Conférences aux missionnaires (page 7)
2. Mort le 6 ou le 7 septembre 1649.
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n'a été chez nous que deux ou trois ans (3) ! Voilà un amas de vertus nombreuses, belles et divines ! O mon Dieu ! mon Dieu ! que votre saint nom soit toujours béni ! Voilà un grand motif de courage pour nos frères, un grand sujet d'édification pour nos clercs et un grand sujet de confusion pour moi, misérable, qui écoute et qui suis un misérable pécheur... O mon Dieu !... M. Duval, qui était un grand docteur de Sorbonne, et plus grand encore par la sainteté de sa vie, me dit un jour : " Voyez-vous, Monsieur, ces bonnes gens nous contestent la porte du paradis, et ils le gagnent." Comment cela se fait-il ? Est-ce que la science et les autres qualités honorables empêchent notre sanctification ? Non ; ce sont nos propres misères.
Ce que je dois vous dire a l'occasion de cet entretien, c'est que je n'ai jamais observé un seul défaut en ce jeune homme, pas un seul. Lorsque je lui parlais, il me semblait voir en lui un ange sans tache, un homme prévenu par la grâce, plein d'humilité, d'obéissance, de mortification, de douceur, de piété, de ferveur. Toutes ces vertus étaient en lui, au moins à un degré plus que médiocre.
A ces mots, M. Vincent fut interrompu par un frère qui avait déjà parlé et voulait ajouter un détail. Il l'arrêta :
Ah! mon frère, on est prêt de sonner le chœur, et il y a tant de choses à dire sur les vertus qu'on a observées en ce bon jeune homme, que plusieurs heures ne suffiraient pas. Il y a ici tant de personnes qui l'ont connu, et il n'y a pas le temps qu'elles puissent nous
3. Dans sa lettre à René Alméras, saint Vincent dit avec plus d'exactitude " dix-huit ou vingt mois ; d'après le catalogue du personnel, Simon Busson était entré dans la congrégation de la Mission vers le carême 1648 ".
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communiquer tout le bien qu'elles ont observé ; c'est pourquoi je ne sais si nous devons remettre ce sujet à une autre conférence pour l'édification commune et pour toucher notre froideur ; nous y penserons. En attendant que tout soit dit à la gloire de Dieu et à l'édification de la congrégation, que Dieu nous fasse la grâce de profiter de la suave odeur qui s'est répandue dans nos cœurs ! Ah ! si les vertus pouvaient se voir comme on voit les plantes qui poussent de la terre, combien seraient-elles appréciables dans un pauvre corps ! Si on pénétrait davantage au dedans, combien on trouverait de choses plus excellentes que celles qui ont été dites! En attendant, remercions Dieu ensemble des grâces qu'il a faites à ce bon frère Simon et prions-le de nous faire la grâce d'imiter ses vertus. Or sus, in nomine Domini !
107. — ENTRETIEN DU 9 AVRIL 1651
RECONNAISSANCE DUE AU PRIEUR ADRIEN LE BON
Quand Adrien Le Bon eut rendu le dernier soupir, M Vincent se leva et dit aux missionnaires présents dans la chambre mortuaire :
Or sus, mes frères, voilà notre bon père maintenant devant Dieu ; nous sommes ses enfants ; un père qui a tant eu de bonté pour nous et autant qu'aucun père pouvait avoir pour ses enfants. Plaise à votre bonté, mon Dieu, lui appliquer les bonnes œuvres et petits services que la Compagnie a tâché de vous rendre jusqu'ici ! Nous vous les offrons, mon Dieu, vous suppliant de les lui imputer. Peut-être que nous étions plusieurs d'entre nous dans l'indigence, et il nous a pourvus
Entretien 107.— Ms. du frère Robineau, p. 136.
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de subsistance pour notre nourriture et entretien. Il faut prendre garde, mes frères, de ne point tomber dans ce misérable péché d'ingratitude envers lui et tous ces bons messieurs (1), de qui nous sommes les enfants, et que nous devons reconnaître et respecter comme tels. Nous devons avoir de grandes reconnaissances envers eux du bien qu'ils nous ont f ait, et tâchons tous les jours, mes frères, de nous ressouvenir de M. le prieur, de prier Dieu pour lui.
108. — EXTRAIT D'ENTRETIEN [JUIN 1653 ] (1)
SUR LA CONDAMNATION DE JANSENIUS
Lors de la condamnation des cinq propositions de Jansénius (2) M. Vincent dit à sa communauté "qu'il fallait remercier Dieu de la protection qu'il donnait à l'Eglise, et particulièrement à la France, pour la purger de ces erreurs, qui allaient la jeter dans un grand désordre ". A quoi il ajouta qu'" encore que Dieu lui eût fait la grâce de discerner l'erreur d'avec la vérité, avant même la définition du Saint-Siège apostolique, il n'avait pourtant jamais eu aucun sentiment de vaine complaisance, ni de vaine joie, de ce que son jugement s'était trouvé conforme à celui de l'Eglise, reconnaissant bien que c'était un effet de la pure miséricorde de Dieu, dont il était obligé de lui rendre toute la gloire ",
1. Voir note 2.
2. Les cinq propositions de Jansénius furent condamnées le 31 mai 1653 mais la condamnation ne fut promulguée que le 9 juin.
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108. — EXTRAIT D'ENTRETIEN
ELOGE DE JEAN LE VACHER
M. Le Vacher, qui est à Tunis, y a fait grand fruit, bien que toujours on lui fasse quelque avanie ; mais c'est là dedans que la vertu se fortifie, où Dieu donne la force, où l'on ressent augmenter son courage pour ne relâcher pour aucune souffrance. Oh ! quand un cœur est dans ces occasions, il se sent particulièrement fortifié de Dieu ; Dieu donne une foi, une clarté, une évidence de foi telle qu'on méprise tout ; alors on ne se soucie pas de mourir. Il y a beaucoup de dangers, beaucoup à souffrir tous les jours dans ce poste. Il laisse les occasions de s'en venir, il méprise toutes les occasions de se reposer, il préfère courir tous les risque,. Ah ! Messieurs, nous remercierons Dieu de cela et le prierons qu'il nous donne cet esprit d'aller partout, de souffrir, de n'être empêché de rien pour le salut du prochain.
110. — CONFERENCES DES 16 ET 23 OCTOBRE 1654
SUR LA PAUVRETE
Les vendredis 16 et 23 octobre 1654 a été fait conférence sur le sujet de la vertu de pauvreté, qui contenait trois points : au premier, les raisons que la Compagnie avait de se donner à Dieu pour bien pratiquer cette vertu suivant la promesse qu'un chacun en a faite à Dieu ; au deuxième, les fautes que l'on a remarquées
Entretien 109. —Vie manuscrite de M. Jean Le Vacher, p. 15.
1. Cet entretien doit se placer après la mort de Julien Guérin, par suite entre 1648 et 1660.
Entretien 110.— Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 5.
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que la Compagnie commet contre cette vertu, et celles qu'elle y peut commettre ; et au troisième, les moyens de se bien établir en la pratique de cette pauvreté pour la bien garder.
M. Vincent, qui présida à cette conférence, me fit l'honneur de m'appeler pour prendre la plume et recueillir les fautes qui seraient rapportées par ceux qui parlaient sur ce second point, afin que l'on pût ensuite y appliquer les remèdes contraires et aviser à ce qu'il y avait à faire.
Voici donc les fautes qui furent rapportées, avec quelques moyens et les noms de ceux qui parlèrent.
Premièrement, notre frère Alexandre Véronne (1) dit que c'était une faute contre cette vertu de pauvreté vouée en la Compagnie, que d'être trop abondant et libéral du bien de la maison ; 2° de faire et s'appliquer à des choses superflues, travail inutile, etc.; 3° à la cuisine et à la dépense, c'est contre la pauvreté d'y laisser traîner les meubles, donner trop de viande, de pain, de vin et autres choses ; 4° de laisser gâter des couvertures, des matelas ; 5° d'emprunter de l'argent dehors, et, sous ce prétexte, de l'employer pour son usage ; 6° de refuser les hardes que l'on donne ; 7° à la cordonnerie, de faire faire des souliers à sa mode, les talons hauts ; ce qui a été cause qu'il les a fallu refaire quelquefois à quelques-uns, pour ne s'en pouvoir servir. Les frères jésuites que l'on voit à la halle ne paraissent jamais qu'avec uniformité d'habits, souliers, chapeaux, manteaux, et ils sont tous habillés d'une même façon. Au commencement de la Compagnie, la même Compagnie de la Mission était dans un tel état. Que cet état d'à présent est bien éloigné de celui-là ! Et l'on a vu que
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en marge : Nota que le frère Alexandre Véronne avait charge en ce temps, d'acheter les provisions pour la communauté.
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M Dehorgny avait quelquefois des habits déchirés, une vieille soutane, et ainsi du reste.
Le premier moyen est d'entrer dans la pratique et de prendre tout ce qu'on donne, excepté les choses que l'on ne peut pas porter, comme, par exemple, un collet trop haut,qui,pour cela,blesse quelquefois la personne ; en ce cas, on peut avertir de cela.
Secondement, ne vouloir jamais être accommodés de tout point, mais être bien aises que toujours quelque chose nous manque.
Le frère Tratebas. - La première faute est d'user de quelque commodité, de. quelque bien qu'on peut avoir, et cela sans permission, la pauvreté nous ôtant l'usage, quoique non pas le domaine ; et qui emploierait quelque somme notable, comme serait vingt livres, cela pourrait arriver à péché mortel ; 2° recevoir quelque chose sans permission, c'est faute de le faire sans permission, comme couteau et chose semblable ; 3° de ne pas prendre assez de soin des choses dont nous avons l'usage et que nous devons conserver ; laisser les hardes crottées, pleines de poussière, cela est contre la pauvreté ; comme aussi de les laisser salir de vermine, à cause qu'il les faut quelquefois donner à un autre, ce qui fait qu'il a peine à les accepter ; 4° de ne se point contenter de ce que l'on donne ; 5° de se plaindre soit du manger, du boire ou autre chose.
Le premier moyen est de se mettre en la pratique ; le second, de ne jamais rien demander des choses nécessaires, que celles qui ne paraissent pas au dehors ; mais que, pour celles qui paraissent au dehors, il ne les faut pas demander, ains attendre que ceux qui ont soin d'y pourvoir voient que nous en avons besoin et qu' ils y pourvoient ; le troisième, de ne jamais rien refuser des choses que l'on donne.
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Le frère Lapostre.— La pauvreté se doit entendre de ne jamais s'approprier aucune chose de la communauté, ni des choses du dehors qui nous appartiennent, que selon le bon plaisir du supérieur, auquel il en faut demander licence ; et en user autrement, c'est contrevenir au vœu de pauvreté. Des choses de la communauté on n'a ni le domaine, ni l'usage ; pour celles du dehors qui nous appartiennent, nous en avons seulement le domaine et non l'usage.
2° C'est encore une faute contre cette vertu de pauvreté dont nous parlons, que d'acheter des choses sans permission.
3° On ne peut donner quoi que ce soit sans permission, pas même à dîner à une personne ; et c'est une faute contre la pauvreté de le faire a.
4° Laisser gâter les choses que l'on a à son usage.
5° Avoir des livres que l'on s'approprie, sous prétexte de les garder, sans permission du supérieur ; pour cela, il faut lui demander préalablement s'il le trouve bon.
En sixième et dernier lieu, c'est encore une faute contre la pauvreté d'avoir quelque chose sans permission, ou quelque chose de superflu.
Le premier moyen est de se mettre en la pratique de ne rien demander et de ne rien refuser, notamment au regard des choses qui ne sont pas nécessaires.Deuxièmement, il est à propos que quelqu'un ait soin de demander les nécessités d'un chacun (3).
M. Alméras.— Fautes : 1° avoir un tapis sur sa table, des tours de lit, un tas de livres, même avec permission ; 2° demander des livres tantôt à l'assistant, tantôt
2. En marge : Ici M. Vincent, prenant la parole, dit que l'on ne doit point demander permission pour faire dîner soit parents ou amis que le moins que l'on pourra.
3. En marge : Ici M. Vincent a recommandé que ceux qui auraient soin de demander les nécessités eussent un grand soin de le faire ; et à M. Alméras, qu'il eût à y tenir la main.
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au supérieur, puis à l'assistant, et ainsi de suite, comme, par exemple, autant de traité, qu'il désire lire, et retenir les livres qu'il aura ainsi lus ; 3° item de toutes sortes de choses, soit couteaux, ou autres choses superflues, de peur d'en manquer, ou sous prétexte que d'ici à quelque temps, par exemple d'ici à un an, nous en pourrons avoir besoin ; 4° retenir le reste de l'argent d'un voyage qu'on aura fait, et demander au supérieur : "Monsieur, vous plaît-il que j'en achète quelque chose ? " cela est une faute ; mais ce qu'il y a à faire, c'est de donner l'argent au procureur, et puis attendre deux ou trois jours après, et alors, si l'on a besoin d'acheter quelque chose, l'aller demander au supérieur ; 5° lorsqu'on est en voyage, faire trop bonne chère par les chemins, manger des viandes trop délicates ; 6° quand on va d'une maison de la Compagnie en une autre, emporter tout ce qu'on peut, remplir son sac, cela est une faute ; 7° comme aussi emporter beaucoup de livres, quand on va soit en mission, soit aux champs ; 8° cacher beaucoup de commodités, de peur qu'on ne les voie : de petits crucifix, Agnus Dei, chapelets, dans une petite boîte, je ne sais combien d'images. Tout cela, dit-il, ce sont fautes contre la pauvreté, et je n'ai jamais guère vu de ces personnes qui ont eu attache à ces petites commodités demeurer en leur vocation et même dans le séminaire.
Un des grands moyens de nous unir à Dieu, c'est la pratique de la pauvreté, etc.
Ensuite M. Vincent, notre très honoré Père, conclut cette conférence en la manière qui suit, et apporta pour premier motif de garder la pauvreté ce passage de saint Matthieu : "Vendez tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres, etc. " (4)
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Le second motif est que nous l'avons promis à Dieu. Jephté ayant un jour fait vœu à Dieu que, s'il gagnait la bataille, il lui offrirait en sacrifice la première créature qui se présenterait à lui à son retour, et sa fille, sachant que son père s'en venait triomphant, lui voulut aller au devant pour le congratuler de sa victoire et se réjouir avec lui ; mais lui, la voyant, s'écria : "O Dieu ! faut-il que ce soit ma propre fille ! " Et alors de grandes transes le prennent, considérant, d'un côté, ce qu'il avait promis à Dieu par vœu, et, de l'autre, la mort de sa fille ; et peut-être était-elle sa fille unique ; et lui ayant dit qu'il fallait qu'elle mourût, pource qu'il l'avait promis à Dieu, elle lui demanda du temps pour pleurer sa virginité ; ce qu'il lui octroya ; puis ensuite, au bout de ce peu de temps, il la fit mourir, plutôt que de manquer de parole à Dieu. Mais Abraham, que ne fit-il pas plutôt que de manquer à obéir à Dieu !
L'on a vu d'anciens philosophes qui ont méprisé les richesses en un très haut point, quoique païens ; témoin un certain dont il ne me souvient pas... Ne vous en ressouvenez-vous point, Monsieur de la Fosse ? — Et ledit sieur de la Fosse lui ayant répondu que c'était Diogène ; Diogène, soit, si tant est que ce soit lui, répartit M. Vincent, auquel Alexandre ayant un jour envoyé une grosse somme d'argent, il pensa en lui-même : "Alexandre m'envoie cela, pource que je suis homme de bien " ; "c'est pourquoi, dit-il à ceux qui la lui avaient apportée, dites à Alexandre qu'il me laisse comme je suis."
Saint Grégoire voulut qu'un certain religieux, auquel l'on avait trouvé dix sols en sa chambre, fût privé de la visite et conversation des autres religieux ; et le même saint ordonna qu'après sa mort son corps fût jeté à la voirie.
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Voyez, Messieurs, qu'est-ce que cela ? Dix sols seulement !
Lorsque vous êtes venus pour entrer en la Compagnie, l'on vous a dit qu'il fallait faire et garder le vœu de pauvreté, et vous avez dit que vous le vouliez bien ; au bout de l'an, vous avez fait le bon propos ; au bout de, deux ans, vous avez fait les vœux. Et en suite de cela, y contrevenir, être marri d'avoir fait ce que l'on a fait, s'en repenti ; et dire que, si on était à refaire, on ne le ferait pas ! O Messieurs, ô mes frères, quel état déplorable ! Voire même travailler à s'en faire dispenser, c'est être marri d'avoir bien fait et être en un état bien déplorable ! O mon Sauveur, ô mon Sauveur et mon Dieu !
L'état des missionnaires est un état apostolique qui consiste, comme les apôtres, à tout quitter et abandonner pour suivre Jésus-Christ et se rendre vrais chrétiens ; et c'est ce qu'ont fait plusieurs de la Compagnie, qui ont quitté leurs cures pour venir ici vivre en pauvreté, et par conséquent chrétiennement ; (5) et, comme me disait un jour une certaine personne, il n'y a que le diable qui puisse trouver à redire à la Mission ; s'en aller, par exemple, de village en village pour aider le pauvre peuple à se sauver et à aller en paradis, comme vous voyez que l'on fait. Voilà, par exemple, le bon M. Tholard qui y est à présent, M l'abbé de Chandenier (6) aussi, et où même il faut qu'ils couchent sur la paille (7).
La première faute contre la pauvreté est de cacher quelque chose, par exemple, des livres ;
5. En marge Il y a un certain passage qui porte qu'être pauvre et chrétien c'est la même chose.
6 Louis de Chandenier, abbé de Tournus.
7. En marge :Nota que ces messieurs étaient en mission auprès de Maule.
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2° D'acheter quelque chose, soit de l'argent de la maison, ou d'autre argent de ses parents sans permission ;
3° D'avoir des cassettes fermées en sa chambre, une valise ;
4° Plusieurs livres ;
5° De l'argent.
6° Ne pas remettre son argent en arrivant des champs entre les mains du procureur, c'est contre la sainte pauvreté, quand ce ne serait même que d'attendre jusques au lendemain.
7° Un supérieur qui s'accommode bien, et cela aux dépens de la maison, fait contre la sainte pauvreté ; et les incommodités que nous voyons arriver dans les maisons particulières ne viennent que par la faute des supérieurs qui n'ont pas bien observé et fait observer cette sainte vertu. J'ai reçu aujourd'hui une lettre d'une personne de la Compagnie, qui m'écrit : "Monsieur, un tel supérieur est aujourd'hui passé par ici avec une belle casaque et deux valises, ne remédierez-vous point à cela avant de mourir ? " Je lui ai répondu que je le ferai et que je remédierai à cette vermine.
8° Un supérieur particulier qui vend ou achète quel--que chose au profit de la maison où il est supérieur, fait une faute contre cette sainte vertu, comme aussi qui engage la même maison sans le même ordre du général.
9° Qui fait faire quelque chose pour enjoliver quelque bâtiment, ou quelqu'autre chose non nécessaire, contrevient à cette vertu de pauvreté.
Le premier moyen est de nous donner à Dieu pour bien observer la sainte pauvreté ; le deuxième, d'aller visiter les chambres de temps en temps. Je prie les officiers d'avoir soin de cela. Que l'on commence dès demain par la nôtre, puis par celle de M. Portail, ensuite
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par celles de M. Alméras (8) et de M. Chrétien (9). Il y a dans la nôtre deux couvertures dont je me sers pour me faire suer ; qu'on les ôte. Par la grâce de Dieu, notre chambre là-haut ne ferme point, ni cette salle d'en bas non plus (10).
Je prie les prêtres de célébrer la sainte messe dès demain, et les frères d'offrir leur communion dimanche prochain, pour remercier Dieu de ce qu'il a inspiré à quelqu'un de la Compagnie (je pense que c'est M. Portail) de faire une conférence sur cette vertu ; et je voudrais aussi qu'on le remerciât par même moyen de ce qu'il a permis que nous ayons reçu aujourd'hui et si à propos l'avis dont je vous viens de parler.
J'espère, Dieu aidant, faire une lettre circulaire et l'envoyer par toutes les maisons de la Compagnie, aux supérieurs d'icelles, à ce qu'ils aient à faire une conférence sur le même sujet de la pauvreté, et leur mander ce qui aura été fait ici, afin qu'ils fassent et observent les mêmes choses et visitent toutes les chambres de ceux de leurs maisons.
M. Vincent a prié M. Alméras d'aller par toutes les chambres ; d'ôter tous le, tours de lits et .autres choses, disant que l'usage de la Mission est de coucher sans rideaux ; de remédier à cette multitude de livres qu'aucuns ont en leurs chambres ; de faire porter à la bibliothèque ce qui est superflu ; et tâcher de pratiquer cette vertu, qui attirera, dit-il, mille bénédictions sur la Compagnie.
9. Sous-assistant de la maison.
10. En note : Nota que la chambre d'en haut, c'est la petite chambre où couche M. Vincent ; et la salle d'en bas, c'est celle de Saint Joseph, où il recoit les externes qui ont à l'entretenir et à lui parler.
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111. — CONFERENCE DU 13 NOVEMBRE 1654
SUR LA CHASTETE
Cette conférence contenait trois points : le premier, les raisons de conserver et acquérir la vertu de chasteté ; le deuxième, les fautes qui se peuvent commettre contre cette vertu ; le troisième, les moyens de l'acquérir ou de la conserver.
Premier point. — C'est un commandement de Dieu qui oblige de garder la chasteté, etc. ; 2° nous l'avons promise à Dieu : il y a double péché à celui qui y contrevient, comme, en celui qui a fait le vœu, il y a double mérite, ou pour le moins plus grand mérite ; ainsi, etc... ; 3° à cause de l'emploi des missionnaires, qui est de fréquenter beaucoup de personnes de l'un et l'autre sexe, etc.
Deuxième point. — Fautes qui se peuvent commettre contre cette sainte vertu : 1° en pensées ; 2° en paroles ; 3° en œuvres ; 4° en omissions. En paroles : ne jamais dire de mots tendant à ce péché-là, et ne point souffrir aucune mauvaise pensée sale en notre esprit.
Par œuvres : oh ! c'est ce qui ne doit pas seulement être nommé, et il ne faut jamais souffrir personne dans la Compagnie qui en soit venu là. Les Pères jésuites sont exacts à renvoyer ceux qu'ils voient sujets à ce maudit péché, et c'est ce qui fait qu'on n'entend point parler d'eux.
Par omissions, ne faisant pas ce que Dieu veut qu'on
Entretien 111.—Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 9. Dans sa déposition au procès de béatification de saint Vincent, le frère Pierre Chollier déclare que le résumé de cette conférence est du frère Louis Robineau.
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fasse pour s'en exempter, ne se servant pas des moyens qu'on nous a donnés. Se toucher est une grande faute, se regarder, ouïr, etc., se coucher indécemment, avoir aversion à la mortification, se dorloter, être bien accommodé, traité à la maison, aux champs, se faisant servir des meilleures et plus délicates viandes, du meilleur vin ; tout cela ce sont des fautes contre cette sainte vertu de chasteté.
Troisième point . Moyens.— Le premier est de boire peu de vin, et ce peu, le bien tremper d'eau ; le deuxième, de ne parler point seul à seul aux femmes, ne leur point écrire de lettres, couper court avec elles ; le troisième, ne point prendre la direction des religieuses. Si l'évêque le commandait, lui représenter les raisons que nous avons de ne le point faire.
Oui, mais, me dira-t-on, vous, Monsieur, vous le faites bien. — Je réponds qu'il est vrai que le bienheureux François de Sales me chargea de la direction de la maison de la Visitation de cette ville, tout misérable que j'étais, et que la bienheureuse Mère de Chantal me pressa de le faire. Il y a néanmoins dix ou douze ans (1) que je priai les religieuses de m'en excuser, et je fus dix-huit mois sans les aller voir. Elles recoururent à Madame la marquise de Maignelay, et Monseigneur le coadjuteur, qui est à présent Monseigneur le cardinal de Retz, me commanda de continuer. Et depuis la mort de Monseigneur l'archevêque de Paris, ayant pris mon temps pour m'en excuser, elles m'ont fait commander par messieurs les grands vicaires de continuer ; mais, s'il plaît à Dieu que Monseigneur le cardinal de Retz revienne (2) je ferai auprès de lui tout ce que je pourrai pour m'en décharger.
2. Il était alors en exil.
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De plus, ne jamais fréquenter les Filles de la Charité et n'entrer jamais dans leurs chambres, sous quelque prétexte que ce soit. Dans la conférence que je leur faisais l'autre jour, je leur dis que, quand même ce serait moi qui allât pour entrer en leur chambre, elles me fermassent la porte au nez.
Quand on parlera au parloir, laisser toujours la porte ouverte et se tenir en lieu que tout le monde nous puisse voir.
Nous aviserons s'il ne sera pas aussi expédient d'ôter le parloir de céans et d'aller plutôt leur parler à l'église ; les Jésuites le font à l'église ; l'Oratoire, les Capucins et plusieurs autres. Il faut un peu penser à cela ; M. Alméras, faites-m'en resouvenir.
Dans les confessions, ne laisser point approcher le visage des femmes si proche du nôtre, et je pense qu'il faudra faire peut-être des confessionnaux portatifs en forme d'écharpe. Ne jamais faire la mission aux religieuses, si ce n'est que l'évêque le commande, et ensuite ne point recevoir de lettres des religieuses, sous prétexte d'avis qu'elles ont à demander, etc... ; et leur dire, comme fit feu M. de la Salle aux religieuses de Crécy, où il avait un jour f.ait la mission : "Ne m'écrivez point. "
L'humilité est un très excellent moyen pour acquérir et conserver la chasteté. Ceux qui auront connaissance de quelques-uns de la Compagnie qui sont enclins à ce vice, en doivent avertir le supérieur, notamment quand ce sont des personnes qu'on veut envoyer au loin, comme, verbi gratia, aux Indes, aux Hébrides, etc... ; et celui qui ne le fera pas sera coupable des fautes qu'ils. commettront en ces missions-là et du mal qui en arrivera.
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112. REPETITION D'ORAISON DU 25 JANVIER 1655
SUR LES ORIGINES DE LA CONGREGATION DE LA MISSION
Monsieur Vincent nous dit, à la fin de la répétition de l'oraison, que la Compagnie devait communier pour trois fins : la première, pour remercier Dieu, pour la même Compagnie en général, de ce qu'il a plu à Dieu donner commencement à la Mission à tel jour que celui de la Conversion de saint Paul, la première prédication ayant été faite par lui pour disposer le peuple à la confession générale, à la prière que lui en fit feu madame la générale des galères ; à laquelle prédication Dieu donna beaucoup de bénédiction.
Hélas ! Messieurs et mes frères, jamais personne n'avait pensé à cela, l'on ne savait ce que c'était que missions, nous n'y pensions point et ne savions ce que c'était, et c'est en cela que l'on reconnaît que c'est une œuvre de Dieu ; car là où les hommes n'ont point de part, c'est Dieu qui le fait, et cela vient immédiatement de lui ; puis ensuite il se sert des hommes pour l'exécution de son œuvre. Or, deux choses murent madame la générale à faire faire des confessions générales à ce pauvre peuple, dont il y en a une... Si je le dis à la Compagnie, je noterai quelque famille ; le dirai-je, ô mon Dieu ?
Et là il s'arrêta un peu, puis, continuant, dit :
Toutefois oui, il faut que je le dise, pource qu'aussi bien il n'y a plus personne de cette famille-là, ils sont tous morts, et le curé dont je vas parler aussi ; et j'ai appris qu'encore un de ses parents, qui était un fort homme de bien et qui me vint voir il y a quelque temps ici, est aussi mort depuis peu, et qui est le dernier
Entretien 112. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 15.
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qui restait de cette famille. Or, le fait est que, feu madite dame se confessant un jour à son curé, elle lit attention qu'il ne lui donnait point l'absolution ; il marmotait quelque chose entre ses dents et fit ainsi encore d'autres fois qu'elle se confessa à lui ; ce qui la mit un peu en peine ; de sorte qu'elle pria un jour un religieux qui l'alla voir de lui bailler par écrit la forme (1) de l'absolution ; ce qu'il fit. Et cette bonne dame, retournant à confesse, pria ledit sieur curé de prononcer sur elle les paroles de l'absolution contenues en ce papier ; ce qu'il fit. Et elle continua de le faire ainsi les autres fois suivantes qu'elle se confessa à lui, lui donnant son papier, pource qu'il ne savait pas les paroles qu'il fallait prononcer, tant il était ignorant. Et me l'ayant dit, je pris garde et fis plus particulière attention à ceux à qui je me confessais, et trouvai qu'en effet cela était vrai et que quelques-uns ne savaient pas les paroles de l'absolution.
Or, cette bonne dame, qui n'était encore que fille, lorsque cela lui arriva, se ressouvenant puis après de cela, et considérant le péril où étaient toutes ces pauvres âmes, délibéra, pour remédier à ce malheur, de les faire prêcher touchant la manière de faire une bonne confession générale et la nécessité qu'il y avait d'en faire du moins une en sa vie ; ce qui réussit, comme je viens de dire ; en sorte que, ne pouvant pas entendre tout le peuple qui accourait de toutes parts, il fallut envoyer prier le Père recteur des Jésuites d'Amiens d'envoyer du secours. Il y vint lui-même, mais il n'y fut que jusqu'au lendemain, pource qu'il avait à faire, et il envoya de ses Pères pour nous aider. Ensuite, voyant que cela réussissait, l'on pensa aux moyens de faire que
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de temps en temps l'on allât sur les terres de madite dame pour y faire mission. Je fus chargé d'en parler aux Pères jésuites pour les prier d'accepter cette fondation. Je m'adressai au R. P. Charlet (2). Mais ils me firent réponse qu'ils ne pouvaient point accepter cette fomation et que cela était contraire à leur Institut ; de sorte que, comme l'on vit cela et qu'on ne trouvait personne qui se voulût charger de faire ces missions, on résolut d'associer quelques bons prêtres.
L'autre raison qui excita madite dame fut, comme il est dit, le péril dans lequel se trouvaient la plupart de ses pauvres sujets de la campagne à l'égard de leur salut, faute d'avoir fait une bonne confession générale.
Et c'est aussi cette première raison qui a fait que nous nous sommes donnés à Dieu pour faire les ordinations, afin de faire en sorte que tous les prêtres soient bien instruits des choses nécessaires à leur condition, comme de bien savoir prononcer la forme de l'absolution et les autres choses absolument nécessaires pour l'usage des sacrements de l'Eglise. Hélas ! mes frères, qui eut pensé pour lors que Dieu avait dessein de faire, par la Compagnie de la Mission, le bien que, par la grâce de Dieu, nous voyons qu'elle fait ? Hélas ! qui savait qu'il s'en voulût servir pour aller chercher jusque dans des maceries (9) au fond de la Barbarie, ces pauvres chrétiens esclaves, pour les retirer, si ce n'est d'un enfer, pour le moins d'un purgatoire ? Et qui savait qu'il s'en voulût servir encore en tant d'autres lieux, comme nous voyons qu'il fait ?
La première raison donc (comme je viens de dire) pour laquelle nous devons communier aujourd'hui c'est pour remercier Dieu de l'institution de la Mission ;
2. Provincial de France ( 1616-1619) .
3. "Maceries, fermes". C’est le terme utilisé couramment par les voyageurs et les missionnaires; or Vincent, dans sa lettre de la captivité, ne l’emploie pas, mais le terme "témat", qui peut venir de l’un ou l’autre de deux mots arabes qu’il aura prononcés comme il a pu - B. K.
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la seconde, pour lui demander pardon des fautes que la Compagnie en général et un chacun en particulier y avons faites jusqu'à présent ; et la troisième, pour lui demander la grâce de nous en corriger et de nous acquitter de mieux en mieux des emplois qui la concernent.
113. REPETITION D'ORAISON DU DIMANCHE 4 AVRIL 1655
SUR L'HOSPITALITE DONNEE AU CARDINAL DE RETZ
DANS L'ETABLISSEMENT DE ROME
Nous avons un sujet de rendre grâces à Dieu de ce qui vient d'être fait au sujet de Monseigneur le cardinal de Retz, que la Mission de Rome a reçu chez elle : 1° en ce que nous avons en cela fait un acte de reconnaissance envers notre fondateur et notre prélat ; 2° en ce que l'on a rendu au Pape un acte d'obéissance, ayant ordonné au supérieur de la Mission de Rome qu'il eût à recevoir à la Mission mondit seigneur le cardinal ; et enfin, en troisième lieu, de ce qu'on a encore mis en pratique un autre bel acte d'obéissance, en obéissant au commandement du roi, lequel, n'étant pas satisfait des conduites de mondit seigneur le cardinal de Retz, a trouvé ici mauvais qu'on l'eût reçu chez nous à Rome ; ce qui lui a donne sujet de mander au supérieur de ladite maison de la Mission de Rome (1) et à tous les prêtres missionnaires français qui y étaient, de sortir de Rome et s'en venir en France. Et voilà que le supérieur est déjà arrivé ici. Voyez comme toutes les vertus s'entre-suivent et comme une en engendre une autre, et
Entretien 113. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 17
1. Thomas Berthe.
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celle-ci encore une autre. Oh ! que j'estime cela, que la Compagnie ait rendu ce devoir d'obéissance au Souverain Pontife ! Oh ! que je souhaite que la Compagnie entre dans les sentiments de grande reconnaissance et qu'elle fasse une profession particulière d'obéir au Souverain Pontife, d'obéir au roi son prince, en sorte que, quand on vous dira : "Allez" aller ; quand on vous dira : "Faites cela", le faire ; quand on vous dira : "Venez-vous-en", s'en venir aussitôt !
114. — EXTRAIT D'ENTRETIEN, AVRIL 1655
NOUVELLES DE FRANçOIS LE BLANC, MISSIONNAIRE EN ECOSSE
Nous recommanderons à Dieu notre bon M. Le Blanc, qui travaillait dans les montagnes d'Ecosse, lequel a été pris prisonnier par les Anglais hérétiques avec un Père jésuite. On les a menés en la ville d'Aberdeen, d'où est M. Lumsden, qui ne manquera pas de le voir et de l'assister. Il y a beaucoup de catholiques en ce pays-là qui visitent et soulagent les prêtres souffrants. Tant y a que voilà ce bon missionnaire dans la voie du martyre. Je ne sais si nous devons nous en réjouir, on nous en affliger ; car, d'un côté, Dieu est honoré de l'état où il est détenu, puisque c'est pour son amour ; et la Compagnie serait bien heureuse si Dieu la trouvait digne de lui donner un martyr, et lui-même bien heureux de souffrir pour son nom, et de s'offrir, comme il fait, à tout ce qu'il lui plaira ordonner de sa personne et de sa vie. Quels actes de vertu ne pratique-t-il pas
Entretien 114. —Abelly, op. cit.,L. II, chap. 1, sect. XI, p. 208 et suiv.
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à présent, de foi, d'espérance, d'amour de Dieu, de résignation et d'oblation, par lesquels il se dispose de plus en plus à mériter une telle couronne ! Tout cela nous excite, en Dieu, à beaucoup de joie et de reconnaissance.
Mais, d'une autre part, c'est notre confrère qui souffre ; ne devons-nous donc pas souffrir avec lui ? Pour moi, j'avoue que, selon la nature, j'en suis très affligé, et la douleur m'en est très sensible ; mais, selon l'esprit, j'estime que nous en devons bénir Dieu comme d'une grâce toute particulière. Voilà comme Dieu fait, après que quelqu'un lui a rendu de notables services : il le charge de croix, d'afflictions et d'opprobres. O Messieurs et mes frères, il faut qu'il y ait quelque chose de grand que l'entendement ne peut comprendre~ dans les croix et dans les souffrances, puisque d'ordinaire Dieu fait succéder au service qu'on lui rend les afflictions, les persécutions, les prisons et le martyre, afin d'élever à un haut degré de perfection et de gloire ceux qui se donnent parfaitement à son service. Qui conque veut être disciple de Jésus-Christ doit s'attendre à cela ; mais il doit aussi espérer qu'en cas que les occasions s'en présentent, Dieu lui donnera la force de supporter les afflictions et surmonter les tourments.
M. Le Vacher me mandait un jour de Tunis qu'un prêtre de Calabre, où les esprits sont rudes et grossiers, conçut un grand désir de souffrir le martyre pour son nom, comme autrefois le grand saint François de Paule à qui Dieu donna même mouvement, lequel pourtant il n'exécuta pas, parce que Dieu le destinait à autre chose ; mais ce bon prêtre fut tellement pressé de ce saint désir, qu'il passa les mers pour en venir chercher l'occasion en Barbarie, où enfin il la trouva et mourut constamment pour la confession du nom de Jésus-Christ.
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Oh ! s'il plaisait à Dieu nous inspirer ce même désir de mourir pour Jésus-Christ, en quelque façon que ce soit, que nous attirerions de bénédictions sur nous ! Vous savez qu'il y a plusieurs sortes de martyres : car, outre celui dont nous venons de parler, c'en est un autre de mortifier incessamment nos passions, et encore un autre de persévérer en notre vocation, dans l'accomplissement de nos obligations et de nos exercices. Saint Jean-Baptiste, pour avoir eu le courage de reprendre un roi d'un péché d'inceste et d'adultère qu'il commettait, et avoir été mis à mort pour ce sujet, est honoré comme un martyr, quoiqu'il ne soit pas mort pour la foi, mais bien pour la défense de la vertu, contre laquelle cet incestueux avait péché. C'est donc une espèce de martyre que de se consumer pour la vertu. Un missionnaire qui est bien mortifié et bien obéissant, qui s'acquitte parfaitement de ses fonctions et qui vit selon les règles de son état, fait voir, par ce sacrifice de son corps et de son âme, que Dieu mérite d'être uniquement servi, et qu'il doit être incomparablement préféré à tous les avantages et plaisirs de la terre. Faire de la sorte, c'est publier les vérités et les maximes de l'Evangile de Jésus-Christ, non par paroles, mais par la conformité de vie à celle de Jésus-Christ, et rendre témoignage de sa vérité et de sa sainteté aux fidèles et aux infidèles ; et par conséquent vivre et mourir de la sorte, c'est être martyr.
Mais revenons à notre bon M. Le Blanc, et considérons comment Dieu le traite après avoir fait quantité de bonnes choses en sa Mission. En voici une merveilleuse à laquelle quelques-uns voulaient donner le nom de miracle. C'est qu'une certaine intempérie de l'air étant arrivée, il y a quelque temps, qui rendait la pêche fort stérile et réduisait le peuple dans une très grande
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nécessité, il fut sollicité de faire quelques prières et de jeter de l'eau bénite sur la mer, parce qu'on s'imaginait que cette malignité de l'air était causée par quelques maléfices. Il le fit donc, et Dieu voulut qu'aussitôt la sérénité revînt et que la pêche fût abondante.
C'est lui-même qui me l'a ainsi écrit. D'autres m'ont aussi mandé les grands travaux qu'il souffrait dans ces montagnes pour affermir les catholiques et convertir les hérétiques, les dangers continuels où il s'exposait, et la disette qu'il y souffrait, ne mangeant que du pain d'avoine. Si donc il n'appartient qu'à un ouvrier qui aime bien Dieu de faire et de souffrir ces choses pour son service, et qu'après cela, Dieu permette qu'il lui arrive d'autres croix encore plus grandes, et qu'on en fasse un prisonnier de Jésus-Christ et même un martyr, ne devons-nous pas adorer cette conduite de Dieu, et, en nous y soumettant amoureusement, nous offrir à lui, afin qu'il accomplisse en nous sa très sainte volonté ? Or sus, nous demanderons donc cette grâce à Dieu, nous le remercierons de la dernière épreuve qu'il veut tirer de la fidélité de ce sien serviteur, et nous le prierons que, s'il n'a pas agréable de nous le laisser encore, au moins il le fortifie dans les mauvais traitements qu'il souffre, ou qu'il pourra souffrir ci-après.
115. — REPETITION D'ORAISON DU 11 AVRIL 1655
SUR L'EPREUVE DE LA TENTATION
S'adressant à un frère coadjuteur qui venait de déclarer qu'il n'avait aucune peine aux emplois de la maison, Monsieur Vincent dit :
Vous avez grand sujet de rendre grâces à Dieu de ce
Entretien 115. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 16.
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que Notre-Seigneur vous fait cette grâce. Dieu agit quelquefois ainsi au commencement, afin que les personnes se donnent tout de bon à lui ; il les mène premièrement par cette douceur qui fait qu'elles agréent toutes choses, puis de là il les fait passer à l'indifférence ; de l'indifférence, à quelque petit dégoût ; du dégoût, à l'aversion ; de l'aversion quelquefois jusqu'à des pensées de blasphèmes, d'aversion de Dieu, de la vertu, des personnes qui maintiennent l'ordre. Et cela, c'est un exercice que Dieu envoie à ces âmes-là pour les faire croître en la vertu. Et ce sont là des marques de son amour. Et puis, après qu'il les a ainsi exercées, que fait Dieu ? Il les fait entrer dans des douceurs et consolations si grandes que cela est admirable ; et ainsi l'on peut dire que voilà le tableau achevé.
J'ai connu une religieuse (1) qui avait une telle aversion au bien et de si grandes et abominables tentations, qu'elle en est venue même jusqu'à avoir des pensées de haine contre Dieu, en sorte qu'elle a dit quelquefois que, si elle sortait de la religion pour s'adonner à toutes sortes de voluptés, qu'elle ne se sentait point tant portée à le faire pour le plaisir de ces vilenies, que pour, par ce moyen, déplaire davantage à Dieu et se venger de lui en contrevenant à ses ordonnances et à ses lois. Et enfin qu'arriva-t-il après une telle épreuve ? C'est que Dieu, l'ayant tirée de cet état de souffrance, la conduisit dans un autre tout suave, doux, de sentiments de lui si grands et si admirables qu'elle est enfin morte en odeur de sainteté. Voilà comme Dieu conduit quelquefois de certaines âmes.
Il y a (nous disait-il) une autre personne, qui vit encore, que je connais, laquelle ne sait ce que c'est que
XI. — 12
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tentation ni de la chair, ni d'aversion, ni de haine, etc ; et cependant il n'y a peut-être âme qui soit plus tentée de n'être point tentée, que celle-là. Cela paraît un paradoxe, et pourtant cela est ainsi ; et elle est inconsolable dans cette tentation, à cause que, dans la Sainte Ecriture et dans la vie des plus grands saints, il est fait mention que toutes les âmes que Dieu a conduites à la sainteté, il les a fait passer toutes par les souffrances ; et lui-même y a voulu passer, qui est le Saint des saints. Et cela porte même cette personne-là à avoir quelquefois des pensées qu'elle est réprouvée, puisqu'elle est hors de l'état de souffrance, car, dit-elle, il est dit que celui qui voudra vivre pieusement souffrira persécution (2). " Je ne souffre rien ; donc je ne suis pas pieux."
Or, pour revenir à vous, mon frère, qui dites que vous n'avez peine à rien, je vous dis que vous devez beaucoup vous humilier et vous défier de cet état auquel vous êtes maintenant. Le véritable chrétien doit continuellement agir contre ses inclinations, et encore plus particulièrement ceux qui se sont donnés à Dieu, ou dans la religion, ou dans quelque communauté. Saint Paul dit qu'il faisait le mal qu'il ne voulait pas faire et qu'il avait aversion de faire le bien qu'il voulait faire (3) ; et ainsi il nous faut nous surmonter en toutes les difficultés et prendre les maux et peines qui nous arrivent, comme choses qui nous sont présentées de la part de Dieu, et demeurer dans l'état auquel il lui plaît nous mettre.
116. — FIN D'UNE CONFERENCE SUR LA TEMPERANCE AVRIL 1655
ELECTION D'ALEXANDRE VII
O misérable que je suis, qui me rue sur les viandes, qui dévore, comme ceux dont on vient de parler, que j'ai sujet de m'humilier !... Il a plu à Notre-Seigneur nous donner un Pape. J'en ai eu la nouvelle en allant à l'assemblée l. La sœur de M. le cardinal Mazarin l'a mandé aux filles de Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques, qui me l'ont fait savoir. C'est un bon Pape et qui a le plus approfondi dans les matières du temps et qui a été de l'opinion contraire à celles qui ont été condamnées. Les prêtres de la Mission diront demain la sainte messe, s'il leur plaît, pour action de grâces, etc., et nos frères l'entendront, et dimanche prochain ils communieront pour le même sujet. Les dames de l'assemblée de la Charité doivent demain communier pour cela.
117. —CONCLUSION DE LA CONFERENCE DU 30 AVRIL 1655
SUR L'OFFRANDE DE NOS ACTIONS A DIEU
Or sus, Dieu soit loué de tout ce qui vient d'être dit ! Tâchons, Messieurs, d'en faire un bon profit ; ayons bien soin d'offrir nos actions à Dieu, surtout les principales ; et encore bien que, dans l'offrande du matin, on offre toutes les actions de la journée à Dieu, néanmoins il est encore bon d'offrir, pendant la journée,
Entretien 116. — Manuscrit du frère Robineau, p. 29.
1 L'assemblée des dames de la Charité.
Entretien 117.— Manuscrit de répétitions d'oraison, f° 17.
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chacune d'icelles en particulier. Je ne dis pas qu'il les faille toutes offrir et s'occuper à dire perpétuellement : "Mon Dieu, je vous offre ce que je fais ; mais il est bon de le faire surtout aux principales actions ; et ainsi tout ce que l'on fera sera agréable à Dieu. Oh ! quel bonheur de plaire toujours à Dieu, de faire tout ce que l'on fait pour l'amour de Dieu et pour lui agréer ! Donnons-nous donc à Dieu, Messieurs, pour faire dorénavant toutes nos actions pour son amour et pour lui plaire ; et, par ce moyen, il arrivera que toute action, tant petite soit-elle, sera d'un grand mérite devant sa divine Majesté. Ne venons-nous pas d'entendre ce que l'on nous vient de dire, que c'est cette pureté d'intention qui rend toutes les actions égales ? Dieu nous fasse la grâce de bien profiter de tout ceci !
118. — REPETITION D'ORAISON DU 23 MAI 1655
SUR LA FETE DE LA SAINTE TRINITE
Outre l'obligation que nous avons, comme chrétiens, d'honorer cette fête, nous en avons une particulière, nous autres, à cause qu'un Pape, par les bulles d'approbation de la Compagnie, nous a donné la très Sainte Trinité pour notre patron ; et c'est ce qui nous doit beaucoup animer tous, tant que nous sommes, à avoir une grande dévotion à cette fête ; comme aussi de nous affectionner beaucoup à ne laisser passer aucune occasion d'enseigner ce mystère. Je reconnais que nous nous sommes relâchés en cela, et que l'on était plus soigneux de cela dans le commencement, qu'à présent dans le progrès de la Compagnie. Cependant, voyez-vous,
Entretien 118 — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 18 v°.
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quelques docteurs tiennent que ceux qui ne sauront point ce mystère et celui de l'Incarnation sont en état de damnation ; et même saint Augustin et saint Thomas enseignent que la science de ces mystères est un moyen de nécessité de salut. Or, si cela est, jugez, Messieurs et mes frères, combien il est important que nous enseignions ces mystères à ceux qui les ignorent.
1° Nous y sommes obligés en qualité de chrétiens, car tout chrétien doit instruire un autre chrétien des choses nécessaires à salut, lorsqu'il sait qu'il les ignore.
2° Nous y sommes obligés comme prêtres, ceux qui le sont.
3° Comme missionnaires. Et encore bien, mes frères, que vous autres, vous ne soyez pas prêtres et que vous n'ayez point étudié, vous n'êtes néanmoins pas exempts de cette obligation, et devez, quand vous rencontrez quelque pauvre, lui enseigner ce mystère, s'il ne le sait pas, même à quelque petit nombre, à un grand nombre. Nous voyons qu'au défaut d'un prêtre, un laïque peut baptiser un enfant, et l'Eglise même le permet aux femmes dans la nécessité, au défaut d'un homme. Enfin nous devons tâcher d'informer tout le monde de ce mystère. Hélas ! combien pensez-vous qu'il y a de bonnes âmes qui ne parlent jamais à un pauvre, qu'ils ne le catéchisent, même des laïques et de l'autre sexe, jusque-là qu'il y en a qui vont parmi les villages pour instruire ces pauvres gens, et m'ont prié de trouver bon que, quand elles trouveraient quelques-unes de ces bonnes gens qui auraient désir de faire une confession générale, elles nous les envoyassent !
Nos pauvres sœurs de la Charité font cela avec tant de grâce et de bénédiction dans les villages où elles sont ! Une dame me manda encore, ces jours passés,
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qu'elle me priait de lui envoyer une Fille de la Charité, principalement pour avoir soin d'instruire les pauvres de ce mystère, nécessaire à salut, en faisant les petites écoles, pource que la plupart de ces pauvres gens ne vont point aux prédications, ni catéchismes, et ainsi ignorent bien souvent ce mystère. Voyez, Messieurs, ce que c'est que cela. C'est ainsi que Dieu en use quand il voit que ceux qui doivent enseigner ne le font pas ; il substitue d'autres en leur place, qui le font, même des personnes de sexe différent. Quand je vas par ces paroisses de Paris visiter la Charité, je demande souvent à ces bonnes dames de la Charité : "Eh bien ! Mesdames, comment font nos sœurs de la Charité ? " Et elles me répondent : "Par la grâce de Dieu, Monsieur, elles font fort bien ; tous les pauvres sont instruits des choses nécessaires à salut, grâces à Dieu." Or sus, Dieu soit loué et glorifié à jamais !
Je souhaite donc : 1° que tous, tant que nous somme" nous ayons une grande dévotion à cette fête et ardeur d'enseigner ce mystère ; 2° que nous fassions cette résolution de ne nous jamais trouver avec un pauvre, sans que nous lui enseignions les choses nécessaires à son salut, si nous pensons qu'il ne les sache pas ; en troisième lieu, que nous demandions bien pardon à Dieu d,e la négligence que nous avons apportée à observer cela jusqu'à présent, et que nous nous en humiliions beaucoup devant Dieu.
Nous avons nouvelle que le bon M. Lebas se porte mieux, par la grâce de Dieu, et est hors de danger. Il est retombé par trois fois, et la dernière fois on pensait qu'il ne relèverait pas. Je prie la Compagnie de rendre grâces à Dieu de celle qu'il lui a faite de lui avoir conservé ce sien serviteur, qui est un fort bon sujet et bien vertueux. Nous ne l'avons pas vu ici,
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pource qu'à peine eut-il fait son séminaire à Richelieu, il fut envoyé à Agde, où il a été à grand exemple. De tout cela nous rendrons grâces à Dieu, comme aussi de ce que M. de Martinis, qui a été malade à Rome, se porte bien, non sans danger de retomber, à ce que disent les médecins, Si on ne le change d'air.
119. — REPETITION D'ORAISON DU 27 MAI 1655
Il faut, pendant l'oraison, s'attacher plus aux affections qu'aux considérations. — Nouvelles de François Le Blanc et de Thomas Lumsden, missionnaires en Ecosse. — Saint Vincent recommande de faire des répétitions de cérémonies.
A la répétition de l'oraison, qui se faisait sur la fête du très Saint Sacrement de l'autel, un frère clerc qui répétait son oraison, vint à dire qu'il s'était un peu tenu coi pour écouter Dieu, qui lui parlait au cœur. M. Vincent le reprit et lui dit :
Mon frère, ce mot que vous venez de dire : "J'ai écouté Dieu ", est un peu rude ; mais il faut dire plutôt : "Je me suis tenu en la présence de Dieu pour écouter s'il plairait à Notre-Seigneur m'inspirer quelque bonne pensée, ou quelque bon mouvement."
Et ensuite il a fait continuer la répétition, et à la fin il a dit :
Mes frères, je remarque que, dans toutes les oraisons que vous faites tous, un chacun s'efforce de rapporter quantité de raisons, et raisons sur raisons ; cela se remarque. Mais vous ne vous affectionnez pas assez. Le raisonnement est quelque chose, mais ce n'est point encore assez ; il faut autre chose ; il faut que la volonté agisse, et non pas seulement l'entendement ; car toutes
Entretien 119. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 19 v°.
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nos raisons sont sans fruit, si nous ne venons aux affections. On ne va pas assez à la fin pour laquelle la chose est instituée. Par exemple, aujourd'hui, sur la fête du très Saint Sacrement de l'autel, il fallait dire : "Or sus, pourquoi est-ce que cette fête a été instituée ? C'est pour rendre grâces à Dieu de l'institution du très Saint Sacrement de l'autel, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, le jour avant sa passion, institua pour le bien de tous les fidèles" ; et ensuite s'exciter à des actions de grâces de ce grand et incomparable bienfait du Fils de Dieu, lui en rendre des actions de grâces, d'adoration, d'humiliation, de reconnaissance ; prier les anges de nous aider à l'en remercier, nous n'étant pas dignes de le faire comme il faut ; et s'exclamer continuellement à Dieu : "O Seigneur, soyez loué et remercié à jamais de m'avoir donné pour viande et pour breuvage votre chair et votre sang ! O mon Seigneur, comment vous en pourrai-je dignement remercier ! " Et ainsi s'entretenir en des actes fervents de la volonté vers son Dieu. Car, voyez-vous, mes frères, le raisonnement nous fait, à la vérité, voir la beauté de la chose, mais il ne nous la donne pas pour cela. Par exemple : je vois une pomme sur un pommier, et encore bien que je la voie fort bien et que, la considérant, je la trouve fort belle, je ne la tiens pas pour cela, je n'en jouis pas, je ne l'ai pas en ma possession ; car autre chose est de voir une chose, et autre chose de l'avoir et de la posséder ; autre chose de voir et considérer la beauté de la vertu, et autre chose de l'avoir. Or, le raisonnement nous fait bien voir la vertu, mais il ne nous la donne pas ; comme quand une personne dit à une autre : "Tiens, la voilà cette pomme ; regarde qu'elle est belle" ; mais pour cela elle ne la lui donne pas en sa possession. Or, c'est ainsi, mes frères, que fait le raisonnement en notre méditation.
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Pour ce qui est, à cette heure, des raisons pour nous faire voir la réalité du corps et du sang de Notre-Seigneur en ce sacrement, il ne faut que considérer ce qui est noté dans saint Jean : "Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; le pain que je donne, c'est mon corps ; le vin que je vous donne, c'est mon sang." Personne ne doute de cette vérité, excepté les hérétiques, qui le veulent faire entendre en un autre sens. Notre-Seigneur lui-même nous en assure même par jurement, car il dit que celui qui ne mangera sa chair et ne boira son sang n'aura point la vie éternelle. Et ainsi il n'y a rien à examiner ni à éplucher pour ce regard. Mais ce que nous avons à faire en cette méditation, c'est de nous exclamer à Dieu par des actes de foi que nous devons faire, d'espérance, oui, d'espérance en ce divin mystère, de charité, d'humilité, de reconnaissance, d'adoration et de dépendance. Or sus, demandons bien pardon à Dieu des fautes que nous avons commises à l'égard de ce sacrement.
Nous avons eu des nouvelles de M. Le Blanc. Je reçus hier au soir une lettre du bon M. Lumsden, par laquelle il me mande que la persécution est grande en ce pays-là ; et mondit sieur Le Blanc a été transféré de la ville d'Aberdeen, où il était, à un bourg, avec encore un Père jésuite et un autre prêtre séculier, de sorte que nous ne savons pas encore ce qui en sera. Nous avions pensée d'envoyer pour le retirer, mais nous nous trouvons bien empêchés. Comment faire ? Deux raisons nous en empêchent : 1° pource que, si nous demandons sa liberté, il faudra déclarer qu'il est prêtre ; et cela, ce serait le découvrir, pource que c'est pour cela que l'on l'a mis prisonnier. La seconde chose qui nous empêche encore, c'est à cause que l'on ne sait encore comme
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l'on est, c'est-à-dire la France et l'Angleterre (1), les affaires étant brouillées. L'Ecosse commençait un peu à respirer depuis quelques années, et plusieurs conversions ce faisaient ; mais, depuis environ dix ou douze jours, on a renouvelé des ordonnances qui sont très rigoureuses contre les pauvres catholiques ; de sorte que le pauvre M. Lumsden n'est point en sûreté. Il me dit qu'il y a longtemps qu'il n'a point eu nouvelle de M. Duiguin. Peut-être que le mauvais temps en a été la cause, ces montagnes étant toutes couvertes de neige ; car la lettre que je reçus hier est datée du mois de mars.
A-t-on fait exercer les cérémonies ? Et M. Admirault (2) ayant répondu que non, M. Vincent répliqua qu'on le devait faire. J'ai fait prier M. l'abbé de Chandenier (3) de dire la sainte messe et faire l'office, et je souhaite que la Compagnie se mette dans cette pratique de céder toujours (comme, par exemple, aux évêques qui nous viennent visiter, et autres personnes de piété) les principales fonctions qui sont à faire. C'est ainsi qu'en usaient les premiers chrétiens à l'égard des personnes considérables qui les venaient visiter. Et même il s'est vu dans un concile des évêques qui se sont plaints d'autres évêques, de ce que, les ayant été visiter, ils ne leur ont pas rendu cette déférence, celui qui est visité devant céder par humilité à celui qui visite. Ce sera donc M. de Chandenier, qui est un saint homme au prix de moi, misérable, un homme si modeste et si vertueux, et qui nous est à si grand exemple !
Et adressant la parole à M. Portail, il lui dit : "M. Portail, qu'est-ce qu'il faut faire ? " Et ensuite
1. Le manuscrit note que le saint dit par distraction : la France et l'Espagne,
3. Louis de Chandenier, abbé de Tournus,
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mondit sieur Portail ayant répondu, M. Vincent, reprenant la parole, dit qu'anciennement, au commencement de l'Eglise, un des soins qu'avaient les diacres et les diaconesses était de faire la veille de fêtes, exercer les cérémonies, savoir : les diacres aux hommes et les diaconesses aux femmes et filles ; par exemple ils les exerçaient en la manière de bien faire une révérence, une inclination, une prosternation ; car, en ce temps-là, ils se prosternaient souvent à terre ; en quel temps ! Et ainsi du reste. Oh bien ! mes frères, tâchons donc de bien faire cette action, de bien observer les inclinations, les génuflexions ; par exemple, quand on ira à la procession, bien faire la génuflexion, puis l'inclination.
Alors M. Portail lui ayant dit qu'on ne faisait point d'inclination, M. Vincent répondit :
Vous avez raison, Monsieur, voyez un peu ma bêtise et comme j'ai besoin moi-même d'être instruit, et combien il importe que cet exercice se pratique, afin que ceux qui ne savent pas ce qu'il faut faire, ou qui ne s'en souviennent pas, en soient instruits.
120. — CONFERENCE DU 11 JUIN 1655
SUR LA SUPERBE
M. Vincent pria M. Alméras, son assistant, de tenir la main à ce que ce sujet fût donné pour méditation tous les mois, comme aussi celui de l'envie et de la paresse, parce que, disait-il, tout de même que l'eau cave et pénètre la pierre, même le marbre, à force de tomber goutte à goutte dessus, ainsi il y a sujet d'espérer que, méditant souvent ce sujets-là, avec la grâce de Dieu,
Entretien 120. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 21,V °
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nous serons touchés et excités à nous défaire de ces mauvais vices et à acquérir l'humilité, qui est la vertu contraire. Je considère quelquefois ici à notre sacristie la pierre sur laquelle l'eau tombe ; quoique dure et quoique ce ne soit que goutte à goutte, elle ne laisse pas de la caver. Ainsi nous avons sujet d'espérer que ces sujets, médités et remédités plusieurs fois, donneront, avec la grâce de Dieu, quelqu'impression à nos cœurs, quoique peut-être aussi durs que la même pierre. Hélas ! Messieurs et mes frères, dites-moi, je vous prie, ce qu'est venu faire le Fils de Dieu au monde ; et, y étant, comment y a-t-il voulu paraître ? Humble.
Et il rapporta ce passage de David : "Il a été comme une bête de charge, etc. (1) Voyez les mulets ; s'enorgueillissent-ils pour être bien harnachés, chargés d'or et d'argent, pour paraître avec de belles plumes ? Ainsi, Messieurs, si l'on nous loue, si l'on nous estime, pource que nous avons peut-être fait quelqu'action qui aura éclaté aux yeux du monde, moquons-nous de cela, n'en tenons point compte. Car est-ce nous ? N'est-ce pas Dieu, Messieurs, qui fait tout cela ? N'est-ce pas à lui que toute la gloire en est due ? Mon Sauveur, donnez-nous l'humilité, la sainte humilité, je vous en prie. Car, voyez-vous, mes frères, s'il y a gens au monde qui doivent appréhender la vanité, ce sont les missionnaires, à raison de leurs emplois ; et s'il y a gens au monde qui doivent travailler à combattre ce vice, ce sont les missionnaires. L'humilité est une des parties intégrantes de l'esprit de la Compagnie de la Mission ; en sorte que, si l'on nous dit que nous sommes des ignorants, des bêtes, gens sans esprit, sans conduite, il faut souffrir cela patiemment, non seulement le souffrir patiemment, mais être bien aises qu'on nous tienne pour tels.
121. — REPETITION D'ORAISON DU 13 JUIN 1655
Malheurs de la Pologne. — Zèle des missionnaires de Barbarie ; con
version opérée par eux — Avertissements donnés à un frère.
Je recommande aux prières de la Compagnie le royaume de Pologne, qui est en grande épouvante au sujet d'un si grand nombre d'ennemis dont il est attaqué. Il y va de la gloire de Dieu, que nous prions pour cela, puisque ce sont les ennemis de l'Eglise qui l'attaquent. Je prie les prêtres, autant qu'ils le pourront, de célébrer aujourd'hui pour cela ; et nos frères, de communier. Nous y sommes, outre cette raison que je viens de dire, encore obligés par celle que nous avons d'avoir été appelés en ce royaume-là pour y travailler et nous y établir.
Je recommande de plus notre pauvre et bienheureux prisonnier M. Le Blanc et les autres messieurs qui sont aux Hébrides, ceux qui sont aux Indes, en Barbarie, nos pauvres missionnaires de Barbarie, qui travaillent avec tant de bénédiction de Dieu. Certes, il faut bien qu'ils soient à bon exemple à ces pauvres esclaves qu'ils assistent, puisque nous en voyons qui se viennent rendre céans (1) ; car, s'ils étaient là à scandale, sans doute ces bonnes gens ne seraient point excités, comme nous les voyons, à se venir rendre missionnaires.
Voici une conversion que je m'en vas vous dire, qui est admirable. Un calviniste esclave s'est converti depuis peu à la religion catholique. Les huguenots d'Angleterre envoient de fois à autre en ce pays-là pour racheter ceux de leur parti. Or, un envoyé, s'adressant à
Entretien 121. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 22.
1. Deux esclaves libérés, Guillaume Servin et René Duchesne, étaient entrés à Saint-Lazare en qualité de frères coadjuteurs.
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cet esclave, lui demanda s'il voulait qu'il le rachetât. Ledit esclave lui répondit qu'il aimait mieux demeurer esclave toute sa vie et rester catholique, que d'y renoncer pour avoir sa liberté ; et ainsi il refusa.
Voilà, Messieurs, une conversion admirable. En vérité, Messieurs, j'ai bien sujet de craindre que cet homme-là ne soit mon juge au jour du jugement.
Puis ensuite, appelant un frère coadjuteur auquel il avait à faire quelqu'avertissement, il lui dit :
Mon frère, mettez-vous là à genoux.
Et en présence de toute la Compagnie il lui dit :
Mon frère, je suis obligé de vous avertir ici des fautes que vous faites et dont vous ne vous corrigez point, nonobstant les avertissements que l'on vous en a faits en particulier et à l'obéissance.
Et alors il raconta tout haut les fautes de ce frère, qui étaient fort grandes et que je n'ai pas voulu écrire ici. Seulement je dirai que M. Vincent le traita avec des paroles fort douces et qui témoignaient un esprit plein de charité et de compassion, accompagné néanmoins de fermeté, défendant audit frère la communion jusqu'à ce qu'il lui dît de la faire, et priant les prêtres de ne l'y point recevoir, s'il s'y présentait. Et il ajouta :
Et afin, mon pauvre frère, que vous vous souveniez de cela, vous ne boirez point de vin huit jours durant, et je prie nos frères de la dépense de tenir la main à cela, afin que, s'il se met en quelque place où il y ait une chopine, qu'ils l'aillent ôter de devant lui. Allez, mon frère !
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122 — REPETITION D'ORAISON DU 14 JUILLET 1655
Il faut se confesser et commet chaque fois que la règle l'ordonne, — Avertissement donné à un missionnaire irrégulier — Un supérieur doit tenir ferme à l'observance de la règle. —
Effet du relâchement dans l'Ordre de saint benoît ; crainte que la congrégation de la Mission ne suive ce triste exemple
Un frère coadjuteur, répétant son oraison, ayant dit qu'il avait quelquefois peine d'aller si souvent a confesse et à la communion, principalement lorsqu'il arrivait des fêtes pendant la semaine, et qu'il craignait que cela ne passât en habitude et qu'ainsi il n'y apportât pas tant de préparation que si cela se faisait plus rarement, M Vincent interrompit son discours et lui dit :
Mon frère, vous faites fort bien de craindre de ne pas apporter toutes les dispositions requises pour la réception des sacrements ; mais néanmoins, encore bien que vous ne sentiez pas en vous, ce vous semble, une disposition telle que vous, désireriez, il ne faut pourtant pas laisser de vous confesser et communier aux jours que la règle l'ordonne et que la Compagnie l'a pratiqué jusqu'ici. C'est un abus, mon frère, de croire que, si, par exemple, vous alliez moins souvent à confesse et à communion, vous seriez mieux disposé. Je dis plus, que, quand même, en usant, comme vous dites, moins souvent, vous sentiriez en vous une plus grande disposition, ce vous semble, et que vous fissiez cela avec sentiment et larmes, il serait bien à craindre, mon frère, que ce fût un épanchement de la nature et de l'amour propre, dont la satisfaction et le contentement qu'elle prendrait en une autre chose lui ferait agréer celle-ci. C'est pourquoi il faut tenir ferme dans l'observance des règles et les pratiques de la Compagnie.
Entretien 122. — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 22 V°.
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J'avertis encore hier un de la Compagnie de ce qu'il se dispense de l'oraison, du chapitre et ainsi des exercices de la communauté, et cependant nous voyons qu'il ne s'en corrige pas ; que faut-il faire à cela, Messieurs ? Pensez-vous quelle est la peine d'un pauvre supérieur quand il voit ses inférieurs dans le relâche et dans une paresse si grande, et combien il faut qu'il sue et qu'il travaille pour remettre toutes choses en leur premier état ! Et encore, Dieu veuille qu'il le fasse ! Et en ce cas, on pourra appeler cela une sorte de miracle, tant il est vrai qu'une communauté qui s'est une fois relâchée et s'est abandonnée au désordre, puisse revenir jamais à l'état premier de perfection duquel elle est déchue. Saint Paul dit d'une personne qui a été une fois convertie et tout à Dieu et qui puis après vient à tomber de cet état, qu'il est impossible qu'elle s'en relève, c'est-à-dire qu'il est très difficile (1) ; et ainsi d'une communauté. C'est pourquoi, Messieurs, tenons ferme dans l'observance des règles.
Oh ! quel compte a à rendre à Dieu un supérieur qui n'a point eu assez de courage pour tenir ferme à ce que la règle ait été observée, et ainsi est cause que la Compagnie s'est relâchée en la pratique de la vertu ! Quel compte a à rendre à Dieu un supérieur lâche ! Car non seulement il rendra compte à Dieu du mal qui s'est fait (et dont il a été cause par sa lâcheté) dans la Compagnie, pendant le temps qu'il y a été supérieur, qui est peut-être de deux ou trois ans plus ou moins, mais encore de celui qui s'y commet pendant le temps de celui qui lui succédera, et le deuxième et le troisième.
Quel compte aussi a à rendre à Dieu un prêtre ou un frère qui aura été cause, par son mauvais exemple,
1. Hébreux 6, 4-6.
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d'une partie du mal qui s'est fait dans la Compagnie, qui aura été lâche dans les emplois d'icelle, ou les aura abandonnés pour avoir moins de peine et plus de liberté !
Dans le commencement de l'Ordre de Saint-Benoît, leur emploi et exercice était de desservir quantité de cures, enseigner et former des jeunes enfants, de sorte que la noblesse leur donnait ses enfants pour être instruits et morigénés ; quantité de personnes pieuses ont donné quantité de biens, maisons, terres, héritages, fait bâtir des églises, qu'elles ont données à ces Pères et qu'elles ont fait ériger en abbayes et prieurés. Les lâches ont trouvé que c'était trop ; c'est pourquoi ils ont dit : "Pourquoi nous tant peiner? Laissons, laissons toutes ces cures, toutes ces instructions, contentons-nous seulement du chœur, retenons-nous les deux tiers des dîmes des cures, et l'autre tiers, donnons-le à un vicaire perpétuel." Voyez, retenons comme ils parlent : "Retenons les dîmes ", c'est-à-dire, retenons la graisse. Voyez, Messieurs, voilà le procédé qu'ils ont tenu ; ils ont mis des vicaires perpétuels, ils ont abandonné l'instruction des jeunes enfants, et qu'a fait Dieu? Ah ! le voulez-vous voir ? Il a permis que la plus grande partie de toutes les abbayes et des prieurés soit tombée entre les mains des laïques, abbés commendataires et prieurs simples, sans aucune charge, car une partie de ces prieurs n'est chargée que de fort peu de chose, de faire dire quelques messes. Voilà l'état auquel nous tomberons, si Dieu n'y met la main.
Quoi ! dira un missionnaire lâche, à quoi bon tant de missions ? Aller aux Indes, aux Hébrides ! Allez, allez, cela est trop. Aux prisons, aux Enfants trouvés, au Nom-de-Jésus ! Tout cela est trop entreprendre ; il faut abandonner cela ; vraiment quand M. Vincent sera
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mort, il y aura bien du changement ; il faudra bien retrancher tous ces emplois, car autrement le moyen d'y subvenir ! Quoi ! aux Indes, aux Hébrides, aux prisons, les Enfants trouvés, etc. ! —De sorte, Messieurs, qu'il faudra dire : " Adieu les missions ; adieu, les Indes ; adieu les Hébrides, les prisons le Nom-de-Jésus, les Enfants trouvés, la Barbarie ; adieu tout cela ! "Et qui est cause de tout ce mal ? Un lâche, des missionnaire, lâches et pleins de l'amour de leur propre commodité et du repos.
O Messieurs, ô mes frères, quand vous verre cela, vous pourrez bien dire : adieu tous ces emplois ! Saint Jean disait : "Quand vous verrez de ces personnes. parmi vous, tenez-les pour des antéchrists." Mes frères, je vous dis de même : quand vous verrez un missionnaire lâche qui tiendra de tels discours, ou tendant à ce que l'on abandonne tous ces biens que je viens de dire, dites hardiment : "Voilà l'antéchrist." Oui, mes frères, c'est un antéchrist. Dites : "Voilà l'antéchrist qui est né, le voilà ! " Eh quoi ! et si, la Compagnie n'étant encore que dans le berceau (car la Compagnie ne fait que de naître, elle est encore dans le berceau), si, dis-je, cela est ainsi et que néanmoins elle ait : jusqu'ici, aidée de la grâce de Dieu, embrassé tant de biens si agréables à sa divine Majesté et auxquels il lui a plu donner bénédiction, à combien plus forte raison le doit-elle faire lorsqu'elle sera plus avancée en âge, qu'elle aura acquis plus de force qu'elle n'a ! Nous voyons que, si un enfant a assez de force et de courage, quoique jeune et délicat, pour entreprendre de venir à bout de quelque chose, à plus forte raison lorsqu'il est plus avancé, jusques à vingt-cinq ou trente ans. Ainsi en doit-il être de la Compagnie de la Mission. Or sus, Dieu soit béni ! Dieu soit béni et glorifié à jamais
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Plaise à sa divine Majesté nous faire la grâce que ce malheur que je viens de dire n'arrive pas à la Compagnie (2) !
123. — REPETITION D'ORAISON DU 18 JUILLET 1655
ELOGE D'ADRIEN BOURDOISE
M. Vincent recommanda avec beaucoup d'instance aux prières de la Compagnie la santé de M. Bourdoise, dangereusement malade d'une apoplexie (1), et nous exalta fort le zèle de ce bon prêtre pour l'état ecclésiastique, duquel Dieu s'était servi pour jeter les fondements de cette sainte Compagnie des prêtres de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, quoiqu'il fût d'une naissance si pauvre, qu'il n'avait pu faire ses études que par le secours des écoliers, qui lui donnaient quelques morceaux de pain ; et même quand on en jetait à quelque chien, la faim l'obligeait à courir devant pour le prendre.
M. Vincent raconta aussi que M. Bourdoise lui disait que c'était une grande œuvre que de travailler à l'instruction des pauvres gens, mais qu'il était encore plus important d'instruire les ecclésiastiques, puisque, s'ils sont ignorants, il faut par nécessité que les peuples qu'ils conduisent le soient aussi. Et il disait vrai, il disait vrai.
Ensuite M. Vincent pria Dieu plusieurs fois que nous fussions participants du grand zèle qu'avait ce bon prêtre et des grands biens qu'il a faits à l'Eglise.
2. La rédaction que nous a conservée Abelly de cette dernière partie (op. cit. L. III, chap. X, p. 105) diffère notablement de celle que nous donnons ici.
Entretien 123. — Recueil de diverses exhortations, p. 71