Correspondance (page 13)
318. — A LéONARD BOUCHER
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus, dimanche passé, en m’en allant à la ville pour aller aux champs, la vôtre du 10 de ce mois, et revenant avant-hier soir un peu harassé, je n’eus pas l’esprit de pourvoir à vous envoyer quelqu’un pour l’assistance du bon M. Mouton. Je le fais ce matin et vous envoie Matthieu, qui est plein d’ardeur et de charité, comme vous savez. Je vous supplie, Monsieur, de ne lui rien épargner. Il y a des apothicaires à Montmirail et de bons chirurgiens ; et pour le médecin, il faut l’envoyer quérir à Château-Thierry. Il y a un nommé M. Fournier, qui est bon médecin et de nos amis. Vous pourrez employer celui-là, si déjà vous n’en avez pris quelqu’autre. Et, pource qu’il sera en lieu plus commode à Montmi-
Lettre 318. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Le frère Matthieu Régnard, né à Brienne-le-Château, aujourd’hui Brienne-Napoléon (Aube), le 26 juillet 1592, entré dans la Congrégation de la Mission en octobre 1631, reçu aux vœux, le 28 octobre 1644, mort le 5 octobre 1669. Ce fut le grand distributeur des aumônes de saint Vincent en Lorraine et pendant les troubles. Il fut d’un grand secours au saint par son audace, son sang-froid et son savoir-faire. On trouve sa biographie au t. II des. Notices, pp. 29-33.
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rail, je vous prie de l’y faire transporter. J’écris à M. Octobre, le concierge, pour lui faire trouver logement. Je vous supplie, Monsieur, de ne le pas abandonner, si ce n’est qu’il se porte mieux, auquel cas vous pourrez achever la mission commencée ou vous joindre à M. Lucas, tandis que M. Mouton se reposera.
Je salue très humblement ledit sieur Mouton et l’embrasse en esprit avec un cœur tout attendri de douleur et douceur. Nous ne manquerons à prier Dieu pour lui, comme vous pouvez penser.
Je ne vous dis rien quant au reste de votre lettre touchant les Charités, sinon que je vois bien que nous ne sommes pas au temps de les rétablir. Notre-Seigneur le nous donnera plus opportun à la paix, s’il lui plaît.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 17 mars 1638.
Suscription : A Monsieur Monsieur Boucher, prêtre de la Mission, à Montmirail.
319. — A LOUISE DE MARILLAC
[Mars 1638] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici une lettre de Barbe (2). Je ne lui ai envoyé que ce
Lettre 319. — L. a. — L’original a été donnée en 1901 au cardinal Langénieux, archevêque de Reims, par M. Antoine Fiat, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission.
1). La présence de sœur Barbe Angiboust à Saint-Germain-en-Laye ne permet pas de douter de l’année. D’autre part, la lettre est antérieure à la lettre 320.
2). Barbe Angiboust.
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matin celle que vous lui avez écrite. Je l’ai toujours oubliée lorsque j’ai écrit à Saint-Germain (3)
Mais comment vous portez-vous, Mademoiselle ? L’on m’a dit que mieux. J’en loue Dieu et le prie qu’il vous redonne autant de force comme il faut pour aller à la campagne à ce printemps.
Je vis hier au soir Madame la présidente Goussault, que je n’avais point vue durant sa maladie qu’au commencement, il y a dix jours. Elle se porte mieux et désire revoir le beau temps et un peu plus de santé pour s’aller promener aux champs. Elle n’eut point hier la fièvre qu’elle attendait.
Notre frère Alexandre (4) vous ira voir aujourd’hui. Comment se portent vos enfants ? Un mot, je vous en prie, de cela, non par écrit, n’en prenez pas la peine, mais de bouche seulement.
Bon jour, Mademoiselle. Je suis votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
320. - — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce 22 mars 1638.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ce petit nombre de lignes sera pour vous dire deux choses : l’une que ce jeune homme poitevin demande à être de la compagnie, en suite d’un voyage qu’il va faire en son pays pour voir sa bonne mère, et que, si vous en avez besoin, qu’il lui est indifférent d’être avec vous ou
3). Saint-Germain-en-Laye.
4). Alexandre Véronne
Lettre 320. — L. a. — Dossier de Turin, original.
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céans (1). Vous en userez donc comme il vous plaira.
La seconde est pour vous dire que Monseigneur le cardinal m’a donné charge de vous dire que vous établissiez la Charité à Richelieu et qu’il y donnera quelque chose annuellement, en attendant qu’elle se puisse entretenir des quêtes ordinaires. Selon cela, en attendant, il sera à propos que vous y donniez d’abord huit ou dix écus, si vous le pouvez.
M. l’avocat du roi de Loudun m’a dit que le procédé de la Mission est excellent à l’égard des hérétiques, en ce qu’elle établit les vérités divines, sans disputer des points controversés, et que les huguenots sont ravis de cela. Qu’on continue donc, s’il vous plaît.
Monseigneur le cardinal est d’avis qu’on se donne un jour de repos la semaine pendant la mission, par exemple le samedi, et m’a commandé de faire en sorte que cela se pratique partout. Je vous prie, Monsieur, de commencer à Richelieu (2).
Je vous enverrai la Fille de la Charité (3). Peut-être que Madame Goussault la vous amènera au plus tôt après Pâques.
La hâte que j’ai ne me permet point de vous en dire davantage, sinon que je ferai réponse à ceux qui nous ont écrit par le premier messager. Je les embrasse cependant tous et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, prêtre de la Mission, à Richelieu.
1). Voir la lettre 316.
2). Lambert aux Couteaux écrivit au cardinal de Richelieu le 16 avril 1638 pour lui rendre compte des heureux résultats de la mission. Sa lettre se trouve aux Arch. du ministère des Aff. Etrang., France, Mémoires et Documents, 830, f° 105.
3). Barbe Angiboust. Le départ de la sœur fut remis en octobre.
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321. — AU DUC D’ATRI (1)
Monseigneur,
M. le comte de Bourlemont (3) et M. l’abbé son fils (4) m’ont fait l’honneur de me dire que Votre Grandeur aurait agréable que je lui rendisse compte de l’état de Mademoiselle d’Atri, votre fille (5), afin que de là Votre Grandeur puisse juger ce qui lui sera le meilleur ; ce que je leur promis que je ferai d’autant plus volontiers, Monseigneur, que je dois à une particulière bénédiction de Dieu l’occasion de servir Votre Grandeur. Il y a 3 ou 4 mois que j’eus ordre de M. l’official de Paris de visiter Mademoiselle votre dite fille, sur ce que M. le comte de Maure (6) lui avait demandé permission de
Lettre 321. — Reg. I, f° 7 V°. — Le copiste a pris son texte sur la minute, écrite de la main de saint Vincent.
1). Scipion d’Acquaviva d’Aragon, duc d’Atri, époux de Geneviève Doni d’Attichy, qui était, par sa mère Valence de Marillac, cousine germaine de Louise de Marillac. Pour le punir d’avoir servi la France, le gouvernement espagnol le dépouilla de tous ses biens, qui passèrent aux mains de ses enfants. Son fils Joseph-François mourut en 1643, sans laisser de postérité. Une de ses deux filles, Marie, entra au Carmel. L’autre, Marie-Angélique, est celle dont il est ici question.
2). Voir note 14.
3). Claude d’Anglure, prince d’Amblise, marquis de Sy, comte de Bourlemont, vicomte de Forest et baron de Busancy. Il avait épousé Angélique Diacette, fille d’Anne d’Acquaviva d’Aragon, duchesse d’Atri.
4). Charles-François d’Anglure, abbé de la Crète, de Béchamp et de Saint-Pierremont, mort le 25 décembre 1669. Il occupa successivement les sièges épiscopaux d’Aire, de Castres et de Toulouse. Un de ses frères, Louis, qui joua un certain rôle dans la diplomatie, devint évêque de Fréjus et archevêque de Bordeaux.
5). Marie-Angélique d’Atri.
6). Louis de Rochechouart, comte de Maure, est surtout connu par l’opposition qu’il fit à la politique de Mazarin Alors que tout le monde tremblait devant le puissant ministre ; Il vint à la cour le 20 mars 1649, et prononça une harangue en plein conseil pour demander son expulsion. Il combattit dans le parti des princes jusqu’au jour où, blessé à la tête et au bras dans un combat qui eut lieu à
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la faire exorciser, selon l’avis que plusieurs personnes de grave piété lui avaient donné, qu’elles craignaient que cette bonne enfant ne fût travaillée de quelque possession ou obsession maligne. Le sujet qu’ils avaient de le croire était l’aversion qu’avait cette bonne fille des choses de Dieu, qui était venue à un tel point depuis son enfance qu’elle était à la Ville-l’Evêque (7) auprès de Mademoiselle de Longuevilles (8), qu’il y avait trois ans qu’elle ne priait point Dieu, et environ deux ans qu’on l’avait tenue enfermée dans une chambre au Port-Réal (9), sans entendre la sainte messe. Ce fut donc là le sujet qui fit avoir cette opinion à ces bonnes âmes et la raison pour laquelle j’eus le bien de la voir. D’abord elle me montra son état avec jugement et candeur ; car elle a l’esprit fort bon et solide incomparablement au delà du commun des filles, mais un peu mélancolique. Ma pensée fut d’abord qu’il n’y avait que cette humeur mélancolique qui la travaillait. Le respect que je devais néanmoins à ceux qui étaient d’avis qu’il y avait quel
Libourne en 1652, il fut pris et retenu prisonnier par les troupes du roi. Il mourut dans sa terre d’Essai, près d’Alençon, le 9 novembre 1669, à l’âge de soixante-sept ans, sans laisser de postérité. (Cf. Histoire de la maison de Rochechouart, par le général-comte de Rochechouart, Paris,1859, in-4, t. II, pp. 81-88.)
7). Dans la paroisse Sainte-Madeleine de la Ville-l’Evêque, à Paris.
8). Marie d’Orléans, née le 5 mars 1625 d’Henri d’Orléans II et de Louise de Bourbon, mariée le 22 mai 1657 à Henri de Savoie II, duc de Nemours, veuve le 14 janvier 1659. Après la mort de ses frères elle succéda en tous les biens de sa maison. Elle mourut sans laisser d’enfants le 16 juin 1707. C’était dit Saint-Simon (Mémoires, éd. de Boislisle, Paris, 1879-1914, 26 vol., in-8, t. II, p. 225), une "femme fort haute, extraordinaire, de beaucoup d’esprit, qui se tenait fort chez elle à l’hôtel de Soissons, où elle ne voyait pas trop bonne compagnie, riche immensément et vivant très magnifiquement."
9). Le fait de cette séquestration est tellement étrange qu’on peut se demander si le copiste du reg. I a bien lu. Ne faudrait-il pas : elle était restée au lieu de on l’avait tenue ? Mais peut-être Mademoiselle d’Atri se livrait-elle pendant la sainte messe à des excentricités impies. Dans cette hypothèse, il n’y aurait pas lieu de croire le texte fautif.
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que obsession maligne, fit que je soumis mon jugement au leur et que, faisant mon rapport à M. l’official, je lui dis que je pensais qu’il n’y avait point d’inconvénient que M. Charpentier — c’est un ecclésiastique d’insigne piété de cette ville (10) — lui fît quelques exorcismes secrets, doucement et sans provoquer l’esprit malin au dehors, plutôt par imprécation que par exécration, qui était l’avis du R. P. Général de l’Oratoire (11), ce qui ne fut point exécuté à cause de la maladie dudit sieur Charpentier. Cependant il plut à Dieu envoyer à Mademoiselle votre fille une maladie assez grande et dangereuse, en laquelle son esprit s’ouvrit ; et M. (12) et Madame la comtesse de Maure, craignant son salut, la portèrent à se confesser à moi ; ce qu’elle fit d’une confession générale de toute sa vie passée, avec la plus grande exactitude que j’aie jamais vue, car elle y employa trois ou quatre heures à diverses reprises ; et ce fut en cette action en laquelle je me confirmai en l’opinion que j’avais eue auparavant ; et la maladie ayant été un peu longue et en quelque espèce de langueur, il me sembla qu’elle était rentrée dans le travail de la même humeur. Or, comme elle fut guérie néanmoins, elle s’en trouva tout à fait délivrée, de sorte qu’elle demanda à se reconfesser à moi et à communier, ce qu’elle n’avait fait pendant sa maladie, et fit ces actions avec liberté d’esprit, comme aurait fait une autre personne. A quelque temps de là, elle demanda d’être re-
10). Hubert Charpentier, gradué en théologie de la maison de Sorbonne, était né à Coulommiers le 3 novembre 1565. Après avoir contribué à la fondation de Notre-Dame de Garaison, il fonda deux établissements pour honorer la croix du Sauveur : l’un à Bétharram, l’autre au Mont-Valérien, près de Paris. Il mourut à Paris le 10 décembre 1650.
11). * "Charles de Condren."
12). Texte du manuscrit : et le soin de M. — Ainsi construite, la phrase n’a aucun sens.
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ligieuse et qu’on la reçût au Port-Réal. D’abord qu’elle me le dit, je lui répondis qu’il n’était pas temps et qu’il lui fallait pour le moins un an avec Madame sa tante (13) et qu’elle l’emmenât prendre l’air des champs, avant que de penser à l’exécution de ce dessein ; et lui ai dit la même chose toutes les fois que Monsieur et Madame la comtesse de Maure et elle m’ont fait l’honneur de m’en parler. Cela pourtant ne l’a pas empêchée de poursuivre secrètement son entrée en religion, ni d’alléguer quantité de raisons, partie fondées sur les jugements de Dieu et partie sur ce qu’elle ne pouvait supporter les façons de faire du monde. Ce qu’ayant su Messieurs de Bourlemont, et ayant fait entendre à Monsieur et à Madame la comtesse de Maure que l’intention de Votre Grandeur est qu’elle entrât en religion, après quelque difficulté de part et d’autre ils y ont acquiescé, quoiqu’avec grande peine, dans l’appréhension que cette bonne enfant ne rentre dans la même humeur ; et moi, après avoir représenté à mesdits sieurs de Bourlemont le danger dans lequel l’on mettait cette bonne fille, et eux passant par dessus toutes lesdites difficultés, estimant que c’est votre intention, ils l’ont mise non au Port-Réal, mais en un monastère de Jacobines (14). Voilà, Monseigneur, ce qui s’est passé en cet affaire et
13). La comtesse de Maure.
14). Bien qu’elle parle plus d’une fois, dans ses lettres, de la prétendue possession et de la guérison de Mademoiselle d’Atri, la Mère Angélique-Arnauld passe sous silence l’intervention de saint Vincent. Elle écrivait à M. Macquet le 29 juin 1637 (Lettres de la Révérende Mère Marie-Angélique Arnauld, abbesse et réformatrice de Port-Royal, Utrecht, 1742, 3 vol. in-12, t. I, p. 106) : "N’oubliez pas la demoiselle dont je vous ai parlé, qui est toujours au misérable état qu’elle était." Même recommandation à sainte Chantal le 9 novembre : "Je vous supplie très humblement de prier Dieu pour la délivrance d’une pauvre fille possédée." (Communication de M. Gazier.) "C’est la plus pitoyable histoire du monde", écrivait-elle encore à la sainte le 22 décembre, et elle lui demandait quelques reliques de saint François de Sales pour chasser le démon. (Lettres, t. I, p. 132.)
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ce que Messieurs de Bourlemont ont trouvé à propos que j’écrivisse à Votre Grandeur ; ce sera à elle, Monseigneur, à juger à présent ce qui sera le meilleur pour la conduite de cette bonne fille. J’ai de la peine de vous entretenir de cette sorte de discours ; mais j’ai cru, Monseigneur, y être obligé selon ma conscience, et que vous, Monseigneur, ne l’aurez pas désagréable, puisqu’il y a du danger du salut de Mademoiselle votre fille. Que s’il plaisait à Dieu me faire digne de rendre à Votre Grandeur quelque service plus agréable, sa divine bonté sait que j’en ai un très grand désir et qu’il n’y a personne au monde sur qui N.-S. ait donné à Votre Grandeur plus de pouvoir que sur moi, qui suis en l’amour de N.-S…
La guérison ne se fit pas attendre, puisque la Mère Angélique pouvait ajouter le 17 février 1638 : "La demoiselle que je vous avais tant recommandée… fut délivrée deux heures après avoir mis à son cou l’image de bois de la sainte Vierge que la bonne Mère nous a donnée." Les dispositions de Mademoiselle d’Atri changèrent si bien qu’elle se sentit portée vers la vie religieuse et aurait suivi ses goûts sans l’opposition de sa famille. (Lettres, t. I, p. 136.) Un mois après, la Mère Angélique recommandait à M. Macquet la plus grande discrétion sur cette merveilleuse conversion. "Je vous supplie, au nom de Dieu, qu’on ne parle point de ce miracle de la sainte Vierge que vous savez. Voila l’humeur des filles, et c’est la mode, de ne vouloir honorer Dieu, sa sainte Mère et les saints que par miracles et discours… J’ai tort de vous l’avoir dit, et je vois bien que ce n’a pas été par l’esprit de Dieu, puisqu’au lieu de produire dans ses filles une nouvelle, secrète et intérieure confiance en la sainte Vierge, elle n’a fait que du bruit. Je m’assure que pas une ne l’a priée ensuite de la délivrer de ses imperfections. Il vaut bien mieux qu’elles ne parlent jamais que de parler même des miracles de cette façon ; la sainte Vierge aime mieux leur silence." (Lettres, t. I, p. 138.) Comment concilier le récit de la Mère Angélique avec celui de saint Vincent ? Il semble qu’il y eut deux guérisons, dont l’une ne dura pas ; mais il serait difficile de dire quelle fut la première. Le désir exprimé par la Mère Angélique dans sa lettre de mars 1638, qu’il ne soit plus parlé du miracle, n’aurait-il pas été provoqué par une rechute ? Quoi qu’il en soit, la guérison était définitive avant le 19 juin. Plus tard, dans une lettre du 22 octobre, la Mère Angélique rappelle à Mademoiselle d’Atri la grâce dont elle a été l’objet.
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322. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION,
A FRéNEVILLE
De Paris, ce 28 avril 1638.
… Or sus, Monsieur, en voilà beaucoup pour le temporel. Plaise à la bonté de Dieu que, selon votre souhait, il ne vous éloigne pas du spirituel, qu’il nous donne part à l’éternelle pensée qu’il a de lui-même, tandis que perpétuellement il s’applique au gouvernement de ce monde et à pourvoir au besoin de toutes ses créatures jusques à un petit moucheron ! O Monsieur, qu’il faut travailler à l’acquisition de la participation de cet esprit !
Je suis, dans ce même esprit, Monsieur…
323. — A JEAN BéCU
[20 ou 21 mai 1638] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Puisque vous avez tant de difficulté à la campagne, je vous supplie, Monsieur, d’aller faire la mission à Montmirail. Il faudra que vous fassiez la prédication du matin M. Abeline (2), qui est à M. de Bayonne, fera le
Lettre 322. — Dossier de Turin, copie prise par Antoine Portail.
Lettre 323. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Sur le côté réservé à l’adresse sont écrits les mots : "Le mardi ou mercredi devant la Pentecôte 1638, mai."
2). Plus connu sous le nom d’Abelly. Louis Abelly naquit à Paris en 1604. Dès les premières années de son sacerdoce, il prit part aux travaux apostoliques de saint Vincent, qui reconnut son mérite et en dit tant de bien à François Fouquet, évêque nommé de Bayonne, que celui-ci le prit pour vicaire général Son séjour à Bayonne ne fut pas long. Il accepta une modeste cure de village aux environs de Paris et fut peu après (1644) chargé d’une paroisse de la capi-
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grand catéchisme, et M. Le Breton, qui est encore à lui, fera le petit peut-être. Il n’a jamais été à la mission ; il est savant, fort pieux et a très bon esprit néanmoins ; c’est ce qui fait juger qu’il fera bien. J’en conférerai avec lui. S’il ne le fait, ce sera M. Boucher ou M. Cuissot ; vous en aviserez avec M. Lucas. Ils pourront partir demain pour être samedi à Montmirail. Il sera à propos que vous alliez donner ordre au logement. J’en écris un mot à M. Octobre, le concierge (3). Vous pourrez vous faire aider, si besoin est parfois, par M. Lucas pour la prédication du matin. Si Monsieur de Soissons (4) envoie quelqu’un pour l’octave du Saint-Sacrement, vous vous reposerez. Il faudra veiller aux accommodements qui seront à faire et assembler les dames de la Charité. Je vous enverrai un frère pour servir à Montmirail, Gallemant (5) ou un autre ; mais il faudra que vous preniez un peu de soin pour le vivre.
Je salue très humblement la Compagnie. M. Abeline
tale, la paroisse Saint-Josse, où il forma une communauté ecclésiastique. Il devint dans la suite directeur des sœurs de la Croix (1610), aumônier de l’hôpital général (1657), et évêque de Rodez (1662). Il se démit de son évêché en 1666 pour raisons de santé et se retira a Saint-Lazare, où il passa, dans le recueillement et l’étude, les vingt-cinq dernières années de sa vie. Nous avons de lui près de trente ouvrages de piété, d’histoire et de théologie. Les plus connus sont le Sacerdos christianus (Paris, 1656, in-8), la Medulla theologica (Paris, 1652-1653, 2 vol. in-12), qui lui a valu de l’auteur du Lutrin l’épithète de moelleux, et surtout la Vie du Vénérable Vincent de Paul. Il n’est pas seulement le parrain de ce dernier écrit comme on l’a prétendu ; il en est réellement l’auteur. Sa tâche lui fut singulièrement facilitée par le frère Ducournau, qui recueillit et classa les documents. Il fit don à la maison de Saint-Lazare d’une propriété qu’il avait à Pantin et qui devint, depuis, la maison de campagne des étudiants. Louis Abelly mourut le 4 octobre 1691 et fut inhumé, comme il l’avait désiré, dans l’église de Saint-Lazare, sous la chapelle des Saints-Anges. (Cf. Collet, op. cit., t. I, p. 5 et suiv.)
3). Du château de Montmirail.
4). Simon Le Gras (1624-1656).
5). Jean Gallemant, frère coadjuteur, né en 1608 à Conteville (Seine-Inférieure), reçu dans la congrégation de la Mission le 3 avril 1638.
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est un fort bon esprit, fort sage et judicieux, et M. Le Breton fort fervent. Je conjure la Compagnie, par les entrailles de Jésus-Christ, de leur donner bon exemple et leur témoigner beaucoup de charité et de déférence. L’un d’eux s’en va être grand vicaire de Bayonne. Au nom de Dieu, Monsieur, qu’ils sortent édifiés de la Compagnie. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Je vous prie d’être soigneux de rendre les ports des lettres à M. Octobre et de vous rendre samedi de bonne heure à Montmirail pour faire accommoder le logement et y recevoir M. Abeline et M. Le Breton.
Suscription : A Monsieur Monsieur Bécu, prêtre de la Mission, étant de présent à Marchais (6).
324. — A LOUISE DE MARILLAC
[Vers mai 1638] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
La proposition que vous me faites de Madame de Herse me semble d’abord embarrassante ; toutefois il faudra voir.
Je m’en vas à la ville et espère vous voir demain à La Chapelle ; mais si le carrosse vous va prendre, ne laissez pas d’aller, s’il vous plaît, et donnez l’ordre qui vous semblera le meilleur chez vous.
6). Petite localité de l’Aisne.
Lettre 324. — L. a. — Dossier * des Filles de la Charité, original.
1). Cette lettre semble devoir être rapprochée de la lettre 325..
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Je loue Dieu de ce que vous me dites de Madame Turgis et le prie qu’il lui augmente sa grâce. Je n’entends pas ce que vous me dites d’Isabelle 2 et de Barbe (3) ; vous me l’expliquerez ; il y a un mot que je n’ai su lire touchant cela. Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s. V. D.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
325. — A LOUISE DE MARILLAC
[24 mai 1638] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous verrez devant Dieu, comme j’espère, que vous avez bien fait de renvoyer cette bonne fille, et ferez bien de vous contenter au prorata de 200 livres pour sa pension et de laisser aller Isabelle (2) à Argenteuil.
Ma petite fiévrotte ne me permettra pas de parler à vos filles cette semaine.
Voici un billet d’un don du Saint-Esprit, qu’on vous envoie de Sainte-Marie.
Au nom de Dieu, Mademoiselle, ayez soin de votre santé. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre serviteur.
Ce lundi (3).
V. DEPAUL.
2). Elisabeth Marin.
3). Barbe Angiboust.
Lettre 325. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Le retour de Barbe Angiboust à Saint-Germain-en-Laye ne put avoir lieu qu’en 1638. Pour le jour et le mois voir note 3.
2). Elisabeth Martin. Elle était d’Argenteuil (Seine-et-Oise).
3). Ce qui précède laisse supposer que ce lundi était le lundi de la Pentecôte.
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Vous pourrez envoyer Barbe à Saint-Germain (4) quand il vous plaira. Mademoiselle de Chaumont juge qu’elle est nécessaire de delà, et Madame Goussault ne trouve pas qu’il soit besoin de l’envoyer à Richelieu ; mais elle souhaiterait bien, sans pourtant le demander, qu’on en pût envoyer trois à l’hôpital d’Angers (5). Je lui ai mandé qu’on en parlera à son retour. Les officières des dames de l’Hôtel-Dieu viendront demain céans. Voyez si vous avez quelque avis à me donner.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
326. — A JEAN BECU
Ce 2 de juin [1638] (1) à Paris.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Béni soit Dieu de tout ce que vous me mandez ! Je m’informerai d’une maîtresse d’école, si vous me mandez à quoi pourra monter ce qu’elle gagnera et qu’il ne s’en trouve de delà. Il est bien dangereux que les filles et les garçons aillent à l’école ensemble.
La direction, de la Charité appartient à M. le prieur (2) S’il y a du fonds, il n’y aura point danger qu’on en fasse accommoder la chapelle.
4). Saint Vincent avait récemment rappelé Barbe Angiboust de Saint. Germain-en-Laye pour l’envoyer à Richelieu, Où elle n’alla que plus tard. (Voir l. 320.)
5). L’hôpital Saint-Jean Baptiste d’Angers. Les Filles de la Charité s’y rendirent à la fin de l’année.
Lettre 326. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Voir lettres 323 et 329.
2). Jean-François Delabarre, né à Château-Thierry, nommé prieur de Montmirail en 1636. Il résigna sa cure en 1646 et mourut en 1647.
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Je soupçonne un peu l’attache de cette pauvre femme à se piqueter la tête ; il faut tâcher à lui faire changer. Si elle ne le veut pas, in nomine Domini. Ce que vous lui proposez me semble raisonnable.
J’ai écrit à Monseigneur de Soissons (3) touchant les deux Messieurs AbeIine et Breton.
Il sera bon de faire appliquer quelque restitution ou quelque aumône pour la délivrance de ce prisonnier.
Je vous prie de dire à M. Cuissot que son bon frère m’est venu voir plusieurs fois, qu’il demeure et travaille chez un orfèvre, que j’ai oublié son nom et ne sais comme quoi lui faire donner sa lettre qu’il se propose de lui écrire, et qu’il me paraît bon enfant.
Nous avons eu soixante ordinands ou environ, qui ont bien fait, Dieu merci. Monseigneur l’archevêque (4) les est venu voir et s’en est retourné bien satisfait, Dieu merci, et c’est avec sujet, par la miséricorde de Dieu.
M. Mouton n’a plus de fièvre. Chacun se porte bien, Dieu merci. Il n’y a que le bon M. Fouquet le père (5), qui est plus mal et en danger. Je vous supplie de prier et de faire prier Dieu pour lui, comme pour l’un des plus hommes de bien que je connaisse, qui suis à M. Abeline et à M. Le Breton et à toute la compagnie votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL
Suscription : A Monsieur Monsieur Bécu, prêtre de la Mission, à Montmirail.
3) Simon Le Gras.
4). Jean-François de Gondi.
5). François Fouquet, vicomte de Vaux, né en Bretagne en 1587, mort Paris le 12 avril 1640. Il était armateur quand Richelieu l’appela au conseil de la marine et du commerce. Il devint conseiller au parlement, maître des requêtes, ambassadeur en Suisse. De Marie de Maupeou, son épouse, il eut douze enfants : cinq filles entrèrent à la Visitation ; Nicolas, le plus célèbre, obtint la charge de surinten-
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327 — A LOUISE DE MARILLAC
[1638 ou 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je tâcherai d’aller servir (2) cette bonne fille samedi à l’accoutumée.
Je suis étonné de la mort de tant de ces petites créatures et pense qu’il y peut avoir quelque chose de ce que vous dites. Je vous prie me mander ce que vous en a dit Madame la présidente de Herse. Il faudra aviser sérieusement et tout de bon à ce qu’il faut faire en cela.
J’ai écrit déjà à Madame Goussault, si me semble, que je louais Dieu de la pensée qu’il lui avait donnée de vous convier d’aller à Grigny. Je vous dis le même à vous. Vous y trouverez M. Pavillon et deux prêtres de céans, dont l’un ne fait que sortir du séminaire et l’autre y est encore. Il y a encore un neveu de M. le curé de Saint-Gervais (3) qui demeure à Saint-Nicolas (4). Et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
V. D. P.
Ce jeudi, à 4 heures.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras
dant des finances ; François occupa les sièges épiscopaux de Bayonne d’Agde et de Narbonne ; Louis remplaça son frère comme évêque
Lettre 327. — L, a, — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Cette lettre a été écrite après les commencements de l’œuvre des Enfants trouvés (janvier 1638) et avant la dernière maladie < le Madame Goussault (juillet 1639).
2). Entendre en confession.
3). Paroisse de Paris, Le curé de Saint-Gervais était alors Charles-François Talon, docteur de Sorbonne, ancien avocat général au parlement de Paris.
4, Au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
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328. — A NICOLAS MARCEILLE (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie très humblement du soin que vous avez eu de nous envoyer si à point tout ce que je vous ai demandé par ma dernière, et vous prie, au nom de Notre-Seigneur, d’avoir soin de votre santé. M. de la Salle me mande que vous paraissez un peu indisposé. Je vous supplie, Monsieur, de vous reposer et de vous faire purger et saigner.
Je suis en peine si vous n’avez pas fait parler M. le prieur (2) dans le bail fait au fermier du Bourget (3).
Il ne faut point faire couper le foin tandis que ce temps pluvieux durera, quoi que les ouvriers vous disent.
Il serait bon d’écrire de ma part à Bertrand Denise, de Villepreux, et le prier de vous envoyer ce bonhomme qui est venu de sa part à Saint-Lazare pour fener et bêcher les foins, et que vous l’envoyiez ici et lui donniez à cet effet de l’argent. Jourdain (4) sait où logent ceux de Villepreux et pourra envoyer la lettre par main sûre. Le maître du pré qui est vis-à-vis de l’église de La Chapelle s’entend bien à le ménager. Quand vous saurez qu’il fait couper le sien, vous pourrez faire couper les nôtres, et non plus tôt. Bertrand Denise est fermier du
Lettre 328. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Nicolas Marceille, prêtre de la Mission, né * à Pont-Sainte-Maxence, reçu dans la congrégation de la Mission en 1635. Il était procureur de la maison de Saint-Lazare.
2). Adrien Le Bon.
3). Localité située près de Saint-Denis, sur les confins de la Seine et de la Seine-et-Oise. Il y avait là des terres qui dépendaient du prieuré de Saint-Lazare depuis le XIIe siècle. (Arch. Nat. S 6651.)
4). Jean Jourdain, frère coadjuteur.
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R. P. de Gondy en sa ferme de Villepreux. Il sera bon que vous fassiez marché ii la journée avec le bonhomme qu’il vous enverra et que vous le nous envoyiez ici.
Ma petite indisposition continue toujours. Il me semble néanmoins que j’entrevois quelque petit amendement. Je me propose, Dieu aidant, de me faire purger, si quelque chose ne requiert absolument mon retour.
Or sus, je finis en me recommandant à vos prières et en esprit à votre bon et saint homme de père, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur.
V. DEPAUL.
Fréneville, ce jour de l’octave du Saint-Sacrement (5).
Si vous avez besoin du petit Pasquier, vous le pourrez retenir ; l’on s’en passera ici. Pierre fait ce que celui-ci faisait. Je vous prie de faire saigner et purger M. Boudet, si déjà il ne l’a été depuis son retour. Je le salue humblement. Je vous prie de faire tenir les lettres de notre frère Louistre (6) là où elles s’adressent pour Mantes samedi au matin. Le messager part ce jour-là de Paris.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Marceille, prêtre de la Mission, à Saint-Lazare.
5). Une main étrangère a écrit près de ces mots : 17 juin 1638. Celui qui a écrit cette date n’a pas songé qu’en 1638 l’octave du Saint-Sacrement tombait le 10 juin et non le 17 En juin 1638, saint Vincent était à Fréneville et malade ; c’est ce qui nous fait conclure que l’année et le mois sont exacts.
6). Jean Louistre, frère coadjuteur, né à Mantes en 1613, entré dans la congrégation de la Mission le 14 mars 1637, reçu aux vœux le 15 mars 1642.
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329 — A JEAN BéCU
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier au soir à Fréneville celle que vous m’avez écrite du 5 de ce mois. Je suis bien en peine de votre petite indisposition et prie Notre-Seigneur qu’il vous rende votre pleine santé.
Vous ferez bien de donner vingt sols aux bedeaux et demi-écu au jardinier.
Vous ne pouvez faire que ce que vous avez fait, qui est de renvoyer les deux adultères couverts, si ce n’est si l’un ou l’autre revient, auquel cas il sera bon de faire ce qui se pourra pour les porter à la séparation. La femme aura peut-être plus de disposition à cela.
L’affaire de la maîtresse d’école est un ouvrage à faire par le R P de Gondy (1), étant sur le lieu, comme le remboursement des deniers de la Charité.
Je ne doute point que la mission n’aille lentement, dans l’embarras que les esprits ont à présent à cause du temps qui court La division avec M le prieur (2) y peut bien aussi contribuer Il ne faut point prendre parti là dedans ; il n’y a que les personnes neutres qui puissent réunir les esprits.
L’exposition du Saint-Sacrement n’est pas en usage partout dans les octaves Il faut faire à Rome comme à Rome et agréer les coutumes des lieux, si elles ne sont vicieuses
Le notaire qui a écrit comme les parties lui ont dit, a fait son devoir de les avertir avant que d’écrire, et,
Lettre 329, — L, a, — Dossier de Turin, original,
1), Seigneur du lieu,
2), Jean-François Delabarre,
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quoiqu’il sut le contraire, il a dû néanmoins croire les contractants. Il est là comme un juge qui doit ajouter plus de foi à ce que les parties lui prouvent, qu’au contraire qu’il a vu. Et voilà pour le premier cas.
Et pour le second, je doute que celui qui a acheté le pré, au cas du rachat dans trois ans, soit en bonne foi, à cause qu’il n’est pas vendu son juste prix. Il y a lésion d’environ soixante livres. Cet homme-là fera bien de libérer le vendeur de la rigueur de la clause qu’il ne pourra être reçu au rachat trois ans faits (?), ou bien qu’il lui donne soixante livres outre les cent pour la vente pure et simple. Par ce moyen, il achètera le pré au denier vingt, qui est le juste prix du bien en roture. Et puis cette nature de contrats qui portent la rigueur de la clause ci-dessus, est contre les bonnes mœurs, quand l’on ne donne le juste prix.
Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire de Fréneville, où je suis avec ma petite Gévrotte de l’ordre d’Alexandre a. Quantité de monde demande ici de vos nouvelles. Frère Hubert (4) y fait incomparablement bien Mademoiselle de la Grange est fort dangereusement malade ; elle crache son poumon. Ce sera une grande perte pour cette paroisse Je la recommande à vos prières et salue très humblement le bon M. Abeline, M. Le Breton et le reste de la compagnie et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Fréneville, l’octave du Saint-Sacrement 1638, (5)
Suscription : A Monsieur Monsieur Octobre, con-
3), Petit nom du frère Véronne, infirmier de Saint-Lazare,
4), Hubert Bécu, frère du destinataire de cette lettre, né à Braches (Somme) vers 1607, entré dans la congrégation de la Mission en juillet 1629 en qualité de frère coadjuteur, reçu aux vœux le 24 février 1645.
5). 10 juin,
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cierge du château de Montmirail, pour rendre, s’il lui plaît, à Monsieur Bécu, prêtre de la Mission, à Montmirail.
330. — A JEAN DEHORGNY
Juin 1638] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous envoie ce porteur exprès pour vous dire que ce bon homme d’Osny, à une petite lieue par delà de Pontoise, n’est point venu. Je ne sais si c’est sa faute ou celle du portier. Je vous prie d’envoyer dès demain matin quelqu’un au fermier de Courcelles (2) lui dire que je le prie de m’envoyer quelqu’un de ses gendres, qui parte le même jour sur le tard pour aller coucher à Saint-Lazare, et le lendemain de bon matin pour être ici le soir mardi, pource que la saison de semer l’avoine du fermier presse. Il ne lui reste plus que quinze arpents à faire.
Et de plus je vous prie d’envoyer quérir le fils aîné du fermier qui est marié à La Chapelle, et de vous informer de lui comment M. Bienvenu, notre fermier de Gonesse (3), lui fait herser deux fois en même temps la pièce de blé dans laquelle M. le prieur (4) a fait semer son sainfoin, derrière la grange. Il me semble que la première fois fut la herse renversée d’un bout, et l’autre au
Lettre 330. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Une main étrangère a écrit sur le côté réservé à l’adresse : Fréneville, 1638. La place de la lettre semble être entre les lettres
2). Courcelles n’avait pas grande étendue. Son territoire est englobé de nos jours dans la commune de Levallois-Perret. (Cf. Lebeuf, op. cit., t. I, p. 429.)
3). Aujourd’hui chef-lieu de canton en Seine-et-Oise.
4). Adrien Le Bon.
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travers de la pièce, la herse non renversée, ains à l’ordinaire. Je vous supplie, Monsieur, de savoir bien cela de ce jeune homme, ou, s’il ne s’en ressouvient pas, dudit sieur Bienvenu et de me l’écrire.
Je n’ai point passé outre pour Limouron (5) à cause que j’ai été un peu incommodé de la première journée, et Jean Besson (6) aussi, joint que j’y ai trouvé assez d’occupation. Nous avons fait marché pour les réparations à faire et pour la muraille du jardin à environ cent écus ; et ce matin l’on doit arrêter le marché des brebis du fermier, qui a désiré que nous les ayons présentes.
Si je le puis, je partirai tantôt pour Limouron. Ce pays est tout à fait à Dieu. O Monsieur, quel effet admirable de sa bonté sur ce peuple !
Je doute que je puisse être de retour à Paris avant jeudi ou vendredi. Vous renverrez, s’il vous plaît, le porteur avec celui qui viendra semer, lequel vous assurerez que nous reconnaîtrons (7). Je vous salue cependant ensemble, Monsieur le prieur et toute la maison et suis v. s.
V. DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, prêtre de la Mission, à Saint-Lazare.
331. — A JEAN DE LA SALLE
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
5). * Limoron, quartier de la commune de Villamblain (Loiret), * le prieuré. de Limoron avait Adrien Le Bon pour titulaire.
6). Jean Besson, frère coadjuteur, né à Carisey (Yonne) le 30 novembre 1611, entré dans la congrégation de la Mission le 8 décembre 1635, reçu aux vœux le 21 octobre 1646.
7). Nous reconnaîtrons, nous récompenserons.
Lettre 331. — L. a. — Dossier de Turin, original.
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Je revins hier de Limouron fort tard et n’ai pu encore lire que votre lettre et celle de M. Marceille. Je vous envoie ce bon enfant de Mespuits (1), que j’ai trouvé céans, faute que M. Portail ne le vous a envoyé. Vous lui ferez faire sa retraite d’abord, s’il vous plaît. Je retiens le petit Jean jusques à demain.
Par la grâce de Dieu, je me porte bien de mon voyage. C’est un grand cas que, pendant que j’ai été ici sans rien faire, je me suis trouvé quasi comme à Paris, et que le grand tracas m’a quasi ôté mon incommodité tout à fait. Si je continue en l’état que je suis, je m’en retournerai vers la fin de la semaine, Dieu aidant.
Que vous dirai-je cependant de M. le prieur (2) ? S’il y a quelque sujet de l’aller voir, vous le ferez, ou M. de Marceille ; cependant je ne sais s’il a parlé au dernier bail du Bourget. Je suis été étonné de ce qu’on m’a mandé que j’avais dit qu’on le passât en mon absence, pource que je pense ne m’être pas bien fait entendre. Il me semble que j’avais dit qu’on remît le fermier à mon retour ; car je voyais bien qu’il y avait quelque chose à faire trouver bon à M. le prieur. C’est sans doute que M. de Marceille l’entendit autrement. Je sais pourtant que j’ai parlé de l’offre dudit premier à mondit sieur le prieur le jour avant mon départ et qu’il me dit qu’il valait mieux accepter son offre que celui qu’un autre faisait.
Je vous supplie, Monsieur, que l’un de nos portiers ne sorte jamais de la porte pour quelque raison que ce soit, et qu’il y en ait toujours deux.
Vous ne me dites point qui c’est qui fait les prisons et qui en a les clefs.
Que vous dirai-je touchant ces personnes qui demandent à être de la compagnie ? Rien, sinon que je m’en
1). Petite commune de Seine-et-Oise.
2). Adrien Le son.
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rapporte a vous à l’égard de tous et que ce jeune homme de Caen qui appréhende les tendresses de son père doit être un plus long temps considéré, surtout si son père est incommodé et lui n’a quelque chose de bien recommandable.
J’écris ceci au sortir du lit. La présente servira pour M. de Marceille aussi, lequel je prie de donner huit cents livres à Alexandre pour les étoffes et de tâcher d’allonger avec le reste qu’il a. Nous verrons, à mon retour, ce qui se pourra faire pour avoir de quoi subsister. Je le prie bien fort d’avoir soin de sa santé, et Alexandre de la sienne, et d’envoyer Henri à Saint-Denis pour faire l’emploi des étoffes. S’il est incommodé, M. de Marceille pourra dire à M. de Vincy que je penserai à la demande qu’il fait d’un garçon. Mais, pour notre frère Besson, il n’y faut pas penser. Je le salue très humblement. Vous assurerez aussi M. le prieur, si vous l’allez voir, de mon obéissance et saluerez M. Cosin.
Bon jour, Monsieur, je suis votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Un boucher d’auprès de Limouron, frère de la Mère supérieure des Filles de la Charité de la place Royale (3) mènera son troupeau de moutons coucher à Saint-Lazare. Je vous prie de faire en sorte avec le fermier qu’il lui baille les étables, et de loger le Monsieur et ses valets dans notre maison et de les traiter cordialement, allant et venant à la foire Saint-Denis. Je vous renverrai demain petit Jean M. de Marceille fera marché avec le
3). Un hôpital pour femmes malades fonctionnait depuis 1629 près de la place Royale, là où s’élevait récemment l’hôpital Andral, à l’angle des rues des Tournelles et des Minimes ; il était confié aux Hospitalières de la Charité Notre-Dame. (Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris" par Lebeuf, rectifications et additions de Bournon. p.359)
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feneur de Villepreux et ne l’enverra ici que quand nous lui manderons.
Ce 14 juin 1638.
Suscription : A Monsieur Monsieur de la Salle, prêtre de la Mission, à Saint-Lazare-lès-Paris, à Paris.
332. — A DENIS DE CORDES
[1638] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je m’en vas à Rueil. Notre affaire presse. Je vous supplie très humblement de faire nos excuses à M. Guillotin, d’étampes, qui vous doit aller trouver cette après-dînée pour la ferme de Fréneville, et d’arrêter, voire de passer le contrat, si vous le trouvez bon. M. de Marceille vous apportera l’argent et stipulera, si besoin est. Le prix est douze cents livres, sur lesquelles il faut retenir le fonds de 50 livres de rente au denier douze d’un côté et de 10 livres d’un autre. Il serait bon de retirer les lettres qu’il a et de faire spécifier le nombre d’arpents de terre, qu’on dit être de cent cinquante, dont il y en a une grande quantité en friche.
Pardon, Monsieur, de tant d’importunité. Je suis votre très humble serviteur.
Ce lundi matin.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Monsieur de Marceille pour bailler à Monsieur Monsieur de Cordes, conseiller du Châtelet.
Lettre 332. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Une main étrangère a ajouté 1638 après les mots ce mardi matin.
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333. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
L’on me vient de dire qu’il y a de la contagion dans la maison où logent les filles de l’Hôtel-Dieu. Je vous supplie me mander s’il les en faut ôter, ou si, les y laissant, il faut faire avertir les dames de n’y pas aller et si nous-mêmes y devons aller, j’entends les filles de céans, s’il n’y a point de danger de prendre des confitures pour porter à l’Hôtel-Dieu. Vous m’avez oubliée pour le besoin que je vous témoignai avoir de vous parler. Je ne sais pas ce que notre bon Dieu veut faire entendre, mais j’espère que votre charité m’en avertira, puisque je suis, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.
L. DE M.
Je ne vous parle point pour l’action que j’ai fait faire si mal à propos aux filles ; j’attends ce qu’il plaira à votre charité de m’ordonner.
Ce 2 juillet. [Probablement en 1638] (1)
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
334. — A JEAN DE FONTENEIL
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous rends mille actions de grâces de la charité que vous avez faite au pauvre Beyrie (1) et prie Dieu qu’il soit sa patience et votre récompense.
Lettre 333. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Année pendant laquelle la peste sévit avec une violence exceptionnelle à Paris. Saint Vincent ne jugea pas à propos d’interrompre alors le service de la collation.
Lettre 334. — L, a. — Dossier de Turin, original.
1). Ce nom se rencontre très souvent dans les anciens registres de catholicité du village natal de saint Vincent de Paul. Ce Beyrie ne serait-il pas le fils d’une des sœurs du saint ?
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J’ai envoyé votre paquet à Châlons et n’en ai point reçu réponse à vous faire tenir. S’il vous plaît de récrire, je donnerai charge expresse à la maîtresse du coche, qui est de ma connaissance, de la retirer.
Je suis, de plus, infiniment consolé de la bénédiction qu’il plaît à Dieu de donner à votre sainte communauté et le prie qu’il la bénisse de plus en plus. Il me semble que vous ne devez point avoir de la peine d’avoir mis tant de temps à honorer la vie cachée de Notre-Seigneur, ni ne devez faire difficulté de commencer à faire paraître la pointe de cette aurore sur l’horizon des rencontres, dans l’esprit d’humilité dont il me semble que Notre-Seigneur vous a fait part.
Vous êtes notre recours à Bordeaux dans toutes les occasions qui se présentent. Je vous supplie, Monsieur, de me pardonner si j’en use trop librement.
Nous rappelons ici M. Grenu. Peut-être qu’il passera chez vous et qu’il se pourra rencontrer avec Messieurs de Sergis et Brunet ou encore avec M. Boudet, qui s’en va de Bretagne à Toulouse. Si les uns et les autres ont besoin de l’argent à change, je vous supplie, Monsieur, de leur en faire bailler, et j’acquitterai la lettre à point nommé.
Je salue Messieurs de votre compagnie avec toute l’humilité et la révérence qui m’est possible, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 20 juillet 1638.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Fonteneil, chanoine du chapitre de Saint-Seurin, à Bordeaux.
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335. — A LOUISE DE MARILLAC
[1638 ou 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Prendriez-vous bien un enfant trouvé qui fut apporté hier céans par des gens de qualité, qui le trouvèrent dans un champ qui dépend de céans ? Il n’a que deux ou trois jours et fut baptisé hier au soir à Saint-Laurent. étant de la qualité des enfants trouvés, il n’y a rien à redire, sinon que vous ne le prenez point à la Couche ni à l’Hôtel-Dieu. Si l’on juge qu’il soit expédient de faire cette cérémonie, l’on le fera. Je vous supplie cependant de le recevoir, Mademoiselle, et de le recommander à la nourrice.
Bon jour, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre serviteur très humble.
V.D.
Ce mardi matin.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
336. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[1638] (1)
Monsieur,
Voilà une lettre. Je crois qu’il est nécessaire de pourvoir promptement à cette pauvre fille, qui a tellement gagné le
Lettre 335. — Dossier de la Mission, original.
1). Cette lettre est postérieure à la fondation de l’œuvre des Enfants trouvés (1638). Après 1639, saint Vincent aurait écrit "Ce mardi matin" au début de la lettre, non à la fin.
Lettre 336. — L. a : Revue des Documents historiques, juin 1873, p. 45, fac-similé.
1). Cette lettre a été écrite après la lettre 289 et avant le départ de Barbe Angiboust pour Richelieu.
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cœur des habitants que le bruit court que, si on l’ôte, que l’on ne recevra pas d’autre fille. Elle se conseille à tous dès y a longtemps et particulièrement des vieils garçons nommés Messieurs de la Noue, de qui elle retire commodités, et fait bonne chère, reçoit bouteille de vin et pâtés. Je vous supplie très humblement et pour l’amour de Dieu de songer aux inconvénients de cette mauvaise affaire, dont je pense être cause. Je vous supplie de prier notre bon Dieu qu’il me pardonne. Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.
Ce mardi.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
337. — A LOUISE DE MARILLAC
[1638] (1)
Ne vous étonnez pas de voir la rébellion de cette pauvre créature. Nous en verrons bien d’autres, si nous vivons ; et si nous n’en souffrirons pas tant des nôtres qu’a fait Notre-Seigneur des siens. Soumettons-nous bien à son bon plaisir au fait qui se présente. Il faut tâcher de la faire venir, soit en lui écrivant moi-même, ou lui envoyant la dame fondatrice, ou y envoyant un prêtre de céans, car enfin il faut la retirer. Vous verrez la lettre qu’elle m’écrit. O bon Dieu, que cette pauvre créature m’a trompé !
Je vous prie de me mander votre pensée sur cela, ou si Barbe (2) serait plus propre pour la gagner, ou bien si votre santé vous permettrait d’y amener la petite Jeanne (3) et l’établir à la place.
Lettre 337. — L. a. — Revue des Documents historiques, juin 1873, p. 45, fac-similé.
1). Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle saint Vincent l’a écrite.
2). Barbe Angiboust.
3). Jeanne Lepeintre, que Madame Goussault, sa maîtresse, avait envoyée chez les Filles de la Charité. C’était, dit ailleurs saint Vincent, "une fort bonne fille, judicieuse et douce". Elle devint maîtresse d’école à Saint-Germain-en-Laye (1642), supérieure des
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Si c’est à Nogent qu’elle veuille s’établir, Madame de Brou (4), cousine de M. de Vincy, y a tout pouvoir.
VINCENT DEPAUL.
338 — A LOUISE DE MARILLAC
[1638 ou 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je fais récrire M. de la Salle à M. le curé de Saint-Germain pour qu’il renvoie cette fille. Madame de Chaumont m’en vient d’écrire, à l’instance de Mademoiselle Chemerault (2) qui lui en donna avis hier au soir. Il faudra faire ce que nous pourrons pour cela ; mais il faudra enfin céder à la force, si les puissances s’en mêlent.
Madame Goussault est satisfaite de la sœur de Barbe (3). Je pense que vous ferez bien de la retenir. Son frère s’en va retourner. Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.
V. D.
Je mande à Madame Goussault qu’elle vous envoie la
sœurs de Nantes (1647), puis de celles de Châteaudun (1655) et de la Salpêtrière (1657). "Dès le vivant de Mademoiselle Le Gras, lisons-nous dans un manuscrit (Recueil de Pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 24), elle parut hypocondriaque, et on ne pouvait point lui faire faire ce qui ne lui agréait point, ni lui donner d’autres sentiments que ceux qui occupaient sa pensée." Ce défaut lui valut plus d’une réprimande de saint Vincent. Ses dernières almées se passèrent tristement au Nom-de-Jésus, où, vu l’égarement de sa raison, on avait dû l’enfermer. (ibid.)
4). Dame de la Charité.
Lettre 338. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Cette lettre se place entre la fondation de Saint-Germain-en-Laye et la mort de Madame Goussault.
2). Une des filles d’honneur de la reine d’Autriche, très influente sur Richelieu.
3. Cécile-Agnès Angiboust rendit de grands services à la commu-
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lettre de Madame Chaumont, que je viens de lui envoyer à elle.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
339. — A ROBERT DE SERGIS
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu celle que vous m’avez écrite partie de Plassac (1) et partie d’Angoulême, du jour de sainte Marthe (2) par laquelle je vois, si me semble, que les difficultés qu’on vous avait mises dans l’esprit sont tombées, et je l’ai toujours bien cru ainsi. J’ai seulement à vous prier sur ce sujet, Monsieur, que vous travailliez à vous faire quitte de l’estime que vous avez faite jusques à présent de l’éclat et du brillant de la vertu et des vains applaudissements du monde, que Notre-Seigneur a tant fuis et qu’il nous recommande si souvent de fuir, et de travailler à bon escient à l’acquisition des vraies et solides vertus.
J’ai un peu de peine de ce que M. Brunet est parti sans vous, contre le règlement qui oblige de ne pas se séparer. Au nom de Dieu, Monsieur, soyons bien religieux en l’observance de tout ce qui nous est marqué, et Notre-Seigneur nous bénira. Tout est à craindre au contraire. Je suis bien aise de ce que vous êtes content d’avoir
nauté, surtout à l’hôpital d’Angers, où elle fut supérieure de 1647 à 1657. "La sœur Cécile ne se peut estimer", disait saint Vincent, après l’avoir vue à l’œuvre.
Lettre 339 — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Petite localité de la Charente.
2). 29 juillet.
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M. Boudet ; et certes, vous avez raison de l’être ; car c’est une sainte âme. J’espère que vous le regarderez en cette vue. Cela n’empêchera pas pourtant que vous ne continuiez la direction, jusques à ce que vous ayez ordre du contraire. J’ai écrit à M. l’archevêque de Toulouse (3) touchant cela.
Je serais bien aise que vous visitiez les Charités de Saintonge et que vous prissiez avec vous ce bon ecclésiastique de Plassac, jusques à ce que vous ayez joint M. Boudet à Bordeaux, où il a ordre de se rendre au plus tôt.
Je suis bien aise, de plus, de la commodité que vous avez de prendre de l’argent à Agen. Je le ferai rendre ici à lettre vue. Il reste encore cent livres à payer selon le mémoire et vos récépissés, que M. le grand vicaire m’envoya hier et que je lui ferai bailler aujourd’hui. Il a reçu sept cents livres de nous et vous huit cents de delà. Cela est-il ainsi ?
Je pense que vous ferez encore bien de visiter les Charités établies au diocèse de Bordeaux. M. Fonteneil vous donnera les noms des lieux. En passant pourtant à Bourg (4), vous visiterez celle-là ; c’est en vous en retournant à Bordeaux. Bourg est sur la Garonne entre Blaye et Bordeaux ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 14 août 1638.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Sergis, prêtre de la congrégation de la Mission, étant de présent auprès de Monseigneur l’évêque d’Angoulême, à Angoulême.
3). Charles de Montchal.
4). Aujourd’hui chef-lieu de canton de la Gironde
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340. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Vers 1638] (1)
Monsieur,
le vas envoyer votre réponse à Madame Pelletier par ma sœur Turgis. Je suis si méchante que j’eusse bien voulu que ce mot de son retour bientôt n’y eut pas été Monsieur de Liancourt passa hier ici ; je ne le vis pas ; mais il me fit dire que Madame sa femme était fort en peine de mon retour.
Ma petite saignée d’hier m’a facilité une sueur toute la nuit qui m’a bien soulagée, Dieu merci, et en sorte que j’en ai quitté le lit. Et pour n’avoir pas assez de force ni de santé pour vous aller treuver, voyant le mauvais temps et que j’ai besoin de vous parler, j’avais fait dire au frère portier que je vous suppliais prendre la peine de venir céans. le prends cette liberté par la confiance que votre charité m’en a donnée autrefois, puisque je crois être toujours, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.
Ce dimanche
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.