Correspondance (page 9)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

218. — A LOUISE DE MARILLAC

[Peu avant mai 1636] (1)

Mademoiselle,

J’ai entrevu ce que vous m’avez mandé de M. Massé. Je l’ai proposé néanmoins avec M. Caignet, confesseur de M [adame] Gous [sault] (2) ; mais je ne sais si l’on s’arrêtera à l’un ni à l’autre. L’un de ces Messieurs m’en a

Lettre 218. — L..a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Même remarque qu’à la lettre 217, note 1.

2). Antoine Caignet, docteur en théologie, plus tard chanoine, chancelier, théologal et grand vicaire de Meaux, prédicateur recherché, mort en 1669. Il est l’auteur de deux ouvrages appréciés : L’Année Pastorale (Paris, 1659, 7 vol. in-4) et Le Dominical des Pasteurs ou le Triple emploi des curés (Paris, 1675, 2° éd., in-4.)

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proposé un autre en même temps ; je dis de ces Messieurs de Notre-Dame. Ceci est secret (3).

Je trouve fort bonne la pensée que vous me proposez de M. votre fils, pourvu que vous lui en fassiez tout simplement la proposition et le laissiez à sa liberté d’en user comme il lui plaira.

Il faut donc laisser ces bonnes filles de Sucy. Celle-ci et sa mère ont désiré néanmoins que vous fassiez la charité à la fille de la Retaux jusques à la Pentecôte, non tant pour se donner à votre Charité, en laquelle néanmoins elle fera ce en quoi vous l’emploierez ; son désir est d’apprendre quelque chose pour se rendre capable d’enseigner les enfants dans Sucy avec le temps. Vous lui ferez donc la charité, s’il vous plaît, d’en essayer, Mademoiselle, et nous aviserons à vous faire bailler ce qu’il faudra pour cela. J’oubliai hier d’en parler à Madame la garde des sceaux.

Si, mardi prochain, vous venez, le matin, avec vos filles, nous irons à La Chapelle ; c’est un village proche d’ici allant à Saint-Denis (5) ; mais il faudra m’en faire souvenir le lundi au soir.

Dieu veuille que je n’aie point de regret de ce que j’ai dit aux filles ! Je pense que vous feriez bien d’aller visiter celles de Saint-Paul. Je voudrais bien que vous puissiez aussi voir celles de cette paroisse. Je suis cependant, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

V. DEPAUL. Ce samedi, à 9 heures.

Suscription : A Mademoiselle demoiselle Le Gras.

3). Il était question d’organiser un corps d’aumôniers pour les malades de l’Hôtel-Dieu.

4). Madame Séguier.

5). L’ancien village de La Chapelle est aujourd’hui un des quartiers de la capitale.

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219. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous supplie de me pardonner de ce que je ne vous ai vue avant que de m’en aller pour quatre ou cinq jours aux champs. Monsieur votre fils a fort bien commencé ; M. de Sergis l’a pris à son retour des champs et le sert en sa retraite. Il m’a dit qu’il exclut l’épée ; reste la condition de l’état ecclésiastique et celle du palais ; il considérera les deux et tâchera de se résoudre.

J’ai écrit à Madame la présidente Goussault que je pense que vous ferez bien d’aller voir la maison de La Chapelle et de faire savoir ce qu’on en veut de louage. Cela vous divertira d’autant ; car elle croit, comme je fais, que l’air des champs vous est bon. Soyez gaie cependant. Ayez soin de votre santé. Je vous supplie de faire savoir de nos nouvelles et nos excuses a la bonne Mademoiselle Viole (2) et de lui dire que j’espère de la voir à notre retour. Oh ! que je suis consolé et édifié de cette bonne demoiselle ! Je vous souhaite le bon jour et suis v. s.

- V. D.

J’ai vu cette bonne fille de Sedan ; elle loge en notre

Lettre 219. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Même remarque qu’à la lettre 217, note 1.

2). Mademoiselle Viole, née Madeleine Deffita, veuve de Jacques Viole, conseiller au Châtelet de Paris, remplissait ou plutôt remplira plus tard parmi les dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu l’office de trésorière. Son nom revient souvent dans la correspondance de saint Vincent, qui appréciait beaucoup sa charité, son intelligence et son activité. Elle mourut à Paris le 4 avril 1678.

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faubourg. Mon Dieu ! qu’elle me paraît faible et changeante !

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

220. — A UN PRETRE DE LA MISSION

[1636] (1)

Je ne sais si je vous ai mandé les afflictions dont il a plu à Dieu visiter notre pauvre et petite compagnie. M. Bourel (2) est mort à la mission de Mesnil, et cela saintement, de même qu’il a vécu. Chacun dit de lui qu’on n’a jamais remarqué aucune imperfection en lui, non pas même M. Boudet (3), son directeur au séminaire.

221. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne vis jamais une telle femme que vous, ni qui prenne certaines choses si fort au criminel. Le choix de M. votre fils, dites-vous, est un témoignage de la justice de Dieu sur vous. Certes, vous avez tort de donner lieu

Lettre 220. — Manuscrit de Lyon.

1). Voir note 2.

2). Etienne Bourel, né en Savoie, reçu dans la congrégation de la Mission en juillet 1635, mort en 1636.

3). Jacques Boudet, prêtre de la Mission, né à Epinay-sur-Seine, reçu dans la congrégation de la Mission en 1634, ordonné prêtre en 1635. Il donna des missions en Bretagne avec M. Olier (Faillon, op. cit., t. I, p. 219), dans la région de Toulouse, en Champagne et ailleurs. "C’est une sainte âme ", disait de lui saint Vincent.

Lettre 221 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir la note 2.

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à ces pensées et plus encore de le dire. Je vous ai déjà priée d’autres fois de ne plus parler comme cela. Au nom de Dieu, Mademoiselle, corrigez-vous-en et sachez une fois pour toutes que ces pensées aigres sont du malin et que celles de Notre-Seigneur sont douces et suaves, et ressouvenez-vous que les défauts des enfants ne sont pas toujours imputés aux pères, notamment quand ils les ont fait instruire et donné bon exemple, comme vous avez fait, Dieu merci, et que Notre-Seigneur permet par sa Providence admirable que des pères saints et des mères soient déchirés en leurs entrailles. Abraham le fut par Ismaël, Isa c par Esaü, Jacob par la plupart de ses fils, David par Absalon, Salomon par Roboam et le Fils de Dieu par Judas ; et, par la grâce de Dieu, vous n’en êtes pas là ; ains, au contraire, vous avez sujet de louer Dieu de ce que vous a dit M. Holden ; car il vous a dit vrai. M. votre fils vint hier trouver M. de Sergis, se confessa à lui et lui dit qu’absolument il est résolu de servir Dieu en l’état ecclésiastique, et quelques autres circonstances qui m’ont fort consolé ; mais je ne me ressouviens pas à présent quelles elles sont. Remerciez donc Dieu de cela et soyez bien gaie.

Madame Goussault me dit hier comme elle a passé contrat pour la maison (2). Il faudra nous voir pour voir qui vous emmènerez. Je trouve fort à propos que vous différiez cette bonne fille jusques alors. Je ne connais

2). On loua la maison de La Chapelle ; on ne l’acheta pas. Louise de Marillac et ses filles, nous dit Gobillon (op. cit, p. 71) s’y établirent en mai 1636. C’est peut être à ce changement de demeure que se rattachent les lignes suivantes de la fondatrice : "Aller au nouveau logement avec le dessein d’honorer la divine Providence qui y conduit, et se mettre dans la disposition d’y faire ce que la même Providence permettra y avoir à faire. Par ce changement de demeure, honorer celui de Jésus et de la sainte Vierge de Bethléem en égypte, et depuis en autres lieux, ne voulant, non plus qu’eux, avoir de demeures propres en terre."(Pensées, p. 41.)

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point l’autre de laquelle vous me parlez, qui n’est pas encore chez vous.

Je doute si je pourrai aller dimanche en vos quartiers et si, quand cela serait, je devrais vous parler dans la chapelle, qui est si malsaine. Il faudra tâcher que ce soit chez Madame Goussault, quoique pourtant il semble qu’il est à propos que je vous voie en particulier avant cela.

Or sus, je vous souhaite la paix de Notre-Seigneur et suis v. s.

V. D.

Il faut différer aussi la proposition de votre maison (3). Ce que vous dites de la relouer de gré à gré me revient.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

222. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1635 et 1638] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous ferai faire un mémoire des matières des oraisons, des exercices et de l’emploi de la journée et le vous enverrai.

Il faut faire cesser les paroisses (2) pendant ce rencontre (3), et les reprendre, si cette fille a le temps, après qu’il

3). Probablement la maison qu’allaient quitter les sœurs pour s’établir à La Chapelle.

Lettre 222. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite pendant que Jean Pillé dirigeait la maison des Bons-Enfants (1635-1638). Elle semble antérieure d’assez peu de jours à la lettre 223.

2). La visite des pauvres dans les paroisses de Paris.

3). Le saint semble faire allusion à une recrudescence de la peste.

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sera passé. Qu’elle ne fasse rien pendant ce temps-là. Une petite fiévrotte que j’ai m’empêchera d’entendre cette bonne fille. Je vous enverrai quelqu’un pour cela, si vous m’en faites avertir la veille au soir.

Vous pouvez m’écrire sûrement de M. votre fils. Il fut dernièrement aux Bons-Enfants. Je fis dire à M. Pillé qu’il le renvoyât doucement et promptement, parce qu’il y est arrivé accident à l’homme de M. Doignon (4).

Vous avez bien fait d’envoyer cette bonne fille à la place de la malade.

Je m’en vas célébrer la sainte messe et prier pour vous et pour vos bons desseins. Je me recommande pareillement à vos prières et suis votre très humble serviteur.

223. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mai 1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Il est vrai, je pars ce matin pour Pontoise et Beauvais ; mais je vous puis bien assurer que c’est avec peine de ne vous avoir pas vue, ni votre nouveau ménage. Vous seriez beaucoup plus utile à Beauvais que moi et ferai espérer aux dames de la Charité que vous y irez ; car je ne fais pas état de les assembler. La raison de mon voyage est sans raison qui me satisfasse ; c’est pour visiter les

4). Vraisemblablement un cas de peste.

Lettre 223. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Le "nouveau ménage" dont parle le saint ne peut être que l’installation de Louise de Marillac à La Chapelle.

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Ursulines (5). 0 Mademoiselle, que cela me fâche et que ce temps me semble perdu pour un homme qui le doit tout aux pauvres gens ! Mais quoi ! il y a huit mois pour le moins que M. de Beauvais m’en presse ; et, pource que je l’ai tant remis, il ne vient plus céans en passant et repassant, comme il avait accoutumé, ni Monsieur Messier (3) ne m’écrit. Il n’y a que les filles (4), desquelles je n’ai reçu que deux lettres pour cela la semaine passée. Passons cela et disons : mon Dieu ! Mademoiselle, que j’ai de la peine de vous voir si longtemps sans aller prendre l’air et dans le travail continuel que vous faites à l’Hôtel-Dieu !

Je n’ai point vu Madame la supérieure de Saint-Sauveur (5) pour avoir la réponse pour Marie (6). Pourriez-vous pas bien cependant aller à Grigny (7) pour sept ou huit jours et laisser Marie pour tenir ces filles en état ? Elle est assez sérieuse et exacte pour cela. Faites cela, je vous en prie, pendant mon absence. Je le dirai à Madame Goussault, qui vient à Pontoise, à ce qu’elle vous prenne. Mademoiselle Poulaillon pourra aussi voir parfois vos filles. Si cela est, il sera bon que vous alliez visiter, avec Madame la présidente (8), la Charité de Villeneuve-Saint-Georges, les encourager et ôter la résolution que Madame Guérin leur a fait prendre, depuis mon départ, qu’elles n’iront pas visiter les malades quand il n’y en

2). Collet affirme que saint Vincent visita deux fois les Ursulines de Beauvais : en 1634, avant la première assemblée des dames de l’Hôtel-Dieu, qu’il présida à son retour (op. cit., t. I, p. 232), et en 1641 (ib., p. 337). Ou il se trompe de date, ou il oublie la visite de 1636.

3). Louis Messier, archidiacre de Beauvais.

4). Les Ursulines.

5). La présidente de la confrérie de la Charité établie à Saint-Sauveur.

6). Marie Joly.

7). Petite localité de Seine-et-Oise.

8). Madame Goussault.

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aura qu’un seul ; et la raison, c’est pource qu’elle ne peut comprendre qu’on puisse faire un bon bouillon avec cinq onces de chair. Cette bonne dame est bonne et avantageuse en parole, se mêle là-dedans, quoiqu’elle ne soit pas du corps.

Si, en passant par Grigny, vous vouliez faire prendre ce que vous avez acheté pour ce lieu-là aux Bons-Enfants, cela serait bien. Mais non, vous direz à la trésorière qu’elle donne charge à quelqu’un de les prendre, et faudrait que [ce] fût par le batelier

Je vous renvoie les règles des filles. Cela est si [bien] (9) que je n’y ai voulu rien ajouter. Lisez-leur donc tantôt, si vous ne jugez nécessaire que j’y sois ; auquel cas je vous promets bien que ce sera une des premières choses que je ferai à mon retour, s’il plaît à Dieu. Il sera expédient que celles de cette paroisse (10) s’y trouvent en même temps, afin qu’elles soient uniformes. Or sus, je finis en vous priant de bien honorer la paix et tranquillité de l’âme de Notre-Seigneur, et me recommandant à vos prières, comme étant, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je ne vous dis rien de Madame de Liancourt, sinon que, si elle vous emmenait pour sept ou huit jours seulement, que vous en ferez comme il vous plaira, mais que, les grands étant fort incertains de ce qu’ils doivent devenir, si elle ne vous a vue, que vous ferez bien cependant de prendre l’occasion de Grigny.

9). Mot oublié dans l’original.

10). La paroisse Saint-Laurent.

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224. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’envoie ce porteur exprès pour apprendre de vos nouvelles, dans l’espérance qu’il les nous rapportera bonnes. Au nom de Notre-Seigneur, Mademoiselle, faites votre possible pour cela. Vous avez sujet de vous plaindre de ce que je ne vous ai fait réponse à celle que vous m’avez écrite à votre départ pour Gournay (1). Mais que voulez-vous ? ce sont de mes fautes ordinaires. J’espère que Notre-Seigneur me fera la grâce de m’en amender, si vous me faites la charité de me le pardonner.

Or sus, parlons de votre indisposition. Avez-vous point besoin d’un médecin ? Si cela est, mandez-le-moi ; je vous en enverrai quelqu’un. Vous en avez un [à] Senlis, fort habile homme, qui est au roi et qui va souvent a Liancourt, à cause de la confiance que Monseigneur et Madame de Liancourt y ont et avec sujet. N’épargnez rien pour l’avoir ni pour vous faire bien assister. Peut-être n’avez-vous pas apporté assez d’argent ; si cela est, mandez-le-moi, je vous en enverrai.

Monsieur votre fils a passé ici une journée pendant ces fêtes et s’est allé faire purger aux Bons-Enfants. Il se porte fort bien, Dieu merci. Madame Goussault est allée

Lettre 224. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Louise de Marillac était à Gournay-sur-Aronde (Oise) le 18 mai 1636, fête de la sainte Trinité. Ce jour-là, elle réunit les membres de la confrérie de la Charité au château de la dame du lieu, s’enquit de l’observance du règlement, procéda à l’élection des officières, reçut de nouvelles adhérentes, entre autres Madame de Gournay, et résolut quelques difficultés relativement surtout au choix des malades que la confrérie devait assister. Le rapport qu’elle fit de cette assemblée nous a été conservé. (Pensées, p. 99.)

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à Grigny (2) et de là visiter quelques Charités qu’on a établies depuis peu à l’entour d’étampes.

Vos filles de l’Hôtel-Dieu font toujours bien. Il n’y a que Henriette (3) qui est toujours en langueur. Marie dit que c’est pour votre absence. Cela a empêché qu’elle ne soit allée à Saint-Nicolas, et Barbe (4) à Saint-Sulpice (5). Isabelle (6) se porte mieux. Il n’y a que la fille de Mademoiselle Viole qu’on a mise avec elle, qui les scandalise à cause de ses façons de faire avec des garçons qui la viennent voir et pour lesquels sa maîtresse l’a renvoyée. C’est cette Normande pour laquelle vous avez écrit à Mademoiselle Viole qu’elle priait Madame Goussault de prendre soin d’elle, qui a un fâcheux esprit et dangereux. Je l’envoyai hier quérir pour lui dire qu’elle ne fît entrer des garçons dans la maison ; mais elle ne le prit pas bien et me dit qu’elle aimait mieux s’en aller. Il faut demeurer en paix après qu’on a fait ce qu’on a pu en ces cas-là.

Voilà pour les nouvelles qui vous regardent. Mais disons maintenant : quand reviendrez-vous ? O mon Dieu ! j’oubliais à vous dire de Madame Mussot que je l’attends ce matin pour savoir au vrai quand elle partira.

Madame de Liancourt m’a mandé qu’elle me viendra

2). Petite localité de Seine-et-Oise.

3). Henriette Gesseaume, fille de la Charité, très intelligente et pleine de ressources, mais d’un caractère trop indépendant. Habile pharmacienne, elle fut d’un grand secours à l’hôpital de Nantes, où elle resta de 1646 à 1655. Une de ses nièces la suivit chez les filles de la Charité ; un frère et un neveu entrèrent dans la congrégation de la Mission.

4). Barbe Angiboust.

5). Marie Joly et Barbe Angiboust étaient chargées, en l’absence de Louise de Marillac, des sœurs employées aux confréries de ces paroisses.

6). Isabelle ou Elisabeth Martin fut parmi les premières Filles de la Charité une des plus accomplies. Sœur servante à l’hôpital d’Angers en 1640, à Richelieu en 1641, à l’hôpital de Nantes en 1646, elle revint à Richelieu en 1648, pour y mourir l’année suivante. Sa santé laissa toujours à désirer.

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voir (7) ; mais j’ai su, depuis ce dessus écrit, que l’on s’est mépris ; et l’embarras où je suis ne me permettant pas une si grande tournée, je m’en vas l’envoyer prier de passer par ici en s’en retournant. Madame Mussot m’assura hier qu’elle partira à la fin de cette semaine. M. le prieur parle de s’en aller avec elle et d’être l’un des chapelains de Liancourt avec un autre ecclésiastique (8).

Hier, étant pressé de Madame de Combalet (9) de lui

7). Saint Vincent a interrompu la lettre en cet endroit pour ne la reprendre que le lendemain.

8). Le duc et la duchesse de Liancourt avaient conçu dès 1606 le projet d’appeler des chapelains sur leur terre de Liancourt. Ces chapelains devaient être au nombre de trois, mener la vie commune dans une maison bâtie exprès pour eux près de l’église, et venir en aide aux curés de Liancourt et des paroisses voisines dépendantes de la seigneurie. Le traitement offert était minime ; aussi personne ne se présentait. Quelques prêtres de Provence finirent par accepter. Après deux ans, ils se retirèrent. Adrien Le Bon, dont saint Vincent parle dans sa lettre, ne donna pas suite à son projet. Le duc s’adressa à saint Vincent ainsi qu’à Georges Froger, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et tous deux le renvoyèrent à Adrien Bourdoise. Bourdoise se laissa gagner. Il quitta Paris le 1er septembre 1642 et travailla si bien à Liancourt qu’en peu de temps il groupa autour de lui toute une communauté. (Le saint abbé Bourdoise, par Jean Darche, t. II, p. 184.)

9). Marie de Wignerod de Pontcourlay, née en 1604 au château de Glénay, près de Bressuire, de René de Wignerod et de Françoise de Richelieu, sœur aînée du grand cardinal, épousa, toute jeune dans la chambre d’Anne d’Autriche, le neveu du duc de Luynes, Antoine de Beauvoir de Grimoard du Roure, chevalier, seigneur de Combalet, qu’elle n’avait jamais vu et qu’elle n’aimait pas. Pendant les deux ans que dura cette union, les époux ne vécurent que six mois ensemble. Le marquis de Combalet, retenu hors de son foyer par les nécessités de la guerre, tombait frappé à mort, le 3 septembre 1622, au siège de Montpellier. Veuve à dix-huit ans, la marquise de Combalet quitta la cour et se retira au Carmel de Paris. Elle fut admise au noviciat, après un an de clôture reçut l’habit religieux des mains de M. de Bérulle et prononça les premiers vœux. Richelieu, qui l’aimait beaucoup, mit tout en jeu pour la ramener à la cour. Ce fut à sa sollicitation que le Pape interdit le cloître à la jeune marquise, que Marie de Medicis la choisit, le 1er janvier 1625, pour dame d’atours et que le roi érigea sa terre d’Aiguillon en duché-pairie le 1er janvier 1638. Ce jour-là, le cardinal l’emmena, pour qu’elle y fixât sa résidence dans un petit hôtel aménagé pour elle, rue de Vaugirard, dans les dépen-

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envoyer la fille, et que c’était pour elle, j’en parlai à Marie Denyse, pource quelle me semblait plus propre pour cela ; mais elle me fit une réponse digne d’une fille qui a vocation de Dieu à la Charité, qui fut qu’elle avait quitté père et mère pour se donner au service des pauvres pour l’amour de Dieu, et qu’elle me priait de l’excuser si elle ne pouvait changer de dessein pour aller servir cette grande dame. Après cela, je parlai à Barbe la grande (1) sans lui dire pour qui ni pour quoi, et l’envoyai m’attendre auprès de madite dame de Combalet, où je lui dis que cette bonne dame l’emploierait tantôt à son service et tantôt aux pauvres de la paroisse. Elle se

dances du petit Luxembourg, où lui-même avait sa demeure. La duchesse d’Aiguillon fit un noble usage de son immense fortune et de sa grande influence. Elle fréquenta et protégea les gens de lettres et se mit à la tête de toutes les œuvres de charité. Elle établit les prêtres de la Mission à Notre-Dame de La Rose et à Marseille où elle leur confia la direction d’un hôpital qu’elle avait fait bâtir pour les galériens malades. La maison de Richelieu et celle de Rome vécurent de ses libéralités. C’est elle qui fit donner à la congrégation de la Mission les consulats d’Alger et de Tunis. Elle concourut à la fondation de l’hôpital général et de la société des Missions étrangères, prit sous sa protection les Filles de la Croix et les Filles de la Providence et fut la grande bienfaitrice du Carmel. Elle fut présidente de la confrérie de la Charité établie à Saint-Sulpice et remplaça Madame de Lamoignon à la tête des dames de l’Hôtel-Dieu. La duchesse d’Aiguillon doit être mise avec Louise de Marillac, Madame de Gondi et Madame Goussault, au premier rang des collaboratrices de saint Vincent. Nul peut-être ne lui donna davantage. Peu de personnes lui furent aussi attachées. Elle veillait sur sa santé avec une sollicitude maternelle. Le carrosse et les chevaux dont le saint se servait dans ses vieux jours venaient de ses écuries. La mort du serviteur de Dieu l’affligea profondément. Elle fit exécuter un reliquaire de vermeil en forme de cœur surmonté d’une flamme pour y enfermer le cœur du saint. La duchesse d’Aiguillon mourut le 17 avril 1675, à l’âge de soixante et onze ans, et fut inhumée avec l’habit de carmélite. MM. Brisacier et Fléchier ont prononcé son oraison funèbre. La duchesse d’Aiguillon, par le comte de Bonneau-Avenant, seconde édition, Paris, 1882, in-12.) Le Long signale dans sa Bibliothèque historique de la France, éd. Fontette Paris, 1768-1778, 5 vol. in-f°, t. III, n° 30.854, un recueil manuscrit de ses lettres, aujourd’hui perdu.

10). Barbe Angiboust.

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mit à pleurer, et ayant acquiescé, je la mis entre les mains d’une demoiselle de ladite dame. Mais je fus bien étonné quand incontinent après elle revint chez M. l’abbé de Loyac (11) où j’étais vis-à-vis, et me dit qu’elle était étonnée de voir une si grande cour, qu’elle ne saurait y vivre, me priait de l’en ôter, que Notre-Seigneur l’avait donnée aux pauvres, me priait de l’y renvoyer ; ce qui étonna fort cet abbé de voir un tel mépris de la grandeur du monde, et fit que je dis à cette bonne fille qu’elle s’en retournât chez ladite dame ; que si elle ne s’y trouvait pas bien, dans quatre ou cinq jours qu’elle s’en retournât à Saint-Nicolas.

Que vous en semble, Mademoiselle ? êtes-vous point ravie de voir la force de l’esprit de Dieu dans ces deux pauvres filles et le mépris qu’il leur fait faire du monde et de ses grandeurs ? Vous ne sauriez croire le courage que cela m’a donné pour la Charité, ni le désir que j’ai que vous reveniez bientôt et en bonne santé, pour y travailler à bon escient. Faites donc votre possible pour vous bien porter, Mademoiselle, je vous en supplie, et emmenez ces bonnes filles, si vous leur reconnaissez de la vocation et de l’aptitude.

Or sus, je finis en priant Dieu qu’il vous redonne une parfaite santé, comme j’espère de sa bonté, qui suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce mardi matin 27 de mai 1636.

Je vis hier vos filles de l’Hôtel-Dieu ; elles font bien.

11. Jean de Loyac, protonotaire apostolique, honorait le clergé par ses vertus et ses talents. Il était conseiller, aumônier et prédicateur ordinaire du roi. Il serait monté sur le siège de Toulon à la mort d’Auguste de Forbin si Richelieu n’avait arrêté l’expédition des bulles. Il a écrit la vie de Pierre de Sacjan, prieur commandeur de l’ordre de Saint-Antoine à Paris, et celle de saint Jean de Dieu.

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Si cela vous avez besoin de mon service, je quitterai tout pour cela ; mais j’espère bien que vous vous en passerez.

Suscription.- A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

13 juin 1636.

Pressé par Charles-Chrétien de Gournay, évêque de Toul, d’autoriser les prêtres de la maison de cette ville à confesser les religieuses de Saint-Dominique, qui pouvaient difficilement trouver des confesseurs à cause des troubles de la Lorraine, Vincent de Paul prie le supérieur de l’établissement d’aller se jeter aux pieds du prélat et de lui faire comprendre combien le service demandé est opposé aux fins de la compagnie.

226. — JEAN-JACQUES OLIER A SAINT- VINCENT

ET AUX PRêTRES DE LA CONFéRENCE DES MARDIS

Messieurs,

Qui a Dieu a tout.

Jésus, Marie, Joseph.

le ne puis être plus longtemps absent de votre compagnie sans vous rendre le compte que je suis obligé de mes actions. Je vous dirai, Messieurs, que nous fumes onze jours en chemin pour nous rendre au lieu de la mission nommée Saint-Ilpize (1) La faveur du ciel fut si grande que pendant ce temps-là nous n’eûmes pas deux heures de soleil, ni de pluie, ayant toujours marché à l’abri des nuées, étant tous arrivés, par la grâce de Dieu, en bonne disposition.

On commença la mission le dimanche d’après l’Ascension, laquelle dura jusqu’au 15 de ce mois jour de leur fête Saint-llpize, où l’on voulut que je prisse congé le soir, à la présence du Saint Sacrement ; ce qui se fit avec toute la révérence pour la majesté de Dieu, qui présidait, et aussi avec tant de larmes

Lettre 225. — Collet, op. cit., t. I, p. 355.

Lettre 226. — Arch. de Saint-Sulpice, copie ancienne.

1). Commune de l’arrondissement de Brioude (Haute-Loire).

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et soupirs que je pense, Messieurs, qu’il faudrait y avoir été pour ce croire. Dieu soit béni de tout.

Presque la même chose arriva à la procession des petits enfants et à leur communion, qui se fit dans toute la révérence imaginable, là où la foule était si grande, de même que le reste des fêtes, qu’il fallait toujours faire courir du vin dedans l’église pour les affaiblies, dont une entre autres a été plus de trois semaines malade.

Le peuple, au commencement, venait selon que nous le devions souhaiter, savoir autant que nous le pouvions confesser ; mais cela, Messieurs, avec tels mouvements de grâce que de tous côtés il était aisé de savoir où les prêtres confessaient, les pénitents, par leurs soupirs et leurs sanglots, se taisant entendre de toutes parts. Jésus-Christ soit loué de tout ! Mais, sur la fin, le peuple nous pressait si vivement, et la foule était si grande qu’il nous fallait être parfois (savoir toutes les fêtes) douze ou treize prêtres pour subvenir à l’ardeur de ce zèle. On les voyait, depuis la pointe du jour au milieu de la chaleur, qui était extraordinaire, jusqu’à la dernière prédication, sans boire ni manger.

Parfois, en faveur des étrangers, il fallait faire deux heures et plus de catéchisme, d’où ils sortaient aussi affamés qu’en y entrant. Cela nous laissait tout confus. Il nous fallait le faire de la chaire, n’y ayant point de place dans c"église, les environs du cimetière étant tout emplis, les portes bouchées et les fenêtres toutes chargées de peuple. Ce même se voyait au sermon du matin et à celui du soir, qu’on nomme le grand catéchisme. Et après quoi je ne puis rien dire sinon : Benedictus Deus ! Benedictus Deus ! lequel si libéralement se communique à ses créatures mais surtout à ses pauvres. Car, Messieurs, nous avons remarqué que c’est là où il réside, et demande le secours des créatures pour achever ce que lui seul n’a pas accoutumé de faire, savoir l’instruction et la conversion totale de ses peuples.

Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus. La gloire est trop grande de travailler sous lui, de contribuer au salut de ses âmes et à la gloire qu’il en doit retirer toute une éternité. Vous avez heureusement commencé et vos premiers exemples m’ont chassé de Paris. Continuez en ces divins emplois, étant vrai que dessus la terre il n’y a rien de semblable.

Paris, Paris, tu arrêtes du monde qui convertirait plusieurs mondes ! Hélas ! combien de bonnes œuvres sans fruit, de fausses conversions et de saints discours perdus, faute de dispositions que Dieu épanche ailleurs ! Ici un mot est une prédication, et rien ne nous parait inutile. Ici l’an n’a point égorgé les prophètes ; je veux dire que leur prédication n’a

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point été méprisé comme dedans ces villes ; et pour cela, Messieurs, tous ces pauvres avec fort peu d’instruction se voient remplis de bénédictions et de grâces de Dieu. C’est ce que je puis souhaiter, puisque, dans son amour, je suis Messieurs, votre très humble, très obéissant et obligé confrère.

OLIER.

A Vieille-Brioude (2), ce jour saint Jean (3) 1636.

227. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu de tout ce que vous me dites de Madame Turgis (2). Je la pourrai aller entendre de confession samedi l’après-dînée, Dieu aidant. Vous lui baillerez les

méditations de la naissance et de la vie de Notre-Seigneur entre ci et là, s’il vous plaît ; et puis il faudra continuer la passion et quelques-unes des apparitions, et ne faut pas oublier de lui bailler [les] (3) saintes béatitudes à deux ou trois fois. Que si vous ne pouvez lui bailler toutes celles-là, vous lui baillerez celles qui se pourront [pour] (4) le temps qu’elle doit demeurer dans sa retraite.

2). Commune de l’arrondissement de Brioude.

3). 24 juin.

Lettre 227. — L. a. - — Original chez M. le marquis de Pierre à Aulteribe (Puy-de-Dôme).

1). Date d’entrée de Madame Turgis en communauté.

2). Elisabeth Le Goutteux, veuve de M. Turgis, quitta le monde où elle occupait une belle position, pour se consacrer à Dieu chez les Filles de la Charité. Elle remplit les fonctions de supérieure à l’hôpital d’Angers (1639-1640, 1644), aux Enfants trouvés (1642), à Saint-Denis (1645) à Chars près Pontoise (1645, 1647) et à Richelieu (1646-1647). Elle mourut à Chantilly en octobre 1648, après une longue et cruelle maladie.

3). Mot oublié dans l’original.

4). Mot enlevé par une déchirure de l’original.

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Je ne saurais que vous dire de ces filles de Saint-Victor [ni de la] (5) M [ère] Gabrielle, sinon que je prie Dieu qu’il remédie à tout.

Je ne sais si je pourrai voir cette bonne fille qu’on me dit venir pour se présenter. Je le ferai, si je le puis ; sinon, je vous prie de m’excuser et de vous ressouvenir de moi en vos prières. Je vous recommande aussi la Mère supérieure de Saint-Marie de la ville (7), qui est fort malade.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

Ce jeudi, à 10 heures.

VINCENT DEPAUL.

228. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je trouve bien à propos tout ce que vous me dites du service des pauvres, de l’Hôtel-Dieu, de la chambre (2) et de Mademoiselle Viole et de conférer avec vous à plein fond des moyens d’établir une parfaite charité entre vos filles.

Et, pour Madame Turgis, il sera bon que d’abord vous la priiez de trouver bon d’observer toutes les choses que les filles font, de faire comme elles et que vous la trai-

5. L’original est déchiré en cet endroit. 6. Si le mot Mère est exact, il s’agit ici de la Mère Gabrielle de Condren, religieuse carmélite, sœur du Père de Condren.

7). La Mère Hélène-Angélique Lhuillier.

Lettre 228. — L. a. — Original au second monastère de la Visitation de Paris, 110, rue de Vaugirard.

1). Voir lettre 227, note 1. Ajoutons que la lettre semble postérieure au transfert de la maison-mère à La Chapelle.

2). Très probablement la chambre des sœurs à Saint-Nicolas.

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tiez comme une d’entre elle et de faire enfin un noviciat de quelques mois : 1° tant pour honorer l’enfance de Notre-Seigneur ; 2° que pour donner exemple à ces filles de bien faire et à celles qui viendront ci-après, de quelque condition, d’en faire de même et à ce qu’enfin les filles lui aient une plus grande crainte lorsque l’on lui donnera quelque conduite (3) sur elles, et qu’à cet effet elle se mette indifféremment parmi les filles à table et que c’est ainsi que Notre-Seigneur s’est voulu ajuster aux pauvres pour nous donner exemple d’en faire de même. Si je le puis, j’irai samedi, de bonne heure, pour confesser vos filles, pour les mettre dans la pratique que je vous ai dite de la confession.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

229. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1634 (1) et 1639] (2)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voilà donc notre très chère sœur sur son départ. Béni soit Dieu de ce qu’il la veut libérer de tant de souffrances et la récompenser de tous les services qu’elle lui a faits ! Une petite incommodité que j’ai m’empêche

3). Le mot autorité s’était tout d’abord présenté sous la plume du saint ; réflexion faite, il lui préféra le mot conduite.

Lettre 229. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre est postérieure à la fondation des Filles de la charité.

2). Après 1639, saint Vincent aurait écrit les mots : "ce samedi matin" au début de la lettre, non à la fin.

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de lui aller dire le dernier adieu ; je le ferai de l’autel, où j’espère le voir en Notre-Seigneur plus parfaitement que chez vous. Ayant pensé et repensé à la proposition que vous m’avez faite touchant la disposition de son corps, je pense qu’il n’est pas expédient qu’on l’enterre céans (3) ; je vous en dirai la raison. Honorez en cela la différence des sépulcres de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, et consolez-vous dans l’acquiescement à l’adorable bon plaisir de Dieu, s’il vous plaît. J’avoue que cela est facile à dire ; mais les larmes de Notre-Seigneur sur le Lazare en font voir la difficulté. Si vous pleurez, que ce soit peu ; mais après cela fortifiez-vous. J’admire quelquefois la composition ferme des bons religieux et des religieuses dans le décès des leurs, Oh ! qui nous ferait part à la disposition qu’avait la sainte Vierge dans la mort de son Fils ! Je m’en vas y demander part pour vous au saint autel. Si elle est en état de recommander à ses prières la petite compagnie, je vous prie de le faire ; je dis celle des filles et la nôtre chétive, et moi particulièrement qui en ai plus de besoin et qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

Ce samedi matin.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

3). à Saint-Lazare.

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230. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1634 et 1639] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai une affliction sensible de ce que je ne vous puis aller voir, à cause du monde que nous avons et d’autres que j’attends. Je vous supplie de m’en excuser et de ne vous pas laisser aller à la douleur ; c’est le bon plaisir de Dieu, que vous aimez tant. O Dieu ! quel motif que celui du plaisir de Dieu ! Et quel motif encore que celui de penser que cette bonne fille jouit à présent du bonheur de sa gloire ! Enfoncez-vous là dedans, Mademoiselle, et n’en sortez pas, je vous en supplie.

Je vous enverrai quatre prêtres pour assister à l’office et tâcherai de voir Madame Goussault et de lui dire la chose en la manière que vous me marquez. J’espère demain, Dieu aidant, de vous allez voir, le matin. Vous me consoleriez fort si vous vouliez vous mettre en repos dans votre lit pendant ces deux jours.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis votre très humble serviteur. V. D. P.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Lettre 230. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite entre l’institution des Filles de la Charité de la mort de Madame Goussault.

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231. — A LOUISE DE MARILLAC

[Août 136] (1)

Mademoiselle,

Me voici de retour en meilleure disposition, Dieu merci ; mais nous voici dans les armes qu’on distribue céans aux soldats (2). Si l’on amène ces pauvres filles de Liancourt, je ne vois point d’inconvénient que vous les receviez chez vous en attendant, et cette bonne veuve pour la dresser ; après cela, Madame de Liancourt les pourra placer ailleurs. Cela me paraît mieux ; qu’en pensez-vous ?

Je ne réponds rien à la plainte que vous me faîtes touchant mon voyage et mon séjour à La Chapelle sans vous voir ; mais je recours pour la seconde fois à votre charité et espère qu’elle n’attendra pas la troisième pour me le pardonner. J’espère que nous aurons l’honneur de vous voir dans deux ou trois jours et suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur…

232 — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A PEBRAC

Paris, le 15 août 1636.

Tant s’en faut qu’il soit expédient de rappeler ici le

Lettre 231. — Manuscrit Saint-Paul, p. 68.

1). Cette lettre et la lettre 232 sont du même jour, ou peu s’en faut.

2). La nouvelle que les Espagnols, maîtres de quelques places fortes en Picardie, étaient entrés à Corbie le 5 août, avait jeté l’épouvante parmi les populations menacées. Les habitants des campagnes se réfugièrent dans les villes avec leurs meubles ; les religieux et les religieuses sortirent de leurs monastères. Paris reçut quantité de malheureux partis précipitamment de chez eux et dont la misère faisait pitié. Le roi se hâta de préparer une nouvelle armée et de mettre la capitale en état de défense. Il partit lui-même en Picardie à la tête de ses soldats et reprit en peu de temps les places perdues. Corbie se rendit le 14 novembre ; le 21, Louis XIII entrait dans Paris en triomphateur.

Lettre 232. — Reg. 2, p. 221.

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frère [Philippe] (1), que, s’il y était, il faudrait l’envoyer ailleurs, pource que Paris attend le siège des Espagnols qui sont entrés en la Picardie et la ravagent avec une puissante armée, dont l’avant-garde s’étend jusqu’à 10 ou 12 lieues d’ici, de sorte que le plat pays s’enfuit à Paris ; et Paris est si épouvanté que plusieurs s’enfuient en d’autres villes. Le roi tâche néanmoins de dresser une armée pour s’opposer à celle-là, les siennes étant hors ou aux extrémités du royaume ; et le lieu où se dressent et s’arment les compagnies, c’est céans, où l’étable, le bûcher, les salles et le cloître sont pleins d’armes, et les cours de gens de guerre. Ce jour de l’Assomption n’est pas exempt de cet embarras tumultueux. Le tambour commence à y battre, quoiqu’il ne soit que sept heures du matin, de sorte que, depuis huit jours, il s’est dressé céans 72 compagnies. Or, quoique cela soit ainsi, toute notre compagnie ne laisse pas de faire sa retraite, trois ou quatre exceptés, mais pour partir et s’en aller travailler aux lieux éloignés, afin que, si le siège vient, la plupart soient exempts de la risque qui se court en cas pareil. J’écris à M. l’abbé (2) que je pourrai lui envoyer quatre ou cinq prêtres de la compagnie et lui demande la charité pour cela. J’en enverrai une autre partie à Messeigneurs d’Arles et de Cahors, et j’espère les faire partir au plus tôt, avant que les affaires se brouillent davantage. J’ai eu ordre d’en user de la sorte par notre supérieur (3), lequel nos amis approuvent, puisqu’ils ne sauraient s’employer en ces quartiers, émus pour le présent. Or, jugez et faites juger de là à ce bon frère s’il est expédient qu’il revienne. Je suis de votre avis, et m’en suis toujours douté, qu’il a la nature paresseuse et qu’il est tenté du démon de

1). Voir lettre 202.

3. Vraisemblablement l’archevêque de Paris.

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fainéantise ; et il se peut ressouvenir que je lui ai dit. Je vous supplie de l’encourager à ce qu’il lui résiste, et cela par voie de douceur et de suasion, et non de conviction, comme nous avons accoutumé de faire. Les esprits malades ont besoin d’être plus délicatement et charitablement choyés que ceux qui le sont du corps.

Quant à l’aversion que M. Le P. témoigne avoir des exercices de la Mission, il faut honorer la douceur, la patience et l’humilité de Notre-Seigneur a l’égard de ceux qui avaient dissentiment à sa personne et à sa doctrine et en user de même qu’il en usait.

233. — A MONSIEUR DE SAINT MARTIN

Monsieur,

Je vous envoie, par l’occasion de Monsieur Touschard, qui se rend à Dax, le petit tableau que j’ai commandé à Monsieur Brentel faire à votre intention (1). Le présent est de peu de conséquence ; mais j’ai espérance que le

Lettre 233. — Archives de la Mission, copie prise sur l’original, qui était en entier de la main du saint.

1). Voici la description que nous en fait Firmin-Joussemet, qui l’a eu sous les yeux (Lettre de saint Vincent de Paul sur sa captivité à Tunis dans la Revue des provinces de l’Ouest, septembre 1856, p. 230 et suiv.) : "Cette peinture très finement touchée a été exécutée sur parchemin par un artiste nommé François Brentel. Elle représente la fuite en égypte. La Vierge, assise à l’ombre de grands arbres, allaite l’enfant Jésus, tandis que saint Joseph les contemple. Plus loin l’âne cherche sa nourriture. Dans le fond du paysage est une ville décorée de beaux édifices et bâtie au milieu d’un site sévère. Deux anges en prière, portés sur des nuages, occupent le haut de la composition. Autour règne une bordure noire et or, et au bas se trouve une bande pourpre, sur laquelle on lit en caractères romains : Aimez Dieu et votre prochain, légende qui résume la doctrine du donateur. Au dessous est la signature de l’artiste et la date 1636. L’ensemble a 0 m. 14 de haut sur 0 m. 10 de large. Ce petit tableau, d’une conservation parfaite, se recommande surtout par l’extrême finesse de la touche. Il semble être la copie d’une œuvre d’un artiste de l’école des Carrache." Arthur Loth l’a reproduit

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tiendrez de quelque prix, venant d’une personne qui est de si longtemps le tant obligé de votre maison. Le voyant devant vos yeux, n’oublierez en vos prières le plus humble de vos serviteurs.

VINCENT DEPAUL

De Paris, ce 16 août 1636.

234. — A LOUISE DE MARILLAC

[Août 1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! J’ai appris votre indisposition à mon retour. Cela m’a contristé. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous redonne une parfaite santé, dont j’étais tout réjoui la dernière fois que je vous vis. Enfin vous êtes fille de la Croix. Oh ! quel bonheur ! Dites-moi, je vous prie, si cette petite rechute vous a un peu troublée. Il n’y a point d’apparence de vous laisser toujours dans ces alarmes. Il vaut mieux vous retirer (2). Cela n’empêchera pas, si les choses s’adoucissent, que vous ne retourniez là où vous êtes, jouir de ce bon air. Je ne crains pas l’armée espagnole, mais quelque rencontre semblable

dans son bel ouvrage Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, Paris, 1880, in-8, p. 74. Celui que Firmin-Joussemet appelle François Brentel n’est autre vraisemblablement que le Strasbourgeois Frédéric Brentel, mort à Augsbourg en 1651, artiste de grand talent, au dessin correct, au coloris brillant et agréable, auteur de divers tableaux d’histoire, de portraits, de plusieurs gravures et des miniatures d’un manuscrit intitulé : Officium B. Mariae Virginis, in-8, 1647. (Bibl. Nat. f. l. 10.567-10.568.) (Cf. Schreiber, Das Mûnster zu Strassburg, Carlsruhe, 1828.)

Lettre 234. — Manuscrit Saint-Paul, p. 77.

1). L’allusion à la guerre des Espagnols demande cette date.

2). Probablement : vous retirer de La Chapelle et rentrer à Paris.

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à celui qui est arrivé. Je vous remercie cependant du soin que vous avez de nous, et vous supplie d’en avoir de votre santé, que je prie Notre-Seigneur de vous envoyer, étant, en son amour, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

235. — A ROBERT DE SERGIS, PRêTRE DE LA MISSION,

A LUZARCHES (1)

1er septembre 1636.

Monsieur le chancelier (2) me manda avant-hier par homme exprès, que je lui envoyasse aujourd’hui ou demain vingt missionnaires à Senlis, qu’il nous baillerait l’ordre que nous aurions à tenir et qu’il aurait soin de nous. Je lui mandai que nous ne pouvions en fournir un si grand nombre, mais bien douze ou quinze, et que je lui enverrais quelqu’un pour recevoir ses ordres et les donner aux autres ; et je me propose d’y envoyer M. du Coudray dès demain matin (3). Je vous prie de m’écrire à toute main. L’on m’a dit que vous devez déloger demain matin. L’incluse vous fera voir des nouvelles de M. Lambert et comme il s’est comporté avec les RR. PP. Capucins ! Oh ! que cela est chrétien et que je souhaite que chacun fasse de même !

Lettre 235. — Reg. 2, p. 273.

1). Dans cette localité campait le régiment dont Robert de Sergis était aumônier.

2). Pierre Séguier.

3). Abelly raconte (op. cit., t 1, chap. XXXIII, p. 154) que saint Vincent se rendit lui-même à Senlis pour offrir ses services au roi, y laissa un de ses prêtres pour transmettre les ordres du monarque aux autres missionnaires de l’armée et leur fit envoyer une tente, des meubles et des vivres. Il nous a conservé le règlement que le saint dressa pour eux à cette occasion. Quelques missionnaires revinrent après six semaines ; les autres restèrent dans l’armée jusqu’à la fin de novembre.

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Voici ces honnêtes gens de Clichy qui réclament leurs enfants qui sont en votre régiment. Ils offrent des hommes ou de l’argent à leur capitaine, auquel j’en écris. C’est M. Morin. J’ai fait la même prière à M. Piscot.

236. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Entre septembre et novembre 1636] (1)

Béni soit Dieu de la bénédiction qu’il donne à votre travail !

O Jésus ! Monsieur, qu’elle me parait grande ! Quoi ! d’avoir déjà procuré, pour votre part, le bon état de trois cents soldats, qui ont si dévotement communié, et de soldats qui s’en vont à la mort ! Il n’y a que celui qui connaît la rigueur de Dieu dans les enfers, ou qui sait le prix du sang de Jésus-Christ répandu pour une âme, qui puisse comprendre la grandeur de ce bien. Et quoique je connaisse mal l’un et l’autre, il plaît néanmoins à sa bonté de m’en donner quelque petite lueur et une estime infinie du bien que vous avez fait en ces 300 pénitents. Mardi passé, il y avait déjà 900 confessions faites en toutes les autres missions de l’armée, sans compter les vôtres, outre ce qui s’est fait depuis. O Dieu ! Monsieur, que cela est au-dessus de mon espérance ! Il faut s’humilier, louer Dieu, continuer avec courage et suivre, si vous n’avez d’autre ordre.

237. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Avant 1645] (1)

Monsieur,

Madame Traversay (2) me manda hier de vous avertir que ce

Lettre 236. — Abelly, op. cit., t. I, chap. XXXIII, p. 156.

1). Voir lettre 235, note 3.

Lettre 237. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir notes 4 et 7.

2). Anne Petau, veuve de René Regnault, seigneur de Traversay,

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serait pour jeudi que les dames se trouveraient où vous savez, et que Madame la Chancelière 3 y serait aussi. J’ai eu peine de ce que je ne vous pus faire entendre le procédé du Père d’Attichy (4) en la visite qu’il avait rendue à Madame la duchesse, au sujet de mon fils et qu’il y avait fort longtemps qu’il la projetait sans que j’en susse rien, et que, le trouvant aux Carmélites, où Madame la comtesse de Maure (6) me fit aller pour son affaire, il me fit reproche, s’enquérant du bien qu’avait mon fils, de ce que je ne faisais rien pour lui. Et Madame de Maure ensemble me dit que j’avais assez de connaissance à Monsieur de Noyers (7) pour lui avoir déjà parlé. Tout ce que je fis fut d’écrire deux jours après au P. d’Attichy, et lui mander que tout ce que je remarquais avoir manqué de devoir de bonne mère à mon fils, était de ne lui avoir pas fait connaître que feu mon mari avait tout consommé, son temps et sa vie, au soin des affaires de sa maison, négligeant entièrement les siennes propres, et que, pour réparer cette faute, que je le suppliais, puisqu’il était résolu de s’employer pour lui sans mon su, qu’il prit la peine de dire à madite dame que Monsieur de Noyers me connaissait pour m’avoir souvent vue chez Monsieur le garde des sceaux de Marillac, et que je

conseiller au Parlement de Paris, sœur du président Méliand. Ce fut une des dames de la Charité les plus dévouées à saint Vincent et à ses œuvres. Elle fonda le monastère de la Conception, rue Saint-Honoré, et s’occupa. des Filles de la Croix après la mort de leur fondatrice, Madame de Villeneuve.

3). Madame Séguier.

4). Achille d’Attichy, jésuite, frère de la comtesse de Maure, né le 23 avril 1696, mort en 1645.

5). Peut-être la duchesse d’Atri.

6). Les travaux historiques de Cousin ont attiré l’attention des érudits sur Anne d’Attichy, cousine de Louise de Marillac, épouse de Louis de Rochechouart, comte de Maure, connu surtout par le rôle qu’il a joué pendant la Fronde. La comtesse de Maure, dit la duchesse de Montpensier, "avait de l’esprit infiniment, un esprit capable, instruit, connaissant et extraordinaire en toutes choses. Il fallait avoir une grande politesse pour être de sa cour ; car tout ce qu’il y avait d’honnêtes gens de tout sexe s’y rendait de tous côtés." (Relation de l’île imaginaire. Histoire de la princesse de Paphlagonie, Paris, 1805, in-12, p. 69.) Sur ses vieux jours, elle devint extrêmement originale ; le souci de sa santé lui enlevait toute tranquillité d’esprit. (ib., p. 72 ; Le Dictionnaire des Précieuses, par le sieur de Sommaize. Paris, 2 V°. in-16, t. I, p. 167.)

1). François Sublet, seigneur de Noyers, baron de Dangu, secrétaire d’état, mort le 20 octobre 1645 à l’âge de cinquante-sept ans. Son oncle M. de Champigny avait été surintendant des finances en même temps que Michel de Marillac, oncle de Louise.

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croyais que votre charité donnerait connaissance de mon fils, si l’on lui en parlait.

Devant Dieu, voilà tout ce que j’ai contribué en cette affaire. Je vous supplie très humblement le croire ; ce que je n’eusse nullement fait sans le rencontre de ces personnes-là, inopiné pour ce sujet, et que mon fils ne savait pas seulement. Je supplie notre bon Dieu vous donner la pensée de sa volonté en ce sujet et vous faire connaître que j’aimerais mieux mourir que de vous feindre quelque chose puisque je suis, Monsieur votre très obligée servante et très humble fille.

238. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1645] (1)

Je tâcherai de me rendre jeudi, Dieu aidant, à la chambre des filles (2) ; mais je ne sais pourquoi vous entrez en discussion de ce que vous avez fait pour Monsieur votre fils, comme s’il n’est pas raisonnable qu’une mère procure le bien de son fils. Plut à Dieu que je le puisse faire moi-même ! Sa bonté sait de quel cœur je le ferais, qui suis v. s.

239. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION

De Paris, ce 20 septembre 1636.

Il nous est impossible de vous envoyer si tôt ces mis-

Lettre 238. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre répond à la lettre 237, à la suite de laquelle elle a été écrite.

2). Vraisemblablement la chambre que les sœurs s’étaient réservée dans leur ancien logement de la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardcnnet.

Lettre 239. — Abelly, op. cit., t. I, chap. XXXIII, fin, p. 156.

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sionnaires que vous attendez, parce que ceux que nous avions préparés ont été commandés de suivre les régiments qui étaient à Luzarches, à Pont (1), Saint-Leu (2) et à La Chapelle-Orly3, et de camper avec eux dans l’armée, où déjà quatre mille soldats ont fait leur devoir au tribunal de la Pénitence, avec grande effusion de larmes. J’espère que Dieu fera miséricorde à plusieurs par ce petit secours et que peut-être cela ne nuira pas au bon succès des armées du roi.

240. — A MADAME GOUSSAULT

Madame,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu de la bénédiction qu’il a donnée à votre mission et de ce qu’il vous faut revenir par l’accident qui est arrivé ! Vous ne manquerez pas ici de besogne. En voici une à faire par les chemins : c’est de passer à Estival (1), qui est cette abbaye de laquelle vous m’avez écrit que l’abbesse est mal avec ses religieuses et avec sa mère, pour tacher à la porter à l’accommodement. Elle a un ecclésiastique qui la perd et qui la fait ainsi mal vivre avec sa mère. Il serait à souhaiter qu’elle se rapportât à arbitres ou qu’elle fût hors de là par quelque permutation de son abbaye à une autre ; car par les procès c’est se perdre, et se mettre hors d’état de la ré-

1). Pont-Sainte-Maxence (Oise).

2). Saint-Leu-d’Esserent (Oise).

* 3) La Chapelle-Orly (OIse) forme aujourd’hui deux communes distinctes : Orry-la-Ville et La Chapelle-en-Seval.

Lettre 240. — Dossier de la Mission, copie.

1). Estival en Charnie (Sarthe). Il y avait dans cette localité une abbaye de Bénédictines, dans laquelle Vincent de Paul fit introduire la réforme. (Cf. Dom Piolin, Histoire de l’église du Mans, Paris, 1851-1871, in-8, t. VI, p. 248.)

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forme que de les poursuivre. Cette permutation n’est point à proposer par vous, si elle ne vous en parle. Reste l’accommodement. Si vous pouviez la disposer effectivement à le faire, ce serait un bon œuvre. Madame Borrain, sa tante, m’en a parlé avec grand sentiment, mais il ne le faudra pas dire.

Je finis, en vous attendant avec grande affection, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Madame, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare-lez-Paris, ce 20 septembre 1636.

Suscription : A Madame Madame la présidente Goussault, à Angers.

241. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Madame la présidente Goussault n’a pas été à Beauvais. Elle est de retour à Neufchâtel (2) et pense qu’elle est à présent à Groslet (3) avec Madame sa mère, de sorte qu’elle ne saurait faire ce que vous désirez pour Liancourt. Je suis honteux de ce que nous n’avons point encore fait le règlement pour ce lieu-là. Il faut y travailler, Dieu aidant.

Lettre 241. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 4. Cette lettre est antérieure à la lettre 253.

2). Neufchâtel-en-Bray (Seine-lnférieure).

3). Nous respectons à dessein l’orthographe de l’original, ne sachant s’il s’agit de Groslay en Seine-et-Oise ou de Grosley dans l’Eure.

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Pour la maison de Saint-Nicolas (4), je vous supplie d’avoir patience et de payer tout le louage des deniers communs ; car peut-être en aurez-vous besoin pour vos filles.

Que vous dirai-je de cette bonne fille qui est auprès de M. Lhoste (5), sinon que c’est une belle et bonne charité ; mais qu’il se faut bien garder d’en faire ordinaire. Vaudrait-il pas mieux, puisque vous y voilà engagée, que vous y missiez Jeanne avec cette pauvre Suzanne ? Deux subsisteraient mieux ensemble, et peut-être que cela ne leur nuira pas.

J’ai envoyé faire mes excuses à Madame de Ligin (6), laquelle se porte mieux, comme je fais aussi, Dieu merci. Et vous, Mademoiselle, quelle a été cette petite rechute que vous avez eue ? Oh ! qu’il est vrai, Mademoiselle, que le monde est rempli de misère ! Or sus, il faut pourtant y souffrir et les nôtres et celles d’autrui, tant qu’il plaira à Dieu. Hélas ! la bonne Madame Mesnard (7), O Dieu, que je la crois heureuse et la prie de bon cœur qu’elle prie Dieu pour moi ! Et certes, je le veux espérer de sa bonté. Je prie votre cœur de ne se pas attendrir sur son sujet, ni sur aucun autre que du pur amour de Dieu.

Je suis, en ce même amour, v. s.

V. D.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

4). La maison que les sœurs venaient de quitter au mois de mai précédent pour s’installer à La Chapelle.

5). Peut-être Jean-Marie Lhoste, qui, après avoir été avocat au Parlement, devint administrateur de l’Hôtel-Dieu, des Incurables, de l’hôpital général et de Saint-Jacques aux Pèlerins et mourut le 17 février 1672.

6). Dame de la Charité.

7). Peut-être Anne Le Roux, épouse d’Antoine Mesnard, seigneur de Toucheprès et autres lieux.

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242. — A LOUISE DE MARILLAC

[Septembre 1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il n’y a point d’apparence que vous fassiez à présent votre petite retraite. Guérissez-vous premièrement et puis nous verrons, et faites cependant votre jubilé (2) mais ne jeûnez pas ; vous êtes malade. M. le curé vous en dispensera. Vous pourrez faire votre confession, et si vous désirez que ce soit depuis la dernière générale et que je vous serve en cela, je pense ne pas aller à un petit voyage de sept ou huit jours que la semaine prochaine.

J’ai renvoyé Jeanne de But. Je crains voirement, comme vous, qu’il y ait quelque chose. Si cela n’était, l’on ne l’aurait pas laissée si longtemps sans l’envoyer visiter, ou sans me le faire [savoir]. Il faut la satisfaire quelque temps.

Madame Goussault doit revenir au premier jour. M. votre fils me parla, samedi passé, du lieu où i] doit étudier. Je lui improuvai les universités éloignées ; à quoi il acquiesça fort volontiers, pource que je pense que cela répondait à son sens, ou que vous lui aviez fait connaître qu’il répondait au vôtre.

Je vis hier au soir Monsieur de Liancourt.

Lettre 242. — Manuscrit Saint-Paul, p. 79.

1). Il y eut jubilé en 1634 et 1636. L’ensemble de la lettre semble mieux convenir à l’année 1636 et à la période des vacances.

2). Lors du jubilé de 1634, un des vieux ponts de bois jetés sur la Seine s’était rompu sous le poids de la foule passant en procession. Pour éviter semblable accident, il fut décidé, le 13 septembre 1636, que des barrières seraient mises à l’entrée des ponts, de façon à ne laisser pénétrer que peu de monde à la fois. (Cf. Michel Félibien, op. cit., t. V, p. 99.)

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Guérissez-vous et ménagez soigneusement votre santé et suis en l’amour de Notre-Seigneur…

243. — A ROBERT DE SERGIS, PRêTRE DE LA MISSION

Septembre 1636.

Monsieur du Coudray m’a mandé qu’il n’est pas nécessaire qu’autre de la compagnie aille à cheval à l’armée qu’un seul, avec un garçon, pour être à la cavalerie auprès de M. Lambert, et que M. Grenu pense que Dieu se pourra servir de vous en cela. Je vous supplie, Monsieur, de le faire et de partir, la présente reçue, avec le frère d’Alexandre (1) que je vous envoie, qui vous porte quelques hardes, qu’on m’a dit qu’il vous faut, et de prendre le mulet de M. Callon ou notre mule et d’emporter quand et (2) vous les cent livres que j’ai dit qu’on vous baille.

Le bon Dieu, qui, pour l’ordinaire, vous fournit de toutes choses à point nommé, ne vous abandonnera pas en cette occasion. Vous trouverez à la cavalerie de l’avant-garde M. Moulan, que vous connaissez ; il vous donnera de bons avis.

Quand vous vous rencontrerez avec Monsieur Grenu, vous lui déférerez et vous adresserez à lui pour recevoir l’ordre de M. d’Argenson (3), et lui rendrez l’incluse. Il vit

Lettre 243. — Reg. 2, p. 273.

1). Alexandre Véronne, frère coadjuteur, né le 15 mai 1610, à Avignon, reçu dans la congrégation de la Mission le 22 juillet 1630. Il remplissait à Saint-Lazare les fonctions d’infirmier avec un dévouement et une habileté qui lui valaient l’estime de tous et particulièrement de saint Vincent. Sa mort, survenue le 18 novembre 1686, fut annoncée à toute la compagnie par une circulaire du supérieur général. Le frère Chollier a écrit sa vie, qui a été publiée dans le Miroir du frère coadjuteur de la Congrégation de la Mission, Paris, 1875, in-8, p. 145 et suiv., et qui a servi à la composition de sa biographie parue dans les Notices, t. III, pp. 528-548.

2). Quand et, avec.

3). René de Voyer d’Argenson, intendant de Picardie Il devint sur-

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avec ledit sieur d’Argenson et il a environ cinquante livres ; si néanmoins il a besoin d’autre argent, vous lui baillerez et je vous en enverrai. Or sus, Monsieur, vous voilà donc appelé par la Providence à un acte de charité qui n’en a point de plus grand, puisque c’est pour assister votre prochain dans une nécessité extrême. Vous voyez bien quel bonheur ce vous est qu’elle ait pensé à vous pour cela, et la bénédiction que vous devez espérer là dedans. Allez-y donc in nomine Domini dans l’esprit que saint François Xavier alla aux Indes, et vous en remporterez, comme lui, la couronne que Jésus-Christ vous a méritée par son sang précieux et qu’il vous donnera si vous y honorez sa charité, son zèle, sa mortification et son humilité.

Je vous embrasse de tout mon cœur avec la tendresse que vous pouvez penser. Vous prendrez du linge pour vous et pour M. Grenu, de celui qui est à Pont (4) et qu’on avait envoyé pour la compagnie, et prendrez aussi la chapelle pour vous. Je prie derechef Notre-Seigneur qu’il soit votre consolation, votre force, votre exemple et votre gloire.

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