Œuvres (page 23)
De rendre hommage à sa couronne.
Ô beauté sans comparaison,
Ô Belise ! à qui ma raison
Comme captive rend las armes,
Que j’estimeray mon sçavoir
Si pour vous prendre il peut avoir
En ce mestier assez de charmes !
LE TOMBEAU DE MARMOUSETTE.
Il faut que ma triste musette,
Ô noble et divine catin !
Souspire le cruel destin
De vostre pauvre Marmousette ;
Il faut que sous ce vieux cyprez,
Qui fournit la Parque de traits,
Je deplore sa fin estrange.
Et que le dueil en soit si beau,
Que de la Seine jusqu’au Gange
L’on puisse envier son tombeau.
Sus, venez donc en cette place,
Non les chiens vilains et hargneux,
Mais bien les gentils espagneux,
Plaindre l’honneur de vostre race ;
Venez pousser autour de moy
L’esclat d’un si funeste aboy.
Que l’impiteuse canicule,
Avec un long ressentiment,
Pour hurler comme vous, s’accule
Contre l’azur du firmament.
Qu’elle ne soit pas toute seule
À vous respondre en cet ennuy,
Mais qu’à mesme effet aujourd’duy
Cerbere ouvre sa triple gueule.
Las ! ce noir portier des enfers,
Au col chargé d’horribles fers,
A desjà veu là-bas son ombre,
Elle a desjà foulé le bord
Où vont, dans cet empire sombre,
Les chiens heureux après la mort.
Ô trop lamentable advanture !
À peine six fois le croissant
L’avoit esclairée en naissant,
Qu’elle a trouvé sa sepulture :
Ses yeux si gays et si jolys,
Son corps qui faisoit honte aux lys,
Ses longues oreilles tannées,
Et la beauté de son maintien,
Contre les fieres destinées,
À ses jours n’ont servy de rien.
Il est bien vray que, quand on pense
À la main qui fist son trespas,
On y rencontre tant d’appas,
Que son malheur s’en recompense ;
Un coup de mail inopiné
Fatalement luy fut donné
Par sa chere maistresse mesme :
Hé ! pouvoit-elle perir mieux
Que parce ce miracle supreme,
De qui l’œil fait mourir les dieux !
Non, non, ô la reine des charmes !
Sa gloire est sans comparaison,
Et c’est avec juste raison,
Que je veux terminer mes larmes ;
Aussi bien, après la pitié
Qu’en tesmoigne vostre amitié,
La mienne auroit mauvaise grace.
Tay-toy donc, ma musette, icy,
Et dy seulement à voix basse
Que je voudrois finir ainsi.
LE VOL NOCTURNE. sonnet.
La nuit derniere, ayant la pance pleine
Du bon piot que j’ay tousjours chery.
Sur mon gousset on a fait la soury,
Le desenflant de sa gloire mondaine.
Cette action cauteleuse et vilaine
De mon tresor le fonds jaune a tary,
Et le beau lustre en est si desfleury
Que mon pauvre œil le reconnoist à peine.
Il est bien vray que j’en tenois un peu ;
Et que, pour m’estre eschauffé sur le jeu,
Je suis au bout de ma philosophie.
Dieux, qui voyez qu’on m’excroque en dormant
Auquel de vous faudra-t’il qu’on se fie,
Puis que Bacchus a trahy Saint-Amant ?
LES CABARETS. À mon cher amy Monsieur Faret.
Faret, mon compagnon d’office,
Quand il faut faire un sacrifice,
Dedans quelque joyeux hostel
Où la table fournit d’autel ;
Helas ! quel demon plein d’envie
Traversant nostre heureuse vie,
Quel demon, dis-je, amy de l’eau,
Te conduit à Fontainebleau ?
Ce vain esclat de la fortune,
Qui bien souvent est importune
À ceux mesme qu’elle assouvit
De la grandeur qui nous ravit,
Auroit-il bien tant de puissance
Que de t’oster la jouyssance
Des plaisirs qu’on gouste à Paris
Sans nul soucy des favoris ?
Si j’en avois la moindre doute
Je veux bien que Maillet me quitte.
Si le gallant en maroquin,
Et faisant trotter le pasquin,
Je ne je luy jettois tant de fange
Sur les habits de sa louange,
Que son lustre pernicieux
N’esblouyroit jamais tes yeux.
Mais ja n’advienne que j’y pense,
Je sçay bien que la recompense
Des bons services que tu rends
À ton maistre, l’honneur des grands
T’oblige bien moins à le suivre
Que ne fait la gloire de vivre
Sous un tel prince, qu’aujourd’huy
Ce nom-là n’est propre qu’à luy.
Quel sujet doncques pourroit-ce estre ?
N’est-ce point un desir champestre
De visiter à ce printemps
Les bois, les rochers, les estangs,
Y voir nager l’ombre d’un arbre ;
Contempler un palais de marbre,
Ou durant un temps chaud et clair
Regarder les ondes de l’air,
Qui semble trembler sur la terre
De la peur qu’il a du tonnerre ?
Puis admirant sur les sillons
Les ailes des gais papillons,
De mille couleurs parsemées,
Les croire des fleurs animées,
Qui volent au gré des zephirs
Vers les cieux plus beaux que saphirs ?
Ou tantost morne et solitaire,
Revant à quelque haut mystere,
Que les Muses, ces belles sœurs,
Montrent avec tant de douceurs,
S’en aller en quelques lieux sombres
Loger Phœbus entre les ombres,
Et faire en ceste obscurité
Un vers digne de la clarté ?
Ou par fois ouyr Philomelle,
Saluant la saison nouvelle,
Par un doux chant se consoler
Du temps qu’elle fut sans parler.
Quand l’infame et cruel Terée
Après l’avoir deshonorée,
La réduisit, pour toute vois,
Au triste ouvrage de ses doits ?
Toutes ces belles fantaisies.
De qui nos ames sont saisies,
Sont-elles, dis-je, le sujet
Qui te porte à ce beau projet ?
Parle, cher amy, je t’en prie,
Si tu ne veux que je m’escrie :
On fait à sçavoir que Faret
Ne rime plus à cabaret ;
Ce seul départ l’en rend indigne,
Il est degradé de la vigne,
Et Bacchus, nostre puissant roy,
Suivant les règles de sa loy,
Le casse, et luy défend de boire
Que dans la Seine ou dans la Loire,
Puisqu’il délaisse, amy de l’eau,
Paris pour un Fontaine-bleau :
Paris, où ce grand dieu preside,
Paris, ou la Coiffier reside,
Paris, où fleurit un Cormier,
Qui des arbres est le premier ;
Paris, qui prend pour son Helaine
Une petite Magdelaine ;
Paris, qui presente à nos yeux
La Pomme de pin, qui vaut mieux
Que celle d’or, dont fut troublée
Toute la divine assemblée ;
Paris, qui, croissant tous les jours,
Contient dans l’un de ses faubourgs
Mainte autre ville toute entiere ;
Paris, où dans un cimetiere,
Fait pour enterrer les ennuis,
Nous avons tant passé de nuicts ;
Paris, enfin, ce petit monde,
Où tout contentement abonde,
Et dans qui les plus grands desirs
Se peuvent saouller de plaisirs.
Ha ! je t’entends, ces mots te pressent,
Et desjà tes yeux me confessent
Que tu ne sçaurois le quitter
Sans de toy-mesme t’absenter.
Relasche un peu ta servitude,
Ne cherche point la solitude,
Si ce n’est par fais dans ces vers.
Que j’ay donnez à l’univers.
Laisse les soings pour d’autres testes,
Laisse les forests pour les bestes,
Laisse les eaux pour les poissons,
Et les fleurs pour les limaçons ;
Aussi bien, à voir ton visage,
Cela n’est pas à ton usage ;
La campagne n’a point d’appas
Qui puissent attirer tes pas ;
Et de l’air dont tu te gouvernes,
Les moindres escots des tavernes
Te plaisent plus cent mille fois
Que ne font les echos des bois.
Et à moy aussi
LES GOINFRES. SONNET.
Coucher trois dans un drap, sans feu ny sans chandelle,
Au profond de l’hyver, dans la sale aux fagots,
Où les chats, ruminans le langage des Gots,
Nous esclairent sans cesse en roulant la prunelle ;
Hausser nostre chevet avec une escabelle,
Estre deux ans à jeun comme les escargots,
Resver en grimassant ainsi que les magots
Qui, baillans au soleil, se grattent soubs l’aisselle ;
Mettre au lieu de bonnet la coeffe d’un chapeau,
Prendra pour se couvrir la frise d’un manteau
Dont le dessus servit à nous doubler la panse ;
Puis souffrir cent brocards d’un vieux hoste irrité,
Qui peut fournir à peine à la moindre despense,
C’est ce qu’engendre enfin la prodigalité.
LES NOBLES TRIOLETS.
Pour construire un bon triolet,
Il faut observer ces trois choses,
Sçavoir que l’air en soit folet,
Pour construire un bon triolet ;
Qu’il r’entre bien dans le rolet,
Et qu’il tombe au vray lieu des pauses ;
Pour construire un bon triolet
Il faut observer ces trois choses.
Ceux d’Albiran m’ont chatouillé,
J’en ay la ratte espanouye ;
Jusqu’en mon timbre tout brouillé
Ceux d’Albiran m’ont chatouillé ;
D’ennuy me voilà despouillé
Par leur gentillesse inouye ;
Ceux d’Albiran m’ont chatouillé
J’en ay la ratte espanouye.
Puis qu’il n’est point de mardy-gras
Il ne sera point de caresme ;
Je n’en feray jour en mes dras
Puis qu’il n’est point de mardy-gras ;
Je veux me refaire le bras,
En deust crever le jeusne mesme;
Puis qu’il n’est point de mardy-gras,
ll ne sera point de caresme.
La riviere, avec sa hauteur,
A fait un desordre incroyable ;
Tout craint, en son cours destructeur,
La riviere avec sa hauteur ;
Et j’en voy, d’un œil scrutateur,
Le pont Rouge et quelqu’un au diable ;
La riviere, avec sa hauteur,
A fait un desordre incroyable.
On a veu noyer des poissons,
Ce m’a dit Perrette la fauve ;
Ouy, dans sa rue en cent façons
On a veu noyer des poissons ;
Il s’en est pris sans hameçons
Qui sembloient crier : Sauve ! sauve !
On a veu noyer des poissons,
Ce m’a dit Perrette la fauve.
À force d’estre soufreteux,
Les quatre mendiants nous manquent ;
Plusieurs ont l’air maigre et honteux
À force d’estre soufreteux.
Voire en ce temps calamiteux.
Les Celestins mesmes s’esflanquent ;
À force d’estre soufreteux,
Les quatre mendiants nous manquent.
Il n’est ny figue ny raisin,
Il n’est amande ny noizette ;
Chés l’espicier nostre voisin
Il n’est ny figue ny raisin,
On a vuidé le magasin.
Quoy qu’en rapporte la Gazette,
Il n’est ny figue ny raisin,
ll n’est amande ny noisette.
Du ris, helas ! il n’en est plus,
Soit avec ou sans equivoque ;
Pois, febve et lentille ont fait flus.
Du ris, helas ! il n’en est plus ;
J’en voy pleurer jusqu’aux reclus.
Ne croyez pas que je me moque.
Du ris, helas ! il n’en est plus,
Soit avec ou sans equivoque.
Foin et paille sont achevez,
On n’en treuve pas pour un double ;
D’avoine nous sommes privez.
Foin et paille sont achevez ;
Mes chevaux s’en sont mal trouvez.
Cela me despite et me trouble.
Foin et paille sont achevez,
On n’en treuve pas pour un double.
On pourra manger de la chair,
Les curez l’ont permis au prosne ;
Cela fait rire le boucher,
On pourra manger de la chair ;
Dieu sçait comme il la vendra cher
Quand il se verra sur son trosne !
On pourra manger de la chair,
Les curez l’ont permis au prosne.
De l’asne du catholicon
Revivra peut-estre l’histoire ;
On en rira sur le bacon
De l’asne du catholicon,
Et l’on vuidera le flacon
Se rafraischissant la memoire.
De l’asne du catholicon
Revivra peut estre l’histoire.
:Un pain qui couste deux escus !
Ha ! ma foy, c’est un mauvais ordre.
La peste creve le blocus !
Un pain qui couste deux escus !
Recompensons-nous sur Bacchus,
Puis qu’à Cerès on n’ose mordre.
Un pain qui couste deux escus !
Ha ! ma foy, c’est un mauvais ordre.
Dès qu’il vient du grain au marché,
Il est aussy-tost invisible ;
Pour le grand tout est ensaché
Dès qu’il vient du grain au marché ;
Et, comme à tout autre peché,
À l’uzure tout est loisible,
Dès qu’il vient du grain au marché,
Il est aussy-tost invisible.
Les commissaires des quartiers
Ont part à la regraterie ;
Ils font leur bourse des setiers,
Les commissaires des quartiers ;
Les orfevres sont leurs pintiers ;
Ils ont de bonne argenterie.
Les commissaires des quartiers
Ont part à la regraterie.
Quelque chose qu’on m’en eust dit,
Je n’aurois jamais creu ce siege ;
Mon cœur en est tout interdit,
Quelque chose qu’on m’en eust dit.
Je n’y donnois point de credit ;
Cependant je suis pris au piege.
Quelque chose qu’on m’en eust dit,
Je n’aurois jamais creu ce siege.
Si j’avois esté bon devin
J’eusse bien-tost plié bagage ;
Je humerois l’air poitevin
Si j’avois esté bon devin,
Et, pour avoir et pain et vin ;
Mes gregues n’yroient pas en gage.
Si j’avois esté bon devin
J’eusse bien-tost plié bagage.
Ce gouverneur que j’ayme tant
Au point du jour troussa ses quilles ;
ll ne me put voir en partant,
Ce gouverneur que j’ayme tant ;
Or près de l’onde, au sein flottant,
Je croyr qu’il cherche des coquilles.
Ce gouverneur que j’ayme tant
Au point du jour trousse ses quilles.
Le diable emporte les tambours
Qui m’estourdissent la cervelle !
Dans la ville et dans les fauxbours,
Le diable emporte les tambours !
Ces maraux font tout à rebours
Avec leur main sotte et nouvelle.
Le diable emporte les tambours
Qui m’estourdissent la cervelle !
Ouy, je voudrais estre au Japon
Quand j’entens tout ce tintamarre ;
Ce n’est pas parler en fripon,
Ouy, je voudrois estre au Japon.
Mon hoste en renasque en jupon,
Et sa femme en hurle en simarre.
Ouy, je voudrois estre au Japon
Quand j’entens tout ce tintamare.
Au lieu de prier à l’autel,
On caquette à langue affilée ;
On chapitre monsieur un tel
Au lieu de prier à l’autel ;
Et de ce temps aspre et mortel
Chascune dit sa ratelée.
Au lieu de prier à l’autel,
On caquette à langue affilée.
Le cas se met sur le tapis
Dès que deux badauts sont ensemble ;
Soyent debout ou soyent accroupis,
Le cas se met sur le tapis ;
L’un dit : Tant mieux ; l’autre : Tant pis ;
Et moy je dy ce qu’il me semble.
Le cas se met sur le tapis
Dès que deux badauts sont ensemble.
L’espoir nous en est donc osté
De la foire et de ses negoces !
On perdra donc cette beauté !
L’espoir nous en est donc osté !
Et l’on verra d’un seul costé
Charlatans et bestes feroces !
L’espoir nous en est donc osté
De la foire et de ses negoces !
Chacun se trouve pris sans vert
En cette estrange conjoncture.
De Janus le temple est ouvert ;
Chacun se trouve pris sans vert.
C’est jouer à qui gaigne pert
Exposant tout à l’adventure.
Chacun se trouve pris sans vert
En cette estrange conjoncture.
Les partisans sont estonnez,
Ainsy que des fondeurs de cloches ;
De se voir par tout mal-menez
Les partisans sont estonnez ;
À bon droit, ils sont condamnez
De rendre gorge par les poches.
Les partisans sont estonnez
Ainsi que des fondeurs de cloches.
Pour m’eriger en amiral,
J’entens en amiral d’eau douce,
L’ordre a bien esté liberal
Pour m’eriger en amiral.
J’en rendrois grace au general ;
Mais on n’a pas joué du pouce
Pour m’eriger en amiral,
J’entens en amiral d’eau douce.
Il se voit en ce regne-cy
Bien des sottises d’importance !
J’en suis tout confus et transy ;
Il se voit en ce regne-cy,
Maistre Destin le veut ainsy
Pour exercer dame Constance,
ll se voit en ce regne-cy
Bien des sottises d’importance.
Que n’en disent les estrangers
De nostre horrible tripotage ?
Se peut-il voir plus de dangers
Que n’en disent les estrangers ?
Ha ! François ! Ha ! monstres legers !
Mais n’en disons pas davantage
Que n’en disent les estrangers
De nostre horrible tripotage.
Aux armes, ô pauvres bourgeois !
On trouve cent sujets de larmes ;
On meurt de froid au bout des doigts :
Aux armes, ô pauvres bourgeois !
Et Mars mesme, en son propre mois,
Met par force la main aux armes.
Aux armes, ô pauvres bourgeois !
On trouve cent sujets de larmes.
Par la mort de nos bons soudars
Nostre party souffre une injure ;
Nous replions nos estendars
Par la mort de nos bons soudars ;
Mais fussions-nous percez de dars,
Il ne faut pas pourtant qu’on jure :
Par la mort de nos bons soudars
Nostre party souffre une injure.
Lors que l’on parle de Clanleu,
Chascun aux plaintes je convie :
Quelle pitié de dire feu
Lors que l’on parle de Clanleu !
Il perdit la main et le jeu,
Et je voudrois perdre la vie.
Lors que l’on parle de Clanleu,
Chascun aux plaintes je convie.
La fin du brave Chastillon
À mon grand regret nous en paye ;
Elle est dure à maint bataillon
La fin du brave Chastillon,
Et sa belle, en noir cotillon,