Correspondance (page 15)
365 — A ROBERT DE SERGIS
De Paris, ce 17 décembre 1638.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus avant-hier la vôtre du 7° de ce mois, par laquelle vous me donnez avis : 1° de l’arrivée de M. Durot ; 2° que vous craignez de m’avoir mécontenté ; 3° que je fasse réponse à tout ce que vous me demanderez par vos lettres ; 4° qu’on désire que vous fassiez l’examen à Saint-Michel ; 5° que l’on vous a fait confesser dans le faux bourg ; 6° qu’on doit vous envoyer ceux qui ont des dimissoires ; 7° que vous demandez un peu de la vraie croix que vous avez laissée ici ; 8° vous me dites que vous avez acheté un réveille-matin. Voici la réponse à tout cela., selon l’ordre proposé.
1° Je rends grâces à Dieu de l’arrivée de M. Durot et
7). 13 décembre.
Lettre 365. — Dossier de Turin, copie du XVIIe, ou du XVIIIe siècle.
1). Saint-Michel fait aujourd’hui partie de la ville de Toulouse.
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vous prie d’avoir soin de sa santé et de l’aider de parole et d’exemple à parvenir à la perfection d’un missionnaire, et d’observer tous deux, à cet effet, le petit règlement, sans vous en départir pour quelque raison, ni sous quelque prétexte que ce soit. Un prélat m’a fait l’honneur de me dire qu’il vous a vu avec un collet plus grand que les nôtres et avec un manteau à gros boutons, dans un esprit de suffisance et moins d’humilité que les autres missionnaires. Que si cela est, je vous prie, Monsieur, de vous ajuster en toutes choses au petit règlement, à nos petites observances et à notre manière de nous habiller et d’honorer plus que jamais l’humilité de Notre-Seigneur. Chacun dit que l’esprit de missionnaire est esprit d’humilité et de simplicité. Tenez-vous-en là. L’esprit de douceur, de simplicité et d’humilité est l’esprit de Notre-Seigneur ; celui d’orgueil ne subsistera point longtemps à la Mission.
2° Ne craignez pas de m’avoir mécontenté. Je vous connais bien. Je m’assure que vous ne retournerez jamais deux fois aux manquements dont je vous ai averti et vous avertirai ci-après. Vous n’êtes ni infaillible, ni incorrigible. Vous faudrez moins si vous vous tenez à ce que je vous ai dit, et vous éloignez du brillant et de l’esprit du monde. Nemo potest duobus dominis servire. Je voudrais que vous vissiez l’humilité et la simplicité que Notre-Seigneur répand dans notre séminaire et combien tout ce qui est contraire à cela le choque.
3° Je vous promets ce que vous demandez au 3e point, que je vous ferai réponse désormais à toutes vos demandes, que vous mettrez, s’il vous plaît, par articles.
Voici la réponse au 4e et au se points. Les personnes plus oculées me disent souvent qu’il faut tenir ferme à la pratique de ne prêcher, catéchiser, ni confesser dans les villes, ni dans les faux bourgs où il y a archevêché ou
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présidial ; et puis, vous savez que notre bulle y est expresse (2). Ceux qui pourraient avoir quelque pente au contraire à l’instant qu’ils le désirent resteront plus édifiés avec le temps.
Je ne trouve point de difficulté que vous voyiez ceux que Monseigneur (8) vous adressera pour les dimissoires, lorsque vous serez à Toulouse, et pense que vous avez bien fait d’acheter un réveille-matin.
Un accident qui est arrivé en la compagnie me fait voir qu’il est nécessaire que je voie les comptes de la dépense et de la recette. Je les ai vus et arrêtés à Richelieu, d’où je viens. Je vous prie, Monsieur, de m’envoyer les vôtres ; ou, si vous n’avez point tenu compte de votre dépense ni de votre recette, commencez à le faire pour l’avenir, afin qu’on observe un même ordre partout. Vous pouvez bien penser que je connais votre fidélité et que je me défie plus de la mienne que de la vôtre.
Je m’en vas dire à M. de Marceille qu’il cherche et vous envoie la relique de la vraie croix que vous demandez, si elle se trouve.
Or sus, Monsieur, voilà tout. Il me reste à vous dire que je n’aurais eu garde de vous aller voir à Toulouse, ou de vous prier de vous rendre à Bordeaux, si j’y fusse allé. O Jésus ! Monsieur, il me tarde trop que je n’aie la consolation de vous voir ! car vous savez combien mon cœur chérit le vôtre chèrement aimable. J’ai promis à M. Pavillon de me rendre à Alet incontinent après qu’il y sera (4). Si Notre-Seigneur me fait la grâce de le voir, ce sera alors que j’aurai cette consolation. Mais, si une
2). "In civitatibus autem et urbibus quae archiepiscopatuum, episcopatuum, parlamentorum et bajulatuum titulis insignitae sunt clerici et sacerdotes dictae congregationis nulla publica eorum Instituti munera obeant (Bulle Salvatoris nostri, du 12 janvier 1632.
3). Charles de Montchal (1628-1651).
4). Nicolas Pavillon n’alla dans son diocèse qu’en septembre 16 Saint Vincent ne put tenir sa promesse.
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occasion que j’entrevois ne me porte à faire un voyage en Gascogne 5, j’aurai le bien de vous voir plus tôt. je vous salue, en attendant, avec toute l’affection qui m’est possible et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Sergis, prêtre de la Mission, à Toulouse.
366. — A PIERRE DU CHESNE
[8 janvier 1639] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne puis vous dire combien la consolation que ma donnée votre lettre, a adouci l’amertume de la nouvelle de la maladie du bon Monsieur Dufestel (2), Je rends grâces à Dieu de l’une et de l’autre nouvelles, non certes sans beaucoup gourmander mes chétifs sentiments, qui se révoltent contre l’acquiescement que je désire donner à l’adorable volonté de Dieu. Je lui écris et le prie de
5. Ce voyage n’eut pas lieu.
Lettre 366. — Recueil du procès de béatification.
1). La copie du procès de béatification ne porte pas de date. Nous ne pouvons accepter celle que propose le manuscrit d’Avignon (8 janvier 1649), car en 1649 François Dufestel ne faisait plus partie de la compagnie. Le contenu de cette lettre et surtout ses rapports étroits avec la lettre 368 nous amènent à conclure qu’elle est de 1639. Sur le jour et le mois nous pouvons nous fier au manuscrit d’Avignon.
2). François Dufestel, né à Oisemont (Somme), reçu dans la congrégation de la Mission en 1633, ordonné prêtre en septembre 1636. Il fut supérieur à Troyes (1638-1642, à Annecy (1642), à Cahors 1643-1644) et à Marseille (1644-1645). Il quitta la congrégation en 1646 pour devenir doyen de Saint-Omer de Lillers (Pas-de-Calais).
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faire son possible et de ne rien épargner pour se faire traiter. Je vous supplie, Monsieur, d’y tenir la main et, à cet effet, de faire en sorte que le médecin le voie tous les jours et que ni les remèdes ni la nourriture lui manquent. Oh ! que je souhaite que la compagnie soit saintement profuse pour cela ! Je serais ravi si l’on me mandait de quelque lieu que quelqu’un de la compagnie eût vendu les calices pour cela.
Et que vous dirai-je de la mission de Saint-Lyé (3) ? C’est de la différer, sous le bon plaisir de Monseigneur (4), jusqu’à ce qu’il soit entièrement guéri et remis en sa première santé. Il n’y aura pas pourtant danger que vous alliez visiter ces peuples et leur faire agréer l’attente, jusqu’à ce que la mission s’y puisse faire commodément.
Or sus, vous voilà donc dans la sollicitude de Marthe, pour l’amour que vous avez pour Monsieur Dufestel et pour toute la compagnie. Je prie Notre-Seigneur qu’il veille et travaille avec vous au recouvrement de la santé de ce sien serviteur. Je salue le bon Monsieur Savary (5) et notre frère René (6) et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
ind. p. de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur du Chesne, prêtre de la Mission, à Sancey (7).
3). Petite localité de l’arrondissement de Troyes.
4). René de Breslay, évêque de Troyes (1604-1641).
5). Pierre Savary, né à Neuville-Vitesse (Pas-de-Calais), reçu dans la congrégation de la Mission le 16 août 1637 à l’âge de trente et un ans. Il sortit, puis revint et fit les vœux à Annecy en 1659.
6). Il y avait dans la congrégation de la Mission deux frères René René Bisson et René Perdreau.
7). Lieu de résidence des missionnaires du diocèse de Troyes.
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367. — A PIERRE DU CHESNE
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier au soir votre dernière, par laquelle vous me dites l’état de la maladie du bon Monsieur Dufestel et ce que le médecin lui a ordonné. Je vous remercie très humblement du soin que vous avez de m’en donner avis si promptement et si exactement, et de toutes les assistances que vous lui rendez, et prie Notre-Seigneur qu’il soit votre récompense et la guérison parfaite de notre malade, la maladie duquel j’espère qu’elle ne sera pas dangereuse ; mais je vous supplie, Monsieur, comme toujours, de ne lui rien épargner. Cette sorte de maladie n’a pas tant besoin de remèdes que de patience et de douceur et de suavité d’esprit. J’espère que Notre-Seigneur lui fera part de toutes ces vertus et qu’il en fera un fort bon usage. Que si le médecin estime qu’il lui fallût faire quelques remèdes qui eussent besoin de sa présence plus fréquente qu’il ne lui peut rendre à Sancey, pourriez-vous point lui avoir une chambre au fauxbourg ? Et cela étant, y serait-il mieux assisté ? La sorte de sa maladie me semble n’être point de cette nature. Toutefois vous verrez et en conférerez avec ledit sieur médecin avec qui ledit sieur Dufestel le juge expédient. Enfin, Monsieur, je vous prie de faire pour lui tout ce que vous voudriez faire pour Notre-Seigneur ; car, en effet, la bonté et la charité que vous avez en son endroit, c’est à Notre-Seigneur même que vous le faites et ensemble à toute notre petite compagnie et à moi particulièrement, qui souffre en lui ce que Notre-Seigneur sait. Je l’embrasse en esprit
Lettre 367. — Recueil du procès de béatification.
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avec toute l’affection qui m’est possible et salue très humblement le bon Monsieur Savary et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 28 janvier 1639. (1)
Suscription : A Monsieur Monsieur du Chesne, prêtre de la Mission, à Sancey.
368. — A ROBERT DE SERGIS
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici la réponse à trois de vos lettres, l’une du 4, l’autre du 9 et l’autre du 17, que je reçus il y a deux ou trois jours. La première ne me faisait pas voir que vous désirassiez si promptement réponse, ni la seconde non plus, si me semble, si fait bien la troisième.
Je commencerai donc à vous dire, touchant vos bons parents, que j’ai envoyé exprès les visiter et qu’ils se portent tous bien et se recommandent à vous et à vos prières. Soyez donc en repos de ce côté-là, s’il vous plaît.
Le prélat dont je vous ai parlé (1) ne m’a dit autre chose qu’aux trois dont je vous ai écrit et dont j’ai oublié la troisième, à votre collet, aux boutons de votre manteau,
1). C’est la date proposée par le frère Chollier dans sa déposition au procès de béatification. Nous la préférons à celle que donne le copiste de la lettre (28 janvier 1634), car en 1634 MM. du Chesne et Savary ne faisaient pas encore partie de la congrégation, M. Dufestel n’était pas prêtre et les prêtres de la Mission n’avaient pas de résidence à Sancey.
Lettre 368. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Dans la lettre 365.
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et, si je ne me trompe, le 3e est de votre manière d’agir moins rapportante à la simplicité et à l’humilité d’un missionnaire. Je vous envoie un collet ; vous pourrez faire ajuster les vôtres à celui-là. Si peu que nous voulions suivre le monde quant aux habits, cela montre que nous en avons quelque petit échantillon dans le cœur et que, si nous n’y prenons garde, nous nous laisserons emporter à l’esprit du monde. De dire qu’on nous prendra pour d’autres, c’est orgueil et vanité d’esprit que de changer de façon pour cela. O Monsieur, que qui saurait bien J.- C. crucifié serait bien aise de passer, comme lui, pour le moindre des hommes, voire pour le pire, non seulement pour les actions personnelles, mais même pour celles de notre condition ! Eh ! que nous profitera d’avoir eu quelque humilité selon la personne, si nous avons de la vanité dans notre condition ! O Monsieur, qui nous donnera la grâce de nous mettre à la dernière place des hommes et de nous y tenir selon l’état de notre personne et selon celui de notre vocation ! Si nous voulons nous préférer aux autres et avoir des choses qui nous distinguent d’eux, tenez pour certain, Monsieur, que Notre-Seigneur nous fera tomber dans telle confusion que nous serons à mépris à ceux-là et à tout le monde. Je crois cette vérité comme je crois qu’il faut que je meure.
Je vous dis ceci pour répondre à quelque chose que vous m’écrivîtes peu après votre retour à Toulouse, dans la parfaite confiance que j’ai que votre cœur le trouvera bon et que vous vous tiendrez ferme dans les petites pratiques et dans les maximes que vous avez vues ici. Je n’ai garde que je demande à qui que ce soit comme vous faites, ni comme vous êtes. Je désire que tout le monde sache que je suis toujours dans la bonne opinion que j’ai eue de vous quand l’on vous a destiné pour
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l’emploi que la Providence vous a donné. Et, qui plus est, c’est que je crois, comme ce que je vous ai dit ci-dessus, que, quand vous auriez à dire quelque petite chose différente de nous, que le même ange qui a rendu saint François-Xavier si exact à l’observance de ce qu’il avait vu en la Compagnie et si soigneux d’apprendre tout ce qui s’introduisait de nouveau de deçà, pour faire de même de delà, que le même ange, dis-je, vous fera faire le même à vous. Oh ! cela je le tiens pour indubitable.
Il est vrai, Monsieur, ce que vous me dites touchant le bon Monsieur Durot ; mais, comme il a une bonne âme et l’esprit bien fait, j’espère qu’il sera un jour un fort bon missionnaire. Il a l’esprit doux. Je vous prie, Monsieur, de le traiter de même. J’ai fait voyage avec trois carmes déchaussés sans avoir pu discerner quel était le supérieur, jusques à ce que je l’aie demandé trois jours après que j’ai été avec eux ; tant il est vrai que le supérieur vivait avec les autres avec bonté, douceur, condescendance et humilité, et que les autres vivaient avec lui avec confiance et simplicité. O Monsieur, qui nous donnera cet esprit !
Je pense, pour la confession dans le faux bourg, que quoiqu’il ne nous soit pas loisible d’y confesser, que nous le pourrions à un quart de lieue de là, s’il y avait une chapelle, quoique les pénitents fussent de la paroisse du faux bourg.
Vous pouvez penser, Monsieur, quant à la dépense, qu’il ne m’est jamais entré dans l’esprit qu’il y eût quelque chose à redire en vous. O Jésus ! jamais cette pensée ne s’est présentée à moi, bien éloigné qu’elle soit entrée en moi. Ce que je vous en ai dit, c’est pour garder un ordre et pour faire trouver la compagnie en cette pratique pour les siècles à venir. La manière sera comme M.
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Durot vous pourra dire que faisait M. Codoing. Que si elle vous paraît trop occupante, vous la mettrez moins par le menu ; et puis je pense qu’un supérieur fait bien de se faire soulager du temporel par son compagnon.
Pour le voyage de Toulouse, je suis engagé à le faire quand M. d’Alet y ira ; mais il n’est pas prêt à cela, car ni lui ni quinze ou dix-huit autres évêques nommés n’ont point encore leurs bulles. Dès qu’il les aura pourtant, il fait état de partir.
Je travaille à la mission de Joigny avec M. Perrochel, il y aura tantôt trois mois. Monsieur Renar y était aussi, qui en est revenu indisposé avec M. Mouton.
Je loue Dieu de ce que la fin de la mission de Vernon (2) a été plus à votre gré que le commencement, et le prie qu’il vous fasse la grâce de vous tenir à l’esprit de douceur et d’humilité que Notre-Seigneur vous a donné. Jamais l’aigreur n’a servi qu’à aigrir Saint Vincent de Ferrier dit qu’il n’y a pas de moyen de profiter par la prédication si l’on ne prêche des entrailles de compassion. Eh ! bon Dieu ! et quel moyen de vaincre des esprits tels que vous dépeignez ceux-là par le même esprit ! Si nous combattons le diable par esprit d’orgueil et de suffisance, nous ne le vaincrons jamais, car il a plus d’orgueil et de suffisance que nous ; mais si nous agissons contre lui par humilité, nous le vaincrons, car il n’a point de ces armes-là, ni ne s’en saurait défendre. C’est ce que disait saint Dominique à quelques docteurs d’Espagne qui étaient venus à son secours contre les Albigeois, avec lesquels ils agissaient par esprit de suffisance. Je prie bien Dieu qu’il vous fasse la grâce d’agir dans cet esprit à Muret, où vous vous en allez. Quant à la Charité que vous vous proposez d’y établir, voici le règlement qu’on a accoutumé de pratiquer dans les pa-
2). Vernon-lès-Toyeuse, au diocèse de Viviers
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roisses de Paris, que vous pourrez donner aux villes ; et pour les villages, tenez-vous, s’il vous plaît, à celui duquel l’on s’est servi jusques à présent. J’ai écarté celui que vous m’avez envoyé, dont l’auteur s’est retiré et est à présent curé d’Etiolles (3).
M. Codoing est en mission ; il ne saurait vous faire copier ses prédications. Il faut attendre à l’été qu’il se retirera, auquel temps on pourra les faire copier et peut-être imprimer pour la compagnie seulement.
M. le pénitencier estime que l’un ni l’autre cas de conscience que vous avez posés ne sont point loisibles, et le P. Rebardeau est du même avis touchant la confession des pénitents des diocèses circonvoisins de la mission. Je ne me ressouviens point du second cas et ne l’ai fait proposer qu’à M. le pénitencier, qui est de l’avis que je vous ai dit, qui est de la négative.
Voici la réponse à la dernière. Vous pouvez donner un écu ou deux à la Charité de Muret, si vous l’établissez. Pour la manière de conférer avec les prêtres de Muret selon l’intention de Monseigneur l’archevêque, M. Durot vous pourra dire l’ordre que M. Codoing tenait pour les assemblées en Dauphiné ; et pour les matières de la conférence, vous n’en sauriez proposer de plus utiles que celles des ordinands, que vous avez ; par exemple, pour les censures : 1° dire qu’il importe que les ecclésiastiques sachent la doctrine des censures ; 2° quelle est la doctrine des censures ; et, au 3° point, les moyens qu’il faut tenir pour libérer les peuples qui ont encouru lesdites censures. Or, pourriez-vous diviser le second point en plusieurs conférences, comme, par exemple, des censures en général, et puis de chacune en particulier. Mais, pour bien faire utilement cela, il faudrait que
3). En Seine-et-Oise.
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celui qui présidera, ou vous, disiez la doctrine et que les autres rapportassent chacun ce que vous aurez dit ou, pour le moins, quelques-uns d’entre eux alternativement. Il est vrai que, pour bien faire ceci, il serait expédient que chacun, à l’assemblée, eût vos écrits ou pour le moins deux sur deux ; ce que n’étant pas, il faut leur laisser étudier sur les sujets que vous donnerez et rapporter comme ils pourront ce qu’ils auront retenu, si ce n’est que vous ayez quelque meilleure méthode.
En voilà bien pour une bonne fois. J’ai fait la présente à trois ou quatre diverses reprises.
Nos petites nouvelles sont : 1° que M. Dufestel et sa famille de Troyes travaillent avec beaucoup de bénédiction, mais qu’il est tombé malade depuis peu ; que Messieurs Pavillon, Renar, Perrochel et six de la compagnie [travaillent] à Joigny depuis les avents et sont à présent aux villages, où ils en ont encore pour environ un mois ; que trois ou quatre s’en vont partir pour les cures dépendantes de Malte, dans le grand prieuré de France, pour lesquels M. le commandeur de Sillery a fondé trois mille livres de rente et mille pour Troyes ; que Messieurs du Coudray (4) et Boucher ont quarante pauvres, partie malades, partie d’autres sains, qui les servent dans leur maison, quoique petite, car ils n’ont point d’hôpital, et cent cinquante au dehors de la ville, tous lesquels ils nourrissent et assistent avec une charité qui tire la larme des yeux de ceux qui l’entendent ; mais il est bien à craindre qu’ils ne succombent. Le premier me mande, sur ce que je lui ai écrit qu’il ménageât son corps et le peu d’argent que nous lui envoyons, ou que je l’assiste, ou que je le rappelle, ou que je le laisse mourir avec ces pauvres gens. Si je le puis, je vous
4). Alors supérieur de la maison de Toul.
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enverrai la lettre que m’en écrit M. Boucher dans sa simplicité.
Notre jeunesse demande à faire ce que vous et moi avons fait. Je pense que le séminaire est composé de plus de vingt, quoique nous en ayons tiré cette année dix ou douze ou pour étudier en théologie aux Bons-Enfants, ou pour travailler aux missions. Notre bon frère Alméras (5), qui est un notable sujet, a fait comme nous et s’en va aux Bons-Enfants étudier.
Voilà nos petites nouvelles d’à présent. Je souhaite d’en avoir souvent des vôtres [et] plus de temps pour vous écrire. Je le ferai le plus souvent que je le pourrai, qui embrasse en esprit le bon Monsieur Durot, lequel je prie de me pardonner au cas que je ne lui puisse faire
5). René Alméras, neveu de Madame Goussault, naquit à Paris le 5 février 1613. Conseiller au grand conseil à vingt-quatre ans, il quitta tout, sa famille, sa position, ses espérances, malgré l’opposition de son père, qui devait le suivre plus tard, pour entrer dans la congrégation de la Mission, où il fut reçu le 24 décembre 1637. Saint Vincent lui confia les emplois importants de directeur du séminaire et d’assistant de la maison, l’admit à son conseil, s’en remit souvent à sa prudence pour traiter avec les personnes du dehors des affaires délicates et le chargea des retraitants. Tant de travail ruina la santé de René Alméras. Le saint fondateur, convaincu par son expérience personnelle que le changement d’air contribuait à redonner la santé, l’envoya en 1646 visiter plusieurs établissements de France et d’Italie. Arrivé à Rome, René Alméras reçut avis qu’il était nommé supérieur de la maison. Il y resta jusqu’en 1651. De retour en France, il prit la direction du séminaire Saint-Charles. Nous le trouvons en 1654 occupé à distribuer des secours aux pauvres de la Picardie et de la Champagne. Il visita encore diverses maisons de la congrégation et reçut de nouveau le titre d’assistant de la maison-mère, qu’il conserva jusqu’à la mort de saint Vincent. A ce titre, il ajoutait celui de visiteur de la province du Poitou. Il était à Richelieu quand le saint, sentant sa fin prochaine, le fit prier de se rendre en toute hâte à Paris. René Alméras était souffrant. Il vint, porté sur un brancard, et eut la consolation de recevoir une dernière bénédiction du saint fondateur. Nommé vicaire général par saint Vincent, puis supérieur général par l’assemblée de 1661, il gouverna les deux communautés avec sagesse jusqu’au 2 septembre 1672, jour de sa mort.
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réponse, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 3 février 1639.
Dieu a disposé de la mère de M. Durot. Vous prendre (7) le temps opportun pour lui dire, s’il vous plaît. Je viens de dire qu’on dise les messes à son intention. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit l’adoucissement de la douleur de son cœur. J’ai pensé qu’il vaut mieux que vous lui disiez, et ne lui en parle point par ma lettre.
Suscription : A Monsieur de Sergis, prêtre de la Mission, à Toulouse.
369. — A PIERRE DU CHESNE
[Vers février 1639] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
En chose du monde ne pouvez-vous plus consoler mon âme que dans la charité que vous exercez envers le bon Monsieur Dufestel. Je vous remercie très humblement des fréquentes nouvelles que vous m’en donnez, et vous supplie de continuer, pour l’amour de Jésus-Christ qui vous presse. Il faut donc attendre, Monsieur, que la nature se délivre tout doucement de l’humeur qui l’oppresse. Il faut que je vous avoue que je suis du sentiment du médecin qui le traite, qu’il ne faut pas presser
Lettre 369. — Recueil du procès de béatification.
1). Cette lettre a des rapports étroits avec les lettres 366 et 367, qu’elle a dû suivre de peu de jours. M. Pémartin la date, nous ne savons pourquoi, du 15 février.
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à l’égard de cette sorte de maladie. J’espère que le souverain médecin sera à lui-même sa guérison, sinon du jour au lendemain, du moins peu à peu. Je l’embrasse en esprit avec tendresse tout de cœur.
J’écris à Monsieur Gouault (2) que je travaille, selon l’intention de Monseigneur de Troyes, à la vente de ses maisons et ne perdrai point de temps.
J’ai écrit à Messieurs Lucas et Perceval (3) de vous aller trouver, ainsi que je vous ai mandé.
Monsieur de Beauvais (4), qui sait l’importance de l’exercice des ordinands, a prié nos seigneurs les évêques circonvoisins qui donneront les ordres, de renvoyer à Paris ceux des autres évêchés qui y ont étudié, afin qu’ils profitent ici des exercices. Selon cela, Monseigneur de Troyes, semble-t-il, ferait leur bien s’il en faisait de même à l’égard des externes, auquel cas peut-être que, sa bonté en étant avertie, elle en pourrait user de même. Vous en userez selon que Monsieur Dufestel et vous le trouverez expédient, et vous nous enverrez ce bon bûcheron et vigneron, s’il est entièrement résolu (5). Nous nous trouvons bien de ceux de Champagne.
J’embrasse le bon Monsieur Dufestel et suis de Monsieur Savary, de René et de lui le très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur du Chesne, prêtre de la Mission, à Sancey.
2). Sébastien Gouault, bourgeois de Troyes. Il prêta sa maison de Sancey aux prêtres de la Mission, qui l’habitèrent près de deux ans.
3). Guillaume Perceval, né à Saint-Guillain, dans le diocèse de Cambrai, entré dans la congrégation de la Mission en 1635, ordonné prêtre en décembre 1637, sorti en 1644.
4). Augustin Potier.
5) Peut-être Edme Picardat, frère coadjuteur, né le 23 avril 1613 à Rumilly-lès-Vaudes (Aube), entré dans la congrégation de la Mission le 5 octobre 1639, reçu aux vœux le 15 janvier 1643.
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370. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne sais si je vous dis avant-hier que Monsieur de Beauvais me doit venir prendre ce matin pour aller pour huit ou dix jours jusques à Beauvais. Je me recommande cependant à vos prières et vous prie d’avoir soin de votre santé et de la conserver pour son saint service. Je m’en vas le prier que ce soit jusques à ce que vous soyez en état d’envoyer vos petites filles travailler à la Charité des champs.
Bon jour, Mademoiselle. Je suis votre serviteur.
371. — A LOUISE DE MARILLAC
[1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici trois pauvres Lorraines, qui arrivèrent hier au soir. L’une a un enfant. Il faudra tâcher de la faire mettre au Refuge et peut-être l’ancienne aussi. Je vous prie
Lettre 370. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
Lettre 371. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original.
1). Après 1639, le saint aurait écrit les mots "Ce mardi, à 10 heures" au début de la lettre, non à la fin ; et comme, au dire d’Abelly, (op. cit., t. I, chap. XXXV, p. 164), ce fut justement cette année-là qu’il commença à s’occuper des pauvres Lorrains, chassés par la guerre et la misère, cette lettre ne peut être que de 1639.
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de les envoyer à Madame de Herse, après que vous les aurez vues, si elle trouve bon qu’elles soient aux Enfants du faubourg Saint-Victor en attendant. Je suis un peu pressé et ne lui en peux écrire.
Bonjour, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de N.-S., Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Ce mardi, à 10 heures.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras auprès de N [otre-] D [ame].
372. —- A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je loue Dieu de tout ce que vous me mandez de Saint-Nicolas (2), et proposerai à Madame la garde des sceaux (3) l’affaire des forçats (4) et à Madame Goussault celui de cette maison et vous en rendrai réponse.
Pour Catherine (5), vous ne la connaissez pas bien encore, si me semble ; nous en parlerons.
C’est aujourd’hui que je vas à La Chapelle après-dînée, avec Mademoiselle Poulaillon et trois ou quatre autres personnes. Il vaut mieux remettre à samedi pro
Lettre 372. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Dates de l’établissement des sœurs à La Chapelle et de la mort de Madame Goussault.
2). Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
3). Madame Séguier.
4). Cette affaire, ne serait-ce pas le legs Cornuel, dont il sera question plus loin ?
5). Catherine Bagard. Elle fut plus tard placée à l’hôpital de Nantes, d’où elle quitta la communauté.
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chain, que je suis obligé d’y aller pour Madame la garde des sceaux.
Dieu soit béni de ce que vous avez beaucoup d’argent ! Il donnera d’autres filles quand il lui plaira.
Marguerite, de Saint-Paul, vint hier céans me dire que M. son curé (6) l’a envoyé quérir et lui a demandé comme elles vivent, quels sont leurs exercices, qui les conduit, qu’il les veut conduire, et désire qu’elles dépendent de lui entièrement, et elle ajouta qu’elle est toute prête néanmoins à tout quitter quand il nous plaira. Je lui ai dit qu’elle lui die tout et qu’elle ne lui cèle rien et puis qu’on verra.
Il sera bien difficile de conserver ces créatures dans l’état nécessaire pour bien aller. Celles de Saint-Sauveur, depuis leur révolte, ne sont plus si soigneuses, et s’en plaignent beaucoup ; elles verront avec le temps le mal qu’elles font.
Je vois ceux que je fais et je ne m’en amende pas. Priez pour cela, je vous en prie.
Je suis, en son amour, v. s.
Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
373. — A LOUISE DE MARILLAC
[1639] (1)
Je me suis disposé ce matin pour vous aller voir, et le ferai si je puis ; mais, au cas que je ne le puisse et que vous puissiez avoir le carrosse que vous me mandez,
6). Nicolas Mazure, curé très zélé, mais d’un zèle que gâtaient les défauts de son caractère jaloux et tracassier.
Lettre 373. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Cette lettre, écrite avant la mort de Madame Goussault, semble de la même année que la lettre 393.
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demain au matin, je vous prie de passer ici sur les huit heures, si votre santé le vous permet ; sinon, me le mandant, je vous irai trouver chez vous.
Je vois bien que Madame Goussault ne vous a pas bien fait entendre ce que je lui ai dit de M. votre fils. Je lui ai dit que M. de Saint-Nicolas (2) l’a reçu sans titre (3), qui est une faveur contre les formes, et que, de peur qu’il n’arrivât quelque difficulté pour cela, il est bon que vous le teniez prêt ; mais il n’est point arrivé de changement, que je sache, dans l’esprit de mondit sieur votre fils.
Il est nécessaire voirement que nous nous voyions pour les filles de Saint-Sulpice au plus tôt.
Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.
374. — A ADRIEN BOURDOISE
Saint-Lazare, 29 avril 1639.
Monsieur,
Les missionnaires reçoivent, avec toute l’humilité et la révérence possible, la proposition de M. Bourdoise et lui offrent ce qu’il demande (1), d’un côté, avec bien de la confusion de leur indignité de la grâce que ledit sieur Bourdoise leur offre par sa présence, et d’un autre, avec confiance qu’il supportera leurs défauts et qu’il leur pro
2). Georges Froger.
3). On exigeait des ordinands ou un titre clérical, c’est-à-dire un bénéfice ecclésiastique, ou un titre patrimonial d’au moins cent livres de revenu.
Lettre 374. — Pémartin, op. cit., t I, p. 247, lettre 239.
1). Adrien Bourdoise avait sans doute demandé de venir raire une retraite à Saint-Lazare.
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fitera infiniment par son bon exemple. Ils lui demandent aussi la charité, pour l’amour de Notre-Seigneur, de recevoir quelqu’un de leur compagnie en la communauté de Saint-Nicolas pour quelque temps, avec telle condition qu’il lui plaira.
375. — A LOUISE DE MARILLAC
Saint-Lazare, ce mercredi à midi.
[Entre septembre 1638 et septembre 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
L’on a suivi votre opinion pour les Enfants trouvés, que cet œuvre sera uni à celui de l’Hôtel-Dieu, si les dames l’agréent ; et par conséquent voilà les mêmes officières, à une trésorière près, qu’il faut pour chacun des œuvres.
Ce que vous me dites des petites filles ne peut entrer dans l’esprit.
Puisque vous estimez que Nicole se sera corrigée, à la bonne heure, essayez-en encore, et de Henriette à Saint-Germain (2) ; mais je pense qu’il faut laisser passer quelques jours pour cela.
M. de Cordes n’est pas encore revenu des champs. Au retour, je lui parlerai de cette bonne femme mariée.
Je m’en vas à Grigny voir Madame la présidente Goussault et Madame Le Roux en sa retraite. J’espère être ici samedi prochain pour une petite assemblée de dimanche.
Lettre 375. — L. a. — Original communiqué par M. Honoré Bouquillard, notaire à Nevers.
1). Voir lettre 348 et lettre 399, note 2.
2). Saint-Germain-en-Laye.
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Faites votre possible pour vous bien porter, je vous en prie, pour l’amour de Notre-Seigneur.
Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Madame la chancelière (3) m’a baillé huit écus pour une chèvre. Je me ressouviens que c’est à Mademoiselle du Mée qu’il les faut bailler. C’est pour les enfants trouvés.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
376. — A LOUIS LEBRETON (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier au soir les vôtres du quatre et du douze du mois passé. La première m’ôte d’une très grande peine que j’avais que mon paquet, que vous accusez par celle du quatre, ne fût perdu. Béni soit Dieu de ce qu’il ne l’est pas et de ce que vous me dites par vos lettres ! Voici la réponse à tous vos points.
1. Je loue Dieu de la permission de confesser que vous avez obtenue, et de l’usage que vous en faites à l’égard des pauvres, des prisonniers et des gens des champs.
3). Madame Séguier.
Lettre 376. — Recueil du procès de béatification.
1). Louis Lebreton, né à Saint-Jean-sur-Erve (Mayenne), en 1591 reçu dans la congrégation de la Mission le 8 mai 1638, envoyé à Rome dans les premiers mois de l’année 1639 pour traiter près de la cour romaine les affaires de la compagnie et particulièrement la question des vœux. Il donna plusieurs missions dans la campagne romaine, où sa parole obtint un plein succès. Sa carrière de missionnaire fut courte et bien remplie. Il mourut à Rome le 17 octobre 1641. La biographie qui lui est consacrée dans le tome II des Notices, pp. 205-222, ne renferme aucun détail qu’on ne retrouve dans la correspondance de saint Vincent.
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2. J’admire la providence de cette Congrégation (2) pour les missions et prie le souverain pasteur et maître des missions d’en tirer de la gloire. Y a-t-il danger que vous leur disiez tout simplement celle de deçà ? Ne pourriez-vous point par ce moyen procurer quelque établissement pour cela ? Je vous ai écrit touchant la petite chapelle hors le Vatican. Elle me tente plus que la cure. Quid si vous faisiez offre à Sa Sainteté ou à quelque évêque de battre la campagne ? et je vous enverrais quelqu’un de la compagnie pour vous suivre. Je vous ai parlé de Monseigneur le cardinal Bagni (3), pource que je l’estime des plus grands prélats que je connaisse à l’église, et que j’ai de l’affection fort tendre pour lui de le servir, et qu’il m’a dit d’autrefois qu’il nous ferait l’honneur de se servir de nous. Jamais je n’ai eu tableau de prélat que de lui. Sa sagesse, sa bonté et l’affection dont il honorait ici notre petite compagnie m’a été l’image de la sagesse de Dieu, de sa bonté et de l’œil dont il plaît à sa divine Majesté d’honorer notre petite compagnie.
3. Que vous dirai-je de la manière d’agir avec ces Messieurs les ecclésiastiques à la mission, sinon que la charité et la candeur doivent tenir le dessus et que l’esprit du pays requiert précaution ?
4. Vous faites bien de ne manger dehors et de recevoir la rétribution pour la messe. En attendant, il y a humilité à en user de la sorte, et sagesse pour vivre jusqu’à ce que vous soyez connu ; mais je pense que vous ferez bien de distribuer cette rétribution aux pauvres.
5. J’attends avec désir, pour ne pas dire avec impatience, les vues de votre mission et de la manière que la chose aura été reçue au retour.
2). La Propagande
3). Jean-François Bagni, ancien nonce en France (1627-1630).
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6. Guillard est né de père et mère catholiques. C’est lui qui est tombé dans l’hérésie et y est demeuré trois ans. C’est maintenant un des plus fervents de la compagnie. Nous l’avons envoyé en Lorraine pour y assister les pauvres corporellement et spirituellement, lui sixième. Il n’a pas encore quarante ans et n’est point docteur ni noble. L’emploi qu’il a en Lorraine mérite-t-il point un extra tempora (4) ? Monsieur Parisos l’a obtenu pour Lescar, qui n’a point aucune de ces trois qualités.
7. L’église de Richelieu a Notre-Dame pour titre ou patron (5).
8. Je rendrai ici les cent livres et l’échange au répondant de Monsieur Marchand 6, ou l’enverrai par Monsieur Lumague (7), si je n’ai ordre à qui le bailler de deçà.
9. Pour l’affaire de Toul, nous sommes ici en procès (8). Je tâcherai de vous envoyer les pièces que vous me demandez ; on en a besoin pour les produire. Je verrai j’en puis avoir une copie collationnée.
10. Pour celui de Saint-Lazare, nous sommes fondés en arrêt du Parlement (9). Monsieur de Paris y a toujours
4). Privilège de recevoir l’ordination en dehors des jours fixés par les règles canoniques.
5). L’évêque de Poitiers avait érigé la cure de Richelieu par acte du 27 mai 1638, et Urbain VIII avait donné son approbation ; mais certaines difficultés retardèrent jusqu’en 1645 l’enregistrement de la bulle au greffe des nominations ecclésiastiques du Poitou.
6). Riche banquier avec lequel saint Vincent eut souvent à traiter.
7). André Lumague, un des principaux banquiers de l’époque, auquel eurent plus d’une fois recours Marie de Médicis et le cardinal de Richelieu. Chargé en 1616 de négocier pour la reine l’achat de là principauté de Monaco, il ne réussit pas dans sa mission.
8). Voir lettre 293, note 1.
9). L’arrêt du parlement pour l’enregistrement des lettres patentes confirmant le contrat d’union de Saint-Lazare est du 7 septembre 1632. Le Saint-Siège avait donné son consentement le 15 mars 1635 ; mais les bulles ne furent expédiées que le 18 avril 1655. Les prélats de la cour romaine hésitaient encore à croire en 1639, malgré les preuves fournies par saint Vincent, que la collation du prieuré dépendît de l’archevêque de Paris.
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pourvu. A la dernière vacation, il y en a eu un qui prit brevet du roi et un autre de Monsieur l’archevêque, qui est Monsieur le prieur d’aujourd’hui ; mais il lui demeura à lui. Il est vrai que c’est par accommodement entre Monsieur le président Janin, qui le demanda au roi, et Monsieur Le Bret, conseiller d’état (10), qui l’obtint pour Monsieur le prieur (11) de mondit sieur de Paris. Et depuis, Monsieur le prieur, pour s’affermir contre sa commission ou provision déposable ad nutum, a fait venir une provision de Rome. Hors cela, jamais autre n’a pris provision, que je sache, que des évêques de Paris ; encore étaient-ce des commissions ad nutum, et le prieur comptait tous les ans devant l’évêque de Paris.
Quid si vous écriviez à Monsieur Gilioli pour lui faire des excuses si vous ne l’êtes allé voir, comme je vous ai témoigné que je serais fort aise que vous passassiez à Ferrare pour le voir et l’assurer qu’il tient toujours la même place d’estime et d’affection dans le cœur de la compagnie que ci-devant, et pour lui donner de nos nouvelles ?
L’on doute ici que l’autel privilégié qu’il a plu à Sa Sainteté nous accorder pour Saint-Lazare soit valable, pource qu’il arrive parfois, quoique rarement, qu’il ne s’y dit que trois ou quatre messes par jour. Je dis rarement. L’on pense néanmoins qu’il serait bon qu’il plaise à Sa Sainteté de diminuer le nombre de sept messes par jour à trois ou quatre. Conférez-en, s’il vous plaît.
J’ai envoyé vos indulgences à Jouy. Je ne vous dirai rien de votre affaire pour le présent, je dis pour celui pour lequel vous êtes allé, sinon que, toutes choses pesées et considérées, je pense qu’il faudra tendre à l’affermis-
10). Julien Le Bret, seigneur de Flacourt, conseiller au parlement en 1635, puis conseiller d’état, mort en avril 1688.
11). Adrien Le Bon
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sement entier, pource qu’il y a des raisons que je vous dirai, dont en voici une pressante, c’est que je viens de voir tout présentement un de la compagnie, des meilleurs entre tous, des plus employés et un esprit des plus doux, et lequel est néanmoins dans une volonté déterminée depuis huit jours de se retirer, sans m’en dire aucune raison particulière, quelque représentation, instance et humiliation que j’aie pu pratiquer vers lui. Et ce qui est le plus étrange, c’est que sa vocation paraît toute de Dieu, qu’il est exemple fort grand à la compagnie et qu’il est affermi en icelle en la manière que plusieurs particuliers et plus anciens ont fait, comme vous savez, c’est-à-dire par vœu (12).
Après cet exemple-là, je ne saurais de qui l’on se puisse assurer. Je ne vous le nomme point, pource que je ne l’ai encore dit à personne de céans. Nous avons entrepris, avec l’aide de Notre-Seigneur, l’assistance des pauvres gens qui sont en Lorraine (13) et
12). Nous ne pouvons certifier l’exactitude de ces deux derniers mots. La copie est illisible.
13). La guerre, la peste et la famine s’acharnaient sur] es malheureux habitants de la Lorraine. Les bandes de brigands s’y multipliaient à tel point que les habitants des villages étaient obligés de chercher un refuge dans les villes fortifiées. Les terres demeuraient incultes et les denrées étaient à des prix inabordables. Près de quatre vingts bourgs et villages se vidèrent de tous leurs habitants. On vit une femme tuer et dévorer sa mère, des filles égorger des enfants et se nourrir de leur chair. En divers lieux, la chair humaine était devenue une nourriture. Les religieuses durent émigrer, comme les autres, pour ne pas mourir de faim. Bon nombre de Lorrains vinrent à Paris, comptant y lutter plus facilement contre la misère. "Pour rencontrer une pareille désolation, écrit Digot (Histoire de la Lorraine, 2e éd., Nancy, 1880, 5 vol in-8, t. V, p. 277), il fallait remonter jusqu’à la guerre des Juifs contre les Romains et au sac de Jérusalem par les soldats de Titus." Saint Vincent se sentit le cœur ému au récit de tant de souffrances. Il quêta partout pour les pauvres Lorrains, à la cour, dans les palais, dans les maisons bourgeoises. Il leur fit porter par ses prêtres et par ses frères du pain, des habits, des outils, de l’argent. Il offrit des abris sûrs aux jeunes filles et aux religieuses dont la vertu était plus particulièrement ex-
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y avons envoyé Messieurs Bécu et Rondet (14), FF. Guillard, Aulent (15), Baptiste (16) et Bourdet (17), deux en chaque ville de Toul, Metz, Verdun et Nancy. J’espère leur fournir deux mille livres par mois.
Nous achevâmes hier la mission, que nous avons faite à La Chapelle, qui est auprès de Saint-Lazare, où nous avons fait assembler tous les pauvres Lorrains qui se sont trouvés en cette ville, et l’on a donné un pain à chacun par jour pendant huit jours à environ trois cents qu’ils étaient (18).
Or sus, voilà tout. Je finis en me recommandant à vos saints Sacrifices en ces saints lieux. J’espère vous écrire désormais par tous les courriers et que Notre-Seigneur se servira de vous en maintes bonnes œuvres, si vous avez soin de votre santé, comme je vous en supplie, qui
posée. Il se forma à Paris, sur son initiative, dans la classe aisée, une association qui avait pour but exclusif de venir en aide par des cotisations mensuelles aux nobles Lorrains ruinés. Abelly a consacré tout un chapitre de son ouvrage (t. I, chap. XXXV) à raconter ce que saint Vincent a fait pour secourir la Lorraine.
14). Ne faudrait-il pas lire Boudet ? Le nom de Rondet n’apparaît qu’ici et ne figure pas dans le catalogue du personnel.
15). Charles Aulent, né à Ath, ville du Hainaut (Belgique) le 1er février 1614, entré dans la congrégation de la Mission à la fin de 1636, ordonné prêtre en 1640, reçu aux vœux le 11 décembre 1644. Il dirigea la maison de Toul de 1646 à 1647, année de sa mort.
16). Jean-Baptiste de l’Estoile, né à Bar-le-Duc, reçu dans la congrégation de la Mission le 1er avril 1637, à l’âge de vingt-deux ans.
17). Deux clercs de la Mission portaient alors ce nom : Jean Bourdet, né à Saint-Babel (Puy-de-Dôme) le 14 mai 1614, entré dans la congrégation de la Mission à la fin de 1636, ordonné prêtre en 1640, reçu aux vœux en 1643, supérieur à Troyes de 1642 à 1644 et à Saint-Méen de 1645 à 1646 ; Etienne Bourdet, né au même lieu le 27 avril 1615, entré dans la congrégation de la Mission le 9 octobre 1638, ordonné prêtre le 2 juin 1640, supérieur à Toul de 1641 à 1642, reçu aux vœux le 10 juin 1648.
18). Abelly, qui rappelle les deux missions données à La Chapelle au carême des années 1641 et 1642 en faveur des pauvres Lorrains réfugiés à Paris (op. cit., t. I, chap. XXXV, 1re éd., p. 166 ; t. II, chap. XI, sect. 1, p. 386), semble ignorer la mission de 1639. Les missionnaires furent aidés par des personnes de condition, qui vinrent distribuer des aumônes.
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suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
De Paris, ce 10 mai 1639.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.
377. — A ROBERT DE SERGIS, PRêTRE DE LA MISSION, A TOULOUSE
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre il y a quatre jours, mais je l’ai perdue et ne me ressouviens pas de tout ce que vous me mandez. Voici ce qui me ressouvient : 1° que vous travaillez avec bénédiction, 2° que j’ai manqué à vous répondre à deux points de votre pénultième ; 3° que vous auriez jugé expédient de [ne pas] (1) proposer à Monseigneur l’archevêque (2) ce que je vous ai mandé du louage de la maison et des ordinands qu’on vous fera ordonner par Monseigneur l’archevêque ; d’aller en Saintonge.
Or, je vous dirai pour réponse au premier point, que je loue Dieu de la bénédiction qu’il donne à vos missions et le prie qu’il vous fortifie de plus en plus le corps pour travailler, et l’esprit pour le mieux aimer ;
2° Que je suis bien fâché d’avoir oublié ces deux points en ma pénultième, que je vous en demande très
Lettre 377. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Saint Vincent a sans nul doute oublié ces deux mots, que la suite de la lettre semble réclamer.
2). Charles de Moutchal.
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humblement pardon et que j’espère que Notre-Seigneur me fera la grâce de m’amender ;
3° Que tout ce que vous me mandez pour raison de n’avoir pas fait les propositions du logement et des ordinands, ne vous devait pas empêcher de les faire, pource que ce ne sont que productions naturelles de l’esprit humain, qui raisonne pour l’ordinaire selon ses dispositions, et qu’il s’agit ici non pas du désir de s’établir, comme vous dites, mais de faire le bien que je vous ai proposé (3), que l’adorable providence de Dieu a suggéré à une bonne âme, qui en désire faire la dépense, et qu’on ne devait pas espérer moins de bénédiction de delà que la bonté de Dieu en donne de deçà aux ordinands, quoique les esprits soient élevés et méprisent pour l’ordinaire les choses médiocres. Cela aurait été bon à juger à Monseigneur l’archevêque, et à nous à respecter son jugement et ses volontés et à nous y soumettre, comme je fais en cela au vôtre, vous disant cependant tout simplement, Monsieur, que nul de la Compagnie n’a jamais fait difficulté d’aucune chose que je lui ai écrite, qu’un qui m’écrivit des difficultés et ne laissa pas de faire ce que je lui écrivais, et un autre qui, par son propre jugement, a fait difficulté de signer un accord que j’avais fait, et m’en manda quantité de raisons et d’excuses et m’en fit écrire par d’autres ; à cause de quoi nous avons un grand procès au Conseil, que nous ne pouvons soutenir qu’avec risque de perdre un établissement et avec honte (4).
O Monsieur de Sergis, que la soumission d’esprit à un supérieur est une grande pièce ! J’avoue que la connaissance que vous avez de mes misères et de la gravité de mes péchés vous ôte la confiance ; mais celui qui a
3). Première rédaction : de faire le bien dont il s’agit.
4). Il s’agit probablement de l’établissement de Toul et d’Antoine Colée, qui en fut supérieur de 1637 à 1638.
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dit : quaecumque dixerint vobis facite, s’est obligé par là sans doute à suggérer la lumière suffisante à ceux qu’il oblige d’obéir ; et je pense n’avoir jamais vu, ni ouï dire que l’inférieur ait manqué en obéissant au supérieur en choses qui ne sont pas mauvaises ; mais si bien pour l’ordinaire de ceux qui leur désobéissent. Vous vous êtes proposé de prendre pour patron saint François Xavier. Au nom de Dieu, Monsieur, faites-le particulièrement à l’égard de l’obéissance et n’estimez pas que Notre-Seigneur ait moins agréable celle que vous rendrez à un pauvre misérable pécheur, que celle qu’il rendait à un saint, le faisant, comme lui, pour l’amour de Dieu, qui se plaît que les choses aillent ainsi et qui se déplaît du contraire. Nous en parlerons plus particulièrement lorsque j’aurai le bien de vous voir de delà, où j’espère m’en aller bientôt avec M. d’Alet, qui attend ses bulles et espère partir bientôt après. Cela fait que je vous prie de ne pas sortir de l’archevêché de Toulouse pour aller en Saintonge ni ailleurs, qui est le dernier point de votre lettre. Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 13 mai 1639.
378. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1635 et 1639] (1)
Mademoiselle,
Je ne pus vous faire réponse hier, pource que je fus saigné, ni ce matin, pource que j’avais pris médecine.
Lettre 378. — Pémartin, op. cit., t. II, p. 3, lettre 522. Les dernières lignes, depuis "Je vous envoie la lettre" sont reproduites dans le manuscrit Saint-Paul, p 63.
1). Cette lettre a été écrite du vivant de Mme Goussault, en un
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Je vous dirai, en peu de mots, touchant le logement de Monsieur votre fils, que j’estime, toutes choses considérées, de le mettre avec M. Rebours, s’il demeure et ne change de logis ; mais, s’il le fait, je ne vois rien de mieux que M. Coqueret. La hantise d’autres ecclésiastiques lui serait à difficulté ou inutile. Je sais que vous avez beaucoup de choses contre ce dernier et que j’ai prévues ; néanmoins voilà ma pensée. M. Rebours (2) ne quittera pas si tôt son logis ; quand bien même il quitterait, jouissez de ce temps-là ; l’on verra puis après. Il sera bon cependant que vous le laissiez revenir à vous, si vous voulez que la correction que vous lui fîtes ces jours passés, lui profite.
Je vous envoie la lettre de Madame Goussault, que je viens de recevoir.
Mandez-moi vos pensées sur le fait de vos filles, tant pour ce lieu-là que pour le pays en Auvergne.
Si vous étiez brave femme, vous vous feriez quitte de vos petits amusements et tendretés maternelles, et vous fortifieriez le corps et l’esprit en vue de tant d’occasions de bien faire. Faites-le, au nom de Dieu, Mademoiselle. Dieu sait ce que je vous suis et ce que vous m’êtes et que je suis…
Je vous prie de me faire réponse ce soir.
temps où Michel Le Gras semblait disposé à renoncer à la carrière sacerdotale.
2). Le Père Hilarion Rebours, chartreux, était cousin germain du mari de Louise de Marillac. (Cf. Gobillon, op. cit, p. 21.) Il s’agit ici d’un autre Rebours, peut-être d’Antoine Rebours, né en 1591, qui se retira à Port-Royal en 1640, reçut le sacerdoce en 1642, sur les conseils de Saint-Cyran, dirigea les religieuses du Port-Royal, et mourut le 16 août 1661, à l’âge de soixante-neuf ans.
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379. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Béni soit Dieu de ce que vous voilà hors votre grand mal et de ce que vous vous êtes conservée aujourd’hui sans aller à la messe ! Je vous supplie, pour l’amour de Notre-Seigneur, d’avoir soin de votre santé et de n’y rien épargner.
Si vous avez besoin de l’argent, mandez-le-moi ; peut-être vous est-il même dû quelque chose. Je le saurai de M. Dehorgny et de vous, s’il vous plaît.
J’ai vu cette fille et ne sais que vous en dire, sinon qu’il me semble que votre expédient de la voir trois ou quatre jours avant qu’elle entre, est bon. Je lui ai baillé à cet effet demi-écu pour vivre. M. votre double cousin de Rebours vint hier céans. Nous demeurâmes d’accord que le bien de M. votre fils est l’état ecclésiastique ; secondement, que ses complexions semblent plutôt y tendre qu’au monde ; 3° que ce peut être ce jeune homme qui a brouillé sa fantaisie sur cela et que cela lui a fait revenir les petites aversions de la communauté de Saint-Nicolas (2) ; mais que, les choses lui étant bien représentées, la raison reprendra sa place ; qu’il y a danger de favoriser sa fantaisie que de lui donner un habit court, si ce n’est allant à la campagne ; encore faudra-t-il qu’il soit modeste. Que si après tout cela il persévère, in nomine Domini, il fau-
Lettre 379. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Période des hésitations de Michel Le Gras sur sa vocation.
2). Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
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dra donner les mains. Mais que d’aller facilement acquiescer au renversement des dispositions qu’il a fait paraître toute sa vie qu’il avait d’être ecclésiastique, en suite de l’altération que ce jeune homme débauché (3) a faite en son esprit, que je ne pense pas cela à propos. Soyez donc, s’il vous plaît, en repos de ce côté-là, Mademoiselle. Notre-Seigneur conduira le tout. N’ayez pas peur et ne nous hâtons pas.
Je me porte assez bien, Dieu merci, et suis, en l’amour de N-S., v.s.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à La Chapelle.
380. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis ravi d’aise de ce que Notre-Seigneur vous fortifie dans la retraite ; mais, au nom de Dieu, ne le tentons point. Finissez à ce soir et ajoutez à votre confession ce qui s’est passé depuis, et cela succinctement ; vous y êtes un peu trop longue et souhaite que vous appreniez à vos filles d’être plus courtes. Il suffit qu’elles s’accusent de trois ou quatre défauts qui leur font plus de confusion.
3). Serait-ce le comte de Mony, qui exerça une fâcheuse influence sur l’esprit de Michel Le Gras et dont Louise de Marillac se plaint dans une de ses lettres (Lettres de Louise de Marillac, lettre 152), postérieure, il est vrai, de quelques années à celle-ci ?
Lettre 380. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Avant 1636, Louise de Marillac n’était pas à La Chapelle, et après 1639, saint Vincent n’aurait pas écrit "Ce jeudi matin" à la fin de la lettre.
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Je pense que les pauvres filles ne font point de péché mortel, Dieu merci, et il suffit qu’on s’accuse de deux ou trois péchés véniels, voire même d’un, pource qu’il est matière suffisante et non nécessaire de la confession.
Je n’ai reçu votre paquet que hier au soir, pource que je couchai, la nuit passée, aux Bons-Enfants, et n’ai pu voir encore vos médi [tations. Je le] ferai au plus tôt avec plaisir. Et pour votre confession, j’irai à la Chapelle, si je le puis, samedi prochain.
Bon jour, Mademoiselle. Je vous souhaite un cœur tout plein de celui de Notre-Seigneur et suis, en l’amour du même J.-C., Mademoiselle, votre très humble serviteur.
V. D. P.
Ce jeudi matin.
Je pense que vous ferez bien d’attendre après les exercices à voir les fautes de vos filles et à les en reprendre. Il faut penser à un chapitre.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
381. — A LOUISE DE MARILLAC (1)
Je ne vous puis indiquer d’autre cause de votre mal que celle du bon plaisir de Dieu. Adorez-le donc, ce bon plaisir, sans vous enquérir d’où vient que Dieu se plaît de vous voir en l’état de souffrance. Il est souverainement glorifié de notre abandon à sa conduite, sans discussion de la raison de sa volonté, si ce n’est que sa
Lettre 381. — Abelly, op. cit., t. III, chap. v, sect. I, p. 37.
1). Abelly fait précéder la lettre de ces mots : "Cette même demoiselle étant un jour malade, lui écrivit pour le prier de l’avertir du mal de son âme, qui causait celui de son corps." Bien qu’Abelly taise le nom de la demoiselle, nul doute qu’il ne s’agisse de Louise de Marillac, toujours portée à voir la punition de fautes passées dans les épreuves ou les souffrances que Dieu lui envoyait.
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volonté est sa raison même et que sa raison est sa volonté. Enfermons-nous donc là dedans de la façon que fit Isaac au vouloir d’Abraham et Jésus-Christ au vouloir de son Père.
382. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne puis vous exprimer la douleur que j’ai de celle que vous souffrez encore par le retour de votre mal de tête. Mon Dieu, Mademoiselle, serait-ce point l’air de La Chapelle qui vous cause ce mal ? Je vous supplie d’en prendre l’avis du médecin, et, si cela est, d’en sortir au plus tôt et de prendre une maison dans notre faubourg, s’il y en a à louer, ou dans la ville. Et si tant est que vous n’en trouviez point à louer présentement et que celle de Mademoiselle Poulaillon soit encore en état, voyez si elle la vous voudrait prêter pour quelque temps, pendant lequel vous en trouverez quelque autre. Je vous supplie, Mademoiselle, de faire cela au plus tôt et tout votre possible pour vous bien porter.
Mon Dieu, que j’ai eu de la peine de m’en venir sans vous voir et que j’en ai de plus demeurer que je ne pensais (1) ! Oh bien ! votre charité me pardonnera celle-ci comme elle est accoutumée d’en supporter tant d’autres. Soyez cependant la plus gaie qui vous sera possible, et n’omettez point chose quelconque pour votre santé, pour l’amour de celui qui vous aime tant qu’il a donné sa vie pour vous.
Lettre 382. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Le saint était allé à Troyes faire la visite de la maison des missionnaires.
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Je suis encore ici pour sept ou huit jours, passés lesquels j’espère être au plus tôt à Paris (2), et m’en vas célébrer la sainte messe à ce qu’il plaise à Dieu que je vous trouve bien guérie et bien gaie pour le servir longuement dans l’œuvre auquel sa bonté vous a appelée.
Je suis un peu en peine de la santé de Madame la présidente Goussault. Je vous prie de m’écrire deux lignes de la disposition de l’une et l’autre (3), qui suis, en son amour, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Troyes, ce 4 juillet 1639.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à La Chapelle.
383. — A SAINTE JEANNE DE CHANTAL
De Troyes, ce 14 juillet 1639.
Ma très chère et très digne Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
étant venu en cette ville de Troyes, avec M. le commandeur de Sillery, pour y visiter la petite famille que nous avons dans ce diocèse, j’ai vu, par celle qu’il y a reçue de vous, ma très digne Mère, la réponse que vous lui faites sur la proposition de sa fondation de deux de notre petite compagnie pour travailler parmi les pauvres gens des champs de votre diocèse (l).
2). Saint Vincent était encore à Troyes le 28 juillet.
3). Madame Goussault et Louise de Marillac.
Lettre 383. — L. a. — Original au monastère de la Visitation d’Annecy.
1). Ce fut encore grâce aux largesses du commandeur de Sillery que
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Or, je vous dirai, ma très digne Mère, que j’ai reçu, avec une consolation que je ne vous peux exprimer, la proposition que m’a faite le commandeur de cette fondation, tant pource qu’il nous donne le moyen de travailler dans le diocèse des saints, que pource que c’est à l’abri et par la direction de notre digne mère et que par conséquent nous avons sujet d’espérer que Notre-Seigneur bénira les saintes intentions du bon Monsieur le commandeur et les petits travaux de ses missionnaires.
Et pource que vous désirez savoir en quoi consiste notre petite manière de vie, je vous dirai donc, ma très digne Mère :
Que notre petite compagnie est instituée pour aller de village en village à ses dépens, prêcher, catéchiser et faire faire confession générale de toute la vie passée au pauvre peuple ; de travailler à l’accommodement des différends que nous y trouvons, et de faire notre possible à ce que les pauvres malades soient assistés corporellement et spirituellement par la confrérie de la Charité, composée de femmes, que nous établissons aux lieux où nous faisons la mission, et qui le désirent ;
Qu’à cet emploi, qui est notre capital, et pour le mieux accomplir, la providence de Dieu a ajouté celui de retirer chez nous ceux qui doivent prendre les ordres, dix jours avant l’ordination, les nourrir et entretenir et leur enseigner pendant ce temps-là la théologie pratique, les cérémonies de l’église et à faire et pratiquer l’oraison
l’établissement d’Annecy fut fondé. Par contrat du 3 juin 1639, il donnait à saint Vincent 40.000 livres, à prendre sur les aides de Melun, pour l’entretien de deux prêtres et d’un frère en état de donner des missions, plus 5.000 livres pour l’achat de chapelets et de feuilles ou brochures de piété. Les missionnaires devaient se trouver à leur poste avant le 15 septembre et travailler gratuitement pendant huit mois de l’année dans les paroisses que l’évêque leur désignerait et tous les cinq ans, à partir de 1641, à Brie-Comte-Robert en Seine-et-Marne (Cf. Arch. Nat. S. 6716.)
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mentale selon la méthode de notre bienheureux Père Monseigneur de Genève (2), et cela à l’égard de ceux qui sont du diocèse où nous sommes établis ;
Que nous vivons dans l’esprit des serviteurs de l’évangile à l’égard de nos seigneurs les évêques, lesquels nous disant : "Allez là", nous y allons ; "venez ici", nous y venons ; "faites cela", nous le faisons ; et cela pour ce qui regarde les fonctions ci-dessus ; et pour le regard de la discipline domestique de la congrégation, elle dépend d’un supérieur général ;
Que la plupart d’entre nous avons fait les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, un quatrième de nous appliquer, toute notre vie, à l’assistance du pauvre peuple, et que nous travaillons à les faire approuver par Sa Sainteté (3) et demandons permission d’en faire un cinquième, qui est l’obéissance à nos seigneurs les évêques dans le diocèse desquels nous sommes établis, à l’égard des fonctions susdites (4) ;
Que nous sommes en la pratique de la pauvreté et de l’obéissance et travaillons, par la miséricorde de Dieu, à vivre religieusement, quoique nous ne soyons pas religieux. Nous nous levons, le matin, à quatre heures, employons une demi-heure à nous habiller et à faire notre lit, faisons une heure d’oraison mentale ensemble à l’église, récitons prime, tierce, sexte et none ensemble ; puis nous célébrons nos messes, chacun à son rang ; cela fait, chacun se retire à sa chambre pour étudier. A dix heures et demie, l’on fait un examen particulier sur la vertu qu’on tâche d’acquérir ; puis l’on s’en va au réfectoire, où l’on dîne, avec portion et lecture de table ; cela fait, l’on va adorer le Saint-Sacrement ensemble et
2). Saint François de Sales.
3). Urbain VIII.
4). Ce projet ne se réalisa pas.
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dire l’Angelus Domini nuntiavit Mariae, etc., et l’on fait ensuite une heure de récréation ensemble ; après quoi chacun se retire à sa chambre jusqu’à deux heures, qu’on récite vêpres et complies ensemble. Après cela, l’on retourne étudier à sa chambre jusqu’à cinq heures, qu’on récite matines et laudes ensemble. Puis l’on fait un autre examen particulier, et l’on soupe ensuite et puis l’on fait une heure de récréation, laquelle achevée, on va à l’église faire l’examen général, les prières du. soir et la lecture des points de l’oraison du lendemain au matin. Cela fait, l’on se retire à sa chambre et se couche à neuf heures.
Quand nous sommes en mission à la campagne, nous faisons de même, à cela près qu’on va à l’église à six heures du matin pour célébrer la sainte messe et confesser, en suite de la prédication qu’un de la compagnie vient de faire en suite de la sainte messe qu’il a dite auparavant ; l’on confesse jusques à onze heures ; puis l’on s’en va dîner et l’on retourne à l’église à deux heures pour y confesser jusques à cinq heures ; en suite de quoi l’un fait le catéchisme, et les autres s’en vont dire matines et laudes, pour souper à six heures.
L’on a pour maxime de ne point prêcher, catéchiser, ni confesser dans les villes où il y a évêché et de ne point sortir d’un village que tout le peuple ne soit instruit des choses nécessaires au salut et que chacun n’ait fait sa confession générale ; et l’on va en peu de lieux où il reste quelqu’un qui y manque. Comme l’on a fait dans un village, l’on s’en va en un autre, où l’on fait de même. L’on travaille depuis environ la Toussaint jusques à la Saint Jean et l’on laisse les mois de juillet, août et septembre et une partie d’octobre au peuple pour faire la moisson et les vendanges ; et comme l’on a travaillé vingt jours ou environ, l’on se repose huit ou dix jours ;
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puis l’on retourne au travail, n’étant point possible de subsister longtemps au delà à ce travail sans ce repos et celui d’un jour par semaine.
Nous faisons nos solitudes tous les ans, tenons chapitre tous les vendredis au matin, où chacun s’accuse de ses manquements, reçoit la pénitence que le supérieur lui donne et est tenu de l’accomplir ; et deux prêtres et deux frères demandent à la compagnie la charité d’être avertis de leurs manquements et après ceux-là d’autres, chacun à son tour, et le soir du même jour l’on fait une conférence sur le sujet de nos règles et de la pratique des vertus, où chacun dit les pensées que Notre-Seigneur lui a données, sur le sujet duquel l’on confère, en faisant son oraison là-dessus.
L’on ne sort jamais sans congé, ni que deux à deux, et, au retour, chacun va trouver le supérieur pour lui rendre compte de ce qu’il a fait. L’on n’écrit ni reçoit des lettres que le supérieur ne les ait vues et ne l’agrée. Chacun est obligé d’agréer que ses fautes soient charitablement rapportées à son supérieur et à s’étudier à recevoir et à donner les avertissements qu’il faut aux autres. L’on observe le silence depuis le soir jusqu’à la fin du dîner le lendemain et après la récréation du matin jusques à celle du soir.
L’on fait deux ans de séminaire, qui est à dire de noviciat, où l’on est exercé assez exactement, par la miséricorde de Dieu, en sorte que, pour plusieurs raisons, les séminaristes ne communiquent point avec les prêtres sans congé.
Ladite congrégation est approuvée par Sa Sainteté et établie dans la ville et dans le faubourg de Saint-Denis à Paris, dans les diocèses de Poitiers, de Luçon, de Toul, d’Agen et de Troyes.
Voilà, ma très chère et très digne Mère, notre petite
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manière de vie. Vous nous ferez la charité, pour l’amour de Notre-Seigneur, de nous donner vos avis sur cela, s’il vous plaît, et vous pouvez croire, ma chère Mère, que je les recevrai comme venant de la part de Dieu, pour l’amour duquel je vous demande cette charité (5)…
Je ne vous dis rien de vos chères filles de Paris, sinon qu’il me semble qu’elles s’avancent de plus en plus en l’amour de leur divin Sauveur. J’ai un grand pardon à vous demander de ce que je ne les ai point visitées il y a longtemps. Celles d’ici 6 sont aussi en odeur et suavité, et certes avec sujet. Vous ne sauriez croire, ma chère Mère, combien l’esprit de Notre-Seigneur paraît en la Mère (7) et en la déposée (8), ni combien le reste de la maison va bien, vu les difficultés qu’elle a eues par le passé.
Or sus, ma chère Mère, permettez-vous que je vous de mande si votre bonté la non pareille me laisse encore le bonheur de la jouissance de la place qu’elle m’a donnée dans son cher et tout aimable cœur ? Certes, je le veux espérer, quoique mes misères m’en rendent très indigne. Au nom de Dieu, ma chère [Mère] (9), continuez-
5). Nous regrettons vivement de n’avoir pu déchiffrer trois lignes, volontairement noircies d’encre sur l’original.
6). De Troyes.
7). Françoise-Madeleine Ariste, élue le 20 mai 1638. Saint Vincent l’avait connue au premier monastère de Paris, où elle avait commencé sa vie religieuse, et au second monastère, où elle avait suivi en 1626 la Mère de Beaumont. Cette pieuse Visitandine mourut à Troyes le 10 juin 1667, après avoir gouverné la maison pendant douze ans.
8). Nom donné à la supérieure qui sort de charge. Il s’agit ici de la Mère Claire-Marie Amaury, qui avait dirigé le monastère pendant un peu plus de deux triennats, du 6 juillet 1631 au 20 mai 1638, fut réélue en 1641 et mourut le 10 octobre 1651. Dès la première année de son entrée au premier monastère de Paris, la Mère Amaury resta pendant sept mois en proie à une horrible tentation, dont saint Vincent lui-même a fait le récit au procès de béatification de saint François de Sales. (Abelly, op. cit., t. II, chap. VII, p. 331 et suiv. ; Annales Salésiennes, 20 déc. 1907, p. 213 ; Année Sainte, t. x, p. 225.)
9). Mot oublié dans l’original.
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moi, s’il vous plaît, cette grâce. Je suis, dans cette confiance, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL
prêtre de la Mission.
Suscription : A ma très digne Mère, ma très digne Mère de Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation Sainte-Marie, à Annecy.
384. — A LEONARD BOUCHER, PRêTRE DE LA MISSION, A TOUL
De Troyes, ce 20 juillet 1639.
Monsieur,
J’ai reçu deux de vos lettres depuis que je suis ici, l’une par la voie de Paris, l’autre par ce porteur au premier voyage qu’il vous a été trouver (1) La dernière dit peu de chose ; la première me fait voir la diligence que vous avez faite pour envoyer mes lettres. Je vous remercie également de l’une et de l’autre, comme aussi de ce que vous me dites touchant la difficulté que nous avons avec le bon Monsieur Fleury ; à quoi je n’ai à dire autre chose que ce que j’ai écrit à Monsieur le président (2) sinon qu’il est à souhaiter que nous ayons, vous et moi, un peu plus d’estime des maximes de l’évangile que nous n’avons pas, et que je vous prie de faire oraison un jour sur ces paroles : "A qui t’ôtera la soutane, donne-lui aussi ton manteau (3)" ; et sur celles-ci : Inquire pacem et prosequere eam (4) ; et une autre sur ces paroles : quae
Lettre 384. — Reg 2, p. 279.
1). A Toul, où était Léonard Boucher.
2). M. le président de Trélon, neveu du commandeur de Sillery.
3). évangile de saint Matthieu V, 40.
4). Psaume XXXIII, p. 15.
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cumque dixerint vobis facite (5), et sur celles-ci : qui vos audit me audit, et qui vos spernit me spernit (6) ; et vous prendrez la peine de me mander les pensées que Notre-Seigneur vous donnera là-dessus et ensuite les résolutions que vous prendrez. Je serai consolé de voir cela (7).
Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre…
385. — A LOUISE DE MARILLAC
De Troyes, ce 28 juillet 1639.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’étais en peine ; l’on m’avait mandé que vous vous étiez trouvée un peu plus mal. Monsieur Portail me manda hier le contraire, et votre lettre me le fait voir. J’en loue Dieu et le prie qu’il vous redonne une parfaite santé. Faites-y votre possible, Mademoiselle, je vous en supplie, pour l’amour de Notre-Seigneur.
Quel remède pour empêcher le rabais de votre rente au denier dix-huit ?.. A l’égard de M. Arnaud, je n’en vois point, puisque le prince l’a ainsi ordonné. Vous pourrez encore par pareil recours et rencontre l’augmenter, en achetant des rentes sur le sel ; mais vous en savez le risque… Les honnêtes gens vous paient bien. Je ne vois point de lieu d’y faire autrement.
5). évangile de saint Jean II, 5.
6). évangile de saint Luc X, 16.
7). La congrégation de la Mission était en procès avec l’ordre du Saint-Esprit.
Lettre 385. — Gossin, op. cit., p. 438, d’après l’original communiqué par l’abbé Dumesnil, chanoine de * Saint-Louis de Versailles. Le texte de la lettre est malheureusement incomplet, M. Gossin n’ayant pas su déchiffrer en deux endroits l’écriture de saint Vincent.
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Je serai bien aise, au retour, de voir ce que vous me dites de vos pensées à l’égard de la providence, comme je le suis de ce que vous avez envoyé l’honneur de votre souvenir à Saint-Sulpice.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de Madame Goussault. J’espère vous voir toutes deux vers la fin de cette semaine où nous allons entrer, et suis à jamais, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
386. — A LOUISE DE MARILLAC
[1639] (1)
… Jeanne, renvoyez-la, et dites-lui que c’est pour avoir battu sa compagne. Donnez-lui quelque chose et laissez passer la fête de demain. Elle sera bien avec celles de Saint-Sauveur jusques à ce qu’elle ait trouvé condition, et dites aux autres que ce n’est pas la première fois qu’elle a battu, qu’on lui avait pardonné le reste, mais que le scandale serait trop grand qu’il fût dit des Filles de la Charité qu’elles se battent comme chien et chat. Dites-en un mot à Madame la présidente Goussault et pensez s’il serait à propos d’en parler aux autres officières.
Je tâcherai d’avertir M. Renar sans vous nommer. Vous avez raison pour les médailles. Usez-en, s’il vous plaît, comme vous me mandez.
Lettre 386. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Les lettres 386, 387 et 388 se tiennent. Elles sont antérieures à la mort de Madame Goussault (20 septembre 1639) et postérieures à la fondation de l’œuvre des Enfants trouvés (1638). La place donnée aux mots "De Saint-Lazare, ce jeudi matin" en tête de la lettre 338, nous montre qu’elle est de 1639 au plus tôt. C’est donc en 1639 que nous devons les placer toutes trois. Le commencement de l’original de la lettre 386 a été découpé et perdu.
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Si j’oubliais de vous renvoyer sainte Brigitte (2) un jour de cette semaine, faites-m’en ressouvenir, s’il vous plaît.
Je vous prie de communier demain pour un affaire, à ce qu’il plaise à Dieu que deux personnes n’entrent point dans la désunion de la Charité dont Notre-Seigneur les a liées.
Je vous souhaite le bon jour et à votre bonne petite malade aussi. Je ne vous recommande point le soin qu’il en faut avoir, pource que vous n’en [manquerez pas, voyant en elle Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis et celui de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.
387. — A LOUISE DE MARILLAC
[1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais I
Vous me paraissez dans la pressure du cœur. Vous craignez que Dieu ne soit fâché et qu’il ne veuille point du service que vous lui rendez, à cause qu’il vous prend vos filles. Tant s’en faut, Mademoiselle. C’est un signe qu’il le chérit, puisqu’il en use de La sorte ; car il vous traite comme sa chère épouse l’église, au commencement de laquelle non seulement il faisait mourir la plupart par la mort naturelle, mais aussi par supplices et des tourments. Qui n’aurait dit, à voir cela, qu’il était
2) La vie de sainte Brigitte.
Lettre 387 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Voir lettre 386, note 1.
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en colère contre ces jeunes et saintes plantes ? Ne croyez donc plus cela, ains le contraire.
Puisque vous en êtes d’avis, je ferai chercher cette grande Jeanne, ou, si vous savez où elle est, envoyez-la-moi, s’il vous plaît. J’ai dit qui elle est à Madame de Herse (2).
Hubert (3) n’est point allé en Picardie ; je doute si je l’y enverrai si tôt. Il verra sa sœur (4) avant partir.
Je ne gagnerai rien à ce prêtre ; vous y ferez plus que moi
Vous êtes étrange d’appréhender ainsi mon départ. Soyez en repos ; mon voyage est rompu. Le plus long que je prévois, c’est celui de Pontoise demain.
Au nom de Dieu, Mademoiselle, aimez votre indigence et soyez tranquille. C’est l’honneur des honneurs que vous pouvez rendre présentement à Notre-Seigneur, qui est la tranquillité même.
Pourrez-vous point vous rendre aujourd’hui chez Madame la présidente Goussault ? J’en serais bien aise. Cela vous divertirait un peu dans les continuels travaux que vous avez. Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
2 Madame de Herse avait envoyé Jeanne à Louise de Marillac
3). Hubert Bécu, frère coadjuteur.
4). Marie Bécu, Fille de la Charité. Elle était alors à la maison-mère.
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388. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce jeudi matin [1639] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne sais qui a dit à vos filles que je me porte mal. Par la miséricorde de Dieu, je me porte bien. Plaise à sa bonté me faire la grâce de faire bon usage de la santé qu’il me donne !
Je pense que vous ferez bien d’écrire à cette bonne fille que nous sommes consolés de ce que Notre-Seigneur lui a fait voir sa faute, d’avoir écouté cette tentation, qu’il faut qu’elle fasse bon usage de la grâce que Dieu lui a faite, qu’il faut qu’elle informe bien son esprit de cette vérité, que tous les gens de bien sont condamnés de Dieu à souffrir de la tentation, que celle-là et d’autres ne lui défaudront jamais, si elle est fidèle à Dieu, et qu’en quelque lieu et en quelque condition elle sera toujours tentée et peinée, qui est sa croix ; que si elle veut suivre J.- C., qu’il faut qu’elle la porte.
L’assemblée (2) ne se saurait faire demain. Nous avons indiqué celle des Enfants 3 à demain chez Mademoiselle Viole.
Je fis connaître hier au soir à cette grosse Jeanne qu’il faut qu’elle se retire ; que je vous ai baillé cinquante livres, qu’elle m’envoya par Madame Forest. Il me semble qu’il y avait 52 livres ; elle dit dix-huit écus ; nous lui ferons bailler le surplus. Elle pensait que Madame
Lettre 388. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Voir lettre 386, note 1.
2). L’assemblée des dames de la Charité.
3.) L’assemblée des dames pour les Enfants trouvés.
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de Herse m’eût baillé cent francs, qu’elle dit que cette bonne dame a à elle. Je lui ai dit qu’elle les demande. Je pense qu’il est bon que vous agissiez selon cela doucement, mais fortement et efficacement.
Vos eaux viendront aujourd’hui.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
389 — SAINTE CHANTAL A SAINT VINCENT
[Annecy, 1639]
Vive Jésus !
…Au reste, mon très cher Père, ce m’est une consolation extrême d’espérer d’avoir ici de vos chers enfants ; notre tout bon et cher père M. le commandeur de Sillery nous l’a promis. N’est-il pas incomparable en sa charité, et nous très obligées à la divine Providence de nous avoir donné un tel appui ? Bénie soit-elle éternellement ! Vous nous manderez bien, mon très cher Père, tout ce qui sera requis de faire et de savoir pour la consolation de ce bon serviteur de Dieu.
Je supplie sa douceur infinie de vous conserver longuement pour sa gloire et l’utilité de la sainte église. Conservez-moi en votre souvenir devant Dieu et en votre affection paternelle, puisque je suis de tout mon Cœur, quoique indigne, etc.
Mon cher Père, quand je considère les fruits que ces deux bons ouvriers feront en ce grand et nombreux évêché, j’en suis ravie et m’assure de votre piété et zèle en la divine gloire, que vous ferez faire cet établissement si solide qu’il ne puisse jamais déchoir, ni pour la disette d’hommes, ni de moyens qui pourrait arriver en votre congrégation. Faites-nous aussi savoir comme il faut les lits et autres ameublements nécessaires à vos bons pères.
Lettre 389. — Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, sa vie et ses œuvres, t. VIII, p. 163, lettre 1633.
1) Date de la fondation d’Annecy. Il semble que la lettre 390 répond à celle-ci.
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390. — A SAINTE JEANNE DE CHANTAL
Ma très chère et digne Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre sans date, que M. le commandeur m’a fait l’honneur de me rendre, sans date, et vous pouvez penser, ma très digne Mère, avec quelle révérence et affection ç’a été, puisque c’est une lettre de mon unique Mère et qu’elle est pleine de l’odeur et de la suavité de son esprit. Jésus ! ma chère Mère, qu’elle a embaumé mon pauvre cœur ! Or sus, béni soit celui pour l’amour duquel votre bonté s’offre à nous recevoir, à nous loger et à nous meubler (1) ! Je ne vous en remercie point, ma chère Mère, pource que je n’en suis pas digne ; mais je prie Dieu qu’il soit lui-même votre remerciement et votre récompense… (2).
A ce que votre charité me dit touchant la mission, qu’on l’établisse de sorte qu’elle ne manque point ci-après faute d’hommes, ni d’argent ; or, je vous dirai, quant aux hommes, ma chère Mère, que l’affermissement de la compagnie, que je vous ai dit que nous moyennons à Rome, par celle que je vous ai écrite de Troyes,
Lettre 390. — L. a. — Original à la Visitation d’Annecy..
1). Par le contrat du 3 juin 1639, le commandeur de Sillery avait promis aux missionnaires d’Annecy de leur procurer le logement et l’ameublement. Il n’avait pas encore tenu parole. Le 26 janvier suivant, les missionnaires le déchargeaient de sa promesse, moyennant 2.000 livres tournois, qui devaient servir, avec 1.000 autres livres, à l’achat d’une maison. Ils s’installèrent, pour commencer, dans un local offert, préparé et aménagé par sainte Chantal.
2). Nous omettons ici quarante lignes de l’original surchargées de ratures. Il est profondément regrettable, répétons-le, qu’on ait pris tant de soin pour nous cacher ce qu’un saint écrivait à une sainte.
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est l’affermissement des lieux particuliers où elle sera établie, moyennant l’aide de Dieu, que je vous prie de lui demander à cet effet ; et, pour le regard du bien, que Monsieur le commandeur m’a fait l’honneur de me dire que, s’il vend de son bien, qu’il nous baillera le fonds de la rente qu’il nous a donnée, et que nous en emploierons en fonds d’héritage en vos quartiers autant qu’il faudra pour l’entretien de ces deux missionnaires et d’un frère ; et que, cela étant, s’il plaît à Notre-Seigneur de donner sa bénédiction à ce bon œuvre, il ne manquera point faute d’hommes, ni faute d’argent. Monsieur le commandeur semble n’en vouloir point demeurer à ce nombre-là (3). Le saint nom de Dieu en soit béni !
Je vous ai dit quantité de choses à l’avantage de cette petite compagnie (4.) Certes, ma chère Mère, cela me fait peur ; c’est pourquoi je vous supplie d’en beaucoup diminuer et de ne point dire cela à personne. La trop grande réputation nuit beaucoup et fait d’ordinaire, par un juste jugement de Dieu, que les effets ne répondent point à l’attente, soit pource que l’on tombe en élation d’esprit ou pource que le public réfère aux hommes ce qui n’est dû qu’à Dieu seul. C’est pourquoi je supplie derechef très humblement votre charité de ne point souffrir en votre esprit les pensées que ce que M. le commandeur vous dit de nous vous pourraient donner et moins encore d’en parler à personne. Hélas ! ma digne Mère, si vous saviez notre ignorance et le peu de vertu que nous avons, vous auriez grand’pitié de nous ! Vous le verrez néanmoins, en effet, par ces deux que nous enver-
3.) Le 26 février 1640, il faisait une nouvelle donation pour permettre d’élever à quatre le nombre des prêtres et à deux celui des frères. (Cf. Arch. Nat. S 6716.)
4). Saint Vincent croit avoir dit trop de bien de sa Compagnie dans sa lettre du 14 juillet. Il s’efforce ici de la rabaisser pour se punir d’en avoir parlé avec trop de complaisance.
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rons (5) ; et c’est ce qui me console, pource que vous prierez Dieu pour nous avec plus de compassion de notre misère ; et pource que je vous dis ceci les larmes aux yeux, en la vue de la vérité de ce que je vous dis et des abominations de ma pauvre âme, je vous supplie, ma chère Mère, d’offrir à Dieu la confusion que j’en ai et la confession que je vous en fais en la présence de sa divine Majesté, et de me pardonner si j’abuse de votre patience en vous disant ainsi mes pauvres sentiments, qui suis à ma très digne et très unique mère, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, ma très digne Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL
prêtre de la Mission.
Ma digne Mère, M. le commandeur a désiré que je vous envoie un mémoire du petit ameublement qu’il nous faut et que sa charité nous doit fournir.
Suscription : A ma Révérende Mère de Chantal, fondatrice de l’Ordre de la Visitation et supérieure du monastère d’Annecy, à Annecy.