Conférences aux missionnaires (page 4)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Conférences aux missionnaires, éd. Coste, t. XI-XII · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

50 - Extrait d’entretien

SUR L'ESPRIT DE CONDESCENDANCE

Notre obéissance ne doit pas se borner seulement à ceux qui ont droit de nous commander, mais elle doit passer plus avant ; car nous nous garderons bien de manquer à l'obéissance qui est d'obligation, si, comme saint Pierre le recommande, nous nous soumettons à toute créature humaine pour l'amour de Dieu. Faisons-le donc, & considérons tous les autres comme nos supérieurs, & pour cela mettons-nous au-dessous d'eux, & plus bas même que les plus petits, & les prévenons par déférence, par condescendance & par toutes sortes de services. Oh ! que ce serait une belle chose s'il plaisait à Dieu nous bien établir dans cette pratique !

51. - Extrait d’entretien

SUR L'ESPRIT DE CONDESCENDANCE

Dans une communauté il faut que tous ceux qui la composent & qui en sont comme les membres usent de

1. Ecclésiastique IV, 7.

Entretien 50. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XIV, p. 233.

Entretien 51. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XIV, p. 233.

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condescendance les uns envers les autres ; & dans cette disposition, les savants doivent condescendre à l'infirmité des ignorants, aux choses où il n'y a point d'erreur & de péché ; les prudents & les sages doivent condescendre aux humbles & aux simples : non alta sapientes, sed humilibus consentiente 1. Et par cette même condescendance nous devons non seulement approuver les sentiments des autres dans les choses bonnes & indifférentes, mais même les préférer aux nôtres, croyant que les autres ont des lumières & qualités naturelles ou surnaturelles plus grandes & plus excellentes que nous. Mais il faut se donner bien de garde d'user de condescendance dans les choses mauvaises, parce que ce ne serait pas une vertu, mais un grand défaut, qui proviendrait ou du libertinage d'esprit, ou bien de quelque lâcheté & pusillanimité.

52. - Extrait d’entretien

SUR LA MORTIFICATION

Tenons ferme contre notre nature ; car, si nous lui donnons une fois pied sur nous, elle en prendra quatre. Et tenons pour assuré que la mesure de notre avancement en la vie spirituelle se doit prendre du progrès que nous faisons en la vertu de mortification, laquelle est particulièrement nécessaire à ceux qui doivent travailler pour le salut des âmes ; car c'est en vain que nous prêcherons la pénitence aux autres, si nous en sommes vides & s'il n'en paraît rien en nos actions & déportements.

53. - Extrait d’entretien

SUR LA MORTIFICATION

Malheur à celui qui cherche ses satisfactions ! Malheur à celui qui fuit les croix ! car il en trouvera de si pesantes qu'elles l'accableront. Celui qui fait peu d'état des mortifications extérieures, disant que les intérieures sont beaucoup plus parfaites, fait assez connaître qu'il n'est point mortifié, ni intérieurement, ni extérieurement.

54. - Extrait d’entretien

SUR LA SENSUALITE

La sensualité se trouve partout, & non seulement dans la recherche de l'estime du monde, des richesses & des plaisirs, mais aussi dans les dévotions, dans les actions les plus saintes, dans les livres, dans les images 1; en un mot, elle se fourre partout. O mon Sauveur, faites-nous la grâce de nous défaire de nous-mêmes ; faites, s'il vous plaît, que nous nous haïssions, afin de vous aimer plus parfaitement, vous qui êtes la source de toute vertu & perfection, & l'ennemi mortel de la sensualité ; donnez-nous cet esprit de mortification & la grâce de résister toujours à cet amour-propre, qui est la racine de toutes nos sensualités.

Entretien 53,— Abelly, op. cit., l. III, chap. XXIV, sect. I p. 342.

Entretien 54. — Abelly, op. cit., l. III, chap. XIX, p. 288.

1. Cf. infra 217-222 et X, 167-168.

÷. - Extrait d’entretien

(entre n° 54, p. 71, et n° 55, p. 72)

Abelly III, 342. Pas dans Entretiens, édition A. Dodin - B. Koch. samedi 25 oct. 97

Sur la mortification

Il ne bannissoit pas seulement de sa Compagnie la curiosité, mais il en voulait aussi exclure la sensualité. Malheur (disoit-il) à celuy qui cherche ses satisfactions. Malheur à celuy qui fuït les Croix; car il en trouvera de si pesantes qu'elles l'accableront. Celuy qui fait peu d'état des mortifications extérieures, disant que les intérieures sont beaucoup plus parfaites, fait assez connoistre qu'il n'est point mortifié, ny intérieurement ny extérieurement.

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55. - Extrait d’entretien

SUR L'UTILITE & LE BON USAGE DES MALADIES

Il faut avouer que l'état de la maladie est un état fâcheux, & presque insupportable à la nature ; & néanmoins c'est un des plus puissants moyens dont Dieu se sert pour nous remettre dans notre devoir, pour nous détacher des affections du péché & pour nous remplir de ses dons & de ses grâces. O Sauveur, qui avez tant souffert, & qui êtes mort pour nous racheter & pour nous montrer combien cet état de douleur pouvait glorifier Dieu & servir à notre sanctification, faites-nous, s'il vous plaît, connaître le grand bien & le grand trésor qui est caché sous cet état de maladie. C'est par là, Messieurs, que les âmes se purgent, & que celles qui n'ont point de vertu ont un moyen efficace d'en acquérir. On ne saurait trouver un état plus propre pour la pratiquer : c'est en la maladie que la foi s'exerce merveilleusement ; l'espérance y reluit avec éclat ; la résignation, l'amour de Dieu, & toutes les vertus y trouvent une ample matière de s'exercer. C'est là où l'on connaît ce que chacun porte & ce qu'il est ; c'est la jauge avec laquelle vous pouvez sonder & savoir le plus assurément quelle est la vertu d'un chacun, s'il en a beaucoup, si peu, ou point du tout. On ne remarque jamais mieux quel est l'homme que dans l'infirmerie. Voilà la plus sûre épreuve qu'on ait pour reconnaître les plus vertueux & ceux qui le sont moins ; ce qui nous fait voir combien il est important que nous soyons bien établis dans la manière de nous comporter comme il faut dans les maladies. Oh ! si nous savions faire comme un

Entretien 55.—Abelly, op. cit., l. III, chap. XXIII, p. 329.

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bon serviteur de Dieu, qui, étant dans son lit malade, en fit un trône de mérite & de gloire ! Il s'investit des saints mystères de notre religion. Au ciel du lit, il mit l'image de la très Sainte Trinité ; au chevet, celle de l'Incarnation ; d'un côté, la Circoncision ; d'un autre, le Saint Sacrement ; aux pieds, le Crucifiement. Et ainsi, de quelque côté qu'il se tournât, à droite ou à gauche, qu'il portât les yeux en haut ou en bas, il se trouvait toujours environné de ces divins mystères, & comme entouré & plein de Dieu. Belle lumière, Messieurs, belle lumière ! Si Dieu nous faisait cette grâce, que nous serions heureux ! Nous avons sujet de louer Dieu de ce que, par sa bonté & miséricorde, il y a dans la Compagnie des infirmes & des malades qui font de leurs langueurs & de leurs souffrances un théâtre de patience, où ils font paraître dans leur éclat toutes les vertus. Nous remercierons Dieu de nous avoir donné de telles personnes. J'ai déjà dit beaucoup de fois, & ne puis m'empêcher de le dire, que nous devons estimer que les personnes affligées de maladie dans la Compagnie sont la bénédiction de la même Compagnie.

[XII, 29] Considérons 1 que les infirmités & les afflictions viennent de la part de Dieu. La mort, la vie, la santé, la maladie, tout cela vient par l'ordre de sa Providence, &, de quelque manière que ce soit, toujours pour le bien & le salut de l'homme. […]

[XII, 30] Et cependant il y en a qui souffrent bien souvent avec beaucoup d'impatience leurs afflictions, & c'est une grande faute. D'autres se laissent aller au désir de changer de lieu, d'aller ici, d'aller là, en cette maison, en cette province, en son pays, sous prétexte que l'air y est meilleur. Et qu'est-ce que cela ? Ce sont gens attachés à eux-mêmes, esprits de fillettes, personnes qui ne veulent rien souffrir, […]

[XII, 31] comme si les infirmités corporelles étaient des maux qu'il faille fuir. Fuir l'état où il plaît à Dieu nous mettre, c'est fuir son

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1. Ce dernier paragraphe n’est qu’un assemblage de quelques phrases extraites de la fin de l’entretien du 28 juin 1658, en S. V. XII, 29-31, dont j’insère les pages entre crochets. Je n’ai pas eu le temps de compulser l’ensemble avec tous les tentretiens sur ce sujet - B. Koch, samedi 25 octobre 97.

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bonheur. Oui, la souffrance est un état de bonheur, & sanctifiant les âmes 1.

Extrait d’entretien

SUR LE ZELE

Qui dit un missionnaire, dit un homme appelé de Dieu pour sauver les âmes ; car notre fin est de travailler à leur salut, à l'imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le seul véritable Rédempteur & qui a parfaitement rempli ce nom aimable de Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Il est venu du ciel en terre pour en exercer l'office, il en a fait le sujet de sa vie & de sa mort, & il exerce incessamment cette qualité de Sauveur par la communication des mérites du sang qu'il a répandu. Pendant qu'il vivait sur la terre, il portait toutes ses pensées au salut des hommes, & il continue encore dans les mêmes sentiments, parce que c'est là qu'il trouve la volonté de son Père. Il est venu, & il vient tous les jours à nous pour cela, & par son exemple il nous a enseigné toutes les vertus convenables à la qualité de Sauveur. Donnons-nous donc à lui, afin qu'il continue d'exercer cette même qualité en nous & par nous.

57. - Extrait d’entretien (après 1648)

SUR LE ZELE

Voilà un beau champ que Dieu nous ouvre tant à Madagascar qu'aux îles Hébrides & ailleurs. Prions

1. "Ce qu'ajoute Abelly à la suite de ces mots appartient à la conférence du 28 juin 1658" - P. Coste - et même le paragraphe précédent - B. Koch.

Entretien 56.—Abelly, op, cit., L. III, chap. VIII, sect. II, p. 89.

Entretien 57.—Abelly, op. cit., L. III, chap. X, p. 101.

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Dieu qu'il embrase nos cœurs du désir de le servir ; donnons-nous à lui pour en faire ce qu'il lui plaira. Saint Vincent Ferrier s'encourageait en la vue qu'il devait venir des prêtres lesquels, par la ferveur de leur zèle, embraseraient toute la terre. Si nous ne méritons pas que Dieu nous fasse la grâce d'être ces prêtres-là, supplions-le qu'au moins il nous en fasse les images & les précurseurs ; mais, quoi qu'il en soit, tenons pour certain que nous ne serons point véritables chrétiens, jusqu'à ce que nous soyons prêts à tout perdre & à donner même notre vie pour l'amour & pour la gloire de Jésus-Christ, nous résolvant, avec le saint Apôtre, de choisir plutôt les tourments & la mort même, que d'être séparés de la charité de ce divin Sauveur.

Ici les Entretiens, par M. A. Dodin, insèrent

5 autres extraits d’Abelly.

Ils sont reportés à la fin du volume, p. 450-452.

pour ne pas changer la pagination.

58. - Extrait d’entretien

SUR LA FORCE DANS LES PERSECUTIONS

Après avoir fait à sa communauté le récit de quelque persécution arrivée aux missionnaires de Barbarie, M. Vincent ajoute :

Qui sait si Dieu n'a point envoyé cet accident pour éprouver notre fidélité ? Les marchands laissent-ils d'aller sur mer pour les dangers qu'ils courent, & les soldats à la guerre à cause des plaies & de la mort même à laquelle ils s'exposent ? & faut-il que nous laissions de faire notre office de secourir & de sauver les .âmes, pour les peines & pour les persécutions qui s'y rencontrent?

Entretien 58. - Abelly, op. cit., L. III, chap. X, p. 101.

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59 - Extrait d’entretien

SUR LA CHARITE

Chaque chose produit comme une espèce & image de soi-même, ainsi qu'on voit dans une glace de miroir, qui représente les objets tels qu'ils sont : un visage laid y paraît laid, & un beau y paraît beau. De même, les bonnes ou les mauvaises qualités se répandent au dehors ; & surtout la charité, qui est d'elle-même communicative, produit la charité ; & un cœur vraiment embrasé & animé de cette vertu fait ressentir son ardeur ; & tout ce qui est dans un homme charitable respire & pIêche la charité.

60 - Extrait d’entretien

"Les missionaires transis"

SUR LA CHARITE

Dans un entretien à sa communauté, M. Vincent dit que les missionnaires seraient bien heureux s'ils devenaient pauvres pour avoir exercé la charité envers les autres, mais qu'ils n'avaient pas à craindre de le devenir par cette voie, à moins de se défier de la bonté de Notre-Seigneur & de la vérité de sa parole.

Si néanmoins Dieu permettait qu'ils fussent réduits à la nécessité d'aller servir de vicaires dans les villages pour trouver de quoi vivre 1, ou bien même que quelques uns d'entre eux fussent obligés d'aller mendier leur pain, ou de coucher au coin d'une haie, tout déchirés & tout transis de froid 2, & qu'en cet état l'on vînt à demander à l'un d'eux : "Pauvre prêtre de la Mission, qui t'a réduit

Entretien 59. — Abelly, op. cit., L. III, chap. Xl, p. 109. -

Entretien 60. —Abelly, op. cit, L. III, chap. XI, p. 108. -

1. Voir des faits approchants, dans un village du diocèse d’évreux, ci-dessus p. 1 - B. K.

2. Saint Vincent avait ce désir, il l’écrit à un missionnaire, le 17 octobre 1654, V, 204 - B. K.

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à cette extrémité ? " quel bonheur, Messieurs, de pouvoir répondre : "C'est la charité !" Oh ! que ce pauvre prêtre serait estimé devant Dieu & devant les anges !

Ici encore, les Entretiens, par M. A. Dodin, insèrent

5 autres extraits d’Abelly sur la Charité.

Ils sont reportés à la fin du volume, p. 453 sq.

pour ne pas changer la pagination.

61. - Extrait d’entretien

SUR L'ESPRIT DE COMPASSION

Le Fils de Dieu, ne pouvant avoir des sentiments de compassion dans l'état de sa gloire, qu'il possède de toute éternité dans le ciel, a voulu se faire homme & se rendre notre Pontife, pour compatir à nos misères 1. Pour régner avec lui dans le ciel, nous devons compatir, comme lui, à ses membres qui sont sur la terre 2. Les missionnaires, par-dessus tous les autres prêtres, doivent être remplis de cet esprit de compassion, étant obligés, par leur état & par leur vocation, de servir les plus misérables, les plus abandonnés & les plus accablés de misères corporelles & spirituelles. Et premièrement, ils doivent être touchés au vif & affligés dans leurs cœurs des misères du prochain. Secondement, il faut que cette misère & compassion paraisse en leur extérieur & sur leur visage, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui pleura sur la ville de Jérusalem, à cause des calamités dont elle était menacée 3. Troisièmement, il faut employer des paroles compatissantes, qui fassent voir au prochain comme on entre dans les sentiments de ses intérêts & de ses souffrances. Enfin, il faut le secourir & assister, autant que l'on peut, dans ses nécessités & dans ses misères, & tâcher de l'en délivrer en tout ou en partie ; parce que la main doit être, autant que faire se peut, conforme au cœur.

Entretien 61. —Abelly, op. cit. L. III, chap. Xl, sect. II, p. 123.

62. - Extrait d’entretien

SUR L'OBEISSANCE AUX PUISSANCES CIVILES

Nous devons, mes frères, à l'exemple [des premiers chrétiens], rendre toujours une fidèle & simple obéissance aux rois, sans jamais nous plaindre d'eux, ni murmurer, pour quelque sujet que ce puisse être. Et quand bien il serait question de perdre nos biens & nos vies, donnons-les dans cet esprit d'obéissance, plutôt que de contrevenir à leurs volontés, quand la volonté de Dieu ne s'y oppose pas ; car les rois nous représentent sur la terre la puissance souveraine de Dieu 1.

62 bis. - Extrait d’entretien

Sur l’indifférence

Abelly III, 42. Entretiens, édition A. Dodin, p. 956

Mis à la fin, p. 454, faute de place ici.

63. - Extrait d’entretien

Sur la vertu de pauvreté

Vous devez savoir, Messieurs, que cette vertu de pauvreté est le fondement de cette congrégation de la Mission ; cette langue qui vous parle n'a jamais, par la grâce de Dieu, demandé chose aucune de toutes celles que la Compagnie possède maintenant ; & quand il ne tiendrait qu'à faire un pas, ou à prononcer une seule parole, pour faire que la même Compagnie s'établît dans les provinces & dans les grandes villes, & se multipliât en nombre & en emplois considérables, je ne la voudrais pas prononcer, & j'espère que Notre-Seigneur me ferait la grâce de ne la point dire. C'est la disposition en laquelle je suis, & de laisser faire la providence de Dieu.

Entretien 62. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XIV, p. 232.

1. Romains 13, 1.

Entretien 62 bis. - Abelly, op. cit., L. III, p. 42.

Entretien 63. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XVIII, p. 275.

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64. - Extrait d’entretien

SUR L'ATTACHEMENT AUX BIENS TEMPORELS

Malheur, malheur, Messieurs & mes frères, oui, malheur au missionnaire qui voudra s'attacher aux biens périssables de cette vie ! car il y sera pris, il demeurera piqué de ces épines & arrêté dans ces liens ; & si ce malheur arrivait à la Compagnie, qu'est-ce qu'on y dirait après cela, & comment est-ce qu'on y vivrait ? L'on dirait : " Nous avons tant de mille livres de revenu, il nous faut demeurer en repos ; pourquoi aller courir par les villages ? pourquoi tant travailler ? laissons-là les pauvres gens des champs ; que leurs curés en aient soin, si bon leur semble ; vivons doucement sans nous mettre tant en peine." Voilà comment l'oisiveté suivra l'esprit d'avarice ; on ne s'occupera plus qu'à conserver & augmenter ses biens temporels, & à chercher ses propres satisfactions ; & alors on pourra dire adieu à tous les exercices de la Mission, & à la Mission même, car il n'y en aura plus. Il ne faut que lire les histoires, & on trouvera une infinité d'exemples qui feront voir que les richesses & l'abondance des biens temporels ont causé la perte non seulement de plusieurs personnes ecclésiastiques, mais aussi de communautés & d'Ordres entiers, pour n'avoir pas été fidèles à leur premier esprit, de pauvreté.

64 bis. - Extraits d’entretiens divers

(entre n° 64, p. 79, & n° 65, p. 80)

Abelly III, 276. Entretiens, édition A. Dodin, p. 958.

Conversation avec un missionnaire Sur la pauvreté

Mis à la fin, p. 454, faute de place ici.

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Entretien 64. —Abelly, op. cit., L. III, chap. XVIII, p. 275.

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65. - RESUME D'UNE CONFERENCE

SUR L'OBSERVANCE DES REGLES

Premier point. — Motifs d'observer les règlements de la Mission. Il est très important de bien observer nos règlements :

1° Parce que c'est la volonté de Dieu, qui les a dictés lui-même au supérieur.

2° Parce que c'est là toute notre occupation ; nous n'avons que cela à faire ; c'est la fin que nous nous devons proposer, car nous ne sommes appelés à la Mission que pour y vivre conformément aux règles ; c'est l'observance d'icelles qui nous rend missionnaires, & non l'habit.

3° C'est le moyen de nous conserver en notre vocation, & Dieu ne permettra jamais qu'un homme, pour imparfait qu'il soit, perde sa vocation, s'il se rend fidèle à son devoir ; comme, au contraire, le grand chemin de perdre sa vocation, c'est la négligence des règles.

4° Parce que nous sommes les premiers, qui devons donner exemple à Ceux qui viendront après ; & si, dans ce commencement, nous étions négligents à observer nos règles, il serait grandement à craindre que petit à petit la Compagnie ne vînt à se ruiner.

5° Parce qu'il est impossible d'acquérir l'esprit de la Mission sans l'observance des règles, dans lesquelles il est contenu & enchâssé.

6° Parce que c'est le chemin par lequel nous pouvons arriver à notre perfection & nous rendre saints, & par lequel Dieu nous veut conduire au salut. Il y avait un Pape qui ne voulait d'autres indices de la sainteté d'un religieux pour le canoniser sinon qu'on l'assurât qu'il avait été exact observateur de ses règles.

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Entretien 65. — Manuscrit des conférences.

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7° Enfin, parce que ce sera une des plus grandes consolations que nous puissions avoir, à l'heure de la mort, d'avoir bien observé nos règlements ; & si nous y avons été fidèles, nous pouvons espérer qu'à cette heure-là Dieu nous dira : Euge, serve bone & fidelis, intra in gaudium Domini tui ; quia in modico fuisti fidelis, super multa te constituam 1.

Deuxième point.—En quoi consiste la parfaite observance des règles.

La parfaite observance des règles consiste :

1° A les observer toutes & n'en négliger aucune, pour petite qu'elle soit, vu qu'en toute, la volonté de Dieu s'y trouve, qui est notre plus puissant motif.

2° A être ponctuels, en quittant la lettre commencée & en partant dès que la cloche sonne.

3° A le faire avec esprit, dressant son intention à la plus grande gloire de Dieu & pour son amour.

4° A le faire avec attention & circonspection.

5° A achever les choses de la règle commencées, ne les laissant pas à demi-faites, si ce n'était que l'obéissance nous appelât ailleurs, ou que quelque grande occasion de charité nous y obligeât.

6° A le faire avec gaieté & allégresse ; hilarem enim datorem diligit Deus 2

7° A observer tout aveuglément, sans trouver à redire à aucune.

8° A les observer toujours, c'est-à-dire toute sa vie, en tout lieu, c'est-à-dire aussi bien en mission & en voyage qu'à la maison.

Troisième point .— Les moyens de se bien mettre en la pratique des règles.

Le premier, faire grande estime des règles & bien

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2. 2 Corinthiens 9, 7.

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convaincre notre esprit que la volonté de Dieu est en icelles, pour notre particulier, qui sommes appelés à la Mission.

Le deuxième, les lire souvent & s'examiner souvent sur celles auxquelles on manque d'ordinaire, & demander pénitence au supérieur lorsque nous aurons manqué contre les plus notables, & même contre les moindres quand il y aura beaucoup de négligence.

Le troisième, bien aimer sa vocation, car qui y est bien affectionné sera grand observateur des règles, les quelles seules nous rendent missionnaire.

Le quatrième, faire attention à les pratiquer en l'absence des supérieurs, tout de même qu'en leur présence ; car d'ordinaire, si on a à se relâcher, c'est plutôt lorsque les supérieurs n'ont pas l'œil sur nous, tant notre infirmité est grande.

Le cinquième, ne prendre pas garde à ce que les autres font, qui quelquefois s'émancipent, mais à ce que nous devons faire.

Le sixième, faire de temps en temps nos examens particuliers dessus, &, dans nos oraisons, en prendre de fortes résolutions.

Le septième, lorsque nous nous voyons dans l'observance d'icelles, en bien remercier Dieu & lui demander souvent qu'il nous fasse cette grâce, que nous les puissions bien garder.

Le huitième, bien garder les pratiques, qui sont comme les avant-murs des règles.

Le neuvième, se mouler sur ceux qui gardent exactement les règles, afin de les imiter.

Le dixième, qui est un moyen de considération, est de considérer ce qui arriverait à une congrégation où la règle ne se garderait pas. Quelle confusion ! etc.

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66. - Extrait d’entretien

SUR LA REGULARITE

Parlant des prêtres de sa congrégation, saint Vincent dit un jour "que ceux qui n'étaient point dans cette exactitude, particulièrement à se lever le matin & à faire leur oraison au lieu & au temps que les autres la font, quoiqu'ils eussent d'ailleurs beaucoup de talent & de capacité pour la conduite, n'étaient pourtant point propres pour être supérieurs des maisons, ni directeurs des séminaires" & il ajoutait que "quand il s'agit d'établir des supérieurs, on doit bien prendre garde si ceux qu'on choisit pour ces offices sont réguliers & exemplaires, parce qu'autrement il leur manquerait une des principales qualités requises en ceux qui sont chargés de la conduite des autres "

66 bis. - Extrait d’entretien

Abelly III, 55. Pas dans Coste; dans Entretiens, édition A. Dodin, p. 963

Dispositions à apporter à l’oraison

Pour !es dispositions, il disoit qu' il n'en reconnaissoit point de meilleures que l'humilité, la reconnoissance de son néant devant Dieu, la mortification des passions & des mouvements déréglez de la nature, la récollection intérieure, la droiture & simplicité de cœur, l'attention à la présence de Dieu, la dépendance entière de ses volontés, & les aspirations fréquentes vers sa bonté.

67. - Extrait d’entretien

SUR L'ORAISON

Donnez-moi un homme d'oraison, & il sera capable tout ; il pourra dire avec le saint Apôtre : "Je puis toutes choses en Celui qui me soutient & qui me conforte " 1 La congrégation de la mission subsistera autant de temps que l'exercice de l'oraison y sera fidèlement pratiqué, parce que l'oraison est comme un rempart inexpugnable, qui mettra les missionnaires à couvert contre toutes sortes d'attaques ; elle est un mystique arsenal, ou comme la tour de David, qui leur

Entretien 66. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XXIV, sect I, p. 350.

Entretien 66 bis. - Abelly, op. cit., L. III, p. 55.

Entretien 67.—Abelly, op. cit., L. III, chap. VII p. 56

1. Philippiens 4, 13.

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fournira toutes sortes d'armes, non seulement pour se défendre, mais aussi pour assaillir & mettre en déroute tous les ennemis de la gloire de Dieu & du salut des âmes.

68 - Extraits de divers entretiens

Dim. 26 oct. 97

Ceci semble n’être qu’une synthèse de divers entretiens. Il est clair que les rédacteurs avaient sous les yeux des documents disparus depuis, voir en note les passages parallèles dans ce qui nous reste - B. Koch.

SUR L'ORAISON

L'oraison est une prédication qu'on se fait à soi-même pour se convaincre du besoin qu'on a de recourir à Dieu & de coopérer avec sa grâce pour extirper les vices de notre âme & pour y planter les vertus 1. Il faut dans l'oraison s'appliquer particulièrement à combattre la passion ou la mauvaise inclination qui nous gourmande, & tendre toujours à la mortifier; parce que, lorsqu'on est venu à bout de celle-là, le reste suit aisément.

Saint Vincent recommandait encore de tenir ferme dans ce combat ; d'aller doucement dans la manière d'agir, & de ne pas se rompre la tête à force de s'appliquer & de vouloir subtiliser ; d'élever son esprit à Dieu & de l'écouter, parce qu'une de ses paroles fait plus que mille raisons & que toutes les spéculations de notre entendement 2.

Il ajoutait qu'il n'y a que ce que Dieu inspire & qui vient de lui qui nous puisse profiter ; que nous devons recevoir de Dieu pour donner au prochain, à l'exemple de Jésus-Christ, lequel, parlant de lui-même, disait qu'il n'enseignait aux autres que ce qu'il avait entendu & appris de son Père 3 (1)

Entretien 68.—Abelly, op. cit.,l. III, chap. VII p. 58.

69. - Extrait d’entretien

Sur l’oraison

Voyez la différence qu'il y a entre la lumière du feu & celle du soleil : pendant la nuit notre feu nous éclaire, & par le moyen de sa lueur nous voyons les choses, mais nous ne les voyons qu'imparfaitement, nous n'en découvrons que la superficie, & cette lueur ne va pas plus avant. Mais le soleil remplit & vivifie tout par sa lumière ; il ne découvre pas seulement l'extérieur des choses, mais, par une vertu secrète, il pénètre au dedans, il les fait agir & les rend même fructueuses & fertiles, selon la qualité de leur nature. Or, les pensées & les considérations qui viennent de notre entendement ne sont que de petits feux, qui montrent seulement un peu le dehors des objets, & ne produisent rien davantage ; mais les lumières de la grâce, que le Soleil de justice 1 répand dans nos âmes, découvrent & pénètrent jusqu'au fond & au plus intime de notre cœur, qu'elles excitent & portent à faire des productions merveilleuses. Il faut donc demander à Dieu que ce soit lui-même qui nous éclaire & qui nous inspire ce qui lui est agréable. Toutes ces considérations hautes & recherchées ne sont point oraison 2; ce sont plutôt quelquefois des surgeons de la superbe ; & il en va de même de ceux qui s'y arrêtent & qui s'y plaisent, comme d'un prédicateur lequel se pavanerait en ses beaux discours, qui prendrait toute sa complaisance à voir les assistants satisfaits de ce qu'il leur débite ; en quoi il est évident que ce ne serait pas le Saint-Esprit, mais plutôt l'esprit de superbe qui éclairerait son entendement & qui pousserait au dehors toutes

Entretien 69 — Abelly, op. cit. L. III chap. VII, sect. I, p. 62.

1. Cf. Malachie 4, 2.

2. Cf. 27 mai 1655, 16 août 1655, 17 juin 1657, infra 184, 253 et 255, 401 et 406.

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ces belles pensées ; ou, pour mieux dire, ce serait le démon qui l'exciterait & qui le ferait parler de la sorte. Il en va de même en l'oraison, lorsqu'on recherche de belles considérations, qu'on s'entretient en des pensées extraordinaires, particulièrement lorsque c'est pour- les débiter au dehors en rapportant son oraison, afin que les autres en aient de l'estime. C'est là une espèce de blasphème ; c'est, en quelque façon, être idolâtre de. son esprit ; car, en traitant avec Dieu dans l'oraison, vous méditez de quoi satisfaire à votre superbe, vous employez ce saint temps à rechercher votre satisfaction & à vous complaire dans cette belle estime de vos pensées, vous sacrifiez à cette idole de la vanité.

Ah! mes frères, gardons-nous bien de ces folies ; reconnaissons que nous sommes tout remplis de misères ; ne recherchons que ce qui nous peut davantage humilier & nous porter à la pratique solide des vertus ; abaissons-nous toujours dans l'oraison jusqu'au néant ; & dans nos répétitions d'oraison, disons humblement nos pensées ; & s'il s'en présente quelques-unes qui nous semblent belles, défions-nous beaucoup de nous-mêmes, & craignons que ce ne soit l'esprit de superbe qui les produise, ou le diable qui les inspire. C'est pourquoi nous devons toujours nous humilier profondément quand ces belles pensées nous viennent, soit en faisant oraison, soit en prêchant, soit dans la conversation avec les autres. Hélas ! le Fils de Dieu pouvait ravir tous les hommes par son éloquence toute divine, & il ne l'a pas voulu faire ; mais, au contraire, en enseignant les vérités de son Evangile, il s'est toujours servi des expressions & paroles communes & familières ; il a toujours aimé d'être plutôt avili & méprisé, que loué ou estimé.Voyons donc, mes frères, comment nous le pourrons imiter ; & pour cela retranchons ces pensées de superbe dans l'oraison

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& ailleurs ; suivons en tout les traces de l'humilité de Jésus-Christ ; usons de paroles simples, communes & familières ; & quand Dieu le permettra ainsi, soyons bien aises qu'on ne tienne pas compte de ce que nous dirons, qu'on nous méprise, qu'on se moque de nous, & tenons pour certain que, sans une véritable & sincère humilité, il nous est impossible de profiter ni à nous, ni aux autres.

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