Les Amours (page 6)
Pour te souiller d’une amour deshonneste,
Demeure donq. Le Locrois m’amonneste:
Aus bors Girés, de ne te forcer pas.
Neptune oiant ses bläsphemes d’abas,
Acabla là son impudique teste
D’un grand rocher au fort de la tempeste.
Le ciel conduit le meschant au trespas.
Il te voulut, le meschant, violer,
Lors que la peur te faisoit acoller
Les piés vangeurs de sa Greque Minerve:
Moi je ne veus, qu’à ta grandeur offrir
Ce chaste coeur, s’il te plait de souffrir
Qu’en l’immolant de victime il te serve.
deshonneste:déshonnête
donq:donc
amonneste:admoneste
bors:bords
oiant:oyant
bläsphemes:blasphèmes
Acabla:Accabla
acoller:accoler
vangeurs:vengeurs
Greque:Grecque
veus:voeux
coeur:cœur
plait:plaît
Piqué du nom qui me glace en ardeur,
Me souvenant de ma douce Charite,
Ici je plante une plante d'eslite,
Qui l'esmeraude efface de verdeur.
Tout ornement de roialle grandeur,
Beauté, savoir, honneur, grace, & merite,
Sont pour racine à cette Marguerite
Qui ciel & terre emparfume d'odeur.
Divine fleur, ou ma vie demeure,
La manne tombe à toute heure, à toute heure
Dessus ton front sans cesse nouvelét :
Jamais de toi la pucelle n'aproche,
La mouche à miel, ne la faucille croche,
Ni les ergots d'un folatre aignelét.
Charite: Charite
d eslite: une plante d'élite
esmeraude: émeraude
roialle: royale
grace: grâce
&: et
merite: mérite
ou: où
nouvelét: nouvelé
aproche: approche
ne la faucille: ni la faucille
folatre: folâtre
aignelét: agnelet
Depuis le jour que le trait ocieus
Grava ton nom au roc de ma memoire,
Et que l'ardeur qui flamboit en ta gloire
Me fit sentir la foudre de tes yeux :
Mon coeur ataint d'un éclair rigoureus
Pour eviter le feu de ta victoire,
S'alla cacher dans tes ondes d'ivoire,
Et sous l'abri de tes flancs amoureus.
Là, point ou peu soucieus de ma plaie
De çà de là par tes flots il s'esgaie,
Puis il se seiche aus rais de ton flambeau :
Et s'emmurant dedans leur forteresse,
Seul, pâle et froid, sans retourner, me laisse,
Comme un esprit qui fuit de son tombeau.
flamboit:flambait
ataint:atteint
rigoureus:rigoureux
eviter:éviter
amoureus:amoureux
soucieus:soucieux
esgaie:égaie
seiche:sèche
de çà:de ça
Le mal est grand, le remede est si bref
A ma douleur qui jamais ne s’alente,
Que bas ne haut, des le bout de la plante,
Je n’ai santé, jusqu’au sommet du chef.
L’oeil qui tenoit de mes pensers la clef,
En lieu de m’estre une estoile drillante
Parmi les flots de l’amour violante,
Contre un orgueil a fait rompre ma nef.
Un soin meurtrier soit que je veille ou songe,
Tigre affamé,le coeur me mange & ronge,
Suçant tousjours le plus dous de mon sang :
Et le penser qui me presse & represse,
Et qui jamais en repos ne me laisse,
Comme un mâtin, me mord toujours au flanc.
remede: remède
des: dès
tenoit: tenait
pensers: pensées
m'estre: m'être
estoile: étoile
violante: violente
tousjours: toujours
dous: doux
le penser: la pensée
mâtin: matin
Amour, si plus ma fievre se renforce,
Si plus ton arc tire pour me blesser,
Avant mes jours, j'ai grand'peur de laisser
Le verd fardeau de ceste jeune escorce.
Jà de mon coeur je sen moindre la force
Se transmuer pour sa mort avancer,
Devant le feu de mon ardant penser,
Non en bois verd, mais en poudre d'amorce.
Bien fut pour moi le jour malencontreus
Quand je humai le bruvage amoureus,
Qu'à si lons traits me versoit une oeillade :
O fortuné ! si pour me secourir,
Dès le jour mesme Amour m'eust fait mourir,
Sans me tenir si longuement malade !
fievre: fièvre
grand'peur: grande peur
verd: vert
ceste: cette
escorce: écorce
sen: sens
verd: vert
malencontreus: malencontreux
bruvage: breuvage
amoureus: amoureux
lons: longs
versoit: versait
mesme: même
m'eust: m'eut
Si doucement le souvenir me tente
De la mieleuse & fieleuse saison,
Ou je perdi la loi de ma raison
Qu’autre douleur ma peine ne contente.
Je ne veus point en la plaie de tante
Qu’Amour me fit pour avoir guarison,
Et ne veus point qu’on m’ouvre la prison,
Pour affranchir autre part mon attente.
Plus que venin je fui la liberté,
Tant j’ai grand peur de me voir escarté
Du dous lien qui doucement offense:
Et m’est honneur de me voir martyrer,
Sous un espoir quelquefois de tirer
Un seul baiser pour toute recompense.
mieleuse:mielleuse
fieleuse:fielleuse
perdi:perdis
guarison:guérison
veus:veux
fui:fuis
Amour archer d'une tirade ront
Cent traits sur moi, & si ne me conforte
D'un seul regard, celle pour qui je porte
Le cœur aux yeus, les pensers sur le front.
D'un Soleil part la glace qui me fond,
Et m'esbaïs que ma froideur n'est morte
Au feu d'un œil, qui d'une flame acorte
Me fait au cœur un ulcère profond.
En tel estat je voi languir ma vie,
Qu'aus plus chetifs ma langueur porte enuie
Tant le mal croît & le cœur me défaut:
Mais la douleur qui plus comble mon ame
De desespoir, c'est qu'Amour & Madame
Savent mon mal, & si ne leur en chaut.
ront:rompt
&:et
yeus:yeux
esbaïs:ébahis
flame:flamme
estat:état
voi:vois
aus:aux
chetifs:chétifs
enuie:ennui
ame:âme
desespoir:désespoir
Je vi ma Nymfe entre cent damoiselles
Comme un Croissant par les menus flambeaus
Et de ses yeux plus que les astres beaus
Faire oscurir la beauté des plus belles.
Dedans son sein les Graces immortelles
La Gaillardise, et les frères jumeaus
Aloient volant comme petits oiseaus
Parmi le verd des branches plus nouvelles.
Le ciel ravi, que son chant émouvoit,
Roses et lis et ghirlandes pleuvoit
Tout au rond d'elle au millieu de la place:
Si qu'en despit de l'iver froidureus
Par la vertu de ses yeux amoureus,
Un beau printans s'esclouït de la face.
vi: vis
nymfe: nymphe
flambeaus: flambeaux
beaus: beaux
oscurir: s'obscurcir
jumeaus: jumeaux
aloient: allaient
oiseaus: oiseaux
verd: vert
émouvoit: émouvait
ghirlandes: guirlandes
pleuvoit: pleuvait
millieu: milieu
despit: dépit
iver froidureus: hivers froidureux
amoureus: amoureux
printans s'esclouït: printemps éclot
Plus mile fois, que nul or terrien,
J’aime ce front ou mon Tyran se joüe,
Et le vermeil de cette belle joüe,
Qui fait honteus le pourpre Tyrien.
Toutes beautés a mes yeus ne sont rien,
Au pris du sein, qui lentement secoüe
Son gorgerin, sous qui, per à per joüe
Le branle égal d’un flot Cytherien.
Ne plus ne moins que Juppiter est aise,
Quand de son luth quelque Muse l’apaise,
Ainsi je suis de ses chansons épris,
Lors qu’a son luth ses dois elle embesoigne,
Et qu’elle dit le branle de Bourgoigne,
Qu’elle disoit, le jour que je fus pris.
mile:mille
honteus:honteux
a mes:à mes
secoüe:secoue
per à per:pair à pair
Juppiter:Jupiter
a son:à son
ses dois:ses doigts
embesoigne:embesogne
Bourgoigne:Bourgoigne
Celle qui est de mes yeus adorée,
Qui me fait vivre entre mile trespas,
Chassant un cerf, suivoit hier mes pas,
Com'ceus d'Adon Cyprine la dorée :
Quand une ronce en vain enamourée,
Ainsi que moi, du vermeil de ses bras,
En les baisant, lui fit couler a bas,
Une liqueur de pourpre colorée.
La terre a donc, qui, soigneuse, receut
Ce sang divin, tout sus l'heure conceut
Pareille au sang une rouge fleurette :
Et tout ainsi que d'Helene naquit
La fleur qui d'elle un beau surnom aquit,
Du nom Cassandre elle eut nom Cassandrette.
mile:mille
ceus:ceux
a bas:à bas
conceut:conçut
aquit:acquit
Helene:Hélène
Sur mes vint ans, pur d'offense & de vice,
Guidé, mal-caut, d'un trop aveugle oiseau,
Ayant encor le menton damoiseau,
Sain & gaillard je vins à ton service.
Ores forcé de ta longue malice,
Je m'en retourne avec une autre peau,
En chef grison, en perte de mon beau :
& pour t'aimer, il faut que je périsse.
Helas ! Que di-je ! Où veus-je retourner !
En autre part je ne puis sejourner,
Ni vivre ailleurs, ni d'autre amour me paitre.
Demeuron donc dans le camp fortement :
& puis qu'au moins veinqueur je ne puis estre,
Que l'arme au poin je meure honnestement.
&: Et
vint: vingt
Aiant: ayant
encor: encore
di: dis
veus: veux
Demeuron: Demeurons
puis qu'au: puisqu'au
veinqueur: vainqueur
estre: être
poin: poing
honnestement: honnêtement
Franc de travail, une heure je n’ai peu
Viure, depuis que les yeus de ma Dame
Mielleusement, verserent dans mon ame,
Le dous venin, dont mon cœur fut repeu.
Ma chere neige, & mon cher & dous feu,
Voiés comment je m’englace & m'enflame :
Comme la cire aus raisons d’une flame,
Je me consume, & vous en chaut bien peu.
Bien est il vrai, que ma vie est heureuse,
De s’écouler doucement langoureuse,
Dessous vôstre oeil, qui jour & nuit me point.
Mais si fault il que vôtre bonté pense,
Que l'amitié d'amitié se compense,
Et qu'un Amour sans frere ne croit point.
viure: voir
yeus: yeux
verserent : versèrent
ame: âme
dous: doux
chere: chère
dous: doux
voiés: voyez
m enflame : m'enflamme
aus: aux
flame : flamme
est il : est-il
vôstre: votre
fault il: faut-il
vôtre: votre
frere: frère
D'Amour ministre, & de perseverance,
Qui jusqu'au fond l'ame peus émouvoir,
Et qui les yeus d'un aveugle savoir,
Et qui les cœurs voiles d'une ignorance:
Vaten ailleurs chercher ta demeurance,
Vaten ailleurs quelqu'autre decevoir,
Je ne veus plus chés moi te recevoir,
Malencontreuse & mechante esperance.
Quand Juppiter, ce lâche criminel,
Teignit ses mains dans le sang paternel,
Derrobant l'or de la terre où nous sommes,
Il te laissa, Harpye & salle oiseau,
Cropir au fond du Pandorin vaisseau,
Pour enfieller le plus dous miel des hommes.
&: et
ame: âme
peus: peut
Vaten: Va-t'en
decevoir: décevoir
veus: veux
chés: chez
mechante: méchante
esperance: espérance
Juppiter: Jupiter
Derrobant: Dérobant
Harpye: Harpie
salle: sale
Cropir: Croupir
dous: doux
Franc de raison, esclave de fureur,
Ie vois chassant une Fere sauvage,
Or sur un mont, or le lon d'un rivage,
Or dans le bois de ieunesse & d'erreur.
I'ai pour ma lesse un lon trait de malheur,
I'ai pour limier un trop ardent courage,
I'ai pour mes chiens, & le foin, & la rage,
Le déplaisir, la peine, & la douleur.
Mais eus voiant que plus elle chassée
Loin loin devant moins s'enfuit eslancée,
Tournant sur moi la dent de leur effort.
Comme mastins affamés de repaitre,
A lons morceaus se paissent de leur maitre,
Et sans merci me trainent à la mort.
Ie: Je
lon: long
ieunesse: jeunesse
I ai: J'ai
lesse: laisse
eus: eux
voiant: voyant
eslancée: élancée
mastins: matins
A: À
lons: longs
morceaus: morceaux
Le ciel ne veut, Dame, que je joüisse
De ce dous bien que dessert mon devoir :
Aussi ne veus-je, & ne me plaît d'avoir
Sinon du mal en vous faisant service.
Puis qu'il vous plaît, que pour vous je languisse,
Je suis heureus, et ne puis recevoir
Plus grand honneur, qu'en mourant, de me voir
Faire a vos yeus de mon coeur sacrifice.
Donc si ma main, maugré moi, quelquefois
De l'amour chaste outrepasse les lois,
Dans vôtre sein cherchant ce qui m'embraise,
Punissés la du foudre de vos yeus,
Et la brulés : car j'aime beaucoup mieus
Vivre sans main, que ma main vous deplaise.
joüisse: jouisse
dous: doux
veus: veux
Puis qu: Puisqu
heureus: heureux
puis: peux
a: à
yeus: yeux
maugré: malgré
quelquefois: quelques fois
vôtre: votre
Punissés la: Punissez la
la brulés: brûlez la
mieus: mieux
deplaise: déplaise
Bien que sis ans soient ja coulés derriere
Depuis le jour que l’homicide trait,
Au fond du coeur, m’engrava le portrait
D’une humble-fiere, & fiere-humble guerriere:
Si suis-je heureus d’avoir veu la lumiere
En ces ans tars, pour avoir veu le trait
De son beau front, qui les graces attrait
Par une grace aus Graces coutumiere.
Le seul Avril de son jeune printans,
Endore, emperle, enfrange nostre tans,
Qui n’a seu voir la beauté de la belle,
Ni la vertu, qui foisonne en ses yeus,
Seul je l’ay veüe, aussi je meur pour elle,
Et plus grand heur ne m’ont donné les cieus.
M V R E T.
mm quef ifis MLCombien que par I'efpace de {in m il ait cf lflé en perpezuel martyrg’pour l‘amour de ù da— mecf ifi CR ce,qu'rl ('e fentbf ifiêheurhus,d‘auoir eu la veù'c d’vne f ifi excellante beauté , (cul ornement de nôtre ngeJldit d'au:n:age,qu‘il en lcul,qui l'a Parfaiuemëc vcüe ,cç qui luy a caufé [.1 mort : 5c ue c'eû le plus grand heurqu‘il receuz iamqis. H hf ifim, Humble en porr,& en mamu‘enmai: f ifier: contre me: prieres. D'au‘ir 1m14 lumim,D’ef lflre né. En ce: mu tarcùÆn ce dernier age. Œlngnm aurait Parme 314:: au: onces nummim. Le mot. grace, fe prend ici en noie fortes.Au premier lieu il f ifinif ifie‘Jes amitiésmu fecond, ce que les Latin: apellenr, 4mn au ner:.c'ef ifi vn nom pmpre des trois deef lfl'es, que le: Grecs nommër, Clu— rites. Lcf ifiul .mm‘l lof.» Mpmîr',‘ La (“cule beauté de fa ieuuef lflë. Endm, Wlt.mf ifiagt.)0rne. Mou faits àl'imimion de Perruques"! i: l'ai 7m, u a djg deuanrgau Soner qui fe commence,s:'fmlmmr,que ne, lui. ne lel autres ne l‘auoieur veüc: mainrenmzildn, qu‘illa vêf ifie , 8: que les autres n‘ont feu la mir, Mai. cette iuconf ifiancgf ifi telles petites contradif lflion: {ont famrliere: au: amoureus.
Si ce grand Dieu, le pere de la lyre,
Qui va bornant aus Indes son reveil,
Ainsi qui d'un oeil mal apris au someil
De çà de là, toutes choses remire,
sis:six
heureus:heureux
tars:tard
printans:printemps
tans:temps
seu:su
meur:meurs
heur:heurt
Si ce grand Dieu, le pere de la lyre,
Qui va bornant aus Indes son reveil,
Ainsi qui d'un oeil mal apris au someil
De çà de là, toutes choses remire,
Lamente encor, pour le bien où j'aspire,
Ne suis-je heureus, puis que le trait pareil,
Qui d'outre en outre entame le Soleil,
Mon coeur entame à semblable martire?
Dea, que mon mal contente mon plaisir,
D'avoir osé pour compagnon choisir
Un si grand Dieu ! Ainsi par la campagne,
Le beuf courbé dessous le jou pesant,
Traine le fais plus leger & plaisant,
Quand son travail d'un autre s'acompagne.
pere: père
aus: aux
reveil: réveil
apris: appris
someil: sommeil
encor: encore
heureus: heureux
beuf: bœuf
s'acompagne: s'accompagne
Ce petit chien, qui ma maitresse suit,
Et qui jappant ne reconoit personne,
Et cet oiseau, qui mes plaintes resonne,
Au mois d’Avril soupirant toute nuit:
Et cette pierre, ou quand le chaut s’enfuit
Seule aparsoi pensive s’arraisonne,
Et ce Jardin, ou son pouce moissonne,
Tous les Tresors que Zephyre produit:
Et cette dance, ou la fleche cruelle,
M’outreperça, & la saison nouvelle,
Qui tous les ans rafraichit mes douleurs,
Et son oeillade, & sa parole sainte,
Et dans le coeur sa grace que j’ai peinte,
Baignent mon sein de deus ruisseaus de pleurs.
reconoit:reconnaît
resonne:résonne
ou son:où son
ou la:où la
deus:deux
ruisseaus:ruisseaux
Entre tes bras, impatiant Roger,
Pipé du fard de magique cautelle,
Pour refroidir ta chaleur immortelle,
Au soir bien tard Alcine vint loger.
Opiniâtre à ton feu soulager,
Ore planant, ore noüant sus elle,
Dedans le gué d'une beauté si belle,
Toute une nuit tu apris à nager.
En peu de tans le gracieus Zephyre,
Heureusement empoupant ton navire,
Te fit surgir dans le port amoureus :
Mais quand ma nef de s'aborder est preste,
Toujours plus loin quelque horrible tempeste
La single en mer, tant je suis malheureux.
impatiant: impatient
cautelle: cautèle
Ore: or
ore: or
noüant: nageant
sus: sur
apris: appris
tans: temps
gracieus: gracieux
Zephyre: Zéphyr
amoureus: amoureux
preste: prête
tempeste: tempête
Je te hai peuple, & m'en sert de tesmoin,
Le Loir, Gastine, & les rives de Braie,
Et la Neuffaune, & l'humide saulaie,
Qui de Sabut borne l'extreme coin.
Quand je me pers entre deus mons bien loin,
M'arraisonnant seul à l'heure j'essaie
De soulager la douleur de ma plaie,
Qu'Amour encharne au plus vif de mon soin.
Là pas à pas, Dame, je rememore
Ton front, ta bouche & les graces encore
De tes beaux yeux trop fidelles archers:
Puis figurant ta belle idole feinte
Dedans quelque eau, je sanglote une pleinte,
Qui fait gemir le plus dur des rochers.
hai : hais
tesmoin : témoin
Loir : Loire
extreme : extrême
pers : perd
deus : deux
mons : monts
rememore ! remémore
graces : grâces
fidelles : fidèles
pleinte : plainte
gemir : gémir
Non la chaleur de la terre, qui fume
Béant de soif au creus de son profond :
Non l'Avantchien, qui tarit jusqu'au fond
Les tiedes eaus, qu'ardant de soif il hume :
Non ce flambeau qui tout ce monde alume
D'un bluëtter qui lentement se fond,
Bref ni l'esté, ni ses flames ne font
Ce chaut brazier qui m'enbraize & consume.
Vos chastes feus, esprits de vos beaus yeus,
Vos dous éclairs qui rechaufent les dieus,
Seuls de mon feu eternizent la flame :
Et soit Phoebus attelé pour marcher
Devers le Cancre, ou bien devers l'Archer,