Correspondance (page 18)
439. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce jeudi matin. [Entre 1639 et 1642] (1)
Mademoiselle,
Je ne me ressouvenais pas hier, quand je vous mandai que j’irais aujourd’hui chez vous (2), que j’avais ordre de Monseigneur l’archevêque (3) de m’en aller trouver aujourd’hui Madame la duchesse d’Aiguillon à Rueil, avec Monsieur de Saint-Leu (4). Voyez lequel il vaut mieux : ou contremander les filles, ou que Monsieur Dehorgny
Lettre 438. — Abelly, op. cit, 1. II chap XI sect 1, 1er éd., P. 378.
1) Temps pendant lequel les prêtres de la Mission s’employèrent au soulagement de la Lorraine dévastée.
Lettre 439 — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Saint-Méen.
1) La place des mots "ce jeudi matin" et la présence simultanée à Paris de Jean Dehorgny et de François Soufliers ne permettent pas de mettre cette lettre en un autre temps.
2). Probablement pour donner la conférence.
3). Jean-François de Gondi.
4). André du Saussay.
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ou M. Soufliers leur parle, et lequel des deux. Je vous souhaite cependant le bonjour et suis, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
440. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce vendredi à midi. [Entre 1639 et 1651] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Il y a quelques jours que j’ai cinq cents livres, que je vous envoie par ce porteur, pource que nous vous devons ; et voici que Monsieur le prieur (2) m’a fait demander environ trois mille livres qu’il nous bailla il y a environ trois mois, pour les y rendre à sa volonté, sans que nous lui demandassions. Et quoiqu’il nous ait baillé de l’argent blanc, il nous demande des louis ou de l’argent pesant, qui est la fin pour laquelle il paraît qu’il nous a baillé cette somme. Or, nous sommes un peu surpris (3). Pourrez-vous, Mademoiselle, nous prêter cette somme ? et nous la vous rendrons à votre volonté et tâcherons de la convertir en monnaie de poids, je dis les trois mille livres qu’il me semble que vous avez encore. Il n’y a rien au monde qui vous soit plus assuré, par la grâce de Dieu.
Lettre 440. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). La place donnée aux mots, "De Saint-Lazare". ne permet pas de reculer la lettre au delà de 1639. D’autre part, cette lettre est antérieure à la mort d’Adrien Le Bon, prieur de Saint-Lazare.
2.) Adrien le Bon.
3) Surpris, pris au dépourvu.
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L’assemblée (4) est différée à lundi. Si vous trouvez bon de reprendre ma sœur Marie Monique, faites-le.
Bon jour, Mademoiselle. Je me porte mieux, Dieu merci, et suis votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
441. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce lundi à midi. [Entre 1639 et 1641] (1).
Mademoiselle,
Vous ne m’avez pas mandé où se tient M. l’abbé de Vaux. Vous semble-t-il point à propos que nous le priions de venir dîner céans ? Je voudrais bien que vous pussiez dresser cette partie pour jeudi ; sinon, je tâcherai de l’aller voir chez lui.
Il sera bon de mander à cette bonne fille d’Angers qu’elle s’en vienne tout droit. Peut-être ne trouverait-elle pas prêtes celles de Richelieu, ou qu’elles seront parties.
Je vis hier la nièce de notre sœur Henriette (2). Les choses étant arrivées de la sorte, je pense qu’il est bon d’en essayer et que j’écrive à M. de Beauvais (3), au cas qu’on la mette en justice.
4). L assemblée des dames de la Charité.
Lettre 441. — L. a. Dossier des Filles de la Charité, original
1). Avant 1639, les sœurs n’étaient pas encore à Richelieu ; en 1641, sœur Perrette faisait déjà partie de la Communauté.
2) Sœur Perrette, qui fut placée plus tard à Cerqeux (Calvados). "C’est une très bonne fille, écrivait d’elle Louise de Marillac (lettres, 1. 328) ; il ne fut jamais une pareille soumission, au moins de plus grande"
3) Augustin Potier.
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Je n’ai plus ni fluxion ni fièvre, puisqu’il plaît à Dieu. Je m’en vas sortir incontinent et tâcherai d’avoir le bien de vous voir un jour de cette semaine, qui suis v. s.
442. — UN ECCLéSIASTIQUE A SAINT VINCENT
[Vers 1640] (2)
Entre les personnes qui ont tait des confessions générales, je puis vous assurer qu’il s’en est trouvé plus de quinze cents qui n’en avaient jamais fait une bonne, et qui, outre cela, pour la plupart avaient croupi en des péchés très énormes l’espace de dix, de vingt et de trente ans, lesquels ont avoué ingénument que jamais ils ne s’en fussent confessés à leurs pasteurs et confesseurs ordinaires. L’ignorance y a été trouvée très grande ; mais il y avait encore plus de malice ; et la honte qu’ils avaient de déclarer leurs péchés allait jusqu’à un tel point que quelques-uns d’entre eux ne pouvaient se résoudre de les déclarer même dans les confessions générales qu’ils faisaient aux missionnaires. Mais enfin, pressés vivement par ce qu’ils entendaient aux sermons et aux catéchismes ils se sont rendus et ont avoué franchement leurs fautes avec gémissements et larmes.
443. — A LOUIS ABELLY
De Paris, ce 26 avril 1610.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Lettre 442. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I sect. 1er éd. p. 2.
1). "Un ecclésiastique de condition et de vertu, qui avait assisté et même travaillé", dit Abelly, à la mission dont il décrit ici les fruits, mission qui se donnait dans une grosse bourgade de l’Anjou.
2). Abelly écrivait en 1664 que cette lettre remontait à "plus de vingt ans"
Lettre 443. — L. a. — Dossier de Turin, original.
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J’écris à Monseigneur de Bayonne (1) et lui dis un mot touchant le sujet dont vous me faites l’honneur de m’écrire, qui est que feu Monsieur Fouquet (2) n’était point d’avis pour tout que mondit seigneur pense à l’établissement de religieuses dans Bayonne de longues années, et m’en dit quelques raisons fort importantes, quoique je pense ne lui avoir point donné à connaître mon sentiment pour cela, qui est tout conforme à celui de M. son père. Les inconvénients sont notables et le bien qu’on en espère de beaucoup moindre que l’attente que vous m’en écrivez. Monseigneur néanmoins est le maître, et moi trop téméraire de vous oser dire ce que je vous dis. C’est à Monseigneur de reconnaître la volonté de Dieu sur cela, comme sur toutes choses, et à moi à m’y soumettre ; et c’est ce que je fais, et à tout ce que vous, Monsieur, lui conseillerez, et cela avec toute l’humilité et l’affection qui m’est possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
J’ai eu le bien de rencontrer M. votre frère en un arbitrage avec M. de Cordes. O Monsieur, que j’en suis consolé !
Suscription : A Monsieur Monsieur Abelly, grand vicaire et official de Bayonne, à Bayonne.
1) François Fouquet.
2. François Fouquet, père de l’évêque de Bayonne et du surintendant des finances Il était mort le 22 avril.
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444. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON
De Saint-Lazare, ce lundi matin. [Avril ou mai 1640] (1)
Madame,
Messieurs de Liancourt, de la Ville-aux-Clercs (2), de Fontenay (3) et quelques autres personnes de condition s’assemblèrent hier céans pour commencer à travailler pour les personnes de condition de Lorraine qui sont en cette ville (4). Vous ne sauriez croire, Madame, les bénédictions qu’ils vous souhaitèrent tous, à cause des grands biens que vous faites aux religieux et aux religieuses et au pauvre peuple de Lorraine. Ils dirent que, quand
Lettre 444. — L. a. — Original communiqué par le P. Joseph-Marie de Elizondo, capucin.
1). Voir la lettre 459. C’est à tort qu’une main étrangère a écrit sur l’original 1638 ; l’œuvre de la noblesse Lorraine n’a commencé qu’en 1640.
2). Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne et de Montbron seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d’état, mort le 5 novembre 1666, à l’âge de soixante et onze ans. 3
3) François du Val, marquis de Fontenay, seigneur de Mareuil, de Villiers-le-Sec et de Jaguy-en-France, maréchal des camps et armées de Sa Majesté, conseiller du roi en son conseil d’état. Il avait rempli deux fois les fonctions d’ambassadeur à Rome.
4). Dans cette œuvre de l’assistance de la noblesse Lorraine réfugiée à Paris, saint Vincent eut pour principal auxiliaire le baron de Renty, un chrétien comme on en trouve peu. C’était une heureuse idée qu’avait conçue le saint de faire aider par leurs pairs les nobles tombés dans le dénuement, sans recourir aux dames de la Charité, déjà si surchargées. Il fut résolu, dès la première assemblée, qu’on établirait le nombre et la qualité des nobles Lorrains nécessiteux réfugiés à Paris. M. de Renty fit l’enquête. Les réunions se tenaient à Saint-Lazare le premier dimanche de chaque mois. Elles continuèrent jusqu’à la fin des troubles, pendant sept ans environ, toujours avec le même zèle et le même succès. Sept ou huit gentilshommes y assistaient. Ils allaient porter eux-mêmes aux réfugiés les secours et des paroles de consolation. Quand la paix permit aux nobles de rentrer dans leur pays, l’assemblée les aida de ses aumônes à faire le voyage et à subsister pendant quelque temps. (Cf. Abelly, Op. cit., t. I, chap. XXXV, p. 167 ; Maynard, Op. cit., t. IV, p. 128)
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vous n’auriez jamais fait que ce bien-là, vous devez espérer une grande part au royaume éternel. Nous parlâmes du moyen de faire tenir vos quinze mille livres en cette province-là. Monsieur de Fontenay, qui a été gouverneur de Nancy, dit qu’il fallait faire venir deux compagnies de cheval pour renforcer le convoi dans lequel l’on le mettra, et que M. du Halier fera cela volontiers, si l’on lui en fait écrire, et cela sans qu’il en coûte, ou peu.
L’épargne ne sera pas petite pour vos pauvres, si nous pouvons changer la monnaie blanche qu’on nous a baillée en or. Il y a douze mille cinq cents livres en argent blanc d’assez mauvaise monnaie. Monsieur Chenevis ne voudra pas nous bailler, à ce que je crains, espèce pour espèce. Il nous fera bailler les pistoles à douze livres de delà qu’on lui donnera ici à dix. J’ai donné charge à notre frère Louistre de le savoir ce matin néanmoins.
Je vous envoie la requête que nous présentons à Messieurs les députés des amortissements (5). Monsieur l’évêque de Saintes (6), qui en est l’un, estime, Madame, que, s’il vous plaît de recommander la chose à ces Messieurs, qu’ils nous déchargeront, à cause qu’il estime la chose juste. Nous y faisons mention de vous, Madame. Je vous supplie très humblement de vous faire lire la requête et de considérer les raisons que nous alléguons, pour les dire à ces Messieurs.
Je vous demande très humblement pardon, Madame,
5). Commissaires nommés par le roi, à la suite de la Déclaration du 19 avril 1639, pour procéder à la recherche, taxe et liquidation des droits d’amortissement.
6). Jacques-Raoul de la Guibourgère, né en 1589, était veuf d’Yvonne de Charette et père de plusieurs enfants quand il entra dans les ordres. Il monta en 1631 sur le siège de Saintes, qu’occupait avant lui son oncle, puis passa à Maillezais et enfin à La Rochelle quand le siège épiscopal y fut transféré. Peu d’évêques furent liés aussi intimement que lui avec saint Vincent. Il mourut en 1661.
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de tant d’importunité que je vous donne. La bonté la non pareille que Notre-Seigneur vous a donnée pour nous m’en donne la confiance et me fait être, en son amour et celui de sa sainte Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
J’aurai l’honneur de vous avertir, quand il sera temps, que votre charité prenne la peine de voir ces Messieurs, dont je vous donnerai la liste.
Suscription : A Madame Madame la duchesse d’Aiguillon.
445. — A JEAN DE FONTENEIL
De Paris, ce 1er de mai 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu de la bénédiction qu’il verse incessamment sur votre compagnie et sur vos travaux, et vous supplie très humblement, Monsieur, de le prier pour la rémission de mes péchés et pour bien mourir.
Votre bonté me donne la confiance de vous importuner trop souvent ; j’en diminuerai, quand il vous plaira. Je vous supplie, Monsieur, d’ajouter ce bienfait à tous les précédents, qui est de faire tenir les paquets ci-inclus à Bayonne et à Dax sûrement et au plus tôt et de vous servir de moi en récompense.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, à vous, à Messieurs de Cruseau et à tous ceux de votre sainte com-
Lettre 445 — L a — Dossier Turin, original.
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pagnie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Je vous supplie, Monsieur, de faire tenir le paquet ci inclus à M. Benoît (1), à Notre-Dame de la Rose, près de Sainte-Livrade (2).
Suscription. A Monsieur Monsieur de Fonteneil, chanoine de Saint-Seurin de Bordeaux, à Bordeaux.
446. — A SAINTE JEANNE DE CHANTAL
De Paris, ce 14 mai 1640.
Ma très digne et très aimable Mère,
Je ne puis assez humblement ni affectionnément vous remercier de toutes les bontés les non pareilles que vous exercez incessamment vers nos missionnaires et vers moi. Je prie Notre-Seigneur qu’il en fasse l’office lui-même, ma chère Mère, et qu’il soit votre récompense. Vous leur donnez des meubles, ma chère Mère ; plaise à la bonté de Dieu se faire lui-même l’ameublement et l’ornement précieux de votre chère âme, à ce qu’elle brille comme un soleil au ciel comme en la terre ! Nous sommes en demeure, comme toujours, et en défaut de ne vous avoir écrit plus tôt. L’unique cause, si me semble, en est l’attente de vous écrire la résolution dernière du visiteur, et cela de semaine en semaine ; mais [les difficultés] (1)
1). Benoît Bécu.
2) Sainte-Livrade est aujourd’hui chef-lieu de canton dans le Lot-et-Garonne.
Lettre 446. — L. a. — Original au couvent de la Visitation de Montluel
1) mots de lecture douteuse.
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et l’importance de l’affaire tiendront encore en suspens pour huit ou dix jours seulement (2). Nous avons pensé qu’il est expédient cependant de vous dire, ma chère Mère, que M. le commandeur vous enverra M. Roton, son aumônier, dans dix ou douze jours au plus tard, avec la dernière résolution qu’il doit prendre avec Monseigneur l’archevêque de Sens. Et pource que mondit sieur le commandeur vous expliquera succinctement l’état de la chose, je ne vous en dirai rien, sinon : 1° que nous reconnaissons de plus en plus l’utilité du visiteur pour visiter dans la nécessité ; 2° que nous pensons qu’il est expédient qu’il ait le pouvoir que les saints canons attribuent à un visiteur, indépendamment des Ordinaires, et qu’il en use, néanmoins sans rien changer aux règles, avec tous les respect, circonspection et déférence possibles ; 3° que si vous, ma chère Mère, écrivez aux… qu’ils en ont usé de même ou, pour le moins, quelques-uns que je connais, à l’égard de la congrégation des filles de Notre-Dame (3), sur le bruit d’une bulle que leur fondatrice fit écrire pour quelque chose se rapportant au fait dont est question ; 4° que le remède unique est que… ; 5° qu’il servit plus expédient de laisser les choses comme elles sont et les commettre à la conduite de la sainte providence que d’en user autrement ; 6° que notre digne Mère est celle seule à laquelle l’on pense que Notre-Seigneur fera connaître sa sainte volonté, comme à la fondatrice de ce saint Ordre, sa divine bonté étant telle de commu-
2). Saint Vincent, le commandeur de Sillery et Octave Saint-Lary de Bellegarde, archevêque de Sens, avaient mission d’étudier ensemble deux questions de haute importance pour l’Ordre de la Visitation : s’il convenait d’établir des visiteurs, et, dans le cas où on les établirait, comment délimiter leurs pouvoirs.
3). Les sœurs hospitalières de la Charité de Notre-Dame, fondées à Paris en 1624 par la Mère Françoise de la Croix. L’autorité ecclésiastique, avant d’approuver leurs constitutions, en avait confié l’examen à saint Vincent, au Père Sinet et au Père Vigier.
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niquer aux personnes de cette qualité les lumières importantes sur l’œuvre qu’il leur a commis.
Voilà, ma chère Mère, les pensées dans lesquelles nous sommes et desquelles nous devons conférer pleinement auparavant avec Monseigneur l’archevêque de Sens (1).
J’ai fait la visite à la ville et au faux bourg s. Je vous en dirai l’état par celle que je vous écrirai par Monsieur Roton.
Je reviens à vos missionnaires (6) et vous dirai, ma chère Mère, qu’il me semble que Dieu vous a donné un discernement en une seule vue aussi claire que si vous les aviez élevés. O ma chère Mère ! que vous êtes ma mère et la leur, et que je les estime heureux du bonheur qu’ils possèdent auprès de vous, et que je le suis aussi de ce que votre charité a tant de bonté pour moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma très digne Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A ma R. Mère ma R. Mère de Chantal, supérieure du premier monastère d’Annecy.
4). On a cherché à rendre illisibles sur l’original, en les surchargeant de ratures, les lignes qui précèdent, depuis L’unique cause, si me semble. Nous avons omis deux passages que nous n’avons pu déchiffrer.
5). Aux monastères de la ville et du faubourg.
6). Les prêtres de la Mission d’Annecy.
Voir les lettres de Jeanne de Chantal à saint Vincent sur l’affaire du "Visiteur apostolique de la Visitation", dans ce dossier.
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447. — SAINTE JEANNE DE CHANTAL A SAINT VINCENT
Vive Jésus !
[Annecy, mai 1640] (1)
Mon très cher Père,
Nous avons reçu la votre du 14 mai assez tard. Croyez que l’affection et désir que Dieu nous a donnés de chérir et servir vos chers enfants ne produisent aucun [effet] comparable à notre dilection, qui voudrais bien avoir le pouvoir d’en faire davantage ; mais ils sont si bons qu’ils font état de peu de chose. Au reste, la sainte édification et utilité de leur vie, leurs fonctions continuelles à la très grande gloire de Dieu et profit des âmes font dire à chacun qu’ils sont envoyés de Dieu et que M. Codoing a l’esprit de Dieu.
Notre très bon Père M. le commandeur (2) m’écrit que, si l’on veut, il fera que la maison de Troyes fournisse encore deux Pères et un frère. Dieu sait si de bon cœur Mgr de Genève (3) l’acceptera, car ce diocèse est de quatre cent cinquante-cinq paroisses catholiques et cent quarante-cinq que les hérétiques tiennent, qui font six cents, mais grandes paroisses et très populeuses. Aussi M. Codoing dit qu’il faut quatre ans pour faire le tour. Voyez, mon très cher Père si l’accroissement à ce bienfait ne sera pas utilement employé. Vos chers enfants sont ravis de trouver un peuple si bien disposé la gloire en soit à la très Sainte Trinité ! Oh ! la grande couronne qui vous attend, mon très cher Père et notre très cher Père ! M. le commandeur, par le bon emploi qu’il fait de ces fidèles ouvriers ! Je pense que cette mission ici mettra plus d’âmes en paradis que plusieurs autres moyennant la divine grâce.
Lettre 447. — Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal sa vie et ses œuvres, t. VIII, p. 282, lettre 1709.
1). Cette lettre répond à celle du 14 mai.
2). Le commandeur de Sillery.
3.) Juste Guérin.
Voir les lettres de Jeanne de Chantal à saint Vincent sur l’affaire du "Visiteur apostolique de la Visitation", dans ce dossier.
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448. — A LOUIS LEBRETON
De Paris, ce 1er de juin 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier trois de vos lettres à la fois, l’une du second et l’autre du troisième dimanche d’après Pâques et l’autre du 18 d’avril, si me semble. Voici succinctement la réponse à toutes trois.
Je loue Dieu et ai une consolation inexplicable de tout ce que Notre-Seigneur fait par vous de delà, quoique nous n’ayons encore ce que vous demandez pour nos affaires ; mais béni soit Dieu de ce qu’il ne l’a pas agréable et de tout le bien que vous faites parmi tout cela ! Que si la chose principale ne se peut pendant ce pontificat (1), in nomine Domini !
Je rends grâces à Dieu cependant de ce que Monseigneur le vice-gérant vous a donné permission verbale d’acheter une maison dans Rome et vous y établir. Il me semble que ceux-là ont raison qui souhaitent que vous ne soyez pas en mauvais air, ni si éloignés. Je vous supplie, Monsieur, de faire attention à l’un et à l’autre, surtout au premier. Il faut se passer à peu au commencement. Si nous pouvons vous envoyer quatre mille livres pour cela, ce sera tout. Le titre de la chapelle sera de la très Sainte Trinité, s’il vous plaît, et la maison se pourra appeler de la Mission.
Voyez-vous de l’inconvénient à prendre la charité qu’on vous fera pour les messes ? Il me semble que je n’en vois point à visiter les pauvres malades d’alentour,
Lettre 448. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1) Le pontificat d’Urbain VIII (1623-1644).
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ni à vous offrir à M. le vice-gérant à recevoir les ecclésiastiques pour la retraite et pour les cérémonies ; mais cela avec le temps, quand vous aurez le renfort que je vous enverrai, lorsqu’effectivement j’apprendrai que vous avez une maison. Si la chose presse pour cela, vous prendrez l’argent de M. Marchand et nous le rendrons ici ; sinon, je tâcherai de le faire bailler à Monseigneur le nonce ou à M. Mazarini (2).
Je n’ai encore vu mondit seigneur le nonce, pour des raisons d’importance que je ne vous puis écrire, et ne le pourrai voir moi-même que les affaires de deçà et de delà ne soient accommodés. Je tâcherai de le faire voir cette semaine par une personne qui le voit souvent, qui me l’a promis et l’aurait déjà fait, n’était qu’il revient des champs.
Que vous dirai-je de la proposition de Monseigneur Ingoli (3) ? Rien certes, Monsieur, sinon que je la reçois avec toute la révérence et l’humilité qui m’est possible, comme venant de Dieu ; que nous ferons notre possible pour l’embrasser ; mais que nous n’avons en l’une ni en l’autre des deux compagnies aucun du comtat d’Avignon, et que néanmoins il me semble qu’il est absolument nécessaire que l’évêque et les deux autres qui le doivent accompagner soient de même compagnie.
2). Jules Mazarin, né à Pescina, dans l’Abruzze, en 1602, avait dans sa jeunesse étudié en Espagne et servi dans l’armée du Pape. A peine entré dans l’état ecclésiastique (1632), il fut investi de charges importantes. Vice-légat d’Avignon (1634), puis nonce en France (1634-1636), il montra dans ces fonctions l’habileté et la souplesse des plus fins diplomates. Avant de mourir, Richelieu le recommanda au roi Louis XIII.
3). Nous pensons qu’il est ici question de la Mission de Perse. C’est en effet en juin 1640 que le nouvel évêque de Babylone, Jean Duval, en religion Bernard de Sainte-Thérèse, de l’ordre des carmes déchaussés, quitta la France à destination d’Ispahan, où il arriva le 7 juillet avec trois religieux de son Ordre. Mgr Ingoli, secrétaire de la Propagande, avait demandé à saint vincent de donner au prélat deux auxiliaires.
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Depuis ce qui est ici dessus écrit, j’ai été célébrer la sainte messe. Voici la pensée qui m’est venue : c’est que, le pouvoir d’envoyer ad gentes résidant en la personne de Sa Sainteté seule sur la terre, il a pouvoir par conséquent d’envoyer tous les ecclésiastiques par toute la terre, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et que tous les ecclésiastiques ont obligation de lui obéir en cela ; et selon cette maxime, qui me semble vraisemblable, j’ai offert à Dieu cette petite compagnie à sa divine Majesté pour aller là où Sa Sainteté ordonnera. Je pense pourtant, comme vous, qu’il est nécessaire que Sa Sainteté ait agréable que la direction et la discipline des envoyés [soit] au supérieur général, avec la faculté de les rappeler et d’en envoyer d’autres à leur place, en sorte néanmoins qu’ils seront à l’égard de Sa Sainteté comme les serviteurs de l’évangile à l’égard de leur maître et que leur disant : allez là, ils seront obligés d’y aller ; venez ici, ils viendront ; faites cela, qu’ils seront obligés de le faire. Nous en avons peu en la compagnie qui aient les talents qu’il faut pour une mission d’une telle importance ; il y en a néanmoins quelques-uns (4), par la miséricorde de Dieu.
Je n’ai pu parler à Son éminence (5) de l’affaire de M. Le Bret ; j’en entretiendrai Madame la duchesse d’Aiguillon, sa nièce. Je salue mondit sieur Le Bret avec tout le respect qui m’est possible et suis son très humble serviteur et le vôtre.
VINCENT DEPAUL.
Suscription. A Monsieur Monsieur Marchand, banquier de la cour de Rome, pour faire rendre, s’il lui plaît,
4). Saint Vincent a surtout en vue, croyons-nous, Lambert aux Couteaux, qu’il proposera nommément plus tard pour la coadjutorerie de Babylone.
5). Le cardinal de Richelieu.
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à Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à
449 — JUSTE GUéRlN, éVêQUE DE GEVêVE, A SAINT VINCENT
Juin 1640.
Plut au bon Dieu que vous pussiez voir le centre de mon cœur, car véritablement je vous aime et honore de toute l’étendue de mon affection et je me confesse le plus obligé de tous les hommes du monde à votre charité, par les grands bienfaits et par les fruits que Messieurs les missionnaires, vos chers enfants en Dieu, font en notre diocèse, qui sont tels que je ne puis les exprimer ; et ils ne sont pas croyables, sinon à celui qui les voit. J’en ai été témoin oculaire à l’occasion de la visite que j’ai commencée après Pâques Tout le monde les aime. les chérit et les loue. unanimement. Certes, Monsieur leur doctrine est sainte et leur conversation aussi. Ils donnent à tous une très grande édification par leur vie irréprochable. Quand ils ont achevé leur mission en un village, ils en partent pour aller en un autre, et le peuple les accompagne avec larmes et pleurs, en disant : "O bon Dieu ! que ferons-nous. Nos bons Pères s’en vont", et par plusieurs jours les vont encore trouver aux autres villages.
L’on voit des personnes des autres diocèses venir pour se confesser à eux et des conversions admirables qui se font par leur moyen. Leur supérieur (1) a de grands dons de Dieu et un merveilleux zèle pour sa gloire et pour le salut des âmes. Il prêche avec grande ferveur et avec grand fruit. Certes, nous sommes extrêmement obligés à M. le commandeur de Sillery d’avoir pourvu à leur entretien. Oh ! combien admirable est la divine Providence d’avoir inspiré suavement dans le cœur de ce bon seigneur d e nous procurer ces ouvriers évangéliques ! C’est le bon Dieu qui a fait tout cela, sans qu’il y soit intervenu aucune persuasion humaine, ayant égard à notre besoin et au mauvais voisinage où nous sommes d e la misérable ville de Genève.
Lettre 449 — Abelly, op cit, I II chap I, sect II $ 4, 1er éd p 34
1) Bernard Codoing
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450. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1636 et 1641] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici une bonne fille qui vient de trente-deux lieues d’ici pour voir si elle sera propre pour la Charité. Je vous prie de la considérer. Celui qui l’accompagne est son père, qui l’amène exprès ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.
451. — SAINTE JEANNE DE CHANTAL A SAINT VINCENT
[Annecy, entre 1626 et 1641] (1)
Hélas ! mon vrai et très cher Père, serait-il bien possible que mon Dieu me fit cette grâce de vous amener en ce pays ! Ce serait bien la plus grande consolation que je pusse recevoir en ce monde ; et il m est avis que ce serait par une spéciale miséricorde de Dieu sur mon âme, qui en serait soulagée non pareillement, comme il me semble, en quelque peine intérieure que je porte il y a plus de quatre ans et qui me sert de martyre.
Lettre 450 — L a — Dossier des Filles de la Charité, original..
1) Dates extrêmes du séjour de Louise de Marillac à La Chapelle,
Lettre 451. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. VII, 1er éd., p. 316.
1). Il y avait en 1626 quatre ans que sainte Chantal était revenue de Paris ; la lettre ne peut être antérieure à cette date ; d’autre part, la sainte mourut en 1641. La lettre est plus probablement de 1640, car cette année-là saint Vincent eut la pensée d’aller à Annecy (cf I 452), et nous ne voyons pas qu’en un autre temps il ait formé projet semblable.
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452. — A FRANçOIS DU COUDRAY
De Paris, ce 17 juin 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous envoyons tout ce que nous avons pour les religieux et pour les religieuses (1) Vous verrez par celle que j’écris à M. de Villarceaux (2), que vous cachetterez, le sentiment de Madame la duchesse d’Aiguillon sur le sujet de la distribution. Il sera bon peut-être que vous [la] lui apportiez.
Mathieu (3) vous apporte votre petit fait, et ajusterez votre dépense à cela ; et pour les deux mille livres que vous avez reçues de M. de Saint-Nicolas (4) pour les religieuses, au nom de Dieu, Monsieur, n’en divertissez rien à autre usage, sous quelque prétexte de charité que ce puisse être. Il n’y a point de charité qui ne soit accompagnée de justice, ni qui nous permette de faire plus que nous pouvons raisonnablement. Je ne vous dis rien de l’affaire de M. Fl [eury] s, sinon
Lettre 452. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Nous lisons à la fin d’une attestation signée le 20 décembre 1639 par les Dominicaines du grand couvent de Toul : "Nous pouvons dire et nous disons avec tout le diocèse de Toul : Béni soit Dieu, qui nous a envoyé ces anges de paix, dans un temps si calamiteux, pour le bien de cette ville et la consolation de son peuple" et pour nous en particulier, "à qui ils ont fait et font encore tous les jours des charités de leurs biens nous donnant du blé, du bois, des fruits, subvenant ainsi à notre grande nécessité !" (Collet, op. cit., t. I, p. 291.)
2). Anne Mangot, seigneur de Villarceaux, intendant des trois évêchés, mort maître des requêtes le 10 avril 1655.
3). Le frère Mathieu Régnard.
4). Probablement Georges Froger, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris
5). François de Fleury.
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que je suis bien aise qu’il en confère avec M. Midot et que vous comptiez avec lui de gré à gré de vos différends, tandis que M. le président de Trélon (6) est de delà, qui pourra modérer les petites chaleurs. Il serait à souhaiter que ces Messieurs agréassent que les choses fussent remises au premier état ; mais la Providence en ayant disposé autrement par ce bon et saint prélat défunt (7), il se faut soumettre, joint qu’il n’est point à espérer que la justice en dispose autrement, ni expédient de le tenter.
Les visites que j’ai faites jusqu’à présent à Richelieu (8) et à Troyes (9) se sont faites avec tant de fruit et de bénédictions que j’ai vu la vérité de ce qu’on dit des Chartreux, qu’entre les moyens par lesquels ils se conservent en leur première observance est la visite annuelle. 1° Cela a fait que j’ai pensé qu’il est expédient que nous fassions les nôtres tous les ans, et pour cela, ne pouvant aller moi-même en personne pour les faire en Lorraine, j’y envoie M. Dehorgny, dont vous connaissez la simplicité, la piété et son exactitude à l’observance du petit règlement de la maison. Je vous supplie, Monsieur, de le recevoir en cette qualité et de lui avoir la même confiance qu’en moi-même. Vous savez que c’est vous qui le nous avez donné, et la reconnaissance qu’il en a et de plus l’estime qu’il a de vous. J’espère que vous ferez en sorte que chacun de la maison profite de cette action, qui ne se fait jamais sans grand fruit et bénédiction.
Je viens d’envoyer M. Lambert à notre maison de La Rose à même fin et espère d’aller faire le même, vers le milieu de l’automne, à l’égard de Troyes, Genève et des autres lieux, si Dieu me donne santé pour cela. Il im-
6). Neveu du commandeur de Sillery.
7). Charles Chrétien de Gournay, mort le 4 septembre 1637.
8). En novembre 1638 et en novembre 1639.
9). En juillet 1639.
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porte que ledit sieur ne soit point connu a Toul pour celui qu’il est, pour beaucoup de raisons. Il vous dira nos petites nouvelles et comme je vous embrasse en esprit avec toute l’humilité et l’affection qui m’est possible et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur du Coudray, prêtre de la Mission, en la maison du Saint-Esprit, à Toul.
453. — A LA MèRE FRANçOISE-ELISABETH PHELIPPEAUX (1)
Saint-Lazare, ce dernier de juin 1640,
Ma chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Si la profession de notre chère sœur de Chaumont (2)
Lettre 453. — L. a. — Original communiqué par M. Ie baron Bich, d’Aoste
1). La Mère Françoise élisabeth Phelippeaux de Pontchartrain était entrée, dès l’âge de seize ans, au premier monastère de la Visitation. Elle en avait trente quand fut fondé l’établissement de Saint-Denis, dont elle fut la première supérieure (30 juin 1639 - 5 juin 1642). Son triennat fini, elle revint au couvent de la rue Saint-Antoine. Elle laissait à Saint-Denis une communauté petite encore, mais bien fervente. Elle resta au monastère du Chaillot de 1653 à 1655 et fut envoyée à la Madeleine comme supérieure en 1665. Le chroniqueur des monastères de la Visitation écrit à son sujet (Histoire chronologique, p. 561) : "Elle ne respirait que Dieu et sa gloire et sa perfection dans une ferveur si extraordinaire qu’elle ne pouvait concevoir qu’une fille suivant exactement tous les exercices de la règle fût capable d’avoir de la peine. Elle était comme un vrai séraphin, toute brûlante d’amour à la tête de sa petite communauté, qu’elle conduisait comme un autre Moïse dans son petit désert". Elle mourut le 2 juillet 1674.
2) Marie de Chaumont, fille de Louis de Chaumont, seigneur d’Athieules, et de Marie de Bailleul, dame d’honneur d’Anne d’Autriche et sœur de Nicolas de Bailleul, surintendant des finances.
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se peut faire samedi prochain, jour de votre saint fête (3), j’espère que Notre-Seigneur me fera la grâce de vous aller servir, ou bien le lendemain dimanche ; sinon, je ne le puis lundi, pource que j’ai donné parole de servir la petite Chandenier (4), qui doit prendre l’habit ce jour-là à votre maison du faux bourg, et mardi nous avons notre assemblée d’ecclésiastiques (5) ; et je pense que je pourrai partir mercredi pour mon voyage de quinze ou vingt jours (6). Je ferai néanmoins ce que je pourrai pour attendre un jeudi, s’il est nécessaire ; car Dieu sait de quel cœur je désire servir cette chère enfant et combien je suis, en son amour, ma chère Mère, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription. A ma Mère la supérieure de la Visitation Sainte-Marie de Saint-Denis, à Saint-Denis.
4). La famille de Rochechouart de Chandenier donna au second monastère de la Visitation de Paris trois de ses membres. Marie-Louise, Catherine-Henriette et Marie-Henriette, petites-nièces du cardinal de La Rochefoucauld et sœurs des deux abbés de Chandenier qui furent si intimement liés à saint Vincent. Marie-Louise et Catherine-Henriette passèrent au troisième monastère lors de sa fondation, et après treize ans revinrent ensemble au second. Marie-Louise avait eu le bonheur de faire profession devant sainte Jeanne de Chantal en 1635. Elle mourut en prédestinée le 3 janvier 1694 à l’âge de soixante-quatorze ans. (Année sainte, t. I. pp 40-54) Marie-Henriette fut élue supérieure quatre fois, en 1670, 1673, 1691 et 1694. Nous lisons dans l’Histoire chronologique, t. II, p. 445 : "Notre très honorée Mère Marie-Henriette de Chandenier nous a gouvernées avec tant de prudence et de modération qu’elle nous a toujours paru un rare exemple de toutes les vertus, incessamment unie à Dieu, tranquille dans tous les événements, zélée sans témérité pour maintenir l’observance. Nous avons éprouvé plus de neuf ans le bonheur de sa conduite. dont nous jouissons encore à présent avec beaucoup de plaisir, le quatrième triennat n’étant pas encore fini".
5) Pour la conférence dite des mardis.
6) Ce voyage ne se fit pas ou du moins fut retardé ou raccourci.
7) Le monastère de Saint-Denis fut fondé par la Mère Hélène-Angélique Lhuillier, supérieure du premier monastère de Paris, grâce à l’appui de la reine Anne d’Autriche, malgré l’opposition des habi-
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454. — JEAN DEHORGNY A SAINT VINCENT
[Saint-Mihiel, juin ou juillet 1640] (1)
le vous dirai, Monsieur, des choses admirables de cette ville qui sembleraient incroyables, si nous ne les avions vues. Outre tous les pauvres mendiants dont j’ai parlé, la plus grande partie des habitants de la ville et surtout la noblesse endurent tant de faim que cela ne se peut exprimer ni imaginer, et ce qui est le plus déplorable est qu’ils n’en osent demander. Il y en a quelques-uns qui s’enhardissent, mais d’autres mourraient plutôt. Et j’ai moi-même parlé à des personnes de condition qui ne font incessamment que pleurer pour cette occasion.
Voici une autre chose bien plus étrange. Une femme veuve n’ayant plus rien ni pour elle, ni pour ses trois enfants, et se voyant réduite à mourir de faim, elle écorcha une couleuvre et la mit sur les charbons pour la rôtir et la manger, ne pouvant avoir autre chose. Notre confrère qui réside ici en ayant été averti, y accourut, et, ayant vu cela y mit remède.
Il ne meurt aucun cheval dans la ville, de quelque maladie que ce soit, qu’on ne ravisse incontinent pour le manger, et il n’y a que trois ou quatre jours qu’il se trouva une femme à l’aumône publique qui avait de cette chair infecte plein son devantier, qu’elle donnait aux autres pauvres pour de petits morceaux de pain.
Une jeune demoiselle a été pendant plusieurs jours dans la délibération de vendre ce qu’elle avait de plus cher au monde pour avoir un peu de pain, et en a même cherché plusieurs fois les occasions. Dieu soit loué et remercié de ce qu’elle ne les a pas trouvées et qu’elle est à présent hors de danger !
Un autre cas fort déplorable est que les prêtres, que sont
tants et d’Armand de Bourbon, prince de Conty. Saint Vincent en fut le premier supérieur. A ce que rapporte l’auteur de la notice consacrée à ce monastère dans l’Histoire chronologique, p. 529, le saint disait ne respirer que Dieu lorsqu’il entrait au couvent de Saint-Denis, où, déclarait-il "l’esprit de l’Institut fleurissait dans sa première ferveur"
Lettre 454 — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. 1, 1er éd., p 381
1). L’année est donnée par Abelly ; d’autre part, Jean Dehorgny ne passa en Lorraine qu’une partie des mois de juin et de juillet. (Cf. lettres 452 et 459.)
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tous, Dieu merci, de vie exemplaire, souffrent la même nécessité et n’ont pas de pain à manger ; jusque-là qu’un curé, qui est à demi-lieue de la ville, s’est réduit à tirer la charrue, étant attelé avec ses paroissiens à la place des chevaux. Cela n’est-il pas déplorable, Monsieur, de voir un prêtre et un curé réduit en cet état ? Il ne faut plus aller en Turquie pour voir les prêtres condamnés à labourer la terre, puisqu’ils s’y réduisent eux-mêmes à nos portes, y étant contraints par la nécessité.
Au reste, Monsieur, Notre-Seigneur est si bon qu’il semble avoir privilégié Saint-Mihiel de l’esprit de dévotion et de patience ; car parmi l’indigence extrême des biens temporels, ils sont si avides des spirituels qu’il se trouve au catéchisme jusqu’à deux mille personnes pour l’entendre ; c’est beaucoup pour une petite ville où la plupart des grandes maisons sont désertes. Les pauvres mêmes sont fort soigneux d’y assister et de se présenter aux sacrements. Tous généralement font une estime non pareille du missionnaire qui est ici, qui les instruit et les soulage ; et tel s’estime heureux de lui avoir parlé une fois. Aussi s’emploie-t-il avec grande charité et beaucoup de travail à ces frontières. Il s’est même laissé tellement accabler des confessions générales et du défaut de nourriture qu’il en a été malade.
Je me suis étonné comment, avec si peu d’argent qu’il reçoit de Paris, il pouvait faire tant d’aumônes et en général et en particulier ; c’est où je vois manifestement la bénédiction de Dieu, qui fait multiplier le bien ; et il m’est souvenu de ce que la Sainte écriture dit de la manne que chaque famille en prenait une même mesure et qu’elle suffisait pour tous, soit qu’ils fussent plus ou moins de personnes ; pour la recueillir. Je vois ici quelque chose de semblable, car nos prêtres qui ont plus de pauvres. n’en donnent pas moins et ne sont en reste de rien.
455. — JEAN DEHORGNY A SAINT VINCENT
Bar-le-Duc, juillet 1640.
Premièrement, toutes les semaines nos missionnaires donnent du linge à quantité de pauvres, et particulièrement des chemises, ils retirent les vieilles pour les taire blanchir, ac
Lettre 455 — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. 1, 1er éd., p. 383.
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commoder et servir à d’autres, ou bien les mettent en pièces pour panser les blessés ou ulcérés.
Secondement, ils pansent eux-mêmes ici quantité de malades de la teigne ; il y en avait ci-devant pour l’ordinaire vingt-cinq, et il en reste encore douze. Cette maladie est fort commune par toute la Lorraine ; car en toutes les autres villes, il y en a à proportion, et ils sont, Dieu merci, partout pansés fort soigneusement et charitablement, en telle sorte que tous en guérissent par un remède très souverain que nos frères ont appris.
Et en troisième lieu, nos prêtres d’ici font une dépense considérable, mais très utile, pour recevoir les pauvres passants ; car nos missionnaires qui sont à Nancy, à Toul et en d’autres lieux, leur adressent fort souvent des troupes de pauvres pour les envoyer en France, à cause que cette ville est la porte de la Lorraine, et ils leur fournissent leur nourriture et quelque argent pour leur voyage.
456. — A FRANçOIS DU COUDRAY
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici Mathieu qui vous a porté votre fait. Nous apprendrons par M. le président (1) l’état de l’affaire de M. de Fleury et verrons.
Je vous ai écrit qu’il est nécessaire que vous fassiez les distributions par l’ordre de M. de Villarceaux et le fassiez faire de même. J’estime que vous avez cet ordre signé de lui et que vous le suivrez exactement. C’est, Monsieur, de quoi je vous prie très humblement, et de retirer acquit de chaque monastère de ce que vous leur
Lettre 456. — L. a — Original chez les prêtres de la Mission de la maison Saint-Sylvestre à Rome.
1). Le président de Trélon, neveu du commandeur de Sillery. (Cl 1. 452.)
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donnerez (2). Et pour les distributions à faire aux autres villes où il y a des personnes de la compagnie, vous leur inculquerez cela, qu’ils suivent entièrement l’ordre que vous a donné mondit sieur de Villarceaux et qu’ils retirent quittance de tout ce qu’ils donneront, pource qu’il nous en faut compter, que, sous quelque prétexte que ce soit, l’on n’en divertisse ni applique ailleurs pas une maille. Et vous m’enverrez, s’il vous plaît, par le frère Mathieu une copie de l’état, signée de M. de Villarceaux et de son ordonnance, s’il y en a, et me manderez tous les mois les sommes que vous aurez distribuées ou donné ordre qu’on distribue aux autres lieux. Jamais il ne s’est vu un plus grand ordre que celui qu’on requiert et qu’on observe. Vous ne me dites rien du nombre des pauvres des champs retirés dans la ville ou au faux bourg, auxquels vous distribuez. Je fais voir cela à ces bonnes dames, tous les mois, de tous les autres lieux. Il n’y a que Toul dont je ne leur ai pas fait voir il y a assez longtemps. Et cela les console fort. Nous employâmes, samedi passé, deux ou trois heures à voir les autres lettres, dont elles étaient ravies de consolation.
Voilà, Monsieur, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je vous prie d’avoir soin de votre santé ; et cela, je le vous demande avec toute l’affection qui m’est possible par Notre-Seigneur, en l’amour duquel et de celui de sa sainte Mère, je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur du Coudray, prêtre de la Mission à la maison du Saint-Esprit de Toul, à Toul.
2) les archives des prêtres de la Mission possèdent encore plusieurs de ces reçus, tous de l’année 1647.
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457. — A LéONARD BOUCHER
De Paris, ce 10 juillet 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous avons besoin de vous ici ; je vous prie de vous en venir à la première commodité qui se présentera, la présente reçue. Je vous envoie, à cet effet, six écus, et envoie M. Dupuis, présent porteur, à votre place. Vous lui montrerez, s’il vous plaît, comme vous faites, et prierez le R. P. recteur des jésuites (1) de lui faire la même charité d’hospitalité qu’à vous et de l’assister de ses bons et saints conseils. Ledit sieur Dupuis est jeune encore et sans expérience, mais fort docile et pieux. Vous lui remettrez entre les mains l’argent et les provisions que vous aurez, et recommanderez à notre cher frère David (2) de le regarder en Notre-Seigneur et Notre-Seigneur en lui et de lui obéir de même. Avant partir, vous retirerez quittance de tout l’argent que vous avez donné aux religieuses et les mettrez entre les mains dudit sieur Dupuis, prendrez congé de M. le gouverneur (3) et de Messieurs les maire (4) et échevins et autres principaux habitants, en leur présentant ledit sieur Dupuis et leur recommandant. Et pour le regard de M. Baptistes, nous en parlerons ici, où je vous attends avec le cœur que
Lettre 457. — L. a. — Dossier de Turin, original
1) Le R. P. Roussel
2). David Levasseur, frère coadjuteur, né à Dancé (Orne) en 1608, reçu dans la congrégation de la Mission le 2 janvier 1638. La lettre 429 fait de lui un bel éloge.
3). Charles de Mouchy, marquis d’Hocquincourt, gouverneur et lieutenant général en Lorraine et en sarrois
4). Gérard Jacob.
5) Jean-Baptiste Delkestoile, prêtre de la Mission, originaire de Bar-le-Duc.
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Notre-Seigneur sait, en l’amour duquel et celui de sa sainte Mère, je suis votre serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription. A Monsieur Monsieur Boucher, prêtre de la Mission, à Bar.
458. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare ce 11 juillet 1640.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je trouve bon ce que vous me mandez. Vous aurez donc agréable de le faire au plus tôt, s’il vous plaît, Mademoiselle, et de m’excuser si je ne vous vas voir aujourd’hui, pource que je suis pressé d’aller à la ville. Je vous enverrai tantôt quelqu’un pour confesser vos demoiselles et voudrais pouvoir faire le même touchant les points que vous me demandez (1) Mais je ne me ressouviens de pas un seul, vous ayant dit ce qu’il me vint pour lors en l’esprit. S’il m’en ressouvient, m’y appliquant tantôt en allant par ville, je les vous écrirai et enverrai. Je vous souhaite cependant le bon jour et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Lettre 458. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité. original.
1). Points pour la conférence à donner chez les Filles de la Charité.
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459. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce 22 juillet 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier la vôtre, dont j’ai oublié la date, avec celles que [vous] m’envoyez de M. Cuissot et l’acte de la visite de La Rose. O Monsieur, que j’ai de la peine du rencontre de ces deux personnes ! Que ferons-nous à cela ? N’est-il pas à propos que vous leur fassiez connaître leur faute à tous deux et notamment à M. B[enoît] (1) et de prendre occasion de là de faire une conférence sur le sujet de l’importance qu’il y a de ne jamais parler au dehors des personnes ni des choses qui se passent au dedans ? C’est là la cause de ce qui est arrivé à La Rose. M. le grand vicaire, à ce que m’a dit M. Savinier, et les petites inventions qu’il a eues pour s’insinuer dans les esprits et pour s’y établir et se rendre nécessaire à eux, a fait qu’il (2) en a usé de la sorte et que les choses sont venues au point qu’elles sont. Oh ! non, jamais il ne faut parler au dehors de ce qui se fait au dedans. Sera-t-il pas à propos qu’à la fin de la conférence vous retiriez parole publique de la compagnie et qu’elle se donne à Dieu pour cela d’en user de la sorte ?
Le bon M. Sa [vinier] est ici ; je lui fais la meilleure chère (3) que je puis. Il a une grande affection de retourner d’où il vient et passer chez lui (4) ; je lui dis les inconvénients de l’un et de l’autre et tiens ferme ; nous
Lettre 459. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Benoit Bécu.
2). Benoît Bécu.
3.) Chère, accueil.
4) Il était de Clermont-Ferrand et venait de La Rose.
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verrons. Que ferons-nous cependant pour ce lieu-là (5) ? Je vois bien qu’il faut un autre supérieur (6) et un prêtre à la place de M. Gautier (7). Nous avons un prêtre tel qu’il le faut. Que vous semble si nous mettions M. Cuissot en ce lieu-là pour gouverner et M. Chiroye (8) à Luçon (9) ? Je me trouve en peine de faire autrement. Un mot de votre avis, s’il vous plaît. Il y a deux choses à considérer ici : 1° si M. Chiroye a l’esprit de direction ; 2° si M. Thibault (10) l’aura de soumission ; il l’a à présent à l’égard de M. Cuissot et est content et en bonne assiette. Je vous prie de m’en dire votre avis au plus tôt. En ce cas, M. Benoît reviendrait à Richelieu, ou je vous enverrais quelqu’autre.
J’écris à M. Cuissot qu’il prenne trois cents livres pour
5). La Rose.
6). Pour remplacer Benoît Bécu.
7). Denis Gautier, né à Langres, reçu déjà prêtre dans la congrégation de la Mission à l’âge de vingt-neuf ans, supérieur à Richelieu de 1642 à 1646 et de 1648 à 1649.
8). Jacques Chiroye, né à Auppegard (Seine-Inférieure), le 14 mars 1614, entré dans la congrégation de la Mission le 25 juin 1638, reçu aux vœux le 9 mars 1660, supérieur à Luçon (1640-1650, 1654-1660, 1662-1666) et à Crécy (1660-1662), mort le 7 janvier 1689.
9). Une des clauses contenues dans le contrat de fondation de l’établissement de Richelieu portait que trois des prêtres de cette maison iraient dans le diocèse de Luçon "quatre fois l’année, aux saisons les plus convenables" et s’y emploieraient "six semaines à chaque fois" (Cf. lettre 287) Depuis peu de temps saint Vincent avait jugé bon d’établir, à Luçon même, une maison distincte de celle de Richelieu, avec Gilbert Cuissot comme supérieur. Les missionnaires se contentèrent d’abord d’une maison louée. Leur installation n’était pas encore terminée quand saint Vincent écrivait cette lettre. Un don du cardinal de Richelieu, leur fondateur et bienfaiteur, leur permit d’acheter l’hôtel de Pont-de-Vie en décembre 1641. (Voir dans la Revue du Bas-Poitou, 1911, pp. 33-50, l’article de F. Charpentier,.Saint Vincent de Paul en Bas-Poitou.)
10). Jean Thibault, né à Paris en 1615 reçu dans la congrégation de la Mission le 29 juillet 1638. Les craintes du saint étaient fondées. Jean Thibault n’avait pas l’esprit de soumission. Il fut rappelé à Paris peu après et quitta la compagnie en 1642. Il ne faut pas le confondre avec Louis Thibault, le futur supérieur de Saint-Méen, qui sut mériter par sa conduite les éloges du saint.
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son ameublement et que nous les paierons à lettre vue ici. Selon votre désir, que faudra-t-il bien pour eux trois ? Est-ce Pierre Rogue, le berger, qui a été céans (11), qui est à Richelieu ? Je serais bien aise qu’il y voulut demeurer et pense qu’il en a besoin ; car les personnes qu’il va trouver le tiendront dans la petite vanité de son esprit ; vous verrez.
Monseigneur de Tours (12) me fait plainte de ce qu’on a prêché en faveur des personnes qui se disent possédées à Chinon et qu’il assure ne l’être pas et ne pas trouver bon qu’on traite comme l’étant (13). Je ne lui ai su que dire, sinon que je saurais ce que c’est. Je vous prie de me le mander et de dire à la compagnie qu’on ne dise ni fasse rien contre le jugement qu’il a porté. En effet, le jugement de ces choses se doit rapporter à lui, et nul peut exorciser dans un évêché sans la permission de l’évêque.
Pour cette bonne fille, toutes les choses qu’on m’en dit me font défier de son esprit. J’ai peine qu’elle soit à Richelieu, et si elle n’a point de demeure à Chinon, ni parent qui s’en veuille charger, in nomine Domini, je pense qu’il la faudra envoyer ici.
Mademoiselle Le Gras désirerait que vous allassiez faire un tour à Angers pour visiter ses filles sous forme
11) Probablement comme domestique
12) Bertrand d’Eschaux (14 octobre 1618-21 mai 1641). Le diocèse était alors gouverné par le coadjuteur de l’archevêque, Victor le Bouthillier.
13) Poussées par Pierre Barré, curé de Saint-Jacques de Chinon, dont le nom est mêlé à l’histoire des religieuses de Loudun, qu’il exorcisa, plusieurs femmes acceptèrent de jouer le rôle de possédées, pour donner plus de poids, en les formulant au nom du démon, à d’odieuses accusations contre Santerre, curé de Saint-Louand, et le prêtre Gilloire. Pierre Barré ne recula devant rien mensonges, fourberies, sacrilèges, tout lui fut bon. Le coadjuteur de Tours ne se laissa pas tromper. Arrêté et jugé en 1638, l’imposteur fut enfermé dans un monastère du Mans pour le reste de ses jours. ses complices, furent l’objet de mesures sévères, qui mirent un terme à leurs scandales. (Cf. Dumoustier, Essai sur l’histoire de la ville de Chinon
Chinon, 1809, in-12, pp. 131-141)
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de visite (14). Vous pouvez prendre pour sujet nos affaires du Pont de Cé (15) et de la rente ou les aides qui nous sont dues en ce lieu-là (16). Vous pourrez voir M. l’abbé de Vaux, qui est un très grand serviteur de Dieu et qui a une semblable charité pour ces filles, c’est le grand vicaire. Vous leur pourrez parler à chacune en particulier, et puis leur faire un entretien général, sans que cela parût ; et peut-être suffira-t-il pour cette fois que vous les voyiez en particulier. L’on mande que les Messieurs de l’Hôtel-Dieu leur ont fait des robes d’étoffe plus belle. Vous verrez cela et s’il n’est pas à propos de mettre notre sœur Barbe à Angers pour diriger, faire revenir Madame Turgis à Paris, et la sœur Isabelle, qui est la supérieure des filles, toujours infirme, à Richelieu, où peut-être l’air la pourra remettre (17). C’est la pensée de Mademoiselle Le Gras ; et la mienne est de vous chérir plus que moi-même un million de fois et d’être, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
M. Dehorgny revint hier au soir de visiter la compagnie en Lorraine. Dieu a beaucoup béni son voyage et [il] a trouvé les choses en bon état, Dieu merci, si ce
14) Les mots visiter et visite ont ici deux sens différents. ce que saint Vincent demande à Lambert aux Couteaux, c’est que, tout en simulant une simple visite, il fasse discrètement chez les sœurs d’Angers la visite canonique en usage dans les communautés
15). Petite ville pittoresque sur la Loire, près d’Angers, formée d’îlots reliés par des ponts et s’étendant sur les deux rives. Sa grande importance stratégique lui a valu l’honneur de plusieurs sièges.
16). Les aides des Ponts-de-Cé étaient affermées 1800 livres le 19 Juin 1638, jour où elles furent laissées à la congrégation de la Mission pour la maison de Troyes par le commandeur de Sillery (Ach. Nat. S. 6712).
17. Le changement de la sœur Isabelle n’eut lieu qu’entre les moi d’août et d’octobre 1641.
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n’est à Toul, où M. [Colée (16)] exerce toujours la patience du bon M. du Coudray. O Monsieur, que la compagnie est obligée de s’humilier et de louer Dieu de cet emploi et de lui demander la grâce d’en bien user ! Je tâcherai de vous faire copier les lettres que M. Dehorgny m’en a écrites et de les vous envoyer.
Notre-Seigneur protège notre frère Mathieu d’une protection particulière, tandis qu’il permet que la plupart du monde soit volé en ce pays-là, voire même devant ses yeux, quoiqu’il y aille tous les mois avec 2.500 livres ; et le dernier mois il en avait douze mille, le surplus étant pour le secours des religieux et des religieuses, qui meurent de faim en ce pays-là.
Depuis deux ou trois mois, Dieu nous a fait la grâce d’assembler quelques personnes de condition de cette ville pour l’assistance de la noblesse qui y est. Sa providence nous fournit six mille livres par mois et un peu plus pour cela. Au nom de Dieu, Monsieur, prions et nous humilions très bien ; je vous supplie d’aider un pauvre Gascon pour cela (19).
Suscription. A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission de Richelieu, à Richelieu.
18) Le nom qui se trouvait sur l’original a été si bien raturé qu’il est illisible.
19) Certains ont prétendu, dans le courant du XIXe siècle, à l’encontre d’une tradition constante et unanime, que l’Espagne est le pays natal de saint Vincent. Tous les documents s’accordent avec la tradition. Dans la lettre 575 saint Vincent déclare lui-même qu’il est français ; ici il se dit gascon ; dans une de ses lettres, il prie Louise de Marillac de présenter ses hommages à Madame de Ventadour, marquise de Pouy "comme à son unique dame, de laquelle la Providence l’a rendu sujet de naissance". Un acte notarié, du 4 septembre 1626, signé de son nom, commence par ces mots : "Fut présent Vincent de Paul…., natif de la paroisse de Poy, diocèse d’Acqs, en Gascogne. Dans sa conférence du 2 mai 1659 aux missionnaires, il parle d’un voyage à Poy, le lieu d’où je suis, L.’évêque de Dax est son évêque ; c’est ainsi qu’il le nomme tou-
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460. — A PIERRE ESCART (1)
Saint-Lazare-lez-Paris, ce 25 juillet 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous demande très humblement pardon de ce que j’ai tant mis à vous faire réponse, et vous promets de m’amender, moyennant l’aide de Dieu.
Votre lettre m’a apporté une consolation que je ne vous puis exprimer, voyant le zèle que Notre-Seigneur vous donne pour votre avancement à la perfection et
jours. Les lettres de tonsure le disent né "sur la paroisse de Pouy, diocèse de Dax :. Au XVIIe siècle, on montrait à Pouy et on honorait d’un culte religieux sa maison natale. On fit l’impossible pour la conserver. L’antique demeure tombant en ruines, on s’efforça du moins de garder la chambre dans laquelle le saint était né. Quand le temps eut achevé son œuvre de destruction, on bâtit une chapelle sur l’emplacement de la chambre natale. (Voir l’Histoire de la maison de Ranquine avant le XIXe siècle dans le Bulletin de la Société de Borda, année 1906, p. 337 et suiv.) Les Papes (bref de béatification et bulle de canonisation), les rois (Arch. Nat. MM 538), les témoins du procès de béatification, les biographes du saint, sauf quelques écrivains espagnols du XIXe siècle, tous n’ont qu’une Voix pour affirmer que saint Vincent a pris naissance dans le village de Pouy, au diocèse de Dax. Il n’est pas de vérité historique plus solidement établie.
Lettre 460. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Pierre Escart, né en Suisse, au canton du Valais, en 1612, était entré dans la congrégation de la Mission le 6 mars 1637 et avait reçu le sacerdoce l’année suivante. Il fut placé à Annecy dès la fondation de la maison et envoyé plus tard à Richelieu. Au début de son séjour à Annecy, il fit bonne impression sur sainte Jeanne de Chantal, qui disait de lui : "M. Escart est un saint". M. Escart était en effet vertueux, zélé et très austère. Il aurait continué de plaire à sainte Chantal s’il avait su garder de la modération dans son zèle, supporter plus patiemment les défauts des autres et juger ses confrères, ses supérieurs surtout, avec plus d’équité. Son tempérament le portait aux extrêmes. Dan un accès de folie, il tua un de ses amis, et mourut à Rome, où il était allé demander l’absolution de ce meurtre.
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pour celui de la compagnie. Continuez, Monsieur, au nom de Notre-Seigneur, à demander cette grâce à sa divine bonté et à y travailler à bon escient ; tempus enim breve est, et grandis nobis restat via (2). O Monsieur Escart, que je chéris plus que moi-même, que je fais volontiers cette même prière à Dieu et pour vous et pour moi ! Mais quoi ! ma misère est si grande que je suis toujours dans la poussière de mes imperfections ; et au lieu que l’âge de soixante ans que j’ai me devrait être un plus puissant aiguillon pour travailler à l’amendement de ma misérable vie, je ne sais comme cela se fait que j’y avance moins que jamais. Vos prières, Monsieur Escart, mon cher ami, m’aideront à cela, et celles de ces tant bonnes âmes que vous voyez de delà. Je vous demande une messe au tombeau de notre bienheureux Père (3) pour cela.
Je ne sais si la vue que j’ai de mes misères me fera vous dire ce que je m’en vas vous écrire ; mais j’entends le vous dire en la vue de Dieu et dans l’esprit de simplicité qu’il me semble que je l’ai considéré, ce matin, devant Dieu.
Je vous dirai donc, Monsieur, qu’il me semble que le zèle que vous avez pour l’avancement de la compagnie est toujours accompagné de quelque âpreté et que cela passe même à l’aigreur. Ce que vous me dites et que vous appelez lâcheté et sensualité en quelques-uns me le fait voir, et notamment l’esprit dans lequel vous le dites. O mon Dieu ! Monsieur, il faut bien prendre garde à cela. Il est facile, Monsieur, de passer du défaut à l’excès des vertus, de juste de devenir rigoureux et de zélé inconsidéré. L’on dit que le bon vin devient facile-
2). Première épître aux Corinthiens, VII, 29, et troisième livre des Rois, XIX, 7.
3) Saint François de Sales.
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ment vinaigre et que la santé au souverain degré marque une prochaine maladie. Il est vrai que le zèle est l’âme des vertus ; mais certes, Monsieur, il faut qu’il soit selon la science, dit saint Paul (4) ; cela s’entend : selon la science expérimentale ; et pource que les jeunes gens n’ont point cette science expérimentale pour l’ordinaire, leur zèle va à l’excès, notamment en ceux qui ont de l’âpreté naturelle. O Jésus ! Monsieur, il faut bien prendre garde à cela et se défier de la plupart des mouvements et des saillies de notre esprit, tandis que l’on est jeune et de cette complexion. Marthe murmurait contre la sainte oisiveté et la sainte sensualité de sa chère sœur Madeleine et la regardait comme si elle faisait mal de ne pas s’empresser comme elle pour traiter Notre-Seigneur. Vous et moi aurions eu peut-être son même sentiment si nous eussions été présents ; et cependant, o altitudo divitiarum sapientiae et scientiae Dei ! quam incomprehensibilia sunt judicia ejus ! (5) voilà que Notre-Seigneur déclare l’oisiveté et la sensualité de la Madeleine lui être plus agréables que le zèle moins discret de sainte Marthe ! Vous me direz peut-être qu’il y a différence entre écouter Notre-Seigneur, comme la Madeleine, et écouter nos petites tendretés, comme nous faisons. Hélas ! Monsieur, que savons-nous si ce n’est pas Notre-Seigneur qui a inspiré lui-même la pensée du voyage des deux dont vous me parlez et celle des petits soulagements qu’ils prennent ? Je suis bien assuré d’une chose, Monsieur, que diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum (6) et ne doute point que ces mêmes personnes n’aiment bien le bon Dieu. Et comment auraient-ils quitté leurs parents, leurs amis, leurs biens et
4) épître aux Romains, X, 2.
5) épître aux Romains, XI, 33.
6) épître aux Romains, VIII, 28.
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toutes les satisfactions qu’ils avaient en tout cela, pour aller chercher la pauvre brebis égarée parmi ces montagnes, s’ils n’aimaient Dieu ! Et si l’amour de Dieu est en eux, comment n’estimons-nous pas que Dieu leur inspire ce qu’ils font et ce qu’ils laissent à faire, et que tout ce qu’ils font est pour le mieux et ce qu’ils laissent à faire aussi ! Au nom de Dieu, Monsieur, entrons dans ces véritables sentiments et dans ces pratiques, et craignons que le malin esprit ne prétende, par l’excès de notre zèle, nous porter au manquement de respect vers nos supérieurs et de la charité que nous devons à nos égaux. C’est à cela, Monsieur, qu’aboutissent pour l’ordinaire nos zèles moins discrets et l’avantage que l’esprit malin en retire. C’est pourquoi, je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, travaillons à nous faire quittes de nos zèles, notamment de ceux qui choquent le respect, l’estime et la charité. Et pource qu’il me semble que l’esprit malin prétend cela sur vous et sur moi, étudions-nous à humilier notre esprit, à bien interpréter les façons de faire de notre prochain et à le supporter dans ses petites infirmités.
Oui, mais si je le supporte, adieu nos petits règlements, l’on n’en gardera plus aucun. Et puis vous savez, me direz-vous, que vous m’avez chargé de tenir la main à ce qu’ils s’observent.
Je réponds à la première difficulté, qui est de l’anéantissement de l’observance des règlements, qu’il nous doit suffire de faire sentir au supérieur, dans le respect et la révérence qu’on lui doit, les manquements qu’on voit et les inconvénients qui s’en ensuivent, et attendre que Notre-Seigneur y pourvoie, ou par la prochaine visite, en laquelle l’on doit rapporter les manquements de la communauté en général et de chaque personne en particulier, voire même ceux du supérieur, notamment le manque-
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ment de soin de faire observer les règlements, ou bien l’on peut en donner avis au supérieur général, et après cela être en repos, dans la confiance que Notre-Seigneur y pourvoira ou par le changement des officiers, ou parce qu’eux-mêmes changeront par quelque retraite, par quelque oraison où Dieu leur donnera lumière et force pour remédier à ce défaut. Bref il faut commettre cela à la divine Providence et être en repos.
Quant à la seconde objection, qui est que vous avez charge de veiller sur le règlement, je vous dirai, Monsieur, que cela est vrai ; mais que cela s’entend que l’on doit veiller en la manière que j’ai dite ci-dessus, qui est d’avertir le supérieur dans l’esprit d’humilité, de douceur, de respect et de charité, et après cela, s’il n’y remédie, en donner avis au supérieur général. Et c’est ce que vous avez fait, mais des l’esprit d’empressement, d’âpreté et d’aigreur même ; et c’est, Monsieur, ce qu’il faut toujours soupçonner dans tout ce que nous faisons ; non enim in commotione Dominus, sed in spiritu lenitatis (7). Que si, après tout cela, les choses vont comme auparavant, il faut demeurer en paix ; et c’est, Monsieur, ce que je vous prie de faire.
J’espère, à la fin de cet automne, de vous aller visiter, et alors nous en parlerons plus particulièrement, comme aussi du voyage que vous me proposez. Je prie Notre-Seigneur cependant, Monsieur, qu’il soit la joie et la paix de votre cœur.
Or sus, Monsieur, il faut que je finisse en vous disant derechef que je vous chéris plus que moi-même et que j’ai une parfaite confiance qu’après que vous aurez honoré d’une manière particulière l’humilité et la douceur de Notre-Seigneur quelque temps durant, par affection, par actes assaisonnés de cet esprit de douceur et
7) Troisième livre des Rois XIX, 11.
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d’humilité, vous deviendrez, moyennant l’aide de Dieu, un homme tout à fait apostolique ; et c’est ce que je lui demande avec toute l’affection qui m’est possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur Escart, prêtre de la Mission, à Annecy.
461. — A BERNARD CODOING
De Saint-Lazare, ce 26 juillet 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Jamais je n’ai eu une vue plus cuisante de mon indignité pour l’emploi que j’ai, qu’en pensant tout présentement à la réponse que j’ai à vous faire, à cause de ma misère qui m’a empêché de vous écrire plus tôt. O Monsieur, jusques à quand me supporterez-vous ? ou quand est-ce que je m’amenderai ? Le comble de ma misère présente est que j’ai perdu votre dernière, au bas de laquelle notre digne Mère m’a fait la charité d’écrire quelques lignes. Voici la réponse à celles du 28 avril et du dernier de mai.
Je rends grâces à Dieu de toutes celles qu’il fait à votre petite communauté, qui me semblent, certes, au delà de toute espérance, et le prie qu’il les vous continue et qu’il vous redonne une parfaite santé, s’il n’a résolu de sanctifier votre âme par les indispositions du corps, et vous supplie, Monsieur, de faire tout ce que
Lettre 461 — L. a. — Dossier de Turin, original.
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vous pourrez pour cela. Oh ! que je suis consolé de ce que vous me dites de chacun de votre compagnie en particulier !
J’écris à M. Escart et, si je le puis, je ferai le même à M. Duhamel (1). Je parle au premier à plein fonds de ce que vous m’avez écrit, et lui-même ensuite. C’est un homme plein de l’esprit de Dieu, mais âpre dans son zèle, comme vous me dites. Je lui écris de sorte que j’espère qu’il fera progrès dans la douceur et dans l’humilité. qu’il redonnera les forces du corps au bon M. Tholard et continuera celles de l’esprit au bon M. Duhamel (2) et qu’enfin il se servira utilement de M. Bourdet et que notre frère François (3) fera bien. C’est, Monsieur, la prière que je fais à Dieu.
Que vous dirai-je des ordinands, Monsieur ? Je vous sais bon gré de ce que vous vous êtes offert à faire la dépense de la première ordination ; mais je pense qu’il faut acquiescer à ce que Monseigneur de Genève (4) propose, de les obliger à donner un florin par jour chacun, si cela suffit, toutes choses comptées et rabattues. L’on fait état que la dépense des ordinands de Paris revient à vingt sols par jour ; l’on compte en cela la dépense d’un plus grand nombre de frères qu’il faut, le bois, les menus frais et le renouvellement du linge. La grande difficulté est à l’ameublement ; il faudra deux ou trois mille livres pour cela. Monsieur le commandeur 5 me témoigna, ces jours
1). Jean Duhamel était de Paris ; son nom ne figure pas sur les registres du personnel de la congrégation de la Mission, où il resta fort peu de temps. Son testament, du 18 avril 1643 (Arch. Nat. 211, liasse l), montre qu’il regretta Vivement sa sortie et ses fautes.
2). Il était tenté de quitter la congrégation de la Mission, dont il se sépara en effet avant la fin de l’année.,
3). Plusieurs frères coadjuteurs portaient ce prénom ; nous ne savons à qui l’appliquer ici.
4) Juste Guérin.
5). Le commandeur de Sillery.
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passés, qu’il ne trouvait pas bon que nous nous donnions la liberté de faire des difficultés à Messieurs les prélats sur les pensées qu’ils ont pour le bien de leurs diocèses. Il disait cela sur ce que vous vous proposiez d’aller trouver Messieurs du sénat (6) sur la difficulté qu’ils faisaient, et vous offrir à ne pas continuer vos missions, s’ils ne l’agréaient, quoique Monseigneur fût d’avis contraire ; et sans difficulté qu’il me dirait la même chose s’il savait que vous eussiez fait difficulté à mondit seigneur d’ordonner que les ordinands payeraient à leur dépense un florin chacun par jour sans le consentement du synode et du sénat. Il dit bien que cela est une marque de votre prudence, mais qu’il faut aller plus simplement ; et en effet, les ordinands ne seront point grevés de donner dix ou douze florins pour leur nourriture pendant l’ordination. Si l’exercice des ordinands est selon Dieu, pourquoi non qu’ils se nourrissent, tandis qu’ils reçoivent ce bienfait de leur prélat ?
Il me semble, Monsieur, que vous ferez bien de vous soumettre en cela à la pensée de mondit seigneur et en toutes les choses qui n’altéreront point notre petit Institut, ce que je crains que feraient les confessions dans] a ville. Cela est directement contraire à notre petit Institut. Notre digne Mère (7) lui fera (8), s’il vous plaît de lui en parler, comme je l’estime à propos, entendre tout doucement cela ; et je m’assure que sa bonté y acquiescera. Je ne sais pas qu’il faille exclure Annecy du bien de la mission ; ains j’estime que, si Notre-Seigneur en donne la pensée à Monseigneur, qu’il la faudra faire. Mais avant, après ou hors cela, je ne pense pas qu’il soit expédient d’y prêcher ni confesser ; et c’est en cette sorte que se doit entendre la règle de ne pas travailler dans
6) Le sénat de Chambéry
7) Sainte Chantal.
8) Texte du manuscrit : lui fera entendre.
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les villes, pource qu’en effet, cela nous empêcherait, avec le temps, d’aller à la campagne.
Mon Dieu ! Monsieur, que je suis en peine de votre petite indisposition et que je souhaite qu’il se rencontre quelque maison ou quelque place à en bâtir une, au meilleur endroit de la ville, qui est un faubourg élevé où sont les capucins, si me semble (9) ! Cela étant, ô Jésus ! il ne faut pas penser a s’établir en quelqu’autre ville ; l’on serait trop éloigné de l’occasion de servir le diocèse. Je prierai cependant M. le commandeur d’écrire [à] M. le commandeur d’Annecy (10), qui vous fait la charité de vous loger, et de le remercier.
Je ne vois pas de la sûreté de traiter avec Monseigneur de Nemours (11) ; c’est un jeune prince ; l’une et l’autre qualité l’empêchent. Notre-Seigneur vous fera quel qu’autre ouverture. s’il lui plaît. L’état du roi va jusques auprès de Genève. Peut-être trouvera-t-on quelque bien là-dedans avec le temps, quand la compagnie travaillera de ce côté-là.
Très volontiers, Monsieur, j’approuve que vous ayez des lits portatifs, comme vous me mandez. Il y aura quelque chose à redire selon le monde ; mais là où la nécessité presse il n’y a ni loi ni raison qui doivent empêcher
9) Dès leur arrivée à Annecy, les missionnaires avaient trouvé l’hospitalité chez Jacques de Cordon, commandeur de Compesière. L’évêque de Genève et sainte Jeanne de Chantal avaient contribué par moitié à leur ameublement. Le commandeur de Sillery leur donna 3.000 livres, le 26 janvier 1640, pour l’achat et l’ameublement d’une maison à Annecy.
10) Jacques de Cordon, grand bienfaiteur des missionnaires d’Annecy. Il fonda plusieurs missions, le 24 septembre 1641, en faveur des paroisses qui dépendaient de ses commanderies. (Arch. Nat. S 6715-6716.) Sa vie a été publiée à Lyon en 1663 par le P. Calemard. (Histoire de la vie d’illustre F. Jacques de Cordon d’Eviev, in-4°.)
11) Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours, né en 1624, un des principaux adversaires de Mazarin pendant la Fronde. Il mourut à Paris le 30 juillet 1652, blessé à mort dans un duel avec le duc de Beaufort, son beau-frère.
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qu’on n’en use de la sorte. Quel moyen de subsister parmi ces montagnes, sans lit, en hiver ? Faute de cela, il faut que les missionnaires meurent, ou qu’ils laissent à faire la mission, notamment en hiver. Il faut trouver quelque invention pour qu’un bon mulet suffise pour cela, et c’est là où sera la difficulté. Au commencement de la Mission, nous en faisions de même, mais nous laissâmes là cet attirail, pource qu’il était superflu, et l’embarras de cela se trouva fort grand : un cheval ne suffisait pas à une petite charrette légère que nous eûmes. Il me vient de tomber dans l’esprit que vous pourriez faire apporter ces meubles d’un lieu en autre par les charrois ou par les mulets que vous louerez pour cela ; mais pour faire cela il sera bon de travailler en lieux contigus et de prendre un quartier du diocèse au commencement de l’année et y travailler toujours. Il en réussira cette commodité du facile transport des meubles d’un lieu en un autre et que vous trouverez par ce moyen les peuples tout disposés, à cause de la proximité des lieux où la mission se fera. Nous en avons usé de la sorte, Cette année, dans la vallée de Montmorency (12). Vous ne sauriez croire, Monsieur, combien le peuple en fait mieux, ni combien les missionnaires sont soulagés et avancent par ce moyen.
Il est expédient, pour en user de la sorte, qu’il plaise à Monseigneur de choisir les quartiers de son diocèse où il désire faire travailler et de ne plus tant changer de quartier, comme l’on fait. Je désire donner cet ans partout.
Quant aux messes à faire dire en ce pays-là, hélas ! Monsieur, je le désirerais bien ; mais certes, je n’y vois
12) Vallée fameuse autrefois par sa fertilité en fruits de toutes sortes. A son extrémité s’élève, sur une colline, la petite ville de Montmorency (Seine-et-Oise)
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point de moyen ; car, outre que je n’ai jamais vu personne avoir disposition à cela, la misère du siècle refroidit bien les aumônes et les rétributions des messes. Je vous supplie de témoigner à Monseigneur que je tiendrais à miséricorde de Dieu l’occasion de servir à cela, si elle se présentait, et en toutes les choses esquelles il lui plaira m’honorer de ses commandements, et qu’il n’a créature sur la terre sur laquelle il ait plus de pouvoir que sur moi.
Disons deux mots de l’affaire de M. votre frère. J’ai fait mon possible vers Monsieur de Bullion (13) et vers M. Tubeuf (14) pour cela ; mais c’est en vain. Il n’y a qu’environ un mois qu’un jeune avocat d’Agen, qui est en cette ville, a eu le dernier refus. Il n’y a que six jours qu’il était céans et qu’il me dit que M. votre frère devait être satisfait de ce qu’on a fait en cet affaire tout ce qui se peut. M. de Bullion dit que, si le roi voulait avoir égard à cette nature de pertes des particuliers pour son service, que la moitié de son revenu n’y suffirait pas.
Que vous dirai-je de nos petites nouvelles ? La maison est en bonne santé, Dieu merci, et la compagnie partout, excepté MM. Jegat et Bastien (15) à Richelieu. Le premier commençait néanmoins à se mieux porter.
Le séminaire va, de mieux en mieux, Dieu merci. M. Dufestel, supérieur de Troyes, m’a prié de trouver
13.) Claude de Bullion, marquis de Gallardon, très en faveur auprès de Henri IV et de Louis XIII, fut chargé sous ces deux monarques de missions diplomatiques très délicates. Après avoir été maître des requêtes (1605), conseiller d’état ordinaire, puis surintendant des finances (1632), enfin garde des sceaux des ordres du roi, il obtint, au parlement de Paris, en février 1636, un office de président à mortier, que Louis XIII avait créé exprès pour lui. Il mourut d’apoplexie le 22 décembre 1640.
14) Jacques Tubeuf, président à la Chambre des Comptes le 14 novembre 1643, surintendant et contrôleur général des finances de la reine Anne d’Autriche, mort à Paris le 10 août 1670, à l’âge de soixante-quatre ans.
15) Sébastien Nodo.
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bon qu’il y entre avec M. Perceval aussi, venu d’avant hier pour cela, et y entreront demain au soir ; et M. Savinier y est aussi.
Les aumônes de la Lorraine continuent toujours, par la miséricorde de Dieu. L’on a avisé au soin des villes de Toul, Metz, Verdun, Nancy et Bar, celui de Saint-Mihiel et du Pont-à-Mousson, où la misère était si grande qu’elle n’est pas imaginable. M. Dehorgny vient de visiter les missionnaires qui y sont, qui m’en dit des choses incroyables et qui font peine ; l’on y mangeait jusques aux serpents.
Dieu nous a fait la grâce de se servir aussi de cette compagnie pour assister les religieux et les religieuses. Le roi donne 45.000 livres pour cela, pour être distribuées par mois, selon l’ordre de M. l’intendant de la justice.
En cette ville, Dieu nous a fait aussi la miséricorde de dresser une petite compagnie de personnes de condition pour y assister la noblesse de Lorraine et les autres personnes de condition. Or sus, Monsieur, il est temps que je finisse par la très humble prière que je vous fais d’avoir soin de votre santé et de celle de la compagnie et de vous ressouvenir de mes misères devant Dieu, à ce qu’il lui plaise me faire miséricorde.
Je suis, en son amour, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre de la Mission.
Monsieur Dufestel, supérieur des prêtres de la Mission de Troyes, a demandé d’entrer au séminaire, où il est à présent avec Monsieur Perceval. Je vous envoie le reçu des cent écus de M. d’Alet.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur
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des prêtres de la Mission du diocèse de Genève, à Annecy.
462. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
De Paris, ce 29 juillet 1610.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Mon Dieu ! que je remercie Notre-Seigneur de bon cœur de la santé qu’il redonne à M. Jegat (1), lequel je vous prie d’embrasser, comme je fais avec la plus grande cordialité que je le puis, et prie sa divine bonté de redonner la santé à notre bon frère Bastien (2), lequel je salue aussi très humblement et affectionnément ; et, s’il faut qu’il prenne les eaux, ou le médecin juge que cet air lui soit plus propre, vous pourrez le nous envoyer.
J’ai envoyé cent écus à M. Cuissot (3) pour leur ameublement ; vous pourvoirez, s’il vous plaît, à leur subsistance.
Vous faites bien d’en user de la sorte vers cette fille de Chinon (4) ; il la faut négliger. Vous aurez vu par ma dernière (5) le sentiment de Monseigneur le coadjuteur de
Lettre 462. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Bertrand Jegat, né à Vannes en 1610 ordonné prêtre le 20 septembre 1636, reçu dans la congrégation de la Mission le 9 octobre 1638.
2). Sébastien Nodo.
3). Supérieur de la maison de Luçon.
4). Cette fille s’était permis de répandre le sang d’un poulet sur la nappe du grand autel de l’église Saint-Jacques, pour avoir l’occasion de bâtir un roman qui n’avait rien d’honorable pour le prêtre Gilloire. Son imposture démasquée, elle fut emprisonnée à Chinon.
5) Lettre du 22 juillet
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Tours (6) sur ces personnes-là et la plainte qu’il a faite de nous pour cela.
Oh ! que je suis consolé de ce que vous me dites que vous allez travailler à votre profit, je dis la communauté ! Certes, Monsieur, vous me consolez en cela plus que je ne vous puis expliquer. Les conférences fréquentes et la pratique des vertus qui nous sont convenables sont les plus efficaces moyens pour cela. M. de Savinier (7) fut si touché vendredi au soir de celle qui se fit céans qu’il dit n’avoir jamais rien entendu qui l’ait tant touché. Oh ! que j’espère que la compagnie profitera de cela et que je la trouverai à la prochaine visite en bon état, vers la fin ou le commencement de l’automne, s’il plaît à Notre-Seigneur m’en faire la grâce !
Je parlerai à Madame la duchesse (5) de cet enterrement dans l’église. Bon jour, Monsieur. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
463. — A SAMSON LE SOUDIER (1)
De Paris, ce 29 juillet 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie très humblement de celle qu’il vous a plu me faire la charité de m’écrire ; elle m’a fort con-
6.) Victor Le Bouthillier.
14 juin 1642, placé à Luçon, puis à Saintes, où il était en 1646.
7.) Il venait d’être rappelé de La Rose à Paris.
8). La duchesse d’Aiguillon.
Lettre 403. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Samson Le Soudier, né en 1609 à Courson (Calvados), entré dans la congrégation de la Mission le 9 octobre 1638, reçu aux vœux à Richelieu le 14 juin 1642, placé à Luçon, puis à Saintes, où il était en 1646.
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solé et votre bon frère aussi, auquel je l’ai communiquée. Oh ! que c’est un bon jeune homme ! Monsieur votre père l’a bien voulu tenter ; il est demeuré ferme comme un rocher ; il me dit que, s’il était jamais si malheureux de sortir, qu’il priait Dieu qu’il le fît mourir à la porte. Il a achevé ses deux années du séminaire et repasse sa philosophie avec M. Dehorgny pour étudier en théologie. Il a si bien parlé à celui qui l’est venu trouver de la part de M. son père, qu’il lui a promis de lui envoyer son titre et son dimissoire, et à M. le baron Danti (3), qui est souvent céans aussi.
Voilà pour lui. Or sus, Monsieur, que vous dirai-je de vous ? Je ne puis vous exprimer la consolation que j’ai d’apprendre votre fidélité à l’observance du petit règlement et l’amour que vous avez à la retraite et à l’éloignement du monde et de ses attraits. Oh ! que cela vous rendra bon missionnaire et homme apostolique ! Continuez, Monsieur, je vous en supplie, et exercez-vous au catéchisme et à la prédication. Les missionnaires se doivent appliquer à ces fonctions, et quoiqu’ils ne fassent pas cela avec tant de succès que d’autres, selon le jugement des hommes, il leur doit suffire qu’ils font la volonté de Dieu et peut-être plus de véritables fruits.
Le temps me manque pour vous en dire davantage et
2.) Jacques Le Soudier, né à Vire (Calvados), le 28 octobre 1619 entré dans la congrégation de la Mission le 16 mai 1638, ordonne prêtre en 1642, reçu aux vœux à Richelieu le 14 juin 1642. Saint Vincent jeta les yeux sur lui en 1646 pour la fondation de la Mission de Salé (Maroc) ; mais ce projet fut abandonné par suite de circonstances qu’on verra plus loin. Nous trouvons Jacques Le Soudier en 1653 à Saint-Quentin, où il resta plus de deux ans Il fut supérieur à Crécy (1652-1654) et à Montmirail (1655-1656). Une longue maladie vint interrompre ses travaux. Il mourut à Montauban le 17 mai 1663.
3). Il est possible que le saint ait eu en vue le baron de Renty, dont par distraction il aurait mal écrit le nom. Le baron de Renty était du pays de Samson Le Soudier et venait fréquemment à Saint-Lazare.
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me contraint de finir, en vous disant que je suis plus que je ne vous puis exprimer, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Le Soudier, prêtre de la Mission de Luçon, à Luçon.
464. — A N***
De Saint-Lazare, ce dimanche 29 juillet 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je fus avant-hier à Saint-Denis et priai la Mère supérieure de Sainte-Marie (1) de s’employer vers sa bonne sœur Madame de Hodicq (2), Vous verrez ce qu’elle me mande par l’incluse, et notamment à l’endroit auquel j’ai marqué quelques lignes, et me ferez l’honneur de me mander si, sans avoir égard à cela, nous continuerons nos petites recommandations. J’[ajoute] (3) à cela, Monsieur, la très humble prière que je vous fais de ne pas dire de qui vous savez ce que le bon seigneur désire n’être pas dit de lui et de m’honorer de la créance qu’il n’y a personne sur la terre sur qui Notre-Seigneur vous ait donné plus de pouvoir que sur moi, qui suis, en l’amour du même
Lettre 464. — Dossier de Turin, copie du XVIIe ou du XVIII siècle.
1) La Mère Françoise-Elisabeth Phelippeaux de Pontchartrain, Supérieure du couvent de la Visitation établi à Saint-Denis.
2). Claude Phelippeaux, fille de Paul, sieur de Pontchartrain, secrétaire d’état, et de Anne de Beauharnais, épouse de Pierre de Hodicq, sieur de Marly-la-Ville, reçu conseiller au parlement le 26 mars 1621, puis président aux Enquêtes.
3). Texte de l’original : J’adresse.
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Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.
465. - A SAINTE JEANNE DE CHANTAL
De Paris, ce 30 juillet 1640.
Ma très digne et très chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne vous puis exprimer, ma très digne Mère, la confusion que j’ai d’avoir tant mis à vous faire réponse et le grand désir que j’ai de m’amender, de sorte que c’est à ce coup que j’espère que Notre-Seigneur me fera la grâce de m’amender tout de bon. Mais certes, ma digne Mère, je tiendrais la chose faite, si vous demandiez à Dieu pour moi la vertu de diligence, qu’il vous a si abondamment donnée ; je l’espère de votre charité et de sa divine bonté. Parlons du visiteur.
C’est à ce coup, ma chère Mère, que vous vous êtes nettement déclarée et par celle que votre charité a écrite à notre Mère de la ville (1) et par les lignes que vous avez écrites au bas de la lettre de M. Codoing, comme vous ne pouviez approuver l’autorité que je vous disais qu’il fallait au visiteur (2). Béni soit Dieu de ce que cela est ainsi ! Je m’y soumets de tout mon cœur, et pense que c’est la volonté de Dieu, qui se fait connaître par la vôtre.
Lettre 465. — L. a. — Original au couvent de la Visitation de Périgueux.
1) La Mère Hélène-Angélique Lhuillier.
2). Seuls parmi les couvents de la Visitation les deux monastères de Paris désiraient, comme saint Vincent, l’institution d’un visiteur.
Voir les lettres de Jeanne de Chantal à saint Vincent sur l’affaire du "Visiteur apostolique de la Visitation", dans ce dossier. Cl.L.
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Mais à moins que cela, je vous avoue, ma digne Mère, que ce que je vous en avals écrit était mon opinion, mais avec deux conditions : l’une, que ce visiteur n’userait de son autorité qu’aux extrémités et qu’à cet effet l’on le choisirait doux, sage et plein de respect vers Nosseigneurs les prélats, comme est M. Coqueret, docteur de Sorbonne, sur lequel Monseigneur de Sens (3) avait jeté les yeux et lequel, depuis peu, a été élu pour l’un des trois supérieurs des Carmélites et a acquiescé à cette élection par l’instante prière de Monseigneur le cardinal (4), lequel a ces trois qualités que je viens de dire, en éminence, et aurait servi d’exemple aux autres. L’autre condition est qu’il n’aurait aucun pouvoir sur aucune maison que dans l’acte de visite. Auxquels deux cas il aurait eu le pouvoir nécessaire pour remédier à certaines choses auxquelles difficilement il le pourra autrement ; et en second lieu, il ne pourrait jamais s’arroger ni faire les actes de supérieur général. Mais pour le regard de la difficulté de déplaire à Nosseigneurs les prélats, ne doutez pas, ma chère Mère, que si peu que vous en ferez ne leur donne un étrange déboire et n’excite tempête. Il est vrai qu’elle sera moins grande.
Jésus ! ma chère Mère, oh ! que dis-je ! Où est allé mon esprit, en vous disant ce que je vous viens de dire ? Certes, il semble que, si bien j’acquiesce de la volonté,] e ne le fais pas du jugement. O bon Dieu ! si fait, et cela pleinement, en la seule vue du bon plaisir de Dieu, auquel je soumets et ma volonté et mon jugement, ne doutant point pourtant que ce ne soit la volonté de Dieu, puisqu’elle est celle de notre digne Mère, qui est tellement notre digne Mère qu’elle est la mienne unique,
3). Octave de Saint-Lary de sellegarde (14 novembre 1621 - 26. juiliet 1646).
4). Le cardinal de Richelieu.
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que j’honore et chéris plus tendrement que jamais enfant ait aimé et honoré sa mère après Notre-Seigneur ; et me semble que cela va à un tel point que j’ai assez d’estime et d’amour pour en donner à tout un monde ; et cela, certes, sans exagération.
C’est donc dans l’esprit de cette enfance, ma chère Mère, que je vous parle et que je vous remercie toujours de toutes vos charités de grand-mère que vous exercez vers vos chers enfants vos missionnaires, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble et obéissant fils et serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A ma Révérende Mère ma Révérende Mère de Chantal, supérieure du premier monastère d’Annecy.
466. — AU COMMANDEUR DE SILLERY
[1640.]
Monsieur,
En vérité, Monsieur, il faut avouer que Dieu fait des merveilles en vous ! Quoi ! cette promptitude à vous rendre aux mouvements de la grâce aussitôt qu’on vous propose ce qui peut être plus agréable à Dieu, et anéantir,
Lettre 466 — Vie de l’illustre serviteur de Dieu Noël Brulart de Sillery, p. 128. Les missionnaires, d’abord établis au village de Sancey, se fixèrent à Troyes, le 25 août 1640, dans une maison que leur avait donnée le commandeur de Sillery, à l’angle droit du faubourg Croncels et de la rue des Bas-clos. Tandis que le commandeur était occupé à la faire aménager et embellir, saint Vincent vint dans cette ville. Il trouva que le logement était trop luxueux, supplia Brulart de Sillery de laisser vivre les missionnaires dans la simplicité et la pauvreté de leur état, conformément à l’esprit de l’évangile, et d’enlever les embellissements. ses instances furent si pressantes que le commandeur dut céder :
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sans souffrir de retour, toutes les raisons de votre haute et sage prudence, c’est, sans mentir, rendre un continuel sacrifice à Dieu d’une excellente odeur et d’une admirable édification à ceux qui connaissent ces belles actions.
Je n’ai point de termes pour vous remercier de la faveur que vous me faites de vous ajuster à mes petites propositions touchant notre établissement à Troyes. Je vous suis autant obligé que si vous m’aviez donné tous les biens du monde, tant parce que cela me paraissait être contre la simplicité eh laquelle notre pauvre compagnie doit s’établir, que pour l’appréhension que j’ai que tout ce qui n’est pas là-dedans se sente un peu de l’adresse des enfants du siècle. Ce n’est pas que je n’y manque bien souvent et qu’il ne soit plus clair que le jour que vous êtes plus dans la pratique de cette vertu que je n’y serai jamais. Je vous supplie de croire que je dis ceci en le croyant aussi véritablement comme je tiens pour certain qu’il faut que je meure.
Encore un coup, Monsieur, je vous remercie d’avoir eu la bonté de condescendre à mes petits sentiments ; et c’est en quoi j’admire votre humilité ; ce qui m’unit à vous d’une tendresse si grande que je ne puis l’exprimer.
467. — CHARLES DE MONTCHAL, ARCHEVêQUE DE TOULOUSE,
A SAINT VINCENT
Toulouse, 1640 (1)
Je ne puis laisser partir ces deux missionnaires (2) que vous avez envoyés en ce pays, pour vous aller revoir, sans vous
Lettre 467 — Abelly, op cit, I II chap I sect II § 8, 1ère éd p 52
1) La lettre est antérieure au 26 août (Voir lettre 475)
2) Robert de sergis et Nocolas Durot
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remercier, comme je fais de tout mon cœur, des grands services qu’ils ont rendus à Dieu dans mon diocèse. Je ne vous saurais représenter les peines qu’ils y ont prises, ni les fruits qu’ils y ont faits, dont je vous ai une particulière obligation, puisque c’est à ma décharge qu’ils se sont ainsi employés. L’un d’eux s’est rendu maître de la langue de ce pays jusqu’à se faire admirer de ceux qui la parlent, et s’est montré infatigable dans le travail. Quand ils se seront un peu rafraîchis, je vous supplierai de nous les renvoyer, car je me dispose à faire faire les exercices des ordinands, et j’ai besoin de leur secours encore pour ce sujet. Tout réussira à la gloire de Dieu, si vous nous aidez.
468. — A LOUIS LEBRETON
De Paris, ce 9 août 1640.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici enfin la vie de saint Vénérand (1), que vous m’avez demandée.
Je ne vous envoie point encore la lettre de Monseigneur le nonce (2) et ne l’ai osé voir pour les raisons que je vous ai mandées (3). J’aurai ce bonheur à son retour de la cour.
Nous avons acquitté la lettre de change de trois cents livres et en avons payé pour cent cinquante de plus pour le change.
Lettre 468. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1). Le martyrologe romain signale trois Vénérand : 25 mai, saint Vénérand, diacre, martyrisé au diocèse d’évreux, 18 juin, saint Vénérand, évêque et confesseur ; 14 novembre, saint Vénérand, martyr, à Troyes. La Vie des bienheureux martyrs saint Mauxe et saint Vénérand, patrons du diocèse d’évreux, avait été publiée à Rouen en 1614.
2). Mgr Scotti.
3) Nous n’avons plus une seule des lettres que saint Vincent écrivit à Louis Lebreton entre le 1er juin et le 9 août. C’est dans une de ces lettres perdues, dans plusieurs peut-être, qu’il exposait les raisons dont il parle ici.
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Je reviens à la pensée que je vous ai déjà écrite, de faire le bon propos la première année du séminaire, les vœux simples à la fin de la seconde et un solennel de finir nos jours en la compagnie longues années après être entrés en icelle (4).
Je suis bien aise de ce que le R. P. assistant (5) dit que cela ne fait pas religieux ; conférez-en un peu exactement. J’attends de vos lettres portant réponse sur quantité de choses dont je vous ai écrit (6) : de l’union de la maison du Saint-Esprit de Toul, de celle des deux prieurés dans le diocèse de Langres, des affaires concernant un monastère de Saint-François à mettre sous la direction de Monseigneur de Paris (7) et vous recommande une dispense conforme à ce que M. Soufliers vous en écrit et le témoignage in forma pauperum (8) et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.
J’attends réponse touchant Fernambouc des Indes (9). J’ai écrit à M. Le Bret en faveur de la congrégation de Sainte-Geneviève (10) ; assurez-le de mon obéissance et de
4). Les mots un solennel de et longues années après être entrés ont été raturés dans le texte original, mais, semble-t-il, postérieurement à la composition de la lettre, car l’encre est différente.
5) Le Père Charlet, assistant français des Jésuites.
6). Nous n’avons plus la lettre ou les lettres qui traitent du second et du troisième points.
7). Jean-François de Gondi.
8). Quand les personnes qui ne sont pas en état de payer les droits accoutumés, demandent en cour de Rome une dispense de parenté en vue d’un mariage cette dispense leur est expédiée in forma pauperum. Elles n’ont à payer qu’une partie des frais ordinaires ou même rien du tout.
9). Pernambouc au Brésil. L’Amérique était autrefois connue sous le nom d’Inde occidentale.
10). La congrégation de Sainte-Geneviève demandait à Rome le renouvellement des pouvoirs du cardinal de La Rochefoucauld et un indult permettant au Père Faure de garder la charge de supérieur général.
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mes services vers les personnes qu’il sait, dans les rencontres. Je lui dis que vous lui direz la sainteté de la réforme de Sainte-Geneviève.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.