Correspondance (page 10)
244. — A ROBERT DE SERGIS
Monsieur,
Béni soit le saint nom de Dieu, Monsieur, de ce que sa
intendant de la justice en Provence le 4 avril 1646, ambassadeur à Venise le 24 juin 1650, fut ordonné prêtre le 24 février 1651 et mourut à Venise le 14 juillet de la même année à l’âge de cinquante-quatre ans. De son épouse Hélène de la Font, qu’il perdit en 1638 il avait eu Marc-René, l’auteur des Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, publiées en 1900 par le R. P. dom H. Beauchet-Filleau.
4). Pont-Sainte-Maxence.
Lettre 244. — Recueil du procès de béatification.
- 353 -
Providence vous a arrêté auprès de Monseigneur le chancelier (1), en suite de la pensée qu’il a eue de me mander que je lui envoyasse quelqu’un pour le suivre ! O Monsieur, que les conseils de Dieu sont adorables et admirables ! Joseph allait en égypte pour y souffrir les misères qui accompagnent l’esclavage, et il y trouva son bonheur et celui des siens ; vous vous en alliez à la guerre pour souffrir les calamités, et Notre-Seigneur vous a arrêté auprès du chef de la justice du royaume et d’un des plus hommes de bien qui soient. Plaise à Notre-Seigneur vous y faire trouver le dégoût des choses du monde, par la plus grande connaissance que vous acquerrez de la vanité d’icelles, et que vous nous en puissiez faire part à votre retour, qui est certes un bien plus estimable que tous les honneurs et tous les biens de la terre ! Soyez-y donc à la bonne heure, Monsieur, puisque ce n’est pas vous qui vous y êtes introduit et que c’est la pure Providence qui en a disposé de la sorte.
Je n’entends pas bien en quelle qualité c’est, si c’est ou pour servir en l’absence de M. Peleüs, son aumônier, ou pour servir aux gens de guerre qui l’accompagnent. Si c’est en la première manière, je n’ai rien à vous dire touchant la confession, la sainte messe, ni les grâces. Vous savez ce qu’il faut faire aux deux premières, et vous vous informerez de ce qu’il faut faire au troisième ; si ce n’est, pour le premier, qu’il nous suffit de ce que les gens de bien nous disent, sans s’enquérir ; car quod supra nos nihil ad nos, dit un grand personnage. Il y a quelques cérémonies à la fin de la messe qu’on fait devant les grands ; c’est se retourner et leur faire une inclination à la fin de messe, après avoir ôté la chasuble. J’ai vu faire cet acte de révérence par notre bienheureux Monseigneur
1). Pierre Séguier.
- 354 -
de Genève (2) à Monsieur le général des galères (3). Votre condition est infiniment au-dessous de celle de ce grand et saint prélat. Il me semble, de plus, que l’on leur porte le corporal à baiser et que l’on leur va donner de l’eau bénite après la messe. Je ne l’ai jamais fait et n’en sais rien ; vous vous en informerez. Si vous mangez parfois à la table de Monsieur le maître d’hôtel, tâchez toujours Monsieur, d’y avoir la moindre place. Les maîtres d’hôtel ne quittent jamais la leur et les gentilshommes précèdent là les aumôniers en la plupart des lieux, même chez les prélats. J’avais pour maxime de regarder Monsieur le général en Dieu, et Dieu en lui, et de lui obéir de même, et à feu Madame comme à la Vierge, et de ne me présenter si ce n’était qu’ils m’appelassent, ou pour quelque affaire pressant et d’importance (4). Au nom de Dieu, Monsieur, faites-en de même. Quant aux domestiques, il les faut beaucoup honorer et traiter doucement, cordialement et fort respectueusement, et surtout leur dire parfois quelque chose de Dieu, et se faut bien garder de s’enquérir des nouvelles de la maison, ni de l’état.
Que si c’est en la seconde manière, vous verrez si vous pouvez faire quelques exhortations catéchistiques dans l’église à certains jours de la semaine. Ressouvenez-vous de ce que faisait saint François Xavier sur le navire, dans son passage aux Indes, et tâchez à l’imiter et à faire ce que vous pensez devant Dieu qu’il ferait, s’il était à votre place. Prenez-le, s’il vous plaît, pour votre spécial protecteur.
Monsieur le curé de la ville (5) est celui que vous avez vu aux Bons-Enfants. Vous écrirez à Monsieur Grenu
2). Saint François de Sales.
3). Philippe-Emmanuel de Gondi.
4). Saint Vincent avait rempli de 1613 à 1625 les fonctions d’aumônier dans la famille du général des galères.
5). Roye (Somme).
- 355 -
pour le conforter souvent, et lui enverrez environ six écus ; et me mandant vos besoins et comme vous vivez, j’y pourvoirai, Dieu aidant, lequel je prie de vous donner part au zèle des âmes et à l’humilité de son Fils. Vous savez l’ordre de Monsieur le chancelier à l’égard des malades, et vous représentez que vous n’aviez jamais plus de besoin qu’à présent.
Je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Ce 29 septembre 1636.
J’ai pensé de vous dire encore au dos de cette lettre ces deux proverbes : à l’égard du maître, ut in igne sit cum principe (6) ; et à l’égard des domestiques, nimia familieritas perit contempum. (7)
Suscription. : A Monsieur Monsieur de Sergis, prêtre de la Mission, à Roye.
245. — A ROBERT DE SERGIS, PRêTRE DE LA MISSION, A AMIENS
Du 19 d’octobre 1636.
J’ai été consolé de recevoir une de vos lettres et également affligé, voyant le danger où vous croyez être. Au nom de Dieu, Monsieur, usez de toutes les précautions que votre emploi vous permettra, dans la confiance que celui qui, de toute éternité, vous a choisi pour l’assistance des pauvres de ces quartiers-là, vous conservera
6). Célèbre proverbe de Socrate rapporté sous cette forme latine par Lactance dans ses Divinae Institutiones, l. III, ch. 20, popularisé par les Adages d’Erasme (éd. H. Estienne, s. l, 1578, p. 215)
7). Ce proverbe apparaît pour la première fois dans saint Thomas, Comment. in Joan., chap. IV, lect. VI, n° 2.
Lettre 245. — Reg. 2, p. 275.
- 356 -
comme la prunelle de son œil, autant que sa gloire et votre bien le requerront. Après cela, qui est celui qui veut vivre ou prétendre quelque chose sur la terre, ou qui, sentant en soi des affections contraires, ne les mortifie, dans la pensée que nos jours sont comptés et que nous ne pouvons ajouter un moment de vie au dernier que Dieu nous a déterminé ? Cela étant, Monsieur, abandonnons-nous à la divine Providence ; elle saura bien ménager ce qu’il nous faut.
Et à propos de la Providence, ne reconnaissez-vous point qu’elle a tellement soin de votre personne qu’il semble qu’elle s’occupe d’une manière particulière pour vous ? Et, si cela n’était, comment vous aurait-elle fait choisir entre tant de saintes âmes qui sont à l’armée, pour vous donner un emploi des plus importants à la gloire de Dieu et au bien des pauvres ? Nous sommes ravis d’admiration, tant que nous sommes, de voir comme elle pense à ce qui vous regarde, et pourvoit à tout ce qu’il vous faut. Que tout cela vous soit donc un motif, s’il vous plaît, de vous fier pleinement à elle.
Vous dites que la charité se refroidit. Oh ! que ce mot me touche ! Il faut grâce pour commencer ; il en faut encore pour persévérer jusqu’à la fin. Prions Dieu qu’il la donne à ceux qui doivent remédier à tels besoins. M. Desclaux (1), confesseur de Monseigneur le cardinal, y peut beaucoup et n’a pas peu de charité pour cela. Si vous le voyez, je vous prie de le saluer de notre part et de l’assurer de notre obéissance.
1). Pierre Desclaux,* né à Mugron (Landes), mort le 7 octobre 1637.
- 357 -
246. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !
Je pense que vous ferez bien, Mademoiselle, de voir Madame Fieubet (2), si elle est de la compagnie de l’Hôtel-Dieu, et de lui dire ce que vous me mandez. Je crains bien qu’il n’y ait un peu de la faute de ces filles, pour le moins indirectement. Il faut principalement regarder les pauvres villages, car, pour les villes, il n’en sera jamais autre chose ; c’est se flatter que de s’y amuser. J’embrasse et chéris ces contradictions ; et ne pensez pas que cela me rebute, je dis du dessein des villages et d’être, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
V.D.P.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
247. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
Je vous dirai donc aujourd’hui que, si vous preniez la peine de venir a la chambre de vos filles de Saint-Nicolas demain, l’après-dînée, que j’aurais le bonheur de vous y voir, au cas que je ne vous voie pas demain à La Chapelle le matin, ou que je ne vous mande le contraire.
L’original de la lettre 247 a été retrouvé depuis la publication du t.I ; nous en donnons le texte au t. VIII, second supplément.
Lettre 246. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Probablement Claude Ardier, morte le 29 août 1657. Elle avait épousé Gaspard de Fieubet, seigneur de Launac-en-Guyenne et autres lieux, secrétaire du roi, mort trésorier de l’épargne, le 12 août 1647, à l’âge de soixante-dix ans.
Lettre 247. — Manuscrit Saint-Paul, p. 41.
- 358 -
C’est pourquoi vous emprunterez l’équipage pour venir, à condition que vous en ayez besoin, dont je vous donnerai avis demain, le plus matin que je pourrai, et vous prie de me pardonner de ce que je vous parle ainsi en doute ; c’est à cause des diverses occurrences qui arrivent de moment à autre. Je suis en peine de notre pauvre fille affligée à Saint-Louis (1) et de ce que les autres sont devenues, car elles ne sont point à leur chambre. Je vous prie me mander ce que vous en savez. Nous avons eu un accident quasi semblable à Saint-Lazare (2), où je n’ai point encore été, pour converser sans difficulté avec quelques personnes avec lesquelles j’ai à faire.
Du collège des Bons-Enfants, ce 21 octobre 1636.
248. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce 2 novembre 1636.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous écris de Fréneville, à mon retour d’Orléans. C’est la maison que Madame la présidente de Herse nous a donnée, où j’ai reçu la vôtre, laquelle m’a plus console que je ne vous puis exprimer, voyant la résolution que vous me mandez que Monsieur votre fils a prise. Béni en soit Dieu à jamais, qui vous a donné cette consolation et à moi aussi, qui appréhendais pour lui, en toute manière, toute autre condition ! Qu’il étudie donc, à la bonne heure, en théologie. Je prie Dieu qu’il lui
1). C’est dans cet hôpital qu’étaient portés les pestiférés.
2). Un cas de peste.
Lettre 248. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
- 359 -
donne part au zèle du salut des âmes qu’il a donné à sa mère et à la grâce qu’il lui a confiée pour cela, toute pauvre et chétive qu’elle est. Je rends grâce à Notre-Seigneur, de plus, de ce qu’il vous a conservé votre bonne fille malade à Saint-Louis. Vous ne sauriez croire, Mademoiselle, combien j’en ai de la consolation.
Que vous dirai-je de la proposition de M. Drouard (1) ? Certes, elle me paraît pleine de piété et est à souhaiter qu’elle réussisse, s’il se trouve des ecclésiastiques qui aient tant de zèle. Quant à l’entretien qu’il leur faudrait, je ne doute point que Mesdames les officières de la Charité de l’Hôtel-Dieu ne consentent qu’on prenne, sur ce peu qu’il y a, ce qu’il leur faudra, en attendant l’assemblée des dames. Parlez-en, s’il vous plaît, à Madame la présidente Goussault (2).
Je m’en vas peut-être passer à Grigny dans deux ou trois jours, en allant un peu au delà ; si elle y est, je lui en parlerai.
Je finis cependant dans un désir fort sensible que vous vous portiez bien et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
V. DEPAUL.
J’espère être à Paris dans huit ou dix jours, Dieu aidant.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à La Chapelle.
1). Bertrand Drouard, écuyer, gentilhomme de Monsieur, duc d’Orléans, s’occupa des Filles de la Providence avec saint Vincent de Paul, après la mort de Mademoiselle Pollalion. Collet dit de lui, au sujet de la seconde mission donnée à La Chapelle pour les Lorrains réfugiés : "Un laïque, nommé Drouard, y répandit le feu de la charité." (op. cit., t. I, p. 300)
2). Il s’agit vraisemblablement du projet d’attacher deux prêtres à l’Hôtel-Dieu pour les besoins spirituels des malades. Leur nombre fut porté à six en 1642. Ils recevaient quarante écus par an et trou-
- 360 -
249. — A ROBERT DE SERGIS, PRêTRE DE LA MISSION, A AMIENS
Novembre 1636.
Tous nos malades sont hors de fièvre, et depuis, par la grâce de Dieu, il n’est point arrivé céans aucun accident ; et chacun se porte bien en quatre endroits où se lait la mission, et ici aussi, de sorte qu’il y a apparence que Notre-Seigneur aura pitié de cette petite compagnie, par l’intercession de la sainte Vierge, que nous avons envoyé visiter à cet effet par M. Boudet, à Chartres. Tout est néanmoins dans l’ordre de la Providence, laquelle aura peut-être agréable d’en disposer autrement. Son saint nom soit béni ! Il est le maître et fait tout pour le mieux. Laissons-lui conduire le tout (1).
Je vous ai voulu dire ceci avant toutes choses, pource que je crois que c’est la chose du monde qui vous peut le plus contenter ; et je vous avoue que ce que vous me dites par votre lettre m’a fait voir clairement la part que votre cœur a prise à cet accident ; et me semble que je n’ai jamais mieux connu les profondes racines que la charité envers les personnes du corps a jetées en vous, qu’en cette occasion, et ne vous puis exprimer combien cela m’a attendri.
Or sus, béni soit Dieu de tout et de ce qu’il s’est voulu rendre le ciment qui vous a lié plus étroitement à la compagnie, et par elle à lui ! Je le remercie de tout mon cœur des emplois qu’il vous donne et de la manière que je me persuade que vous vous en acquittez, et notam-
vaient à l’Hôtel-Dieu le logement et la nourriture. (Cf. Abelly, op. cit., t. I, chap. XXIX, p. 139 ; Alexis Chevalier, l’Hôtel-Dieu de Paris et les Sœurs Augustines, Paris, 1901, p. 320, in-8.)
Lettre 249. — Reg. 2, p. 276. 1).
1). La peste s’était déclarée à Saint-Lazare dans le courant d’octobre. (Cf. lettre 247.)
- 361 -
ment de la façon que vous prenez l’affaire de ces bonnes religieuses réformables et qui pourront être en effet réformées par le conseil et par l’ordre que Monseigneur le cardinal (2) a établis pour cela à Paris. Je vous en dirai seulement ce mot, que nous devons, en cas pareil, nous contenter de proposer le bien à faire à ceux dont il dépend, sans se persuader que, pource qu’on l’a entrepris, il le faut faire réussir. Les bons anges se contentent de proposer et laissent le reste à faire à Dieu et aux personnes qui leur sont commises.
Je salue M. Grenu et vous aussi avec toute la tendresse qui m’est possible…
250. — A LOUISE DE MARILLAC
Comment vous portez-vous, Mademoiselle, de votre peine du matin ? Désirez-vous envoyer visiter Monsieur votre fils ? Si cela est, je vous enverrai un homme à ce soir ; mandez-moi votre volonté cependant tout simplement, je vous en prie, et conciliez-vous le plus de gaieté qui vous sera possible en union de celle de la sainte Vierge en cas pareil.
Monsieur votre fils se porte bien, comme j’espère, et moi je suis votre serviteur et vous irai voir si le présent porteur ne me dit que vous vous portez bien. Adieu donc, Mademoiselle ; soyez bien gaie en Notre-Seigneur.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
2). Le cardinal de Richelieu.
Lettre 250. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
- 362 -
251 — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce mercredi matin [1636] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voilà donc cette bonne fille partie sans dire mot. Béni soit Dieu ! Oh ! qu’elle perd une grande couronne ! Il faut pourvoir à sa place. Que vous semble, Mademoiselle, si vous preniez pour cela ma sœur Geneviève, de l’Hôtel-Dieu, et vous mettiez à sa place Madame Pelletier (2) ou Madame Turgis. Il est besoin d’une personne de considération en ce lieu-là, tant pour les rencontres qui y arrivent pour les enfants (3), que pour recevoir les dames. La première, Madame Pelletier, me semble plus convenable en ce lieu-là, tant pource qu’elle sera fort propre pour faire l’un et l’autre, que pource que c’est le quartier de Madame Turgis, qui lui pourrait être à tentation. Si cela vous revient, je vous prie de le dire de ma part à Madame Pelletier, et que je la prie, avec vous, d’aller rendre ce service à Dieu en ce lieu-là.
Je vous serais allé voir, n’était une petite indisposition
Lettre 251. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Le mot relatif à la sœur Geneviève semble demander que cette lettre soit mise à côté de la lettre 255, qui a dû la suivre de très près.
2). Ne serait-ce pas Catherine Vialart, épouse, depuis le 10 août 1632, de Nicolas Pelletier, neveu de Madame Goussault, seigneur de la Houssaye et maître des comptes, qui entra dans les ordres après la mort de sa femme ? Si c’est elle, et tout porte à le croire, saint Vincent, en la recevant parmi ses Filles de la Charité, où du reste elle ne persévéra pas, fit en sa faveur une exception dont on ne trouve aucun autre exemple.
Catherine Vialart était fille de Madame de Herse.
3). Les enfants trouvés apportés à l’Hôtel-Dieu, d’où ils étaient envoyés à la Couche.
- 363 -
que j’ai ; que si, l’après-dînée, je le puis, je vous irai voir. Ne perdez pas de temps en tout cas et communiquez la présente à Madame Pelletier, à ce qu’au plus tôt elle aille rendre service à Dieu en ce lieu-là. Les personnes de la Charité ont ce bonheur d’avoir ce rapport avec Notre-Seigneur d’aller comme lui tantôt en un lieu et tantôt en un autre, pour l’assistance du prochain. O Mademoiselle, quel bonheur d’avoir cette conformité avec le Fils de Dieu, et quelle marque bienheureuse de leur prédestination ont les Filles de la Charité en cela ! Plaise à Notre-Seigneur de leur donner à toutes les dispositions qu’il faut pour cela ! Je l’espère de sa bonté et suis, en son amour, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
252. — A LOUISE DE MARILLAC
[1636] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Puisque vous avez fait trouver bon à vos dames la privation de Geneviève, envoyez-la, s’il vous plaît, donc ; mais qu’elle aille à pied, étant incommodée comme elle est, il est à craindre qu’elle ne prenne quelque maladie. C’est pourquoi je pense qu’il est à propos de la faire aller dans le carrosse de Senlis, qui part demain, ou dans
Lettre 252. — L. a. — Original chez les prêtres de la Mission du collège Saint Vincent à Castleknock, près Dublin.
1). Les lettres 241, 252 et 255 ont des liens communs qui nous permettent de les rapprocher. Or, la lettre 241 est, à n’en pas douter, de 1636.
- 364 -
la charrette de Clermont (2). Si c’est par le coche de Senlis, elle pourra aller de là à Verneuil (3), qui est le droit chemin, et de là à Liancourt. Ce seront trois lieues qu’il lui faudra faire à pied. Si c’est par celui de Clermont, elle pourra se faire descendre au droit de Liancourt. Je vous envoie un écu pour cela et vous prie de vous bien nourrir avec toutes vos richesses, car, en vérité, je crois que vos incommodités ne vous arrivent que faute de cela. Faites-le donc, s’il vous plaît, pour l’amour de Dieu.
Quant à ces filles, je ne saurais que vous en dire, parce que je ne les ai pas vues. Je ferai entendre à la bonne Marie (4) l’importance qu’il y a de préférer les plus propres, et à Mademoiselle de la Bistrade, à son retour de Bourgogne, le jugement que vous faites de leurs dames, à la charge que vous m’excuserez de ce que je n’ai pu travailler à notre règlement de Liancourt. Je le ferai au premier jour selon votre mémoire.
Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
253. — A LOUISE DE MARILLAC
[1636] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
4. Marie Joly.
Lettre 253. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Voir note 2. Le mot relatif à Madame de Ligin montre que cette lettre est postérieure à la lettre 241, qu’elle a dû suivre de près.
- 365 -
Cette bonne petite Marie, de Péronne, témoigne qu’elle aime mieux être de la Charité que d’aller servir cette bonne dame. Elle me doit venir trouver demain au matin ou après. Si elle persévère et que vous espériez qu’elle y fasse bien, vous la retiendrez, si vous le trouvez bon. L’on ne donne que huit ou dix sols de la mouture d’un setier de blé. Quand vous me le ferez savoir, je vous enverrai le meunier qui tient les moulins de céans.
S’il n’en coûte point à M. votre fils pour soutenir les thèses de toute la philosophie, il n’y a point de danger de le laisser faire ; cela l’obligera à mieux étudier et à s’enhardir à la dispute (2).
Le bon usage que vous devez faire à présent de votre santé, c’est de la conserver et de la fortifier pour faire autre chose dans quelque temps, puisque le médecin l’ordonne.
Il est expédient de faire manger des œufs à la bonne fille Isabelle (3). Mon Dieu, que cette bonne fille m’attendrit ! Je la salue de tout mon cœur et me propose de célébrer la sainte messe demain pour elle, Dieu aidant. Mon Dieu, que je serais bien aise de vous voir, si quelque embarras me le permettait ! Le bruit court que c’est l’Hôtel-Dieu (4) qui a fait mourir Madame de Ligin. Il y a… (5).
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
2). Michel Le Gras termina sa philosophie en 1636. Au mois de novembre de cette même année il se disposait à entrer en théologie. Cf. Lettre 248.)
3). Elisabeth Martin.
4). La fréquentation de l’Hôtel-Dieu, où elle allait visiter les malades.
5). Le bas de la lettre a été découpé et perdu.
- 366 -
254. — A LOUISE DE MARILLAC
[1636] (1)
Je voudrais bien, Mademoiselle, que vous pussiez persuader à cette pauvre Nicole d’aller demeurer à Saint-Benoît ou ailleurs. Si elle y acquiesce, il faudrait en écrire à Mademoiselle Viole pour l’agréer. Je trouvai hier la fille de cette paroisse-là (2) qui en demande une autre. Oh ! que vous feriez un bon œuvre, si vous pouviez faire cela ! Mais d’y procéder d’autorité, il n’est pas expédient, si me semble ; cela ferait de mauvais effets. De lui parler, je ne saurais. Je m’en vas commencer la visite à Sainte-Marie du faubourg, qu’il y a deux ans que je diffère.
Pour Saint-Jacques, l’on avisera. La fille dont je vous avais parlé, de Fréneville, ne viendra pas, comme je pense. Je ferai selon le désir de Madame Goussault à l’égard de Mademoiselle sa fille (3). Si l’on va commencer à l’Hôtel-Dieu et que vous y alliez, je prie Dieu qu’il vous y conserve en parfaite santé et qu’il y bénisse vos travaux (4).
Madame Bourdin, de Villepreux, m’a écrit deux ou trois fois et m’a fait dire par son frère le capucin qu’elle se sent portée à la proposition que je lui ai faite. Je ne lui ai point fait réponse par écrit ; mais j’ai dit à son frère qu’il faut qu’elle voie et que l’on la voie. Pensez un peu à cela, s’il vous plaît, et ayez soin de votre santé.
Je suis, Mademoiselle, votre serviteur.
Ce mardi matin.
V. D.
Lettre 254. — L. a. — L’original a été donné au grand séminaire de Dijon, par Mgr Rivet, évêque du diocèse.
1). C’est la date que suggère la reprise des travaux des sœurs à l’ Hôtel-Dieu.
2). Saint-Benoît.
3). Madame Goussault songeait à marier sa fille Marie-Marthe.
4). Voir lettre 258, note 1.
- 367 -
255. — A LOUISE DE MARILLAC
[1636] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nos gens m’ont pressé d’aller aux champs pour ma petite fiévrotte, laquelle me semble un peu verte pour en guérir si tôt. Nous verrons ce qu’il plaira à Notre-Seigneur. J’ai peine sensible et honte tout ensemble de partir sans vous voir. Votre charité ordinaire me le pardonnera et aura soin de sa santé, s’il lui plaît, pour l’amour de Notre-Seigneur et de l’œuvre qu’il vous a commis.
Votre Geneviève peut être indisposée, voire même vos autres filles. Peut-être il faut l’envoyer à Hersé (2) ; peut-être y irai-je avant le retour ou tôt après, s’il plaît à Dieu. Elle disait qu’un peu de vin parfois leur serait bon Je ne pense pas pourtant qu’il soit bon que vous l’y accoutumiez.
Pour Liancourt, j’ai baillé le règlement à faire à Monsieur de la Salle (3).
Il sera bon que vous voyiez cette veuve de Villepreux (4), si déjà vous ne l’avez fait. Hors cela, je ne sais qui vous adresser. Vous verrez. Si Barbe 5 était employée à cela, peut-être y réussirait-elle. Il n’y a que le changement (6) qui me peine. Usez-en comme Notre-Seigneur vous inspirera.
Lettre 255. — Arch. de la Mission, copie prise sur l’original, qui était en entier de la main du saint.
1). Voir lettre 252, note l.
2). Peut-être Hercé dans la Mayenne.
3). Il était rentré à Saint-Lazare dans le courant de l’année, après avoir employé plus d’un an à donner des missions dans le midi.
4). Madame Bourdin.
5). Barbe Angiboust.
6). De Barbe Angiboust.
- 368 -
Pour M. votre fils, s’il veut venir céans, faute d’autre lieu qui lui soit plus agréable, disposez-en, et soyez bien gaie en Notre-Seigneur.
Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
Ce lundi matin.
VINCENT DEPAUL.
256. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Décembre 1636] (1)
Monsieur,
Madame de Beaufort m’a mandé que voici le temps le plus propre pour travailler a l’établissement de la Charité de Saint-Etienne (2) et que Monsieur le curé le désire fort et, pour ce sujet, a treuvé bon qu’elle et une autre dame fissent la quête ces fêtes ; ce qu’elles ont fait.
Je vous supplie très humblement, Monsieur, prendre la peine de me mander comme quoi je me conduirai. J’avais pense de lui mander, si vous le treuvez bon, que les dames qui ont plus de désir de ce saint œuvre, allassent treuver Monsieur le curé et lui disent que, pour bien commencer et persévérer, elles ont besoin qu’il y ait quantité de personnes qui s’associent pour ce saint exercice, tant de qualité que de médiocre condition, afin que, les unes contribuant le plus, les autres s’adonnent plus volontiers à visiter, chacune son jour, les pauvres malades, et que, afin que personne n’en fut incommodé, l’on aviserait s’il serait expédient de diviser en deux quartiers la paroisse ; mais que, pour travailler utilement, il serait premièrement nécessaire de supplier mondit sieur le curé de prendre la peine de faire faire un mémoire bien ample par quelque ecclésiastique qui connaisse ses paroissiens, et, après, faire faire dans son église une prédication à ce dessein, à l’issue de laquelle on pourrait assembler toutes les dames nommées, avertissant aussi à la messe que toutes celles de toute condition qui voudraient en être, se pourront trouver à l’assemblée, à laquelle assemblée on proposera le règlement qui s’observe aux
Lettre 256. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). L’année est indiquée au dos de l’original.
2). Paroisse de Paris.
- 369 -
autres paroisses. Je vous mande tout ceci, Monsieur, afin d’abréger le temps, car il y a si longtemps que ces bonnes dames essaient à s’encourager pour cela, que je crois qu’il faut battre le fer tandis qu’il est chaud. Mais, s’il vous plaît, vous me manderez toute autre chose de ce que je vous propose, car vous savez bien qu’il le faut ainsi.
Je vous remercie très humblement, Monsieur, de votre charité ; le bon Dieu sait bien que j’avais besoin de ce secours, et pour cela il m’a donné adresse d’une laitière, qui nous en fournit depuis trois jours.
Nous voici près la fin de l’année. Je désire bien, si Dieu me donne la vie pour commencer l’autre, que ce soit de bonne sorte pour son service. Je supplie votre charité de me dire quelque bon mot pour cela. Les pauvres se contentent de peu, que j’estimerai beaucoup, m’étant donnée à Dieu par vous, de qui je suis, Monsieur, la très humble fille et servante.
L. DE M.
Monsieur, toutes vos filles prennent la liberté de se [recommander] à votre charité.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
257. — SAINTE CHANTAL A SAINT VINCENT (1)
[Décembre 1636] (2)
Mon très honoré et cher Père,
Je supplie le divin enfant de Bethléem de faire abonder votre âme en grâces et des bénédictions de sa sainte nativité. Il y a longtemps que je ne me suis donné l’honneur de vous écrire. Je ne crains pas toutefois que vous m’oubliiez devant Dieu et vous conjure de me donner une de vos messes, car je suis
Lettre 257. — Les épîtres spirituelles de la Mère Jeanne Françoise Frémiot, baronne de Chantal, Lyon, 1666, in-8, p. 185, lettre.
1). L’éditeur donne comme destinataire "un père de religion" ; c’est, à n’en pas douter, le supérieur des monastères de Paris, saint Vincent de Paul.
2). La première phrase de la lettre indique nettement l’époque de l’année ; le mot sur le récent séjour de sainte Chantal à Paris limite le choix aux années 1628 ou 1636 ; le passage relatif au Visiteur donne plus de poids à la seconde hypothèse, car la question ne se posait pas encore en 1628.
- 370 -
pauvre à l’extrémité. Cette vie me serait pesante si je n’y voyais le bon plaisir de Dieu, qui me suffit pour toute consolation. C’est ce que je puis dire de moi, mon cher Père, n’en sachant que dire autre.
Notre chère sœur la supérieure du faubourg Saint-Jacques de Paris (3) m’a communiqué l’avis qu’il vous a plu nous donner au sujet de notre union (4). Il est bon et solide, mais je n’ai su néanmoins y joindre mon cœur ; ce que je vous dis avec cette franchise, parce que votre bonté m’en a donné la confiance. Notre esprit ne saurait supporter nulle autorité sur nous que celle de mes seigneurs nos prélats, ni nul secret contre eux. Il faut, si nous voulons avoir nos esprits en repos, que nous y traitions avec une entière confiance et simplicité, autrement nous ne serons plus filles de notre bienheureux Père, qui nous a laissé cette affection gravée dans nos cœurs ; outre que nous avons un certain goût et révérence qui nous porte à nos supérieurs ; ce qui ne peut procéder que de sa grâce et qui me fait espérer de grandes bénédictions par cette voie-là. C’est pourquoi, mon très cher Père, voyant tous les moyens d’union que l’on nous propose, heurter en certaine manière cette autorité, nous ne saurions en accepter pas un ; et j’ai cette confiance que Dieu fera ce qui ne se peut faire par formalités ni prudence humaine. jusques ici sa Providence nous a conduites et maintenues dans une parfaite union et conformité ; j’espère qu’elle nous y fera persévérer par les mêmes moyens ; et notre lien de la sainte charité aura plus d’efficace et de force en sa douceur et sainte liberté que toutes les lois et obligations que l’on pourrait établir. Voilà mon sentiment, mon Révérend Père, qui est tout conforme à celui dans lequel notre bienheureux Père est parti de cette vie Dites-moi si je ne dois pas demeurer en paix là-dessus. J’écris à nos sœurs sur cela et les exhorte, en la meilleure façon que je puis, à persévérer en la voie où Dieu les a mises, et de conserver par ci-après leurs esprits en union et conformité, par les mêmes moyens qu’elles ont
3). La Mère Agnès Le Roy.
4). Saint Vincent craignait que l’absence de lien moral entre les couvents de la Visitation, qui étaient autonomes et sous la dépendance des Ordinaires des lieux, n’amenât avec le temps une déviation profonde de l’esprit primitif et une diversité regrettable. Pour prévenir ce danger, il ne voyait rien de mieux que l’institution de Visiteurs, qui iraient, à des époques régulières, faire la visite canonique des monastères pour réprimer les abus et veiller à la conservation des traditions de l’Ordre. Sainte Chantal, de son côté, repoussait ce projet comme portant atteinte à l’autorité épiscopale. Ils reviendront l’un et l’autre sur cette question, sans réussir à se convaincre mutuellement.
- 371 -
pratiqués jusques ici, et lesquels les ont tenues unies et liées ensemble, je pense seulement, mon cher Père, que pour entretenir la mémoire de notre communication et donner un peu d’attention aux supérieures de ne rien changer ni innover en nos institutions et coutumes, et de conserver la sainte union en tout ce qu’il leur sera possible avec les autres maisons et spécialement avec celle-ci d’Annecy, comme avec la mère et maîtresse de toutes les autres, pour s’y conformer en tout ce qu’il a reçu de son saint fondateur, ainsi qu’il s’est pratiqué jusques ici. Si vous trouvez cela bon, vous pourrez dire à nos sœurs de le faire, mon très cher Père.
Mais dites-moi, s’il vous plaît, comment vous trouvez à votre gré nos, sœurs de ce lieu-là. Je les trouvai fort au mien quand nous y passâmes. Dieu leur fasse la grâce de cheminer dans leur voie avec sincérité et simplicité et de vous rendre leur très humble obéissance selon cet esprit. Soyez-nous toujours vrai père et protecteur, je vous en supplie, et faites par votre soin paternel que les volontés de celui que vous honorez au ciel soient fidèlement gardées en la terre par ses filles. C’est tout le bien que je leur souhaite, et à vous, mon très cher Père la plus haute sainteté qui se puisse acquérir en ce monde
Faites-moi l’honneur de me tenir toujours (car je le suis pour jamais) votre très humble…
258. — A LOUISE DE MARILLAC
Dieu vous bénisse, Mademoiselle, de ce que vous êtes allée mettre vos filles en faction à l’Hôtel-Dieu et de tout ce qui s’en est ensuivi (1) ! Mais, au nom de Dieu, conservez-vous. Vous voyez le besoin qu’on a de votre chétiveté et ce que votre œuvre deviendrait sans vous.
Je rends grâces, de plus, à Notre-Seigneur de celle qu’il fait à vos filles d’être si bonnes et généreuses. Il y a apparence que sa bonté supplée à ce que vous dites que
5). Cette phrase est incomplète ou mal rendue.
Lettre 258. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Bien qu’employées à l’Hôtel-Dieu depuis un certain temps déjà les Filles de la Charité n’y étaient pas encore à demeure. Elles ne s’établirent qu’en décembre 1636 dans l’appartement loué pour elles à côté de l’hôpital par les dames de la Charité.
- 372 -
vous leur défaillez. Je n’en connais point ici de propres. Je m’informerai si deux ou trois qui sont à deux lieues d’ici et vivent fort exemplairement depuis un an en çà ou environ, voudraient, ou quelqu’une d’elles, s’appliquer à ce genre de vie.
Quant à ce que vous me dites de M. votre fils, je pense qu’il ne faut point écouter du tout la proposition de sortir de Paris. Il n’est pas imaginable combien la plupart de ceux qui le font y contractent de vices irrémédiablement, si ce n’est quand les parents le font par eux-mêmes pour quelque occasion spéciale, comme de quelque parent jésuite ou docteur en ce pays-là. Il faut tâcher tout doucement et avec patience de lui faire passer le temps et ses exercices à l’épaule. Je soumets pourtant ce que je vous dis à votre meilleur avis et vous prie d’avoir soin de votre santé, étant, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Fréneville, ce 30 décembre 1636.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à La Chapelle.
259. — A JEAN DE FONTENEIL
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je pense avoir fait réponse à votre dernière et m’être réjoui avec vous de la conduite de sa bonté sur vous et sur ces bons missionnaires de votre compagnie, que je salue avec toute l’affection et la révérence qui m’est pos-
Lettre 259. — L. a. — Dossier des * Prêtres de la Mission, original.
- 373 -
sible, et vous remercie, vous, très humblement, Monsieur, de la grâce que vous avez faite à nos missionnaires d’Aiguillon (1) de leur écrire. Je leur mande qu’il n’est pas encore temps de vous aller voir. Ce sera dans quelques mois d’ici. Je vous supplie cependant, Monsieur, de faire tenir l’incluse à M. de Saint-Martin, à Dax.
Le bon Monsieur Nevelet, archidiacre de Troyes, mourut, il y a quelque temps, de la contagion. Cela a un peu écarté leur compagnie ; mais j’espère que ce sera pour se mieux réunir. J’ai fait un voyage à Troyes durant ce temps-là, et Dieu sait combien de fois le bon Monsieur * Roté, ce saint homme, me fit l’honneur de trouver bon que nous parlassions de vous.
L’assemblée de Messieurs les ecclésiastiques de cette ville (2) continue toujours de mieux en mieux, si me semble. Voilà trois évêques qui viennent d’en être tirés : M. Godeau pour Grasse (3), M. Fouquet pour Bayonne (4),
1). Aujourd’hui chef-lieu de canton dans le Lot-et-Garonne.
2). L’assemblée des mardis.
3). Antoine Godeau, né à Dreux le 24 septembre 1605, fut un des familiers de l’hôtel de Rambouillet, où on l’avait surnommé le Nain de Julie. Ses vers y étaient goûtés. Ils lui valurent la faveur de Richelieu et une place à l’Académie française. Il fut sacré évêque de Grasse le 24 décembre 1636. Une attaque d’apoplexie l’emporta le 17 avril 1672. Il a beaucoup écrit en vers et en prose sur l’histoire, I’écriture Sainte, la discipline et divers sujets de piété. Ses œuvres poétiques forment trois volumes in-12. (Cf. G. Doublet, Godeau, évêque de Grasse et de Vence, 1605-1672, Paris, 1911, in-8.)
4). François Fouquet était fils de François Fouquet comte de Vaux, et de la pieuse Marie de Maupeou, qui fut, parmi les dames de la Charité, une des plus admirables par son zèle et son dévouement à saint Vincent. Nicolas Fouquet, surintendant des finances, et Louis Fouquet, évêque d’Agde, étaient ses frères. Sa sœur Louise-Agnès prit l’habit religieux au premier monastère de la Visitation. François Fouquet, nommé à l’évêché de Bayonne en 1636, ne fut sacré que le 15 mars 1639. Il fut transféré à l’évêché d’Agde en 1643, nommé coadjuteur de Narbonne le 18 décembre 1656 et archevêque de ce diocèse en 1659. Relégué à Alençon en 1661, il mourut dans son exil le 19 octobre 1673. Il appela les prêtres de la Mission à Agde et à Narbonne et établit les Filles de la Charité dans cette dernière ville. Prélat très zélé, trop zélé peut-être, il avait peine
- 374 -
M. Pavillon pour Alet (5), et M. Barreau vient d’être nommé par le roi pour coadjuteur de Sarlat, sans le consentement de l’évêque (6).
Dieu a disposé du bon M. Semusse (7). Il a vécu en saint et est mort de même. Et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 8 janvier * 1638.
à comprendre la lenteur de saint Vincent, dont, plus que personne, il admirait la vertu. La mort de ce grand serviteur de Dieu lui fut très sensible. Dès qu’il en reçut la nouvelle, il écrivit aux prêtres de Saint-Lazare : "Quelque préparé que je pusse être à la mort de M. Vincent, vu le grand âge où il était, je vous assure que je n’ai point appris la nouvelle de son décès sans surprise et sans être touché d’une vive douleur, selon l’homme, de voir l’église privée d’un très digne sujet, la congrégation de son très cher père et moi d’un ami très charitable, à qui j’ai de si étroites obligations. Je ne pense pas que de tous ceux que sa charité lui a fait embrasser comme ses enfants il y en ait aucun à qui il ait témoigné plus de tendresse et donné plus de marques d’amitié qu’à moi."
5). Pavillon fut atterré par la nouvelle de sa nomination. La tristesse le rendit malade. Brûlé par les ardeurs de la fièvre, il dépérissait à vue d’œil. L’idée lui vint d’aller se jeter aux pieds de Richelieu ; ses meilleurs amis l’en détournèrent. Il s’isola, ne voulant plus voir personne, pas même saint Vincent. Le bon saint finit toutefois par lui arracher son consentement. Il alla jusqu’à lui dire "qu’il s’élèverait contre lui au jour du jugement dernier avec les âmes du diocèse d’Alet destinées à mourir à Dieu", s’il les abandonnait par son refus. Pavillon fit sa retraite préparatoire à Saint-Lazare sous la direction de saint Vincent. "Je fus étonné, raconte un de ses amis, de voir entrer un matin dans sa chambre M. Vincent avec plusieurs prêtres de la Mission, qui se mirent à genoux en cercle. Il adressa la parole à Monsieur Vincent et il fit devant tous ces messieurs une confession des fautes qu’il reconnaissait avoir commises dans la conversation. Il leur demanda pardon du scandale qu’il leur avait donné, en des termes si humbles que j’en fus confus ; à quoi M. Vincent repartit au nom de l’assemblée presque en mêmes termes." M. Pavillon fut sacré à l’église de Saint-Lazare le 22 août 633 par l’archevêque de Paris. (Cf. Suite des mémoires pour servir la vie de Messire Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, 1733, p. 213 ; E. Dejean, op. cit., p.15.)
6). Louis de Salignac de Lamothe-Fénelon.
7). Une déchirure rend douteuse la lecture de la troisième lettre du mot
- 375 -
Suscription : A Monsieur Monsieur de Fonteneil, chanoine de Saint-Seurin de Bordeaux.
260 — A LOUISE DE MARILLAC
Ce vendredi, à 5 heures. [Vers 1637] (1)
Mademoiselle,
Je vous prie de me mander si vous avec des filles, pour en donner deux à Monsieur de Saint-Germain (2), qui en demande pour sa paroisse et fait instance pour en avoir au plus tôt. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous en envoie de bien bonnes.
VINCENT DEPAUL.
261. — A LA SŒUR MARIE-EUPHROSINE TURPIN
Ma très chère sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Lettre 260. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1. C’est dans la lettre 278, de 1637, qu’il est fait mention pour la première fois de la Charité de Saint-Germain-l’Auxerrois, paroisse de Paris.
2). Pierre Colombet.
Lettre 261. — L. a. — Original à la Visitation d’Amiens, aujourd’hui transférée à Tournay.
1). Assistante et directrice à la Visitation d’Angers. Sœur Marie-Euphrosine Turpin, née à Paris en 1605, quitta le monde à dix-neuf ans, malgré l’opposition de son père, pour s’enfermer au premier monastère de la Visitation, où elle fit profession le 22 février 1625. Elle fut du nombre des sœurs qui passèrent au monastère du faubourg lors de sa fondation. a Notre digne Mère, lisons-nous dans le livre des professions du premier monastère (Arch. Nat. LL 1718, p. 6), notre digne Mère a conçu une si grande estime pour elle dans un voyage qu’elle fit à Paris, qu’elle l’adopta pour fille de notre sainte source et la choisit pour travailler sous elle à l’achèvement du cou-
- 376 -
Monsieur le commandeur (2) et notre chère Mère la supérieure de la ville (3) m’ayant fait l’honneur de me proposer la pensée que Notre-Seigneur leur a donnée, que vous serviriez Dieu utilement à la Madeleine, et ayant considéré la chose en toutes ses circonstances, je vous dirai tout simplement qu’il me semble qu’ils ont raison [de désirer] qu’après avoir considéré la chose devant Dieu, vous y sentiez de l’attrait. Voici les raisons qui me portent à cette opinion.
C’est, premièrement, que l’œuvre de soi est très saint, puisqu’il consiste à donner la main aux âmes qui se vont perdant, qui vont incessamment déshonorant Dieu et remplissant les enfers, pour les tirer de la masse de perdition, les faire vivre selon Dieu et enfin pour faire l’office de leur second rédempteur et les mener comme par la main dans la gloire que Notre-Seigneur leur a acquise par son sang précieux, emploi qui est si grand devant Dieu qu’il l’a estimé digne de son Fils et seul capable de l’attirer sur la terre.
Deuxièmement, pource que cette pensée est tombée dans l’esprit de ce sien grand serviteur, auquel il a donné grâce pour votre saint Ordre et pour la Madeleine, et en celui de notre chère Mère, que vous connaissez, encore que non pas peut-être tant que moi, l’un et l’autre vous ayant en estime et singulière affection. Troisièmement, pource qu’il me semble que Notre-Seigneur vous a donné assez de part à son esprit pour connaître
tumier ; elle la consultait sur les difficultés qui s’y rencontraient." Sœur Turpin ne quitta le monastère d’Angers qu’en 1640 pour aller fonder celui d’Amiens, dont elle fut la première supérieure. C’est là qu’elle mourut le 20 décembre 1651 à l’âge de quarante-six ans. (Cf. Abrégé de la vie et des vertus de la très honorée Mère Marie-Euphrosine Turpin dans l’Année Sainte des religieuses de la Visitation Sainte-Marie, Annecy, 1867-1871, 12 vol. in-8, t. XII, pp 395-414.)
2). Noël Brulart de Sillery, grand bienfaiteur de la Visitation.
3). Hélène-Angélique Lhuillier.
- 377 -
l’importance de cet œuvre, pour l’affectionner et pour vous y employer utilement.
Quatrièmement, pource qu’il me semble que votre manière de vocation de delà, comme vous me l’avez dite, ne paraît pas si importante à la gloire de Dieu que celle d’ici.
Je ne vous mets que ces quatre raisons, pour lesquelles vous devez faire une grande attention à cette proposition, quoique je vous en pourrais donner beaucoup d’autres.
Or je vois, si me semble, les raisons contraires qui vous pourront faire douter si Dieu le veut :
Premièrement, que c’est votre supérieure (4) qui vous envoie à une qui vous demande. A quoi je réponds que vous êtes fille de cette maisons et non du faubourg, quoique vous y résidiez, et que cette maison a droit, si me semble, de vous rappeler en son besoin et que, l’obéissance de votre supérieure y intervenant, vous avez obligation de revenir ; en second lieu, que la bonne Mère du faubourg a témoigné à Monsieur le commandeur qu’elle le trouvait bon et qu’elle vous en écrirait elle même, comme elle fait, et que, si l’on vous demande de delà, vous n’êtes pas moins souhaitée ici.
4). La Mère Marie-Agnès Le Roy, supérieure du second monastère, d’où Marie-Euphrosine Turpin avait été envoyée à Angers. Cette religieuse, née à Mons en 1603, était, par sa mère, nièce de Philippe de Cospéan, évêque de Lisieux. Elle entra en 1624 au premier monastère, qu’elle quitta, à la demande de la marquise de Dampierre, pour s’unir au groupe des sœurs qui furent envoyées au monastère du faubourg lors de sa fondation. Elle y devint directrice, puis assistante. Le suffrage des sœurs lui confia même six fois la charge de supérieure, qu’elle porta du 1er juin 1634 au 24 mai 1640 du 27 mai 1646 au 13 mai 1652 et du 6 juin 1658 à l’année 1664. Elle alla en personne commencer les monastères d’Amiens et de Mons, où elle resta trois mois, fonda celui d’Angers et le troisième de Paris et eut une grande part à l’établissement de celui de Varsovie. La mort l’enleva le 18 mai 1669. (Année Sainte, t. V, p. 547.)
5). Le premier monastère, où la sœur Turpin avait fait son noviciat.
- 378 -
Deuxièmement, vous me direz que l’emploi de la Madeleine semble n’être pas convenable à des filles de Sainte-Marie. A quoi je vous dirai que l’emploi au salut des âmes est propre aux enfants de Dieu et que, puisque Notre-Seigneur a jugé le soin de la Madeleine pouvoir être digne de sa bonté et de celui de la Vierge Marie, qu’il ne faut pas douter qu’il ne soit convenable aux filles de Sainte-Marie.
Troisièmement, vous m’observerez que peut-être vous faites besoin à Angers. A quoi je vous réponds qu’on y pourvoira de quelque autre qui n’y sera pas peut-être moins agréable et utile que vous.
Quatrièmement, il vous tombera dans l’esprit que peut-être vous n’aurez pas assez d’esprit pour servir à la conduite d’une si grande maison et si difficile. A quoi, je vous réponds que vous serez deux pour cela, Notre-Seigneur et vous, et qu’avec lui vous pourrez tout.
Cinquièmement, vos parents vous viendront en l’esprit, et qui peut-être ne le trouveront pas bon. Mais à cela je vous réponds qu’on le saura avant que la chose vous soit annotée et que, quand il y aurait de la répugnance, il me semble que vous devriez passer par dessus, comme vous avez fait généreusement touchant votre voyage pour Angers.
Sixièmement, que si la pensée de l’estime du monde vous voulait donner quelque atteinte, ce que je ne pense pas, répondez-lui, ma chère sœur, que tant s’en faut que l’on ait moins estimé Sainte-Marie en son corps, ni les filles qui y sont, pour s’être appliquées au soin de cette maison-là, qu’au contraire je n’ai jamais ouï dire tant de bien de votre saint Ordre, ni des filles qui sont à la Madeleine, que depuis qu’on a pris soin de ces pauvres créatures, et que nous devons estimer honorable tout ce que Notre-Seigneur et la sainte Vierge ont fait ; et que, l’un et l’autre s’étant appliqués au soin de la Madeleine,
- 379 -
vous pouvez honorablement servir selon Dieu et selon le monde au salut de ces filles.
Voilà, ma chère sœur, les objections qu’il me semble que la chair et le sang, le monde et le diable vous pourront faire ; et les réponses à icelles me semblent si raisonnables et conformes au bon plaisir de Dieu que, si j’étais ma sœur Marie-Euphrosine et qu’une personne me tînt la place que je vous tiens et avait autant de charité pour moi comme je vous estime et vous chéris en Notre-Seigneur, il me semble que je baisserais la tête et acquiescerais à cette proposition. Et c’est aussi, ma chère sœur, ce que j’espère que vous ferez si Notre-Seigneur ne vous fait connaître manifestement qu’il désire le contraire ; auquel cas j’acquiesce à ce que vous en ferez, d’aussi bon cœur que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, ma chère sœur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Prêtre de la Mission très indigne
Je vous prie de présenter nos très humbles recommandations à notre chère Mère supérieure d’Orléans (6) et de m’aider à la remercier du très charitable accueil qu’elle me fit, il y a quelque temps, chez elle.
De Paris, cette veille de saint Mathias (7) 1637.
Suscription : Ma chère sœur Marie-Euphrosine Turpin, religieuse de Sainte-Marie.
6). Claude-Espérance Jousse. Elle fut supérieure pendant deux triennats consécutifs, du 21 mai 1634 au 24 mai 1640, et le redevint dans la suite.
7). 23 février.
- 380 -
262. — A LOUISE DE MARILLAC
[24 février 1637] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous demande très humblement pardon de deux choses ; l’une, de ce que je ne vous suis allé voir, à cause de l’embarras que j’ai ; l’autre, de ce que je n’ai fait faire la cheminée à M. Le Gras, votre fils, par oubliance. Voyez ma misère, et, si votre cœur n’avait assez de charité pour moi, où j’en serais. J’espère que vous me le pardonnerez ; et ai dit à Monsieur Soufliers qu’il le loge en une petite chambre chaude, proche à une que tient à feu M. Morennes, religieux de céans (2), où il se pourra chauffer
Je vis hier cette bonne fille de laquelle vous m’avez écrit. Je ne me ressouvins point de lui parler de sa lecture ni de sa couture. Le rencontre ne paraît pas si rustique que celle qui l’accompagnait. Mandez-moi, s’il vous plaît, ce que vous leur avez dit. J’ai dit à Mademoiselle Desbordes (3), trésorière de Saint-Leu (4), qu’il est besoin que Barbe ait une compagne, pour le moins tandis qu’il y aura tant de malades en cette paroisse-là. Il faudra penser qui vous lui pourrez donner et se ressouvenir des Incurables S. Madame
Lettre 262. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Voir note 5.
2). Claude de Morennes, religieux de l’ancien Saint-Lazare.
3). Parente peut-être de M. Desbordes, auditeur à la cour des Comptes de Paris, avec lequel Louise de Marillac et saint Vincent étaient en rapports (Cf. Lettres de Louise de Marillac, lettres 267 et 272.)
4). Paroisse de Paris.
5). Cet hôpital, fondé par le cardinal de La Rochefoucauld, le 4 novembre 1634, pour les malades incurables, était presque achevé en
- 381 -
Fortia a dit à Madame Goussault qu’on désire les filles, à condition qu’elles vous seront soumises et changeables.
Je vous renvoie la lettre dont vous vous êtes méprise, et vous promets de vous aller voir le plus tôt qui me sera possible. Je vous souhaite cependant le bon jour et suis, Mademoiselle, v. s.
263. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1639] (1)
Je suis bien aise de la retraite que Madame de Liancourt désire faire chez vous. Mademoiselle Lamy en désire faire autant. Je voudrais qu’elle s’y rencontrât avec Madame la présidente Goussault.
264. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1639] (1)
Madame la présidente Goussault et Mademoiselle Lamy s’en vont faire chez vous leur petite retraite. Je
avril 1637. On ne donna pas suite au projet d’y appeler les Filles de la Charité. Pierre Camus, évêque de Belley, y passa les dernières années de sa vie dans l’exercice de la charité. Il lègue ses biens à l’hôpital et y fut enseveli en 1652. Les hommes furent transférés en 1802 au faubourg Saint-Martin, dans l’ancien couvent des Récollets. Les femmes elles-mêmes en sortirent en 1870 pour habiter le nouvel hospice des Incurables d’Ivry. L’hôpital, inoccupé pendant huit ans, fut cédé à l’Assistance publique et revécut sous le nom d’hôpital Laënnec. (Cf. Félibien, Op. cit., t. IV, p. 98 et suiv. ; Lebeuf-Bournon, op. cit., t. VI, p. 255.)
Lettre 263. — Manuscrit Saint-Paul, p. 70.
1). Dates de l’installation des sœurs à La Chapelle et de la mort de Madame Goussault. Ce fut à La Chapelle, au dire de Gobillon (op. cit., p. 78), que commencèrent les retraites des dames.
Lettre 264. — Abelly, op. cit., t. I, chap. XXVI, p. 121.
1). Voir lettre 263, note 1.
- 382 -
vous prie de les servir en cela, de leur donner le département du temps que je vous ai mis en main, de leur marquer les sujets de leurs oraisons, d’écouter le rapport qu’elles vous feront de leurs bonnes pensées, en présence l’une de l’autre, et faire faire lecture de table pendant leur repas, au sortir duquel elles se pourront divertir d’une manière gaie et modeste. Le sujet pourra être des choses qui leur sont arrivées pendant leur solitude (2), ou qu’elles auront lues des histoires saintes. Et s’il fait beau, après le dîner elles se pourront promener un peu. Hors ces deux temps, elles observeront le silence. Il sera bon qu’elles écrivent les principaux sentiments qu’elles auront eus en l’oraison et qu’elles disposent leur confession générale pour mercredi. La lecture spirituelle pourra être de l’Imitation de Jésus-Christ de Thomas à Kempis, en s’arrêtant un peu à considérer sur chaque période, comme aussi quelque chose de Grenade rapportant au sujet de leur méditation. Elles pourront encore lire quelques chapitres des évangiles. Mais il sera bon que, le jour de leur confession générale, vous leur donniez l’oraison du Mémorial de Grenade, qui est pour exciter a la contrition. Au reste, vous veillerez à ce qu’elles ne se pressent pas trop âprement en ces exercices. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne son esprit pour cela.
265. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
2). Solitude, retraite.
Lettre 265. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Voir lettre 263, note 1.
- 383 -
Je me crains que Madame la présidente Goussault se trouvât mal de coucher sur la rue (3). Il me semble lui avoir oui dire qu’elle est incommodée quand cela arrive ; et puis d’ailleurs il est à craindre que ses parents, notamment Madame sa mère, ne le trouvât mauvais.
Il n’y a rien qui presse pour votre retraite. Il n’y a pas long temps que vous êtes sortie de maladie. Je craindrais que ce serait trop tôt vous exposer à ce travail. Au nom de Dieu, Mademoiselle, allons doucement.
Je me crains bien, de ne pouvoir aller chez vous, et ai peine de vous donner celle d’avoir un carrosse pour venir ici. Que si pourtant vous pouvez le dernier demain a huit ou neuf heures, vous serez la bienvenue. Mais, au nom de Dieu, ne vous empressez pas.
Quant à ces filles, je n’entends pas bien ce que vous m’en dites. Nous en parlerons à la première vue, à laquelle vous prendrez la peine, s’il vous plaît, de nous rapporter le cordon. Soyez cependant gaie et soigneuse de votre santé, et ressouvenez-vous que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur (3), v. s.
266. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1642] (1)
Mademoiselle,
Il me semble que vous ne sauriez commencer vos exer-
2). Madame Goussault faisait sa retraite chez Louise de Marillac.
3). Le saint avait d’abord écrit : que je suis, de toute l’étendue de mon affection ; puis, trouvant sa phrase trop tendre, il barra ces mots et les remplaça par ceux qu’on lit dans le texte.
Lettre 266. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Dates extrêmes du séjour de Louise de Marillac à La Chapelle. On ne peut s’empêcher de remarquer que le ton général de la lettre étonne à une époque aussi tardive.
- 384 -
cices en un temps plus propre. Les religieux et les religieuses les font pour la plupart à présent. Commencez donc demain lundi, s’il vous plaît. Trois demi-quarts d’heure vous suffiront par jour pour votre oraison, demi-heure pour chaque oraison, les deux le matin à huit et à dix heures et demie, et l’autre à 4 heures (2).
Bien volontiers j’entendrai votre confession à La Chapelle. Pourrez-vous avoir un carrosse ? Sinon, je tâcherai d’aller à Saint-Victor (3) ; mais cela ne se fera pas sans quelque difficulté de ce lieu-là. Vous finirez samedi au soir, irez à la messe tous les jours. Vous ferez dire que vous êtes empêchée et remettrez ceux qui auraient à faire nécessairement à vous, immédiatement après votre dîner, et couperez court. Vous communierez jeudi prochain, prendrez seulement les matières de l’oraison que M. de Genève (4) met au commencement et à la fin de son Introduction (5) et les départirez en façon qu’elles vous suffisent et les fassiez toutes, et en pourrez faire quelques unes deux fois, selon l’attrait que Notre-Seigneur vous donnera. Lisez le Nouveau Testament, outre les autres lectures que je vous ai proposées. écrivez-moi tous les deux jours sommairement ce qui se passera et votre disposition du corps et de l’esprit, et tâchez sur toutes choses de ne vous pas empresser ; mais faites tout doucement comme vous pouvez vous représenter que faisait le bon M. de Genève.
Je ne vous prie point de vous ressouvenir de moi en vos prières, pource que je ne fais point de doute qu’après le petit Le Gras vous ne me mettiez au premier rang ; non pas que je le mérite ; mais la connaissance que vous
2). Tel est le texte de l’original. La phrase n’a de sens que si on lit trois demi-heures au lieu de trois demi-quarts d’heure.
3). Probablement aux Bons-Enfants, rue Saint-Victor.
4). Saint François de Sales.
5). L’Introduction à la vie dévote.
- 385 -
avez du besoin que j’en ai, et la charité que Notre-Seigneur vous a donnée pour moi, me le fait espérer.
Adieu donc, Mademoiselle ; ménagez-vous tellement en cette retraite que vous nous laissez le moyen de vous en conseiller d’autres.
J’oubliais à vous dire que vous ne vous surchargiez pas de règles de pratique, ains que vous vous affermissiez bien à bien faire celles [que] vous avez, vos actions journalières, vos emplois, bref que tout tourne à bien faire ce que vous faites. N’admettez point, non plus, les pensées de singularité qui vous ont tracassée d’autrefois ; c’est un change que le malin esprit vous voudrait donner.
Or sus, je finis ici, avec la prière que je fais à Notre-Seigneur qu’il soit lui-même votre conduite en votre retraite, et sa sainte Mère aussi, et suis, en leur amour, votre très humble serviteur.
267. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
La dévotion des disciples de Notre-Seigneur assemblés pour prier pour la venue du Saint-Esprit soit toute sensible à votre cœur pour jamais (1) !
J’aurais été fort aise d’entendre cette bonne fille de Saint-Benoît (2) ; mais quel moyen, attendu le voyage que j’ai à faire ? Assurez-la que je prierai Dieu pour elle, et recommandez-moi à ses oraisons, si vous plaît. Je pense
Lettre 267. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). La lettre est du dimanche qui précède la fête de la Pentecôte.
2). Paroisse de Paris.
- 386 -
qu’il sera bon que vous la fassiez entendre par un confesseur extraordinaire ; M. Lambert ou M. Soufliers pourront lui rendre ce service. Si vous le mandez audit sieur Lambert, M. Pillé pourrait entendre ce bon pauvre homme picard, lorsque l’un desdits sieurs ira entendre cette bonne fille. Dieu vous rende la charité que vous lui faites !
Isabelle (3) ferait bien à Saint-Paul. Mais, s’il faut faire entendre par ce bon prêtre à M. de Saint-Paul (4) ce que vous me dites, il faut attendre à mon retour. Aussi bien n’y a-t-il rien qui presse, à ce qu’il m’a dit.
Je suis consolé de votre charité pour Marie ; mais ne vous allez pas vous exposer, s’il vous plaît. La bonne fille Isabelle pourrait-elle pas bien faire ce qu’il faut ? Si les ordinands viennent à Saint-Lazare, M. de la Salle y fera la leçon et sera bien empêché ; sinon, il pourra travailler à l’établissement de la Charité à La Chapelle ; et, à son défaut, M. Lambert pourra faire l’action, si mieux vous n’aimez la différer jusques à la Fête-Dieu. Gouvernez et soyez bien gaie. Assurez-vous que tout ce que vous m’avez dit est tentation, et que je suis au dedans et au dehors, maintenant et pour l’éternité, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Ce dimanche au soir, 24 mai 1637.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à La Chapelle.
3). Elisabeth Martin, Fille de la Charité.
4). Nicolas Mazure, chanoine de Coutances, né dans le diocèse d’Avranches, ordonné prêtre le 17 avril 1632. Il remplaça son oncle Guillaume Mazure, mort le 12 mars 1633, comme curé de la paroisse Saint-Paul, permuta sa cure en 1664 avec André Hameau, docteur en Sorbonne, contre l’abbaye de Saint-Jean-en-Vallée, du diocèse de Chartres, et mourut le 25 juin 1685, doyen de la Faculté de théologie.
- 387 -
268. — A LOUISE DE MARILLAC
[Vers le 24 mai 1637] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je viens d’arriver et m’en vas partir pour Pontoise, pour revenir demain au soir et repartir le lendemain pour auprès de Dourdan (2), d’où j’espère être de retour jeudi ou vendredi de la semaine prochaine. Je me recommande cependant à vos prières.
Vous pouvez rappeler Marie sans en rien dire aux dames. Il sera bon de remettre l’affaire de Saint-Paul (3). Je vous prie de faire réponse pour nous deux à Madame Pelletier.
L’on m’ôte la plume de la main. Adieu, Mademoiselle. Je suis v. s.
269. — A ANTOINE COLLéE, SUPéRIEUR, A TOUL (1)
1637
J’ai su que votre pain n’était pas bien fait ; je vous prie de le faire faire par quelque boulanger, si vous en trouvez ; car c’est le principal que d’avoir du bon pain.
Lettre 268. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Cette lettre semble devoir être rapprochée de la lettre 267.
2). Aujourd’hui chef-lieu de canton en Seine-et-Oise.
3). Paroisse de Paris. Il s’agit sans doute de la Charité.
Lettre 269. — Collet, op. cit., t. II, p. 314, note.
1). Collet dit, parlant de cette lettre : "Voici comme le saint écrivait en 1637 à M. Sarry, qui depuis peu était supérieur de la maison de Toul." Or, en 1637, M. Sarry, qui ne fut jamais supérieur dans cette ville, n’était ni prêtre ni membre de La congréga-
- 388 -
Il sera bon aussi de varier quelquefois les viandes (2)… pour soulager la pauvre nature, qui se dégoûte de voir toujours les mêmes choses. Vous ferez encore bien de recommander aux frères la netteté et la propreté tant de la cuisine que du réfectoire.