Histoire de la guerre du Péloponnèse (page 22)

Thucydide · Histoire

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres complètes de Thucydide (Buchon) · 24 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XVI. Cependant Strombichide arrive à Samos avec ses huit vaisseaux, en joint un de cette île à sa flottille, se porte à Téos, et engage les habitans à se tenir en repos ; mais Chalcidée, fort de vingt-trois voiles, vint de Chio à Téos : l’armée de terre de Clazomènes et d’Érythres le soutenait. Strombichide partit d’avance, instruit de son approche ; et voyant en haute mer la supériorité de la flotte ennemie, il prit la fuite vers Samos. Les ennemis le poursuivirent. Les habitans de Téos ne reçurent pas d’abord l’armée de terre ; mais quand les Athéniens eurent pris la fuite, ils lui ouvrirent les portes. La plupart restèrent dans l’inaction, attendant le retour de Chalcidée ; mais comme il tardait à paraître, ils rasèrent le mur que les Athéniens avaient élevé du côté que la ville de Téos regarde le continent. Ils furent aidés dans ce travail par l’arrivée d’un petit nombre de Barbares que commandait Tagès, lieutenant de Tissapherne.

XVII. Chalcidée et Alcibiade, ayant poursuivi

Strombichide jusqu’à Samos, armèrent les équipages des vaisseaux du Péloponnèse et les laissèrent à Chio. Ils y substituèrent des matelots de cette île, équipèrent encore vingt autres bâtimens, et cinglèrent vers Milet pour y opérer une rébellion. Alcibiade était ami des principaux de cette république. Il voulait, avant l’arrivée des vaisseaux du Péloponnèse, les attirer au parti de Chio, au sien, à celui de Chalcidée ; il voulait remplir la promesse qu’il avait faite à Endius, quand cet éphore l’avait envoyé, de soulever un grand nombre de villes avec les seules forces de Chio et de Chalcidée, et de lui procurer l’honneur de ce succès. Ils firent secrètement la plus grande partie de leur traversée, prévinrent de peu de temps Strombichide et Thrasyclès qui revenait d’Athènes pour se mettre à leur poursuite avec douze vaisseaux, et firent soulever Milet. Les Athéniens arrivèrent aussitôt avec dix-neuf bâtimens ; mais on ne les reçut pas, et ils prirent terre à Ladé, île adjacente.

La révolte de Milet venait de se déclarer, quand le roi, par l’entremise de Tissapherne et de Chalcidée, conclut, pour la première fois, une alliance avec les Lacédémoniens dans les termes suivans :

XVIII. « Voici à quelles conditions les Lacédémoniens et leurs alliés ont conclu une alliance avec le roi et avec Tissapherne.

« Toutes les contrées et les villes qui sont en la puissance du roi ou qui ont appartenu à ses pères, resteront sous sa domination.

« Le roi, les Lacédémoniens et leurs alliés empêcheront en commun que les Athéniens ne reçoivent rien de ces villes d’où ils tirent des revenus, ou quelque autre chose que ce soit.

« Le roi, les Lacédémoniens et leurs alliés feront en commun la guerre aux Athéniens. Il ne sera permis au roi, ni aux Lacédémoniens, ni aux alliés de faire la paix avec les Athéniens, sans l’aveu des deux parties contractantes.

« Si quelques sujets du roi se révoltent contre lui, ils seront ennemis des Lacédémoniens et des alliés.

« Si quelques sujets des Lacédémoniens et de leurs alliés se soulèvent contre eux, ils seront ennemis du roi. »

XIX. Telle fut la teneur du traité. Aussitôt après, les habitans de Chio équipèrent dix autres bâtimens et firent voile pour Anæa, dans le dessein de s’informer de ce qui s’était passé à Milet, et de soulever en même temps les villes ; mais un message de Chalcidée leur porta l’ordre de revenir, parce qu’Amorgès allait arriver par terre avec une armée. Ils cinglèrent vers le temple de Jupiter, et reconnurent de là seize voiles qu’amenait Diomédon ; elles étaient parties après celles que commandait Thrasyclès. Dès qu'ils les aperçurent, ils prirent la fuite, un des vaisseaux vers Éphèse et les autres vers Téos. Les Athéniens en prirent quatre, mais ils étaient vides ; les hommes avaient eu le temps de se sauver à terre : le reste gagna Téos. Les Athéniens se rendirent à Samos. Les habitans de Chio mirent au large avec le reste de leur flotte ; leur infanterie les suivait. Ils firent soulever Lébédos et Ères. Tous revinrent ensuite, infanterie et vaisseaux.

XX. Cependant les vingt bâtimens du Péloponnèse, qui étaient au Pirée, ceux mêmes que les Athéniens avaient poursuivis et qu’ils tenaient en échec avec un nombre égal de voiles, firent une attaque soudaine, remportèrent la victoire, et prirent quatre vaisseaux. Ils se rendirent à Cenchrées, et se disposèrent à partir pour Chio et pour l’Ionie. Astyochus arriva de Lacédémone pour en prendre le commandement : celui de toute la flotte lui était confié. Les troupes de terre étant sorties de Téos, Tissapherne y vint lui-même, avec une armée, démolir ce qui pouvait rester des fortifications construites par les Athéniens, et s’en retourna. Bientôt après son départ, arriva Diomédon avec dix vaisseaux d’Athènes. Il traita avec les habitans, et obtint qu’ils voulussent bien aussi le recevoir. Il alla faire une attaque à Éres, ne put s’en rendre maîtres, et s’en retira.

XXI. Vers le même temps, la faction populaire de Samos, de concert avec des Athéniens qui étaient arrivés sur trois vaisseaux, se souleva contre les riches. Elle en fit mourir deux cents, et en condamna quatre cents à l’exil. Elle se distribua les maisons et les terres des proscrits, et reçut, par un décret d’Athènes, en qualité d’alliés fidèles, le droit de vivre à l’avenir sous ses propres lois. Elle prit en mains l’administration de la république, n’eut aucun commerce avec les riches qui habitaient les campagnes, ne leur donna pas ses filles eu mariage, et ne prit pas chez eux des épouses.

XXII. Après ces événemens, et dans le même été, les habitans de Chio, conservant toute l’ardeur que d’abord ils avaient fait paraître, se montraient aux villes ; et sans l’assistance des Péloponnésiens, ils les faisaient soulever. Comme dans les dangers qu’ils provoquaient ils voulaient avoir le plus de compagnons qu’il serait possible, ils allèrent seuls, avec treize vaisseaux, faire la guerre à Lesbos. C’était le second endroit où les Lacédémoniens avaient donné ordre de se porter. De là ils se passèrent dans l’Hellespont. En même temps, ce qui se trouvait d’infanterie du Péloponnèse et des autres alliés de la contrée, se rendirent à Clazomènes et à Cume. Évalas de Sparte avait le commandement de ces troupes, et Diniadas, sujet de Lacédémone, celui de la flotte. Les vaisseaux arrivèrent d’abord à Méthymne, et ce fut la première ville qu’ils firent soulever.

XXIII. Le Lacédémonien Astyochus, général de la flotte, faisant voile de Cenchrées, se rendit à Chio suivant sa destination. Le surlendemain de son arrivée, prirent terre à Lesbos les vingt-cinq vaisseaux que commandaient Léon et Diomédon. Léon était parti le dernier d’Athènes avec un renfort de dix vaisseaux. Astyochus, le même jour, mit en mer sur le soir, et joignant à sa flotte un navire de Chio, il fit voile pour Lesbos, dans la vue d’y donner, s’il était possible, quelque secours. Il aborda à Pyrrha et le lendemain à Éresse. Là il sut que les Athéniens avaient pris d’emblée Mitylène. Comme on était loin de s’attendre à leur arrivée, ils étaient entrés dans le port, s’étaient emparés de la flotte de Chio ; et ayant fait une descente, ils avaient battu ce qui leur voulait résister, et s’étaient rendus maîtres de la ville. Voilà ce qu’Astyochus apprit des habitans d’Éresse et des navires de Chio qui arrivaient de Méthymne avec Eubule ; ils y avaient été laissés, mais ils avaient pris la fuite lors de la prise de Mitylène, et ils étaient avec Eubule au nombre de trois ; un quatrième était tombé entre les mains des Athéniens. Astyochus, à cette nouvelle, ne continua pas sa route vers Mitylène ; mais il fit soulever Éresse, arma les hoplites de sa flotte, leur donna pour commandant Étéonice, et les envoya par terre à Antysse et à Méthymne. Lui-même s’y rendit par mer avec les vaisseaux qu’il avait à ses ordres et les trois de Chio. Il comptait n’avoir qu’à se montrer pour donner du courage aux habitans de Méthymne, et les maintenir dans leur révolte ; mais comme tout lui fut contraire à Lesbos, il retira ses troupes, et reprit la route de Chio. L’armée de terre qui avait été embarquée, et qui devait aller dans l’Hellespont, revint et rentra dans les villes. On reçut ensuite à Chio six vaisseaux de la flotte du Péloponnèse qui était à Cenchrées.

Quant aux Athéniens ils apaisèrent la révolte de Lesbos, partirent de cette île, prirent Polychna, ce fort que les habitans de Clazomènes avaient élevé sur le continent, et les firent retourner dans leur île, excepté les chefs de la rébellion. Ces derniers se retirèrent à Daphnonte. Ainsi Clazomènes rentra sous la puissance d’Athènes.

XXIV. Le même été, les guerriers de cette république qui tenaient Milet en échec avec les vingt bâtimens qu’ils avaient à Ladé, firent une descente à Panorme, dans les campagnes de Milet, et tuèrent le général lacédémonien Chalcidée, qui vint au secours avec trop peu de monde. Le surlendemain, ils partirent après avoir dressé un trophée ; mais les Milésiens le renversèrent, comme élevé par des gens qui ne s’étaient pas rendus maîtres du pays.

D’un autre côté, Léon et Diomédon, avec la flotte athénienne de Lesbos, partirent des îles Œnusses qui sont devant Chio, de Sidusse et de Ptélée, forteresses qu’ils occupaient dans l’Érythrée, et de Lesbos ; ils allèrent infester Chio par mer. Ils avaient sur leurs bâtimens des hoplites enrôlés et obligés au service. Ils descendirent à Cardamyle, battirent à Bolysse ceux de Chio qui s’avancèrent contre eux, en tuèrent un grand nombre, et firent soulever les pays voisins. Ils remportèrent encore une autre victoire à Phanis, et une troisième à Leuconium. Les guerriers de Chio ne se montrèrent plus en campagne, et les vainqueurs ravagèrent ce pays si bien cultivé, et qui n’avait jamais souffert depuis la guerre des Mèdes. Car de tous les peuples que je connaisse, ceux de Chio sont les seuls, après les Lacédémonicns, qui aient uni la sagesse à la bonne fortune, et plus leur république devenait florissante, plus ils avaient le bon esprit de pourvoir à sa sûreté. On peut trouver que, dans la défection actuelle, ils n’avaient pas assez pris de mesures pour se mettre au-dessus de la crainte ; mais ils n’avaient osé cependant se livrer à l’insurrection qu’en partageant le péril avec un nombre respectable de braves alliés, et ils savaient que les Athéniens ne pouvaient eux-mêmes, après leur désastre de Sicile, nier que leurs affaires ne fussent dans un état déplorable. S’ils ont mal jugé des vicissitudes inattendues des choses humaines, ils ont partagé cette erreur avec beaucoup d’autres, qui croyaient que la puissance d’Athènes allait être bientôt renversée. Renfermés enfin du côté de la mer, et voyant leur pays dévasté, plusieurs résolurent de remettre leur ville aux Athéniens. Les principaux de la république furent instruits de ce projet, et se tinrent eux-mêmes en repos ; mais ils appelèrent d’Érythres Astyochus avec les quatre vaisseaux dont il disposait, et se consultèrent avec lui sur les moyens les plus doux d’apaiser le soulèvement, soit en se faisant donner des otages, soit en prenant quelque autre parti. Voilà quelle était la situation des habitans de Chio.

XXV. A la fin du même été, passèrent d’Athènes à Samos quinze cents hoplites d’Athènes, mille d’Argos (car les Athéniens avaient fourni l’armure complète à cinq cents Argiens de troupes légères), et mille des alliés. Ils partirent sur quarante-huit vaisseaux, dont plusieurs étaient destinés à porter des troupes. Phrynicus, Onomaclès et Scirônide les commandaient : ils descendirent à Milet et y campèrent. Les Milésiens firent une sortie ; eux-mêmes formaient le nombre de huit cents hoplites, et ils avaient les Péloponnésiens venus avec Chalcidée, les troupes auxiliaires de Tissapherne, et Tissapherne en personne avec sa cavalerie. Ils livrèrent bataille aux Athéniens et aux alliés. L’action fut entamée par l’aile où se trouvaient les Argiens. Ils s’avancèrent sans ordre, par mépris pour des Ioniens, qui ne devaient pas même les attendre, furent vaincus par les Milésiens, et ne perdirent guère moins de trois cents hommes. Les Athéniens, de leur côté, battirent d’abord les troupes du Péloponnèse, et repoussèrent ensuite les Barbares et tout le reste de la multitude. Ils n’eurent point affaire aux Milésiens. Ceux-ci, après avoir mis les Argiens en fuite, trouvèrent à leur retour que le reste de leur armée était battu, et rentrèrent dans la ville. Les Athéniens victorieux assirent leur camp sous les murs de la place. Des deux côtés, en cette bataille, ce furent les Ioniens qui eurent l’avantage sur les Doriens ; car les Athéniens battirent les Péloponnésiens qui leur étaient opposés, et les Milésiens défirent les troupes d’Argos. Les vainqueurs dressèrent un trophée, et se préparèrent à investir la place d’une muraille. Le terrain, qui était resserré comme un isthme, leur facilitait ce travail. Ils étaient persuadés que s’ils pouvaient réduire Milet, le reste se soumettrait aisément.

XXVI. Cependant, à la fin du jour, ils reçurent la nouvelle que la flotte de cinquante-cinq vaisseaux du Péloponnèse et de Sicile était sur le point de paraître. C’était Hermocrate de Syracuse qui avait surtout pressé les Siciliens de contribuer à détruire la puissance d’Athènes. Vingt vaisseaux étaient venus de Syracuse et deux de Sélinonte : ceux qu’on avait appareillés dans le Péloponnèse étaient prêts, et Théramène de Lacédémone avait reçu l’ordre de mener ces deux flottes à Astyochus. Elles relâchèrent d’abord à Êléum, île située devant Milet. Sur la nouvelle qu’elles y reçurent que les Athéniens étaient à Milet, elles gagnèrent d’abord le golfe Iasique, pour se mieux informer de ce qui se passait dans cette ville. Alcibiade arriva à cheval dans la campagne milésienne, à Tichiusse, où elles avaient pris leur campement après être entrées dans le golfe. Ce fut alors qu’elles apprirent les détails de l’action. Alcibiade s’y était trouvé et avait combattu avec les Milésiens et Tissapherne. Il exhorta les troupes, si elles ne voulaient pas ruiner entièrement les espérances de l’Ionie, à porter les plus prompts secours à Milet, et à ne pas voir d’un œil indifférent investir cette place d’une muraille.

XXVII. Elles allaient agir dès le point du jour ; mais Phrynicus, général des Athéniens, ayant appris de Léros l’arrivée de la flotte, et voyant ses collègues déterminés à l’attendre et à livrer un combat naval, déclara qu’il n’en ferait rien, et qu’il s’opposerait de tout son pouvoir à ce qu’eux-mêmes ou tout autre courussent ce hasard ; qu’on serait tout aussi bien maîtres de combattre quand on saurait avec certitude le nombre des vaisseaux ennemis, et ce qu’on en avait à leur opposer, et qu’on aurait équipé la flotte à loisir et comme elle devait l’être ; qu’il ne consentirait pas que, par une mauvaise honte, on allât se mettre follement en danger ; qu’il ne serait pas honteux aux Athéniens de céder en mer aux circonstances, mais qu’il le serait bien davantage d’éprouver une défaite, de quelque manière que ce pût être, et de ne pas livrer seulement la république au déshonneur, mais de la plonger dans le plus grand péril ; qu’après les malheurs qu’elle venait d’éprouver, il lui serait permis à peine d’engager volontairement la première une action, lors même qu’elle se trouverait en force, et quelle y serait contrainte par la nécessité ; comment donc, sans y être forcée, s’exposerait-elle à des dangers qui seraient de son choix ? Il ordonna de prendre au plus tôt les blessés, l’infanterie, tout le bagage qu’ils avaient apporté, de laisser le butin qu’ils avaient fait sur l’ennemi, pour ne pas surcharger les vaisseaux, et de cingler à Samos ; de là, après avoir rassemblé toute la flotte, on pourrait, si les circonstances étaient favorables, faire des courses sur les ennemis. Il fit goûter ce projet et le mit à exécution. La sagesse de Phrynicus se montra non-seulement dans cette occasion, mais encore dans la suite, et aussi bien dans toutes les affaires dont il eut le maniement que dans celle dont nous venons de parler. Ainsi, dès le soir, les Athéniens s’éloignèrent de Milet sans profiter de leur victoire. Les Argiens, chagrins de leur défaite, passèrent aussitôt de Samos dans leur pays.

XXVIII. Les Péloponnésiens, avant l’aurore, levèrent l’ancre de Tichiusse, allèrent à Milet et y passèrent un jour. Le lendemain, ils prirent avec eux les vaisseaux de Milet, qui avaient accompagné Chalcidée, et qu’avaient chassés les ennemis, et retournèrent à Tichiusse pour y prendre les effets qu’ils y avaient déposés. Ils étaient arrivés, quand Tissapherne s’y rendit avec ses troupes de terre. Il leur persuada de faire voile pour Iasos, où se tenait Amorgès, ennemi du roi. Leur attaque fut subite, et comme on était loin de les attendre, on crut que ce ne pouvait être qu’une flotte d’Athènes. Ils enlevèrent la place. Les Syracusains furent ceux qui méritèrent le plus d’éloges dans cette affaire. On prit vif Amorgès, ce bâtard de Pissusthènes, qui s’était révolté contre le roi. Les Péloponnésiens le livrèrent à Tissapherne, pour le conduire, s’il le voulait, au roi comme il en avait reçu l’ordre. Ils pillèrent Iasos, ville qui jouissait d’une ancienne opulence, et les soldats y firent un riche butin. Loin de faire aucun mal aux auxiliaires d’Amorgès, ils les prirent avec eux et les reçurent dans leurs rangs, parce que c’étaient, la plupart, des hommes du Péloponnèse. Ils abandonnèrent à Tissapherne la place et les prisonniers, tant esclaves qu’hommes de condition libre ; il les leur paya cent dariques par tête. Ils revinrent ensuite à Milet, firent passer par terre jusqu’à Érythres, avec les troupes auxiliaires d’Amorgès, Pédarile, fils de Léon, que les Lacédémoniens avaient envoyé pour commander à Chio, et laissèrent Philippe à Milet. L’été finit.

XXIX. L’hiver suivant, Tissapherne, après avoir établi une garde à Iasos, se rendit à Milet, et, suivant la promesse qu’il avait faite à Lacédémone, il donna, pour un mois de subside, une drachme attique à chaque soldat de tous les vaisseaux. Il voulait, pour le reste du temps, ne donner que trois oboles, jusqu’à ce qu’il eût consulté la volonté du roi ; ajoutant que, s’il en recevait l’ordre de ce prince, il donnerait la drachme entière. Hermocrate, le général syracusain, s’opposait à cet arrangement ; pour Théramène, qui n’était pas commandant de la flotte, et qui ne se trouvait de l’expédition que pour remettre les vaisseaux à Astyochus, il traitait mollement l’affaire de la solde. On convint cependant qu’il serait donné plus de trois oboles par tête, en comptant cinq vaisseaux de plus que n’en composait la flotte ; car Tissapherne paya pour cinquante cinq vaisseaux trois talens par mois, et pour ce qu’il pouvait y avoir de plus que ce nombre, il donnait une somme proportionnée.

XXX. Le même hiver, les Athéniens qui étaient à Samos reçurent de leur pays un renfort de trente-cinq vaisseaux, commandés par Charminus, Strombichide et Euctémon. Ils rassemblèrent tous ceux de Chio, et tous les autres qu’ils purent se procurer, et résolurent de bloquer Milet par mer, d’envoyer à Chio une armée de terre et une flotte, et de tirer ces entreprises au sort. Ce dessein fut exécuté. Strombichide, Onomaclès et Euctémon furent les commandans à qui échut l’affaire de Chio. Ils s’y portèrent avec trente vaisseaux, et embarquèrent, sur des bâtimens destinés au transport des troupes, une partie des mille hoplites qui avaient été à Milet. Les autres restèrent à Samos ; ils tenaient la mer avec soixante et quatorze vaisseaux, et faisaient des courses sur Milet.

XXXI. Astyochus, qui se trouvait alors à

Chio, s’y faisait remettre des otages de son choix dans la crainte d’une trahison ; mais il abandonna cette opération quand il apprit que la flotte aux ordres de Théramène allait arriver, et que les affaires des alliés se trouvaient en meilleur état. Il prit dix vaisseaux du Péloponnèse, et autant de Chio, et mit en mer. Il attaqua Ptéléon, ne put le prendre, et fît voile pour Clazomènes. Là, il donna ordre aux partisans d’Athènes de se transporter à Daphnonte et d’embrasser le parti de Lacédémone. Les mêmes ordres étaient donnés par Tamos, Hyparque d’Ionie. On n’obéit pas, et il attaqua la place qui n’était pas murée. Cependant il ne put la soumettre, et remit en mer par un gros temps. Lui-même relâcha à Phocée et à Cumes ; et le reste des vaisseaux, dans les îles voisines de Clazomènes, Marathuse, Pelé, Drimysse. Retenus huit jours dans ces îles par les vents contraires, ils détruisirent et consommèrent en partie ce que les habitans de Clazomènes y avaient déposé, embarquèrent le reste, et allèrent rejoindre Astyochus à Phocée et à Cumes.

XXXII. Ce fut là que ce commandant reçut des envoyés de Lesbos qui avaient intention de se soulever. Ils lui firent goûter leur projet : mais comme les Corinthiens et les autres alliés ne montraient que de la répugnance pour cette entreprise, parce qu’ils avaient eu déjà le désagrément d’y échouer, il mit en mer pour Chio. Sa flotte fut battue de la tempête, et ses vaisseaux dispersés y arrivèrent enfin de divers endroits. Pédarite y passa plus tard : il était sorti par terre de Milet, s’était arrêté à Érythres, et avait fait la traversée avec ses troupes. Il amenait aussi, des cinq vaisseaux de Chalcidée, un nombre d’environ cinq cents soldats, que ce général avait laissés avec leurs armes. Sur l’avis que quelques habitans de Lesbos songeaient à se soulever, Astyochus représenta à Pédarite et aux habitans de Chio qu’il fallait conduire une flotte à Lesbos et favoriser cette disposition ; que ce serait augmenter le nombre de leurs alliés, ou faire au moins du mal aux Athéniens, si l’on n’avait pas d’autres succès ; mais il ne fut pas écouté. Pédarite dit même qu’il ne lui re mettrait pas la flotte de Chio.

XXXIII. Astyochus prit cinq vaisseaux de Corinthe, un de Mégare, un d’Hermione, et ceux de la Laconie qu’il avait amenés, et partit pour Milet où il avait le commandement de la flotte, faisant aux habitans de Chio de fortes menaces, et protestant qu’il ne viendrait point à leur secours s’ils en avaient besoin. 11 relâcha à Coryce dans l’Érythrée et y campa. Les Athéniens, qui passaient de Samos à Chio avec leur armée, mirent aussi à l’ancre de l’autre côté d’un tertre qui séparait les deux flottes ennemies ; elles ne s’aperçurent pas l’une l’autre. Il reçut avis de Pédarite que les Érythriens prisonniers, relâchés par les Samiens pour tramer une trahison dans leur patrie, s’y rendaient à dessein d’exécuter ce complot. Il retourna aussitôt à Érythres, et sans cela, il allait tomber au milieu des Athéniens. Pédarite vint le joindre ; ils firent ensemble des recherches sur la prétendue conspiration, et ayant trouvé que ce n’était qu’un prétexte que ces hommes avaient pris pour se sauver de Samos, ils les déchargèrent d’accusation et partirent, Pédarite pour Chio, et Astyochus pour Milet, comme il en avait eu d’abord le dessein.

XXXIV. Cependant l’armée d’Athènes, sortie de Coryce sur la flotte, fit, en côtoyant Arginum, la rencontre de trois vaisseaux longs de Chio : elle ne les eut pas plus tôt aperçus, qu’elle se mit à leur poursuite. Une grande tempête s’éleva : les vaisseaux de Chio se réfugièrent avec peine dans le port. Quant à ceux des Athéniens, les trois qui s’étaient le plus avancés, se brisèrent et allèrent échouer près de la ville ; une partie des équipages fut prise, le reste égorgé ; les autres vaisseaux se sauvèrent dans un port qu’on appelle Phœniconte, et qui est au-dessous de Mimante. De là, ils passèrent à Lesbos, et travaillèrent à se retrancher.

XXXV. Hippocrate de Lacédémone passa le même hiver du Péloponnèse à Cnide, qui déjà s’était détaché du parti de Tissapherne. Il était parti, lui troisième, avec dix vaisseaux de Thurium qu’avait commandés Doriée, fils de Diagoras, avec deux autres généraux : il y avait aussi un vaisseau de Laconie, et un de Syracuse. Quand on apprit à Milet son expédition, on le pria de n’employer que la moitié de ses bâtimens à la garde de Cnide, et d’aller, avec ceux qui étaient autour de Triopium, protéger une flotte marchande qui venait de l’Égypte. Triopium est un promontoire de la Cnidie ; il est consacré à Apollon. Les Athéniens, informés de ces circonstances, partirent de Samos et prirent les six vaisseaux qui étaient de garde à Triopium : les hommes leur échappèrent. Ils cinglèrent ensuite à Cnide, donnèrent un assaut à la ville qui n’est pas murée, et peu s’en fallut qu’ils ne s’en rendissent maîtres. Ils en donnèrent un second le lendemain ; mais on avait employé la nuit à se mettre en meilleur état de défense, et les hommes échappés à Triopium s’étaient jetés dans la place. Les assiégeant firent moins de mal aux ennemis que la veille, ils se répandirent dans la campagne, la ravagèrent et retournèrent à Lesbos.

XXXVI. A la même époque, quand Astyochus vint trouver la flotte à Milet, les Péloponnésiens étaient encore bien munis de tout ce qu’exigeaient les besoins de l’armée. Le subside qui leur était accordé suffisait à leur solde ; il restait aux soldats de grandes richesses qu’ils avaient pillées à Iasos, et les Milésiens supportaient avec zèle le fardeau de la guerre. Cependant les Péloponnésiens trouvaient défectueux le premier traité fait entre Tissapherne et Chalcidée ; il leur semblait que ce n’était pas eux qui en tiraient le plus grand avantage. Ils en firent un autre qui fut dirigé par Théramène. En voici la teneur :

XXXVII. « Suivant l’accord fait entre les Lacédémoniens et les alliés d’une part, et le roi Darius, les enfans de ce prince, et Tissapherne de l’autre, il y aura paix et amitié entre eux aux conditions suivantes :

« Toutes les contrées et les villes qui appartiennent au roi, ou qui ont appartenu à son père ou à ses ancêtres, ne seront exposées à la guerre ni à aucun dommage de la part des Lacédémoniens ni des alliés des Lacédémoniens.

« Les Lacédémoniens ni les alliés des Lacédémoniens, ne pourront lever sur ces villes aucun tribut.

« Le roi Darius, ni ceux à qui ce roi commande, ne marcheront en guerre contre les Lacédémoniens ni les alliés des Lacédémoniens, et ne leur causeront aucun dommage.

« Si les Lacédémoniens et leurs alliés font quelque demande au roi ou le roi aux Lacédémoniens et à leurs alliés, et qu’ils parviennent à l’obtenir les uns des autres, ce qu’ils feront sera bien fait.

« Ils feront ensemble en commun la guerre aux Athéniens et à leurs alliés.

« S’ils concluent la paix, ce ne sera non plus qu’en commun.

« Toute armée qui pourra se trouver sur les terres du roi et qu’il aura mandée, sera payée aux frais du roi.

« Si quelqu’une des villes qui ont un traité avec le roi, marchait contre la domination de ce prince, les autres s’opposeraient à cette entreprise, et défendraient le roi de toute leur puissance.

« Si quelque ville de la domination du roi, ou soumise à son empire, marchait contre le territoire des Lacédémoniens ou contre celui des Lacédémoniens ou contre celui des alliés, le roi s’y opposerait et le défendrait de toute sa puissance. »

XXXVIII. Après cet accord, Théramène remit la flotte à Astyochus, monta sur un bâtiment léger et on ne le revit plus. Déjà les Athéniens étaient passés de Lesbos à Chio avec leur armée : ils furent maîtres de la terre et de la mer, et se mirent à fortifier Delphinium : c’est un lieu fort du côté de la terre ; il a des ports, et n’est pas fort éloigné de Chio. Les citoyens de cette république, consternés des revers multipliés de leurs armes, ne jouissant pas même de la concorde intérieure, affaiblis par la mort de ceux que Pédarite avait fait périr avec Tydée, fils d’Ion, comme favorables aux Athéniens, d’ailleurs à peine contenus dans le devoir, et tous livrés les uns contre les autres à des défiances réciproques, restèrent dans l’inaction. Eux-mêmes, par la situation où ils se trouvaient, n’étaient pas en état de combattre, et les troupes auxiliaires que commandait Pédarite ne leur semblaient pas l’être davantage. Ils envoyèrent cependant à Milet inviter Astyochus de venir à leur secours ; mais il ne fit aucune attention à cette prière, et Pédarite fit passer à Lacédémone des plaintes de sa conduite. Telle était la position des Athéniens à Chio. Leur flotte de Samos alla en course contre les vaisseaux de Milet ; ceux-ci ne s’avancèrent pas à sa rencontre, elle se retira et demeura tranquille à Samos.

XXXIX. Les Lacédémoniens, à la sollicitation de Caligite de Mégare, et de Timagoras de Cyzique, avaient appareillé une flotte qu’ils destinaient à Pharnabaze : elle sortit ce même hiver du Péloponnèse, forte de vingt-sept voiles, et prit, vers le solstice, la route d’Ionie. Antisthène de Sparte la commandait. Onze Spartiates furent dépêchés par cette occasion pour aller servir de conseil à Astyochus. L’un d’eux était Lichas, fils d’Arcésilas. Ils avaient ordre, à leur arrivée à Milet, de travailler en commun à mettre toutes les affaires dans le meilleur état ; d’envoyer, s’ils le jugeaient à propos, à Pharnabaze, dans l’Hellespont, ou cette même flotte qu’ils montaient, ou un nombre plus ou moins grand de vaisseaux, et de mettre à la tête de cette expédition Cléarque, fils de Rhamphias, qui partait avec eux. Comme les lettres de Pédarite avaient rendu suspect Astyochus, les onze avaient le pouvoir de lui ôter, s’il leur semblait bon, le commandement de la flotte, et de le donner à Antisthène. Ce fut de Malée que ces vaisseaux prirent le large ; ils abordèrent à Mélos, y rencontrèrent dix vaisseaux d’Athènes, en prirent trois vides et les brûlèrent. Mais craignant ensuite (ce qui arriva) que ceux de ces vaisseaux qui s’étaient échappés ne donnassent à Samos avis de leur navigation, ils cinglèrent vers la Crète, prenant le plus long pour avoir moins à craindre, et abordèrent à Caune, en Asie. De là, se croyant en sûreté, ils mandèrent la flotte de Milet pour venir leur faire escorte.

XL. Dans ces conjonctures, les habitans de

Chio et Pédarite, sans se rebuter des délais d’Astyochus, le firent prier par des messages de venir, avec toute sa flotte, au secours de leur ville assiégée, et de ne pas voir avec indifférence la plus importante des républiques alliées qui fussent en Ionie, privée de l’usage de la mer, et infestée sur terre par le brigandage. Elle avait un grand nombre d’esclaves, et plus même que toute autre, excepté Lacédémone ; comme leur multitude pouvait être redoutable, on châtiait leurs fautes avec une grande sévérité. Aussi, dès que l’armée des Athéniens leur parut être solidement retranchée, se mirent-ils à déserter en foule, et à chercher au milieu d’eux un asile. Comme ils connaissaient bien le pays, personne n’y fit autant de mal. Les citoyens, pendant qu’on avait encore l’espérance et le pouvoir de s’opposer aux assiégeans, que ceux-ci travaillaient encore aux fortifications de Delphinium, et qu’elles n’étaient pas terminées, disaient qu’il fallait venir à leur secours, et investir les ennemis avec une flotte et une armée de terre, en formant une enceinte plus étendue que celle qu’ils occupaient. Quoique les vues d’Astyochus eussent été d’abord différentes, et qu’il eût eu dessein d’accomplir ses menaces, quand il vit les alliés eux-mêmes remplis de zèle pour leur défense, il se disposa de son côté à les secourir.

XLI. Mais il reçut avis de Caune que les Lacédémoniens qui lui étaient donnés pour conseils, y étaient arrivés avec les vingt-sept vaisseaux. Il crut que tout devait céder à l’obligation d’escorter une flotte de cette importance, pour lui mieux assurer l’empire de la mer, et de mettre au-dessus du hasard la traversée des hommes qui venaient éclairer sa conduite. Il renonça donc à son voyage de Chio et fit voile pour Caune. Tout en faisant route, il descendit à Cos, dans la Méropide, et rasa la ville qui n’était pas murée : elle avait été ruinée par un tremblement de terre, le plus grand dont nous ayons conservé le souvenir. Les hommes s’étaient réfugiés sur les montagnes. Il fit des courses dans la campagne et enleva tout, excepté les personnes de condition libre qu’il relâcha. De Cos, il arriva de nuit à Cnide, et fut obligé, par les avis des habitans, de ne pas mettre à terre les équipages, et de voguer droit aux vingt bâtimens d’Athènes que commandait Charminus. C’était l’un des généraux de Samos, et il épiait ces mêmes vaisseaux du Péloponnèse au devant desquels allait Astyochus. La nouvelle de leur expédition était venue de Milet à Samos, et Charminus croisait aux environs de Symé, de Chalcé, de Rhodes et de Lycie ; car déjà il avait appris qu’elle était à Caune.

XLII. Astyochus cingla donc aussitôt vers

Symé, avant qu’on pût entendre parler de lui, pour tâcher d’intercepter la flotte en haute mer. Mais il survint de la pluie, un temps couvert ; le désordre se mit dans la flotte, elle s’égara dans les ténèbres, et au lever de l’aurore, elle était dispersée. L’aile gauche fut aperçue des Athéniens, tandis que l’autre errait autour de l’île. Charminus et ses gens, avec moins de vingt vaisseaux, se portèrent aussitôt sur ces navires qu’ils regardèrent comme ces mêmes vaisseaux de Caune qu’ils guettaient. Ils attaquent à l’instant, en coulent trois à fond, en mettent d’autres hors de combat, en un mot ils étaient vainqueurs, quand parut inopinément la plus grande partie de la flotte. Entourés de toutes parts, ils prirent la fuite, perdirent six vaisseaux, et se réfugièrent, avec le reste, dans l’île de Teutlusse, d’où ils gagnèrent Halicarnasse. Les Péloponnésiens, qui avaient relâché à Cnide, se joignirent aux vingt-sept vaisseaux de Caune, ne formèrent plus qu’une seule flotte, et après avoir dressé un trophée à Symé, rentrèrent dans le port de Cnide.

XLIII. Les Athéniens, à la nouvelle de ce combat naval, allèrent à Symé avec toute leur flotte ; mais ils n’attaquèrent pas celle de Cnide et n’en furent pas attaqués. Ils prirent à Symé tous les agrès des vaisseaux, insultèrent Lorymes sur le continent et retournèrent à Samos. On radoubait à Cnide tous les vaisseaux qui avaient besoin de quelque réparation. Tissapherne y était, et les onze Lacédémoniens eurent avec lui des conférences sur ce qui s’était passé, lui faisant des plaintes sur ce qui ne leur plaisait pas, et cherchant les moyens de bien faire la guerre qu’on allait soutenir, et d’en diriger les opérations au plus grand avantage des deux puissances. Lichas s’attachait surtout à examiner ce qui s’était fait, et trouvait les deux traités vicieux, même celui de Théramène. Il ne pouvait souffrir que le roi prétendit conserver désormais les pays qu’avaient autrefois possédés son père ou ses ancêtres. Il lui serait donc permis de tenir dans l’esclavage toutes les îles, la Thessalie, Locres et jusqu’à la Bœotie ; et les Lacédémoniens, au lieu de délivrer la Grèce, la mettraient tout entière sous la domination des Mèdes. Il voulait qu’on fît un nouvel accord mieux conçu, ou qu’on regardât comme nuls ceux qui avaient été faits, et qu’on ne reçût pas le subside à de telles conditions. Tissapherne fut indigné. Il se retira de colère, sans avoir rien conclu.

XLIV. Les Lacédémoniens résolurent d’aller à

Rhodes, où les principaux de la république les faisaient appeler par l’organe d’un héraut. Ils comptaient unir à leur parti cette île puissante, riche en troupes de terre et de mer, et se croyaient, au moyen de cette alliance, en état d’entretenir leur flotte, sans demander des subsides à Tissapherne. Ils mirent donc à la voile de Cnide cet hiver même, et abordèrent avec quatre-vingt-quatorze vaisseaux à Camire, la première place des Rhodiens. Bien des gens, ne sachant rien de ce qui se passait, furent effrayés et prirent la fuite, d’autant plus épouvantés que c’était une ville ouverte. Les Lacédémoniens convoquèrent les habitans, et ceux de deux autres villes rhodiennes, Linde et Iélyse, et leur persuadèrent d’abjurer l’alliance d’Athènes. Rhodes embrassa la cause des Lacédémoniens. Les Athéniens, instruits de ce qui se passait, mirent à la voile de Samos, dans l’intention de prévenir leurs ennemis, et parurent au large. Mais ils arrivèrent un peu trop tard, se retirèrent aussitôt à Chalcé, et de là à Samos. Ensuite ils se mirent en course de Chalcé, de Cos et de Samos, et firent la guerre aux Rhodiens. Les Péloponnésiens levèrent sur cette république une contribution de trente talens, tirèrent à sec leur flotte, et restèrent quatre-vingts jours en repos.

XLV. Voici ce qui se passait dans ces circonstances, et même avant qu’ils allassent à Rhodes. Alcibiade, après la mort de Chalcidée et la bataille de Milet, devint suspect aux Péloponnésiens ; Astyochus reçut de leur part une lettre, écrite de Lacédémone, qui lui mandait de le faire mourir. Alcibiade était ennemi d’Agis, et l’on voyait bien d’ailleurs que ce n’était pas un homme sûr. Il eut des craintes et se retira près de Tissapherne. Il ne négligea rien dans la suite pour faire, auprès de ce satrape, tout le mal qu’il put aux Péloponnésiens. Tout allait par ses conseils. Il fit réduire leur solde à trois oboles, au lieu d’une drachme attique ; encore n’était-elle pas toujours payée. Il donna l’idée à Tissapherne de leur représenter que long-temps avant eux les Athéniens étaient savans dans la marine, et ne donnaient que trois oboles à leurs équipages ; que c’était moins par pauvreté que pour empêcher leurs matelots de devenir insolens par trop d’aisance, et dans la crainte que les uns ne se rendissent moins propres au service, en dépensant leur argent à des plaisirs qui énervent le corps, et que d’autres ne négligeassent les vaisseaux, en laissant pour gage de leurs personnes le décompte qui leur reviendrait. Il lui apprit à gagner par argent les triérarques et les généraux des villes, pour les engager à le laisser faire. Ceux de Syracuse n’eurent point de part à ces générosités : Hermocrate, leur général, s’y opposa seul pour tous les alliés. Lui-même gourmandait les villes qui demandaient de l’argent, et leur disait, au nom de Tissapherne, que les habitans de Chio n’avaient point de pudeur, eux, les plus riches de tous les Grecs, et qui ne devaient leur salut qu’aux secours qui leur étaient accordés, de demander que d’autres risquassent leur vie et leurs biens pour leur liberté : il s’élevait contre l’injustice des autres villes, si elles ne voulaient pas donner pour elles-mêmes, autant et plus qu’elles avaient dépensé pour les Athéniens, avant leur défection. Il ajoutait que Tissapherne avait raison de viser à l’épargne, lui qui faisait alors la guerre à ses frais ; mais que, s’il recevait un jour du roi le subside, il leur paierait la solde en entier, et accorderait aux villes les soulagemens qu’elles auraient droit d’espérer.

XLVI. Alcibiade remontrait aussi à Tissapherne qu’il devait ne pas trop se hâter de mettre fin à la guerre, et ne pas donner au même peuple l’empire de la terre et de la mer, soit en amenant la flotte de Phœnicie qu’il faisait lentement appareiller, soit en prenant des troupes plus nombreuses à sa solde ; mais qu’il fallait laisser la puissance partagée entre les deux nations rivales, et conserver au roi le moyen d’exciter l’une d’elles contre l’autre qui voudrait le chagriner : que si la supériorité par terre et par mer était réunie sur un même peuple, il ne saurait à qui avoir recours pour réprimer cette domination nouvelle, à moins qu’il ne voulût la combattre lui-même à grand frais, et non sans danger. Il représentait que les risques les plus légers étaient ceux qui coûtaient le moins, et qu’il pouvait, en pleine sûreté, ruiner les Grecs par le moyen des Grecs ; qu’il lui serait plus avantageux de faire part de sa puissance aux Athéniens ; que leur ambition se portait moins du côté du continent ; que leurs vues dans la guerre, et leur manière de la conduire, s’accordaient mieux avec ses intérêts, puisqu’ils réduiraient sous leur propre domination les pays maritimes, et sous celle du roi les Grecs qui habitent son empire, au lieu que les Lacédémoniens ne portaient les armes que pour rendre aux Grecs la liberté : qu’il n’était pas à supposer qu’ils délivrassent à présent les Grecs du joug des Athéniens qui étaient Grecs, et qu’ils ne les délivrassent pas de celui des Perses qui étaient étrangers, si ceux-ci ne parvenaient pas un jour à les renverser eux-mêmes. Il l’invitait donc à miner les deux peuples rivaux l’un par l’autre ; et quand il aurait bien entamé la puissance des Athéniens, il lui conseillait d’éloigner les Péloponnésiens de sa province.

Telles étaient aussi, en grande partie, les vues de Tissapherne, autant qu’on en pouvait juger par sa conduite. Il donna donc à Alcibiade toute sa confiance, charmé de la bonté de ses conseils, pourvut fort mal à la subsistance des Péloponnésiens, et sut les empêcher de combattre sur mer. Il leur disait que la flotte phénicienne ne tarderait pas à venir, et qu’alors ils auraient dans les combats une supériorité décidée. Il ruina leurs affaires, détruisit la force de leur marine, qui était devenue très puissante, et agit d’ailleurs trop ouvertement pour qu’ils pussent ne pas reconnaître sa mauvaise volonté.

XLVII. Tels étaient les conseils que donnait

Alcibiade à Tissapherne et au roi quand il était auprès d’eux, croyant qu’il ne pouvait en donner de meilleurs. Il travaillait en même temps à son retour dans sa patrie, certain que, s’il ne la détruisait pas, il ne tiendrait qu’à lui de persuader un jour aux Athéniens de le rappeler, et il croyait que le meilleur moyen de les y déterminer, c’était de leur faire voir qu’il était l’ami de Tissapherne. C’est ce qui arriva. Les guerriers athéniens de Samos, apprenant qu’il jouissait d’un grand crédit auprès de ce satrape, s’empressèrent de ruiner l’état populaire. Ces dispositions venaient en partie des paroles qu’il faisait porter aux triérarques et aux plus puissans d’entre eux, les priant de faire entendre aux plus honnêtes gens de la république que, s’il voulait rentrer dans son pays, c’était pour y établir l’autorité du petit nombre, et non pour y soutenir le pouvoir des méchans, ni celle du peuple qui l’avait chassé : il leur faisait assurer que son dessein était de leur concilier l’amitié de Tissapherne et de partager avec eux le fardeau des affaires ; mais ce qui les déterminait surtout, c’est qu’ils avaient d’avance les mêmes vues.

XLVIII. D’abord ce projet se débattit dans l’armée, d’où il passa dans la ville. Quelques personnes allèrent de Samos conférer avec Alcibiade. Il protesta qu’il leur concilierait d’abord l’amitié de Tissapherne, et du roi, s’ils voulaient renoncer au gouvernement populaire ; car c’était le grand moyen de gagner la confiance du prince. Les citoyens les plus considérables, et c’était ceux qui avaient le plus à souffrir, conçurent de grandes espérances de prendre le maniement des affaires, et de l’emporter sur les ennemis. De retour à Samos, ils firent entrer dans leur conjuration les hommes qu’ils regardaient comme les plus disposés à la servir, et déclarèrent ouvertement au gros de l’armée qu’ils auraient le roi pour ami, et qu’il leur fournirait de l’argent, pourvu qu’Acibiade rentrât dans son pays, et qu’on ne restât pas sous l’état populaire. Quoique la multitude ne vît pas sans chagrin ce qui se passait, elle resta tranquille, dans l’espérance que le roi lui paierait un subside.

Après avoir fait au peuple cette confidence, ceux qui voulaient établir l’oligarchie examinèrent entre eux de nouveau, et avec le plus grand nombre de leurs amis, les desseins d’Alcibiade. Ils leur semblaient à tous d’une exécution facile, et ils croyaient pouvoir y prendre confiance. Il n’y avait que Phrynicus, alors général, à qui tout cela déplaisait. Il croyait, et c’était la vérité, qu’Alcibiade ne voulait pas plus de l’oligarchie que de la démocratie, et qu’il n’avait d’autre vue, en changeant la constitution de l’état, que de tirer parti des circonstances, pour se faire rappeler par ses amis. On devait, suivant lui, prendre garde surtout à ne pas se livrer à la dissension pour l’amour du roi. Il représentait que les Lacédémoniens étaient devenus sur mer les égaux des Athéniens, qu’ils avaient des villes considérables sous la domination de ce prince, et qu’il était absurde d’imaginer qu’il se donnât de l’embarras en s’unissant aux Athéniens, dont il se défiait, tandis qu’il avait à sa disposition l’amitié des Péloponnésiens, dont il n’avait aucun sujet de se plaindre. A l’égard des villes alliées à qui l’on promettait l’oligarchie, quand les Athéniens eux-mêmes ne vivraient plus sous le gouvernement populaire, il se disait bien certain que celles qui s’étaient soulevées, n’en reviendraient pas davantage à leur alliance, et que celles qui s’y trouvaient encore, n’en seraient pas moins remuantes ; qu’elles ne préféreraient pas la servitude sous un état gouverné par l’oligarchie ou par la démocratie, à la liberté sous un état qui suivrait l’un ou l’autre régime ; qu’elles penseraient que ceux qu’on appelait les honnêtes gens ne leur donneraient pas moins d’affaires que le peuple, puisque c’étaient eux qui suscitaient le peuple au mal, et qui l’y servaient de guides pour en tirer eux-mêmes le profit ; qu’on ne gagnerait autre chose à cette révolution, que d’être mis à mort avec plus de violence, et sans forme de procès, au lien qu’on trouvait un refuge auprès du peuple qui tempérait la méchanceté des autres ; qu’il savait avec certitude que telle était la façon de penser des villes, et que c’étaient les faits eux-mêmes qui les avaient instruites ; qu’en un mot, il n’approuvait rien de ce que proposait Alcibiade ni de ce qui se passait.

XLIX. Ceux qui étaient du complot n’en persistèrent pas moins dans leurs premiers desseins ; ils reçurent les propositions qui leur étaient faites, et se disposèrent a envoyer à Athènes Pisander et quelques autres députés, pour y ménager le retour d’Alcibiade et la destruction de la démocratie, et pour rendre Tissapherne ami des Athéniens.

L. Phrynicus voyant qu’on allait parler du rappel d’Alcibiade, et que les Athéniens n’en rejetaient pas la proposition, craignit, après tout ce qu’il avait dit pour s’y opposer, que si en effet Alcibiade revenait, il ne le punît des obstacles qu’il aurait apportés à son retour. Pour se soustraire à ce danger, il envoya secrètement un exprès à Astyochus qui commandait la flotte de Lacédémone, et qui se trouvait encore aux environs de Mitylène ; il lui apprenait qu’Alcibiade travaillait à ruiner les affaires de Sparte, et à rendre Tissapherne ami d’Athènes ; il ne lui parlait pas moins ouvertement du reste des affaires, ajoutant qu’on devait lui pardonner, s’il cherchait à nuire à son ennemi, même au désavantage de la république.

Mais Astyochus, n’ayant plus, comme auparavant, rien à démêler avec Alcibiade, ne conservait pas contre lui de vindication. il va le trouver à Magnésie, où il était près de Tissapherne, leur raconte à tous deux ce qu’on lui a mandé de Samos, et se rend le dénonciateur de ce qu’on lui a communiqué. Par cette démarche, il cherchait, dit-on, pour son intérêt particulier, à s’attacher Tissapherne. Il mit encore en usage d’autres moyens pour y parvenir, tels que celui de n’agir que mollement pour faire payer aux troupes la solde entière. Aussitôt Alcibiade écrivit à Samos aux gens en place contre Phrynicus, leur apprenant ce que venait de faire ce général, et les priant de lui donner la mort. Phrynicus fut troublé, il sentit tout le danger où le mettait cette dénonciation, et écrivit une seconde fois à Astyochus : il se plaignait de ce que le secret avait été mal gardé sur ses premières confidences, ajoutant qu’il était prêt à livrer aux Pèloponnésiens, pour la mettre en pièces, toute l’armée qui était à Samos. Il entrait dans les détails, lui indiquant les moyens d’en venir à l’exécution contre une ville qui n’était pas murée. Il déclarait enfin qu’il ne croyait mériter aucun reproche, lorsqu’il se trouvait en danger pour l’amour des Lacédémoniens, de faire ce qu’il faisait, et même toute autre chose, plutôt que de périr la victime de ses plus cruels ennemis. Astyochus fit encore part de ce message à Alcibiade.

LI. Phrynicus, instruit de cette infidélité, et voyant bien qu’on recevrait incessamment, sur cette affaire, une dépêche d’Alcibiade, se hâta de la prévenir. Lui-même apprit aux soldats que les ennemis allaient venir attaquer le camp, profitant de ce que la place n’était pas murée, et de ce que la flotte ne pouvait se loger tout entière dans le port ; qu’il était bien informé de cette nouvelle, et qu’il fallait, dans la plus grande diligence, fortifier Samos, et se bien tenir sur ses gardes. Ce qu’il recommandait, il avait, en qualité de général, le pouvoir de l’exécuter. Les soldats se mirent à l’ouvrage, et par ce moyen, la place qui devait être fortifiée, le fut plus tôt qu’elle n’aurait pu l’être.

Bientôt après arrivèrent les dépêches d’Alcibiade : elles portaient que Phrynicus trahissait l’armée et qu’on allait être attaqué ; mais on jugea qu’il ne fallait pas le croire, et qu’informé d’avance de ce qui se passait chez les ennemis. il en jetait la complicité sur Phrynicus qu’il n’aimait pas. Cette dénonciation ne fit donc aucun tort à Phrynicus, et devint même un témoignage en sa faveur.

LII. Alcibiade parvint ensuite à manier si bien

Tissapherne, qu’il sut l’engager à se rendre l’ami des Athéniens. Ce satrape craignait les peuples du Péloponnèse, dont la flotte était plus nombreuse que celle d’Athènes. D’ailleurs, il ne demandait qu’à se laisser persuader par quelque moyen que ce pût être, surtout depuis qu’il avait connaissance des différends qui s’étaient élevés à Cnide, entre les Péloponnésiens, au sujet du traité fait avec Théramène. Ils avaient pris naissance dès le temps qu’ils étaient à Rhodes. Ce fut là que Lichas, en disant qu’on ne pouvait admettre que le roi dût rester maître des villes dont lui-même ou ses pères avaient eu la domination, confirma le mot que j’ai rapporté d’Alcibiade, que les Lacédémoniens voulaient rendre libres toutes les villes. Comme Alcibiade avait à lutter pour de grands intérêts, il s’attachait étroitement à Tissapherne, et n’épargnait rien pour gagner sa faveur.

LIII. Les députés envoyés de Samos avec Pysander arrivèrent à Athènes ; ils parlèrent dans l’assemblée du peuple, et se contentèrent de traiter bien des articles en substance ; mais ils appuyèrent fortement sur ce qu’il était au pouvoir des Athéniens, en rappelant Alcibiade, et renonçant au gouvernement populaire, d’obtenir l’alliance du roi, et de l’emporter sur les peuples du Péloponnèse. Bien des voix s’élevèrent en faveur de la démocratie. Les ennemis d’Alcibiade s’écriaient qu’il serait odieux de voir rentrer dans Athènes un infracteur des lois ; les eumolpides et les céryces attestaient les mystères profanés, cause de son exil, et imploraient la religion pour s’opposer à son retour. Pysander, sans se laisser intimider ni par les contradictions, ni par les complaintes, s’avance au milieu du peuple, fait approcher tous ceux qui le contredisent, et demande séparément à chacun d’eux sur quelle espérance ils comptent sauver la république, à moins qu’on ne parvienne à faire passer le roi dans leur parti, quand les Péloponnésiens n’ont pas moins qu’eux de vaisseaux en mer, quand ils ont un plus grand nombre de villes alliées, quand ils reçoivent de l’argent du roi et de Tissapherne, tandis qu’eux-mêmes n’en ont plus. Comme ceux qu’il interrogeait étaient forcés de répondre qu’ils n’avaient pas d’espérance : « Et nous n’en pourrons avoir, reprit-il hautement, qu’en mettant dans notre politique plus de modestie, qu’en donnant l’autorité a un petit nombre de citoyens pour inspirer au roi de la confiance, et en nous occupant moins, dans les circonstances actuelles, de la forme de notre gouvernement que de notre salut. Il nous sera permis de changer dans la suite, si quelque chose nous déplaît ; mais rappelons toujours Alcibiade, qui seul maintenant peut rétablir nos affaires.

LIV. Le peuple ne put entendre d’abord sans humeur parler de l’oligarchie ; mais comme Pysander montrait clairement qu’il n’était pas d’autre moyen de se sauver, il sentit de la crainte, conçut en même temps l’espérance que les choses pourraient changer, et céda. Il fut décrété que dix citoyens partiraient avec Pysander, et feraient pour le mieux dans ce qui concernait Alcibiade et Tissapherne. Sur les plaintes qu’il porta contre Phrynicus, on destitua celui-ci du commandement, ainsi que son collègue Scyronide, et l’on fit partir à leur place Diomédon et Léon. Pysander, jugeant que Phrynicus serait toujours contraire au retour d’Alcibiade, l’accusait d’avoir livré Iasos et Amorgès. Il fit des visites à tous les corps assermentés qui étaient chargés de la justice et de l’administration, leur conseilla de se concerter pour l’abolition de la démocratie, et ayant tout disposé de manière à ce qu’on n’éprouvât plus de longueurs dans les affaires, il mit en mer avec dix collègues pour aller trouver Tissapherne.

LV. Le même hiver, Léon et Diomédon joignirent la flotte des Athéniens, et firent voile pour Rhodes. Ils trouvèrent les vaisseaux du Péloponnèse tirés à sec, firent une descente, défirent les Rhodiens qui voulaient se défendre, et retournèrent à Chalcé. Ce fut de l’île de Cos que, dans la suite, ils firent le plus souvent la guerre, comme de l’endroit le plus commode pour épier si la flotte ennemie ne sortait pas de Rhodes pour se porter quelque part.

Xénophontidas, de Laconie, vint aussi de Chio à Rhodes, envoyé par Pédarite. Il annonça que les ouvrages des Athéniens étaient déjà terminés, et que c’en était fait de Chio, si on ne venait pas au secours avec toute la flotte. Il fut résolu de secourir cette île.

Cependant Pédarite, avec ce qu’il avait de troupes auxiliaires et avec les habitans de Chio, attaqua les retranchemens que les Athéniens avaient construits autour de la flotte, en enleva une partie, et se rendit maître de quelques vaisseaux qui avaient été mis à sec ; mais les Athéniens accoururent au secours. Les habitans de Chio prirent la fuite les premiers, le reste des troupes de Pédarite fut battu, lui-même fut tué ; il périt un grand nombre d’habitans de Chio, et bien des équipages de guerre devinrent la proie du vainqueur.

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