Les Amours (page 6)

Pierre de Ronsard · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Amours (1553) · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Pour te souiller d’une amour deshonneste,

Demeure donq. Le Locrois m’amonneste:

Aus bors Girés, de ne te forcer pas.

Neptune oiant ses bläsphemes d’abas,

Acabla là son impudique teste

D’un grand rocher au fort de la tempeste.

Le ciel conduit le meschant au trespas.

Il te voulut, le meschant, violer,

Lors que la peur te faisoit acoller

Les piés vangeurs de sa Greque Minerve:

Moi je ne veus, qu’à ta grandeur offrir

Ce chaste coeur, s’il te plait de souffrir

Qu’en l’immolant de victime il te serve.

deshonneste:déshonnête

donq:donc

amonneste:admoneste

bors:bords

oiant:oyant

bläsphemes:blasphèmes

Acabla:Accabla

acoller:accoler

vangeurs:vengeurs

Greque:Grecque

veus:voeux

coeur:cœur

plait:plaît

Piqué du nom qui me glace en ardeur,

Me souvenant de ma douce Charite,

Ici je plante une plante d'eslite,

Qui l'esmeraude efface de verdeur.

Tout ornement de roialle grandeur,

Beauté, savoir, honneur, grace, & merite,

Sont pour racine à cette Marguerite

Qui ciel & terre emparfume d'odeur.

Divine fleur, ou ma vie demeure,

La manne tombe à toute heure, à toute heure

Dessus ton front sans cesse nouvelét :

Jamais de toi la pucelle n'aproche,

La mouche à miel, ne la faucille croche,

Ni les ergots d'un folatre aignelét.

Charite: Charite

d eslite: une plante d'élite

esmeraude: émeraude

roialle: royale

grace: grâce

&: et

merite: mérite

ou: où

nouvelét: nouvelé

aproche: approche

ne la faucille: ni la faucille

folatre: folâtre

aignelét: agnelet

Depuis le jour que le trait ocieus

Grava ton nom au roc de ma memoire,

Et que l'ardeur qui flamboit en ta gloire

Me fit sentir la foudre de tes yeux :

Mon coeur ataint d'un éclair rigoureus

Pour eviter le feu de ta victoire,

S'alla cacher dans tes ondes d'ivoire,

Et sous l'abri de tes flancs amoureus.

Là, point ou peu soucieus de ma plaie

De çà de là par tes flots il s'esgaie,

Puis il se seiche aus rais de ton flambeau :

Et s'emmurant dedans leur forteresse,

Seul, pâle et froid, sans retourner, me laisse,

Comme un esprit qui fuit de son tombeau.

flamboit:flambait

ataint:atteint

rigoureus:rigoureux

eviter:éviter

amoureus:amoureux

soucieus:soucieux

esgaie:égaie

seiche:sèche

de çà:de ça

Le mal est grand, le remede est si bref

A ma douleur qui jamais ne s’alente,

Que bas ne haut, des le bout de la plante,

Je n’ai santé, jusqu’au sommet du chef.

L’oeil qui tenoit de mes pensers la clef,

En lieu de m’estre une estoile drillante

Parmi les flots de l’amour violante,

Contre un orgueil a fait rompre ma nef.

Un soin meurtrier soit que je veille ou songe,

Tigre affamé,le coeur me mange & ronge,

Suçant tousjours le plus dous de mon sang :

Et le penser qui me presse & represse,

Et qui jamais en repos ne me laisse,

Comme un mâtin, me mord toujours au flanc.

remede: remède

des: dès

tenoit: tenait

pensers: pensées

m'estre: m'être

estoile: étoile

violante: violente

tousjours: toujours

dous: doux

le penser: la pensée

mâtin: matin

Amour, si plus ma fievre se renforce,

Si plus ton arc tire pour me blesser,

Avant mes jours, j'ai grand'peur de laisser

Le verd fardeau de ceste jeune escorce.

Jà de mon coeur je sen moindre la force

Se transmuer pour sa mort avancer,

Devant le feu de mon ardant penser,

Non en bois verd, mais en poudre d'amorce.

Bien fut pour moi le jour malencontreus

Quand je humai le bruvage amoureus,

Qu'à si lons traits me versoit une oeillade :

O fortuné ! si pour me secourir,

Dès le jour mesme Amour m'eust fait mourir,

Sans me tenir si longuement malade !

fievre: fièvre

grand'peur: grande peur

verd: vert

ceste: cette

escorce: écorce

sen: sens

verd: vert

malencontreus: malencontreux

bruvage: breuvage

amoureus: amoureux

lons: longs

versoit: versait

mesme: même

m'eust: m'eut

Si doucement le souvenir me tente

De la mieleuse & fieleuse saison,

Ou je perdi la loi de ma raison

Qu’autre douleur ma peine ne contente.

Je ne veus point en la plaie de tante

Qu’Amour me fit pour avoir guarison,

Et ne veus point qu’on m’ouvre la prison,

Pour affranchir autre part mon attente.

Plus que venin je fui la liberté,

Tant j’ai grand peur de me voir escarté

Du dous lien qui doucement offense:

Et m’est honneur de me voir martyrer,

Sous un espoir quelquefois de tirer

Un seul baiser pour toute recompense.

mieleuse:mielleuse

fieleuse:fielleuse

perdi:perdis

guarison:guérison

veus:veux

fui:fuis

Amour archer d'une tirade ront

Cent traits sur moi, & si ne me conforte

D'un seul regard, celle pour qui je porte

Le cœur aux yeus, les pensers sur le front.

D'un Soleil part la glace qui me fond,

Et m'esbaïs que ma froideur n'est morte

Au feu d'un œil, qui d'une flame acorte

Me fait au cœur un ulcère profond.

En tel estat je voi languir ma vie,

Qu'aus plus chetifs ma langueur porte enuie

Tant le mal croît & le cœur me défaut:

Mais la douleur qui plus comble mon ame

De desespoir, c'est qu'Amour & Madame

Savent mon mal, & si ne leur en chaut.

ront:rompt

&:et

yeus:yeux

esbaïs:ébahis

flame:flamme

estat:état

voi:vois

aus:aux

chetifs:chétifs

enuie:ennui

ame:âme

desespoir:désespoir

Je vi ma Nymfe entre cent damoiselles

Comme un Croissant par les menus flambeaus

Et de ses yeux plus que les astres beaus

Faire oscurir la beauté des plus belles.

Dedans son sein les Graces immortelles

La Gaillardise, et les frères jumeaus

Aloient volant comme petits oiseaus

Parmi le verd des branches plus nouvelles.

Le ciel ravi, que son chant émouvoit,

Roses et lis et ghirlandes pleuvoit

Tout au rond d'elle au millieu de la place:

Si qu'en despit de l'iver froidureus

Par la vertu de ses yeux amoureus,

Un beau printans s'esclouït de la face.

vi: vis

nymfe: nymphe

flambeaus: flambeaux

beaus: beaux

oscurir: s'obscurcir

jumeaus: jumeaux

aloient: allaient

oiseaus: oiseaux

verd: vert

émouvoit: émouvait

ghirlandes: guirlandes

pleuvoit: pleuvait

millieu: milieu

despit: dépit

iver froidureus: hivers froidureux

amoureus: amoureux

printans s'esclouït: printemps éclot

Plus mile fois, que nul or terrien,

J’aime ce front ou mon Tyran se joüe,

Et le vermeil de cette belle joüe,

Qui fait honteus le pourpre Tyrien.

Toutes beautés a mes yeus ne sont rien,

Au pris du sein, qui lentement secoüe

Son gorgerin, sous qui, per à per joüe

Le branle égal d’un flot Cytherien.

Ne plus ne moins que Juppiter est aise,

Quand de son luth quelque Muse l’apaise,

Ainsi je suis de ses chansons épris,

Lors qu’a son luth ses dois elle embesoigne,

Et qu’elle dit le branle de Bourgoigne,

Qu’elle disoit, le jour que je fus pris.

mile:mille

honteus:honteux

a mes:à mes

secoüe:secoue

per à per:pair à pair

Juppiter:Jupiter

a son:à son

ses dois:ses doigts

embesoigne:embesogne

Bourgoigne:Bourgoigne

Celle qui est de mes yeus adorée,

Qui me fait vivre entre mile trespas,

Chassant un cerf, suivoit hier mes pas,

Com'ceus d'Adon Cyprine la dorée :

Quand une ronce en vain enamourée,

Ainsi que moi, du vermeil de ses bras,

En les baisant, lui fit couler a bas,

Une liqueur de pourpre colorée.

La terre a donc, qui, soigneuse, receut

Ce sang divin, tout sus l'heure conceut

Pareille au sang une rouge fleurette :

Et tout ainsi que d'Helene naquit

La fleur qui d'elle un beau surnom aquit,

Du nom Cassandre elle eut nom Cassandrette.

mile:mille

ceus:ceux

a bas:à bas

conceut:conçut

aquit:acquit

Helene:Hélène

Sur mes vint ans, pur d'offense & de vice,

Guidé, mal-caut, d'un trop aveugle oiseau,

Ayant encor le menton damoiseau,

Sain & gaillard je vins à ton service.

Ores forcé de ta longue malice,

Je m'en retourne avec une autre peau,

En chef grison, en perte de mon beau :

& pour t'aimer, il faut que je périsse.

Helas ! Que di-je ! Où veus-je retourner !

En autre part je ne puis sejourner,

Ni vivre ailleurs, ni d'autre amour me paitre.

Demeuron donc dans le camp fortement :

& puis qu'au moins veinqueur je ne puis estre,

Que l'arme au poin je meure honnestement.

&: Et

vint: vingt

Aiant: ayant

encor: encore

di: dis

veus: veux

Demeuron: Demeurons

puis qu'au: puisqu'au

veinqueur: vainqueur

estre: être

poin: poing

honnestement: honnêtement

Franc de travail, une heure je n’ai peu

Viure, depuis que les yeus de ma Dame

Mielleusement, verserent dans mon ame,

Le dous venin, dont mon cœur fut repeu.

Ma chere neige, & mon cher & dous feu,

Voiés comment je m’englace & m'enflame :

Comme la cire aus raisons d’une flame,

Je me consume, & vous en chaut bien peu.

Bien est il vrai, que ma vie est heureuse,

De s’écouler doucement langoureuse,

Dessous vôstre oeil, qui jour & nuit me point.

Mais si fault il que vôtre bonté pense,

Que l'amitié d'amitié se compense,

Et qu'un Amour sans frere ne croit point.

viure: voir

yeus: yeux

verserent : versèrent

ame: âme

dous: doux

chere: chère

dous: doux

voiés: voyez

m enflame : m'enflamme

aus: aux

flame : flamme

est il : est-il

vôstre: votre

fault il: faut-il

vôtre: votre

frere: frère

D'Amour ministre, & de perseverance,

Qui jusqu'au fond l'ame peus émouvoir,

Et qui les yeus d'un aveugle savoir,

Et qui les cœurs voiles d'une ignorance:

Vaten ailleurs chercher ta demeurance,

Vaten ailleurs quelqu'autre decevoir,

Je ne veus plus chés moi te recevoir,

Malencontreuse & mechante esperance.

Quand Juppiter, ce lâche criminel,

Teignit ses mains dans le sang paternel,

Derrobant l'or de la terre où nous sommes,

Il te laissa, Harpye & salle oiseau,

Cropir au fond du Pandorin vaisseau,

Pour enfieller le plus dous miel des hommes.

&: et

ame: âme

peus: peut

Vaten: Va-t'en

decevoir: décevoir

veus: veux

chés: chez

mechante: méchante

esperance: espérance

Juppiter: Jupiter

Derrobant: Dérobant

Harpye: Harpie

salle: sale

Cropir: Croupir

dous: doux

Franc de raison, esclave de fureur,

Ie vois chassant une Fere sauvage,

Or sur un mont, or le lon d'un rivage,

Or dans le bois de ieunesse & d'erreur.

I'ai pour ma lesse un lon trait de malheur,

I'ai pour limier un trop ardent courage,

I'ai pour mes chiens, & le foin, & la rage,

Le déplaisir, la peine, & la douleur.

Mais eus voiant que plus elle chassée

Loin loin devant moins s'enfuit eslancée,

Tournant sur moi la dent de leur effort.

Comme mastins affamés de repaitre,

A lons morceaus se paissent de leur maitre,

Et sans merci me trainent à la mort.

Ie: Je

lon: long

ieunesse: jeunesse

I ai: J'ai

lesse: laisse

eus: eux

voiant: voyant

eslancée: élancée

mastins: matins

A: À

lons: longs

morceaus: morceaux

Le ciel ne veut, Dame, que je joüisse

De ce dous bien que dessert mon devoir :

Aussi ne veus-je, & ne me plaît d'avoir

Sinon du mal en vous faisant service.

Puis qu'il vous plaît, que pour vous je languisse,

Je suis heureus, et ne puis recevoir

Plus grand honneur, qu'en mourant, de me voir

Faire a vos yeus de mon coeur sacrifice.

Donc si ma main, maugré moi, quelquefois

De l'amour chaste outrepasse les lois,

Dans vôtre sein cherchant ce qui m'embraise,

Punissés la du foudre de vos yeus,

Et la brulés : car j'aime beaucoup mieus

Vivre sans main, que ma main vous deplaise.

joüisse: jouisse

dous: doux

veus: veux

Puis qu: Puisqu

heureus: heureux

puis: peux

a: à

yeus: yeux

maugré: malgré

quelquefois: quelques fois

vôtre: votre

Punissés la: Punissez la

la brulés: brûlez la

mieus: mieux

deplaise: déplaise

Bien que sis ans soient ja coulés derriere

Depuis le jour que l’homicide trait,

Au fond du coeur, m’engrava le portrait

D’une humble-fiere, & fiere-humble guerriere:

Si suis-je heureus d’avoir veu la lumiere

En ces ans tars, pour avoir veu le trait

De son beau front, qui les graces attrait

Par une grace aus Graces coutumiere.

Le seul Avril de son jeune printans,

Endore, emperle, enfrange nostre tans,

Qui n’a seu voir la beauté de la belle,

Ni la vertu, qui foisonne en ses yeus,

Seul je l’ay veüe, aussi je meur pour elle,

Et plus grand heur ne m’ont donné les cieus.

M V R E T.

mm quef ifis MLCombien que par I'efpace de {in m il ait cf lflé en perpezuel martyrg’pour l‘amour de ù da— mecf ifi CR ce,qu'rl ('e fentbf ifiêheurhus,d‘auoir eu la veù'c d’vne f ifi excellante beauté , (cul ornement de nôtre ngeJldit d'au:n:age,qu‘il en lcul,qui l'a Parfaiuemëc vcüe ,cç qui luy a caufé [.1 mort : 5c ue c'eû le plus grand heurqu‘il receuz iamqis. H hf ifim, Humble en porr,& en mamu‘enmai: f ifier: contre me: prieres. D'au‘ir 1m14 lumim,D’ef lflre né. En ce: mu tarcùÆn ce dernier age. Œlngnm aurait Parme 314:: au: onces nummim. Le mot. grace, fe prend ici en noie fortes.Au premier lieu il f ifinif ifie‘Jes amitiésmu fecond, ce que les Latin: apellenr, 4mn au ner:.c'ef ifi vn nom pmpre des trois deef lfl'es, que le: Grecs nommër, Clu— rites. Lcf ifiul .mm‘l lof.» Mpmîr',‘ La (“cule beauté de fa ieuuef lflë. Endm, Wlt.mf ifiagt.)0rne. Mou faits àl'imimion de Perruques"! i: l'ai 7m, u a djg deuanrgau Soner qui fe commence,s:'fmlmmr,que ne, lui. ne lel autres ne l‘auoieur veüc: mainrenmzildn, qu‘illa vêf ifie , 8: que les autres n‘ont feu la mir, Mai. cette iuconf ifiancgf ifi telles petites contradif lflion: {ont famrliere: au: amoureus.

Si ce grand Dieu, le pere de la lyre,

Qui va bornant aus Indes son reveil,

Ainsi qui d'un oeil mal apris au someil

De çà de là, toutes choses remire,

sis:six

heureus:heureux

tars:tard

printans:printemps

tans:temps

seu:su

meur:meurs

heur:heurt

Si ce grand Dieu, le pere de la lyre,

Qui va bornant aus Indes son reveil,

Ainsi qui d'un oeil mal apris au someil

De çà de là, toutes choses remire,

Lamente encor, pour le bien où j'aspire,

Ne suis-je heureus, puis que le trait pareil,

Qui d'outre en outre entame le Soleil,

Mon coeur entame à semblable martire?

Dea, que mon mal contente mon plaisir,

D'avoir osé pour compagnon choisir

Un si grand Dieu ! Ainsi par la campagne,

Le beuf courbé dessous le jou pesant,

Traine le fais plus leger & plaisant,

Quand son travail d'un autre s'acompagne.

pere: père

aus: aux

reveil: réveil

apris: appris

someil: sommeil

encor: encore

heureus: heureux

beuf: bœuf

s'acompagne: s'accompagne

Ce petit chien, qui ma maitresse suit,

Et qui jappant ne reconoit personne,

Et cet oiseau, qui mes plaintes resonne,

Au mois d’Avril soupirant toute nuit:

Et cette pierre, ou quand le chaut s’enfuit

Seule aparsoi pensive s’arraisonne,

Et ce Jardin, ou son pouce moissonne,

Tous les Tresors que Zephyre produit:

Et cette dance, ou la fleche cruelle,

M’outreperça, & la saison nouvelle,

Qui tous les ans rafraichit mes douleurs,

Et son oeillade, & sa parole sainte,

Et dans le coeur sa grace que j’ai peinte,

Baignent mon sein de deus ruisseaus de pleurs.

reconoit:reconnaît

resonne:résonne

ou son:où son

ou la:où la

deus:deux

ruisseaus:ruisseaux

Entre tes bras, impatiant Roger,

Pipé du fard de magique cautelle,

Pour refroidir ta chaleur immortelle,

Au soir bien tard Alcine vint loger.

Opiniâtre à ton feu soulager,

Ore planant, ore noüant sus elle,

Dedans le gué d'une beauté si belle,

Toute une nuit tu apris à nager.

En peu de tans le gracieus Zephyre,

Heureusement empoupant ton navire,

Te fit surgir dans le port amoureus :

Mais quand ma nef de s'aborder est preste,

Toujours plus loin quelque horrible tempeste

La single en mer, tant je suis malheureux.

impatiant: impatient

cautelle: cautèle

Ore: or

ore: or

noüant: nageant

sus: sur

apris: appris

tans: temps

gracieus: gracieux

Zephyre: Zéphyr

amoureus: amoureux

preste: prête

tempeste: tempête

Je te hai peuple, & m'en sert de tesmoin,

Le Loir, Gastine, & les rives de Braie,

Et la Neuffaune, & l'humide saulaie,

Qui de Sabut borne l'extreme coin.

Quand je me pers entre deus mons bien loin,

M'arraisonnant seul à l'heure j'essaie

De soulager la douleur de ma plaie,

Qu'Amour encharne au plus vif de mon soin.

Là pas à pas, Dame, je rememore

Ton front, ta bouche & les graces encore

De tes beaux yeux trop fidelles archers:

Puis figurant ta belle idole feinte

Dedans quelque eau, je sanglote une pleinte,

Qui fait gemir le plus dur des rochers.

hai : hais

tesmoin : témoin

Loir : Loire

extreme : extrême

pers : perd

deus : deux

mons : monts

rememore ! remémore

graces : grâces

fidelles : fidèles

pleinte : plainte

gemir : gémir

Non la chaleur de la terre, qui fume

Béant de soif au creus de son profond :

Non l'Avantchien, qui tarit jusqu'au fond

Les tiedes eaus, qu'ardant de soif il hume :

Non ce flambeau qui tout ce monde alume

D'un bluëtter qui lentement se fond,

Bref ni l'esté, ni ses flames ne font

Ce chaut brazier qui m'enbraize & consume.

Vos chastes feus, esprits de vos beaus yeus,

Vos dous éclairs qui rechaufent les dieus,

Seuls de mon feu eternizent la flame :

Et soit Phoebus attelé pour marcher

Devers le Cancre, ou bien devers l'Archer,

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