La Vie écrite par elle-même (page 27)

Thérèse d'Avila · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — Vie de sainte Térèse de Jésus écrite par elle-même, éd. 1867 (OCR) · 32 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

A deux heures, elles se rendaient au chœur pour chanter vêpres. Chaque religieuse se retirait ensuite dans sa cellule pour faire une lecture spirituelle. Après cette lecture, elles s'occupaient de leurs travaux ou de leurs offices, jusqu'à complies.

Les complies étant récitées, les religieuses consacraient de nouveau, comme le matin, une heure entière à l'oraison. Venait ensuite le repas, qui était suivi de la récréation. A la fin de la récréation on donnait le signal du grand silence qui devait s'observer jusqu'au lendemain après la récitation de prime. (Ribera, Vie de sainte Térése, liv. II, c. u. Bollandistes, Acta S. Teresix, p. 542.)

L'ordre des exercices que nous venons d'indiquer n'est que le corps de la Réforme de sainte Térèse L'âme, l'esprit, ressenec de sa Réforme, c'est le zèle apostolique. Venir en aide à l'Église militante, fortifier ses combattants par un nouveau secours d'oraisons et de pénitences, c'est la lin sublime que sainte Térèse s'est proposée. Le zèle apostolique est donc le trait distinctif de son œuvre. L'inscription de la bannière qu'elle a levée dans l'Église de Dieu jusqu'à la lin des temps est celle-ci : Zelo zelata sumpro Domino Deo exercituum . Rcg. III, c. xix, v. 10.

Comme cette grande thèse a été admirablement démontrée par le docteur

cetlc règle avec plus de perfection. J'espère de la bonté de Notre-Seigneur qu'il donnera de très-grands accroissements à ce qui est commencé, puisqu'il lui a plu de me le promettre.

L'autre maison que cette bénite femme dont j'ai parlé plus haut 1 voulait fonder, a été également favorisée deNotreScigneur, et se trouve heureusement établie à Alcala ; mais ce n'a pas été non plus sans de grandes oppositions, ni sans qu'il y ait eu bien des peines à souffrir. Je sais que l'on y vit dans l'entière observance de notre première règle. Plaise à Notre-Seigneur que tout soit à son honneur et à sa louange, comme à l'honneur et à la louange de la glorieuse Vierge Marie dont nous portons l'habit. Ainsi soit-il.

Je crains, mon Père, de vous avoir causé de l'ennui par une si longue relation de ce qui s'est passé touchant ce monastère. Elle est néanmoins fort brève, eu égard aux travaux que l'on a soufferts, et aux merveilles que Notre-Seigneur a faites pour l'établir. Plusieurs personnes ont été témoins de ces merveilles, et les peuvent affirmer avec serment. C'est pourquoi je vous supplie, pour l'amour de Dieu, dans le cas où vous jugeriez à propos de détruire toutes les autres parties de cet écrit, de conserver fidèlement celle qui regarde ce monastère, et de la remettre, après mu mort, entre les mains des religieuses qui me survivront. Toutes celles qui viendront dans la suite des temps se senti* ront merveilleusement excitées à servir Dieu, et puissant*

François de Ribera, le premier et le plus grave des historiens de la Sainte, nous citons son travail à la fin du volume.

Par là, le lecteur aura une connaissance complète de la Réforme de sainte Térèse ; et les vierges courageuses qui se sentiraient appelées à l'embrasser, feront une si suinte démarche avec pleine connaissance de cause

1 La Mère Marie de Jésus, dont la Sainte parle au commencement du chapitre précédent.

ment encouragées non-seulement à maintenir, mais à accroître ce qui a été commencé, lorsqu'elles liront dans ce récit tout ce que Notre-Seigneur a fait pour cette maison, par une main aussi faible et aussi misérable que la mienne.

Notre adorable Maître ayant montré par des faveurs si éclatantes et une protection si visible, combien il avait à cœur la fondation de ce monastère, quel mal ne feraient point, et quels châtiments ne mériteraient pas celles qui commenceraient à se relâcher de la perfection qu'il y a luimême établie ! Il comble de grâces ses fidèles épouses, qui maintenant y mènent une vie si parfaite ; il leur rend ce joug si léger, qu'elles le portent sans fatigue, et y trouvent même une ineffable douceur. N'aspirant qu'à jouir, dans la solitude, de Jésus-Christ leur époux, elles rencontrent en cet asile toutes les facilités pour vivre constamment en sa compagnie : demeurer seules avec lui seul, tel doit être le but continuel de leurs désirs. Dans ce dessein, qu'elles ne cherchent point à être plus de treize; je sais par expérience, et par l'avis de plusieurs personnes fort habiles, que pour conserver l'esprit de notre règle, et pour vivre d'aumônes, sans rien demander, il ne faut pas dépasser ce nombre *. Que là-dessus on croie de préférence celle qui, avec tant de travaux et l'assistance de tant de prières, a tâché d'établir ce qu'elle a jugé le meilleur. On peut encore se convaincre que c'est là ce qui convient, en voyant le contentement parfait, la sainte allégresse, et la santé plus forte dont nous jouis* sons toutes depuis que nous sommes dans ce monastère,

1 La Sainte dérogea eilsuile elle-même à cette règle, et admit dans ses monastères un plus grand nombre de religieuses; mais l'on conçoit que dans un monastère aussi petit que l'était d'abord Saint-Joseph d'Avila, elle n'ait voulu en recevoir que treize.

sans que, durant ces heureuses années, le joug des observances nous ait jamais pesé le moins du inonde.

Ainsi, si cette vie parait trop austère à quelques personnes désireuses d'embrasser l'état religieux, elles doivent l'attribuer à leur peu de ferveur, et non à la règle qui s'observe ici, puisque des femmes délicates et de peu de santé, soulenues seulement par cet esprit intérieur, l'observent avec tant de satisfaction. Je conseille à ces personnes de s'en aller en d'autres monastères, où elles se sauveront en vivant conformément à leur institut.

Antoinette de Henao, fille de Philippe de Henao et d'Elvire Diaz, naquit à Avila en 1535. Unie à sainte Térèse par les liens de la parenté, elle eut le bonheur incomparablement plus grand de devenir sa fille spirituelle et son imitatrice. Dès son enfance, on vit en elle les plus heureuses inclinations. Elle n'avait encore que sept ans, lorsque Notre-Seigneur, abaissant sur elle un regard de prédilection, la choisit pour être du nombre des vierges qui marchent à sa suite. A cet âge si tendre, étant un jour à jouer avec d'autres petites filles, Antoinette de Henao se vit soudainement environnée d'une vive lumière, entendit un grand bruit mystérieux, et entra dans un ravissement où elle goûtait d'inexprimables délices. Le divin Maître lui fit connaître qu'il venait d'éteindre en elle la concupiscence, et que jamais la pureté de son âme ne serait altérée par la moindre tache. L'Époux des vierges alluma en même temps, dans le cœur de la jeune Antoinette, un ardent désir de se consacrer à lui dans l'état religieux, dont néanmoins elle n'avait qu'une idée confuse. Avec cette insigne faveur naquit en son âme l'esprit d'oraison ; elle y fit de si grands progrès en peu de temps, que lorsqu'elle prenait le saint rosaire, elle demeurait plusieurs heures absorbée en Dieu, sans se souvenir des paroles, et sans pouvoir en prononcer aucune. Cette impuissance de payer à la Reine du ciel un tribut de prières qu'elle lui avait promis l'affligeait beaucoup. Elle en fit part aux guides de son âme, et ils la tranquillisèrent, l'assurant que le sacrifice du cœur valait mieux que celui des lèvres.

Tandis que, par une admirable fidélité à la grâce, Antoinette se préparait, dans la maison paternelle, à la sainteté de la vie religieuse, elle accomplit une sainte mission à l'égard de sa sœur Anne de llenao, moins Agée qu'elle de neuf ans. Elle l'éleva avec toute la sollicitude du zèle chrétien. Considérant que, par le baptême, sa petite sœur était consacrée à Jésus-Christ, et jalouse de la lui garder sans tache, elle lui fit connaître Celui qui devait posséder tout son cœur, et elle l'enflamma de son amour. Grâce aux tendres soins, aux saints exemples, et à la conversation toute céleste de sa sœur aînée, Anne de llenao grandit dans l'innocence, et se sentit de bonne heure appelée à se consacrer à Dieu.

Notre-Seigneur, qui destinait Antoinette de Henao ù être une des plus vives lumières du Carmel naissant, voulut qu'elle fût formée à la vie spirituelle par un saint. Ce fut saint Pierre d'Alcantara qui la conduisit dans le chemin de la perfection, et qui la proposa lui-même à sainte Térése pour être une de ses quatre premières filles. Le jour de la fondation de Saint-Joseph, sainte Térése donna l'habit à Antoinette de Henao, et lui imposa le nom d'Antoinette du Saint-Esprit.

Le premier chapitre du Livre des Fondations nous offre le tableau de la vie que mena au monastère de Saint-Joseph cette fidèle épouse de Jésus-Christ.

Sainte Térése, qui l'aimait beaucoup et qui connaissait son mérite, remmena avec elle en se rendant à Médina del Campo, à Malagon, à Valladolid et à Tolède. Elle la prit encore pour sa compagne dans d'autres voyages. Partout Antoinette du Saint-Esprit édifia par la sainteté de sa vie.

En 1581, la fondation de Grenade étant résolue, et sainte Térése ne pouvant y aller, elle y envoya de Saint-Joseph d'Avila la mère Antoinette du Saint-Esprit et Marie du Christ. Saint Jean de la Croix vint les prendre à Avila, et les conduisit jusqu'à Veas, où la vénérable mère Anne de Jésus, chargée de la fondation de Grenade, les reçut avec un inexprimable bonheur. De là, la sainte colonie, saint Jean de la Croix et la vénérable mère Anne de Jésus en tête, s'achemina vers Grenade. Antoinette du Saint-Esprit laissa dans ce monastère un si grand exemple d'oraison, que le souvenir en demeure toujours présent parmi les saurs. Ce fut à Grenade qu'elle apprit en 1582 la mort de la sainte fondatrice; à cette nouvelle, elle versa des torrents de larmes, et se mettant aussitôt à invoquer cette mère tant aimée de son âme, elle lui dit : « $a tendre mère, recommandez-moi à Dieu! » La Sainte lui apparut aussitôt, et la consola avec toute la tendresse d'une mère, Une autre fois, elle lui apparut, et lui fit connaître la place élevée qtCelle occupait dans le ciel, pour s'être employée tout entière à la gloire de Dieu en celte vie ; elle ajouta que Notre-Seigneur l'avait établie la patronne et la protectrice de la conver*

sion des hérétiques, à cause du zèle qu'elle avait constamment déployé pour les ramener à VÊglise catholique. »

Si la compagnie des saints est un des plus puissants moyens pour avancer dans la sainteté, quels progrès ne dut point y faire la mère Antoinette du Saint-Esprit? Saint Pierre d'Alcantara fut son père et son guide, sainte Térèse fut sa maîtresse spirituelle, saint Jean de la Croix fut son confesseur et le père de son âme ; elle vécut à Grenade avec la vénérable mère Anne de Jésus, dont saint Jean de la Croix disait : « Je vois en elle un séraphin. »

Elle vécut encore avec la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, cette tendre amie et cette fidèle compagne de sainte Térèse; enfin, avec tant d'âmes privilégiées du Carmel, que sainte Térèse appelait des âmes angéliques.

De Grenade, elle fut envoyée au monastère de Malaga, où après avoir rempli quelque temps la charge de sous-prieure, elle fut mise comme prieure à la tète de ses sœurs. Sous son gouvernement, ce monastère était une vivante image de celui de Saint-Joseph d'Avila. Un jour, étant avec les soeurs au réfectoire, avant qu'elle eût donné le signal pour commencer le repas, Notre-Seigneur lui fit voir les âmes de toutes ses filles resplendissantes de lumière et de beauté, unies entre elles par les liens de la plus tendre charité, et lui révéla qu'il prenait en elles ses délices.

Ce fut à cette époque que Notre-Seigneur la favorisa des grâces les plus signalées. Son esprit était très-souvent ravi en Dieu, et il semblait qu'il abandonnât le corps. Cet état de ravissements quotidiens dura longtemps ; comme on craignait que la faiblesse de son corps ne succombât à ces longues extases, les confesseurs, les médecins et les supérieurs lui commandèrent de concert de ne faire de suite qu'une demi-heure d'oraison. La servante de Dieu obéissait ponctuellement. Mais à peine entraitelle en prière, qu'elle était ravie et enivrée de délices. La demi-heure écoulée, elle reprenait l'usage de ses sens. Elle disait ensuite que son esprit descendait de cette hauteur avec la même rapidité qu'il était monté ; et que Dieu, agréant son obéissance, l'aidait à abandonner les délices de cette divine union, pour exécuter les ordres de ses supérieurs.

Le cadre restreint de cette courte notice ne nous permettant pas de raconter en détail les dernières années d'une si sainte vie, nous les peindrons d'un trait en disant que les vertus d'Antoinette du Saint-Esprit jetèrent un éclat toujours plus vif, et que Dieu répandit, dans une àme si pure, ses grâces avec une prodigalité toujours croissante.

Le 7 juillet 1595, vêtue de la robe sans tache du baptême, et riche de soixante années de mérites, l'heureuse Antoinette paraissait devant son divin Époux, et recevait de ses mains la couronne des vierges.

Sa mémoire est restée en bénédiction, non-seulement dans le couvent de Malaga où elle mourut, mais encore dans tout le Carmel. (V. Ann. gén. du Carmel, liv. IV, c. xiv.)

Quant à Anne de Henao, que sa sœur Antoinette du Saint-Esprit avait si chrétiennement élevée, elle entra comme elle dans l'ordre de NotreDame du Mont-Carmel. Elle fut reçue par sainte Térése au monastère de Valladolid Tannée même où il fut fondé, et elle s'appela en religion Anne de Saint-Joseph. Comme sa sœur aînée, elle fut un miroir de candeur, de pureté, d'innocence. Son humilité, son obéissance, sa douceur, la rendirent extrêmement chère à sainte Térése. Ce qui distingua Anne de Saint-Joseph fut son amour pour l'oraison, et son attrait à honorer la divine enfance de Notre-Seigneur. Sainte Térése, pour seconder cet attrait, permit à Anne de Saint-Joseph d'avoir dans sa cellule une petite statue de l'enfant Jésus. Dans la vivacité de sa foi, Anne de Saint-Joseph voyait son Dieu aussi présent que si elle l'eut contemplé à Bethléem dans les bras de la très-sainte Vierge. Son cœur embrasé d'amour se répandait en tendres colloques: et Noire-Seigneur, qui trouve ses délices dans les âmes simples et candides, ne cessait de combler sa fidèle épouse des plus prérieuses faveurs. On peut juger, par les paroles du divin Maitre que nous allons rapporter, de quelle manière il traitait cette âme angélique. Un jour, Anne de Saint-Joseph travaillait dans sa cellule, ayant près d'elle son cher enfant Jésus : il lui arriva de détourner un moment sa pensée de lui et de la fixer sur le travail qui l'occupait. Le divin Enfant lui dit alors : Fais attention, ta me laisses seul. Elle lui en demanda aussitôt pardon avec un amoureux repentir. Ce trait illumine toute cette vie cachée en Dieu, et nous fait connaître le commerce intime de celte âme avec son adorable Epoux. La flamme du zèle apostolique consumait le cœur de cette vierge. Voir régner son Jésus jusqu'aux extrémités de In terre, et toutes les âmes embrasées de son amour, était comme le soupir perpétuel de sa prière.

Le divin Maitre, pour que rien ici-bas ne troublât la solitude et l'oraison de sa fidèle épouse, la priva de la vue les dernières années de sa vie. Dés lors, le céleste entrelien ne fut pour ainsi dire plus interrompu; les communications devinrent plus intimes, et l'amour divin acheva de transformer cette belle âme. Le 16 août 1618, Anne de Saint-Joseph emportant au ciel, comme sa sœur, les vêtements immaculés du baptême, allait comme elle prendre sa place dans le chœur des vierges, et recevoir le salaire de 7 4 ans de mérites, dont 51 s'étaient écoulés dans la bienheureuse solitude du Carmel.

Kilt» naquit à Avila, de parents très-chrétiens; son père était Martin de Revilla, et sa mère Marie Alvarez de Arevalo. Douée de toutes les qualités qui attirent l'estime du monde, Ursule se laissa aller pendant quelque temps au désir d'y briller. Heureusement elle avait pour guide dans les voies du salut le mailre Gaspar Daza. Cet homme de Dieu n'.eut pas de peine à montrer à sa pénitente le néant des choses d'ici-bas. Ame innocente et droite, Ursule fut fidèle à la lumière de la grâce, et elle ne tarda pas à soupirer après le bonheur de se consacrer sans réserve à JésusChrist. Térèse, qui vit en elle une âme élevée, forte, capable des plus grands progrès dans la vertu, l'admit au nombre de ses quatre premières filles, et voulut qu'elle conservât dans le Carmel le nom d'Ursule des Saints, que ses pieux parents lui avaient donné au baptême.

La vie qu'Ursule des Saints mena à Saint-Joseph est celle que sainte Térèse décrit à la fin du xxxvi" chapitre de sa Vie, et dans le l" chapitre de son Livre des Fondations. Pendant douze ans, Ursule des Saints donna l'exemple de toutes les vertus. Elle fut surtout admirable par la patience qu'elle montra au milieu des grandes douleurs et des infirmités qu'elle eut à souffrir vers la fin de sa vie. Enfin, le moment qui allait lui ouvrir la céleste patrie étant venu, elle s'endormit doucement dans le Seigneur, en l'année 1574. Le jour même où elle quitta l'exil, sainte Térèse, qui se trouvait à Albe, la vit monter au ciel toute resplendissante de lumière et avec l'éclat des corps glorifiés. C'est ce que la Sainte affirma elle-même à ses filles quand elle fut de retour à Avila ; et rapprochant alors le moment de la vision de celui de la mort, elle trouva qu'Ursule des Saints n'était restée que quatre heures en purgatoire. (Kibera, Vie de sainte 'IVrèse, liv. I, c. xvn.)

Marie de Saint-Joseph vit le jour à Avila. Elle était sœur de Julien d'Avila, chapelain du monastère de Saint-Joseph, et compagnon de sainte Térèse dans ses voyages. Elle eut le bonheur de compter parmi les quatre . premières vierges qui inaugurèrent la réforme du Carmel. Pendant plus de quarante ans, elle se montra digue d'avoir été choisie par sainte Térèse

comme une des colonnes du naissant édifice. Le zèle apostolique, caractère distinclif des vierges du Carme), brûla son cœur d une flamme toujours croissante. Par son amour pour Jésus-Christ, par sa soif du salut des âmes, par l'admirable régularité de sa vie, elle ne cessa jamais d'édifier ses compagnes. Le divin Maître, voulant que sa sainte épouse fût reçue en triomphe par les anges aussitôt qu'elle rendrait le dernier soupir, acheva de purifier et d'embellir son âme par les souffrances qui marquèrent la fin de sa vie. Les quatre derniers jours qu elle passa sur celte terre, Marie de Saint-Joseph perdit la parole et l'usage de ses sens : elle était en proie à une douloureuse agonie. Les religieuses avaient le cœur navré de h voir en cet état. La mère Isabelle de Saint-Dominique, s'approchant de la malade, lui suggéra de faire beaucoup d'actes de résignation et d'abandon entre les mains de Dieu. Marie de Saint-Joseph entendit et fit intérieurement ces actes, mais sans qu'elle en pût donner aucun signe extérieur. Le divin Maître n'attendait que cet In manus tuas commendo spiritum meum, de la part de la mourante, pour lui ouvrir le ciel. Marie de SaintJoseph ferma doucement les yeux à la lumière, et se vit au même instant reçue dans les tabernacles du Seigneur. Le jour même de sa sainte mort, tandis que la mère Isabelle de Saint-Dominique entendait la messe, priant pour le repos de son Ame, Notre-Seigneur lui montra sa fidèle épousa couronnée de gloire, et lui dit : Elle est du nombre de celles qui suivent r Agneau. Marie de Saint-Joseph, de son côté, remercia la mère Isabelle de Saint-Dominique de tout le bien qu'elle lui avait fait à l'heure de fa mort ; elle ajouta « que les actes qu'elle lui avait suggérés lui avaient mérité une grande gloire en paradis, et Pavaient exemptée des peines du purgatoire. »

Les habitants d'Avila et les religieuses du monastère de Saint-Joseph célébrèrent avec pompe les funérailles de cette heureuse vierge ; la mère Isabe.le de Saint-Dominique vit autour de son cercueil sainte Térèse éclatante de lumière, et toutes les religieuses de ce couvent qui étaient déjà au ciel avec la sainte fondatrice. (V. Michel de Lanuza, Vie de la mère Isabelle de Saint-Dominique y liv. III, c. îv.)

Ce fut à Ledesma, près de Salamanque, que Marie de Paz vit le jour. Touchée de la pauvreté de ses parents, la noble et sainte amie de Térèse, Guiomar de Ulloa, éleva chez elle la jeune Marie. Térèse la connut d'une manière intime et ne balança pas à lui ouvrir les portes de SainUJoseph

d'Avila. En recevant l'habit, elle prit le nom de Marie de la Croix. Sainte Térése la conduisit à la fondation de Valladolid, afin que par ses exemples elle fût, dans ce nouveau monastère, une lumière pour ses compagnes. Marie de la Croix répondit à l'attente de la sainte fondatrice. On vit en elle le plus tendre amour pour Notre-Seigneor, avec un désir immense de le voir aimé de tous les peuples de la terre. Elle porta au plus haut degré la charité envers ses sœurs, l'amour de l'oraison, l'humilité. Chargée du temporel, elle veillait avec une si tendre sollicitude aux besoins de toutes les religieuses, qu'on disait d'elle : « Marie de la Croix est la consolation et la providence de toutes ses compagnes ; elle est la bien-aimée de Dieu et de toutes ses sœurs. * Elle avait passé vingt-cinq ans au Carmel, lorsque Dieu l'averlit, par une vive douleur de côté, qu'elle touchait au terme de son pèlerinage. A cette nouvelle, elle tressaillit de joie : elle avait un si grand désir de mourir, qu'elle ne pouvait croire qu'un tel bonheur fût si prochain pour elle ; elle disait que si elle était plus longtemps retenue dans cet exil, elle mourrait de l'excès de peine de ne point mourir.

Elle garda une paix profonde et unesérénrté inaltérable au milieu des souffrances; et sa mort fut si douce et si tranquille, qu'on ne put apercevoir le moment où elle rendait le dernier soupir. Ce qui indiqua son passage à la vie des bienheureux, ce fut le changement soudain qui s'opéra en elle : la mort la transfigura, et répandit sur ses traits une beauté qu'ils n'avaient pas durant sa vie. Une ineffable blancheur, symbole de la pureté de son àme, éclatait sur le front et la figure de cette épouse de JésusChrist.

Ce fut le 22 février de l'an 1588, que Marie de la Croix alla se joindre au chœur des .vierges dans le ciel. (V. Rîbera, Vie de sainte Térêse,

SIÈCE DE 8AOTE TÉRÈSE ET MEKÈHE MIEVRE DE 9AnCT-XMEI>0 A99ÈS U MIXTE.

Elle naquit à Avila, en 1545, d'une des plus nobles et des plus chrétiennes familles. Son père, Alphonse Alvarez de Avila, mena une vie si exemplaire, qu'on rappelait don Alphonse le saint. Sa mère, Mencia de Salazar, rat une femme d'une éminente piété. Ils élevèrent saintement leur fille ; mais Dieu les appela à hri avant que la jeune Marie fût encore en âge de choisir un état. Marie se retira alors chez un de ses parents, où elle trouva les avantages de la maison paternelle. Dieu, qui la réservait à de grandes choses, se montra prodigue de ses dons envers elle : foi Yive,

piété sincère, esprit juste et élevé, grandeur d'âme, courage, voilà ce qui brillait dans Marie d'Avila. Douée en outre d'une beauté rare, et déjà héritière d'une grande fortune, elle réunissait tout ce qui pouvait lui promettre un rang heureux dans le monde. Ses parents la pressèrent de s'établir; mais, dans sa fierté castillane, elle trouvait au-dessous d'elle toutes les alliances qu'on lui proposait ; artifice dont le Maître de son cœur se servit o ur la garder libre des chaînes du siècle.

Tandis qu'elle était dans ces sentiments, Dieu, dit Ribera, toucha son cœur. Marie eut alors à soutenir un combat terrible. La voix puissante de la grâce l'appelait à se consacrer à Jésus-Christ, et elle voulait rester dans Je monde. Plusieurs jours s'écoulèrent dans cette lutte, Marie répandit bien des larmes, son cœur était percé d'un glaive, et elle conjurait Dieu de ne point exiger d'elle le sacrifice de la vie religieuse. Enfin elle se rendit à son vainqueur, et à l'instant même un fleuve de paix inonda son âme. Non-seulement elle brisa sans retour avec le monde, mais elle prit l'inébranlable résolution de se donner sans réserve au Seigneur, dans Tordre le plus parfait qu'elle pourrait trouver. Le monastère de SaintJoseph d'Avila venait d'être fondé par sa sainte parente ; elle se hâta d'aller lui demander la grâce d'y être admise. Térèse, qui la connaissait, Ja reçut avec bonheur, et en 15j4 lui donna le saint habit, le 50 septembre, fête de saint Jérôme, dont la nouvelle habitante de Saint-Joseph porta le nom dans le Carmel, Ce jour offrit à l'élite des habitai.ts d'Avila un touchant spectacle et une éloquente leçon. Toute la noblesse de la ville, qui tenait à Marie d'Avila par les liens de la parenté, se trouvait présente à la cérémonie sacrée. Marie parut dans l'église, et s'avança vers l'autel avec une contenance noble et modeste; elle était ornée de riches habits; elle allait, dans la plus belle fleur de l'âge, immolerd'un seul coup toutes les vanités de la terre. Les assistants furent profondément attendris quand ils la virent s'incliner devant l'image de son Dieu crucifié, et faire ainsi un éternel adieu au monde. La porte du monastère s'ouvrit ensuite devant elle. Quelques moments après, l'humble épouse de Jésus-Christ parut de nouveau, avec un pauvre habit de bure dont sainte Térèse venait de la revêtir. A cette vue, l'émotion fut à son comble, et chacun donna un libre cours à ses larmes.

Dès que Marie de Saint-Jérôme se vit dans la maison de Dieu, elle travailla à sa perfection avec une ardeur qui devait aller croissant jusqu'à son dernier soupir. Celte grande âme, en qui le calme et la force parurent le trait caractéristique, eut l'inappréciable bonheur d'être formée à la vie spirituelle par sainte Térèse; elle mit admirablement à profit ses leçons et ses exemples. Dés son entrée dans la carrière, et à peine âgée de vingt ans, elle montrait la sagesse de l'âge mûr, elle était déjà ancienne dans la

vertu. Ravie de ses progrés, sainte Térèse avait coutume de dire : Marie de Saint- Jérôme est une mine féconde, d'où sortent chaque jour des trésors de vertu et de bonnes œuvres.

En 1565, Marie de Saint-Jérôme fit profession entre les mains de sainte Térèse; ce fut le plus beau jour de sa vi.». En donnant pour jamais son cœur à Jésus-Christ, elle voulut encore lui faire hommage de tous ses biens, en les donnant à ce monastère de Saint-Joseph que le divin Maître appelait te paradis de ses délices. La sainte fondatrice découvrant une si rare capacité et des vertus si émineules dans la jeune professe, lui contia l'éducation des novices, et peu de temps après» la charge de sous-prieure. Quand elle partit pour la fondation du monastère de Medina del Campo, elle la mit en sa place pour gouverner celui de Saint-Joseph. Cet ordre de l'obéissance fut pour elle, dit la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, un des plus terribles qu'elle ait reçus dans toute sa vie. Biais cette sagesse qui s'éclairait dans une constante et intime union avec son Dieu, cette tendre et puissante charité qui débordait de son cœur, emportèrent en peu de temps tous les suffrages; et Ton vit combien le choix de sainte Térèse était juste.

La sainte fondatrice, forcée de sabsenter souvent dWvila pour aller établir de nouveaux monastères, crut devoir se décharger du gouvernement de Saint-Joseph, et faire élire une prieure : toutes les religieuses donnèrent leur voix à Marie de Saint-Jérôme. Ce fut donc elle qui la premièi e, après sainte Térèse, exerça la charge de prieure dans le monastère de Saint-Joseph d'Avila : élue à trois dilférentes reprises, elle le gouverna près de dix ans. Elle fut placée pendant trois ans à la tète du monastère de Madrid; elle resta le même temps dans celui deOcagna, dont elle fut la fondatrice. Durant cet intervalle, elle eut avec elle la vénérable mère Anne de Saint-Barthélemy. Enfin, de retour à Avila, elle fut reçue avec transport par les religieuses, qui croyaient revoir en elle la sainte fondatrice. •

Je laisse ici la vénérable mère Anne de Saint-Barlhélemy nous résumer une vie si belle et si pure. « La grâce dont Dieu remplit l'âme de Marie de Saint-Jérôme en rappelant à la religion, n'a jamais cessé de croître depuis ce moment. Le divin Maître a clairement fait voir que Marie de SaintJérôme est son amie, et une des âmes où il prend ses délices. Dès qu'elle entra à Saint-Joseph, elle fut très-exacte observatrice de la règle, d'une obéissance accomplie, enfin, un miroir de perfection. »

Tel est le saint témoignage rendu par la vénérable mère Anne de Barthélémy à Marie de Saint-Jérôme. Cette héroïque fille de sainte Térèse sembla se surpasser elle-même à ses derniers moments. Dans l'ardeur de son amour pour Jésus-Christ, elle avait constamment désiré de donner sa vie pour lui, à l'exemple des martyrs. Le divin Maître exauçant en quelque

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