Correspondance (page 17)
283 verso
3. L’entrée des ordinands à la Mission et l’instruction se font avant la réception des saints Ordres.
4. Les ordinands demeurent onze jours à la Mission.
5. L’on leur enseigne le matin la théologie pratique, qu’on leur fait répéter ensuite, comme à des enfans au catéchisme, et le soir l’on fait l’entretien sur le pontifical. Le long de la journée, outre ladite répétition, l’on enseigne les cérémonies. Et dès que l’on est levé, l’on fait ensemble l’oraison mentale, dont l’on rapporte les pensées que l’on a eues en icelle.
6. L’on ne donne point de témoignage par écrit aux ordinands comment ils ont fait les exercices.
Texte à l’authentique
283 recto
Monsieur Vincent est prié de mander par écrit quel est l’ordre qui s’observe en leur maison pour l’instruction des clercs qui doivent estre promeus aux Ordres sacrez
1. Par l’autorité de qui ils sont envoiez en ladite maison.
2. Si c’est après ou devant l’examen qui se fait desdits clercs par les officiers de l’Archevesché pour sçavoir la capacité de chacun de ceux qui se présentent pour lesdits ordres.
3. Si la susdite instruction se fait devant ou après la promotion de ceux qui sont admis aus Ordres sacrez.
4. Combien de jours ils demeurent en leur maison pour recevoir ladite instruction.
5. Sur quels points ils sont princimalement instruictz et quel ordre l’on y observe.
6. Si après icelle l’on baille à chacun d’eux quelque témoignage par écrit de l’instruction qu’ils ont acquise pendant leur demeure en ladite maison.
Responce aux points cy dessus
1. Quant au premier, c’est Monseigneur l’Archevesque de Paris qui envoie les ordinands à la Mission.
2. Les ordinands sont examinez avant d’estre envoiez à la Mission, par les officiers de monseigneur l’Archevesque.
283 verso
3. L’entrée des ordinands à la Mission & l’instruction se font avant la réception des saintz Ordres.
4. Les ordinands demeurent onze jours à la Mission.
5. L’on leur enseigne le matin la théologie practique, qu’on leur fait répéter ensuite, comme à des enfans au catéchisme, et le soir l’on fait l’entretien sur le pontifical. Le long de la journée, outre ladite répétition, l’on enseigne les cérémonies. Et dès que l’on est levé, l’on fait ensemble l’oraison mentale, dont l’on rapporte les penséesque l’on a eues en icelle.
6. L’on ne donne point de témoignage par écrit aus ordinands comme ils ont fait les exercices.
CONGRéGATION de la MISSION, Province de Paris,
88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.
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SAINT VINCENT DE PAUL
CORRESPONDANCE
Tome II
417. — A LOUISE DE MARILLAC, A ANGERS
De Paris, ce 11 janvier 1640.
Mademoiselle,
J’ai reçu trois de vos lettres cette semaine, dont j’ai une consolation qu’il n’y a que Dieu seul qui le puisse exprimer, qui est le seul qui me la puisse donner ; mais cette consolation souffre par-ci par-là quelque intervalle, par ce que vous me dites de l’état de votre mal. Je vous prie, Mademoiselle, de le faire toujours, et, quand vous serez en état, qu’on vous envoie une litière pour vous en venir, et de faire tout votre possible pour vous bien guérir.
Vu que ces Messieurs (1) veulent traiter par écrit, vous le ferez, in domine Domini, et ferez faire le traité à votre nom comme directrice des Filles de la Charité, servantes des pauvres malades des hôpitaux et des paroisses, sous le bon plaisir du supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, directeur desdites Filles de la Charité. Et là où il est fait mention, dans leur petit règlement, qu’elles dépendront, [en ce qui n’est pas] (2) de l’hôpital, des supérieurs de Paris, vous pourrez exprimer ledit supérieur. Que si l’on vous
Lettre 417. — Manuscrit Saint-Paul, p. 60.
1). Les administrateurs de l’hôpital d’Angers.
2). Le manuscrit Saint-Paul a évidemment omis quelques mots ; ceux que nous ajoutons donnent un sens à la phrase. Au reste, voici
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demande les lettres de l’érection de ce corps, vous direz qu’on n’en a point d’autre que celle du pouvoir qui a été donné audit supérieur, directeur des confréries de la Charité, comme l’on fait partout, notamment en ce diocèse-là, à Bourgneuf (3), aux terres de Madame Goussault, ce me semble, toutefois je n’en suis pas bien assuré, [et] à Richelieu, dans le diocèse de Poitiers.
Vous ferez bien d’envoyer quérir les filles de Richelieu (4) et cela au plus tôt, pource que, la contagion y allant cesser, elles recommenceront à travailler.
L’on prie Dieu pour vous en bien des endroits de Paris ; chacun s’intéresse à votre santé ; vous ne sauriez croire à quel point cela va.
14 janvier 1640.
La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu de toutes celles que je vois, par la vôtre du 10 décembre, que sa bonté fait à Monseigneur de Bayonne, et le prie qu’il les lui continue. O Monsieur, que ce peuple-là est étonné, à mon avis, de voir son prélat vivre en vrai évêque, en suite de tant de
l’article du règlement : "Elles obéiront à leurs supérieurs d’ici pour La discipline et conduite intérieure, et à Messieurs les administrateurs pour l’extérieure qui regarde leurs règlements de l’hôpital pour l’assistance des pauvres, et à la supérieure d’entre elles pour l’exécution desdits règlements, et généralement en tout ce qu’elle leur ordonnera".
3). * Hameau de la commune de la Chapelle-Saint-Laud, arrondissement de Baugé (Maine-et-loire).
Barbe et Louise.
Lettre 418. — Dossier de Turin, copie du XVIIIe siècle prise sur l’original. Cet original fut envoyé au grand-duc de Toscane le 20 janvier 1704 par François Watel, supérieur général de la Mission.
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siècles qu’ils ont été privés d’un pareil bonheur ! Certes, Monsieur, j’ai une parfaite confiance en la bonté de Dieu, qui a appelé Monseigneur au ministère d’une manière si éloignée d’apparence, qu’il lui donnera toutes les grâces requises pour continuer et se perfectionner en la manière de vie qu’il a commencée, et que les bons anges corporels qu’il a mis auprès de lui en feront de même. Hélas ! Monsieur, que ne doit-on pas espérer en faveur d’un prélat qui a si bien réglé sa vie, celle de ses domestiques, qui fait tant d’aumônes corporelles et spirituelles dans son diocèse, qui a tant de soin des pauvres prisonniers, qui a bénédiction à la conversion des hérétiques, qui n’admet point les femmes en sa maison, ni ad proximiora sacri altaris, qui a composé son conseil du mieux qu’il a pu et veut agir avec son avis ? Que ne doit-on pas espérer, dis-je, de grâces et de bénédictions sur un tel prélat et sur ceux quos vocavit in sortem operis ejus ? Certes, il n’y a point de bien ni de concours, du côté de Notre-Seigneur, que lui et vous ne deviez espérer.
Hélas ! Monsieur, que vous faites confus le fils d’un pauvre laboureur, qui a gardé les brebis et les pourceaux, qui est encore dans l’ignorance et dans le vice, de lui demander ses avis ! Je vous obéirai néanmoins dans le sentiment de ce pauvre âne (1) qui a d’autre fois parlé par l’obéissance qu’il devait à celui qui lui commandait, à condition que, comme l’on ne fait point état de ce que disent les fols, pour ce qu’ils disent, qu’aussi mondit seigneur ni vous n’aurez aucun égard à ce que je vous dirai, sinon autant que mondit seigneur le trouvera rapportant à ses meilleurs avis et aux vôtres.
Je vous dirai donc premièrement, à l’égard des religieux
1) âne ou plutôt l’ânesse de Balaam. (Livre des Nombres XXII, 28)
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en général, que je pense qu’on ferait bien de traiter avec eux comme Notre-Seigneur avec ceux de son temps, qui est de leur montrer premièrement, comme lui, par exemple, comme ils doivent vivre ; car un prêtre doit être plus parfait qu’un religieux comme tel, et beaucoup plus un évêque. Et après leur avoir parlé par exemple, un temps notable (Notre-Seigneur leur parla ce langage trente ans durant), après cela il leur parla doucement et charitablement et enfin fermement, sans pourtant user contre eux de suspension, d’interdiction, d’excommunication et sans les priver de leur exercice. Voilà, Monsieur, comme Notre-Seigneur en a usé. Or, j’ai une parfaite confiance qu’un prélat qui en usera de la sorte profitera plus à ces sortes de personnes que toutes les censures ecclésiastiques ensemble. Notre-Seigneur et les saints ont plus fait en souffrant qu’en agissant, et c’est ainsi que le bienheureux évêque de Genève (2) et, à son exemple, feu M. de Comminges (3) se sont sanctifiés et ont été la cause de la sanctification de tant de milliers d’âmes.
Ce que je vous dis, Monsieur, vous paraîtra rude ; mais que voulez-vous ? J’ai de si grands sentiments des vérités que Notre-Seigneur nous a enseignées de parole et d’exemple que je ne puis que je ne voie que tout ce qu’on fait selon cela réussit toujours parfaitement bien, et les pratiques contraires tout au contraire. Oui, mais ils mépriseront un prélat qui en usera de la sorte. Il est vrai, et il le faut pour honorer la vie du Fils de Dieu en tous ses états par nos personnes, comme nous faisons par nos conditions ; mais il est vrai aussi qu’après avoir souffert
2 Saint François de Sales.
3). Barthélémy Donadieu de Griet, évêque de Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne), mort le 12 novembre 1637. (La vie de messire Barthélémy de Donadieu de Griet, évêque de Comenge, par E. Molinier, Paris, 1639, in-8.)
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quelque temps et autant qu’il plaît à Notre-Seigneur et avec Notre-Seigneur, il fait que nous faisons plus de bien en trois années de vie que nous n’en ferions en trente. Mais que dis-je ? Certes, Monsieur, je ne pense pas qu’on en puisse faire pour tout autrement. L’on fera bien des règlements ; l’on usera de censures ; l’on privera de confesser, de prêcher et de quêter ; mais pour tout cela l’on ne s’amendera jamais ; et jamais l’empire de Jésus-Christ ne s’étendra ni conservera dans les âmes par là. Dieu a d’autres fois armé le ciel et la terre contre l’homme. Hélas ! qu’y a-t-il avancé ? Et n’a-t-il pas fallu enfin qu’il se soit abaissé et humilié devant l’homme pour lui faire agréer le doux joug de son empire et de sa conduite ? Et ce qu’un Dieu n’a pu faire avec toute sa puissance, comment le fera un prélat avec la sienne ? Selon cela, Monsieur, j’estime que mondit seigneur a raison de ne pas fulminer excommunication contre ces religieux propriétaires, ni même d’empêcher si tôt ceux qu’il a examinés et approuvés une fois d’aller prêcher les carêmes et les avents ès paroisses des champs auxquelles il n’y a point de station désignée, pource que cela leur paraîtrait rigide et au delà. Les curés et les peuples qui ont leurs affections particulières se trouveraient gênés. Que si quelqu’un abuse du ministère, in nomine Domini, votre sage conduite y saura bien remédier.
Quant à la religieuse que vous me dites être nécessaire en son monastère et qui fait néanmoins des brigues et des desseins et peut ainsi gâter les autres, je ne sais que vous répondre là-dessus, Monsieur, pource que vous ne vous expliquez pas. Si vous jugez expédient de m’en récrire, il sera bon que vous me disiez en quoi elle est nécessaire et si elle est d’un Ordre auquel l’on transfère les religieuses.
Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire pour le présent
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avec grande hâte et à bâtons rompus. Votre charité excusera les défauts que vous trouverez dans tout ce que je vous dis et me fera celle d’assurer Monseigneur de Bayonne de mes obéissances, et Messieurs Perriquet (4), Le Breton et Dumesnil de mes services, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
419. — A LOUISE DE MARILLAC, A ANGERS
De Paris, ce 17 janvier 1640.
Mademoiselle,
Mon Dieu, Mademoiselle, que vous m’obligez de m’écrire à toute main ! Mais quoi ! vous ne me mandez point l’état de votre maladie. Je vous supplie, Mademoiselle, de le faire exactement, afin que je vous envoie une litière, lorsque vous serez en état de vous en revenir, au plus tôt que votre indisposition le vous pourra permettre. Oh ! que votre présence est nécessaire ici, non seulement pour vos filles, qui se portent assez bien, mais aussi pour les affaires générales de la Charité !
L’assemblée générale des dames de l’Hôtel-Dieu se fit jeudi passé. Madame la princesse (1) et Madame la duchesse d’Aiguillon l’honorèrent de leur présence. Jamais je n’ai vu la compagnie si grande, ni tant de modestie ensemble. L’on y résolut de prendre tous les enfants
4). Il était, comme Louis Abelly, vicaire général de François Fouquet, évêque de Bayonne
Lettre 419. — Manuscrit Saint-Paul, p. 62.
1). Charlotte-Marguerite de Montmorency, femme de Henri II de Bourbon, premier prince du sang, prince de Condé, duc d’Enghien, pair et grand maître de France. cette charitable princesse, mère du grand Condé, perdit son mari le 26 décembre 1646 et mourut elle-même à Châtillon-sur-Loing le 2 décembre 1650.
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trouvés. Vous pouvez penser, Mademoiselle, que vous n’y fûtes pas oubliée.
Je vous ai mandé qu’il sera bon que vous stipuliez comme directrice de la compagnie des pauvres filles de villages de la Charité, sous le bon plaisir du supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, directeur de la congrégation desdites filles (2) ; mais je vous prie, Mademoiselle, de faire cela au plus tôt et de partir d’Angers incontinent après que vous aurez passé les articles, lesquels je vous prie de dresser au plus tôt (3).
J’écris à M. Lambert qu’il vous envoie vos filles de Richelieu (4) ; mais, si toutes choses sont disposées pour vous en venir, ne les attendez pas ; envoyez-leur plutôt un homme, pour qu’elles vous aillent attendre à Tours, si vous pensiez qu’elles ne puissent vous trouver à Angers.
420. — A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 22 janvier 1640.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je revins hier au soir des champs et trouvai celle que vous écrivez à M. Dehorgny, du 14 de ce mois. Votre lettre me fait juger que vous ne recevez pas les miennes. Je vous ai écrit toutes les semaines, et n’y a que trois jours de la dernière fois. Cela me fait juger que mes lettres ne vous sont pas rendues.
2). Voir lettre 417
3). Le traité fut signé le 1er février.
4) Barbe Angiboust et Louise. Saint Vincent voulait leur donner la consolation de revoir Louise de Marillac.
Lettre 420. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.
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Voici la - réponse aux choses principales que vous m’écrivez. Premièrement, touchant les articles [de] (1) Messieurs les maîtres de l’hôpital (2) qu’il me semble que vous ferez bien de les passer sous votre nom, comme directrice des pauvres Filles de la Charité, sous le bon plaisir du supérieur général de la compagnie des prêtres de la Mission, directeur desdites filles. Quant aux conditions, je ne sais que vous dire sans les voir, sinon que, s’ils veulent que ce soit selon les articles de leur règlement et pour leur dépense, je pense qu’il leur faut pour le moins cent francs pour chacune ou vingt-cinq écus.
Pour votre retour, je vous prie que ce soit le plus tôt qu’il vous sera possible et de prendre un brancard et de louer à cet effet deux bons forts chevaux. Je vous aurais envoyé une litière, n’était que je ne sais lequel il vous faut, une litière ou un brancard. Le dernier me semble plus commode. Je vous supplie, Mademoiselle, de ne vous rien épargner et, quoi qu’il coûte, de prendre ce qui vous sera le plus commode. Un seigneur de condition m’ôte la plume de la main et me fait vous dire que je vous attends avec le cœur que Notre-Seigneur et sa sainte Mère savent. Je suis, en leur amour, v. s.
V DEPAUL.
Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, directrice des Filles de la Charité, de présent à l’hôpital d’Angers, à Angers.
1). L’original porte que et non de. Telle quelle, la phrase n’a pas de sens. Nous ne saurions affirmer que notre changement correspond bien à la pensée de saint Vincent ; car il pourrait se faire que le saint eût par distraction laissé le membre de phrase inachevée. Dans cette hypothèse, il faudrait laisser que et ajouter quelques mots après tes maîtres de l’hôpital
2). Les administrateurs de l’hôpital. Saint Vincent les appelle tantôt maîtres de l’hôpital tantôt pères des pauvres.
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421. — A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 28 janvier 1640.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis été fort consolé de ce que vous m’avez mandé l’espèce de votre maladie, dans l’espérance que l’air vous remettra. Si vous prenez un brancard, ainsi que je vous ai écrit, car le carrosse, surtout sur le pavé, d’Orléans à Paris, vous tourmenterait trop, il vous suffira que vous ayez une fille avec vous ; et vous pourrez faire venir les autres par eau jusques à Tours et de là en carrosse jusques ici (1)
Pour Madame Turgis, ma pensée est qu’il la faut laisser de delà jusques au temps que vous me marquez et peut-être pour toujours (2). Ce que vous me mandez pour difficulté n’est pas considérable.
J’oubliais à vous dire touchant votre retour que je vous aurais envoyé un coche, n’était qu’il y a trois lieues de mauvais chemin entre Chartres et Le Mans, qu’on ne peut passer en cette saison, joint d’ailleurs que nous ne pouvons divertir les coches de leurs voyages ordinaires, sans faire crier le public (3).
Lettre 421. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1) En allant à Angers, Louise de Marillac avait amené avec elle plusieurs de ses filles, sans savoir au juste combien on en retiendrait à l’hôpital. Elle n’en laissa que neuf : Madame Turgis, élisabeth Martin, Cécile-Agnès Angiboust, sœur de Barbe, Clémence Ferre, Madeleine Monget, Geneviève Caillou, Marguerite François, Marie Matrilomeau et Barbe Toussaint. élisabeth Martin remplit les fonctions de supérieure.
2). Elle revint à Paris avant la fin de l’année.
3). Le cardinal de Richelieu avait donné à la congrégation de la Mission, pour doter la nouvelle maison de Richelieu, le revenu des
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Je vous ai dit ma pensée touchant les articles et les qualités que vous y devez prendre (4).
Vous ferez bien de mener cette bonne demoiselle et les filles desquelles vous me parlez (5).
Ce que je vous ai dit de M. votre fils est vrai. Si vous me mandez le jour que vous pourrez être à Chartres, si vous y passez, il vous y ira attendre ; et là, si vous êtes forte, vous pourrez vous mettre dans le coche.
Vous ferez bien de prendre l’argent de delà pour n’en demeurer pas courte par les chemins. Nous rendrons ici ce que vous nous manderez.
Je suis dans l’espérance de vous voir en bonne santé et dans le désir que ce soit bientôt, sans pourtant vous presser.
Voici une image qu’on a fait imprimer à la Charité. Vous êtes la première à qui j’en envoie. C’est un peintre qui l’a fait graver ; il lui coûte quatre-vingts écus (6).
Vos filles se portent bien, Dieu merci, et font aussi bien ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, directrice des filles de l’hôpital de la Charité, à Angers.
coches de Loudun. (Cf. Lettre 293.) bien que libre de détourner les coches de leur trajet ordinaire, saint Vincent devait tenir compte des intérêts du public et ne pas le mécontenter.
4). Voir lettres 414, 417 et 419.
5). Probablement des postulantes.
6). La maison. mère des Filles de la Charité possède un tableau du XVII siècle qui pourrait bien être l’œuvre du peintre dont parle ici saint Vincent. Notre-Seigneur a les mains étendues comme pour appeler vers lui. Ses pieds nus reposent sur le globe terrestre. Au-dessus de sa tête l’inscription : Deus charitas est. Au bas, à gauche, un prêtre donne la communion à une malade couchée dans son lit. A droite, une "sœur" de la confrérie, un verre à la main, attend le moment de le présenter à la malade. Saint vincent et Louise de Marillac répandirent l’image du "seigneur de la Charité". (Cf. Lettres de Louise de Marillac, lettre 3.)
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422. — A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 31 janvier 1640.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Celle que vous m’avez écrite par une main empruntée et qui me fut rendue hier et me parle de la diarrhée qui vous est survenue, m’a mis en peine non petite pour le mal que vous souffrez. Béni soit Dieu de ce que c’est son bon plaisir ! J’espère de sa bonté qu’il vous redonnera là santé et fais redoubler les prières pour cela. Mais que me dites-vous de revenir par eau, Mademoiselle ! O Jésus ! il s’en faut bien garder ! Je vous prie de faire faire un brancard et de louer ou acheter plutôt deux bons chevaux, nous baillerons ici ce qu’ils coûteront, et de vous en venir de la sorte. J’en ai fait une fois autant, et l’air me remit si bien qu’en moins de trois jours je me portai si bien que je me mis dans le carrosse de feu Madame la générale (I) si me semble. M. Grandnom en écrit, comme vous verrez par sa lettre, à un homme de qualité d’Angers.
M. du Fresne m’a dit par lui-même et sans que je lui en parlasse, qu’il est bon que vous m’envoyiez un reçu des deux mille livres qu’il a à vous et un mot de lettre pour lui, par laquelle vous lui mandiez de mettre cette somme entre nos mains ou de tel autre qu’il vous plaira.
Cette image est la dernière de celles que reproduit M. Georges Goyau dans son livre sur Les Dames de la Charité de Monsieur Vincent, Paris, 1918.
Lettre 422. — L. a. — Original à Dourdan (Seine-et-Oise) chez les Filles de la Charité.
1). Madame de Gondi, épouse de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères.
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M. votre fils s’offrait hier de vous aller trouver à Angers ; mais je ne l’ai pas jugé nécessaire ; mandez-m’en votre sentiment.
Vos filles font bien. Anne l’ancienne m’a dit que Marie (2) est trop exacte. Oh ! que nous avons grand besoin ici de vous pour le général des affaires ! J’espère de la bonté de Dieu qu’il vous ramènera en santé. Au nom de Dieu, Mademoiselle, faites tout ce que vous pourrez à cet effet et d’être la plus gaie qui vous sera possible.
Je rends grâces à Dieu de ce que notre chère sœur Isabelle (3) se porte mieux, et remercie très humblement notre chère Mère la supérieure de la Visitation Sainte-Marie (4) du ressouvenir qu’elle a de moi. Je m’en vas célébrer la sainte messe pour elle et pour toute sa sainte communauté. Bon jour, Mademoiselle. Je vous prie derechef d’avoir soin de votre santé. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Il y a quelque temps que j’ai reçu les deux lettres ci-incluses.
Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, directrice des filles de la Charité de l’Hôtel-Dieu d’Angers, à Angers.
2) Probablement Marie Joly.
3) élisabeth Martin.
4) Claire-Madeleine de Pierre, précédemment religieuse au premier monastère de Paris, où elle avait fait profession le 28 mai 1623 et qu’elle avait quitté en 1626 pour entrer au second monastère, lors de sa fondation. Elle fut mise à la tête des couvents d’Angers, de Tours et de Saumur. C’est dans cette dernière ville qu’elle mourut en 1674, âgée de 71 ans.
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423. — A LOUIS LEBRETON
De Paris, ce 1er de février 1640.
Monsieur
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir la vôtre du 3 de janvier, et [ai] vu par icelle les bénédictions que Notre-Seigneur donne a vos travaux, dont je le remercie, et le prie de vous conserver longues années pour sa gloire et pour le bien de cette petite congrégation. Et vous, Monsieur, je vous supplie de faire pour cela ce que vous pourrez, de modérer à cet effet vos travaux et de vous nourrir. La petite indisposition que vous venez d’avoir vient faute de cela, à ce que je crains.
J’ai acquitté la lettre de change des cent livres que vous avez prises de M. Marchand il y a deux mois ou environ, ensemble les cinquante livres du change, et en ferons de même, Dieu aidant, de tout ce que vous prendrez. Je vous prie, Monsieur, de ne vous pas faudre (1) de prendre ce qu’il vous faudra.
Je loue Dieu de ce que le R. P. assistant (2) et vous approuvez le dernier projet que je vous ai envoyé, et respecte les modifications que vous y apportez. Je considérerai cela plus particulièrement et vous en écrirai au premier jour. Je pense, Monsieur, que vous ferez bien de travailler incessamment à l’établissement dans Rome et de louer, à cet effet, quelque petit logement, voire même d’acheter
Lettre 423. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Ancien infinitif du verbe faillir.
2) Le Père Etienne Charlet, de la Compagnie de Jésus, assistant de France.
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quelque petite maison, s’il s’en trouve, pour trois ou quatre mille livres, si petite et en quelque endroit que ce soit, dummodo sit sanus. Qu’importe que ce soit dans l’un des faux bourgs, puisque nous ne voulons pas faire des actions publiques dans la ville ! Le quartier de dehors du Vatican n’est pas fort éloigné. Je m’assure tant à la bonté de M. Marchand qu’il vous fera bailler cette somme, que nous rendrons de deçà à point nommé. Il est nécessaire que nous soyons habitués en ce lieu-là, je dis dans la ville ou dans l’un des faux bourgs.
Je m’en vas envoyer vos lettres à M. de Trévy, et à M. votre cousin la sienne et les trois brefs de Rome.
Nos missionnaires, cinq en nombre, pour le diocèse de Genève, partirent il y a trois jours (3). Il y en a un à dessein de le vous envoyer, si vous obtenez l’établissement.
Et pour le regard de la bulle de notre affermissement en la dernière manière, je vous prie de m’en envoyer le projet abrégé que je vous ai envoyé. Dans huit ou dix jours je vous écrirai s’il s’en faut tenir à ce dernier, selon lesdites modifications, sans attendre l’abrégé, et vous enverrai pareillement l’ordre que la Providence a tenu dans l’institution de notre compagnie. Je n’en ai voulu rien faire écrire jusques à présent ; mais il me semble que c’est la volonté de Dieu que nous en usions de la sorte, puisqu’elle nous est notifiée d’une si bonne part.
Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription. A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.
3). Par le contrat du 3 juin 1639, saint Vincent s’était engagé à donner deux prêtres et un frère ; et par celui du 26 janvier 1640, à doubler ce nombre. Les cinq missionnaires dont il est ici question
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424. — A JACQUES THOLARD, PRêTRE DE LA MISSION, A ANNECY (1)
De Saint-Lazare-lez-Paris. ce 1er février 1640.
Monsieur,
La grâce de. Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la votre avec une joie si sensible que je ne la vous puis exprimer, et cela sans autre raison sinon que c’était une lettre de M. Tholard, que mon cœur chérit plus que je ne puis dire ; mais certes j’ai été également affligé en lisant ce que vous me dites de votre croix, à laquelle la Providence vous a attaché, non pas certes pour vous perdre, ainsi que vous craignez, mais à ce que, comme en saint Paul, virtus tua in infirmitate perficiatur ; à quoi la grâce que Dieu Lui donna au fort de ses tentations ayant suffi, vous aurez sujet d’espérer la même suffisance en celle qu’il vous donne et qui paraît dans la pureté d’intention dans laquelle vous commencez les confessions, dans la crainte que vous avez d’offenser Dieu là-dedans, dans les remords que vous avez lorsque la violence de la tentation vous ayant ôté la liberté, fait
sont Bernard Codoing, Pierre Escart, Jacques Tholard, Duhamel et Bourdet
Lettre 424. — L. a. — Dossier de Turin, original Le sujet traité dans cette lettre est si délicat que nous avons dû omettre quelques passages. (cf. II. p. 98, sur la tentation)
Voir le texte entier à la fin du présent volume ; source, exemplaire de Coste de R. CHALUMEAU.
1) Jacques Tholard, né à Auxerre le 10 juin 1615, reçu dans la congrégation de la Mission le 20 novembre 1638, ordonné prêtre le 17 décembre 1639, mort après 1671 Il montra toute sa vie, à Annecy (1640-1646), Tréguier, où il fut supérieur (1648-1653), Troyes (1658-1660) Saint-Lazare, Fontainebleau et ailleurs les qualités d’un excellent missionnaire. La province de France et celle de Lyon l’eurent comme visiteur sous le généralat de René Alméras.
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succomber la nature, vacando rei licitae, et enfin la constante résolution que vous avez d’aimer mieux mourir que de faire volontairement le mal.
Comme vous savez, le péché est tellement volontaire que, si le consentement n’y intervient, il n’y a point de péché dans les actions auxquelles matériellement il semble qu’il y en ait…
Je connais un saint ecclésiastique qui ne confesse jamais ou rarement qu’il ne tombe dans ces pauvretés ; et, quoique cela soit ainsi, il ne s’en confesse jamais qu’en sa confession annuelle, en laquelle il s’accuse, non pas de la substance de la chose, mais de n’avoir pas assez détesté le plaisir que la misérable carcasse y prend et de peur que sa volonté n’ait contribué en quelque façon à l’acte. Et si vous me croyez, Monsieur, vous ne vous en confesserez jamais qu’au même temps et en la manière que fait celui-ci, qui est un des meilleurs et des plus fervents ecclésiastiques que je connaisse sur la terre ; et, qui plus est, il est reconnu tel d’un chacun.
Oui ; mais ce n’est pas de même ; celui-là a peut-être quelque marque par laquelle il reconnaît qu’il n’avait pas la liberté quand il s’est emporté à cela par la violence de la nature ; mais moi je n’en suis pas là, car il me semble que je m’en pourrais empêcher. Non, Monsieur, ne le croyez pas ; parce que ce mouvement ni son effet ne dépendent point de votre volonté, elle ne les saurait empêcher, dans l’agitation de la nature ; et par conséquent la chose n’est point volontaire en vous, non plus qu’en lui, ni aucun autre…
Oui ; mais ne vaudrait-il pas mieux que je m’abstienne tout à fait de confesser ? O Jésus ! nenni, Dieu vous a appelé en la vocation que vous êtes ; il vous y a donné bénédiction ; il vous a conservé ; vous avez par ce moyen beaucoup étendu l’empire de Dieu et sauvé
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quantité d’âmes et ferez tout cela ci-après avec plus de grâce et de succès, comme j’espère.
O Jésus ! Monsieur, et comment pourriez-vous réparer le déplaisir et le dommage que vous porteriez à la gloire de Dieu et aux âmes qu’il a rachetées de son précieux sang, si vous quittiez là ce que vous faites ? Ressouvenez-vous, Monsieur, qu’il ne se recueille point de roses qu’au milieu des épines et qu’on ne fait les actions héroïques de vertu que dans l’infirmité. Saint Paul ne quitta point l’œuvre de Dieu pource qu’il était tenté, ni l’on ne quitte le christianisme pource qu’on y souffre de grandes et horribles tentations, et qu’il ne nous est pas loisible de laisser de vivre pource que notre vie réside dans la concupiscence de la chair, en celle de la vue et en la superbe de la vie…
Il sera bon que vous passiez par-dessus ces matières-là. le plus légèrement que vous pourrez. Voilà le premier avis qu’on donne communément, et qu’on ne se mette pas en peine…
Voilà, Monsieur, ce que je vous dois dire devant Dieu et en la vue de la doctrine et de l’enseignement des saints.
Ne vous mettez pas en peine de ce que vous me dites que vos confesseurs vous disent sur ce sujet ; ils ne sont pas assez éclairés et n’ont point assez d’expérience de cela. Ne vous en confessez point pour tout qu’en la manière que je vous ai dite. Je m’offre de répondre à Dieu pour vous, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
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425. — A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 4 février 1640.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous pouvez bien penser la joie que mon âme a reçue, voyant votre lettre du 28 de janvier, mais non pas la sentir. O Jésus ! Mademoiselle, que je rends grâces volontiers à Dieu de ce que vous vous portez mieux, et que je le prie de bon cœur qu’il vous redonne des forces pour revenir bientôt !
Oh ! très volontiers, Mademoiselle, nous recevrons ce bon gentilhomme parmi les ordinands et le logerons et servirons le mieux qui nous sera possible, en la vue du bon Monsieur l’abbé de Vaux, qui vous en a parlé. et en la reconnaissance des obligations que vous lui avez, et nous tous à cause de vous.
Monsieur Lambert me mande qu’il vous allait envoyer vos filles de Richelieu dans la charrette de la maison. Si Notre-Seigneur vous donne quelque vue sur Barbe (I) pour la direction (2) disposez-en et envoyez quelqu’autre à sa place.
Nos bonnes filles d’ici font bien, Dieu merci. Je les confessai avec consolation il y a trois jours.
J’ai été fort occupé ce matin, à l’oraison, d’un logement à la Villette (3) et y trouve quantité d’avantages. Monsieur le curé offre sa cure ; nous verrons.
Lettre 425. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de la rue de Monceau à Paris.
1) Barbe Angiboust, de la maison de Richelieu.
2) Pour la direction de l’hôpital d’Angers. (Voir la lettre 481 et, dans la correspondance autographiée de Louise de Marillac, les lettres 103 et 108) 3). La Villette était alors, comme La Chapelle, hors de l’enceinte de Paris. Ce sont aujourd’hui deux quartiers populeux de la capitale.
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Que ferons-nous de la sœur de Marie, de Saint-Germain, qui est bègue ? Elle paraît assez bonne fille ; mais je ne sais pas si elle a de l’esprit. Sa bonne sœur nous presse de la prendre.
Vous ne me dites rien à ce que je vous ai mandé touchant le brancard.
L’on m’ôte la plume de la main pour aller à la messe qui se va dire à Notre-Dame pour la Charité de Lorraine. Bon jour, Mademoiselle. Je suis, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, directrice des Filles de la Charité, étant de présent à l’Hôtel-Dieu, à Angers.
426. — A LOUISE DE MARILLAC, A ANGERS
De Saint-Lazare, ce 10 février 1640.
Mademoiselle,
J’ai reçu la vôtre du 27 du mois passé, qui m’a apporté tant de consolation que rien n’a été capable de me contrister depuis. Béni soit Dieu de ce que vous voilà donc en meilleure santé et de ce que vous minutez votre retour ! Oh ! que vous serez la bien reçue et qu’on vous attend avec grand désir ! Je loue Dieu de ce que les dames de cette bonne ville-là témoignent agréer l’exercice de la Charité de l’Hôtel-Dieu, et le prie qu’il fasse réussir cette sainte entreprise à son honneur (l).
Lettre 426. — Manuscrit Saint-Paul, p. 63.
1). Il s’était formé à Angers une association de dames de la Charité sur le modèle de celle de Paris.
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Vous ai-je pas envoyé les mémoires des dames d’ici, Mademoiselle ? Je pense l’avoir fait et que vous les avez à présent reçus ; sinon, nous les enverrons à votre retour ; et ne laisserez pas de les mettre en la pratique. Nous en faisons souvent de la sorte pour les Charités des champs ; car le temps est court pour vous en faire faire une copie ; le messager part dans quatre jours.
Vos filles font bien, Dieu merci. Nous en avons reçu deux, que nous pourrons mettre avec les autres dans deux jours. Il y a longtemps que je les remets, attendant votre retour.
Ces bonnes Lorraines ne résistent point.
J’attends dans six heures la fille de M. Cornuel (2) qui a laissé six mille livres de rente aux forçats, pour traiter de la manière de les assister (3),
Je suis étonné de ce que vous ne me dites rien de vos filles de Richelieu ; elles vous sont allées trouver.
Or sus, je finis avec des nouvelles actions de grâces, que je rends ici derechef à Dieu de ce que, par sa grâce, nous vous verrons bientôt. Je suis, en attendant cette chère journée, en l’amour de Notre-Seigneur…
2). Claude Cornuel, ancien intendant des finances et président de la Chambre des comptes.
3). Saint Vincent se donna bien du mal pour avoir cette succession, que revendiquaient les héritiers. Il supplia, insista, fit agir Mathieu Molé, alors procureur général, et obtint enfin qu’un capital capable d’assurer la rente de six mille livres serait remis entre les mains de ce dernier et administré par lui et ses successeurs dans sa charge. On prit sur ce revenu les fonds nécessaires pour entretenir les Filles de la Charité qui furent mises au service des forçats, et pour rémunérer convenablement les prêtres de Saint-Nicolas qui remplissaient les fonctions d’aumôniers. (Cf. Abelly, op. cit, t I, chap. XXVIII, p. 128.)
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427. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
Bar-le-Duc, février 1640.
A chaque distribution de pain, des habits ont été donnés a vingt-cinq ou trente pauvres.
Depuis peu, j’en ai habillé de compte fait deux cent soixante Mais ne vous dirai-je pas, Monsieur, combien j’en ai habillé tout seul. spirituellement par la confession générale et par la sainte communion ? Dans l’espace d’un mois seulement, j’en ai compté plus de huit cents J’espère que, ce carême, nous en ferons encore davantage. Nous donnons à l’hôpital une pistole et demie tous les mois pour les malades que nous envoyons ; et parce qu’entre eux il y en a environ quatre vingts qui sont plus malades que les autres, nous leur donnons du potage, de. la viande et du pain.
428. — A ANTOINE LUCAS
De Saint-Lazare, ce 21 février 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Béni soit Dieu, Monsieur, de la grâce qu’il vous fait et à votre compagnie de travailler si vaillamment que Monsieur de Cuménon (1) me le mande ! Mais comment vous portez-vous, Monsieur ? Avez-vous un peu modéré l’excès de votre ferveur ? Je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de le faire. Que si tant est que vous ou quelques-uns de votre compagnie aient besoin de quelque remède après la mission, je vous prie de vous en revenir ; sinon, de prendre votre repos là où
Lettre 427. — Abelly, Op. cit., 1. II, chap. XI, sect. I 1er éd., p. 383
Lettre 428 — L. a — Dossier de Turin, original
1) Mot de lecture douteuse
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vous êtes, après la mission ; et ensuite vous irez faire les deux petites missions à la fois, non tout seul, ainsi que vous me mandez. Je vous enverrai Messieurs Germain et Guérin le jeune (3) ou le premier seulement, à la place de M. Teluatz (4) que vous renverrez après la mission. Trouverez-vous de delà de la morue, des harengs, du beurre, du fruit, des quatre mendiants (5) pour le dessert ? Mandez à M. Portail ce que vous aurez besoin, s’il vous plaît.
Je salue votre chère compagnie et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Je vous prie de ménager votre santé et de charger M. Louistre (6) de ce qui reste à faire et à ranger à la Charité. Je vous supplie, Monsieur, lui laisser ce soin-là. Il y a inconvénient d’établir cette Charité et celle du Rosaire ; et puis le général des Jacobins y répugne. Nos nouvelles sont le meilleur portement de M.. Boucher, que nous avions hier dix-huit exercitants et aujourd’hui 17, dont il y en a trois de la maison de Sorbonne.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lucas, prêtre de la Mission, à Saint-Prix. (7)
2). Richard Germain, né à Vaudry (Calvados), entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 22 juin 1630 à l’âge de trente-six ans, placé à Rome (16421643).
3). Jean Guérin, né à Remiremont, reçu dans la congrégation de la Mission le 4 février 1639 à l’âge de vingt et un ans. Il faut se garder de le confondre avec Jean Guérin, qui devint supérieur d’Annecy, et avec Julien Guérin, qui exercera plus tard son apostolat en Tunisie parmi les esclaves.
4). Mot de lecture douteuse. Nous ne trouvons ni ce nom ni de nom semblable dans le catalogue de la congrégation de la Mission.
5). Nom donné à quatre espèces de fruits secs : les figues, les avelines, les raisins et les * amandes. On était en carême ; voilà pourquoi saint Vincent ne parle ni de viande ni d’œufs.
6). Jean Louistre, né à Mantes, entré dans la congrégation de la Mission le 14 mars 1637, à l’âge de vingt-quatre ans, reçu aux vœux le 14 mars 1642. Il y avait un frère coadjuteur de même nom.
7). En Seine-et-Oise.
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429. LE PèRE ROUSSEL (1) A SAINT VINCENT
Bar-le-Duc, février 1640 (2),
Vous avez appris la mort de, M. de Montevit (3), que vous avez envoyé ici. il a beaucoup souffert en sa maladie, qui a été longue, et je puis dire sans mensonge que je n’ai jamais vu une patience plus forte et plus résignée que la sienne. Vous ne lui avons jamais oui dire aucune parole qui fut une marque de la moindre impatience. Tous ses discours ressentaient une piété qui n’était pas commune. Le médecin nous a dit fort souvent qu’il n’avait jamais traité malade plus obéissant et plus simple. Il a communié fort souvent dans sa maladie, outre les deux fois qu’il a communié par forme de viatique. Son délire de huit jours entiers ne l’empêcha pas de recevoir en bon sens l’extrême-onction, il le quitta quand on lui donna ce sacrement, et le reprit incontinent après qu’on le lui eut donné. Enfin, il est mort comme je désire et comme le demande à Dieu de mourir.
Les deux chapitres de Bar honorèrent son convoi, comme aussi les Pères Augustins ; mais ce qui honora le plus son enterrement, ce furent six à sept cents pauvres qui accompagnèrent son corps, chacun un cierge à la main, et qui pleuraient aussi fort que s’ils eussent été au convoi de leur père Les pauvres lui devaient bien cette reconnaissance il avait pris cette maladie en guérissant leurs maux et en soulageant leur pauvreté ; il était toujours parmi eux et ne respirait point d’autre air que leur puanteur
II entendait leurs confessions avec tant d’assiduité, et le matin et l’après-dînée, que je n’ai jamais pu gagner sur lui qu’il prit une seule fois le relâche d’une promenade. Nous l’avons fait enterrer auprès du
Lettre 429. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. I, 1re éd. p. 384. l’original de cette lettre était en 1747 au séminaire de Toul (Collet, op cit., 1er éd., t. I, p. 299, en note.)
1). Jacques Roussel, né à Nevers le 2 février 1598 reçu dans la Compagnie de Jésus le 5 août 16l4, professeur de grammaire, d’humanités et de rhétorique, puis quatre fois recteur, en particulier à Bar-le-Duc, mort à Autun le 20 janvier 1647.
2). Saint Vincent a reçu cette lettre entre le 21 et le 28 février. (Cf lettres 428 et 433.)
3). Germain de Montevit, né à Cambernon (Manche), reçu dans la congrégation de la Mission le 19 avril 1638 à l’âge de vingt-six ans mort à Bar-le-Duc le 19 janvier 1640.
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confessionnal où il a pris sa maladie et où il a fait le beau recueil des mérites dont il jouit maintenant dans le ciel.
Deux jours avant qu’il mourut, son compagnon tomba malade d’une fièvre continue qui l’a tenu dans le danger de la mort l’espace de huit jours ; il se porte bien maintenant Sa maladie a été l’effet d’un trop grand travail et d’une trop grande assiduité parmi les pauvres. La veille de Noël, il fut vingt-quatre heures sans manger et sans dormir ; il ne quitta point le confessionnal que pour dire la messe. Vos Messieurs sont souples et très dociles en tout, hormis dans les avis qu’on leur donne de prendre un peu de repos ils croient que leurs corps ne sont pas de chair, ou que leur vie ne doit durer qu’un an.
Pour le frère ()4, c’est un jeune homme extrêmement pieux ; il a servi ces deux prêtres avec toute la patience et assiduité que les malades les plus difficiles eussent pu désirer.
430. UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
[Saint-Mihiel, début de 1640] (1)
J’ai commencé, en arrivant, à faire l’aumône. Je trouve si grande quantité de pauvres que je ne saurais donner à tous ; il y en a plus de trois cents en une très grande nécessité, et plus de trois cents autres dans l’extrémité. Monsieur, je vous le dis en vérité, il y en a plus de cent qui semblent des squelettes couverts de peau et si affreux que, si Notre-Seigneur ne me fortifiait, je ne les oserais regarder. ils ont la peau comme du marbre basané, et tellement retirée que les dents leur paraissent toutes sèches et découvertes, et les yeux et le visage tout renfrognés. Enfin, c’est la chose la plus épouvantable qui se puisse jamais voir. Ils cherchent de certaines racines aux champs, qu’ils font cuire, et les mangent. j’ai bien voulu recommander ces grandes calamités aux prières de notre compagnie. Il y a plusieurs demoiselles qui périssent de faim ; et entre elles il y en a de jeunes, et j’appréhende que le désespoir ne les fasse tomber dans une plus grande misère que la temporelle.
4). Le frère David Levasseur.
Lettre 430. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI, sect. I, 1er éd., p. 380
1). Cette lettre a été écrite en 1640 par un missionnaire qui venait d’arriver à Saint-Mihiel, où il était déjà en mars de la même année. (Abelly, ibid.)
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431. — SAINTE JEANNE DE CHANTAL A SAINT VINCENT
[Annecy, février 1640] (1)
Mon très cher Père
Béni soit notre divin Sauveur, qui nous a amené vos chers enfants heureusement, pour sa très grande gloire et pour le salut de plusieurs Chacun en est réjoui en Notre-Seigneur ; mais certes Mgr de Genève (2) et moi nous en recevons une consolation indicible, et il nous semble que ce sont nos vrais frères, avec lesquels nous sentons une parfaite union de coeur, et eux avec nous, dans une sainte simplicité, franchise et confiance. je leur ai parlé, et eux à moi, comme vraiment si c’étaient des filles de la Visitation. Ils ont tous une grande bonté et candeur. Le troisième et cinquième (3) ont besoin d’être aidés pour sortir un peu d eux-mêmes ; je le dirai au supérieur (4) qui est, de vrai, un homme capable de cette charge. M. Escart est un saint. Je leur ai donné à chacun une pratique. Je fais tout cela, et le ferai toujours, Dieu aidant, avec grand amour, pour vous obéir, mon très cher Père, et pour notre commune consolation ; car vraiment il y en a beaucoup à parler à ces chères âmes. Le bon Père [Duhamel] m’a déclaré ses difficultés fort naïvement. C’est un cœur vertueux et bon jugement, mais il aura peine à persévérer. Je l’ai fort prié de ne penser ni à sortir ni à demeurer, mais à s’appliquer à bon escient à l’œuvre de Dieu et se bien abandonner et confier en sa Providence. Je voudrais qu’il s’affermit, car il est de bonne espérance. Enfin ils sont tous aimables et ont donné grande édification en cette ville les trois jours qu’ils y ont demeuré, et ressemblent bien l’esprit de mon très cher bon Père.
Lettre 431. — Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, sa vie et ses œuvres, t. VIII, p. 222, lettre 1671.
1). Les missionnaires d’Annecy étaient partis le 29 janvier pour le lieu de leur destination. (Cf. Lettre 423.)
2). Juste Guérin, né en 1578 à Tramoyes (Ain), reçu chez les Barnabites le 10 décembre 1599 nommé évêque de Genève en 1639, mort le 3 novembre 1645. (La Vie de Monseigneur D. Juste Guérin, religieux barnabite, de la Congrégation de Saint-Paul évesque et prince de Genève, par Dom Maurice Arpaud, Annecv, 1678, in-8.)
3). Jacques Tholard et Etienne Bourdet.
4). Bernard Codoing.
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432. — A LOUISE DE MARILLAC
[Février 1640] (1)
Nous vous attendons avec l’affection que Notre-Seigneur sait. Vous viendrez à point pour les forçats.
433. — A LOUIS LEBRETON
De Paris, ce mardi après la quadragésime (1) 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre du 16 janvier. Je loue Dieu de ce que vous avez vu le bon M.. Ingoli (2) et de ce qu’il semble n’avoir pas peine de la difficulté que nous avons faite en la proposition que sa bonté nous avait faite. Nous attendrons avec affection les grâces qu’il nous fait espérer.
Je loue Dieu, de plus, de la charité qu’il a donnée pour vous à ce bon gentilhomme, chanoine de Notre-Dame de la Rotonde (3) et pense qu’il le faudra contenter en la
Lettre 432. — Manuscrit Saint-Paul, p. 33. Ce manuscrit ajoute une phrase que nous omettons, parce qu’elle appartient à la lettre 213.
1). En février 1640, saint Vincent attendait Louise de Marillac, alors à Angers, pour s’occuper avec elle de l’œuvre des forçats, qui allait être confiée aux Filles de la Charité (cf. 1. 426, note 3). Nulle date ne convient mieux à la lettre dont le manuscrit Saint-Paul nous a conservé le passage ci-dessus.
Lettre 433. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). 28 février.
2). Secrétaire de la Propagande.
3) Le Panthéon actuel. Le chapitre de la Rotonde existe toujours.
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manière qu’il le désirera, au fait que vous me mandez, s’il est notablement utile. L’on s’établit comme l’on peut au commencement. Mais, si les conditions vous semblent préjudiciables, ô Jésus ! Monsieur, il ne vous saura pas mauvais gré de lui dire simplement ce que nous pouvons et ce que nous ne pouvons pas.
Il serait bien à souhaiter que l’affaire de Sainte-Bibiane (4) réussît ; mais la chose est trop difficile et Notre-Dame de Lorette Marquisane (5) chère et encore plus le palais où loge le cardinal Bichi (6), Je ne sais que vous dire de la petite église de Saint-Jean (7), parce que vous ne me dites pas le prix. Pour celui de Notre-Dame de Lorette, comme le palais Bichi, ils sont au-dessus de nos forces, et ne faut pas penser au secours que vous proposez pour le palais. Je reviens à ce que je vous ai écrit d’une petite maison bien aérée, pas trop éloignée du Vatican, où l’on se puisse étendre néanmoins avec le temps ; et, quand elle ne serait pas si proche de ce saint lieu et qu’il n’y aurait pas d’église, n’importe ; car, ne travaillant pas dans Rome, nous nous pouvons passer d’église. Une petite chapelle nous suffira, si ce n’est qu’il y ait apparence qu’avec le temps l’on pourra être employé aux ordinands ; mais alors comme alors. Nous sommes à présent chargés de tous ceux du royaume qui prennent les ordres en cette ville.
4) église bâtie au IV- sièle sur l’emplacement qu’occupait autrefois, dit. on, la maison de sainte Bibiane, non loin de la porte de San-Lorenzo.
5). église construite en 1507 par la confrérie des boulangers au nord du Forum de Trajan. Le sanctuaire si connu de Notre-Dame de Lorette est dans les Marches ; de là le mot Marquisane, employé ici par saint Vincent.
6). Ancien nonce en France.
7). Il y avait à Rome plusieurs églises de ce nom. Nous pensons qu’il s’agit ici de l’église de Saint-Jean devant la Porte Latine bâtie en 772 près de l’endroit où, d’après la tradition, Jean l’évangéliste fut plongé dans une chaudière d’huile bouillante.
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je ne vous dis rien de notre principal affaire, sinon que je me trouve en perplexité sur les doutes qui me viennent et la résolution à prendre sur la dernière manière que je vous ai proposée : ou bien s’il suffira de faire un vœu de stabilité, et, pour l’observance de la pauvreté et de l’obéissance, fulminer excommunication un certain jour de l’an solennellement au chapitre (où chacun sera obligé de se rendre et de remettre ce qu’il a entre les mains du supérieur), et cela contre ceux qui auront de l’argent à part eux, ni ailleurs, ainsi que font les Chartreux, et l’on pourrait faire le même contre les désobéissants ; ou bien si, au lieu de l’excommunication, l’on faisait faire serment solennel tous les ans d’observer la règle de la pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Je vous supplie, Monsieur, d’en conférer avec le R. P. assistant (8) et de savoir si le seul vœu de stabilité constitue l’état religieux. Tout le monde a tant d’aversion ici de cet état que c’est pitié ; si néanmoins il est jugé expédient, il le faudra faire. La religion chrétienne était d’autrefois contredite en tous lieux, et néanmoins c’était le corps mystique de Jésus-Christ ; et bienheureux ceux qui, confusione contempta, embrassent cet état.
L’état ecclésiastique séculier reçoit beaucoup de Dieu à présent. L’on dit que notre chétive compagnie y a beaucoup contribué par les ordinands et la compagnie des ecclésiastiques de Paris. Il y a beaucoup de gens de qualité qui embrassent cet état à présent. M. de la Marguerie (9), ci devant premier président de province, s’est fait simple prêtre il n’y a que dix jours. Nous avons parmi] es ordinands un conseiller du grand * Conseil (10) et un maître des * comptes (11), qui veut demeurer * tel, et qui
8). L’assistant français de la Compagnie de Jésus.
9) Elie Laisné, seigneur de la Marguerie.
* 11). Thomas le Gauffre, né au Grand-Lucé (Sarthe), reçu auditeur
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se font simples prêtres par dévotion. M. de * Mesgrigny, avocat général à La Cour des * aides (12) s’est retiré avec M. Brandon (13) à Saint-Maur * à cet effet, nous ne l’ayant pu recevoir chez nous pour six mois, comme il demandait, à cause de la règle que vous savez que nous avons parmi nous, de n’admettre parmi nous que des personnes qui désirent être de la compagnie, si ce n’est les exercitants pour dix jours.
Que vous dirai-je de l’entretien que vous avez eu avec M. l’ambassadeur (14) touchant le prélat italien duquel vous me parliez, sinon que nous avons règle et sommes en cette pratique exacte, par la miséricorde de Dieu, de ne nous jamais mêler des affaires d’état, non pas même d’en parler (15) ; et cela : 1° pource que quod supra nos nihil ad nos ; 2° pource que ce n’est pas le fait de pauvres prêtres comme nous de nous mêler, ni de parler que des choses qui regardent notre vocation ; 3° que les affaires des princes sont des mystères que nous devons respecter et non pas éplucher ; 4° que la
à la chambre des comptes en 1628 et conseiller. maître en 1636, mort en 1645. Il était lié d’amitié avec Claude Bernard, dont il continua les œuvres de charité et avec Jean-Jacques Olier, qu’il aida puissamment dans l’évangélisation du Canada.
* 10). François Voysin, seigneur de Villebourg, né le 14 mars 1613, reçu conseiller au grand conseil le 22 février 1638, mort d’apoplexie le 19 avril 1660. Il légua près de 100.000 écus à l’hôpital général.
* 12. Nicolas de Mesgrigny, prieur de Souvigny et comte de Brioude, plus tard chanoine de Paris.
* 13). Philibert Brandon, seigneur du Laurent, reçu conseiller au parlement le 18 février 1622, quitta cette charge après la mort de sa femme Marie de Ligny, nièce du chancelier Séguier, pour entrer dans l’état ecclésiastique, sur les conseils du Père de Condren. Il fut un des fondateurs du séminaire de Saint-Sulpice. Monté sur le siège de Périgueux en 1648, après avoir refusé celui de Babylone, que lui proposait saint Vincent, il l’occupa jusqu’à sa mort, survenue le 11 juillet 1652. Ses rapports avec l’abbé de Saint-Cyran ne portèrent pas atteinte à son orthodoxie. Brandon avait offert sa maison de Saint-Maur-les-Fossés (Seine) à M. Olier et à ses premiers compagnons. C’est là que cette pieuse phalange d’hommes apostoliques passa une partie des années 1640 et 1641. Cf. Vie de Jean-Jacques Olier par Frédéric Monier, Paris, 1914, in-8, t. I, p. 254 et suiv.)
14). François-Aunibal, duc d’Estrées, comte de Nanteuil-le-Haudoin, pair et maréchal de France.
15). Saint Vincent ne sortit de cette pratique que pour essayer de remédier aux misères sans nombre nées de la politique de Mazarin.
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plupart du monde offense Dieu de porter jugement sur les choses que font les autres, notamment les grands, ne sachant pas les raisons pour lesquelles ils font ce qu’ils font ; car qui ignore les principes de quelque chose quelles conclusions en peut-il tirer ? 5° toutes choses à faire sont problématiques, si ce n’est celles que la Sainte écriture détermine ; hors cela nul a le dogme d’infaillibilité en ses opinions ; cela étant vrai comme il est, n’y a-t-il pas témérité grande à juger des opinions et des actions des autres ? 6° le Fils de Dieu, qui est le modèle sur lequel nous devons former notre vie, s’est toujours tu du gouvernement des princes, quoique païens et idolâtres ; 7° qu’il a fait connaître aux apôtres qu’ils ne se devaient pas mêler curieusement de ce qui regarde non seulement les affaires des princes, mais aussi de celles d’un particulier, disant à l’un d’eux, parlant d’un autre : si eum volo manere, quid ad te ?
Pour toutes ces raisons et une infinité d’autres, je vous supplie, Monsieur, de vous conserver dans notre petite pratique, qui est de ne jamais s’entretenir, moins de s’entremettre, ni de parole ni par écrit, des affaires des princes, et de faire connaître à M. l’ambassadeur, s’il vous fait l’honneur de vous en parler, que telle est la pratique de notre petite compagnie et que vous le suppliez de vous excuser si, lorsqu’il vous fit l’honneur de s’ouvrir à vous, vous lui rapportâtes le sentiment public sur l’affaire dont il vous parlait, et vous allâtes au delà de ce que nous devons selon nos petites règles. Et, afin de vous affermir de plus en plus dans l’observance exacte de cette petite règle, je vous supplie, Monsieur, de faire votre oraison, le lendemain de la présente reçue ou au plus tôt après, sur cette matière, selon les points ci-dessus, et de demander à Dieu par icelle qu’il fasse la grâce à la compagnie d’être toujours fidèle en l’obser-
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vance de cette petite règle. Et ne sera pas besoin que vous me fassiez réponse sur ce sujet, pource que je suis assuré que vous trouvez bon tout ce que je vous dis et que cette pratique vaut exécutée après ceci.
Dès que vous aurez votre faculté de vous établir, je vous enverrai le prêtre et le clerc que vous demandez. Si vous achetez quelque maison du prix de trois à quatre mille livres seulement, vous nous enverrez copie du contrat, signée et scellée en bonne forme, afin qu’il serve de sûreté à ceux qui nous bailleront l’argent, pour acquitter la lettre de change que vous tirerez sur nous, à un mois de la lettre vue. Et, pour ce garçon piémontais, nous le recevrons et le ferons étudier, si vous le nous envoyez et le jugez tel qu’il faut pour être bon missionnaire.
Je vous envoie une procuration de M. Dehorgny, commandeur du Saint-Esprit de Toul, pour résigner la maison à la compagnie causa unionis (16), ensemble une attestation de M. le grand vicaire de Toul, servant au même effet. Je vous supplie, Monsieur, de travailler à cet affaire avec votre prudence et diligence accoutumées. M. Le Bret vous dira la difficulté que souffre cet affaire, à cause de l’opposition que vous avez sujet de craindre du côté du général du Saint-Esprit (17), Te finis la présente pour aller voir le bon M. Renar, qui m’envoie quérir, étant grièvement et dangereusement malade.
Dieu a disposé de notre bon feu M. de Montevit, que vous avez connu au séminaire. Sa mort est arrivée à Barle-Duc en réputation d’un saint, au collège des Jésuites, qui nous ont fait la charité de le retirer chez eux avec les autres Pères, tandis qu’il travaillait à la nourriture
16) Voir lettre 293, note
17) Etienne Vaius, évêque in partibus de Cyrène, grand-maître de l’Ordre du Saint-Esprit.
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corporelle et spirituelle de cinq ou six cents pauvres, qui l’ont tous accompagné au tombeau deux à deux, un cierge à la main, le pleurant tous comme leur propre père mort. Le R. P. recteur m’en écrit des choses notables (18). M. Boucher est à sa place, qui y est aussi tombé malade, à cause du grand travail qu’il a pris à l’entour des pauvres. Notre frère Mathieu en revint hier au soir, ensemble de Metz, Toul et * Verdun (19), ayant envoyé à Nancy son fait. Nous continuons à assister ces pauvres gens de cinq cents livres par mois en chacune desdites villes ; mais certes, Monsieur, j’appréhende bien que nous ne puissions pas continuer longtemps, tant il y a de difficulté de trouver 2.500 livres tous les mois. * (20)
Je recommande à vos prières notre défunt et notre malade, ensemble les besoins de nos pauvres, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre de la Mission.
J’ai broché ce que le seigneur Ingoli demande, mais si mal que je suis honteux de le vous envoyer. Je vous prie, Monsieur, de l’accommoder et de lui bailler et de l’assurer de mon obéissance.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.
18). C’est la lettre 429.
* 19). Entre les échevins de Verdun et Saint Vincent il y eut un échange de lettres que nous n’avons plus. Le 21 janvier 1640, la municipalité de cette ville décida d’écrire à "M. Vincent, général des prestres de la Mission à Paris, à ce qu’il veuille continuer les charités et distributions d’aumosnes qu’il a commencé en ces quartiers". (Revue de Gascogne, 1908, p. 354.)
* 20) Le frère Mathieu Régnard fit cinquante-trois voyages en Lorraine, chargé chaque fois de sommes variant entre 20 000 et 50 000 livres, surveillé par des bandes de pillards qui étaient prévenus de son passage et savaient ce qu’il portait, et toujours il parvint à desunation avec son trésor. Sa compagnie était considérée comme une sauvegarde. La comtesse de Montgomery, qui hésitait à faire le voyage de Metz à Verdun, ne se décida qu’après avoir obtenu le frère Mathieu pour compagnon de route. La reine Anne d’Autriche écoutait avec plaisir, de la bouche même du frère, le récit de ses aventures. Il a laissé par écrit une relation, aujourd’hui perdue, de
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434. — A LOUIS LEBRETON
De Saint-Lazare-lez-Paris, ce 1er de mars 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu ici à deux heures la vôtre du 28 janvier ; elle me parle : 1° de notre principal affaire (1) ; 2° de ce que M. Le Bret a fait avec M. le vice-gérant pour votre établissement ; 3° ce que vous me dites des églises dont l’on vous parle et du logement ; 4° de l’offre que vous fait ce bon chanoine de la Rotonde ; 5° des expéditions que je vous ai demandées pour des empêchements du mariage ; et enfin de ce qui s’est passé avec Monseigneur le cardinal de Bagni.
Or, je vous dirai, pour le premier, que je pense que vous ferez bien de ne pas perdre temps à notre principal affaire selon la modification ou changement que je vous ai mandé par celle du 10 décembre, de laquelle vous me faites mention. Son éminence (2) m’a fait dire que, quand l’état des choses serait un peu changé, qu’elle en pourra écrire. Vous ne laisserez pas néanmoins de proposer la chose en la manière qu’elle est et dont je vous prie m’envoyer le projet.
Quant au second point, je suis bien consolé de ce que
dix-huit dangers auxquels il échappa, (Collet, op cit, t I, p 319, en note
Lettre 434 — L a, — Dossier Turin original
1) L’affaire des vœux
2) Le cardinal de Richelieu
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vous me mandez que M. Le Bret a fait avec M. le vice-gérant, et pense que vous ferez bien de n’y pas perdre le temps.
Quant aux églises et logement, nous sommes trop pauvres pour entendre à Notre-Dame de Lorette. Je pense qu’il s’en faudra tenir à ce que je vous ai écrit, d’acheter un hospice à petit prix, en sorte néanmoins qu’il y ait un jardin et qu’il soit en quelque endroit où l’on se puisse étendre avec le temps.
Mon Dieu ! que ferons-nous pour le change ? Je m’enquerrai si l’on pourra envoyer l’argent par quelque vaisseau de Marseille ; faites-en de même.
Je vois de grandes difficultés à l’offre de la Rotonde ; remerciez-en affectueusement ce bon seigneur qui la nous fait.
Je vous écrirai ci-après touchant les expéditions pour les mariages invalides.
Je vous supplie cependant de dire à Monseigneur le cardinal Bagni ce que j’ai eu le bonheur de lui dire d’autrefois, que j’espère qu’il approuvera un jour ce que nous demandons.
Cependant je vous prie, Monsieur, comme j’ai fait par ma précédente, d’observer exactement notre petit règlement à l’égard de ne nous jamais entretenir des affaires d’état, et de mortifier la curiosité de savoir et de s’entretenir des affaires du monde. Un de nos frères, qui va et vient pour porter l’argent en Lorraine pour les pauvres, m’a dit qu’il est ravi de consolation, quand il est céans, de n’y jamais ouïr parler de nouvelles et qu’il est fort étonné de voir l’usage contraire dans les religions (3) où il passe ; et M. du Coudray m’a écrit la même
3) Religieux, communauté religieuse
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chose de Toul et qu’il faut tenir cette pratique précieuse et l’observer.
Bon jour, Monsieur. Je suis v. s.
VINCENT DEPAUL,
prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.
435. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
Saint-Mihiel, mars 1640.
IL s’est trouvé, à la dernière distribution de pain que nous avons faite, onze cent trente-deux pauvres, sans les malades, qui sont en grand nombre et que nous assistons de nourriture et de remèdes propres. Ils prient tous pour leurs bienfaiteurs, avec tant de sentiments de reconnaissance, que plusieurs en pleurent de tendresse, même des riches qui sont touchés de ces choses. Je ne crois pas que ces personnes, pour qui l’on offre à Dieu tant et de si fréquentes prières, puissent périr. Messieurs de la ville louent grandement ces charités, disant hautement que plusieurs fussent morts sans ce secours et publiant l’obligation qu’ils vous ont. Un pauvre Suisse abjura ces jours passés, son hérésie de Luther et, après avoir reçu les sacrements, mourut fort chrétiennement.
436. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
[Avant 1642] (1)
A la demande qui lui est faite, s’il y a lieu de solliciter, à la fin des missions, des attestations du travail accompli et des fruits obtenus, le saint répond
"…qu’ils feraient bien de n’en demander pas, qu’il suffisait que Dieu connût leurs bonnes œuvres et que les
Lettre 435 — Abelly, op cit, I II, chap XI, sect I 1er éd, p 380
1) Celui qui a écrit la lettre 430
Lettre 436 — Collet, op cit, t I p 292
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pauvres fussent soulagés, sans en vouloir produire d’autres témoignages (1)".
437. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1638 et 1650] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je me crains que vous ne puissiez refuser la charité que cette pauvre femme requiert de vous, sans quelque espèce de manque de la charité à votre prochain. Cela ne vous obligera pas, si me semble, à nourrir l’enfant à l’extrémité. Il le faudra faire mettre aux Enfants trouvés ; ou, si la mère prend quelque petit nourrisson de qualité, elle fera nourrir le sien aux champs pour la moitié moins. Enfin Dieu y pourvoira, et à votre fils aussi, sans que vous vous laissiez emporter à l’appréhension de ce qu’il deviendra. Donnez l’enfant et la mère à Notre-Seigneur. Il vous rendra bon compte de vous et de votre fils. Laissez-lui faire seulement sa volonté en vous et en lui, et attendez-la dans l’étendue de vos exercices. Ils suffisent pour vous vouer à être toute de Dieu. Oh ! qu’il faut peu pour être toute sainte : faire la volonté de Dieu en toute chose.
[Je suis, en] (2) l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
1) Collet remarque que saint Vincent changea de sentiment dans la suite, et renvoie à cet effet à une lettre du 21 janvier 1642.
Lettre 437. — L. a. — Original à Paris chez les Filles de la Charité de la rue du Fauconnier, 11.
1). Dates de l’institution des Enfants trouvés et du mariage de Michel Le Gras.
2). ces mots et la signature ont été maladroitement découpés quand on a voulu réduire l’original aux dimensions du cadre qui le contient
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438. — UN ECCLéSIASTIQUE A SAINT VINCENT
Entre 1639 et 1643] (1)
Ayant vu les lettres qui viennent de la Lorraine, lesquelles vous avez envoyées à Monsieur N., qui me les a montrées, il faut que je vous avoue que je ne les ai pu lire sans larmes, et en telle abondance que j’ai été contraint d’en quitter par plusieurs fois la lecture. Je loue notre bon Dieu de la providence paternelle qu’il a sur ses créatures, et je le prie de continuer ses grâces à vos prêtres qui s’emploient à cet exercice divin. Il ne me reste que le regret de voir ces ouvriers charitables qui gagnent le ciel et le font gagner à tant d’autres, pendant que moi, par ma misère, ne fais que ramper sur la terre comme bête inutile.