Les Amours (page 7)
Vôtre oeil me fait un esté dans mon ame.
creus: creux
tiedes eaus: tièdes eaux
alume: allume
bluëtter: bleuté
esté: été
flames: flammes
chaut brazier: chaud brasier
m enbraize: m'embrase
feus: feux
beaus yeus: beaux yeux
dous: doux
rechaufent: réchauffent
dieus: dieux
eternizent: éternisent
flame: flamme
Vôtre: Votre
ame: âme
Ni ce coral, qui double se compasse,
Sur meinte perle entée doublement,
Ni cette bouche ou vit fertilement
Un mont d'odeurs qui le Liban surpasse ,
Ni ce bel or qui frisé s'entrelasse
En mille nouds mignardés gaiement,
Ni ces œillets égalés uniment
Au blanc des lis encharnés dans sa face,
Ni de ce front le beau ciel éclairci,
Ni le double arc de ce double sourci,
N'ont a la mort ma vie abandonnée:
Seuls vos beaux yeus (ou certain archer,
Pour me tuer d'aguet se vint cacher)
Devant le soir finissent ma journée.
coral: corail
meinte: mainte
entée: liée
ou: où
entrelasse: entrelace
nouds: nœuds
lis: lys
sourci: sourcil
ont a la: ont à la
yeus: yeux
De toi, Paschal, il me plaît que j’écrive,
Qui de bien loin le peuple abandonnant,
Vas de l’Arpin les tresors moissonnant,
Le lon des bors ou ta Garonne arrive.
Haut d’une langue eternellement vive,
Son cher Paschal Tolose aille sonnant,
Paschal Paschal Garonne resonnant,
Rien que Paschal ne responde sa rive.
Si ton Durban, l’honneur de nostre tans,
Lit quelque fois ces vers par passetans,
Di lui, Paschal (ainsi l’âpre secousse
Qui m’a fait choir, ne te puisse émouvoir)
Ce pauvre Amant estoit dinne d’avoir
Une maitresse, ou moins belle, ou plus douce.
lon:long
bors:bords
Vas: Va
ou ta Garonne:où ta Garonne
Tolose:Toulouse
resonnant:résonnant
responde:réponde
tans:temps
passetans:passe-temps
Dis lui:Dis-lui
dinne:digne
maitresse:maîtresse
Di l'un des deus, sans tant me deguiser
Le peu d'amour que ton semblant me porte :
Je ne sauroi, veu ma peine si forte,
Tant lamenter ne tant Petrarquiser.
Si tu le veus, que sert de refuser
Ce dous present dont l'espoir me conforte ?
Si non, pourquoi, d'une esperance morte
Pais tu ma vie, affin de l'abuser ?
L'un de tes yeus dans les enfers me ruë,
L'autre à l'envi tour à tour s'évertuë
De me remettre en paradis encor :
Ainsi tes yeus pour causer mon renaitre,
Et puis ma mort, sans cesse me font estre,
Ore un Pollux, & ores un Castor.
Di : Dis
deus : deux
deguiser : déguiser
sauroi : saurai
veu : vu
Petrarquiser : pétrarquiser
veus : veux
dous : doux
present : présent
esperance : espérance
pais tu : paies-tu
affin: afin
yeus: yeux
rüe: rue
envi: envie
évertuë: évertue
encor: encore
renaitre: renaître
estre: être
& : et
L'An mil cinq cens contant quarante & sis,
Dans ses cheveus une beauté cruelle
(Ne sai quel plus, las, ou cruelle, ou belle)
Lia mon cœur de ses graces épris.
Lors je pensoi, comme sot mal apris,
Né pour souffrir une peine immortelle,
Que les crespons de leur blonde cautelle
Deus ou trois jours sans plus me tiendroient pris.
L'an est passé, & l'autre commence ores,
Où je me voi plus que devant encores
Pris dans leurs rets : & quand par fois la mort
Veut délacer le lien de ma peine,
Amour tousjours pour l'ennoüer plus fort,
Oint ma douleur d'une esperance vaine.
mil: mille
cens: cent
contant: comptant
&: et
sis: six
cheveus: cheveux
sai: sait
graces: grâces
pensoi: pensais
apris: appris
crespons: crêpons
Deus: Deux
tiendroient: tiendraient
voi: vois
par fois: parfois
tousjours: toujours
ennoüer: ennouer
esperance: espérance
A toi chaque an ordonne un sacrifice
etc.
A toy chaque an j’ordonne un sacrifice, Fidele coin, où tremblant et poureux, Je descouvry le travail langoureox Que j’endoroy, Dame, en votre service.
Un coin meilleur plus seur et plus propice A declarer un torment amoureux, N’est point en Cypre, ou dans les plus heureux Vergers de Gnide, Amathonte ou d’Eryce.
Eussé-je l’or d’un Prince ambitieux, Coin, tu serois un temple precieux Enrichy d’or et de despense grande :
Où les amans par un vœu solennel Joutant lutant autour de ton autel, S’immoleroient eux-mesmes pour offrande
Le pensement, qui me fait devenir
Hautain & brave, est si dous que mon ame
Desja desja impuissante se pâme,
Yvre du bien qui me doit avenir.
Sans mourir donq, pourrai-je soutenir
Le dous combat, que me garde Madame,
Puis qu’un penser, si brusquement l’entame,
Du seul plaisir d’un si dous souvenir?
Helas, Venus, que l’écume feconde,
Non loin de Cypre, enfanta dessus l’onde,
Si de fortune en ce combat je meurs,
Reçoi ma vie, O deesse, & la guide
Parmi l’odeur de tes plus belles fleurs,
Dans les vergers du paradis de Gnide.
Desja:Déjà
desja:déjà
donq:donc
Puis qu:Puisqu
Venus:Vénus
Reçoi:Reçois
Quand en songeant ma follâtre j’acolle,
Laissant mes flancs sus les siens s’alonger,
Et que d’un branle habilement leger,
En sa moitié ma moitié je recolle:
Amour adonc si follement m’affolle,
Qu’un tel abus je ne voudroi changer,
Non au butin d’un rivage étranger,
Non au sablon qui jaunoïe en Pactole.
Mon dieu, quel heur, & quel contentement,
M’a fait sentir ce faus recollement,
Changeant ma vie en cent metamorfoses?
Combien de fois doucement irrité,
Suis-je ore mort, ore resuscité,
Entre cent lis, & cent vermeilles roses?
acolle:accole
sus:sur
voudroi:voudrai
jaunoïe:jaunit
heur:heurt
faus:faux
metamorfoses:métamorphoses
resuscité:ressuscité
O de Nepenthe, & de liesse pleine
Chambrette heureuse, ou deus heureus flambeaus,
Les plus ardans du ciel, & les plus beaus
Me font escorte apres si longue peine.
Or je pardonne a la mer inhumaine,
Aus flots, aus vens, la traison de mes maus
Puis que par tant & par tant de travaus,
Une main douce à si dous port me meine.
Adieu tourmente, adieu naufrage, adieu.
Vous flots cruels aieus du petit Dieu,
Qui dans mon sang à sa fleche souillée:
Ores ancré dedans le sein du port,
Par veu promis, j'appan dessus le bord
Aus dieus marins ma dépouille mouillée.
Nepenthe: Népenthe
& : et
ou deus: où deux
heureus: heureux
flambeaus: flambeaux
ardans: ardents
beaus: beaux
apres: après
a la: à la
Aus: Aux
vens: vents
la traison: la trahison
maus: maux
Puis que:Puisque
travaus: travaux
dous: doux
meine: mène
cruels aieus: cruels, aïeux
fleche: flèche
veu: vœux
appan dessus: appends dessus
dieus: dieux
Je parangonne à ta jeune beauté,
Qui toujours dure en son printans nouvelle,
Ce mois d'Avril, qui ses fleurs renouvelle,
En sa plus gaie & verte nouveauté.
Loin devant toi s'en fuit la cruauté,
Devant lui fuit la saison plus cruelle.
Il est tout beau, ta face est toute belle :
Ferme est son cours, ferme est ta loiauté.
Il peint les chams de dis mile couleurs,
Tu peins mes vers d'un long émail de fleurs :
D'un dous Zephyre il fait onder les plaines,
Et toi mon coeur d'un soupir larmoiant :
D'un beau crystal son front est rousoiant,
Tu fais sortir de mes yeus deus fontaines.
printans: printemps
loiauté: loyauté
chams: champs
mile: mille
dis: dix
dous: doux
Zephyre: Zéphyr
coeur: cœur
larmoiant: larmoyant
crystal : cristal
yeus: yeux
deus: deux
Ce ne sont qu'haims, qu'amorces, et qu'apas
De son bel oeil qui m'aleche en sa nasse,
Soit qu'elle rie, ou soit qu'elle compasse
Au son du Luth le nombre de ses pas.
Une minuit tant de flambeau n'a pas,
Ni tant de sable en Euripe ne passe,
Que de beautés embellissent sa grace,
Pour qui j'endure un milier de trespas.
Mais le tourment qui moissonne ma vie,
Est si plaisant, que je n'ai point envie
De m'élongner de sa douce langueur :
Ains face Amour que mort encores j'aie
L'aigre douceur de l'amoureuse plaie,
Que vif je porte au plus beau de mon coeur.
apas: appât
aleche: allèche
rie: rit
grace: grâce
milier: millier
élongner: éloigner
encores: encore
aie: ai
Œil, qui mes pleurs de tes raisons essuie',
Sourci, mais ciel des autres le greigneur',
Front estoilé, Trofée à mon Seigneur,
Qui dans ton jour ses dépouilles etuie':
Gorge de marbre, où la beauté s'apuie,
Col Albastrin emperlé de bonheur,
Tetin d'ivoire, où se niche l'honneur,
Sein, dont l'espoir mes travaux desennuie:
Vous avés tant apâté mon désir,
Que pour souler la faim de son plaisir,
Et nuit et jour il faut qu'il vous revoie:
Comme un oiseau, qui ne peut sejourner,
Sans revoler, tourner, et retourner,
Aus bors conus pour i trouver sa proie
Sourci: Sourcil
greigneur: le plus grand
estoilé: étoilé
Trofée: Trophée
etuie: étui
s apuie: s'appuie
Albastrin: pour laquelle
Tetin: sein
desennuie: désennuie
apâté: appâté
sejourner: séjourner
Aus: aux
bors: bord
conus: connus
Hausse ton æle, & d’un voler plus ample,
Forçant des vens l’audace & le pouvoir,
Fai Denisot, tes plumes émouvoir,
Jusques au ciel ou les dieus ont leur temple.
Là, d’oeil d’Argus, leurs deités contemple,
Contemple aussi leur grace, & leur savoir
Et pour ma Dame au parfait concevoir,
Sur les plus beaus fantastique un exemple,
Moissonne apres le teint de mile fleurs,
Et les detrampe en l’argent de mes pleurs,
Que tiedement hors de mon chef je ruë:
Puis atachant ton esprit & tes yeus
Dans le patron derobé sur les dieus,
Pein, Denisot, la beauté qui me tuë.
æle:aile
vens:vents
ciel ou:ciel où
dieus:dieux
deités:déités
beaus:beaux
mile:mille
detrampe:détrempe
tiedement:tièdement
atachant:attachant
derobé:dérobé
tuë:tue
Vile de Blois, le sejour de Madame,
Le ni des Rois & de ma voulonté,
Ou je suis pris, ou je suis surmonté,
Par un œil brun qui m'outreperce l'ame :
Sus le plus haut de sa divine flame,
Pres de l'honneur, en grave magesté,
Reveremment se sied la chasteté,
Qui tout bon cœur de ses vertus enflame.
Se loge Amour dans tes murs pour jamais,
Et son carquois, & son arc desormais
Pendent en toi, comme autel de sa gloire :
Puisse il toujours sous ses plumes couver
Ton chef roial, & nu toujours laver
Le sien crespu dans l'argent de ton Loire.
vile: ville
sejour: séjour
&: et
ni: nid
voulonté: volonté
ou: où
ame: âme
sus: sur
flame: flamme
pres: près
magesté: majesté
Reveremment: Révéremment
enflame: enflamme
desormais: désormais
puisse il: puisse-t-il
roial: royal
crespu: crêpu
Heureuse fut l'étoile fortunée,
Qui d'un bon oeil ma maitresse aperceut :
Heureus le bers, & la main qui la seut
Emmailloter, alors qu'elle fut née,
Heureuse fut la mammelle emmannée,
De qui le lait premier elle receut,
Et bienheureus le ventre, qui conceut
Si grand'beauté de si grans dons ornée.
Heureus les chams qui eurent cet honneur
De le voir naitre, & de qui le bonheur
L'Inde & l'Egypte heureusement excelle.
Heureus le fis dont grosse elle sera,
Mais plus heureus celui qui la fera,
Et femme, & mere, en lieu d'une pucelle.
maitresse: maîtresse
aperceut: aperçut
heureus: heureux
bers: berceau
seut:sut
receut: reçut
bienheureus: bienheureux
conceut: conçut
grand'beauté: grande beauté
grans: grands
chams: champs
fis: fils
naitre: naître
mere: mère
L'Astre ascendant, sous qui je pris naissance,
De son regard ne maitrisoit les cieus :
Quand je nâquis, il étoit dans tes yeus,
Futurs tyrans de mon obeissance.
Mon tout, mon bien,mon heur, ma conoissance,
Vint de ton oeil : car pour nous lier mieus,
Tant nous unit son feu presagieus,
Que de nous deus il ne fit qu'une essence.
En toi je suis, & tu es dedans moi :
En moi tu vis, & je vis dedans toi :
Ainsi nos touts ne font qu'un petit monde.
Sans vivre en toi je tomberoi' là bas.
La Pyralide en ce point ne vit pas,
Perdant sa flame, & le Daufin son onde.
maitrisoit: maîtrisait
cieus: cieux
étoit: était
nâquis: naquis
yeus: yeux
obeissance: obéissance
conoissance: connaissance
mieus: mieux
deus: deux
touts: tout
tomberoi: tomberai
là bas: là-bas
flame: flamme
daufin: dauphin
De ton poil d’or en tresses blondissant
Amour ourdit de son arc la ficelle,
Il me tira de ta vive estincelle,
Le dous-fier trait, qui me tient languissant.
Du premier coup j’eusse esté perissant,
Sans l’autre coup d’une flêche nouvelle,
Qui mon ulcere en santé renouvelle,
Et par son coup, le coup va guarissant.
Ainsi jadis sur la poudre Troïenne,
Du soudart Grec la hache Pelienne,
Du Mysien mit la douleur a fin:
Ainsi le trait que ton bel oeil me ruë,
D’un mesme coup me guarit & me tuë.
Hé, quelle Parque à filé mon destin!
estincelle: étincelle
esté: été
perissant: périssant
flêche: flèche
ulcere: ulcère
Troïenne: Troyenne
oeil: œil
mesme: même
ruë: rue
tuë: tue
à: a
a: à
guarit: guérit
guarissant: guérissant
Ce ris plus dous que l'œuvre d'une abeille,
Ces doubles lis doublement argentés,
Ces diamans à double ranc plantés
Dans le coral de sa bouche vermeille,
Ce dous parler qui les mourans esveille,
Ce chant qui tient mes soucis enchantés,
Et ces deus cieus sur deus astres antés,
De ma deesse annoncent la merveille.
Du beau jardin de son printans riant,
Naist un parfum, qui mesme l'orient
Embasmeroit de ces douces aleines.
Et de là sort le charme d'une vois,
Qui tous ravis fait sauteler les bois,
Planer les mons, & montaigner les plaines.
dous : doux
lis : lys
diamans : diamants
ranc : rang
coral : corail
mourans : mourants
esveille : éveille
cieus : cieux
deus : deux
antés : plantés
deesse : déesse
printans : printemps
Naist : Naît
mesme : même
Embasmeroit : Embaumerait
aleines : haleines
vois : voix
mons : monts
Dieus, si là haut s'enthrône la pitié,
En ma faveur, ores ores qu'on jette
Du feu vangeur la meurtriere sagette,
Pour d'un mauvais punir la mauvaistié,
Qui seul m'espie, & seul mon amitié
Va detraquant, lors que la nuit segrette,
Et mon ardeur honteusement discrette,
Guident mes pas où m'atent ma Moitié.
Accablés, Dieus, d'une juste tempeste
L’œil espion de sa parjure teste,
Dont le regard toutes les nuis me suit :
Ou lui donnés l'aveugle destinée
Qui aveugla le malheureus Phinée,
Pour ne voir rien qu'une eternelle nuit.
dieus: dieux
là haut: là-haut
enthrône: entrône
vangeur: vengeur
meurtriere: meurtrière
m espie: m'expie
detraquant: détraquant
discrette: discrète
m atent: m'attend
tempeste: tempête
teste: tête
les nuis: les nuits
ou lui donnés: où lui donner
malheureus: malheureux
eternelle: éternelle
J'irai toujours, & révant, & songeant
En la douce heure, où je vis l'angelette,
Qui d'esperance & de crainte m'alaitte,
Et dans ses yeus mes destins va longeant.
Quel or ondé en tresses s'allongeant
Frapoit ce jour en sa gorge nouvelette ?
Et sus son col, ainsi qu'une ondelette
Flotte aus zephyrs, au vent alloit nageant ?
Ce n'étoit point une mortelle femme
Que je vi lors, ni de mortelle dame
Elle n'avoit, ni le front, ni les yeus :
Donques, mon cœur, ce ne fut chose etrange
Si je fu pris : c'étoit vraiment un Ange
Qui pour nous prendre etoit volé des cieus.
&: et
révant: rêvant
d'esperance: d'espérance
m'alaitte: m'allaite
yeus: yeux
frapoit: frappait
sus: sur
aus: aux
alloit : allait
étoit: était
vi: vis
lors: alors
n'avoit: n'avait
Donques: Donc
etrange: étrange
fu: fus
etoit: était
cieus: cieux
Epovanté je cherche une fontaine
Pour expier un horrible songer,
Qui toute nuit ne m'a fait que ronger
L'ame effroiée au travail de ma peine.
Il me sembloit que ma douce inhumaine
Crioit, ami, sauve moi du danger,
Auquel par force un larron étranger
Par les forets prisonniere m'emmeine.
Lors en sursaut, ou me guidoit la vois,
Le fer au poin je brossai dans le bois:
Mais en courant apres la derobée,
Du larron mesme assaillir me suis veu,
Qui me perçant le cœur de mon espée
M'a fait tomber dans un torrent de feu
epovanté: épouvanté
songer: songe
ame: âme