et le

Enclos d’ung hault mur richement

Dehors entaillé vivement

A mainctes riches empoinctures

Les ymaiges et les painctures

Du mur partout je remiray

Parquoy voulentiers vous diray

D’icelle la forme et semblance

Ainsi que j’en ay remembrance.

Ȼ hayne.

Au meillieu haine se remyre

Qui par faulx rapportz et par yre

Description de hayne.

Sembloit bien estre mouveresse

De noyses aussi tanceresse

Et bien ressembloit ceste ymaige

Femme de tresmauvais couraige

D’habitz n’estoit pas bien aornée

Ne d’acoustremens ordonnée

Le visaige avoit tout froncé

Le nez large, et l’œil enfoncé

Flestrye estoit et enroillée

Et par la teste entortillée

Hydeusement d’une touaille

De tres orde et villaine taille

Ȼ felonnie.

Description de felonnie.

Une autre ymage mal rassise

Et fiere a veoir, y eut assise

Pres de Haine à senestre d’elle

Sur la teste son nom rebelle

Vy escript c’estoit Félonnie

Et d’icelles pas je ne nye

Que bien ne fust a sa droicture

Pourtraicte selon sa nature

Car félonnement estoit faicte

Et sembloit collere et deffaicte.

Ȼ Villenie

L’autre ymaige apres Félonnie

Description de villenie.

Estoit nommée Villenie

Seant pres de Haine sur destre

Et estoit presque de tel estre

Que les deux et de tel facture

Bien sembla faulce créature

Mesdisante et trop courageuse

Ainsi que une femme oultrageuse

Brief bien scavoit paindre et pourtraire

Cil qui tel ymage sceut faire

Car bien sembloit chose vilaine

De despit et d’ordure plaine

Et femme qui bien peut scavoit

Honnorer ce qu’elle devoit.

Ȼ Couvoytise

Description de couvoitise.

Apres fut paincte Couvoytise

C’est celle qui les gens attise

De prendre et de riens ne donner

Et les grans trésors amener.

C’est celle qui fait a usure

Prester pour la tresgrant ardure

D’avoir, conquerre et assembler

C’est celle qui semont d’embler

Les larrons plains de meschant vueil

C’est grant péché, mais c’est grant dueil

A la fin quant il les fault pandre.

C’est celle qui fait l’autruy prendre

J’entens prendre sans achepter

Qui fait tricher et crocheter.

C’est celle qui les desvoyeurs

Fait tous et les faulx plaidoyeurs

Qui maintes fois par leurs cautelles

Ostent aux varletz et pucelles

Leurs droitz et leurs rentes escheuz

Courbes, courtes et moult crocheuz

Avoit les mains icelle ymage,

Les mains de couvoitise a croc.

Bien est painct ; car tousjours enrage

Couvoytise de l’autruy prendre

Couvoytise ne scait entendre

Fors de l’autruy tout acrocher

Couvoytise à l’autruy trop cher.

Ȼ Avarice.

Description d’avarice.

Une autre ymage y eut assise

Coste à coste de Couvoytise

Avarice estoit appellée

Orde, salle, laide et pellée

De toutes pars maigre et chétive

Et aussi verte comme cyve.

Tant paressoit alangourée

Qu’à la veoir si descoulourée

Sembloit chose morte de fain

Qui ne vesquist fors que de pain

Paistry en lessive et vinaigre

Et avec ce qu’elle estoit maigre

Elle estoit povrement vestue.

Cotte avoit vieille et desrompue

Comme si chiens plus de treize

L’eussent tinse et si estoit raise

Et plaine de vieil maint lambeau.

Pres d’elle pendoit ung manteau

A une perche moult greslette

Et une robbe de brunette.

Au manteau esté ou yver

N’avoit penne de menu ver

Mais d’aigneaulx veluz et pesans

Et la robbe avoit bien seize ans

Laquelle encore sans mentir

Avarice n’osoit vestir

Car sachez que moult luy pesoit

Quant ceste vieille robbe usoit

S’elle fust usée et mauvaise

Elle en eust eu trop grant malayse

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