Correspondance (page 11)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

270. — A MADAME GOUSSAULT

[25 août 1637] (1)

Madame,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir la vôtre tout présentement, qui m’a consolé pource qu’elle me fait voir l’état de votre santé et celui de la mission, et rends grâces a Dieu de tous les deux et de ce que vous voulez ajouter à vos autres bonnes œuvres celle de recevoir * M. Le Roux et Mademoiselle Le Gras. Si celle-ci est en état de vous aller voir, je pense qu’il lui sera bien employé, et je lui manderai.

Pour l’office de bailli, M. le prieur le désire pour un sien neveu, qui est habile homme et de probité. Vous pouvez penser que, si la chose était à notre seule disposition, que vous y seriez la toute puissante (2).

M. Cuissot (3) me met un mot dans sa lettre, qui me fait tion de la Mission. La maison de Toul avait alors à sa tête Antoine Colée. Ce dernier, né à Amiens le 28 octobre 1610, reçu dans la congrégation en 1630, ordonné prêtre en 1635, supérieur de la maison de Toul de 1637 à 1638, sortit de la compagnie en 1646.

2). Viandes, aliments.

Lettre 270. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1). Ces mots "Il est encore nouveau", appliqués à Gilbert Cuissot, ne permettent pas de douter de l’année.

2). Il s’agit du baillage de Saint-Lazare. Suivant les termes du contrat du 7 janvier 1632, saint Vincent ne pouvait donner l’emploi de bailli "qu’en présence et par avis et consentement… du prieur".

3). Gilbert Cuissot, né le 5 novembre 1607, était prêtre depuis six

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douter si les missionnaires se nourrissent eux-mêmes. Bon Dieu ! Madame, auriez-vous fait cette brèche a la Mission, et M. [Cuissot] (4) se serait-il laissé aller pour cela ? Je lui écris et le prie que, ma lettre reçue, il commence à faire le petit ordinaire. Il est encore nouveau et je ne lui parlai point devant son départ. J’ai seul le tort de tout cela.

Nous avons céans six ou sept personnes de malades, la plupart de la dysenterie. Dites-en un mot au bon Dieu, s’il vous plaît.

Je suis, en son amour, pourvu que vous soyez bien gaie, Madame, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL

De Paris, ce jour saint Louis.

Suscription : A Madame Madame la présidente Goussault.

271. — LASCARIS, GRAND MAîTRE DE L’ORDRE DE MALTE,

A SAINT VINCENT.

Monsieur,

On m’a donné avis que le vénérable bailli de Sillery vous

ans quand il entra dans la congrégation de la Mission, le 14 mai 1637. Après avoir dirigé l’établissement de Luçon, il fut nommé supérieur à La Rose (1640-1644), puis au collège des Bons-Enfants (14 octobre 1644-1646), où il fit les vœux le 1er novembre 1644. Nous le trouvons ensuite au séminaire du Mans (1646) et à Saint-Lazare (1646-1647). Le séminaire de Cahors l’eut à sa tête de 1647 à 1662, et la maison de Richelieu de 1662 à 1666. Il a déclaré par écrit que, lors de l’élection du successeur de saint Vincent, comme il hésitait à voter pour René Alméras, dont l’état de santé laissait beaucoup b. désirer, le saint lui apparut et fixa son choix. On tient également de lui qu’en 1662, exorcisant une possédée, il arracha au démon de précieux aveux sur la sainteté du fondateur et la récompense réservée par Dieu aux missionnaires fidèles à leur vocation. Il mourut en 1666.

4). Texte du manuscrit : Buissot. La rectification s’impose. Antoine Buissot était entré dans la congrégation de la Mission en 1630.

Lettre 271. — Abelly, op. cit., l. I, chap. XXXII, 1re éd., p. 151.

1). Paul Lascaris, de la famille des Lascaris, empereurs de Nicée,

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avait choisi pour lui aider à faire la visite des églises et paroisses qui dépendent du grand prieuré, à quoi vous avez déjà commencé d’employer utilement vos soins et fatigues, pour l’instruction de ceux qui en avaient un extrême besoin (2) ; ce qui me convie à vous en faire par ces lignes de bien affectionnés remerciements et à vous en demander la continuation, puisqu’elle n’a autre objet que l’avancement de la gloire de Dieu et l’honneur et réputation de cet Ordre.

Je supplie de tout mon cœur la bonté de Dieu de vouloir récompenser votre zèle et charité de ses grâces et bénédictions et me donner le pouvoir de vous témoigner combien je m’en reconnais votre…

Le grand maître Lascaris de Malte.

Le sept septembre 1637.

272. — A CHARLES DE MONTCHAL, ARCHEVêQUE

DE TOULOUSE (1)

[Septembre * 1638] (2)

Monseigneur,

Je vous demande très humblement pardon si je n’ai l’honneur de vous voir cette après-dînée, pource que j’ai donné parole à Monseigneur l’évêque de Grasse (3), à M. de Bayonne (4) et à Monsieur Pavillon de passer cette après-dînée avec eux, quoique je sois en retraite, et à M. le commandeur de Sillery pour lui parler sur le

né à Castellar en 1560, élu grand maître de l’ordre de Malte en 1636, mort en 1657.

2). Ces visites furent accompagnées de missions.

Lettre 272. — Original à Paris chez les Filles de la Charité de la rue de la Ville-l’Evêque, 14.

1). Un des prélats les plus remarquables du XVIIe siècle par sa piété, son zèle, sa science et sa fermeté à soutenir les droits de l’église contre les empiétements de l’état. Il mourut en 1651.

2). Cette lettre a été écrite après la nomination d’Antoine Godeau à l’évêché de Grasse et de François Fouquet à celui de Bayonne, avant la consécration de Nicolas Pavillon et au mois où saint Vincent faisait d’habitude sa retraite annuelle.

3). Antoine Godeau.

4). François Fouquet

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tard. Je suis honteux, Monseigneur, d’être contraint d’en user de la sorte. Votre charité, qui n’a point de mesure pour nous, si me semble, me le pardonnera.

Je viens d’écrire tout présentement à Monseigneur de Beauvais (5) et je vous assure, Monseigneur, que la moitié de la lettre est pour le moins de vous et de ce que Notre-Seigneur fait par vous.

Je suis, en l’amour du même Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monseigneur Monseigneur l’archevêque de Toulouse.

273. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Si vous pouvez donner quelqu’une de vos filles à l’Hôtel-Dieu en la place d’Henriette, je pense que vous lui ferez charité non petite ; car je ne pense pas qu’à moins d’être malade, elle puisse souffrir la mortification de ce voyage. Que si vous n’en avez point pour suppléer

5). Augustin Potier.

Lettre 273. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre semble intimement unie à la lettre 276, qui a elle-même des liens communs avec les lettres 274, 275, 277. Elles ont été écrites au temps où la maison-mère était à La Chapelle et du vivant de Madame Goussault, c’est-à-dire entre 1636 et septembre 1639. Comme la lettre 275 est du 1er novembre et que le 1er novembre 1636 saint Vincent n’était pas à Paris, le choix reste limité aux années 1637 et 1638. En comparant les lettres 272 et 276 avec la lettre 278, qui ne peut être de 1638, on s’aperçoit sans peine qu’il faut les rapprocher et par suite qu’elles sont de 1637.

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à son défaut, la volonté de Dieu paraît qu’il faut qu’elle attende, quoi qui en puisse arriver. Mais je serais consolé, si me semble, si elle pouvait avoir cette consolation.

Je vous prie m’excuser de ce que je n’ai pu voir vos filles. Je le ferai au premier jour. Vous ne me dites rien de votre santé. Que si vous n’avez que ce que vous avez eu d’autrefois, j’espère que cela vous profitera et vous guérira tout à fait. Je n’ai pu, non plus, voir l’affaire de Madame de Liancourt (2). Je le ferai à ce soir, que je vous souhaite aussi bon que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

274. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai été fort aise d’apprendre de vos nouvelles et que vous vous portez mieux. Je prie Notre-Seigneur qu’il achève à vous guérir, et vous de faire votre possible pour cela.

Madame Mussot vous a dit vrai de la maîtresse de Jeanne, mais non pas de cette bonne fille, qui était fort aise de ce rencontre. Je trouve bon néanmoins que vous donniez ce contentement à cette bonne Madame Mussot

2). Probablement l’affaire des chapelains de Liancourt.

Lettre 274. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 273, note 1.

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touchant Nicole et que vous preniez l’occasion dès aujourd’hui de l’envoyer.

Mais, mon Dieu, que dirons-nous de cette pauvre fille rechutée ? Rien certes, sinon qu’il faut adorer la providence tout aimable de Dieu.

Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.

V. DEPAUL.

Je pense que vous ferez bien d’en user en la manière que vous me mandez par votre lettre.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

275. — A LOUISE DE MARILLAC

[1er novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien aise de ce que vous me mandez de ces bonnes filles de Liancourt et notamment de celle qui sait faire de la dentelle. Elle pourra apprendre cela aux pauvres gens, qui servira d’attrait pour les choses spirituelles. Mandez-les donc quand il vous plaira.

Je ne vois pas qu’il soit besoin que Madame Goussault pour le présent soit avec vous quand vous parlerez à Madame Mussot, ni à cette pauvre femme. Que si l’une ni l’autre ne profitent de ce que vous leur direz, vous y pourrez faire intervenir ladite dame, si ce n’est que, vous rencontrant au logis de ladite dame, vous les envoyassiez quérir là. Mais ce sera beaucoup différer, à ce que je crains. Mais, si la douceur de votre esprit a

Lettre 275. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 273, note 1.

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besoin d’un filet de vinaigre, empruntez-en un peu de l’esprit de Notre-Seigneur. O Mademoiselle, qu’il savait bien trouver l’aigre-doux, quand il fallait !

Je suis, en son amour, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ce jour de la Toussaint au soir.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

276. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne puis que vous répondre touchant les prêtres de Madame de Liancourt, sinon que j’estime qu’elle n’en trouvera point pour le peu qu’elle donne ; ou, si elle le fait, ils la quitteront lorsqu’ils trouveront mieux, si ce n’est que le bon Monsieur Bourdoise lui en donne des siens et qu’il plaise à Dieu les conserver toujours dans la manière de vie qu’ils ont à présent, comme je l’espère de sa bonté. Et * si il faut que, pour perpétuer la chose, le revenu soit en fonds ; ou autrement, dans cinquante ans d’ici, sa fondation sera réduite à la moitié. Le prix des choses double de cinquante en cinquante ans pour le moins.

Je pense qu’il sera bon que vous écriviez encore une fois à Madame Mussot touchant cette bonne femme, à ce qu’elle vous die en quoi est la résolution de cet affaire. Et pour Henriette, j’attends Monsieur de Lamoi-

Lettre 276. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 273, note 1.

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gnon (2) pour lui en parler, ou bien vous aurez plus tôt fait d’écrire à Mademoiselle Desbordes et la prier qu’elle vous aille voir pour lui communiquer un affaire que vous faites difficulté de lui écrire ; et je pense qu’il est bon que vous le fassiez plus tôt que plus tard, tandis que ce prêtre est encore malade.

Bon jour, Mademoiselle. Je vis hier M. votre fils, qui me paraît plus * tirant à l’ecclésiastique. Je vous prie de me mander si vous lui avez dit ce que vous m’avez mandé touchant Mademoiselle Poulaillon.

Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je trouvai hier au soir cette lettre, que je croyais vous avoir envoyée ; il y a trois jours que je l’ai écrite. Si je le puis tantôt, j’aurai le bien de vous voir à La Chapelle.

* Suscription : à Mademoiselle Le Gras.

277. — A LOUISE DE MARILLAC

Lundi matin, aux Bons-Enfants

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

L’on me demande fort souvent des ecclésiastiques

2). Guillaume de Lamoignon, marquis de Basville et conseiller au Parlement de Paris, homme d’une insigne piété et d’un grand caractère, qui devint en 1644 maître des requêtes et en 1658 premier président au Parlement de Paris. En lui annonçant sa nomination de premier président, Louis XIV lui dit : "Si j’avais connu un plus homme de bien, un plus digne sujet, je l’aurais choisi." Il fut l’ami et le protecteur des gens de lettres, particulièrement de Boileau, qui lui adressa sa sixième épître et écrivit le Lutrin sur sa demande. Il était intimement lié avec saint Vincent de Paul. Il recueillit chez lui ceux des missionnaires qui tombèrent malades à étampes en secourant les pauvres. Sa mère et sa sœur prirent une grande part aux œuvres du saint. Il mourut le 10 décembre 1677. (Vie de M. le premier président de Lamoignon, Paris, 1781, in-4.)

Lettre 277. — Pémartin, op. cit., t. II, p. 23, lettre 54,.

1). Voir lettre 273, note 1.

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de plusieurs endroits ; mais j’en connais peu que je puisse bonnement donner, notamment à Madame de Liancourt, pour les conditions qu’elle désire. Si M. Bourdoise ne lui en peut donner, je pense qu’elle fera bien d’en demander à Monseigneur de Beauvais (2), mais non pas, pour La Roche-Guyon (3), à Monseigneur de Rouen (4). Il y a grande difficulté d’un évêque à un autre.

Je suis bien fâché de ce que je ne vous ai pu donner le temps que vous désiriez à La Chapelle, et de ce que je ne le pourrai non plus, si vous venez mercredi à Paris, à la chambre de vos filles de Saint-Nicolas. Je pars ce matin pour aller voir Madame la présidente de Herse indisposée, qui se plaint de moi, à douze lieues d’ici, et ne reviendrai peut-être de quatre ou cinq jours. Au retour, vous pourrez faire quelque tour en cette ville, ou j’irai à La Chapelle.

Je me recommande cependant à vos prières et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre…

Je loue Dieu de ce que vous êtes quitte à si bon marché de ce grand embarras ; je vous prie de vous ménager pour Dieu.

278. —- A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Monsieur du Coudray n’avait rien à vous dire de

2). Augustin Potier.

3. Le duc de Liancourt était seigneur de la terre de La Roche-Guyon (Seine-et-Oise), qui fut érigée en duché-pairie en 1643.

4). François de Harlay.

Lettre 278. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 273, note 1. François du Coudray et Benoît Bécu,

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Monsieur votre fils, non plus que moi, si ce n’est de savoir s’il agrée son séjour aux Bons-Enfants, pource que la chambre à feu de dessus la porte est vide et que l’hôtesse m’a fait demander si nous la prendrions pour lui. Et ce que je vous dis, c’est simplement ; mandez-moi donc votre volonté. M. du Coudray n’avait pas charge de vous en parler, non plus que d’autre chose de lui ; et assurez-vous que nous n’avons aucune peine de lui et que j’en aurais s’il n’agréait pas sa demeure et qu’il en changeât, si ce n’était en mieux, que je ne crois pas, si me semble.

Une fille aveugle d’Argenteuil (2), qui gouverne la Charité de ce lieu-là, me vint trouver avec une cousine de Barbe de Saint-Leu, et me pressa pour consentir qu’elle (3) entrât aux religieuses qui sont depuis peu en ce lieu-là (4), mais je tins ferme contre. Elle a passé néanmoins par dessus. C’est son voyage aux noces de son frère qui a fait le coup. Béni soit Dieu ! Il faut agréer l’ordre de sa providence et prier pour cette bonne fille, à ce qu’il plaise à Dieu lui donner la persévérance et aviser qui c’est que vous lui baillerez.

Il me semble voirement que vous ferez bien de bailler Marie (5), de Saint-Paul, à Saint-Germain (6). Je n’estime pas qu’il faille mettre Nicole, de Saint-Sauveur, en pas un lieu de long temps. Mais qui aurez-vous pour Saint-Leu, si Henriette s’en va aller à Villers (7), comme vous me dites et elle me le demanda hier ?

dont il est question dans cette lettre, furent placés en janvier 1638, le premier à Toul, le second à Richelieu.

2). Localité de Seine-et-Oise.

3). Barbe, de la paroisse Saint-Leu à Paris.

4). Il s’agit du couvent des Bernardines, fondé en 1635 par Denis Desnault, aumônier de la reine Anne d’Autriche et seigneur de Robiolles. 5). Peut-être Marie Joly.

6). Saint-Germain-l’Auxerrois.

7). Villers-sous-Saint-Leu.

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J’enverrai aujourd’hui M. Benoît (8) voir sa bonne sœur (9), que je salue de tout mon cœur. Je suis un peu en peine de cette bonne fille et de la pauvre Madame Goussault, laquelle je vis hier au soir avec sa fièvre continue et avec oppression d’estomac. Elle était pourtant un peu mieux que le jour auparavant ; mais l’on dit qu’elle change souvent d’état. L’on la devait saigner dans demi-heure. Je ne vous dis point que vous l’offriez à Dieu ; je m’assure que vous n’y manquez pas. Je lui dis que votre indisposition vous tenait au lit. Je vous prie de le garder encore et de ne point penser à l’aller voir.

Je ne me mets point en peine de vous, par la grâce de Dieu. Je pensais vous aller voir hier ; mais je fus accablé de monde, et fallut que je m’excusasse à deux dames d’aller à La Chapelle. Je serai pourtant bien aise de savoir votre état présent. Le mien est mieux, Dieu merci, et me propose d’aller aux champs, selon votre avis ; notre assemblée de mardi et la retraite de M. de la Marguerie (10) m’en ont empêché jusques à présent. M’avez-vous mandé que vous désiriez que je vous visse auparavant ?

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

V. D.

Vous ne pourriez aller à la messe aujourd’hui sans vous faire plus malade ; entendez-la de votre lit, s’il vous plaît, ainsi que l’Introduction à le vie dévote l’enseigne, et cela doucement, sans contention. N’est-ce pas chez vous que Marie Bécu est malade ?

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

8). Benoît Bécu.

9) Marie Bécu Fille de la Charité.

10). Elie Laisné, sieur de la Marguerie.

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271. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ne me faites point des excuses, je vous en prie, de ce que vous avez envoyé M. votre fils au collège (2) ; vous avez tout pouvoir. Je le reçois à grâce de Dieu ; et, au cas qu’il soit besoin, envoyez-le céans, s’il vous plaît. Tout est à vous et à lui. Je suis bien aise de lui voir l’appréhension de perdre ses leçons ; voilà qui va bien.

Je vis hier M. Holden ; nous parlâmes un peu de l’esprit du martyre ; mais la première fois (3) ce sera de celui de la charité, qui est tant nécessaire à un esprit apostolique.

Si la sœur du frère Jean (4) est propre, je pense que le pauvre garçon l’estimera bienheureuse qu’elle soit de la Charité ; je lui en parlerai et à vos filles demain l’après-dînée céans ; il me serait difficile d’aller ailleurs.

Si Barbe veut aller en religion ; mettez-lui-en le marché en main tout doucement, s’il vous plaît ; elle en sera bientôt lasse, ou la religion d’elle.

Et pour cette autre fille de l’Hôtel-Dieu, il vaut mieux s’en défaire plus tôt que plus tard ; ou plus vous attendrez, la sortie fera plus d’éclat. Sachez bien au vrai ce qui en est et faites entendre aux autres qu’elle n’est pas pour demeurer, qu’elle a été bien aise de se mettre à

Lettre 279. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). cette lettre a été écrite peu après la lettre 278.

2). Au collège des Bons-Enfants.

3). La première fois, la prochaine fois.

4). Plusieurs frères coadjuteurs portaient ce petit nom. Le saint a peut-être en que Jean Jourdain ou Jean Houlie, beau-frère de Jean Bécu.

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couvert quelque temps pour entrer en religion. Et si Barbe persévère, qu’elle remercie sa cousine et qu’elle lui die, comme elle vous a dit, qu’elle s’est donnée à Dieu en la personne des pauvres (5). Je n’ai pu parler à Barbe ; je suis trop embarrassé.

Je suis bien aise du mémoire et le suivrai. Je ferai venir les filles de Saint-Laurent. Je pense que le grand voyage est entièrement différé ; j’en ferai un petit de quatre ou cinq jours seulement, dans deux ou trois jours d’ici, si Notre-Seigneur l’a agréable.

Je suis, en son amour, Mademoiselle, votre serviteur.

280. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai une assignation d’importance aujourd’hui, sur les trois heures, à une assemblée qui pourra durer jusques à la nuit. Je m’en vas passer cependant chez Madame Goussault, que je n’ai point vue il y a trois jours. Sa fièvre n’est pas si forte aujourd’hui ; on l’a néanmoins saignée ce matin. C’est une double-tierce, dont le jour plus fâcheux est aujourd’hui.

J’ai de la peine de ce que je ne puis aller voir la bonne fille Marie (2). Ce sera demain, Dieu aidant. Je la

5). Voir la lettre 278.

Lettre 280. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a suivi de près la lettre 278.

2) Marie Bécu.

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salue cependant par M. son frère (3), que je lui envoie.

J’ai eu peur que, retournant chez Madame Goussault, vous ne retombassiez comme vous avez fait à la première visite. Fortifiez-vous ; vous en avez besoin, ou, quoi que ce soit, le public.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

281. — L’ABBé DE SAINT-CYRAN (1) A SAINT-VINCENT,

De Dissay, ce 20 novembre 1637.

Monsieur,

Depuis la dernière fois que j’eus l’honneur de vous voir, j’ai toujours été malade, un mois durant, d’une impression maligne que m’avait faite, comme je crois, une personne mourante

3) Benoît Bécu.

Lettre 281. — Les reliques de Messire Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, par François Pinthereau, Louvain 646, in-8, p. 347 et suiv.

1). Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, né à Bayonne en 1581. L’abbé de Saint-Cyran avait fait la connaissance de saint Vincent à Paris vers 1622 et n’avait pas tardé à se lier d’amitié avec lui. Au dire de Barcos, son neveu, il aurait rendu au saint des services signalés ; la congrégation de la Mission lui serait redevable dans une certaine mesure, de la possession du collège des Bons-Enfants et de Saint-Lazare (Défense de feu M. Vincent de Paul, p. 11) ainsi que de la bulle d’approbation obtenue en cour de Rome. Ce qui est sûr, c’est que les entrevues, assez fréquentes au temps où le saint habitait les Bons-Enfants, devinrent plus rares après 1632 et cessèrent presque à partir de 1634. Le motif se devine. Tant que le saint garda quelque espoir de ramener Saint-Cyran aux idées traditionnelles de l’église, il consentit à entendre des propos qui blessaient ses sentiments les plus intimes ; mais quand il eut la conviction que cet esprit si profondément altéré ne se rendrait ni à ses instances ni à ses raisonnements, il préféra espacer ses visites. Au mois d’août 1637, presque à la veille du jour où l’abbé de Saint-Cyran devait partir pour le Poitou, saint Vincent alla le voir chez lui, le supplia de renoncer à quatre erreurs qu’on lui attribuait, et devant l’émotion que provoquaient ses paroles, il s’excusa doucement et le pria de vouloir bien accepter un cheval pour le voyage. L’abbé ne se justifia que le 20 novembre 1637 par la lettre ci-dessus. Quelques mois après, le 15 mai 1638,

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que j’assistai le long d’une nuit (2) Ne sachant pas à quoi mon mal se terminerait, que je portais sans me tenir dans le lit, j’ai eu diverses pensées, au cas qu’il plut à Dieu de me mener à la veille de ma mort, et parce que j’avais lors en l’esprit les derniers discours que vous avez eus avec moi, je songeais à vous faire savoir par écrit que, par la grâce de Dieu, je n’avais mon cœur nullement chargé de ces quatre choses (a) que vous me vîntes dire chez moi, et que j’en avais d’autres en l’âme, que vous ignorez (3) pour lesquelles j’ai sujet de craindre les jugements de Dieu, qui reçoivent quelque sorte d’allégement à l’accusation de ces vérités catholiques (b), qui passaient pour mensonges et faussetés parmi ceux qui aimaient mieux la lueur et l’éclat que la lumière et la vérité de la vertu. La disposition d’humilité (c) que vous avez au fond du cœur pour croire ce que l’on vous ferait voir dans les livres saints, me fait assez connaître qu’il n’y avait rien de plus facile que de vous faire consentir, par le témoignage même de vos yeux, à ce que vous détestez maintenant comme des erreurs. Mais quand je vous ouis, dans la suite de votre fraternelle admonition, trouver mauvais, et quand ajouter cette cinquième correction aux autres quatre, de ce qu’autrefois je vous avais dit en particulier que j’avais envie de vous faire rendre un bon office et à

Saint-Cyran était arrêté et enfermé au château de Vincennes. Parmi les papiers trouvés chez lui se trouvait une copie de la lettre du 20 novembre. Dans son désir d’accumuler les charges contre son prisonnier, Richelieu ne pouvait négliger d’entendre un témoin aussi bien renseigné que l’était saint Vincent. Il le fit Convoquer devant M. de Laubardemont, maître des requêtes ; puis, sur son refus de répondre à un juge laïque, il l’interrogea lui-même. Les jansénistes ont prétendu que le saint comparut enfin devant Lescot, confesseur du cardinal, et ils ont publié un compte rendu de sa déposition, écrite, disent-ils, de sa main. Ce document, que nous croyons authentique est certainement altéré ou incomplet. L’emprisonnement de Saint-Cyran était l’œuvre personnelle de Richelieu. Dès que le cardinal fut mort, Louis XIII permit au prisonnier de communiquer avec les personnes du dehors. Cette mesure de clémence fut bientôt suivie d’une seconde : le 16 février 1643, Saint-Cyran fut remis en liberté. Il ne jouit pas longtemps de la faveur royale ; une attaque d’apoplexie l’enleva le 11 octobre 1643. On a dit, s’appuyant sur une phrase équivoque de Barcos, que Vincent de Paul assista à ses funérailles. Le fait est inexact, et Barcos lui-même a déclaré qu’on l’avait mal compris. (Cf. notre étude sur les Rapports de Saint Vincent de Paul avec l’abbé de Saint-Cyran, Toulouse, 1914, in-8.)

2). Madame d’Andilly. (Interrogatoire de l’abbé de Saint-Cyran, question 9). 3.) Ses péchés. (Interrogatoire, question 12.)

Nous donnons ici, en rouge, les notes marginales du Père Pinthereau sj. dans Les nouvelles et anciennes reliques de Messire Jean du Verger de Hauranne abbé de Saint-Cyran, extraites des ouvrages qu’il a composés et donnés au public [s. l. 1648, in-4° non signé] pp. 39 sq. (de a à r), données par J. Guichard, VI, 206-208, reproduit dans l’édition informatique en <5. DOC. du 17e SIECLE>.

a) "quatre maximes dangereuses que le Père Vincent ne sentit obligé de représenter à l’abbé de Saint-Cyran qui en était l’auteur."

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toute votre maison, je jugeai que ce n’était pas le temps de se détendre et de vous éclaircir par des preuves même sensibles et artificielles, de ces choses que vous trouvez mauvaises jusques à les condamner hardiment sans les entendre (d). Cela fut cause que je me tins comme sur une pente, dans la grande passion et agitation que je me sentais avoir de vous parler et de vous faire voir la fausseté des choses que vous me reprochez, plutôt pour vous excuser de m’avoir abandonné au temps d’une persécution, comme un criminel, que pour aucune mauvaise opinion que vous eussiez de moi. J’ai facilement supporté cela d’un homme qui m’avait honoré dès longtemps de son amitié et qui était dans Paris en créance d’un parfaitement homme de bien, laquelle on ne pouvait entamer sans blesser la charité. Il m’est seulement resté cette admiration dans l’âme, que vous, qui faites profession d’être si doux et si retenu partout ayez pris sujet d’un soulèvement qui s’est fait contre moi (e) par une triple cabale (4) et pour désintérêts assez connus, de me dire des choses que vous n’eussiez osé penser auparavant, et qu’ainsi, au lieu que je devais attendre de la consolation de vous (f), vous ayez pris de là une hardiesse extraordinaire, contre votre inclination et coutume, de vous joindre aux autres pour m’accabler, ajoutant cela de plus aux excès des autres, que vous avez entrepris de me le venir dire à moi-même dans mon propre logis, ce que nul des autres n’avait osé faire.

J’ai cru que je manquerais à la franchise de l’amitié et même à la charité de l’Evangile, si, après avoir laissé passer le temps nécessaire pour évaporer la chaleur qui m’était montée à la tête, je ne vous faisais à vous seul cette plainte, du dedans de la maison d’un excellent évêque (5), dont je vous écris (6) et qui rendra des témoignages tout autres de moi, s’il est besoin, à toute l’Italie, où il est connu, sans parler de la France, où, par la grâce de Dieu, je n’en ai pas besoin (g) ; car, quand la faction ne sera plus et que les intérêts grossiers, sources des passions et des discours qu’on a tenus de moi, seront passés je demeurerai de ce côté-là aussi net et irréprochable devant les hommes, comme je le prétends être devant Dieu, qui, étant la vérité essentielle, a une particulière opposition à toute sorte d’ignorance et de fausseté qui en procède (h) ; ce que Madame

b) "aveuglement à soutenir ses erreurs, comme des vérités catholiques."

c) "mépris de la capacité des autres les traitant d’écoliers."

d) "humilité réformée et modération de l’abbé de Saint-Cyran."

e) "Il appelle cabale l’opposition qu’on fit au progrès de ses maximes."

4). L’abbé de Prières, Sébastien Zamet, évêque de Langres, et les Pères jésuites, auxquels s’unirent quelques Oratoriens. (Interrogatoire, question 91)

f) "Il ne peut souffrir un avertissement charitable."

5). Henri-Louis Chasteigner de la Rocheposay, évêque de Poitiers.

6). Saint-Cyran écrivait sa lettre de Dissay, commune de la Vienne, près de Poitiers. Louis Chasteigner avait une maison de campagne dans cette localité.

g) "Il appelle intérêts grossiers les intérêts de l’église."

h) "Vanité dans une prétendue réparation."

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la duchesse de Longueville (7), qu’on avait suscitée contre moi, me donne sujet de dire, sans me flatter par la réparation copieuse qu’elle m’en a faite, un mois avant sa mort, devant une personne de nom qui en gouverne plusieurs autres qui ne vous sont pas inconnues ; et après elle, Monseigneur le cardinal de La Valette, qui, ayant été informé par le menu de ces accusations, s’en est moqué et a rendu, sans que je m’en sois mêlé, un témoignage de moi et de ce qu’on m’impute si avantageux que j’aurais honte de le dire. j’aime mieux vous désigner un de vos amis à qui il l’a dit, quand vous aurez envie de le savoir et j’ose vous dire qu’il n’y a aucun de ces Messieurs les prélats (i) qui hantent chez vous, avec qui je ne demeure d’accord et à qui je ne fasse passer et autoriser de leurs suffrages toutes mes opinions, quand il me plaira de leur en parler à loisir ; car étant lumineux comme ils sont et la vraie source, par leurs prédécesseurs, de toute la discipline qu’il faut garder envers les âmes, tant s’en faut qu’ils s’y opposent, qu’au contraire ils en seront ravis et me remercieront. Ce que je vous dis seulement pour vous faire savoir avec quelle sûreté je parle, sans que j’aie aucun dessein de vous troubler dans l’honneur qu’ils vous rendent et dans le repos dont vous jouissez dans leur entretien et conversation. Car, pour le regard de votre maison, vous avez cru rendre un bon office d’avoir empêché celui que je lui voulais rendre. Tant s’en faut que j’en sois fâché, que je vous remercie affectueusement de m’avoir délivré de cette peine, sans peut-être avoir diminué pour cela le gré que Dieu ne saura de la bonne volonté qu’il m’avait donnée de vous servir autant dans le spirituel que dans le temporel, encore que vous savez bien que je l’ai fait sans m’être mêlé dans les commencements par lesquels vous vous êtes établi dans les lieux où vous êtes, auxquels je n’aurais voulu pour rien du monde prendre aucune part (8) Ce qui vous devait, plus que toute autre chose, faire connaître combien je suis peu attaché à mon sens et disposé à baisser avec mes amis, contre le jugement de ma conscience (l), qui ne me permettrait jamais de faire de telles choses. Je les ai soutenues par une contestation publique, jusqu’à faire changer d’avis, par force de raisons et d’importunités, celui à qui vous en avez toute l’obligation (9).

i) "présomption de pouvoir attirer les prélats dans son erreur."

j-k) manquent dans J. Gichard.

7). Louise de Bourbon, sœur du dernier comte de Soissons, épouse de Henri II, duc de Longueville, grande amie de Port-Royal, morte le 9 septembre 1637.

8). A Saint-Lazare. Ce n’est pas que l’établissement de saint Vincent à Saint-Lazare répugnât à Saint-Cyran, mais il avait pour principe de ne pas s’occuper des affaires temporelles des autres. (Interrogatoire, questions 37 et 108.)

9). Jérôme Bignon, avocat général.

l) "Lâcheté d’avoir fait contre le jugement de sa conscience."

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Je ne l’allègue que par nécessité et en cette seule rencontre, pour vous faire ressouvenir de ma condescendance et vous faire rabattre de l’opinion que les autres vous ont donnée de ma raideur et sévérité. Car j’ose bien dire que je mérite si peu cette réputation, au jugement de ceux qui me connaissent et de la vérité, que si je proposais à ce même personnage et à son collègue les quatre ou cinq reproches que vous m’avez faits, ils s’en riraient et ils apaiseraient ainsi, sans mot dire, toute la colère que j’en aurais eue. J’ai grand sujet, Monsieur, de vous le pardonner (m) et de vous dire en mon cœur une partie des paroles que le Fils de Dieu dit à ceux qui le maltraitaient. J’espère, et je le dis avec confiance, que ce ne sera pas cela qui me fera rougir devant son jugement, et qu’au contraire j’en attends quelque faveur de sa miséricorde, si je persiste à maintenir et adorer dans mon cœur ce que la succession de la doctrine apostolique, (n) par laquelle nous minons les hérétiques et sans laquelle l’église ne peut subsister, m’a appris, par l’organe de la même église universelle et catholique depuis 25 ou 30 ans.

Je vous prie d’agréer que le plutôt que j’ai pu et en suite d’une douloureuse infirmité qui m’a pris à Cléry (10) et qui me dure encore, je vous aie dit ce que j’avais sur le cœur, afin de vous traiter en ami (o) et en chrétien, et ne laisser rien d’amer dans le fond de l’âme qui pût altérer tant soit peu l’amitié, laquelle je vous veux conserver jusques à la fin de ma vie. le vous en ai rendu un témoignage depuis ce sensible déplaisir, par la lettre que j’ai écrite à Monseigneur l’évêque de Poitiers, et je vous en eusse rendu un plus grand, si je me fusse senti approcher de la mort, en vous dressant des articles sur des choses que je trouve à dire dans votre institut (p), afin de vous faire voir, pour le moins après ma mort, les causes que j’avais en cela de vous offrir mon service, lequel vous avez si peu estimé que vous avez pris la simple proposition que je vous en ai faite, pour une preuve de la vérité des quatre choses dont vous m’avez accusé. Moyennant que Dieu ne m’en accuse pas, j’en suis trop heureux, et qu’il accepte comme sienne la charité avec laquelle je prétendais vous ôter de certaines pratiques que j’ai toujours tolérées en votre discipline voyant l’attache que vous y aviez, avec une résolution d’autant plus forte de vous y tenir qu’elle était autorisée par l’avis de grands personnages que vous consultiez (11). Je n’ai garde après cela de dire la pensée que j’en avais (q) que Dieu, à mon avis, ne les agrée point. Car il n’y a qu’une véritable simplicité dans la

m) "Il pardonne au lieu de demander pardon et se comparant au Fils de Dieu, fait passer M. Vincent pour persécuteur de Jésus-Christ."

n) "Il se vante de savoir la science de la tradition : ignorance quand il dit église universelle et catholique, c’est comme s’il disait universelle et universelle."

10). Canton du Loiret.

o) "Traitement d’ami qu’il vient de faire."

p) "Esprit de réformateur qu’il faisait paraître partout."

11). Saint-Cyran n’entend parler ici que d’André Duval. (Interrogatoire, question 119)

q) "Il parle de son esprit particulier." (NB : J. Gichard écrit "j’en auraiz")

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quelle on les peut faire, qui est plus rare que la grâce commune des chrétiens, et si rare que j’oserais bien dire d’elle ce qu’un bienheureux de notre temps (12) a dit des directeurs des âmes (r) de ce temps, que de dix mille qui en font profession, à peine y en a-t-il un à choisir qui les puisse rendre excusables devant Dieu. J’aurai néanmoins la patience qu’il a lui-même de vous laisser faire, et demeurerai dans la même volonté que je vous ai témoignée de vous y servir par condescendance, si je ne le puis par une entière approbation, laissant à part la qualité de maître, pour prendre celle de très humble et très obéissant serviteur (13)…

21 novembre 1637.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Germaine m’a écrit la difficulté qu’elle a de retourner à son confesseur ordinaire. Je lui ai conseillé d’en changer. Mon Dieu, Monsieur, que je vous plains ! Oh bien ! Notre-Seigneur vous récompensera de tout ce que vous souffrez et supportez à l’entour d’elle.

J’ai retenu pour 7 ou 8 jours l’un des deux garçons qui m’ont apporté sa lettre. Je ferai ce que je pourrai pour lui faire trouver un maître ; sinon, je le renverrai. Je vous prie me mander quel garçon c’est, s’il y a sujet d’espérer qu’il fasse bien, et cela au plus tôt.

Je suis en peine des deux écus que je vous dois ; mais ne vous en dois-je point davantage ? Je n’ai osé les bail

12.) Saint François de Sales.

r) "Il insinue le don de direction qu’il prétend avoir reçu de Dieu."

13). Saint Vincent ne répondit pas à la lettre de Saint-Cyran, mais dès qu’il apprit son retour à Paris, il alla le remercier. (Interrogatoire, question 34 ; Barcos, Défense de feu M. Vincent de Paul 1668 p. 16.)

Lettre 282. — Reg. 1, f° 64. Le copiste note que l’original était de l’écriture de saint Vincent.

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ler à ce porteur. Ce sera au premier que je trouverai en qui il y aura de la sûreté.

Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre…

283. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers novembre 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il faut que vous supportiez avec patience l’état de l’esprit de M. votre fils, en attendant qu’il plaise à Notre-Seigneur le faire entrer dans la manière de vie convenable à celle qu’il se propose. Qui supportera l’enfant sinon la mère et à qui appartient-il de mettre chacun en son devoir qu’à Dieu ? Puisqu’il n’étudie pas et qu’il ne se détermine à rien, je ne vois pas tant d’inconvénient que vous pensiez à M. de Riez (2). Ce n’est pas un moyen pour le rendre meilleur, mais pour le tenir un peu occupé et diminuer un peu de l’oisiveté, mère de tous vices, à ce qu’elle ne prévale sur lui. Mais en quelle qualité sera-ce ? C’est ce qui m’empêche. Il fut un peu considérer cela et le recommander à Dieu, et nous en parlerons. Je ferai dire à Madame Moran qu’elle lui baille cette chambre de dessus la porte. Pour le reste que vous dites, je vous prie de n’y pas penser.

Lettre 283. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite peu de jours après la lettre 278.

2). Louis-Denis d’Attichy, fils de Valence de Marillac et cousin germain de Louise de Marillac, né en 1593 au château d’Attichy. Il entra en 1614 dans l’ordre des Minimes, devint provincial de Bourgogne, fut élevé sur le siège de Riez en Provence (1628), puis transféré à Autun (1652), où il mourut de la pierre le 30 juin 1664. On a de lui plusieurs ouvrages, entre autres une histoire générale de l’ordre des Minimes et une vie du cardinal de Bérulle.

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Ce que vous dites du vœu de la petite Barbe semble inutile, pource qu’elle entre en la religion pour assister les malades qu’on lui dira pauvres, et par conséquent dans le terme de son vœu. Que si le scrupule la presse, l’on la fera dispenser par l’évêque. Assurez-vous qu’elle aura souvent du regret et donnera de l’exercice à ces bonnes religieuses pour cela. Et quand elle reviendrait, je ne sais s’il serait expédient de la recevoir.

Je n’ai point vu Henriette, ni Marie (3). Il faut prier pour les filles et, si vous pouvez vous fortifier, aller à la campagne.

Je suis un peu en peine de vos infirmes. Je vous prie de les bien nourrir et réjouir et de les saluer toutes deux de ma part.

Madame Goussault eut avant-hier à la nuit une grande crise par sueur et s’est bien portée depuis, à ce qu’on m’a dit. Refaites-vous un peu plus ; vous vous verrez toutes deux plus fortes. Je lui ai toujours dit votre incommodité. O mon Dieu, Mademoiselle, que l’agrément de la volonté de Dieu dans son mal a été doux et fort ! Ce n’est rien de la voir en santé en comparaison de sa maladie. Mais qui fait cela ? Est-ce elle ? N’est-ce pas Notre-Seigneur ?

Je suis, en son amour, v. s.

284. — A LA MèRE DE LA TRINITE I

Ma très chère et Révérende Mère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

3). Marie Bécu.

Lettre 284. — L. a. — Original au * Carmel de Troyes.

1). Marie d’Hanivel, fille du grand audiencier de France. Dans sa

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Je suis très indigne de vous remercier, comme nous le sommes, des grâces qu’il vous plaît incessamment de nous faire ; c’est ce qui fait, ma très chère et aimable Mère, que je prie la sainte Vierge, à laquelle vous m’avez donné d’une manière particulière, qu’elle fasse en sorte avec son Fils qu’ils soient tous deux votre récompense et votre remerciement.

J’ai jeté les yeux sur plusieurs ecclésiastiques pour votre sacristie ; mais il n’a point plu à Dieu que j’aie rencontré encore ce qu’il vous faut. Je veillerai, mais je doute fort que ce soit aussi efficacement que votre bonté le fait pour *notre chétiveté. J’y ferai néanmoins mon possible, comme aussi de vous faire faire des mémoires du bienheureux Monsieur Gallemant (2) par un sien vicaire (3) que nous avons céans, et par un ecclésiastique duquel il se servait, étant petit garçon, pour lui répondre aux catéchismes qu’il faisait partout où il allait. Je dirai aussi en mon particulier ce que j’en sais, qui ne l’ai pu faire depuis mon retour, à cause de mon embarras, qui suis à

jeunesse, elle ne trouvait que joies dans le monde, qui l’adulait. Ramenée à des pensées sérieuses par la mort subite d’une de ses amies et par la parole du fameux Père capucin Ange de Joyeuse, elle refusa d’épouser le neveu du duc de Villars, et, sur les conseils de son cousin M. de Brétigny et de Madame Acarie, entra au Carmel le la rue Saint-Jacques dès le moment de sa fondation, y prit le nom de Marie de la Trinité et fit profession au couvent de Dijon en 1605. Elle fut prieure à Rouen, à Pontoise et en dernier lieu au couvent de Troyes, où elle mourut le 6 mars 1647 âgée de soixante-huit ans. (Placide Gallemant, op. cit., pp. 329-339.)

2). Jacques Gallemant, docteur de Sorbonne, premier supérieur des Carmélites de France, curé d’Aumale, puis d’Aubervilliers, près Paris, mort à Besançon le 25 décembre 1630, à l’âge de soixante-douze ans. Le Père Placide Gallemant a publié sa vie en 1653. C’est probablement pour lui que la Mère de la Trinité cherchait des renseignements biographiques.

3). C’était Jean Pillé, ancien vicaire d’Aubervilliers, entré dans la congrégation de la Mission en 1631.

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ma très chère et très aimable Mère, son très humble et très obligé serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 28 novembre 1637.

Suscription. A ma Révérende Mère ma Révérende Mère de la Trinité, supérieure du monastère second des Carmélites de Troyes, à Troyes.

285. — A LOUISE DE MARILLAC

[Fin de 1637] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de ce que vous vous portez mieux et vous prie de manger des œufs ; car autrement, il est à craindre que vous retombiez. Pour la pauvre fille de Madrid (2) j’ai pensé de parler à plein fond à M. le procureur général (3) de cet affaire et du moyen de secourir ces pauvres créatures aux Enfants trouvés (4). Madame Goussault vous aura peut-être pu dire l’ouverture qu’on m’a faite pour cela. Nous en parlerons avec vous d’ici à trois ou quatre jours, si votre santé vous permet de venir jusques ici

Je ne sais que vous dire pour ces filles de Saint-Paul (6), sinon que vous ne vous devez attendre à autre chose qu’à peine et difficulté. Nous en parlerons quand vous viendrez. Ne croyez pas cependant que mon cœur reçoive

Lettre 285. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). cette lettre semble précéder de peu de jours l’institution des Enfants trouvés.

2). Ancienne localité de la banlieue parisienne, que rappelle encore le château de ce nom, situé dans le bois de Boulogne.

3). Matthieu Molé.

4). Les enfants trouvés recueillis à la Couche, rue Saint-Landry.

5). Paroisse de Paris.

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aucune altération à l’égard du service que vous désirez de moi ; il n’y a que la mort qui m’empêche d’être, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre serviteur très humble.

V. DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce jeudi matin.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

286. — A LOUISE DE MARILLAC

[Décembre 1637] (1)

Vous verrez par l’incluse, Mademoiselle, comme M. le curé de Rueil (2) préfère la fille de Nanterre (3) à Barbe (4). J’adore en cela la Providence. Il faut l’employer plus loin et plus utilement. M. Lambert, qui est à Richelieu (5), mande à Madame de Combalet qu’il est nécessaire d’y établir la Charité, que, cette semaine-là, il y était mort deux pauvres femmes sans assistance. Que vous semble, Mademoiselle, si l’on envoyait là Barbe et quelqu’autre fille (6). Oh ! que de bien à faire en ce pays-là ! Et si vous êtes brave femme, au printemps vous y pourriez aller par le coche jusques à Orléans, et de là par eau jusques à Saumur, qui en est à huit lieues. Enfin tout pour le mieux. Nous en parlerons.

Lettre 286. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Castelsarrasin.

1). Saint Vincent n’aurait pas dit Madame de Combalet après le 1er janvier 1638, mais bien Madame la duchesse d’Aiguillon. D’autre part, la date de décembre 1637 est demandée par la présence de Lambert aux Couteaux à Richelieu. (Cf. lettre 287.)

2). En Seine-et-Oise. Richelieu y avait sa maison de campagne.

3). Près de Paris.

4). Barbe Angiboust.

5). Dans l’Indre-et-Loire.

6). ce projet ne se réalisera que dans les derniers mois de l’année 1638.

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Je vous salue cependant et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

27 décembre 1637.

Il y a long temps que je balance si je vous dois prier de venir travailler à Richelieu, où M. le cardinal fonde une Mission (2), tant pour ce duché-là (3) que pour l’évêché de Luçon (4) avec l’emploi aux ordinands et aux exerci-

Lettre 287. — Reg. 2, p. 277.

1). Bernard Codoing, né dans la ville d’Agen le 1er août 1610 ; ordonné prêtre en décembre 1635, reçu dans la congrégation de la Mission le 10 février 1636, tient une place importante dans l’histoire des premiers compagnons de saint Vincent. Il fut le premier supérieur du séminaire d’Annecy (1640-1642), dirigea la maison de Rome pendant deux ans (1642-1644), puis fut mis à la tête du séminaire Saint-Charles, situé dans l’enclos de Saint-Lazare (1645-1646), passa de là à Saint-Méen dans des circonstances particulièrement difficiles (1646-1648), ensuite à La Rose (1648-1649) et enfin à Richelieu (1643-1650), toujours en qualité de supérieur. Il eut de grands succès dans ses missions en France et en Italie. Ses sermons étaient si goûtés que saint Vincent eut un moment l’idée de les publier. Bernard Codoing aurait rendu plus de services au saint s’il avait eu moins d’attachement à ses idées propres et s’il avait su se défendre contre la tendance à la précipitation. Nous serions tenté de dire : heureux défauts ! car ils nous valent quelques-unes des plus belles lettres qui composent la correspondance de saint Vincent.

2). Le contrat de fondation fut passé le 4 janvier 1638 au château de Rueil entre le cardinal de Richelieu et saint Vincent. Le saint prenait l’engagement d’envoyer sept prêtres à Richelieu avant le mois de mars et d’en ajouter trois autres avant deux ans pour remplir les fonctions curiales dans cette localité, donner des missions dans le duché, les évêchés de Luçon et de Poitiers, préparer les ordinands et recevoir les prêtres aux exercices spirituels. Le cardinal, de son côté faisait donation au saint du revenu des greffes de Loudun, qui étaient affermés 4.550 livres, et s’engageait à procurer le logement nécessaire.

3). Le duché-pairie de Richelieu avait été constitué en 1631 avec les baronnies de Faye-la-Vineuse, de l’Isle-Bouchard et de Chinon.

4). "…Desquels dix, est-il dit dans le contrat (Arch. Nat. MM 534),

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tants du diocèse de Poitiers (5). D’un côté, je regardais le besoin de ce bon peuple où vous êtes, et le bon usage qu’il fait de la grâce que Notre-Seigneur lui présente ; mais, de l’autre, j’ai considéré que la même nécessité et le même usage se trouvent dans le peuple du Poitou ; car l’on m’a écrit, et M. Renar, qui en est revenu, me l’a dit, qu’on n’a jamais vu des âmes si touchées, ni un tel abord (6) de tous côtés ; et ce qui m’a fait résoudre du côté de Richelieu, c’est l’obligation que nous y avons, la fondation étant à perpétuité. Cela fait, Monsieur, que je vous supplie très humblement de partir, la présente reçue, si vous n’êtes en mission ; et si vous y êtes, que ce soit, au nom de Notre-Seigneur, incontinent après que vous l’aurez achevée, sans divulguer ceci que sur. votre départ. Il ne faut pas manquer à l’obligation que nous avons d’être audit Richelieu le 20 ou 25 de janvier. Vous pourrez assurer les peuples de delà que lorsqu’il plaira à Dieu

il y en aura quatre qui demeureront dans la ville de Richelieu pour y faire les fonctions de ladite Mission, trois seront envoyés de cinq en cinq ans dans chaque ville et village dudit duché de Richelieu pour y faire aussi lesdites fonctions de ladite Mission ; et après qu’ils auront été par tout ledit duché, attendant le temps convenable de recommencer, ils feront ladite mission dans l’évêché de Poitiers ou autres lieux circonvoisins dudit duché, ainsi qu’il plaira à Son éminence, et les trois autres seront envoyés dans l’évêché de Luçon aux mêmes fins, lesquels six qui seront envoyés dans ledit duché et dans ledit évêché de Luçon, seront obligés d’y aller quatre fois l’année, aux saisons les plus convenables, et s’y employer six semaines à chaque fois…".

5) "Ledit Vincent s’oblige… de recevoir en ladite maison de la Mission de Richelieu à perpétuité, instruire, loger et nourrir pendant douze jours, avant chacun des quatre-temps de l’année, tous ceux du diocèse de Poitiers qui voudront prendre les ordres sacrés esdits quatre-temps, et de recevoir toute l’année à perpétuité en ladite maison et y loger et nourrir pendant quinze jours tous les prêtres que Monsieur l’évêque de Poitiers et ses successeurs voudront envoyer pour faire les exercices spirituels et être instruits aux fonctions ecclésiastiques, pourvu toutefois qu’il ne soit point envoyé plus de huit prêtres à la fois, outre Ceux qui doivent être promus aux ordres sacrés." ibid.)

6). Abord, affluence.

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nous envoyer des hommes pour les servir en notre vocation, que nous en ferons part, mais que cependant la nécessité absolue nous contraint d’en user de la sorte

J’avais prié M. Grenu d’aller travailler à Aiguillon, qui est du voisinage de votre ville d’Agen (7) ; mais, depuis, je l’ai prié de venir à Troyes, pour quelque raison particulière.

M. de Sergis me mande que tout Aiguillon a fait son devoir et que les principaux ont commencé les premiers qu’il n’en restait qu’un fort petit nombre, qui le devait faire le lendemain ; que M. Hopille, grand vicaire, lui a envoyé quatre ou cinq curés du diocèse, qui ont travaillé avec lui dans Aiguillon trois semaines durant, excepté les dimanches qu’ils s’en allaient à leurs cures. Il me dit, de plus, qu’il y a eu quantité de peuple de la campagne qui y est allé faire ses dévotions, voire de dix lieues à la ronde. Voyez, Monsieur, si les épines piquantes de notre naturel ne portent pas de bonnes roses et qui épanouissent dès que le soleil de justice fait paraître les rayons de sa grâce sur elles. Encore a-t-il fallu que je vous aie dit ce mot pour votre consolation.

Revenons à votre voyage. Si vous êtes prêt à partir avec M. Grenu, vous pourriez aller ensemble jusqu’à Lyon. De là il tirera vers Châlons et vous vers Roanne, où vous pourrez vous embarquer jusqu’à Orléans, et de là aller au Saumur, où vous serez à une journée de Richelieu, et trouverez Messieurs Lambert et Perdu à Champigny, à une lieue de Richelieu.

O Monsieur, que de nécessités spirituelles en ce pays-là, où il y a quantité d’hérétiques, faute de n’avoir ouï parler de Dieu, disent-ils, à l’église des catholiques ! C’est en ce pays-là où l’hérésie a été premièrement répandue, dilatée et plus obstinément défendue. C’est de

7.) Ville natale de Bernard Codoing.

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là qu’elle a tiré ses principales forces pour le renversement de notre sainte religion et de l’état même, si elle eût pu. Oh ! que Satan y a eu et qu’il y a encore un grand empire ! J’espère, Monsieur, que Notre-Seigneur se servira de vous et du bon M. Durot (8) pour lui faire une bonne guerre, non certes in sublimitate sermonis et humanae sapientiae verbis, sed in ostensione virtutis spiritus, in humilitate et mansuetudine, in patientia et longanimitate (9). Allez donc, Monsieur, in nomine Domini. Je prie sa divine bonté qu’elle vous donne sa sainte bénédiction et, avec elle, une plus grande part à son esprit. Je ne doute point que votre cœur ne se sente comme arraché de ce pays-là, où vous avez poussé des racines de charité dans ces âmes, et que vous n’éprouviez les tendresses de saint Paul quand il dit le dernier adieu à ce peuple qui pleura tant sur lui. Mais quoi ! il n’appartient qu’à un cœur vraiment apostolique à s’affermir contre ces tendresses, à passer par-dessus et à se rendre là où la sainte obéissance lui fait connaître que Notre-Seigneur le demande. Certes, Monsieur, c’est être dans l’accomplissement du bon plaisir de Dieu que d’être en cet état, et commencer son paradis dès ce monde. Mais que dis-je à une âme qui m’a toujours paru toute prête d’aller aux antipodes pour l’amour de Dieu, si la sainte obéissance le requérait ?

Je ne sais pourquoi ma plume s’est échappée à vous dire tout ceci. Je sais bien que ce n’est pas pour penser que vous ayez besoin d’être persuadé, ayant peut-être

8). Nicolas Durot, né à Oisemont (Somme), reçu dans la congrégation de la Mission en août 1633, ordonné prêtre en décembre 1636. Il prêchait en 1639 dans la région de Toulouse. Nous le trouvons à Paris en août 1640. Il revint à Richelieu en 1642, quitta la congrégation en 1645 et obtint, grâce à saint Vincent, la chanoinie de Saint-Martin d’Angers.

9). Texte formé avec différents passages de saint Paul, I Cor 11, 4) ; Eph. IV, 2 ; Col. I, 11.

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plutôt besoin d’être retenu dans l’ardeur de votre zèle ; et c’est de quoi j’avais à vous parler et vous parlerai un jour, s’il plaît à Dieu, lequel sait, lui seul, pourquoi je me suis étendu sans y penser.

Il sera bon que vous preniez congé, en présence ou par écrit, de Mgr de Valence 10 et que vous le remerciiez de la grâce qu’il vous a faite d’agréer votre service dans son diocèse, et que vous lui disiez que rien moins que la pure nécessité nous aurait fait résoudre à vous rappeler, et que, s’il plaît à Dieu de nous en donner le moyen, nous tâcherons d’y retourner une autre fois.

Vous prendrez aussi congé de la bonne et très chère sœur Marie Il et recommanderez, s’il vous plaît, à ses prières cette petite compagnie et le plus chétif et misérable de tous les hommes, qui est moi et qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble…

Je n’attendrai point d’autre réponse que celle de votre partement, que je vous supplie qu’il soit le plus tôt qu’il se pourra. Monsieur votre frère attend de vos lettres pour réponse à celles que je vous ai envoyées de sa part. Je m’imagine que Notre-Seigneur vous a guéri de l’amour trop tendre de vos parents.

10). Charles-Jacques de Gélas de Leberon (1624-1654).

11). Marie Tessonnière ou Marie de Valence était une sainte veuve, animée d’une dévotion toute spéciale envers la sainte Trinité. Saint François de Sales l’appelait une relique vivante. Jacques Olier fit le voyage de Paris à Valence pour la consulter. Le cardinal de Bérulle, saint Vincent et le Père Coton, son directeur, avaient pour elle la plus profonde vénération. Le peuple lui rendit après sa mort une sorte de culte public. Sa vie, publiée à Lyon en 1650 par le Père Louis de la Rivière (Histoire de la vie et mœurs de Marie Tessonnière, in-4), sur l’ordre exprès de la reine régente et avec l’approbation de plusieurs docteurs de Sorbonne, mécontenta l’évêque de Valence, qui improuva le livre et le fit condamner par l’Assemblée du Clergé de France. Le prélat et l’Assemblée interdirent également le culte qui lui était rendu.

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288. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il faudra aviser par ensemble à ce qu’il faudra faire pour Saint-Leu (1)

L’on fut d’avis, à la dernière assemblée (2) que vous seriez priée de faire un essai des enfants trouvés, s’il y aura moyen de les nourrir de lait de vache et d’en prendre (3) deux ou trois à cet effet. J’ai eu consolation de ce que la Providence s’adresse à vous pour cela. Je sais bien qu’il y a plusieurs choses à redire. Nous en parlerons (4).

Madame la présidente Goussault ne me semble point bien forte. Ayez soin de votre santé.

Je vous souhaite un nouveau cœur et un amour tout nouveau pour celui qui nous aime incessamment aussi

Lettre 288. — L. a. — Original à l’hôpital de Moulins.

1). Paroisse de Paris

2). Assemblée de la Charité de l’Hôtel-Dieu.

3). Le texte original porte : de vache et qu’à cet effet et d’en prendre. Il est clair que le saint a oublié d’effacer et qu’à cet effet.

4). Très grand était à cette époque le nombre des enfants abandonnés chaque année dans la ville et les faubourgs de Paris. Saint Vincent en comptait de trois à quatre cents. (Abelly, op. cit., t. II, chap. X, 1er éd., p. 362.) Le passant qui en découvrait un devait en donner connaissance au commissaire du quartier, auquel revenait seul le droit de le ramasser. Les enfants trouvés étaient portés à l’Hôtel-Dieu et de là à la Couche, rue Saint-Landry, où une veuve, qu’aidaient deux servantes, était chargée d’en prendre soin. Les revenus manquaient à la maison et le dévouement aux nourrices. Aussi la mort faisait-elle de si nombreuses victimes parmi ces petites créatures que saint Vincent pouvait dire dans un de ses entretiens aux dames de la Charité : "Il ne s’en trouve pas un seul en vie depuis 50 ans, si ce n’est que depuis peu il s’est trouve que quelqu’un… a vécu." Les servantes leur donnaient des narcotiques pour les faire dormir, ou les vendaient huit sols à des misérables, qui, après avoir rompu bras et jambes à ces pauvres petits, s’en servaient pour exciter la pitié des passants. Saint Vincent, qui s’occupait de tant d’œuvres de charité, connaissait la Couche. Il déplorait ces abus et cherchait les

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tendrement comme s’il commençait dès à présent de nous aimer ; car tous les plaisirs de Dieu sont toujours nouveaux et pleins de variété, quoiqu’il ne change jamais.

Je suis, en son amour, avec pareille affection que sa bonté le veut et que je le dois pour l’amour de lui, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ce premier jour de l’an [1638] (1)

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras

moyens d’y remédier. La compagnie des dames de la Charité s’occupait des malades de l’Hôtel-Dieu. Le chapitre de Paris les pressa de se charger aussi des enfants trouvés. Après deux ans de réflexion et de prières, saint Vincent résolut de faire un essai. La lettre ci-dessus nous montre que l’œuvre eut de modestes commencements : deux ou trois enfants confiés aux soins de quelques Filles de la Charité et nourris de lait de vache. Bientôt ce nombre fut porté à douze, et quatre nourrices leur furent données. On les installa rue des Boulangers, près de la porte Saint-Victor. Ce modeste essai donna de bons résultats. Aussi les dames furent-elles d’avis, en 1640, de recevoir tous les enfants trouvés qui seraient présentes. Le roi et la reine s’intéressèrent à l’entreprise. En 1642, Louis XIII donna 4.000 livres sur son domaine de Gonesse ; en 1644, l’aumône fut doublée. Puis les dames obtinrent le château de Bicêtre, où les enfants sevrés furent portés en 1647. Enfin en 1651, le séjour de Bicêtre ayant été reconnu nuisible à la santé des enfants, ceux-ci revinrent à Paris et furent logés à l’extrémité du faubourg Saint-Denis, et plus tard, en 1670, dans deux maisons situées l’une devant Notre-Dame, l’autre au faubourg Saint-Antoine. (Saint Vincent de Paul et les Dames de la Charité, par P. Coste, Paris, 1918, in-8, pp. 17-34.)

Pour l’histoire des Enfants trouvés, on peut encore consulter avec profit les règlements faits par Louise de Marillac pour les sœurs chargées des enfants trouvés (Pensées, pp. 195 et 196) ; ses mémoires sur le même sujet (ibid., p. 199) ; la Vie de Madame de Miramion [par l’abbé de Choisy], Paris, 1706, in-4, p. 140 et Suiv ; l’Histoire de l’Assistance publique, par Alexandre Monnier, Paris, 1856, in-8, p. 396 et suiv ; Léon Lallemant, Un chapitre de l’Histoire des Enfants trouvés. La maison de la Couche à Paris, Paris, 1885, in-8.

5). Ce fut cette année-là que commença l’œuvre des Enfants trouvés. (P. Coste, op. cit., p. 21, note 1)

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289. — A LOUISE DE MARILLAC

[Janvier 1638] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous renvoie votre mémoire et les miens et vous prie de mettre ces mots que vous ajoutez ou changez dans le mien, lequel je vous prie de prendre la peine de copier à votre commodité, et de me renvoyer le tout ; je dis même le mémoire que vous avez fait et que je vous renvoie (2).

J’ai envoyé prier M. de Cordes de venir céans aujourd’hui, et ai chargé mon mémoire de M. de Marillac (3).

Je ne trouve point d’inconvénient que vous voyiez Madame de Liancourt à votre loisir.

Vous verrez pour ces deux filles. La petite me paraît comme vous la dépeignez ; si l’autre est bien appelée, sa ville de Nogent en aurait besoin avec le temps (4).

Les parents de la fille morte à l’Hôtel-Dieu demanderont leurs hardes avec raison. Pour encore, jusques à ce que la chose soit liée, nous verrons. Cependant il vaut mieux les laisser où elles sont. Il faudra faire la loi avant que de la mettre en pratique

Bien volontiers je vous avertirai de vos fautes et ne vous en laisserai passer pas une. Je n’entends pas bien ce que vous me dites des offi-

Lettre 289. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre semble antérieure de quelques jours à la lettre 297.

2). Il s’agit ici, pensons-nous, de mémoires relatifs au nouvel établissement des Enfants trouvés.

3). Michel de Marillac, petit-fils du garde des sceaux, seigneur d’Ollainville, conseiller au Parlement de Paris, mort le 29 décembre 1684.

4). Elle ne donna pas satisfaction. "O mon Dieu ! que cette pauvre créature m’a trompé !", s’écriera plus tard saint Vincent.

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cières et de vous. De dire de n’être pas nommée dans la chose, quelle raison avez-vous pour cela ? Il faut se garder de tomber dans le vice de singularité, pource qu’il a sa racine dans la vanité, et celle-ci dans l’orgueil, qui est le vice de tous vices ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur.

V. D.

J’irai confesser Mademoiselle d’Atri (5) aujourd’hui à La Chapelle et ne pourrai voir M. de Cordes que vendredi, à ce qu’il me vient de mander. Voici la lettre de Madame la comtesse de Maure.

5). Marie-Angélique d’Atri, née en 1617, fut élevée au Port-Royal. Elle y connut Saint-Cyran et lui ouvrit plusieurs fois sa conscience. Elle traversa dans sa jeunesse une crise terrible dont nous aurons l’occasion de parler plus loin. Son aversion des choses de Dieu était telle qu’on la crut possédée du démon et que l’official de Paris chargea saint Vincent de l’exorciser. Peu après sa guérison, elle fut mise dans un couvent de Dominicaines, d’où elle ne tarda pas à passer chez les Bénédictines du monastère récemment fondé à Picpus-les-Paris. Elle y était déjà le 19 juin 1638 et s’y trouvait encore en 1639, étudiant toujours sa vocation. Le 19 juin 1638, elle comparut devant le tribunal chargé d’enquêter sur Saint-Cyran. Dans sa déposition, qu’a publiée le jésuite François Pinthereau (Les reliques de messire Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, Louvain, 1646, in-8, p. 421), elle déclara que son humeur mélancolique, jointe à certaines maladies la portait aux scrupules. L’attrait qu’elle ressentait pour la vie religieuse, voie dans laquelle la poussait Saint-Cyran, était combattue en elle par sa répugnance à prendre des engagements. En 1639 ou peu après, elle retourna à Port-Royal et y fit bâtir près de l’église un petit ermitage, qu’elle habita jusqu’à la dispersion, en 1669. Elle termina ses jours le 21 octobre 1676 près de Forcalquier, où elle s’était retirée. Janséniste ardente, elle consacra une partie de son immense fortune a œuvres du parti. Son esprit était peu pondéré et sa volonté indécise Saint-Cyran lui a écrit plusieurs lettres de Vincennes.

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290. — A LOUISE DE MARILLAC

[Janvier 1638] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je pensais vous aller voir ces jours ici, particulièrement aujourd’hui ; mais m’en voilà absolument empêché. Je le ferai le plus tôt qu’il me sera possible. Je vous dirai cependant que je suis en peine de votre fièvre de la nuit et que je vous prie de vous ménager le plus qu’il vous sera possible pour Notre-Seigneur et pour son œuvre. Encore me semble-t-il que vous êtes moins malade cet hiver que les autres, notamment pendant que vous étiez demeurante dans la ville ; et c’est ce qui me console un peu. Parlons de trois choses. Des petits enfants trouvés. L’on me presse d’une manière qui n’est pas imaginable, du côté de M. Hardy 2. Il me rend coupable de tout le retardement. Mademoiselle du Mée est aux champs. Quel inconvénient que vous fassiez acheter une chèvre et que vous continuiez à faire une plus ample expérience ? La seconde, c’est que l’on nous demande une sœur de la Charité pour Saint-Germain-en-Laye, où se fait la mission et où la Charité est établie dès dimanche passé ; i ;

Lettre 290. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite avant la lettre 295, durant la mission de Saint-Germain-en-Laye.

2). Sébastien Hardy, sieur de la Tabaize, ancien conseiller du roi et ancien receveur des aides et tailles de l’élection du Mans, qui laissa à l’œuvre des Enfants trouvés, le 27 janvier 1640 une rente de cinquante livres tournois. (Arch. Nat., Y 180, f° 208 V°.)

3). Le roi, conseillé par Richelieu, avait choisi, pour donner la mission, Nicolas Pavillon, qui venait d’être nommé à l’évêché d’Alet. Le succès fut considérable. Louis XIII alla entendre plusieurs fois le prédicateur. Des dames de la cour, des filles d’honneur de la reine,

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c’est pour mettre en train ces bonnes femmes. Que vous semble si vous y envoyiez Barbe (4). Ils ont une raison particulière là de la souhaiter, à cause des soldats que le roi désire qui soient assistés ; et faudra une chambre pour cela, tandis que la cour y sera. Oh ! que je souhaiterais que vous y puissiez aller ! Mais quoi ! Notre-Seigneur tire plus de gloire de vous comme vous voilà. Revenons à Barbe. Lui pourrez-vous donner une compagne, ou si vous l’enverrez seule ? Le premier serait le meilleur. En aurez-vous en ce cas une autre pour Saint-Jacques (5).

Je ne sais que vous dire de celle de Saint-Paul (6), sinon que j’ai peur que vous excitiez du murmure. L’esprit de Marguerite a quelques retours parfois. J’ai écrit à M. de la Salle qu’il me mande si cette fille pourra utilement faire l’école. En tout cas, ce n’est que pour un temps ; l’on en aura besoin pour Richelieu.

La troisième chose regarde Marie, de Saint-Laurent. Son père m’a fait des instances fort grandes pour la re-

assidues jusques-là aux assemblées mondaines, ne se montrèrent plus au milieu des courtisans. Une confrérie de la Charité fut instituée. Elles donnèrent leur nom. On les vit, modestement vêtues, visiter et servir, à tour de rôle, les pauvres et les malades. Les seigneurs de la cour, mécontents, firent entendre au roi que la fréquentation des malades par des personnes qui approchaient la reine de très près était un danger pour la famille royale. Le roi s’émut, mais la reine prit la défense de ses dames et demoiselles d’honneur. Les seigneurs cherchèrent alors à déconsidérer Pavillon. Ils racontèrent à Louis XIII que le prédicateur l’avait comparé à la bête de l’Apocalypse. De leur côté, les mousquetaires, à l’instigation des courtisans, allèrent se plaindre de ce que Pavillon leur avait conseillé de se contenter de leur paye, sans rien exiger de leurs hôtes. Pavillon dut se défendre. Il le fit en un long mémoire, et comme le mémoire ne suffisait pas il pria le roi de s’en rapporter au jugement de la Sorbonne, qui lui donna gain de cause. (Etienne Dejean, Op. cit., p. 15, note 2.)

4). Barbe Angiboust.

5). Saint-Jacques-de-la-Boucherie, paroisse de Paris. La Charité ne fut établie que plus tard à Saint-Jacques-du-Haut-Pas.

6). Paroisse de Paris.

7). La paroisse sur laquelle se trouvait Saint-Lazare.

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prendre ; le trouvez-vous bon ? Si cela est, faites-lui dire qu’elle me parle.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

V. D.

Je salue Madame Pelletier. Madame la chancelière (8) travaille pour elle. Madame de Chaumont (9) est supérieure de Saint-Germain-en-Laye.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

291. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[17 janvier 1638] (1)

Monsieur,

Notre procureur de la Charité et les sœurs font aujourd’hui des merveilles pour la fête du Saint Nom de Jésus ; ils ont désiré, étais eux-mêmes, que je vous envoyasse supplier de leur faire avoir une exhortation pour vêpres ; elles ne se d. iront pas plus tôt qu’à deux heures et demie. Ils désireraient bien Monsieur de la Salle ; mais s’il ne se peut, ils en voudraient bien un autre ; je joins ma prière à la leur, afin qu’ils soient encouragés à la persévérance. Je crois que vous savez que notre sœur Barbe (2) est ici et qu’elle et moi sommes tantôt bien fortes. Je crois qu’il serait bien bon qu’elle eut l’honneur de vous voir avant d’aller ; ne faut-il point penser au petit ameublement qui lui sera nécessaire ? Ne vous mettez point en peine, s’il vous plaît, pour la nourrice des petits enfants, lesquels nous n’avons point encore, car la notre suffira bien pour le temps que vous marquez, et plus. Je suis en l’amour de Jésus, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

8). Madame Séguier.

9). Marie de Bailleul, dame d’honneur d’Anne d’Autriche, épouse de Louis de Chaumont, seigneur d’Athieules, et sœur de Nicolas de Bailleul.

Lettre 291. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre, écrite le jour du Saint Nom de Jésus, est à sa place entre les lettres 290 et 295.

2). Sœur Barbe Angiboust.

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282. — A LA MèRE DE LA TRINITE

Ma très chère Mère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici Monsieur du Coudray, l’un de nos missionnaires, qui s’en va vous trouver, avec le projet du contrat de la fondation de Monseigneur de Troyes (1). Monsieur le Commandeur (2) a trouvé à propos d’en user de la) sorte. C’est

Lettre 292. — L. a. — Original * au Carmel de Troyes.

1). René de Breslay, évêque de Troyes, avait tenté dès 1621, avec le concours d’Adrien Bourdoise et sur les instances de la Mère de la Trinité, de fonder une maison de missions dans sa ville épiscopale. En 1637, le prélat et la prieure du Carmel se sentirent pressés intérieurement de reprendre le projet abandonné. Ils en parlèrent à M. de Sillery, titulaire de la commanderie de Troyes, et il fut décidé qu’on demanderait des missionnaires à saint Vincent. L’accord fut conclu le 3 octobre 1637 au parloir du Carmel, où se trouvaient réunis l’évêque de Troyes, saint Vincent et la Mère de la Trinité. Le nouvel établissement devait s’ouvrir le 17 février 1638 au plus tard et recevoir dès le début un personnel de six prêtres et de deux frères, le nombre des prêtres pouvant être de quatre jusqu’en 1641, s’il y avait impossibilité d’en procurer davantage. Les missionnaires avaient à évangéliser les localités du diocèse où l’évêque de Troyes jugerait bon de les envoyer et, de cinq en cinq ans, les terres de la commanderie. Le prélat leur assurait une rente annuelle de 2.000 livres et le commandeur la moitié de cette somme. Ce contrat demandait à être complété. M. de Sillery donna aux prêtres de la Mission le 19 janvier plusieurs fonds et propriétés, dont il se réserva l’usufruit, il promit de plus de leur verser tous les ans cent livres tournois. Mgr de Breslay remplit ses engagements, le 12 mars, en faisant don à la Mission d’une maison de douze cents livres de revenu, sise à Paris, grande rue du faubourg Saint-Michel, et d’une somme de six cents livres, dont il ne versa d’abord que la rente. Il était stipulé dans ce nouveau traité que les missionnaires prépareraient les ordinands aux ordres pendant dix jours et recevraient chez eux les curés pour les exercices spirituels, un à un et en dehors du temps consacré aux ordinands. A la date où fut écrite la lettre ci-dessus, le contrat du 12 mars n’était encore qu’à l’état de projet ; c’est celui que saint Vincent a ici en vue. (Arch. Nat. MM 534 ; A. Prévost, Saint Vincent de Paul et ses œuvres dans le diocèse de Troyes, Troyes, 1896, in-12.)

2). Le commandeur de Sillery.

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l’œuvre de vos mains. Il a plu à sa divine Majesté de vous donner grâce pour cela. J’espère, ma chère Mère, que vous la nous obtiendrez pour le servir selon son dessein. O ma chère Mère, combien de belles pierres précieuses vous ajoutez à la couronne que Notre-Seigneur vous va façonnant ! Certes, le nombre en sera aussi grand qu’il y aura des âmes qui seront sauvées par ce moyen ; mais à ce que les péchés et les misères de cette pauvre et chétive compagnie et particulièrement les miens ne soient point à empêchement à l’œuvre de Notre-Seigneur, je vous supplie, ma chère Mère, de lui demander ou qu’il nous ôte du monde, ou qu’il nous fasse tels que nous lui puissions rendre les services que sa divine bonté attend de nous. Je ne vous fais point de remerciement de tout cela. Dieu seul est digne de le vous faire et d’être votre remerciement lui-même. Je dis la même chose à votre sainte communauté, qui a tant prié et fait de pénitence pour cela. Je vous offre, à vous et a elle, ma perpétuelle reconnaissance de cette grâce que vous nous avez faite, ma chère Mère, et une soumission éternelle à vos volontés, qui sont celles de Notre-Seigneur même, en l’amour duquel je suis et celui de sa sainte Mère, ma très chère Mère, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 22 janvier 1638.

Monsieur du Coudray a ordre de faire tout ce que vous, ma chère Mère, lui ordonnerez. Commandez donc, ma chère Mère, et vous serez obéie.

Suscription : Ma Révérende Mère de la Trinité, supérieure du monastère second des Carmélites de Troyes.

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