Œuvres (page 24)
La pleure à Saint-Germain-en-Laye.
La fin du brave Chastillon
À mon grand regret nous en paye.
Cette rare et triste beauté
Au desespoir s’en abandonne ;
Elle en est dans l’impiete
Cette rare et triste beauté,
Et non plus qu’au sort detesté
À soy-mesme elle ne pardonne.
Cette rare et triste beauté
Au desespoir s’en abandonne.
Pardonne-moy pourtant, Iecteur,
Si contre mes regles je peche ;
Ces vers sentent le grave autheur ;
Pardonne-moy pourtant, lecteur.
Je suis un habile docteur,
À mon propre mur je fay breche.
Pardonne-moy pourtant, lecteur,
Si contre mes regles je peche.
Je n’offence ny Dieu, ny roy,
Car devant eux je m’humilie ;
Peu le diront, comme je croy.
Je n’offence ny Dieu, ny roy ;
Je suis sage en despit de moy
Au beau milieu de ma folie ;
Je n’offence ny Dieu, ny roy,
Car devant eux je m’humilie.
Je ne me vante point ycy
D’estre homme, et grec, et philosophe ;
Quoy que plein d’un noble soucy,
Je ne me vante peint ycy ;
Je me connoy bien, Dieu mercy :
Si je ne suis de bonne estoffe,
Je ne me vante point ycy
D’estre homme, et grec, et philosophe.
Qu’un chascun l’imite en ses pas,
Le digne prelat de Corinthe ;
Bien que chez luy plus de repas,
Qu’un chascun l’imite en ses pas ;
Son fil ne nous manquera pas
Pour sortir de ce labyrinthe.
Qu’un chascun l’imite en ses pas,
Le digne prelat de Corinthe.
Si l’hyver nous estoit plus dous,
L’estat courroit bien plus de risque ;
Leopolde fondroit sur nous
Si l’hyver nous estoit plus dous,
Ou du moins, nous tastant le pous,
Sur un fort il prendroit sa bisque.
Si l’hyver nous estoit plus dous,
L’estat courroit bien plus de risque.
La neige conserve les lys,
Leur blancheur commune la touche ;
En nos jardins ensevelis
La neige conserve les lys ;
Ils n’en seront pas moins jolis.
J’en ay tousjours ces mots en bouche :
La neige conserve les lys,
Leur blancheur commune la touche.
Courage ! voycy des convois
Et de la Beauce, et de la Brie !
Cela tonne de vois en vois.
Courage ! voycy des convois !
Voisin, compere, tu le vois,
Enfin le bon Dieu nous abrie.
Courage ! voycy des convois
Et de la Beauce, et de la Brie !
Il vient avecques force veaux,
Force asnes chargez de farine,
Des choux, des oignons, des naveaux ;
Il vient avecques force veaux.
Ce nous seront des fruits nouveaux,
Dit une bonne pelerine.
Il vient avecques force veaux,
Force asnes chargez de farine.
On voit entrer de toutes pars
Quantité de bestes à corne ;
Porcs et moutons, aux champs espars,
On voit entrer de toutes pars ;
On en dance sur nos rempars.
Il ne faut donc plus estre morne :
On voit entrer de toutes pars
Quantité de bestes à corne.
Le capitaine, en les voyant,
Saute et rit sous son beau pennache ;
Il en a l’œil tout flamboyant.
Le capitaine, en les voyant,
Est d’un appetit foudroyant ;
ll dit : Bon, bon pour ma ganache.
Le capitaine, en les voyant,
Saute et rit sous son beau pennache.
Les braves Normans sont pour nous,
Ils ne s’en veulent point desdire ;
Ne craignons plus tigres ny lous,
Les braves Normans sont pour nous.
On en boira du sidre dous
À la grandeur de nostre sire.
Les braves Normans sont pour nous,
Ils ne s’en veulent point desdire.
Les rares chansons du Pont-Neuf
Espousent les rares libelles.
On les oit entre huit et neuf,
Les rares chansons du Pont-Neuf ;
Leur papier est moins blanc qu’un œuf,
Mais mon laquais les trouve belles.
Les rares chansons du Pont-Neuf
Espousent les rares libelles.
Pour maintenir sa liberté,
Paris souffre ses propres chaisnes ;
Il se porte à l’extremité
Pour maintenir sa liberté ;
Et, respectant la Majesté,
À sa bouche il lasche les resnes.
Pour maintenir sa liberté,
Paris souffre ses propres chaisnes.
Par ce juste et sage moyen
Aux Masaniels on fait la nique
Le chanoine ronfle en doyen
Par ce juste et sage moyen ;
Et chez le riche citoyen
On berne la terreur panique ;
Par ce juste et sage moyen
Aux Masaniels on fait la nique.
Quand on amene un espion,
On croit avoir fait des merveilles ;
On dit : Le vaillant champion !
Quand on amene un espion ;
C’est donner eschec d’un pion,
C’est meriter mille bouteilles.
Quand on amene un espion,
On croit avoir fait des merveilles.
Un courrier d’Espagne est venu,
Mais il ne tient rien, le faux draule ;
On va voir nostre cœur à nu.
Un courrier d’Espagne est venu,
Et tout sera bien-tost connu
Du costé de la vieille Gaule.
Un courrier d’Espagne est venu,
Mais il ne tient rien, le faux draule.
Il n’est plus, l’enfant incertain ;
Sa mort est seure et veritable ;
Soit la mere ou d’or ou d’estain,
Il n’est plus, l’enfant incertain ;
Il n’estoit ny bas, ny hautain.
Est-ce une chose lamentable ?
Il n’est plus, l’enfant incertain ;
Sa mort est seure et veritable.
Tous les grans semeurs de billets
Ont mal espandu leur semence ;
Ils n’ont pas cueilly des œillets
Tous les grans semeurs de billets,
Et pour leurs severes fueillets
Ils ont eu besoin de clemence.
Tous les grans semeurs de billets
Ont mal espandu leur semence.
Les maux croissent de jour en jour,
Les choses vont de pire en pire ;
En l’une comme en l’autre cour
Les maux croissent de jour en jour.
Garde quelque diable de tour
Au detriment de cet empire !
Les maux croissent de jour en jour,
Les choses vont de pire en pire.
Aux bons François des deux costez
La propre palme est une ortie ;
Les secours sont des cruautez
Aux bons François des deux costez ;
Mais Mars, en termes effrontez,
Dit : Qui bien ayme bien chastie.
Aux bons François des deux costez
La propre palme est une ortie.
Le mot d’ennemy se suspent,
On confond les leurs et les nostres ;
Dès qu’il eschape on s’en repent,
Le mot d’ennemy se suspent ;
Cependant est rougy l’arpent
Et par les uns et par les autres.
Le mot d’ennemy se suspent,
On confond les leurs et les nostres.
Battre celuy qui n’en peut mais,
Vrayment, c’est une belle affaire !
Il ne le faut plus desormais
Battre celuy qui n’en peut mais.
Soit pour un car, soit pour un mais,
La raison deffend de le faire.
Battre celuy qui n’en peut mais,
Vrayment, c’est une belle affaire !
Autant qu’un autre en sa maison,
Louys en la sienne doit estre ;
ll veut Paris, il a raison :
Autant qu’un autre en sa maison,
Et ce grand mot est de saison,
ll faut que le roy soit le maistre.
Autant qu’un autre en sa maison,
Louys en la sienne doit estre.
C’est assez, noble Parlement,
Faisons la paix, je vous en prie ;
Saint-Germain parle doucement.
C’est assez, noble Parlement.
Beuvons ensemble vistement ;
Aussy bien tout le peuple crie :
C’est assez, noble Parlement,
Faisons la paix, je vous en prie.
De peur d’estre en plus mauvais point.
Rendons-nous au roy qu’on adore ;
Je tremble sous mon vieux pourpoint
De peur d’estre en plus mauvais point.
Ne disons plus tant : Point, point, point ;
Clion vous en conjure encore.
De peur d’estre en plus mauvais point,
Rendons-nous au roy qu’on adore.
En doit-on esperer du bien.
De cette illustre conférence ?
Parlez, vous ne respondez rien ?
En doit-on esperer du bien ?
Chascun sera-t’il sur le sien ?
Y voyez-vous quelque apparence ?
En doit on espérer du bien
De cette illustre conference ?
Mais cela s’entend sans parler,
L’œil sert d’oreille en cette enqueste ;
Vostre voix le voudroit celer,
Nais cela s’entend sans parler.
Tout yra bien, il faut baler,
Vous en respondez de la teste,
Mais cela s’entend sans parler,
L’œil sert d’oreille en cette enqueste.
Avec les grimaces d’esprit
Fardez-vous point ce qui se couve ?
Le siecle cet art nous apprit,
Avec les grimaces d’esprit ;
La morale vous en reprit,
Mais la politique l’approuve.
Avec les grimaces d’esprit
Fardez-vous point ce qui se couvre ?
Non, non, fideles deputez,
Le vray s’estale en vostre mine ;
À tout de l’œil vous repartez :
Non, non, fideles deputez.
Les bons frondeurs sont bien traitez.
Et l’on ne craint plus la famine.
Non, non, fideles deputez,
Le vray s’estale en vostre mine.
Nostre olive est nostre laurier,
La paix triomphe de la guerre ;
Adieu le fol aventurier,
Nostre olive est nostre laurier ;
Adieu le bruit de l’armurier,
Puisque l’on chante au son du verre.
Nostre olive est nostre laurier,
La paix triomphe de la guerre.
Quand l’an qui court se fermera
J’ouvriray mon douziesme lustre.
J’ignore ce qu’on tramera
Quand l’an qui court se fermera ;
Mais je sçay qu’à qui rimera
Je pourray passer pour illustre.
Quand l’an qui court se fermera
J’ouvriray mon douziesme lustre.
Du monde que j’ay veu partout,
Ma foy, je ne sçay plus que dire ;
Parlons-en pourtant jusqu’au bout
Du monde que j’ay vau partout.
L’un est……, l’autre me…… ;
L’un me fait pleurer, l’autre rire.
Du monde que j’ay veu partout.
Ma foy, je ne sçay plus que dire.
LES POURVEUS BACHIQUES. caprice.
Que les cohortes du Sophy
Aillent reprendre Babilone ;
Qu’il envoye au Turc un deffy
Comme la Gazette nous prosne ;
Que tout soit reduit à l’aumosne,
Mon cher Comte, il ne m’en chaut pas,
Pourveu que Bachus, dans son trosne,
Preside à ce noble repas.
Qu’avec le fouet des convenans
L’Escosse estrille l’Angleterre ;
Qu’on face porter aux manans
L’espadon ou le cimeterre ;
Que l’on arme toute la terre,
Je seray tousjours assez fort,
Pourveu qu’on m’esquippe d’un verre
Plein de muscat jusques au bort.
Que de l’empire du lion
Se desmembre la Catalongne ;
Que sa chaude rebellion
Taille à Guzman de la besongne ;
Que tout le monde s’entre-congne,
Je croiray que tout vive en pais,
Pourveu que je vive en yvrongne,
Et que Mars dorme où je repais.
Qu’au seul nom du brave Harcourt
L’Espagnol de peur se conchie ;
Qu’il pousse ou retienne tout court
Les vains pas de sa monarchie ;
Qu’il gemisse à teste fleschie,
Ma couppe en rira de bon cœur,
Pourveu qu’elle soit enrichie
De la precieuse liqueur.
Que Banier, bien ou mal muny,
Expose tout à l’avanture ;
Qu’à ce coup Picolominy
Soit deffait à platte couture ;
Qu’il demeure en bonne posture,
Il ne m’importe nullement,
Pourveu qu’il plaise à la nature
Que je boive eternellement.
Que le Soudart de Fernambouc
Se rende maistre de la baye ;
Qu’il la ravage mieux qu’un bouc
Ne fait les tendrons d’une baye ;
Que par tout l’on chante dandaye,
Je ne m’en estonneray point,
Pourveu que dans une humeur gaye
Je me rembourre le pourpoint.
Que du faux oracle d’Arras
Madrid à la Flandres se pleigne ;
Que devant nos diables de ras
Ses matoux quittent son enseigne ;
Que mesme nos souris on creigne,
J’en escriray le bel effet,
Pourveu que ma plume se teigne
Dans l’encre rouge d’un buffet.
Qu’on epouvente les aisez
Du rude mot de subsistance ;
Que nos tresors soient epuisez
Pour des affaires d’importance ;
Qu’on rongne aux moines la pitance,
J’en nommeray l’arrest divin,
Pourveu qu’à la noble assistance
L’on ne retranche point le vin.
Qu’en Portugal un nouveau Jean
Chastre le sceptre de Philippe ;
Que la Seine domte en un an
Le Rhin, le Necar et la Lippe ;
Que le lis morgue la tulippe,
J’en siffleray la gloire aux cieux,
Pourveu que je trempe ma lippe
Dans ce jus qui rit à mes yeux.
Que le barreau reçoive ou non
Les reigles de l’Academie ;
Que, sur un verbe ou sur un nom,
Elle jaze une heure et demie ;
Qu’on berne adonc, car et m’amie,
Nul ne s’en doit estomaquer,
Pourveu qu’on sauve d’infamie
Crevaille, piot et chinquer.
Qu’un tarif, maintesfois changé,
Mette au rouet l’arithmetique ;
Qu’un artisan presque enrage
En renasque dans sa boutique ;
Que cent nouveautez on pratique,
J’en gausseray les mal-contens,
Pourveu qu’à la façon antique
Chacun de nous hausse le tens.
Qu’un superbe et gros maltotier
Érige en palais ses rapines ;
Que son jeune fou d’héritier
S’abandonne aux garces poupines ;
Qu’il en ressente les espines,
J’auray des roses à souhait,
Pourveu qu’à l’ombre des chopines
Je me trouve sain et de-hait.
Qu’un endebté, qu’un criminel,
Trompe une barriere en sa chaise ;
Qu’un autre, en plein jour solennel,
S’y coule chez dame Gervaise ;
Qu’un autre y dandine à son aise,
Je trouveray cela fort bon,
Pourveu qu’en celle-ci j’appaise
Ma soif qui naist de ce jambon.
Que nos cocqs, sur l’aigle acharnez,
Excitent les chants de nos cygnes ;
Que nos princes determinez
Aient fait rage au combat des lignes ;
Que de mes vers leurs noms soient dignes,
Je trouveray cela fort beau,
Pourveu que Dieu garde nos vignes
De la gresle du renouveau.
Que nos petits oisons de cour
Usent de fausses railleries ;
Qu’ils soient ineptes en amour
Et sots en leurs galanteries ;
Qu’ils ayment les friponneries,
Je les tiendray pour gens bien nez,
Pourveu que dans nos beuveries
Ils ne fourrent jamais le nez.
Qu’à leur honte nos demy-dieux
Ne fassent rien pour ma fortune ;
Que je tracasse, pauvre et vieux,
Ou sur Cibelle ou sur Neptune ;
Qu’un dur creancier m’importune,
Je n’en auray point de soucy,
Pourveu que je trinque et petune
Avec les drosles que voicy.
Que Lysidor soit obsedé
Du demon de l’inquietude ;
Qu’ayant plus qu’un Paule raudé,
Il s’obstine en cette habitude :
Qu’il joigne la guerre à l’estude,
Je trouveray cela fort bien,
Pourveu qu’exempt de servitude
Je frippe et hume tout mon bien.
Je n’aspire plus aux lauriers
Qu’on cueille au bout d’une conqueste ;
Bren de ces preux avanturiers
Qui dans le choq se font de feste ;
Que cent palmes on leur appreste,
Je m’en mocque à gozier ouvert,
Pourveu qu’on m’honore la teste
D’un bouchon fait de pampre vert.
Que l’on me parle d’aller voir
Balets, tableaux, filles de joye ;
Que de livres pleins de sçavoir
Les rares présents on m’octroye ;
Que le Cours ses graces déployé,
Je tiendray cela pour veu,
Pourveu qu’à table je me voye
De vin d’Espagne bien pourveu.
LES VISIONS. À Damon.
Le cœur plein d’amertume et l’ame ensevelie
Dans la plus sombre humeur de la melancolie,
Damon, je te decris mes travaux intestins,
Où tu verras l’effort des plus cruels destins
Qui troublerent jamais un pauvre miserable,
À qui le seul trespas doit estre desirable.
Un grand chien maigre et noir, se traisnant lentement,
Accompagné d’horreur et d’epouventement,
S’en vient toutes les nuits hurler devant ma porte,
Redoublant ses abois d’une effroyable sorte.
Mes voisins, eperdus à ce triste resveil,
N’osent ny ne sçauroient r’appeller le sommeil ;
Et chacun, le prenant pour un sinistre augure,
Dit avec des soûpirs tout ce qu’il s’en figure.
Moy, qu’un sort rigoureux outrage à tout propos,
Et qui ne puis gouster ny plaisir ny repos,
Les cheveux herissez, j’entre en des resveries
De contes de sorciers, de sabaths, de furies ;
J’erre dans les enfers, je raude dans les cieux ;
L’ame de mon ayeul se presente à mes yeux ;
Ce fantosme leger, coiffé d’un vieux suaire,
Et tristement vestu d’un long drap mortuaire,
À pas affreux et lents s’approche de mon lit ;
Mon sang en est glacé, mon visage en paslit,
De frayeur mon bonnet sur mes cheveux se dresse,
Je sens sur l’estomach un fardeau qui m’oppresse.
Je voudrois bien crier, mais je l’essaye en vain :
Il me ferme la bouche avec sa froide main ;
Puis d’une voix plaintive en l’air evanouye,
Me predit mes malheurs, et long-temps, sans siller,
Murmurant certains mots funestes à l’ouye,
Me contemple debout contre mon oreiller.
Je voy des feux volans, les oreilles me cornent ;
Bref, mes sens tous confus l’un l’autre se subornent
En la credulité de mille objets trompeurs
Formez dans le cerveau d’un excez de vapeurs,
Qui, s’estant emparé de uostre fantaisie,