Les Amours (page 8)

Pierre de Ronsard · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Amours (1553) · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

effroiée: effrayée

sembloit: semblait

crioit: criait

forets: fôrets

prisonniere: prisonnière

emmeine: emmène

ou: où

guidoit: guidait

vois: voix

poin: poing

apres: après

mesme: même

veu: vu

espée: épée

CHANSON

Las ! je n’eusse jamais pensé,

Dame, qui causes ma langueur,

De voir ainsi recompensé

Mon service d’une rigueur,

Et qu’en lieu de me secourir

Ta cruauté m’eust fait mourir.

Si fortuné, j’eusse aperceu,

Quand je te vi premierement,

Le mal que j’ai depuis receu

Pour aimer trop loialement,

Mon coeur, qui franc avoit vesqu,

N'eust pas esté si tost veinqu.

Mais tu fis promettre à tes yeus,

Qui seuls me vindrent decevoir,

De me donner encore mieus

Que mon coeur n’esperoit avoir :

Puis comme jalous de mon bien

Ont transformé mon aise en rien.

Si tôt que je vi leur beauté,

Amour me força d’un desir

D’assujettir ma loiauté

Sous l’empire de leur plaisir,

Et decocha de leur regard

Contre mon coeur, le premier dart.

Ce fut, Dame, ton bel accueil,

Qui pour me faire bien heureus,

M’ouvrit par la clef de ton oeil

Le paradis des Amoureus,

Et fait esclave en si beau lieu,

D’un homme je devins un dieu.

Si bien que n’estant plus à moi,

Mais à l’oeil qui m’avoit blessé,

Mon coeur en gage de ma foi

A mon veinqueur je delessé,

Où serf si doucement il est,

Qu’autre liberté lui desplaist.

Et bien qu’il soufre jours & nuis

Meinte amoureuse aversité,

Le plus crüel de ses ennuis

Lui semble une félicité,

Et ne sçauroit jamais vouloir

Qu’un autre oeil le face douloir.

Un grand rocher qui a le dôs

Et les piés toujours outragés,

Ore des Vens, ore des flôs

Contre les rives enragés,

N’est point si ferme que mon coeur

Sous l’orage d’une rigueur.

Car lui de plus en plus aimant

Les beaus yeus qui l’ont enreté,

Semble du tout au Diamant,

Qui pour garder sa fermeté,

Se romp plus tôt sous le marteau,

Que se voir tailler de nouveau.

Ainsi ne l’or qui peut tanter,

Ni grace, beauté, ni maintien,

Ne sauroient dans mon coeur enter

Un autre portrait que le tien,

Et plus tôt il mouroit d’ennui,

Que d’en soufrir un autre en lui.

il ne faut donq pour empecher

Qu’une autre dame en ait sa part,

L’environner d’un grand rocher,

Ou d’une fosse, ou d’un rempart,

Amour te l’a si bien conquis,

Que plus il ne peut estre aquis.

Chanson, les estoilles seront

La nuit, sans les cieus alumer,

Et plus tôt les vens cesseront

De tempester de sus la mer,

Que de ses yeux la cruauté

Puisse amoindrir ma loiauté.

Un voile oscur par l'horizon espars

Troubloit le ciel d'une humeur survenue,

Et l'ær crevé d'une gresle menue

Frapoit à bonds les chams de toutes pars:

Desia Vulcan les bras de ses souldars

Hâtoit dépit à leur forge conue,

Et Juppiter dans le creus d'une nue

Armoit sa main de l'éclair de ses dars:

Quand ma Nymfette en simple verdugade

Cueillant des fleurs, des rais de son oeillade

Essuia l'aer grelleus & pluvieus:

Des vens sortis remprisonna les tropes,

Et ralenta les marteaus des Cyclopes,

Et de Jupin rasserena les yeus.

oscur: obscur

espars: étendu

troubloit: troublait

aer: air

gresle: grêle

frapoit: frappait

chams: champs

pars: parts

desjà: déjà

vulcan: vulcain

souldars: soldats

hâtoit: hâtait

dépit: irrité

conue: connue

Juppiter: Jupiter

creus: creux

armoit: armait

dars: dards

nymfette: nymphette

rais: rayons

essuia: essuya

grelleus: grêleux

pluvieus: pluvieux

vens: vents

tropes: troupes

ralenta: ralentit

marteaus: marteaux

jupin: jupiter

yeus: yeux

En autre part les deux flambeaus de celle

Qui m'esclairoit, sont allés faire jour,

Voire un midi, qui d'un stable sejour,

Sans annuiter dans les cœurs estincelle.

Et que ne sont & d'une & d'une autre aele

Mes deus coustés emplumés alentour?

Haut par le ciel sous l'escorte d'Amour

Je voleroi comme un Cyne, aupres d'elle.

De ses deux rais aiant percé le flanc

J'empourpreroi mes plumes dans mon sang

Pour témoigner la peine que j'endure:

Et suis certain que ma triste langueur

Emouveroit non seulement son cœur

De mes soupirs, mais une roche dure.

deus: deux

flambeaus: flambeaux

m esclairoit: m'éclairait

sejour: séjour

estincelle: étincelle

&: et

aele: aile

coustés: côtés

voleroi: volerai

Cyne: cygne

aupres: auprès

aiant: ayant

J empourpreroi: J'empourprerai

Emouveroit: Emouverait

REDIRECTION

[[Si tu ne veux les astres dépiter En ton malheur, ne mets point en arriere L’humble souspir de mon humble priere : La priere est fille de Jupiter.

Quiconque veut la priere eviter Jamais n’acheve une jeunesse entiere, Et void tousjours de son audace fiere Jusqu’aux enfers l’orgueil precipiter.

Pour ce, orgueilleuse, eschappe cest orage, Mollis un peu le roc de ton courage, Aux longs souspirs de ma triste langueur.

Tousjours le ciel, tousjours l’eau n’est venteuse, Tousjours ne doit ta beauté dépiteuse Contre ma playe endurcir sa rigueur.]]

Si tu ne veux les astres dépiter

etc.

Texte en gras

Entre mes bras qu'ores ores n'arrive

Celle qui tient ma plaie en sa verdeur,

Et ma pensée en gelante tiedeur,

Sur le tapis de ceste herbeuse rive ?

Et que n'est elle une Nymfe native

De quelque bois ? Par l'ombreuse froideur,

Nouveau Sylvain, j'alenterois l'ardeur

Du feu qui m'ard d'une flame trop vive.

Et pourquoi, cieus, l'arrest de vos destins

Ne m'a fait naistre un de ces Paladins

Qui seuls portoient en crope les pucelles ?

Et qui tâtant, baisant, & devisant,

Loin de l'envie, & loin du mesdisant,

Dieus, par les bois vivoient avecques elles ?

ceste : cette

tiedeur : tiédeur

Nymfe : Nymphe

alenterois : alenterais

flame : flamme

cieus : cieux

arrest : arrêt

naistre : naître

portoient : portaient

crope : croupe

mesdisant : médisant

dieus : dieux

vivoient : vivaient

Que tout par tout dorenavant se mue:

Soit desormais Amour soulé de pleurs,

Des chesnes durs puissent naitre les fleurs,

Au choc des vens l'eau ne soit plus émue,

Du cœur des rocs le miel degoute & sue,

Soient du printans semblables les couleurs,

L'esté soit froid, l'hyver plein de chaleurs,

De foi la terre en tous endrois soit nue:

Tout soit changé, puis que le nou si fors

Qui m'estraignoit, & que la seule mort

Devoit couper, ma Dame veut deffaire.

Pourquoi d'Amour méprises tu la loi?

Pourquoi fais tu ce qui ne se peut faire?

Pourquoi roms tu si fausement ta foi?

par tout: partout

dorenavant: dorénavant

desormais: désormais

soulé: saoulé

chesnes: chênes

naitre: naître

vens: vents

degoute: dégoûte

printans: printemps

esté: été

hyver: hiver

endrois: endroits

puis que: puisque

nou: nœud

fors: fort

estraignoit: étreignait

devoit: devait

deffaire: défaire

méprises tu: méprises-tu

fais tu: fais-tu

roms tu: romps-tu

fausement: faussement

Lune à l’oeil brun, la dame aus noirs chevaus,

Qui ça qui là, qui haut qui bas te tournent,

Et de retours, qui jamais ne sejournent,

Trainent ton char eternel en travaus.

A tes desseins les miens ne sont égaus,

Car les amours qui ton coeur epoinçonnent,

Et ceus aussi qui mon coeur eguillonnent,

Divers souhaits desirent à leurs maus.

Toi mignotant ton dormeur de Latmie,

Tu voudrois bien qu’une course endormie

Emblât le train de ton char qui s’enfuit:

Mais moi qu’Amour toute la nuit devore,

Las, des le soir je souhaitte l’Aurore,

Pour voir le jour, que me celoit ta nuit.

chevaus:chevaux

travaus:travaux

A tes:À tes

égaus:égaux

coeur:cœur

epoinçonnent:époinçonnent

ceus:ceux

eguillonnent:aiguillonnent

desirent:désirent

maus:maux

devore:dévore

des le:dès le

souhaitte:souhaite

celoit:celait

Une diverse amoureuse langueur,

Sans se meurir dans mon ame verdoie :

Dedans mes yeus une fontaine ondoie,

Un Montgibel s'enflame dans mon coeur.

L'un de son feu, l'autre de sa liqueur,

Ore me gele, & ore me foudroie,

Et l'un & l'autre à son tour me guerroie,

Sans que l'un soit dessus l'autre vainqueur.

Fais, Amour, fai qu'un des deus ait la place,

Ou le seul feu, ou bien la seule glace,

Et par l'un d'eus mets fin à ce debat :

J'ai, seigneur, j'ai, j'ai de mourir envie,

Mais deus venins n'etouffent la vie,

Tandis que l'un à l'autre se combat.

meurir: mûrir

verdoie: verdoit

yeus: yeux

ondoie: ondoit

s'enflame: s'enflamme

gele: gèle

&: et

fai: fais

deus: deux

eus: eux

debat: débat

deus: deux

etouffent: étouffent

Puis que cet oeil qui fidelement baille

Ses lois aus miens, sur les miens plus ne luit,

L’oscur m’est jour, le jour m’est une nuit,

Tant son absence asprement me travaille.

Le lit me semble un dur camp de bataille,

Rien ne me plait, toute chose me nuit,

Et ce penser, qui me suit & resuit,

Presse mon cœur plus fort qu’une tenaille.

Ja pres du Loir entre cent mile fleurs,

Soulé d’ennuis, de regrets & de pleurs,

J’eusse mis fin à mon angoisse forte,

Sans quelque dieu, qui mon œil va tournant

Vers le païs ou tu es sejournant,

Dont le bel aer sans plus me reconforte.

Puis que: Puisque

fidelement: fidèlement

aus miens: aux miens

oscur: obscur

asprement: âprement

plait: plaît

ce penser: cette pensée

Ja: Déjà

pres: près

cent mile: cent mille

Soulé: Saoulé

païs: pays

ou: où

sejournant: séjournant

aer: air

reconforte: réconforte

Comme le chaut, ou dedans Erymanthe,

Ou sus Rhodope, ou sus un autre mont,

En beau crystal le blanc des neiges font

Par sa tiedeur lentement vehemente :

Ainsi tes yeus (eclair qui me tourmente)

Qui cire & neige à leur regard me font,

Touchans les miens jà distillés les ont

En un ruisseau, qui de mes pleurs s'augmente.

Herbes ne fleurs ne sejournent auprés,

Ains des soucis, des Ifs, & des Cyprés,

Ni d'un verd gai sa rive n'est point pleine.

Les autres eaus par les prés vont roulant,

Mais cette ci par mon sein va coulant,

Qui nuit & jour bruit & rebruit ma peine.

sus: sur

neiges font: neiges fond

tiedeur: tiédeur

vehemente: véhémente

yeus: yeux

eclair: éclair

touchans: Touchant

sejournent auprés: séjournent auprès

cyprés: Cyprès

verd: vert

eaus: eaux

cette ci: celle-ci

De soins mordans & de soucis divers

Soit sans repos ta paupiere eveillée,

Ta levre soit d’un noir venin mouillée,

Tes cheveus soient de viperes couvers.

Du sang infait de ces gros lezars vers

Soit ta poitrine & ta gorge souillée,

Et d’une oeillade obliquement rouillée,

Tant que voudras, guigne moi de travers.

Toujours au ciel je leverai la teste,

Et d’un écrit qui bruit comme tempeste,

Je foudroirai de tes Monstres l’effort:

Autant de fois que tu seras leur guide

Pour m’assaillir dans le seur de mon fort,

Autant de fois me sentiras Alcide.

eveillée:éveillée

cheveus:cheveux

viperes:vipères

infait:infect

lezars:lézards

vers:verts

oeillade:œillade

guigne moi:guigne-moi

leverai:lèverai

De cette douce & fielleuse pasture,

Dont le surnom s'apelle trop aimer,

Qui m'est & sucre, & riagas amer,

Sans me souler je pren ma nourriture.

Car ce bel œil, qui force ma nature,

D'un si long jeun m'a tant fait épâmer,

Que je ne puis ma faim desaffamer,

Qu'au seul regard d'une vaine peinture.

Plus je la voi, moins souler je m'en puis,

Un vrai Narcisse en misere je suis :

Hé, qu'Amour est une cruelle chose !

Je conoi bien qu'il me fera mourir,

Et si ne puis ma douleur secourir,

Tant j'ai sa peste en mes veines enclose.

& : et

pasture : pâture

s apelle : s'appelle

m est : met

souler : rassasier

jeun : jeûne

épâmer : me pâmer

desaffamer : assouvir

voi : vois

misere : misère

conoi : sais

Que làchement vous me trompés mes yeus,

Enamourés d'une figure vaine !

O nouveauté d'une cruelle peine,

O fier destin, ô malice des cieus.

Faut- il que moi de moimesme envieus,

Pour aimer trop les eaus d'une fontaine,

Je brule apres une image incertaine,

Qui pour ma mort m'accompaigne en tous lieus ?

Et quoi, faut- il que le vain de ma face,

De membre à membre amenuiser me face,

Comme une cire aus rais de la chaleur ?

Ainsi pleuroit l'amoureus Cephiside,

Quand il sentit dessus le bord humide,

De son beau sang naitre une belle fleur.

làchement: lâchement

trompés: trompez

yeus: yeux

Enamourés: Énamourés

O: Ô

cieus: cieux

moimesme: moi-même

envieus: envieux

eaus: eaux

brule: brûle

apres: après

accompaigne: accompagne

lieus: lieux

me face: me fasse

aus: aux

rais: rayons

pleuroit: pleurait

amoureus: amoureux

Cephiside: Céphiside

naitre: naître

En ma douleur, las chetif, je me plais,

Soit quand la nuit les feus du ciel augmente,

Ou quand l’Aurore enjonche d’Amaranthe

Le jour melé d’un long fleurage épais.

D’un joieus dueil sans faim je me repais:

Et quelque part ou seulet je m’absente,

Devant mes yeus je voi toujours presente,

Celle qui cause & ma guerre & ma pais.

Pour l’aimer trop egalement j’endure,

Ore un plaisir, ore une peine dure,

Qui d’ordre egal viennent mon coeur saisir:

Et d’un tel miel mon absynthe est si pleine,

Qu’autant me plait le plaisir que la peine,

La peine autant comme fait le plaisir.

feus:feux

melé:mêlé

joieus:joyeux

ou seulet:où seulet

pais:paix

egal:égal

absynthe:absinthe

plait:plaît

Or que Juppin epoint de sa semence,

Hume à long trais les feus accoustumés,

Et que du chaut de ses rains alumés,

L'humide sein de Junon ensemence:

Or que la mer, or que la vehemence

Des vens fait place aus grans vaisseaus armés,

Et que l'oiseau parmi les bois ramés,

Du Thracien les tançons recommence.

Or que les prés, & ore que les fleurs,

De mile & mile & de mile couleurs,

Peignent le sein de la terre si gaie,

Seul, & pensif, aus rochers plus segrets,

D'un cœur muét je conte mes regrets,

Et par les bois je vois celant ma plaie.

epoint de: piqué par

trais: traits

feus: feux

accoustumés: accoutumés

chaut: chaud

rains: reins

alumés: allumés

vehemence: véhémence

vens: vents

aus grans vaisseaus: aux grands vaisseaux

&: et

mile: mille

aus: aux

segrets: secrets

muét: muet

Aiant par mort mon coeur desalié

De son subget, et l'estincele esteinte,

J'alloi chantant, et la corde desseinte,

Qui si long tans m'avoit ans et lié.

Puis je disois, et quelle autre moitié,

Apres la mort de ma moitié si sainte,

D'un nouveau feu, et d'une neuve estrainte,

Ardra, noura, ma seconde amitié ?

Quand je senti le plus froid de mon ame

Se rembraser d'une nouvelle flame,

Encordelé es rets Idaliens :

Amour reveut pour échaufer ma glace,

Qu'autre oeil me brulle, et qu'autre main m'enlasse,

O flame heureuse, ô plus qu'heureus liens.

desalié:désalié

estincele:étincelle

alloi:allais

long tans:longtemps

estrainte:étreinte

échaufer:échauffer

brulle:brûle

heureus:heureux

subget: sujet

Puissai-je avoir cette Fére aussi vive

Entre mes bras, qu’elle est vive en mon coeur :

Un seul moment gariroit ma langueur,

Et ma douleur feroit aller à rive.

Plus elle court, & plus elle est fuitive,

Par le sentier d’audace, & de rigueur,

Plus je me lasse, & recreu de vigueur,

Je marche apres d’une jambe tardive

Au moins ecoute, & ralente tes pas :

Comme veneur je ne te poursui pas,

Ou comme archer qui blesse à l’impourveüe :

Mais comme ami piteusement touché

Du fer cruel, qu’Amour m’a decoché,

Faisant un trait des rais de ta veüe.

puissai-je: Pourrais-je

gariroit: Guérirait

Feroit: ferait

fuitive: fuyante

recreu: recroit

apres: après

ecoute: écoute

ralente: ralentis

poursui: poursuis

impourveüe: imprévu

decoché: décoché

veüe: vue

Contre le ciel mon coeur étoit rebelle,

Quand le destin, que forcer je ne puis,

Me traina voir la Dame à qui je suis,

Ains que vestir cette escorce nouvelle.

Un chaut adonc de moëlle en moëlle,

De nerfs en nerfs, de conduits en conduits,

Vint à mon coeur: dont j’ai vescu depuis,

Or en plaisir or en peine cruelle.

Si qu’en voiant ses beautés, & combien

Elle est divine, il me resouvint bien

L’avoir jadis en paradis laissée:

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