La Vie écrite par elle-même (page 10)

Thérèse d'Avila · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — Vie de sainte Térèse de Jésus écrite par elle-même, éd. 1867 (OCR) · 32 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Vruatrièuie manière d'arroser le jardin, ou quatrième degré d'oraison. — En quoi cette oraison diffère des précédentes; son excellence et ses effets. — Notre-Seigneur enseigne à la Sainte la manière de parler de cette oraison.

Daigne le Seigneur m'inspirer des paroles, afin que je puisse dire quelque chose de la quatrième eau qui arrose le jardin. Son secours m'est ici bien plus nécessaire que pour le sujet précédent. En effet, dans l'oraison d'union l'âme sent qu'elle n'est pas entièrement morte; nous pouvons nous servir de ce terme, parce qu'elle est réellement morte au monde. Mais, comme je l'ai dit, elle est assez à ellemême pour se voir dans l'exil, et pour sentir sa solitude: elle peut s'aider de l'extérieur pour donner à entendre, au moins par des signes, ce qu'elle éprouve. Dans toutes les précédentes manières d'oraison, il faut que le jardinier travaille; à la vérité, son travail dans celle d'union est accompagné de tant de charme et de gloire qu'il voudrait le voir durer toujours, c'est moins un travail qu'un avantgoût de la gloire céleste. Mais dans ce nouvel état dont je parle, tout sentiment cesse ; l'âme est absorbée par la jouissance, sans comprendre ce dont elle jouit. Elle sent qu'elle jouit d'un bien qui enferme en lui seul tous les biens, et toutefois la nature de ce bien reste incompréhensible pour

elle. Tous les sens sont tellement occupés par cette jouissance, que nul d'entre eux ne peut, ni à l'intérieur ni à l'extérieur, s'occuper d'autre chose. Auparavant il leur était permis, comme je l'ai dit, de donner quelques signes de l'excès de leur bonheur. Ici, le plaisir qui inonde l'âme, est sans comparaison plus grand, et peut bien moins se manifester ; l'âme et le corps sont également impuissants à le communiquer. Tant qu'il dure, toute occupation étrangère serait un grand embarras, un tourment, et un obstacle à un si doux repos. Je dis plus : quand toutes les puissances sont ainsi pleinement unies à Dieu, l'âme ne pourrait, quand même elle le voudrait, s'occuper d'autre chose; et si elle en était capable, cette union parfaite n'existerait pas.

Quant à la nature et au mode de cette union, je ne saurais les faire comprendre. L'explication s'en trouve dans la théologie mystique, et moi j'ignore jusqu'aux termes de cette science. Je ne sais pas non plus ce qu'est en soi l'intelligence, ni l'esprit, ni comment ils diffèrent de l'âme : ce n'est à mes yeux qu'une seule et même chose. L'âme, il est vrai, sort quelquefois d'elle-même, semblable à un feu qui, en brûlant, jette des flammes ; l'activité du feu redouble-t-elle avec impétuosité, alors aussi la flamme s'élance bien haut au-dessus du brasier, mais elle n'est pas d'une autre nature, et c'est toujours la flamme du foyer. Instruits comme vous l'êtes, mes pères, vous comprendrez facilement ceci; quant à moi, je ne saurais en dire davantage.

Ce que je prétends exposer ici, c'est ce que l'âme sent dans cette divine union. L'union, comme on le sait, c'est l'état de deux choses qui, auparavant séparées, n'en font plus qu'une. 0 mon tendre Maître, que vous êtes bon! Soyez

béni à jamais ! Que toutes les créatures vous louent, ô Dieu qui nous avez tant aimés ! Nous pouvons donc parler avec vérité de ces communications que vous daignez, dès cet exil, entretenir avec les âmes ! Vous donner de la sorte, même à celles qui sont justes, c'est déjà une largesse, une magnanimité bien grande, digne de vous enfin qui donnez en Dieu. 0 libéralité infinie, que vos œuvres sont magnifiques ! Elles jettent dans une sainte épouvante tout esprit assez libre des vanités de la terre pour recevoir la lumière de la vérité. Mais vous voir accorder des grâces si souveraines à des âmes qui vous ont tant offensé, c'est là ce qui confond mon esprit. Quand j'y pense, je ne saurais passer plus avant ; d'ailleurs, où pourrais-je aller, sans revenir en arrière? Je voudrais vous remercier de la magnificence de vos dons, et je ne sais comment : quelquefois je me soulage en disant des folies. Incapable de rien faire quand mon âme jouit de ces hautes faveurs, souvent, quand elles étaient passées, ou lorsque Dieu commençait à me les prodiguer, j'ai laissé échapper ces paroles : Seigneur, prenez garde à ce que vous faites, ne perdez pas sitôt le souvenir de mes si grandes offenses. Ne vous suffit-il pas d'avoir voulu les oublier afin de m'en accorder le pardon? Je vous supplie d'en garder la mémoire pour modérer vos largesses. Ne mettez pas, ô mon Créateur, une liqueur si précieuse dans un vase si fragile, d'où vous l'avez vue tant de fois s'échapper et se répandre. Ne déposez pas un semblable trésor dans un cœur où le désir des consolations humaines n'est pas, comme il devrait l'être, encore entièrement éteint; bientôt, hélas! il l'aurait follement dissipé. Comment confiez-vous les forces de cette cité et les clefs de la forteresse à un gouverneur si lâche? Au premier assaut des ennemis, il leur en livrera l'entrée. Que votre amour, ô Roi éternel, n'aille pas dans ses excès jusqu'à exposer des joyaux d'un si grand prix. Vous semble/, mon divin Maître, donner sujet d'en faire peu d'estime, en les mettant au pouvoir d'une créature si inûdèle, si abjecte, si faible, si misérable, si chétive. Quand bien même, par une de ces grâces puissantes telles qu'il les faut à ma faiblesser je serais assez heureuse pour ne pas les perdre, je suis toujours dans l'impuissance de faire part de mon trésor à qui que ce soit. Enfin, je suis femme, encore si j'étais bonne î mais je suis l'imperfection môme. Dans une terre aussi stérile, les talents ne sont pas seulement cachés, mais ils sont enfouis. Vous n'avez pas coutume, Seigneur, d'accorder à une Ame de si magnifiques faveurs, si elle ne doit point les faire tourner au profit d'un grand nombre d'autres. Vous le savez, mon Dieu, souvent, du plus intime de mon cœur, je vous ai adressé une prière ; en ce moment encore ce cri monte vers vous, entendez-le, si vous voulez me rendre heureuse : privez-moi du plus grand bien qu'il soit possible de posséder sur la terre, et donnez-le à des âmes qui sauront en faire un meilleur usage pour l'accroissement de votre gloire.

C'est en ces termes, ou en d'autres semblables, qu'il m'est souvent arrivé de parler à Notre-Seigneur. Je m'apercevais ensuite de mon ignorance et de mon peu d'humilité. Mieux que nous ce divin Maître sait ce qui nous convient ; et il avait vu sans doute que j'étais trop faible pour me sauver, s'il ne m'eût fortifiée par de si grandes faveurs.

Mon dessein est de signaler aussi les grâces dont cette union divine est la source, les effets qu'elle produit, et de dire si l'âme peut faire quelque chose pour s'élever à un état si sublime. C'est dans les ardeurs de l'amour céleste qu'a lieu ce mouvement intérieur, qu'on appelle élévation ou vol de l'esprit. A mon sens, l'élévation de l'esprit diffère de l'union. A la vérité, il semblera à ceux qui ne Font pas éprouvé, qu'il n'y a point de différence. Mais quant à moi, tout en admettant que ces deux grâces sont au fond une même chose, je dis que le Seigneur opère dans Tune et dans l'autre d'une manière différente, et que, par le vol d'esprit, il communique à l'âme un détachement beaucoup plus grand des créatures. J'ai reconnu clairement, par cette puissance d'effet, que l'élévation de l'esprit était une faveur particulière, bien qu'il semble en apparence, je le répète, qu'elle ne diffère point de l'union. Qui ne voit la différence qui existe entre un grand feu et un petit? Et cependant l'un est feu aussi bien que l'autre. Mais avant qu'un petit morceau de fer s'embrase dans un petit feu, il faut beaucoup de temps ; qu'on jette dans un grand feu un fer d'une dimension même beaucoup plus grande, en très-peu de temps il dépouille son être, et devient incandescent. 11 existe, je crois, une différence analogue entre ces deux grâces du Seigneur. Je suis sûre que ceux qui auront eu des ravissements, comprendront bien ce que je veux dire. Mais les autres le prendront pour une rêverie, et à juste titre peut-être. En effet, qu'une personne de ma sorte s'égare en voulant traiter un tel sujet, et faire entendre ce dont, faute de termes, il semble impossible de donner la première idée, il n'y aurait rien d'étonnant.

Heureusement, mon divin Maître le sait, si j'écris, c'est par obéissance d'abord, et ensuite par un ardent désir de prendre les âmes au charme d'un bien si élevé. Aussi j'ai la ferme confiance que sa Majesté viendra a mon secours. Je ne dirai rien au reste dont je n'aie une grande expérience. Voici un fait certain : lorsque je voulus commencer à traiter de cette dernière eau, je vis que cela m'était plus impossible que de parler grec. Arrêtée par une pareille difficulté, je laissai là mon écrit, et je m'en allai communier. Béni soit le

Seigneur qui favorise ainsi les ignorants ! Et toi qui peux tout, vertu d'obéissance, sois bénie ! Dieu éclaira mon entendement, tantôt par des paroles, et tantôt en me mettant dans l'esprit la manière dont je devais m'exprimer. Ce grand Dieu veut, à ce que je vois, dire lui-même, pour cette oraison comme pour la précédente, ce que je suis incapable de comprendre et d'écrire. Comme ce que je dis est très-véritable, il est clair que ce qu'il y aura de bon dans ces pages émanera de lui, et que ce qu'il y aura de mauvais viendra de moi, c'est-à-dire d'un océan de misères. Puisque ce Dieu de bonté m'a fait arriver, tout indigne que j'en suis, à ces états si sublimes d'oraison, il doit sans doute y avoir élevé plusieurs personnes. Or, si quelques-unes parmi elles, craignant d'être hors du vrai chemin, désiraient en conférer avec moi, le Seigneur, j'en ai la ferme confiance, m'accorderait la grâce de leur donner la lumière, et de leur faire connaître la vérité.

Parlons maintenant de cette eau qui vient du ciel, et tombe avec tant d'abondance qu'elle pénètre et abreuve à souhait toiît ce jardin. Si toutes les fois qu'il en est besoin, le Seigneur la versait ainsi à grands flots, qui ne voit de quel repos jouirait le jardinier? Et si, grâce à un temps toujours tempéré qui remplacerait l'hiver, le jardinier voyait, à toutes les saisons, les fleurs et les fruits embellir son jardin, quel plaisir ne goûterait-il pas ? Mais, dans cette vallée de larmes, cela est impossible. Il faut toujours veiller, et surle-champ se mettre à l'œuvre quand une eau tarit, pour la remplacer par une autre.

Cette eau céleste dont je parle, tombe souvent quand le jardinier y pense le moins. Dans les commencements, il est vrai, c'est presque toujours à la suite d'une longue oraison mentale. Dieu se plaît d'abord à laisser l'âme voler vers lui

de degré en degré ; ensuite il prend cette petite colombe, et la met dans le nid afin qu'elle s'y repose. L'ayant vue longtemps soutenir son vol, travaillant de toutes les forces de l'entendement et de la volonté à chercher son Dieu et à lui plaire, il veut lui donner sa récompense, même en cette vie. Et quelle magnifique récompense ! Un seul instant de ce repos divin suffit pour la payer de tous les travaux qu'elle peut endurer dans cet exil.

Tandis qu'elle cherche ainsi son Dieu, l'àme se sent, avec un très-vif et très-suave plaisir, défaillir presque tout entière ; elle tombe dans une espèce d'évanouissement, qui peu à peu enlève au corps la respiration et toutes les forces. Elle ne peut, sans un très-pénible effort, faire môme le moindre mouvement des mains. Les yeux se ferment, sans qu'elle veuille les fermer ; et, si elle les tient ouverts, elle ne voit presque rien. Elle est incapable de lire, en eût-elle le désir; elle aperçoit bien des lettres, mais comme l'esprit n'agit pas, elle ne peut ni les distinguer ni les assembler. Quand on lui parle, elle entend le son de la voix» mais non des paroles distinctes. Ainsi, elle ne reçoit aucun service de ses sens, elle trouve plutôt en eux un obstacle qui l'empêche de jouir pleinement de son bonheur. Elle tâcherait en vain de parler, parce qu'elle ne saurait ni former, ni prononcer une seule parole. Toutes les forces extérieures l'abandonnent; sentant par là croître les siennes, elle peut mieux jouir de sa gloire. Elle éprouve aussi au dehors un grrand plaisir qui se manifeste d'une manière très-visible. Quelque temps que dure celte oraison, jamais elle ne nuit à la santé ; il en a été du moins ainsi pour moi, et je ne me souviens point d'avoir reçu de Dieu une telle faveur, même au plus fort de mes maladies, sans en éprouver un mieux trèssensible. Comment un si grand bien pourrait-il causer du

mal? Cette grâce montrant ses effets extérieurs d'une manière si éclatante, peut-on douter qu'elle n'exerce sur le corps même une heureuse influence? Et si elle lui enlève passagèrement les forces par l'excès du plaisir, ce n'est que pour lui en laisser ensuite de plus grandes.

A la vérité, si j'en juge par mon expérience, cette oraison est dans les commencements de si courte durée, qu'elle ne se révèle pas d une manière aussi manifeste par les marques extérieures et parla suspension des sens; mais par l'abondance des grâces dont elle enrichit, on voit évidemment que le feu du soleil qui a éclairé l'âme, a dû être bien ardent, puisqu'il Ta ainsi liquéfiée. Il est à remarquer, du moins à mon avis, que cette suspension de toutes les puissances ne dure jamais longtemps ; c'est beaucoup quand elle va jusqu'à une demi-heure, et je ne crois pas qu'elle m'ait jamais tant duré. Il faut l'avouer pourtant, il est difficile d'en juger, puisqu'on est alors privé de sentiment. Je veux simplement constater ceci : toutes les fois que cette suspension générale a lieu, il ne se passe guère de temps sans que quelqu'une des puissances revienne à elle. La volonté est celle qui se maintient le mieux dans l'union divine; mais les deux autres recommencent bientôt à l'importuner. Comme elle est dans le calme, elle les ramène et les suspend de nouveau ; elles demeurent ainsi tranquilles quelques moments, et reprennent ensuite leur vie naturelle. L'oraison peut avec ces alternatives se prolonger, et se prolonge de fait pendant quelques heures. Une fois enivrées de ce vin céleste qu'elles ont goûté, ces deux puissances font volontiers le sacrifice de leur activité naturelle, pour savourer un bonheur incomparablement plus grand ; dans ce but, elles s'unissent à la volonté, et les trois puissances jouissent alors de concert. Mais cet état d'extase complète, sans que l'imagination, seIon moi également ravie, se porte à quelque objet étranger, est, je le répète, de courte durée. J'ajoute que les puissances ne revenant à elles qu'imparfaitement, elles peuvent rester dans une sorte de délire l'espace de quelques heures, pendant lesquelles Dieu de temps en temps les ravit de nouveau et les fixe en lui.

Venons maintenant aux sentiments intérieurs de l'âme dans cet état. Le secret en est à Dieu seul, il n'appartient qu'à lui de nous le dire. Car notre entendement ne le pouvant comprendre, comment pourrait-il l'exprimer ? Sortant de cette oraison, et me préparant, après avoir communié, à écrire sur ce sujet, je cherchais dans ma pensée ce que l'àme pouvait faire pendant ce temps. Notre-Seigncur me dit ces paroles : « Elle se consume tout entière, ma fille, pour s'a« bimer plus intimement en moi ; ce n'est plus elle qui vit, a c'est moi qui vis en elle; comme elle ne peut comprendre ce « qu'elle entend, c'est ne pas entendre, tout en entendant. »

Ceux que Dieu a élevés à cet état, auront quelque intelligence de ce langage ; ce qui se passe dans cette union secrète est si caché, qu'on ne saurait en parler plus clairement. J'ajouterai seulement ceci : l'àme se voit alors près de Dieu, et il lui en reste une certitude si ferme, qu'elle ne peut eonce\oir le moindre doute sur la vérité d'une telle faveur. Toutes ses puissances perdent leur activité naturelle, et sont tellement suspendues, qu'elles n'ont absolument aucune connaissance de leurs opérations. Si l'on méditait auparavant sur quelque mystère, il s'efface de la mémoire comme si jamais on n'y avait pensé. Si on lisait, on perd tout souvenir de sa lecture, et on ne peut plus y fixer l'esprit. Il en est de même pour les prières vocales. Cet importun papillon de la mémoire voit donc ici ses ailes brûlées, et il n'a plus le pouvoir de voltiger ça et là.

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La volonté est sans doute occupée à aimer, mais elle ne comprend pas comment elle aime. Quant à l'entendement, s'il entend, c'est par un mode qui lui reste inconnu ; et il ne peut comprendre rien de ce qu'il entend. Pour moi, je ne crois pas qu'il entende, parce que, comme je l'ai dit, il ne s'entend pas hii-même. Au reste, c'est là un mystère où je me perds.

J'étais, au commencement, dans une telle ignorance, que je ne savais pas que Dieu fût dans tous les êtres. Mais comme, durant cette oraison, je le trouvais si présent à mon Ame, comme la vue que j'avais de cette présence me semblait si claire, il m'était absolument impossible d'en douter. Des gens qui n'étaient pas doctes, me disaient qu'il s'y trouvait seulement par sa grâce. Persuadée du contraire, je ne pouvais me rendre à leur sentiment, et j'en avais de la peine. Un très-savant théologien de l'ordre du glorieux saint Dominique, me tira de ce doute; il me dit que Dieu était réellement présent dans tous les êtres, et il m'expliqua de quelle manière il se communique à nous, ce qui me remplit de la plus vive consolation.

11 y a ici une remarque à faire, et une vérité dont on doit se pénétrer : c'est que cette eau du ciel, cette faveur si insigne de Dieu, laisse toujours dans l'âme de très-grandes richesses spirituelles. On en verra la preuve dans ce que je . vais dire.

Quatrième degré d'oraison; de ses effets (suite). — La Sainte exhorte de la manière la plus persuasive les âmes arrivées à cet état à ne pas se décourager si elles tombent dans quelque faute, et à ne jamais abandonner l'oraison. — Elle fait \oir que la persévérance dans l'oraison conduit infailliblement toute âme au port du salut.

Cette oraison et cette union laissent Pâme remplie d'une ineffable tendresse d'amour pour Dieu. Elle voudrait mourir, non de peine, mais de la douceur môme des larmes qu'elle répand. Elle se trouve baignée de ces larmes, mais elle ne les a pas senties couler, elle ne sait ni quand ni comment elles se sont ouvert un passage. Elle éprouve un indicible plaisir de voir cette eau, tout en calmant l'impétuosité du feu qui la dévore, l'augmenter au lieu de l'éteindre. Ceci peut paraître de l'arabe, mais se passe néanmoins de la sorte.

Dans ce degré d'oraison, il m'est quelquefois arrivé de me trouver tellement hors de moi, que je ne savais plus si la gloire dont je m'étais vue investie, était une réalité ou un songe. Je me voyais tout inondée de larmes ; elles coulaient sans douleur, mais avec une étonnante impétuosité : on eût dit que cette nue du ciel les laissait échapper par torrents de son sein. Je reconnaissais alors que ce n'avait

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pas été un songe. Ceci avait lieu dans les commencements, et n'était que de courte durée.

L'âme après cette faveur se sent un tel courage, que si en ce moment on mettait son corps en lambeaux pour la cause de Dieu, elle en éprouverait la plus vive consolation. C'est alors que germent en elle comme à l'cnvi les promesses et les résolutions héroïques, la vivacité des désirs, l'horreur du monde, et la claire vue de son néant. Une . faveur d'un tel ordre fait entrer l'àme dans un état beaucoup plus élevé que les oraisons précédentes. Elle en demeure plus profondément humble. Elle voit à la clarté môme de l'évidence qu'elle n'a donné aucun concours à une faveur si excessive et si grandiose, et qu'elle n'a rien pu faire ni pour l'attirer ni pour la retenir ; aussi s'en reconnaît-elle souverainement indigne. Elle mesure de l'œil sa misère, qui ne peut pas plus échapper à son regard que des toiles d'araignée ne peuvent se dérober à la vue, dans un appartement où le soleil donne en plein. Elle est si éloignée de la vaine gloire, qu'il lui semble impossible de jamais en concevoir. Elle a vu de ses propres yeux la faiblesse ou plutôt l'inutilité complète de ses efforts ; à peine a-t-elle consenti à une si haute faveur. Malgré elle, pour ainsi dire, on a fermé la porte aux sens, afin qu'elle pût jouir plus parfaitement de son Dieu. Là, restée seule avec Dieu, qu'a-t-elle à faire, sinon de l'aimer? Elle ne voit plus, elle n'entend plus rien, à moins de se faire une extrême violence; ainsi absorbé en Dieu, elle n'a pas, il faut l'avouer, grand mérite à être indépendante de ses sens. Elle découvre ensuite, dans le jour pur de la vérité, toute sa vie passée et la miséricorde de Dieu : ce tableau se déroule devant elle, elle l'embrasse d'un regard, et sans la moindre fatigue. Elle voit qu'elle mérite l'enfer, et qu'on la

châtie avec de la gloire. A cette vue, comme la cire devant le brasier, elle se fond en louanges de Dieu, ainsi que je voudrais moi-même le faire en ce moment. Soyez béni, Seigneur, vous qui d'un regard avez fait de cette eau si impure de mon âme, une eau assez claire et assez limpide pour être servie à votre table ! Soyez loué à jamais, ù vous, délices des anges, qui daignez élever de la sorte un ver de terre aussi abject que moi I

Ces heureux avantages se font sentir pendant quelque temps à l'âme. Pleinement convaincue que les fruits du jardin ne viennent pas d'elle, elle peut désormais commencer à les distribuer, sans crainte de s'appauvrir. Elle fait connaître par divers signes les trésors du ciel dont elle est enrichie; elle souhaite ardemment d'en faire part aux autres, et demande instamment à Dieu de n'être pas seule à les posséder. Déjà elle travaille au bien spirituel du prochain sans presque s'en apercevoir, et sans rien faire d'ellemême dans ce but, mais les autres le comprennent parfaitement; car les fleurs de ce jardin aimé du ciel exhalent un parfum si doux, qu'ils désirent de le respirer de près. Ils voient à découvert les vertus dont cette aine est embellie, et, charmés par la beauté des fruits de ces vertus, ils brûlent du désir de s'en nourrir comme elle. Si la terre qui porte ces fruits de vie est profondément sillonnée par les souffrances, les persécutions, les calomnies, les infirmités (ce qui bien rarement doit manquer à ceux qui s'élèvent à cet état) ; si elle est travaillée et amollie par un parfait détachement de tout intérêt propre, l'eau du ciel la pénètre à une telle profondeur, que presque jamais on ne la voit souffrir de la sécheresse. Mais si cette âme tient encore à cette misérable terre; si, hérissée d'épines, comme je Tétais au commencement, elle n'a pas encore renoncé aux occasions,

cl ne témoigne pas à Dieu la reconnaissance que mérite une aussi haute faveur, la sécheresse viendra la désoler comme auparavant. Qu'alors le jardinier vienne à se négliger, et que le Seigneur par pure bonté n'envoie pas une nouvellepluie, tenez le jardin pour perdu. Ce malheur m'étant arrivé plusieurs fois, j'en suis maintenant encore saisie d'épouvante, et jamais, sans cette expérience personnelle, je ne l'aurais pu croire. Je me plais à l'écrire pour la consolation des âmes faibles comme la mienne, afin qu'elles ne se désespèrent jamais, et qu'elles ne cessent jamais de se confier en la miséricorde infinie de Dieu. Quand bien même, après avoir été élevées par le Seigneur à un état si sublime, elles tomberaient, qu'elles" ne se découragent pas, si elles ne veulent pas tout perdre ; les larmes peuvent tout gagner, et une eau en attire une autre.

L'espérance de prémunir ces âmes contre le découragement par une vérité si consolante, est une des principales raisons qui m'animent, étant telle que je suis, à obéir à l'ordre qu'on m'a donné d'écrire ma triste vie, et d'exposer au jour les faveurs dont Dieu m'a comblée malgré mes infidélités et mes offenses. C'est aussi ce qui me ferait souhaiter en ce moment que mes paroles eussent assez d'autorité pour que l'on fût obligé de me croire ; plaise au Seigneur de m'accorder cette grâce, je l'en supplie de toute mon âme. Je le répète donc, que nul de ceux qui ont commencé à faire oraison ne se décourage jamais, en disant : Si je retombe dans mes fautes, je ne puis continuer ce saint exercice sans devenir plus coupable. J'admets qu'on devient pire lorsqu'en abandonnant l'oraison, on ne travaille point à se relever ; mais je maintiens qu'on ne saurait y persévérer, sans se relever de ses chutes, et sans arriver enfin au port du salut. Pour ruiner en moi cette sainte confiance, le démon me tendit le piège le plus perfide : il me persuada qu'étant aussi imparfaite que je l'étais, je ne pouvais, sans manquer d'humilité, me présenter à l'oraison. Cela me jeta dans de telles angoisses, qu'enfin je quittai ce saint exercice, pendant un an et demi, au moins pendant un an, car pour les six mois de plus, je ne m'en souviens pas bien. Infortunée, qu'avaisje fait ! De moi-même je m'étais mise en enfer, sans qu'il fût besoin des démons pour m'y entraîner. Oh ! quel effrayant aveuglement ! Et que l'ennemi du salut va bien à ses fins, quand il s'efforce de tout son pouvoir de nous faire abandonner ce saint exercice ! C'est là pour lui un intérêt suprême; car il sait bien, le traître, qu'une amc qui persévère dans l'oraison, est perdue pour lui ; et que toutes les chutes où il l'entraîne, loin de lui nuire, servent par la bonté de Dieu à l'enflammer d'une nouvelle ardeur dans son service.

0 mon Jésus, quel spectacle que celui d'une âme tombée de cette hauteur dans quelque péché, et miséricordieusement relevée par votre main divine! Comme elle reconnaît, d'un côté, vos grandeurs et vos miséricorde infinies, et, de l'autre, la profondeur de sa misère! Elle se meurt de repentir en contemplant vos adorables perfections. Infidèle, elle baisse les yeux, et n'ose vous regarder; mais à la vue de vos bienfaits, cédant au transport de la reconnaissance, elle attache sur vous ses regards pour apprendre ce qu'elle vous doit. Elle redouble de dévotion envers la Reine du ciel, et la conjure de vous apaiser. Avec quel élan de confiance elle invoque les saints qui tombèrent après avoir été appelés par vous, et par quelles ardentes prières elle implore leur secours ! Dans chacun des dons que vous lui faites alors, elle trouve un excès de libéralité, parce qu'elle se reconnaît indigne que la terre la soutienne. Comme elle vole aux sacrements! avec quelle foi vive elle découvre la vertu que vous y avez renfermée ! avec quelle effusion elle vous bénit <le nous avoir laissé ce remède divin, ce baume réparateur, qui non-seulement cicatrise nos plaies, maiç en fait disparaître jusqu'au dernier vestige ! Elle demeure frappée d'étonnement à l'aspect de toutes ces merveilles. Et qui donc, Seigneur de mon àme, ne serait saisi d'un saint effroi, en vous voyant punir par de tels excès de miséricorde et d'amour, une trahison si honteuse et si horrible? Comme vous vous êtes ainsi vengé de moi, je ne sais, ô mon adorable Époux, comment, en écrivant ceci, je ne sens pas mon cœur se fendre. Et je croirais par ces petites larmes que je verse devant vous, larmes que vous faites couler, mais qui par elles-mêmes ne sont que l'eau d'une source corrompue, je croirais réparer dignement ces trahisons si nombreuses, et ce lamentable enchaînement de fautes par lesquelles je tendais à défaire le divin ouvrage de votre grâce dans mon àme ! 0 mon tendre Maître, donnez quelque valeur à ces tristes larmes, et rendez limpide une eau si trouble. Faites-le, quand ce ne serait que pour prévenir dans les autres la tentation que j'ai eue de faire des jugements téméraires. Je vous disais au fond de mon àme: Seigneur, pourquoi si infidèle, et religieuse seulement de nom, suis-je comblée par vous de ces grâces que vous refusez à des épouses si saintes qui se sont données à vous, et vous ont toujours fidèlement servi dès leur plus tendre jeunesse? Je pénètre maintenant la cause de votre conduite. J'étais faible, et vous m'avez acecordé ce secours. Ces âmes étaient fortes et désintéressées; sans ces faveurs elles se montraient héroïques dans votre service, et vous voulez leur réserver la récompense tout entière au sortir de cette vie. Vous savez néanmoins, ù mon Dieu, qu'un cri montait

souvent vers vous du plus intime de mon cœur. J'excusais les personnes qui parlaient contre moi, trouvant qu'elles n'avaient que trop de sujet de le faire. Déjà, il est vrai, à cette époque, votre bonté prêtant son appui à ma faiblesse, je ne vous offensais plus autant, et je travaillais à éviter tout ce que je croyais devoir vous déplaire. A peine vous avais-je donné ce gage de fidélité, que vous commençâtes, Seigneur, à ouvrir vos trésors à votre servante. Vous n'attendiez, ce semble, de moi, qu'un peu de bonne volonté et de préparation, tant vous fîtes paraître de promptitude non-seulement à m'enrichir, mais à vouloir que vos dons fussent connus.

Aussitôt que votre munificence eut éclaté au grand jour, on prit bonne opinion de celle dont la profonde misère n'était pourtant pas connue de tous comme elle aurait dû l'être, quoiqu'elle perçât tant au dehors. Mais ce fut aussi le signal des murmures et de la persécution, et, à mon gré, on éclatait avec beaucoup de fondement. C'est pourquoi je n'avais de* ressentiment contre aucun de ceux qui me condamnaient ; je vous suppliais, au contraire, de considérer qu'ils avaient raison d'agir de la sorte. Je voulais, disait-on, passer pour sainte; j'inventais des nouveautés, moi, si éloignée encore d'accomplir toute ma régie, et d'égaler en vertu les religieuses si bonnes et si saintes qui vivaient dans notre monastère. Je l'avouerai, Seigneur, jamais je n'atteindrai à leur perfection, si votre bonté ne fait tout par elle-même. Hélas ! loin d'imiter leurs exemples, je n'étais bonne qu'à faire disparaître les coutumes édifiantes, et à leur en substituer de mauvaises ; au moins, je faisais ce que je pouvais pour les introduire ; et pour le mal, mon pouvoir était grand. C'était donc, ô mon Dieu, sans aucune faute de leur part que les religieuses et d'autres personnes du dehors me condamnaicnt. Elles me disaient clairement des vérités que j'avais jusque-là ignorées : ainsi le permettait votre adorable sagesse.

Cette tentation sur la distribution de vos faveurs, agitait de temps en temps mon âme. Un jour, en disant les heures, étant arrivée à ce verset du psaume : « Justus es, Domine, et rectum judicium tuum : Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont remplis d'équité1 ; » je me mis à considérer combien ces paroles étaient véritables. Car, en ce qui regarde la foi, jamais le démon n'a eu le pouvoir de me tenter. Jamais, Seigneur, je n'ai douté que vous ne fussiez la source de tous les biens, ni d'aucune des vérités que je devais croire. Que dis-je? plus les vérités sortaient de l'ordre naturel, plus ma foi y adhérait avec force et bonheur. Je savais que vous êtes tout-puissant, et je ne m'étonnais d'aucune de vos merveilles ; je me plais à le redire, je n'ai jamais douté. Pensant donc alors en moi-même comment il pouvait se faire que votre justice refusât à ces religieuses, vos servantes si fidèles, les délices et les faveurs que vous m'accordiez malgré mon indignité, vous me répondîtes, Seigneur : « Contentc« toi de me servir, et ne t'occupe point du reste. » Ce furent là les premières paroles que j'entendis de vous, aussi ine causèrent-elles un grand effroi.

Devant traiter plus tard de la manière dont ces divines paroles se font entendre, ainsi que de quelques autres points, je n'en dirai rien ici. Ce serait sortir de mon sujet ; et déjà, si je ne me trompe, j'en suis bien loin ; car je ne sais presque plus où j'en suis. Il faut, mon père, que vous me pardonniez des interruptions inévitables pour moi. Certes, il n'y a rien d'étonnant qu'à la vue de cette ineffable patience

1 Ps. ex vi n.

«le Dieu à mon égard, et de l'état où je suis maintenant par sa grâce, je perde le fil de mon discours.

Plaise au Seigneur que mes écarts soient toujours de ce genre ! Ah ! plutôt que de permettre qu'il y ait dans ma vie un seul instant où je lui sois rebelle, je l'en conjure, qu'à cet instant môme il me réduise en cendres ! Il suffît, pour montrer l'excès de sa miséricorde à mon égard, qu'il m'ait si souvent pardonné une si grande ingratitude. Que de fois il a renouvelé en ma faveur un pardon qu'il n'accorda à saint Pierre qu'une seule fois! Aussi le démon n'avait que trop sujet de me tenter, en m'insinuant que je ne devais point prétendre à l'étroite amitié de Celui avec lequel je vivais dans une rupture si ouverte. Quel aveuglement pouvait être comparable au mien ! Où avais-je l'esprit, ô mon adorable Maître, lorsque, hors de vous, j'espérais trouver un remède? Quelle folie de fuir la lumière, pour heurter à chaque pas dans les ténèbres ! Et quelle humilité superbe le démon savait inventer, pour me faire abandonner cette colonne tutélaire de l'oraison, dont l'appui m'aurait préservée d'une aussi grande chute ! Maintenant encore je ne puis sans effroi me rappeler cette invention si perfide qu'il me présentait sous une couleur d'humilité : à mes yeux, c'est le plus grand péril que j'aie couru dans ma vie. Voici par quelles pensées trompeuses il égarait mon esprit. Hé quoi I si mauvaise après tant de grâces reçues, pouvais-je encore m'approcher de l'oraison? ne devait-il pas me suffire défaire, comme les autres, les prières de règle? et m'acquittant si mal de celles-ci, n'était-ce pas témérité de ma part de vouloir en faire davantage? oser y prétendre, c'était montrer bien peu de respect pour Dieu, et bien peu d'estime pour ses faveurs.

Sans doute il était bien de voir mon indignité, et d'en

convenir; mais en tirer pour conséquence pratique que je devais abandonner l'oraison, voilà ce qui fut un très-grand mal. Soyez béni, Seigneur, qui avez daigné me tirer d'un tel abime !

C'est là, je crois, le commencement de la tentation par laquelle le démon perdit Judas. Seulement le traître n'osait pas m'altaquer d'une manière aussi ouverte ; mais en s'insinuant peu à peu, il aurait fini par me faire tomber dans l'abîme où il l'avait précipité. Pour l'amour de Dieu, que tous ceux qui s'adonnent à l'oraison, fassent à ceci une attention profonde. Qu'ils le sachent, tout le temps que j'abandonnai ce saint exercice, ma vie fut remplie de beaucoup plus d'infidélités qu'auparavant. On peut juger par là de la bonté du remède que me donnait le démon, et du plaisant résultat de cette humilité, qui n'enfantait en moi qu'un trouble effrayant. Et comment mon àrne aurait-elle pu se reposer en paix, lorsqu'elle s'éloignait, l'infortunée, de Celui qui était son repos, emportant la pensée toujours présente de ses grâces et de ses faveurs, et voyant d'autre part le profond dégoût que méritent tous les plaisirs de la terre? Je m'étonne maintenant d'avoir pu supporter un état si cruel. Ce qui sans doute me soutenait, c'était l'espérance de reprendre l'oraison ; car en interrogeant mes souvenirs sur cette triste époque, dont déjà plus de vingt et un ans me séparent, je trouve que je nourrissais toujours dans mon cœur le ferme dessein de revenir à ce saint exercice; mais j'attendais pour cela que mon aine fût très-nette d'offenses contre le Seigneur. 0 ciel ! dans quelle voie funeste me jetait une espérance si insensée ! Le démon m'y aurait bercée jusqu'à mon dernier soupir, et, du tribunal de mon Juge, il m'aurait entraînée dans l'enfer. Car si auparavant l'oraison et la lecture, les lumières que j'y puisais chaque jour, la

vue de mon infidélité, les larmes même dont souvent j'importunais Nôtre-Seigneur, ne pouvaient me rendre victorieuse de ma faiblesse ; en abandonnant ce saint exercice, en vivant au milieu de vains passe-temps et des occasions d'offenser le Seigneur, n'étant presque soutenue de personne, ou plutôt, j'oserai le dire, ne rencontrant de secours que pour m'aider à tomber, que pouvais-je espérer, sinon une lin si lamentable?

Je crois qu'un religieux de l'ordre de Saint-Dominique, homme d'un éminent savoir1, a beaucoup mérité devant Dieu, pour m'avoir retirée d'un tel sommeil.

Ce père, comme il me semble l'avoir dit, me fit communier tous les quinze jours. Dès lors le mal diminua, je commençai à rentrer en moi-môme. Il m'échappait néanmoins encore quelques offenses, mais enfin j'étais dans le bon chemin, et marchant à petits pas, tombant, me relevant, je ne laissais pas d'avancer : quand la marche n'est pas interrompue, quelque lente qu'elle soit, on arrive, quoique tard, au terme du voyage. S'égarer de cet heureux chemin n'est autre chose, à mon avis, qu'abandonner l'oraison. Dieu nous en préserve par son infinie bonté !

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