Correspondance (page 19)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

469. — A LOUISE DE MARILLAC

Ce lundi à 10 heures. [1640] (1)

Je viens de recevoir tout présentement celle que vous écrivez à M. l’abbé de Vaux et la trouve bien, si ce n’est qu’il me semble qu’il y aurait eu lieu de lui dire que, si ces Messieurs désirent la clause du renvoi, qu’il est juste qu’on y mette celle du rappel des filles, lorsqu’on le jugera expédient (2).

C’est un grand cas que partout l’on se plaint qu’elles prennent ce qui est destiné pour les malades. Il est nécessaire de faire une règle, qu’elles ne pourront, sous quelque prétexte que ce soit, manger de ce qui est destiné pour les pauvres.

Vous m’auriez consolé de faire mes recommandations et mes excuses au bon M. de Vaux de ce que je ne lui ai pas écrit, et de lui dire que je le ferai au prochain voyage. (3)

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

V. D.

Avez-vous pas reçu une lettre que je vous ai envoyée de nos sœurs de Richelieu, qui vous mandent, et M. Lam-

Lettre 469. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre semble devoir être placée peu avant la lettre 473.

2). Voir dans la correspondance autographiée de Louise de Marillac les lettres 17 et 19

3). Au prochain courrier.

- 92 -

bert à moi, qu’il y a deux bonnes filles de là qui se présentent pour être de la Charité ?

470. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Entre 1640 (1) et 1644 (2)]

Monsieur,

Madame de Verthamon n’a pas manqué de venir trouver les dames, et, après avoir encore fait connaître plus clairement que le dessein de ces Messieurs était de se rendre maîtres absolus de toute l’œuvre, et dit qu’elle croyait qu’ils seraient bien aises que l’on leur donnât moyen de se déclarer, elle néanmoins a accompagné ces dames en la manière qui avait été résolue, et lesdits Messieurs n’ont point manqué à se faire entendre disant aux dames qu’ils leur accorderaient tout ce qu’elles voudraient et même qu’elles ne donneraient qu’un récépissé, sans signer de l’argent qu’elles recevraient, et qu’eux tireraient quittance de tous les marchands et, ce me semble. des nourrices aussi.

Les dames lui ont fait entendre aussi qu’elles ne pouvaient entreprendre ou continuer ce soin que tant que l’on demeurerait dans les premières dispositions ; et tout ce pourparler a été avec Monsieur le chancelier (3), lequel, après tout, a dit qu’il rédigerait par écrit l’intention de Messieurs les hauts justiciers et les baillerait aux dames. Le bon Monsieur Le Roy, lorsque les dames l’ont vu et lui ont fait entendre toutes ces propositions, leur a dit que, si cela arrêtait l’affaire, qu’il s’en retirerait entièrement. S’il y a quelque autre chose, ces dames vous le diront demain, à l’heure que votre charité leur a donnée, de trois heures après dîner

Je suis, Monsieur votre fille et servante.

L. DE M.

Je vous supplie très humblement, Monsieur prendre la peine me mander si vous treuvez bon que nous avertissions

Lettre 470. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Ce fut en 1640 que les dames de la Charité prirent à leur charge l’œuvre de la Couche.

2.) La cire qui a servi à cacheter cette lettre porte l’empreinte du sceau dont Louise de Marillac se servait avant 1644

3). Pierre Séguier.

- 93 -

Madame de Verthamon que vous et les dames serez demain ici. Je crains qu’elle se fâche, cela n’étant point, à cause qu’elle a demandé aux dames quand cela serait.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

471, — LA MARQUISE DE MAIGNELAY (1) A SAINT VINCENT

Monsieur,

Il y a quelque temps, j’écrivis à Mademoiselle Poulaillon pour savoir de Mademoiselle Le Gras si elle pourrait faire la charité de donner quelque bonne maîtresse d’école pour les filles de ce lieu. (2) Mais l’on eut désire qu’elle eut pu leur faire apprendre un métier, parce que les habitants de ce lieu, si ce n’est cette condition, se rendront difficiles à les ôter de chez un maître d’école, où il ne leur coûte guère et où elles apprennent avec les garçons. C’est une chose aussi dange-

Lettre 471. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Saint Vincent de Paul connaissait depuis longtemps Claude-Marguerite de Gondi, sœur de Philippe-Emmanuel de Gondi, ancien général des galères, et veuve de Florimond d’Halluin, marquis de Maignelay, qu’elle avait épousé le 7 janvier 1588. Son mari fut assassiné après trois ans de mariage ; son fils mourut à la fleur de l’âge ; sa fille menait une existence malheureuse aux côtés d’un époux qui la brutalisait sans pitié, le comte de Candale, fils aîné du duc d’Epernon. Contrariée par sa famille dans ses attraits pour la vie religieuse, la marquise de Maignelay resta dans le monde et se dévoua au service des pauvres. Henri IV l’appelait la sage marquise. La reine Marie de Médicis en faisait parfois la distributrice de ses aumônes. Chaque jour, de nombreux mendiants assiégeaient la porte de l’hôtel qu’elle habitait rue Saint-Honoré. Elle fréquentait assidûment les hôpitaux, les prisons, les églises, les couvents. Elle coopéra à l’établissement du couvent de la Madeleine, prit à sa charge la pension de seize religieuses et laissa de quoi continuer cette œuvre de charité après sa mort. Les Capucines, les Carmélites, les Filles de la Providence, les Oratoriens et l’église de sa paroisse eurent part à ses largesses. Saint Vincent ne fut pas oublié Elle lui donna son temps, son activité, son argent. Elle l’aida dans toutes ses œuvres, en particulier dans celle des ordinands. Un matin. à son réveil, s’étant aperçue qu’elle n’y voyait plus, elle chanta le Te Deum en actions de grâces. Elle mourut le 26 août 1650, et fut enterrée chez les Capucines, revêtue de leur habit. (la Vie admirable de très Haute Dame Charlotle-Marguerite de Gondy, Marquise de Maignelais, par le P. Marc de Bauduen, Paris, 1666, in-12

2) Nanteuil le-Haudouin (Oise)

- 94 -

reuse, comme vous savez. Nous avons ici un très bon curé, qui voudrait voir ce bien établi cependant que nous sommes en ce lieu. Mademoiselle Le Gras manda à Mademoiselle Poulaillon que l’on y en pourrait envoyer deux, dont l’une panserait les malades de la Charité, pour les saignées et faire les remèdes, et que l’on les pût changer comme aux autres lieux. Nous accepterons toutes les conditions que vous et elle jugerez à propos. Mais je voudrais au plus tôt savoir ce qu’elles désireraient gagner, afin que je pusse voir si ma fille y voudrait contribuer. Il y a aussi un Hôtel-Dieu qui a du moyen et sur lequel l’on pourrait faire donner quelque chose. Faites-moi la charité, Monsieur, au plus tôt qu’elle pourra, d’envoyer à mon logis la réponse à ce que dessus et de me faire acheter six petits livres de l’établissement de la Charité (3). Je vous en dois beaucoup d’autres. C’est pour envoyer à notre bon curé d’Halluin (4), dont nous venons, et quelques autres du pays, qui essayent dans nos villages d’y remettre cette dévotion, que la guerre y avait un peu discontinuée. L’on s’y souvient bien, et avec sujet. de toutes les charités que vos Pères y ont faites très utilement.

Je vous supplie me faire part de vos saintes prières et à ma fille.

Nous sommes. Monsieur, votre très humble et très obéissante fille et servante.

MARGUERITE DE GONDY.

De Nanteuil, ce 21 août [1640] (5)

Suscription : A Monsieur. Monsieur Vincent, supérieur des prêtres de la Mission.

472, — LA MARQUISE DE MAIGNELAY A SAINT VINCENT

Monsieur

Je viens de recevoir votre lettre. Je vous demande pardon si je suis si importune, mais c’est que le besoin de notre Charité (1) presse, car la servante que nous avons est si cha-

3.) Il ne reste aucun exemplaire connu de cet opuscule

4). Commune du canton de Tourcoing (Nord).

5). Cette lettre a précédé de peu de jours la lettre 480.

Lettre 472. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La Charité de Nanteuil-le-Haudouin.

- 95 -

ritable qu’encore qu’elle soit payée jusques au 6 du mois prochain, elle nous veut quitter au dernier de celui-ci, et je ne la voudrais pas tenir une heure, si elle ne voulait. Depuis Pâques nous avons eu, Dieu merci, peu de pauvres ; le plus a été douze ; aujourd’hui, je crois que c’est neuf ; et plusieurs temps, beaucoup moins. Nous donnons cent livres de gages. Les médecines et lavements se font céans. C’est une bonne fille que je tiens pour faire les charités que je ne puis, n’en n’ayant pas comme je dois dans le cœur ; et en l’effet je n’en fais point car mes forces diminuent. Si cette fille que nous aurons, si vous plaît, par votre moyen, est bonne fille, nous essayerons de la loger sans qu’il lui coûte rien ; et serai fort soulagée de cette bonne fille que j’ai céans. Quand elle ne saura pas saigner il n’importe : elle pourra l’apprendre ; celle que nous avions l’a appris en peu de temps ; et puis nous avons un chirurgien.

Si vous plaît que cet homme put porter un mot à la bonne Mademoiselle le Gras et lui envoyer ce mot, elle pourrait nous rendre la réponse.

Je finis comme j’ai commencé vous demandant pardon et vous suppliant que j’aie part en vos saintes prières, puisque je suis, Monsieur votre très humble et obéissante fille et servante.

MARGUERITE DE GONDY.

Ce 26 août au soir [1640] (2)

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur des prêtres de la Mission.

473. — A LAMBERT AUX COUTEAUX

De Saint-Lazare-lez-Paris. ce 26 août 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien consolé de ce que vous me dites de Monsieur Chiroye et vous prie de l’envoyer au plus tôt (1),

2) Cette lettre est à sa place près de la lettre 471.

Lettre 473 — L. a. — Dossier de Turin, original.

1) Jacques Chiroye était envoyé comme supérieur à la maison de

- 96 -

sans dire la fin pourquoi. Vous lui pourrez bien dire à lui que c’est peut-être pour avoir soin de la compagnie en l’absence de M. Cuissot, pendant un voyage qu’il doit faire, et lui donnerez vos bons avis pour se gouverner en ce cas-là. Je vous enverrai quelqu’autre à sa place, si M. Benoît (3) n’y retourne si tôt. Je le salue et l’embrasse en esprit avec une tendresse que je ne puis exprimer.

Vous ferez bien de vous débarrasser de cette fille (3) et de lui conseiller de ne se pas amuser à toutes ces vues qu’elle a, et de tâcher de s’ajuster à la manière de vie des autres. Notre-Seigneur ni la sainte Vierge n’avaient point toutes ces vues et s’ajustaient à la vie commune.

Assurez M. Perdu que j’ai reçu et envoyé son information à Rome, et M. Dehorgny ses lettres où elles s’adressaient, et que je lui ai recommandé cela fort soigneusement. Qu’il m’excuse si je ne lui écris.

Nous attendons ces bonnes filles de la Charité (4) et vous renverrai ce que vous leur aurez baillé. Quant à Barbe, vous verrez (5).

L’on ne juge pas expédient votre voyage à Toul (6) à cause du peu de temps que vous pouvez donner à cela.

Dieu a disposé du bon M. Fleury. Priez Dieu pour lui, je vous en prie ; et que chacun de la compagnie dise une messe pour lui. Je prie M. Colée de me mander combien il lui a vendu sa part des deux petites maisons qui sont joignant l’hôpital et ce qu’elles se louent.

Nous faisons à présent la visite céans. Jamais je n’ai mieux connu combien il importe qu’on emploie bien pour

Luçon, en remplacement de Gilbert Cuissot, appelé à diriger l’établissement de La Rose. (Cf. Lettre 459.)

2). Benoît Bécu.

3). Une des illuminées de Chinon. (Cf. Lettre 459.)

4). Probablement les deux ; postulantes de Richelieu dont il est parlé à la lettre 469.

5). Il était question de la nommer supérieure à l’hôpital d’Angers.

6). où il devait aller faire la visite.

- 97 -

notre avancement spirituel cet intervalle que la Providence nous donne pour cela. Au nom de Dieu, Monsieur, dites-le à la compagnie et qu’il importe que nous nous employions tous et tout le temps que nous avons, à cet effet, et que, selon cela, nous ferons bien de différer toute sorte d’autre occupation, même les prédications et la visite des lieux où l’on est allé faire la mission, jusques à un autre temps. Il faut que nous travaillions à faire régner Dieu souverainement en nous, et puis dans les autres. Et mon mal est que j’ai plus de soin de le faire régner dans les autres que dans moi. O Monsieur, quel aveuglement pour moi et que je prie bien Dieu que l’on ne m’imite pas en cela ! Je vous dis ceci, les larmes aux yeux, et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre de la Mission.

Ne vous mettez pas en peine de l’exagération dont vous me parlez.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission de Richelieu, à Richelieu.

474. — A SAINTE JEANNE DE CHANTAL

De Paris, ce 26 août 1640.

Ma très digne et très chère Mère,

Mon Dieu, ma chère Mère, que mon cœur est attendri de voir la bonté avec laquelle votre incomparable charité procède avec vos pauvres enfants les missionnaires ! O Jésus ! qu’ils sont heureux et que j’espère que cela leur

Lettre 474. — L. a. — Original au monastère de la Visitation d’Annecy.

Voir les lettres de Jeanne de Chantal à saint Vincent sur l’affaire du "Visiteur apostolique de la Visitation", dans ce dossier. Cl. L

- 98 -

vaudra ! Au nom de Notre-Seigneur, ma digne Mère, continuez-leur la même charité, et à votre chétif fils et serviteur la part que sa bonté lui a donnée dans votre cher cœur.

J’ai écrit amplement à Monsieur Escart, il y a environ un mois (1), touchant ce que votre charité me fit l’honneur de me mander que je lui devais écrire, et j’espère qu’il a reçu ma lettre et qu’elle aura fait effet sur son esprit, si ce n’est que la tentation ait fait de trop fortes impressions en son imagination. Le sujet de la visite de sa sœur est considérable ; mais pource qu’elle choque une maxime que nous avons de ne pas visiter nos parents, je le prie de différer jusques à quelque occasion qu’il y pourra aller, chemin faisant, allant ou venant.

Ce que M. Tholard m’écrit de sa tentation (*) arrive pour l’ordinaire à quantité au commencement qu’ils sont employés aux confessions, mais peu à peu elle passe, et l’on a pour maxime de ne pas laisser de continuer, quelque mauvais effet que la tentation fasse durant la confession.

Pour M. Duhamel, je lui écris que, s’il ne pense pas que sa résidence à Rome avec un de nos missionnaires (2) ou à Alet avec ceux qui y sont (3), lui donne repos, in nomine Domini, qu’il s’en retourne chez lui en cette ville (4), et qu’après avoir laissé passer quelque temps chez lui nous nous pourrons voir. Il a l’esprit naturellement inquiet et n’aura jamais repos, en quelque condition qu’il soit. Une bonne et sainte dame, [à laquelle (5)] il avait grande confiance (6), m’a dit, avant mourir, qu’il était perdu s’il

1) Le 25 juillet.

2). Louis Lebreton. 3

3). Antoine Lucas et Etienne Blatiron. Ce dernier était venu à Alet en 1639 avec Nicolas Pavillon.

4). A Paris.

5). Texte de l’original : auquel.

6). Madame Goussault.

*) Cf. Lettre n° 424. II, pp. 15-17 à THOLARD.

- 99 -

abandonnait sa vocation ; je ne pense pas qu’elle a voulu dire par le vice, mais par accidents auxquels elle prévoyait qu’il tomberait.

Que dirais-je à votre cher cœur du bon le commandeur (7), ma chère Mère ? O Jésus ! il n’a pas seulement la moindre peine du monde, je dis la moindre, de ce que votre charité a écrit touchant le visiteur (8), et certes, ma très digne Mère, je vous assure de la même chose pour mon particulier. La raison en est que, ni lui ni moi ne cherchant en cela que la volonté de Dieu et croyant qu’elle nous serait manifestée par celle de notre digne Mère à tous deux, je puis vous assurer, ma très aimable et chère Mère, que nous n’en avons eu la moindre pensée du monde contraire à la vôtre, je dis la moindre. Et je pense, ma chère Mère, que je puis vous assurer de la même chose de la Mère de la ville (9) et que nous sommes demeurés aussi en paix que si Notre-Seigneur nous avait dit lui-même ce que vous nous écrivez. Et c’est ce qui m’a fait voir que l’on n’y a cherché que la pure gloire de Dieu. Depuis que je suis au monde, je n’ai jamais vu ni senti en moi une si grande soumission de l’entendement et de la volonté qu’en cette occasion. O ma chère et très aimable Mère, que vous êtes souverainement notre digne et très aimée Mère ! Non, cela est en un tel point qu’il n’y a point de parole qui vous le puisse exprimer ; il n’y a que Notre-Seigneur seul qui le puisse faire sentir à votre cher cœur.

7) Le commandeur de Sillery.

8) Ces mots touchant le visiteur ont été raturés sur l’original. Il est profondément regrettable que, pour supprimer toute trace de désaccord entre sainte Chantal et saint Vincent sur ce point des constitutions de la Visitation, on ait cru devoir mettre les éditeurs des lettres du saint dans l’impossibilité de lire ce qu’il a écrit sur cette question en cette lettre et ailleurs. Ce différend ne diminue pourtant en rien la sainteté de l’un et de l’autre, et nous ne voyons pas que sa divulgation puisse porter tort à qui que ce soit.

9). Sœur * Hélène -Angélique Lhuillier.

- 100 -

La R. Mère de la Trinité écrivait, ces jours passés, je pense qu’il n’y a que trois jours, qu’elle juge la chose nécessaire et qu’elle espère qu’elle se fera. Et je dirai seulement à l’oreille du cœur de ma digne Mère qu’elle mande que Notre-Seigneur lui a fait voir quelque chose de cela (10).

Voilà, ma très digne et plus aimable et aimée Mère (que je ne puis exprimer), ce que je dirai pour le présent à votre charité. O Jésus ! je me souviens que j’omets de répondre à ce que votre charité me dit, que nous aspirons à joindre la perfection ecclésiastique et la religieuse ensemble. Oh ! non, ma chère Mère, nous sommes trop chétifs pour cela ; mais il est vrai que nous sommes en peine de trouver un moyen pour nous perpétuer dans notre vocation. J’en dirai une autre fois les raisons à ma chère Mère et les diverses pensées qui nous viennent sur cela, pour en avoir ses bons et saints avis.

Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre de la Mission.

Au nom de Dieu, ma digne Mère, que le dernier point de ma lettre soit seulement dit au cher cœur de ma Mère et à nul autre.

Suscription : A ma R. Mère ma R. Mère de Chantal, supérieure du premier monastère des filles de Sainte-Marie d’Annecy, à Annecy.

10). Nous omettons ici quatre lignes de l’original, qui sont complètement illisibles par suite de ratures,

- 101 -

475. — A BERNARD CODOING

De Paris, ce 26 août 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre du 4 de ce mois, pour réponse à laquelle je vous dirai que j’adore la conduite de Dieu sur vous, dans le nouveau travail que vous entreprenez, et que je le prie qu’il le bénéfice (1) et qu’il nous fasse connaître sa divine volonté dans des occasions semblables ; que j’écris à M. Duhamel que, s’il ne pense trouver SON repos par le changement de personnes et de lieux, en s’en allant trouver M. Lebreton à Rome ou s’en allant à Alet, in nomine Domini, qu’il s’en retourne chez lui à Paris ; et vous lui direz qu’il sera bon qu’il laisse passer quelque temps avant que de revenir de chez lui céans. Je dis à notre digne Mère que Madame Goussault me dit, avant mourir, qu’il était perdu s’il ne persévérait dans sa vocation, non par le vice, mais par la qualité de son esprit, qui s’inquiète partout et de tout ; mais nous avons sujet d’espérer que Notre-Seigneur l’aura en sa particulière protection, à cause de la crainte qu’il a de le fâcher. Je vous prie de m’écrire sa résolution, afin que je donne ordre aux lieux que je lui marque, pour le recevoir et leur recommander.

J’ai écrit à M. Escart, la dernière fois (2), fort au long, selon ce que vous me mandez. J’espère que, si l’imagination n’est altérée, que ma lettre aura fait quelque effet

Lettre 475. — L. a. — Dossier de Turin, original.

1) Bénéficer, avantager : c’est une ancienne forme du verbe bénéficier,

2. Le 25 juillet (Cf. lettre 460).

- 102 -

sur lui ; et, si je le puis, je lui en dirai deux mots par cette voie (3).

J’écris à M. Tholard touchant ses difficultés dans la confession (4) ; il ne faut pas qu’il laisse de confesser pour cela.

Je vous ai écrit fort amplement, si me semble, par l’adresse de M. de Courcilly, libraire de Lyon. J’estime que vous avez reçu maintenant ma lettre.

Je dis à notre digne Mère (5) que jamais M. le commandeur fi ni moi n’avons eu l’entendement et la volonté si soumis qu’en l’occasion du visiteur à la pensée que Notre-Seigneur à donnée à notre digne Mère ; et cela est vrai. O Jésus ! Monsieur, il s’en faut bien tenir là.

Vous voilà donc dans la manière de vie du séminaire, dans votre nouveau logement et faisant la mission dans Annecy. Or sus, Monsieur, j’adore la Providence sur cela. Je dis à Monseigneur (7) que le succès sera la règle comme nous devrons en user ci-après en cas pareil.

Nous faisons ici à présent la visite, où Messieurs Savinier, de Sergis et Durot sont. M. Dufestel, le supérieur de Troyes, vient de sortir du séminaire, où il m’a demandé de passer quelque temps. O Monsieur, quel exemple vous avez donné à la postérité pour cela (8) ! Monsieur Perceval, qui est de la communauté de Troyes, a tenu compagnie à son supérieur.

Nous avons Messieurs du Coudray et Guérin le jeune

3). Cf. lettre 476.

4). Cf. Lettre 477.

5). Sainte Jeanne de Chantal.

6). Le commandeur de Sillery.

7). Juste Guérin, évêque de Genève.

8). Il semblerait, d’après ces mots, que Bernard Codoino avait fait quelque peu de séminaire de rénovation, c’est-à-dire, avait cessé quelque temps ses travaux pour s’adonner à Saint-Lazare, sous la dilection du prêtre chargé des jeunes séminaristes, à sa propre perfection.

- 103 -

malades en Lorraine. Je les recommande à vos prières et vous prie de nous aider à remercier et à faire remercier la bonté de Dieu sur cette pauvre et chétive compagnie de ce qu’il a inspiré à une bonne âme, qui ne veut être nommée, de donner vingt-cinq mille livres, partie argent comptant et partie en argent de rentes constituées, afin qu’il plaise à Dieu nous faire la grâce de continuer de nous affectionner de plus en plus à l’esprit de la compagnie. O Monsieur, cela ne vous attendrit-il pas le cœur de voir l’ordre que Dieu tient pour nous consoler temporellement et spirituellement ? D’autrefois il a voulu confirmer de vive voix la règle de saint François, et à présent par bienfaits l’esprit de cette pauvre compagnie ! Car c’est à cette fin que cette personne me dit que Dieu lui avait inspiré cela. Il n’y a que son fils, qui m’en a porté la parole, et une autre personne et moi qui sachions qui c’est, ni autre à qui je le puisse dire. O altitudo divitiarum sapientiae et scientiae Dei ! quam incomprehensibilia sunt judicia ejus ! (9) O Monsieur ! qui nous aidera à nous humilier au-dessous des enfers, et où nous cacherons-nous, en la vue de tant de bontés de Dieu sur nous ? Ce sera dans les plaies de Notre-Seigneur, en l’amour duquel et celui de sa sainte Mère je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre indigne de la Mission.

Je vous supplie, Monsieur, de dire à la compagnie qu’elle ne parle jamais à personne de ceci ; vous le confierez néanmoins à notre digne Mère et la prierez de nous aider à remercier Dieu de cela. J’ai donné les 300 livres que vous m’avez mandées à

9) épître aux ; Romains XI, 33.

- 104 -

un écolier, selon votre ordre, cinq cents au fils de Madame de Menthon, qui est à l’Académie, et vous envoie sa lettre pour les recevoir de Madame sa mère, et quinze pistoles à l’économe de Sainte-Marie de la ville (10), selon votre lettre. Mandez-moi si vous recevrez ou avez déjà reçu ces sommes.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission d’Annecy, à Annecy

476. — A PIERRE ESCART

De Paris, ce 26 août 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Quoique je vous aie écrit assez amplement il y a environ un mois (1), je ne laisserai pas de vous faire ces lignes en cette occasion, qui seront pour vous dire que je vous chéris toujours et pense souvent à la bonté du cœur avec laquelle je me représente que vous avez pris ce que je vous ai écrit touchant la soumission du jugement, et au bon usage que vous en faites ; et selon cela, il me semble que vous voilà acquiesçant à toutes les choses qui vous sont ordonnées, quoique directement contraires à vos sentiments. O Monsieur, que cela m’est une grande consolation et que je pense que cela réjouit le cœur de Dieu ! Jamais je n’ai vu chose qui m’ait plus édifié que les lumières que Notre-Seigneur vous donna l’année passée sur ce sujet dans vos exercices.

Notre digne Mère de Chantal me mande qu’on vous a

10). Le premier monastère de la Visitation.

Lettre. 476. — L. a — Dossier de Turin, original.

1). Le 25 juillet.

- 105 -

dit qu’une de vos sœurs a apostasié de la foi, ce qui m’a beaucoup touché ; mais je ne sais comme cela se fait que j’ai un peu de peine à croire que cela soit, et crains que l’ennemi de la paix de votre âme n’ait suggéré cette pensée à ceux qui vous désirent voir en votre pays pour vous persuader d’y aller. Et pource que cela peut être néanmoins, je vous supplie, mon très cher frère, de différer les pensées de ce voyage jusques à ce qu’en quelque occasion, chemin faisant, vous voyiez ce que c’est et si vous lui pourrez profiter. Le témoignage que Notre Seigneur nous a rendu combien il agrée qu’on s’éloigne de ses parents, quoiqu’il y allât de la distribution de son bien aux pauvres, voire même de l’assistance à l’enterrement de son père, et d’ailleurs voyant combien il a fui son pays natal dès sa naissance et en son âge parfait, tout cela, avec l’expérience que j’ai en ma personne du déchet que reçoit un ecclésiastique en ces sortes de visites, joint a la règle que nous en avons et qui s’observe bien, par la grâce de Dieu, tout cela fait, dis-je, que j’estime qu’il n’est pas expédient que vous y alliez exprès, mais qu’il est à propos que vous attendiez une occasion que la Providence vous mettra entre les mains, au moyen de laquelle, chemin faisant, vous pourrez visiter vos parents.

Oui, mais, me direz-vous, peut-être que je ramènerai cette chère sœur au giron de l’église. Vous avez raison, Monsieur, de dire peut-être, pource que vous avez sujet d’en douter et qu’en lui pensant profiter par vous-même, vous ne vous portiez préjudice à vous-même. Notre-Seigneur voyait ses parents en Nazareth, qui avaient besoin de son secours à salut et auxquels peut-être il aurait pu profiter, et néanmoins il aima mieux les laisser dans le danger que de les aller visiter, voyant que son Père n’y prendrait pas plaisir et désirant donner cet exemple à la postérité et informer son Eglise de ce qu’il faut faire en

- 106 -

cas semblable. J’ai admiré maintes fois la pratique de cet exemple de Notre-Seigneur en saint François Xavier, qui passa fort près de ses parents, s’en allant aux Indes, sans les visiter.

Voilà ce que vous pourrez faire cependant. Vous ferez bien d’écrire aux Pères Capucins de Sion et de les prier de voir votre bonne sœur et vos autres parents et de faire leur possible pour ramener cette chère sœur, et de faire faire une confession générale à vos autres parents, auxquels vous pourrez écrire et les prier de profiter de la grâce qui leur sera présentée par ces bons Pères.

Voilà, mon cher M. Escart, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je souhaite infiniment que nous nous mettions entièrement dans le dépouillement de l’affection de tout ce qui n’est pas Dieu, et que nous ne nous affectionnions aux choses que pour Dieu et selon Dieu, et que nous cherchions et établissions premièrement son royaume en nous, et puis eh autrui ; et c’est ce que je vous prie de lui demander pour moi, qui suis, en son amour, [Monsieur] (2), votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre indigne de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Escart, prêtre de la Mission, à Annecy.

477. — A JACQUES THOLARD

De Paris, ce 26 août 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre avec la consolation que Notre-Sei-

2) Le saint a écrit : Madame, par distraction

Lettre 477 — L. a — Dossier de Turin, original

- 107 -

gneur sait, pour réponse à laquelle je vous dirai, Monsieur, que vous ne deviez pas vous mettre en peine pour les tentations qui vous arrivent dans les confessions, ni pour leurs effets. Cela se fait en aucuns naturellement en la vue ou à l’ouïe des moindres espèces qui tendent à cela, en d’autres par suggestion du malin esprit, pour nous détourner du bien qu’on fait en cette divine action En l’une ni en l’autre manières, nous n’y offensons jamais Dieu ni mortellement ni véniellement, tandis que ces accidents nous déplaisent en la souveraine pointe de l’esprit. La plupart des confesseurs, ou pour le moins plusieurs, sont travaillés de ces pauvretés au commencement de cet emploi ; mais peu à peu ces espèces ne font point d’impression dans l’imagination, quia in essuetis non fit passio (1) Un saint évêque souffrant ces choses en baptisant les femmes, au commencement de l’église, par immersion et ayant prié Dieu plusieurs fois de [le] délivrer de ces tentations et n’ayant été exaucé, il perdit enfin patience et se retira au désert, où Dieu lui fit voir trois couronnes, l’une plus riche que l’autre, qu’il lui avait préparées, s’il eût persévéré, et qu’il n’aurait que la moindre, pource qu’il n’avait pas eu la confiance en lui qu’il le préserverait de succomber à la tentation, puisqu’il permettait qu’il fût tenté dans les emplois de sa vocation. Cet exemple que m’allégua un jour un Chartreux sous lequel je faisais ma retraite à Valprofonde (2), fit tomber une tentation quasi semblable que je souffrais dans les actes de ma vocation. J’espère de la bonté de Dieu, Monsieur, qu’elle fera un pareil effet en vous, que vous aurez une couronne particulière devant Dieu pour cela, si vous persévérez. Il suffit que vous fassiez un acte

1). Adage scholastique bien connu. Le sens est : l’habitude émousse la sensibilité passive.

2). Dans la commune de Béon (Yonne).

- 108 -

de désaveu de toutes ces choses, lorsque vous commencerez à confesser ; et n’est pas besoin que vous vous confessiez de cela, ains il s’en faut abstenir. Confessez donc en paix et aimez-en davantage la bonté de Notre-Seigneur de ce qu’il ne s’offense de ces choses, ni de rien qui se fasse en nous contre notre volonté (3). Et n’importe de dire que la violence de la sensualité ne vous permet pas de faire aucun acte de désaveu pendant cela, pource qu’il n’est ni nécessaire ni quasi possible, pour le moins d’une manière sensible. Ce que Notre-Seigneur demande de nous, c’est que nous passions vite sur ces matières, en sorte néanmoins que nous n’omettions point à dire et à faire les choses qu’il faut pour aider les âmes à se purger de ces défauts. Notre-Seigneur sera votre instruction et votre force là-dedans. Ayez-lui une entière confiance et ressouvenez-vous, Monsieur, que sa bonté me donne une si cordiale affection pour vous qu’il n’y a que lui seul qui le vous puisse faire sentir, et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Tholard, prêtre de la Mission, à Annecy.

478. — LA MARQUISE DE MAIGNELAY A SAINT VINCENT

Monsieur,

Dieu nous a envoyé une servante pour notre Charité, qui est une bonne veuve de ce faubourg. Nous en essaierons, parce

3. Ici le saint a raturé les mots suivants : que si la tentatiom Il n’importe non plus de dire que vous vous.

Lettre 478. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

- 109 -

qu’elle connaît le quartier. J’ai cru à propos de voir ce qu’elle saura faire. Vous ne prendrez pas la peine de vous envoyer celle dont je vous ai fait tant d’importunité. Je sais que votre charité m’en excusera bien et que vous me ferez celle de prier pour mes besoins, qui, par la grâce de Dieu, ne sont pas petits. Mais, en quelque état que je sois, je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissante fille et servante.

MARGUERITE DE GONDY.

Ce 29 août [1640] (1)

479. A LOUISE DE MARILLAC

[29 ou 30 août 1640] (1)

Mademoiselle,

J’ai reçu cette lettre (2) ce matin avant la mienne écrite et avant que Madame la marquise (3) ait vu les vôtres ni les miennes, pource que notre frère l’a trouvée partie. Vous pourrez cependant faire faire la retraite à cette bonne fille et à la Lorraine.

480. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce jeudi matin [30 août 1640] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens d’écrire à Madame la marquise de Maignelay

1). Cette lettre semble à sa place près des lettres 471 et 480.

Lettre 479 — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 2.

2) La lettre 478.

3.) La marquise de Maignelay.

Lettre 480. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de l’hôpital thermal de Bourbon-l’Archambault.

1) La mort du marquis de Fors, dont il est question dans cette lettre, eut lieu au mois d’août 1640. D’autre part, la lettre 479 étant du mercredi 29 août, ou du jeudi 30 août, celle-ci, datée du jeudi, ne peut être, si l’on tient compte du contenu, que du 30.

- 110 -

et de lui envoyer vos deux lettres d’hier et d’aujourd’hui, et retiens ici la fille jusques à ce que j’aie réponse si elle pourra faire cinq ou six jours de retraite

Je perdis hier notre journée pour aller voir Madame la duchesse d’Aiguillon et Madame du Vigean (2) sur la mort du fils de celle-ci (3). Les gens de madite dame me vinrent quérir pour cela. Mais je trouvai que Notre-Seigneur avait fait l’office de consolateur de la mère d’une manière surnaturelle. Jamais je n’ai vu l’image de la force de Dieu dans l’affliction comme en cette bonne dame. Cela et un affaire que nous avons d’importance m’ôtent beaucoup de temps de notre visite, laquelle ne sera point achevée, à ce que je crains, d’aujourd’hui jeudi en huit

2). Anne de Neubourg, épouse de François Poussart de Fors, d’abord baron, puis marquis du Vigean. La belle baronne — ainsi l’appelle Voiture — était intimement liée à la duchesse d’Aiguillon. Les ennemis de Richelieu ont fait courir sur le compte des deux amies les bruits les plus infamants (Cf. Les Historiettes de Tallemant des Réaux, Paris, 18331835 6 vol. in-8, t. II, p. 32 ; Recueil des chansons historiques, t. I, p.149, ms. de la Bibliothèque de l’Arsenal). Voiture a décrit la magnifique maison de plaisance qu’elle possédait à la Barre, près Montmorency. (Œuvres, Paris, 1858, in-8°, p. 96.) 3). Madame du Vigean avait deux fils et deux filles, Anne et Marthe. L’aîné, marquis de Fors, officier courageux et même téméraire, pris deux fois par les ennemis et deux fois relâché, venait de succomber au siège d’Arras, à peine âgé de vingt ans. Sa mort émut le poète Desmarets, qui le pleura dans une longue élégie. Œuvres poétiques, Paris, 1641, in-4, pp. 18-21.) Le jeune frère du marquis périt assassiné dans des circonstances qu’on n’a jamais pu éclaircir. Anne devint duchesse de Richelieu par son mariage avec un petit-neveu du cardinal-ministre. Marthe, après avoir brillamment occupé sa place dans le monde, où elle se plaisait et où elle plaisait, prit, malgré la résistance de sa mère, le voile des Carmélites au couvent de la rue Saint-Jacques à Paris et devint sœur Marthe de Jésus. Saint Vincent avait prévu son entrée au cloître et la lui avait annoncée en un temps où elle ne songeait qu’à jouir des plaisirs mondains Toute troublée par la prophétie d’un homme dont elle connaissait le pouvoir auprès de Dieu, elle l’avait supplié, en vain, bien entendu, de ne pas prier à cette intention. Elle a elle-même attesté l’authenticité de ce fait dans une déclaration signée de sa main. (Cf. V. Cousin, Madame de Longueville, Paris, 1859, in-8, pp. 196-203 et pp. 456-475 ; Collet, op. cit., t. II, p. 516 ; déposition du frère Chollier au procès de béatification)

- 111 -

jours ; et par conséquent, je crains bien qu’il faudra aller à la quinzaine.

Cette fille vous portera la présente, après que j’aurai eu réponse de Madame la marquise (4), et la vous fera voir ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je suis bien aise que vous espériez quelque chose de cette bonne Lorraine et que vous la mettiez en retraite et la reteniez. Je crains qu’elle soit un peu paresseuse.

481. — A LOUISE DE MARILLAC

Ce mardi matin. [Août ou septembre 1640] (1)

Mademoiselle,

Voici deux filles de Richelieu que la Providence vous envoie au besoin (il sera [bon] de commencer de les mettre en retraite dès demain), et comme je pense de faire venir Louise et Barbe (2) si elle n’est nécessaire à Angers. Nous en parlerons. Et si je le puis, je vous irai trouver incontinent après dîner pour revenir à l’assemblée.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur très humble.

V. D.

Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

4) La marquise de Maignelay.

Lettre 481. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre se place entre les lettres 469 et 482

2) Barbe Angiboust, alors à Richelieu.

- 112 -

482. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce samedi matin. (Août ou sept. 1640] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai point résolu le voyage dont vous parlez et ne sais qui a dit cela à Monsieur votre Fils.

Il importe que vos filles de Richelieu ne voient point M. Durot ni le frère. Il faut tout doucement lui faire sentir qu’il n’est pas expédient que nous ayons communication que pour des choses nécessaires.

J’ai vu le billet de Madame de Souscarrière et enverrai à M. le procureur général (2) celui que vous m’avez envoyé.

J’ai donné charge pour une maison (3)

Je suis fort pressé aujourd’hui pour notre visite (4). Je parlerai néanmoins à Mademoiselle Lamy, s’il plaît à Dieu, en l’amour duquel je suis votre serviteur.

V. DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Lettre 482. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Voir note 4.

2). Mathieu Molé.

3). Saint Vincent était à la recherche d’une autre maison. mère pour les Filles de la Charité.

4). La visite de Saint-Lazare, qui était déjà commencée le 26 août. (Cf. lettre 473)

- 113 -

483 - A LOUISE DE MARILLAC

[1640] (1)

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je parlerai à ce soir à M. de Vincy pour le carrosse pour demain l’après-dînée. Je n’ai pu m’échapper celle d’aujourd’hui ; il est trop tard à ce soir ; et demain au matin il me faudra aller à Notre-Dame, chez M. de Meaux (2), pour un affaire de grande importance.

Je suis bien de votre avis touchant vos nouvelles filles, mais un peu en peine de ce qu’il n’y en aura plus à Richelieu et ne sais comme M. Lambert l’entend.

Je verrai dans deux ou trois jours vos filles et leur recommanderai l’obéissance à Anne (3).

Je vois bien qu’il sera nécessaire de voir vos filles jeudi aux Enfants (4) ; mais je ne sais pas si j’aurai quelques moments pour le règlement Nous verrons. Vous les pourrez donc mander pour ce jour-là, s’il vous plaît, ou pour vendredi, qui me sera moins incommode.

Bon soir, Mademoiselle. Je suis v. s.

V.D.

Envoyez-moi demain au matin une de vos filles, s’il vous plaît, pour la réponse du carrosse.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras

Lettre. 483. — Original chez les Filles de la Charité de Gerona

(Espagne).

1). Cette lettre semble devoir être rapprochée de la lettre 481.

3) Dominique Séguier, évêque de Meaux (1637-1659).

3) Peut-être Anne Hardemont.

4.) Aux Enfants trouvés.

- 114 -

484. — A LOUISE DE MARILLAC

Ce mercredi matin [1640] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens de lire l’emploi de la journée que vous m’avez baillé et le trouve bien. Ce qui me faisait paraître la chose autrement, c’était que je ne distinguais pas en mon esprit les emplois des filles. Or voici comme je pense qu’il sera bien : c’est que celles de La Chapelle et de l’Hôtel-Dieu le peuvent observer tel qu’il est ; celles des paroisses, des Enfants (2) et des forçats auront en vue de l’observer à leurs emplois près. Celui des sœurs des paroisses est assez bien spécifié. A la fin, vous ajouterez à ces lignes de l’emploi des Enfants ce que vous jugerez à propos, et en celui des forçats ce qui est propre aux filles des forçats ; mais pour cela il est bon de savoir ce qu’elles font et le mettre. Vous mettrez aujourd’hui celui des Enfants et me l’enverrez, et je le verrai à ce soir (3)

Je pense que la Providence veut que vous n’alliez pas aux Enfants aujourd’hui. M. de Vincy a besoin de son

Lettre 484. — L. a. — DOssier des Filles de la Charité, original.

1) Dans sa conférence du 19 juillet 1640, le saint avait annoncé aux sœurs son intention de faire dresser des règlements particuliers pour les sœurs de la maison-mère de l’hôtel-Dieu, des paroisses, des Enfants trouvés et des galériens. Louise de Marillac se mit de suite à l’œuvre. Peut-être même son travail était-il déjà commencé. Cette lettre semble postérieure d’un jour à la précédente.

2). Les Enfants trouvés.

3). Nous avons encore diverses observations de Louise de Marillac sur les règles communes et sur les règles particulières aux sœurs des Enfants trouvés, de l’Hôtel-Dieu, des galériens des hôpitaux et des paroisses, un règlement pour les sœurs des Enfants trouvés, un autre pour les sœurs des hôpitaux, un troisième pour les offices de la maison-Mère. (Cf. Pensées de Louise de Marillac)

- 115 -

carrosse et j’appréhende de revenir si loin demain des Enfants, étant échauffé après avoir parlé. Pourrez-vous différer jusques à vendredi et mander les filles demain chez vous à La Chapelle, où je me rendrai ? Si vos ordres déjà donnés y répugnent, ne faites pas difficulté d’emprunter un autre carrosse et de vous en aller aujourd’hui.

Je me rendrai demain aux Enfants, Dieu aidant.

Bon jour, Mademoiselle. Renvoyez-moi à ce soir ledit emploi de la journée.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

485. — A LA MèRE DE LA TRINITé

De Paris, ce 1er d’octobre 1640.

Ma très chère Mère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends grâces à la bonté de Dieu, ma chère Mère, de ce qu’il vous a redonné une meilleure santé, et le prie qu’il vous conserve longues années pour le bien de votre saint Ordre et pour vos chers enfants les missionnaires que vous avez engendrés en Notre-Seigneur au diocèse de Troyes.

Notre Mère la supérieure de Sainte-Marie (I) m’a dit, ma chère Mère, qu’elle vous a écrit la nouvelle vie de feu M. le commandeur de Sillery. Dieu disposa de lui le jour de saint Cyprien, 26 de septembre, entre une heure et midi, d’une manière toute précieuse. Au commencement de sa maladie, il avait dans les

Lettre 485 — L a — original * au Carmel de Troyes

1) * Hélène-Angélique Lhuillier

- 116 -

accès une petite altération d’esprit fixe, qui ne paraissait qu’en quelques actions enfantines, à certains rencontres. Six jours avant sa mort, il devint aussi judicieux, ferme et doux que nous l’ayons jamais vu ; et continua jusques à la bienheureuse heure qu’il alla à Dieu avec une plénitude de l’esprit de Dieu et soumission à sa volonté continuelle et admirable à mes yeux (2),

Il se confessa d’une confession quasi générale des plus grosses fautes de sa vie à M. le curé de la paroisse (3) et communia publiquement de sa main pour viatique le même jour sixième avant sa mort ; et six heures avant mourir, la difficulté de cracher avec un petit râlement l’avait pris. Il agréa l’extrême-onction, qu’il m’avait dit que je lui fisse prendre quand je le jugerais à propos. Il reçut ce sacrement avec une dévotion fort ferme et tendre néanmoins, commença et continua à produire des actes fort fréquents tout haut de foi, d’espérance, de charité, de contrition, de remerciements à son bon ange de toutes les assistances qu’il lui avait données en toute sa vie, lui demanda pardon du mésusage qu’il en avait fait, et le pria de l’assister à la dernière action qui lui restait à faire, rendit grâces à Dieu maintes fois du choix qu’il avait fait de sa sainte Mère, des grâces qu’il lui avait données, et à elle de toutes celles qu’elle lui avait obtenues, notamment de celle de l’avoir reçu pour son esclave, et remercia Dieu de la tradition de saint Jean à la sainte Vierge et de la sainte Vierge à saint Jean. Il le remercia, de plus, maintes fois, de l’incarnation, de la vie, de la mort de Notre-Seigneur et de ce qu’il nous avait laissé son corps en la terre pour nous unir à lui, et de plus, de ce que son royaume n’au-

2). Ici saint Vincent avait écrit les mots : six heures il communia,

qu’il ratura ensuite.

3). Nicolas Masure, Curé de Saint-Paul.

- 117 -

rait jamais de fin, et lui demanda pardon de tous les mésusages qu’il avait faits de ses divins mystères. Il remercia ensuite le Saint-Esprit de toutes les inspirations qu’il lui avait données et lui demanda pardon du mésusage qu’il en avait fait, remercia le Père éternel de l’être qu’il lui avait donné et la divinité en la Trinité de la gloire qu’elle possède, le pria de se l’augmenter, comme aussi celle qu’il a donnée à Notre-Seigneur, à la sainte Vierge, aux anges et aux saints et notamment à notre bienheureux Père (4), remercia Dieu, de plus, de ce qu’il l’avait tiré de la masse corrompue du monde depuis huit ou dix ans et l’avait fait vivre d’une vie plus retirée. Il le remercia, de plus, de la gloire qu’il avait donnée à saint Jean, patron de son Ordre, et à tous les bienheureux religieux et demanda pardon de ce qu’il n’y avait pas vécu en vrai religieux ; et parmi tout cela, qu’il répétait parfois, il produisait souvent des désirs de voir Dieu, par ces paroles de saint Paul : Cupio dissolvi et esse cum Christo (5), veni, Domine, veni et noli tardere.

Une heure avant mourir, il envoya quérir M. de Cordes, l’un de ses trois exécuteurs testamentaires (6) et lui fit distribuer à ses serviteurs, en argent, ce qu’il leur avait légué par son testament, en union de la division des vêtements de Notre-Seigneur avant son agonie, leur donna à tous sa bénédiction et quelques Miserere. Après, il rendit son âme bienheureuse à Dieu avec une grande douceur.

Et voilà, ma chère Mère, l’ordre que la bonté de Dieu a tenu en la conduite de ce sien serviteur, qui vous avait

4) Saint François de Sales.

5). épître aux Philippiens 1, 23.

6) Les deux autres étaient le président Trélon, son neveu, et M Desbordes, auditeur des Comptes.

- 118 -

une si très unique confiance et lequel vous aimiez et portiez tant devant Dieu.

Je lui demandai la bénédiction pour vous, ma chère Mère, comme je fis pour Sainte-Marie et pour nous. O Dieu ! ma chère Mère, qu’il la vous donna de bon cœur et qu’il parlait de votre charité avec une estime et confiance uniquement filiale ! Celle qu’il me témoigna à moi m’est à singulière consolation et espérance qu’il m’obtiendra miséricorde devant Dieu.

Il désira, pendant ces six heures, que je fusse incessamment auprès de lui, de sorte qu’il ne pouvait souffrir que je passasse à une autre chambre, non pas même que je reçusse des messages, et voulut que je dînasse auprès de son lit, environ une demi-heure avant sa mort. Et voilà, ma chère Mère, en gros ce qui s’est passé en ce bienheureux départ de ce serviteur de Dieu.

Après sa mort, l’on craignait que son Ordre ne vînt faire de la rumeur (7) ; mais ils ne le firent point. Ains tout s’est passé avec pareille paix et douceur que s’il eût eu des enfants. Ses exécuteurs testamentaires s’y trouvèrent à même temps, donnèrent ordre à tout, et le lendemain l’on le porta en terre, sur le soir, selon le désir des parents, à cause qu’il avait ordonné par son testament que ses funérailles se fissent sans pompe et sans armes Comme le convoi se faisait, j’entendais le monde qui disait : O mon Dieu ! que les pauvres perdent aujourd’hui ! et d’autres : Oh ! qu’il trouve bien maintenant au ciel le bien qu’il a fait aux pauvres (8). L’entretien de Paris est à présent de cette belle mort

7) L’Ordre de Malte aurait désiré avoir une plus grande part aux libéralités testamentaires de Brulart de Sillery.

8). Le chroniqueur des monastères de la Visitation nous donne d’autres détails sur les obsèques de Noël Brulart de Sillery. Nous lisons dans son manuscrit, cité par l’auteur de la vie du commandeur, p. 225 : "Le lendemain de son décès, sur les six heures du soir,

- 119 -

et de la disposition de son bien, laquelle chacun loue, si ce n’est ceux qui y prétendaient quelque chose. Il a donné cent mille francs à son Ordre (9) et à nous ce que Monsieur Dufestel vous peut avoir dit, et a fait les pauvres de l’Hôtel-Dieu ses héritiers. J’oubliais à dire qu’il a donné cinquante mille livres à un sien pauvre neveu pour acheter un office au parlement ou au grand conseil, à la charge de réversion à l’Hôtel-Dieu au cas qu’il ne le fasse, et à un autre quinze cents livres de rente, à la charge aussi de réversion audit Hôtel-Dieu (10) Il n’a point eu de pensée aucune pour les visiteurs des deux Ordres que vous savez, ni moi je n’en aurai jamais que de reconnaissance des obligations infinies que nous avons à votre charité, à laquelle je renouvelle les offres de mon obéissance et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ne pouvant écrire à nos chères Mères de Sainte-Ma-

tous les ecclésiastiques de Saint-Paul, un cierge à la main, furent prendre son corps et le portèrent sans pompe à la paroisse, parce qu’il l’avait ainsi ordonné. Après que les prières ordinaires furent achevées, le même convoi rapporta le corps à notre église (l’église de la Visitation), où il devait être inhumé. Il était découvert et en chasuble. Les larmes des écoliers qu’il entretenait et le cri des pauvres qu’il nourrissait se faisaient entendre de tous côtés. Messieurs de la Mission lui firent un service, où M. Vincent de Paul officia, et ensuite il fit l’éloge du défunt, mais sans monter en chaire". M. de Sillery fut inhumé sous la chapelle dédiée à saint François de Sales. Une épitaphe gravée sur le marbre, au-dessus du caveau, rappelait ses vertus, ses titres et ses services. En 1835, le corps fut transporté dans le nouveau couvent des Visitandines, rue Neuve-Saint-Etienne-du-Mont, puis rue d’Enfer. L’ancienne chapelle de la Visitation était devenue temple protestant.

9). Brulart de Sillery avait légué au Conseil de l’Ordre 80 000 livres, outre les 24.000 qu’il lui devait pour avoir obtenu permission de tester.

10.) Sur les dispositions testamentaires du commandeur de Sillery voir Contribution à l’histoire du monastère de la Visitation Sainte-Marie du faubourg Saint-Antoine au XVII siècle par Fosseyeux dans le Bulletin de la Sociétés de l’Histoire de Paris et de l’île de France, 1910, p. 200.

- 120 -

rie (11), je supplie votre charité de leur faire voir la présente.

Suscription : A ma R. Mère la Mère de la Sainte-Trinité, prieure du monastère des Carmélites de la ville de Troyes, à Troyes.

1 ou 2 octobre 1640] (1)

Monsieur,

Les amis de la mère d’un de nos enfants (2) pressent fort d’accorder (3) les poursuites que l’on a commencées contre elle, quoique absente, et demandent que l’on leur propose ce que l’on désire pour la sortir d’affaire. II y a un bénéficier qui s’en mêle, et le maître de ladite femme. J’ai promis de dire la réponse, savoir si, pour servir d’exemple aux autres l’on procédera par les voies de la justice, qui la scandalisera tout à fait ; ou bien si l’on prendra la voie plus douce, qui est de demander qu’elle paie les frais, qu’elle reprenne son enfant, en baillant personne solvable qui réponde qu’elle ne fera aucun mal à l’enfant, mais qu’elle l’élèvera, comme elle est obligée, et qu’elle donne à la maison quelqu’aumône ; et si vous plaît me mander de quelle somme, je crois que ceux qui s’en mêlent la paieront. C’est pourquoi je pense qu’il la faudrait demander bonne, ou bien, Monsieur, avant de faire ces demandes, leur demander qu’ils se taxent eux-mêmes, s’il vous plaît, sans déférence à d’autres, prendre la peine me mander tout cela, car Monsieur Le Roy m’a remis cela entièrement à ma disposition.

J’entends toujours agir en cette œuvre après votre obéis

11) Les sœurs de la Visitation de Troyes.

Lettre 486. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité original.

1). Cette lettre et la suivante, qui lui répond, ont été écrites entre la mort du commandeur de Sillery (26 septembre 1640) et le retour d’Angers de Madame Turgis, qui était à Paris le 3 octobre 1640. (Lettres de Louise de Marillac, lettre 30). Or, entre ces deux dates il n’y a qu’un mardi, et ce mardi est le 2 octobre, date de la réponse à cette lettre.

2). Un enfant trouvé.

3). Accorder, régler par accord.

- 121 -

sance, comme en ayant charge des dames, que je désirerais bien trouver toutes les semaines à la maison. Si vous êtes d’avis, après la résolution que vous m’aurez donnée, je les avertirai d’y venir pour la résolution de cette affaire ; ou vous prendrez In peine de faire dire à notre sœur qu’elle les avertisse de se trouver demain, qui est mercredi, d’y venir à onze heures qui est l’heure que Monsieur Bret doit venir prendre la réponse que j’attendrai de votre charité.

Madame Turgis est arrivée. Trouvez-vous bon que la bonne sœur qu’elle a amenée avec elle fasse ici la retraite avec celle qui vous a parlé à Sainte, Ma rie, ou chez Monsieur le commandeur défunt (4).

J’ai dit à la bonne sœur de Saint-Germain que nous ne pouvions pas tenir à la maison des personnes mécontentes, ni qui malédifiassent les autres sœurs, et que, si elle y voulait demeurer, il fallait qu’elle changeât cela et qu’elle ne fit point état d’aller servir les pauvres au moins de plusieurs années

Notre argent est tout en monnaie de France, et fort peu d’or qui est de poids. J’ai bien désir que Dieu s’en veuille servir, si c’est sa sainte volonté

J‘ai vu Madame de Villeneuve qui m’a dit que l’on lui enseignait une maison à La Chapelle. Je n’en sache point si ce n’est la nôtre. Si vous plaît d’y penser je crois qu’il serait nécessaire que nous vous disions toutes les incommodités et ce qui peut y accommoder avant d’en sortir, afin que nous n’y eussions point regret.

Je prie la bonté de Dieu que rien n’empêche ses desseins, et que je sois véritablement, Monsieur, votre très obéissante fille et servante.

487. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce mardi matin. (2 octobre 1640 l.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ma pensée est la vôtre touchant la poursuite de la

4). Le commandeur de Sillery.

Lettre 487. — L. a. — Original chez les prêtres de la Mission de Lujan (République Argentine)

1). Voir lettre 486, note 1

- 122 -

mère et marâtre de cet enfant, et que vous lui fassiez les propositions que vous me dites, si les dames sont de cet avis, lesquelles vous pourrez prier de s’assembler pour cela.

Je m’en vas à Rueil et n’y pourrai pas être.

Il sera bon, comme vous dites, que ces dames s’assemblent toutes les semaines.

Je suis consolé du retour de Madame Turgis et lui renvoie le bon jour.

Vous ferez bien de faire faire la retraite aux deux filles que vous me marquez et de pressentir le maître de votre logis s’il expose en vente la maison. Encore avant hier je m’informai s’il y en a à La Chapelle et priai une personne d’y veiller.

Ayez soin de votre santé, je vous en supplie autant que je le puis, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre serviteur.

VINCENT DEPAUL.

488. — A JACQUES CHIROYE, PRêTRE DE LA MISSION, A LUçON

Du 6 octobre 1640.

Notre bon Dieu se veut servir de vous à Luçon en qualité de supérieur de notre petite communauté. Je vous prie, Monsieur, d’en accepter la charge, dans la confiance que, procédant dans l’esprit de douceur, d’humilité, de patience et de zèle de la gloire de Dieu dans la compagnie, et par elle dans les âmes de nos bons seigneurs et maîtres les bonnes gens des champs, sa bonté vous conduira par elle-même et votre famille par vous.

Lettre 488. — Reg. 2, p. 261.

- 123 -

Et pource que je vois que votre cher cœur gémira et me dira à la lecture de cette lettre : A, a, a, Domine, nescio loqui (1) ; et comment me donnez-vous cet emploi ? A cela je n’ai autre chose à vous dire sinon que sufficit tibi gracia Dei (2), que vous tâchiez de faire comme vous avez vu faire aux autres et que vous preniez tous les avis que vous pourrez de M. Cuissot (3), que nous envoyons supérieur à la Rose. Or sus, Monsieur, ayez bonne confiance en Dieu, donnez-vous bien à lui, afin qu’il vous dirige et soit lui-même le supérieur ; obéissez-lui bien et il fera faire ce que vous ordonnerez. Ayez dévotion particulière à la direction qu’eut la sainte Vierge de la personne de Notre-Seigneur, et tout ira bien. écrivez-moi souvent et saluez Messieurs Soudier (4) et Thibault. Ils trouveront ici la très humble prière que je leur fais d’exceller au bon exemple qu’ils donneront à toute la compagnie en union et en soumission, et Notre-Seigneur leur donnera mille bénédictions.

489. — A LOUIS LEBRETON

De Paris, ce 9 octobre 1640.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vos lettres me sont toujours à singulière consolation, quoique nous n’avancions rien, pource que je vois clairement qu’il n’y a point de votre faute et que c’est qu’il ne plaît pas à Dieu, et que j’ai une parfaite confiance que

1) Jérémie 1, 6.

2) Seconde épître aux Corinthiens XII 9

3). Son prédécesseur à la tête de la maison de Luçon.

4). Samson Le Soudier.

Lettre 489. — L. a. — Dossier de Turin, original.

- 124 -

nous verrons enfin qu’il n’a pas été expédient. Son saint nom soit béni !

Les affaires de deçà ne m’ont point permis de voir Monseigneur le nonce (1) Dès que ceux de delà seront accommodés, j’espère en avoir la permission. Cela soit dit à l’oreille de votre cœur seulement et à nul autre ; et cependant patience ; si nous ne faisons rien avant l’arrivée de Monseigneur le cardinal Bichi, nous ferons ce que vous me mandez.

A mon avis, vous ferez bien de vous tenir au louage d’une petite maison ou de deux chambres, que vous meublerez en attendant. Il vaut mieux que vous ayez une petite maison, si vous y pouvez avoir chapelle.

Vous avez bien fait à l’égard de ce bon ecclésiastique de Béarn. Jamais ils n’ont fait aucune mission, sinon l’un d’eux avec notre bon M. Brunet, et un autre la moitié d’une ; et je pense qu’il n’y a pas vingt mille personnes ou trente mille en tout le Béarn ; et l’on est d’avis que vous vous opposiez, quand l’on demandera quelque chose dans la concurrence du mois, et cela selon votre prudence ordinaire.

Je souhaiterais fort que vous eussiez l’avis de plusieurs de delà touchant le vœu de stabilité, s’il fait la religion. Vous m’avez mandé que le R. P. assistant (2) est d’avis contraire. L’on allègue que les Chartreux et les Bénédictins ne font que le même vœu de stabilité et que pourtant ils sont religieux. Il est vrai qu’à celui de stabilité ils ajoutent celui de la conversion des * mœurs (ou mœurs), lequel peut-être développe ce qui fait le vœu Je religion (3)

Je ne me hâte point à vous envoyer des hommes, pour

1) Mgr Scotti.

2). Le Père Charlet, assistant français des Jésuites.

3. Saint Vincent ne voulait pas faire de sa congrégation un Ordre religieux. Rome, les évêques et la plupart de ses prêtres y répu-

- 125 -

ce que vous n’êtes encore logé, mais principalement pource que j’ai appris par votre pénultième que tout le diocèse de Rome se réduit dans la ville de Rome, et que je ne vois pas bien l’utilité, si ce n’est pour les évêchés plus proches, ou que l’on eût moyen de faire les ordinands et les exercitants.

Je vous ai envoyé le témoignage de la pauvreté des personnes desquelles vous a écrit Monsieur Soufliers (4) ; elles sont de l’Hay, diocèse de Paris. En voici un autre pour les personnes du diocèse de Poitiers dont vous a écrit M. Perdu, ou moi pour lui. Je ne me ressouviens pas auquel degré est l’empêchement.

Je vous remercie très humblement du soin très exact que vous avez apporté au fait des religieuses de Chanteloup (5) dont vous a écrit Monsieur Féret (6), Un prêtre gascon, qui est allé à Rome pour les bulles de Monseigneur l’évêque nommé de Comminges (7), a été prié de la même

gnaient. D’autre part, il sentait le besoin d’exciter à la perfection les membres qui la composaient et d’empêcher les défections, en leur imposant les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité. Mais, ces deux désirs n’étaient-ils pas contradictoires ? On comprend les hésitations du saint en un temps où l’attention des théologiens n’avait pas encore été attirée sur la question de savoir en quoi consiste formellement l’essence de l’état religieux. Pour être religieux, il ne suffisait pas de faire les vœux qu’on appelle communément vœux de religion ; il fallait les prononcer devant une personne qui eût mission de les accepter au nom de l’Institut et de l’église. C’est à cause du défaut de cette dernière condition que les membres de la congrégation de la Mission ainsi que l’a déclaré Alexandre VII (Bref Excommissa Nobis dans les Acta apostolica p. 16) restaient du clergé séculier

4) Pour réduire les dépenses en cour de Rome. Ces personnes demandaient une dispense en vue d’un mariage.

5). Chanteloup est aujourd’hui en Seine-et-Marne, dans la commune de Lagny. Il y avait là un prieuré conventuel de religieuses bénédictines.

6). Hippolyte Féret, docteur en théologie, né à Pontoise, qui deviendra vicaire général d’Alet, de Paris et Curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

7) Hugues de Labatut, nommé en 1637, mort le 10 février 1644. Le pays de Comminges s’étend dans la Haute-Garonne et le Gers.

- 126 -

chose ; vous lui pourrez dire l’état de l’affaire, la prière que je vous ai faite d’y travailler ; et s’il se veut joindre avec vous ou faire quelque chose de son côté, vous en userez selon votre charité ordinaire. Si ces Messieurs eussent su que vous eussiez pris la chose si fort à cœur et y eussiez travaillé si efficacement, ils n’en auraient point prié personne autre que vous.

Je vous remercie, de plus, de ce que vous avez fait pour Monsieur le commandeur Harque ; le mal qu’on vous a dit de lui n’est point. Feu M. le grand-prieur de France (8) l’employait en l’intendance de son bien et de sa maison ; en quoi il s’est comporté, à la vérité, avec soin, intelligence et augmentation du revenu, comme l’on en a grand soin en cet Ordre-là, mais sans plainte qui soit venue à sa connaissance. Il est, au reste, homme de piété et ne manque aucun jour à dire la sainte messe. Si quelque religieux a dit quelque chose de lui, c’est peut-être qu’ils auront eu quelque procès avec lui, à cause de la proximité ou mélange de leur bien. Les procès contractent toujours quelque aliénation et moins d’estime. Monsieur le commandeur de Sillery faisait beaucoup d’état de lui et de sa piété, et il m’a paru toujours partisan des intérêts de Dieu en toutes choses.

Mon Dieu, Monsieur, n’y a-t-il pas moyen de prendre la date de ces deux prieurés de Langres et les assurer en cas de mort et en attendant ? Il est difficile d’obtenir le consentement des abbés, qui sont Monseigneur ! e prince (9) et Monseigneur le cardinal ; et quoique j’aie

8). Guillaume de Meaux-Boisboudran.

9). Armand de Bourbon, prince de Conti, frère du grand Condé, né à Paris le 11 octobre 1629, est le chef de la branche des Conti. Son père, qui le destinait à l’état ecclésiastique, lui fit donner un grand nombre d’abbayes, entre autres celles de Saint-Denis, de Cluny, de Lérins et de Molesme. Les armes l’attiraient plus que l’église. Sa passion pour la duchesse de Longueville l’entraîna dans les intrigues de la Fronde. Après l’avoir fait enfermer dans la prison de

- 127 -

proposé l’expédient que vous m’avez mandé, de les résigner, en attendant, à quelqu’un de la compagnie, le personnage ne m’a répondu sur cela, craignant peut-être ou le manquement de foi de celui-là ou la mort. Il est bien arrivé des accidents dans une communauté en cette manière-là. La théologale et la cure de Luçon ont été soustraites de cette communauté-là en cette sorte.

Notre séminaire croît toujours, par la miséricorde de Dieu, en nombre et en vertu ; et le reste de la compagnie se porte assez bien, Dieu merci. Les soins de la Lorraine continuent toujours et l’assistance des pauvres aussi. Nous avons céans dix mille livres à y envoyer, après que notre frère Mathieu (10) aura achevé sa retraite.

Dieu a disposé de feu Monsieur le commandeur de Sillery ; il est mort en saint, comme il a vécu depuis qu’il s’est retiré de l’embarras du monde. Il a laissé à la compagnie pour le séminaire quatre-vingt mille livres, outre les fondations de Genève et de Troyes.

Feu Madame la duchesse de Ventadour il a laissé quarante mille livres pour la fondation d’une mission ; et une personne qui ne veut être connue nous envoya, ces jours passés, vingt-cinq mille livres ; voici la fin : c’est,

Vincennes, le cardinal Mazarin lui donna en mariage sa nièce Anne Martinozzi. Le prince devint gouverneur de Guyenne (1654), général des armées en Catalogne, où il prit plusieurs villes, grand-maître de la maison du roi et gouverneur du Languedoc (1660). Il mourut le 21 février 1666. Sa vertueuse épouse avait su le ramener à Dieu et même lui inspirer une grande piété. Il consacrait tous les jours deux heures à l’oraison. Ami de saint Vincent, il lui offrit plus d’une fois ses services et se fit un devoir d’assister à ses funérailles..

10) Mathieu Régnard.

11) Catherine Suzanne de Thémines de Monluc, fille d’Antoine, marquis de Thémines, et de Suzanne de Monluc, épouse de Charles de Lévis, duc de Ventadour, était marquise de Pouy, Cauna Thétieu Buglose et autres lieux, aujourd’hui situés dans les Landes. C’était une des grandes bienfaitrices du sanctuaire de Notre-Dame de Buglose. (Arch. Nat. S. 6703.) Témoin des heureux fruits qu’obtenaient partout les enfants de saint Vincent, elle aurait désiré les avoir sur ses terres. C’est dans ce but qu’eue léguait au saint

- 128 -

disait-elle, à ce qu’il plaise à Dieu continuer à la compagnie l’esprit qu’elle a à présent. O Monsieur, que Dieu est bon et les philtres de son amour admirables ! Je vous prie de prier Dieu pour toutes ces personnes-là et de nous aider à obtenir la grâce pour effectuer l’intention de cette bonne âme, qui est de médiocre condition.

Je m’en vas à Rueil pour essayer de faire la révérence à S. E. (12) Si je le puis et que j’aie lieu et temps, je lui dirai un mot de l’affaire de M. Le Bret, lequel je salue avec tout le respect et l’affection qui m’est possible, et suis son serviteur et le vôtre.

VINCENT DEPAUL.

Excusez-moi ; je ne sais comme les incluses se sont égarées parmi nos papiers.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lebreton, prêtre de la Mission, à Rome.

9 octobre 1640.

Tout ce que vous m’écrivez de vos exercices me console et me fait voir le bonheur qu’il y a d’avoir une bonne conduite et un grand exemple devant ses yeux (l). Jouissez-en bien, Monsieur, in nomine Domini. Aspirez inces-

40 000 livres par son testament du 8 septembre 1634, pour la fondation à Cauna d’une maison de missions, composée de six prêtres. (Reg des établissements, Arch. de Mission.) L’établissement n’eut pas lieu, vraisemblablement parce que le saint ne put jamais toucher la somme léguée.

12). Le cardinal de Richelieu.

Lettre 490. — Reg. 2, p. 34.

1). Nicolas Pavillon, évêque d’Alet.

- 129 -

samment et sans relâche à vous former sur ce modèle et vous deviendrez un bon missionnaire de plus en plus. Ressouvenez-vous toujours qu’en la vie spirituelle on fait peu d’état des commencements ; on regarde le progrès et la fin. Judas avait bien commencé, mais il mal fini ; et saint Paul a bien fini, quoiqu’il eût mal commencé. La perfection consiste en la persévérance invariable à l’acquisition des vertus et à l’avancement en icelles, parce que, dans la voie de Dieu, c’est reculer de n’y pas avancer, à cause que l’homme ne demeure jamais en même état et que les prédestinés, à ce que dit le Saint-Esprit, ibunt de virtute in virtutem. (2) Or le moyen de cela, Monsieur, est la continuelle reconnaissance des miséricordes et bontés de Dieu sur nous, avec la continuelle ou fréquente appréhension de s’en rendre indigne et de déchoir d’être fidèle à ses petits exercices, notamment à ceux de l’oraison, de la présence de Dieu, des examens. de la lecture spirituelle, et de faire, chaque jour, quelques actes de charité, de mortification, d’humilité et de simplicité. J’espère, Monsieur, que l’usage exact de ces choses nous rendra enfin bons missionnaires et selon le cœur de Dieu

491. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce dimanche matin. [28 octobre 1640] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !

Soyez en repos de ma santé. Ma fièvre d’hier est beau-

2). Psaume LXXXIII, 8.

Lettre 491. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre, écrite un dimanche, aux approches de l’hiver, entre

- 130 -

coup moindre et je m’en vas prendre incontinent une médecine, laquelle, s’il plaît à Notre-Seigneur, donnera lieu à mes petites sueurs. Son saint nom soit béni !

Je n’ai point dit qu’on avertît les dames ; les officières suffiront ; et si vous vous portez bien là où vous êtes, je ne pense pas que vous deviez venir à La Chapelle pour cette cérémonie. Vous verrez. J’appréhende le carrosse pour vous. Si vous y allez, essayez d’une chaire (2) s’il vous plaît.

Pour votre affaire, j’exclus le marchand de bois ; ces gens-là sont sujets à se ruiner et je n’en connais quasi point qu’un à Troyes qui ne donne enfin du nez en terre. Pour l’autre, je n’en saurais que dire, sinon que cette quantité de maisons neuves me font juger que c’est un entrepreneur ; et ces gens-là, pour l’ordinaire, tombent en confusion dans leurs affaires.

Je viens de proposer à M. Dehorgny si nous en aurons besoin ; il prévoit que oui. Dans deux jours, je vous en résoudrai, si vous ne trouvez mieux, quoique devant Dieu je ne voie rien de plus assuré.

Par la miséricorde de Dieu, nous nous sommes acquittés, cette année, de dix mille livres, voire de quinze, à peu de chose près (3) et j’espère que ce que la Providence nous a donné par M. le commandeur (4) nous empêchera de nous endetter, si ce n’est pour la maison qu’il nous faut acheter pour les filles (5).

la mort du commandeur de Sillery (26 septembre 1640) et la lettre 494 (1er novembre 1640) ne peut être que du 30 septembre, 7, 14, 21 ou 28 octobre. Si l’on compare ce que le saint dit ici de l’état de sa santé avec ce qu’il écrit le 1er novembre, on est porté à préférer le dimanche le plus proche du jour de la Toussaint

2). Chaire, chaise.

3). C’était sans doute pour payer les dettes occasionnées par l’acquisition de Saint-Lazare.

4). Le commandeur de Sillery.

5). Les Filles de la Charité.

- 131 -

Voici une lettre qu’un bon ecclésiastique m’écrit de Sedan. Voyez si nous pourrons envoyer quelque excellente fille. C’est nouvelle chrétienté. M. le duc et Madame la duchesse sont catholiques depuis peu. Il y a quatre-vingt-dix ans que l’hérésie avait établi son trône en cette principauté-là (6), Oh ! que je souhaiterais que vous fussiez en bonne santé ! Mais quoi ! voici l’hiver ; il n’y faut pas penser.

Il écrit à Marguerite de Saint-Paul. Je ne lui baillerai point la lettre que je ne vous aie vue. Si Barbe, de Richelieu, était ici, ce serait le vrai fait. Pensez un peu à cela et à votre santé.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

492. — LES éCHEVIN DE METZ A SAINT VINCENT

Octobre 1640.

Monsieur,

Vous nous avez si étroitement obligés en subvenant, comme vous avez fait, à l’indigence et à la nécessité extrême de nos pauvres, mendiants, honteux et malades, et particulièrement des pauvres monastères des religieuses de cette ville que nous serions des ingrats si nous demeurions plus longtemps sans vous témoigner le ressentiment que nous en avons, pouvant, vous assurer que les aumônes que vous avez envoyées par

6). En 1555, Sedan était passé à la réforme avec son seigneur Henri-Robert de la Marck. L’abjuration de Frédéric. Maurice de la Tour d’Auvergne, duc de Bouillon (1634), et son mariage avec Eléonore-Catherine de Bergh, fille de Frédéric, gouverneur de Frise, et l’une des premières dames de la Charité, furent les principales causes du retour à la foi catholique de cette ancienne cité.

Lettre 492. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. I 1er éd., p. 376

- 132 -

deçà ne pouvaient être mieux départies ni employées qu’envers nos pauvres, qui sont ici en grand nombre, et notamment à l’endroit des religieuses, qui sont destituées de tout secours humain, les unes ne jouissant pas de leurs petits revenus depuis la guerre et les autres ne recevant plus rien des personnes accommodées de cette ville qui leur faisaient l’aumône, parce que les moyens leur en sont ôtés. Ce qui nous oblige de vous supplier comme nous faisons très humblement Monsieur, de vouloir continuer, tant envers desdits pauvres qu’envers les monastères de cette ville, les mêmes subventions que vous avez faites jusqu’ici. C’est un sujet de grand mérite pour ceux qui font une si bonne œuvre, et pour vous. Monsieur, qui en avez la conduite, que vous administrez avec tant de prudence et d’adresse, en quoi vous acquerrez un grand loyer au ciel

493. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR A RICHELIEU (1)

De Paris, ce 29 octobre 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écrivis hier que vous baillassiez par mémoire (2) à Monsieur des Noyers (3) ce que vous désirez qu’il plaise à S. E. (4) de vous accorder ; et parcelle-ci je vous prie de n’en rien faire, s’il ne le vous demande ; et sera bon que vous ne vous plaigniez pas, ains que vous témoigniez une fort grande gratitude des biens que sa volonté nous a faits, comme nous y sommes obligés.

Lettre 493. — L. a. — Dossier de Turin, original.

1). Le nom du destinataire de cette lettre n’est pas marqué sur l’original ; le contenu permet de le deviner.

2). I, e saint a répété par distraction par mémoire avant et après les mots à Monsieur des Noyers.

3) François Sublet des Noyers, secrétaire d’état.

4). Le cardinal de Richelieu.

- 133 -

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre Serviteur très humble.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

494. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce jour de la Toussaint [1640] (1)

Mademoiselle,

Ma petite fiévrotte m’oblige à garder la maison. Je sortis mardi dernier dans la pensée de vous aller voir ; mais je m’en trouvai plus mal. Voici néanmoins quantité de choses qui requéraient de moi que je vous visse. Il y a une petite maison à La Villette (2) où il n’y a qu’environ un arpent, tant en maison qu’en jardin, qui est de la paroisse de La Villette et dépendante de céans pour la censive (3) et pour la justice. C’est la dernière du village du côté de delà et de l’église, dont elle n’est pas si loin que la vôtre. L’on parle de quatre ou cinq mille francs. Il y a un corps de logis ou deux, avec grange et étable, à la mode des gens des champs, et a l’air à côté et du derrière. Il n’y a que cela à vendre à La Villette ; voyez ce qui vous en semble.

Les dames de cette paroisse (4) se plaignent de Marie et de ses façons de faire et en désirent une autre. Comment lui donnerons-nous congé et qui lui baillerez-vous ? Qui destinez-vous pour Sedan ? L’on me presse pour une fille. J’ai écrit que peut-être vous y irez ; mais quel

Lettre 494 — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre se place entre les lettres 491 (28 octobre 1640) et 509 (7 février 1641).

2). Alors petite commune, aujourd’hui quartier de Paris.

3). Redevance que certains biens devaient aux seigneurs dont ils relevaient.

4) Saint-Laurent.

- 134 -

moyen de vous exposer à tant de danger dans une telle saison ?

Je ne sais que vous dire de cette bonne fille angevine, sinon que ce n’est pas votre fait, puisqu’elle ne se porte pas à une chose si importante que celle de l’uniformité de l’habit (5). Je pense pourtant qu’il faut un peu attendre. Monsieur votre fils pourra être de la mission du Mont-le-Héry (6).

Madame la duchesse d’Aiguillon vous doit aller voir au premier jour. Je vous prie de tenir les choses en état qui revienne à ses yeux. Elle parlera à Monsieur le procureur général (7) pour vous décharger des enfants sevrés ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

495. — A JACQUES THOLARD

De Paris, ce 13 novembre 1640.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre et l’ai lue et relue avec consolation,

5.) L’uniformité d’habit n’était pas le seul obstacle à la persévérance des postulantes angevines. Le climat de Paris ne leur était pas favorable Louise de Marillac le constate dans une lettre à M. de Vaux, qui voulait lui envoyer deux filles : "J’espère, écrivait-elle (1. 44), qu’elles seront quittes des faiblesses à quoi sont sujettes les filles d’Angers qui viennent en ce pays. Notre sœur Marie, que j’ai amenée quand et moi, sera, je crois, le commencement de celles qui auront du courage et de la solidité. Les deux dernières venues avant elle étaient malades de maladies incurables dès qu’elles arrivèrent ont toujours été languissantes depuis qu’elles ont été céans et maintenant sont au lit de mort. Ce sont les deux Perrine".

6). Aujourd’hui Montlhéry, en Seine-et-Oise

Tous les livres