Correspondance (page 22)
549. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Octobre ou novembre 1641
Monsieur,
j’ai oublié de vous dire que Madame Traversay m’a envoyé dire de vous faire souvenir du papier des galériens pour porter à Monsieur le procureur général (2) et qu’une de celles des sœurs qui doivent faire aujourd’hui leur confession du jubilé est celle de Normandie, du pays d’un pauvre petit homme, lequel est au séminaire (3) et lequel lui fait, par sa grande bonté et simplicité, faire quelquefois des résolutions et lui dit avant-hier matin, de lui aller parler ; ce que je n’ai osé lui permettre sans votre commandement il lui donna aussi quelques images. mais je pense que c’était qu’il ne les pouvait garder. Je les ai retenues, attendant votre ordre.
Je vous supplie très humblement, Monsieur, faire attention sur ce que Monsieur l’abbé de Vaux me mande de l’établissement des religieuses de Sainte-Geneviève et s’il ne serait point à propos de proposer aux Messieurs les administrateurs de demander à Monseigneur d’Angers (4) qu’il approuve le service et la demeure de nos sœurs à l’hôpital. s’excusant de ne lui en avoir point parlé jusques à ce qu’ils en eussent fait un
Lettre 549. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Voir note 7
2) Blaise Méliand (1641-1650).
3). Julien Guérin, né à Lacelle (Orne), avait vécu quelque temps dans l’armée avant d’embrasser l’état ecclésiastique. L’entrée de son frère dans la congrégation de la Mission laissait libre la cure de Saint-Manvieu, qu’il administra pendant trois mois. Il la quitta, à l’âge de trente-cinq ans, pour venir à Saint-Lazare, où il fut reçu le 30 janvier 1640. En 1641, il allait secourir les malheureuses populations de la Lorraine. Sa santé s’altéra et il fut envoyé à Richelieu où il fit les vœux le 14 juin 1642. Les missions qu’il donna dans le diocèse de Saintes en 1643 et 1644 eurent un grand succès. Ce fut à lui que saint Vincent songea en 1645 pour aller jeter les fondements de la Mission de Tunis. Le vaillant missionnaire mourut dans cette ville le 13 mai 1648. Sa biographie a été publiée dans le t. III des Notices, p. 57-82.
4). Claude de Rueil (1626-1649).
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essai, et cela, de crainte que les Pères ne s’avisent de les. vouloir faire religieuses ; car je me crains que, maintenant que notre sœur élisabeth (5) n’y est plus, que le reste ne fût facile à se porter à cette persuasion.
Prenez garde aussi, s’il vous plaît qu’il n y a plus que six filles de service, la septième étant malade, et que ni Messieurs ni les filles n’en demandent point d’autre, ni même Monsieur de Vaux
S’il plaît aussi à votre charité m’avertir de ce que je lui manderai, pour cette bonne Madame de Vertus (6) ? C’est aujourd’hui que le messager part et que je suis, Monsieur, votre très obligée fille et servante.
L. DE M.
Ce samedi matin.
S’il plaît à votre charité nous mander l’heure que nos sœurs iront à La Chapelle ? J’eus hier le bonheur de voir Madame de Chantal (7) Je ne sais ce que notre bon Dieu fera de moi, qui lui suis si infidèle et pleine de péchés.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1. Je baillerai le papier à Madame Traversay.
2. Ce prêtre de céans est nouveau et fait cela par simplicité, et vous avez bien fait de retenir les images.
5). élisabeth Martin.
6). Catherine Fouquet, veuve de Claude de Bretagne, comte de Vertus, et de Goëllo, premier baron de Bretagne, conseiller d’état, mort à Paris le 6 août 1637. Elle mourut dans cette dernière ville le 10 mai 1670 à l’âge de quatre-vingts ans.
7). Sainte Chantal était arrivée à Paris le 4 octobre. Elle quitta la capitale le 11 novembre.
Lettre 550. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre répond à la lettre 549 ; saint Vincent l’a écrite sur l’espace blanc lassé par Louise de Marillac en tête de la sienne.
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3. Je pense qu’il n’est point nécessaire de rien faire pour l’établissement de Sainte-Geneviève. Il est pourtant à souhaiter que Monsieur d’Angers (2) agrée ces filles, si cela se peut d’aucunes.
4. Ces bons Messieurs (3) s’attendent au retour de notre sœur élisabeth sans doute.
5. Je ne saurais servir cette dame (4) ni qui lui adresser. Elle fera bien de prendre un jésuite.
J’espère être, à deux heures, à La Chapelle (5).
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
551 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Octobre ou novembre 1641] (1)
Monsieur,
Il est entré aujourd’hui 5 ou 6 filles en leur petite retraite ; néanmoins presque toutes disent être disposées à faire leur confession Ma sœur Barbe aussi la désirerait bien faire, pour faire son jubilé cette semaine, car elle ne se treuva pas en assez bonne humeur cette dernière le vous prie me mander si vous trouverez bon que toutes aillent à La Chapelle, et vous recevrez celles que jugerez à propos, ou si j’y enverrai celles qui se disent toutes disposées, et que les autres demeurent. Il est nécessaire, je crois, que je vous parle, avant que d’envoyer à Mademoiselle du Mée (2),
2). Claude de Rueil.
3). Les administrateurs de l’hôpital d’Angers.
4). Madame de Vertus.
5). Les sœurs n’avaient donc pas encore quitté La Chapelle en octobre 1641 ; et cela se comprend, vu les travaux d’aménagement qu’on devait faire à leur nouvelle maison.
Lettre 551. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original..
1) Entre 1636 et 1641, dates extrêmes du séjour des sœurs à La Chapelle, il n’y eut que deux jubilés, l’un en 1636, l’autre en 1641. La mention de Mademoiselle du Mée nous fait préférer 1641 à 1636.
2). Dame de la Charité.
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Je suis, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.
L. DE M.
Toutes aimeraient bien mieux aller que de ne pouvoir aller à vous une autre, fois.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
552. — JUSTE GUéRIN, éVêQUE DE GENêVE, A SAINT VINCENT
Octobre 1641.
Je me confesse à jamais votre obligé, et à vas très chers enfants nos bons Messieurs de la Mission, lesquels vont toujours faisant de mieux en mieux et gagnant de plus en plus des âmes pour le ciel. Certes, Monsieur, je ne cesserai d’admirer la conduite de la divine providence sur ce pauvre diocèse, nous ayant envoyez ces bons ouvriers par votre entre mise ; aussi ne cesserai-je de l’en remercier, et vous semblablement, car je serais trop ingrat si je ne le faisais.
Hélas ! nous avons perdu, à notre grand regret, M. le commandeur de Sillery, notre grand bienfaiteur…
553. — A N***
Nous avons pour maxime de travailler au service du public, sous le bon plaisir de Messieurs les curés, et de n’aller jamais contre leurs sentiments. Et, à l’entrée et sortie de chaque mission, nous prenons leur bénédiction en esprit de dépendance.
Lettre 552. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, $ 4, 1er éd., p. 35
Lettre 553. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XIV, p. 232.
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554. — A LOUISE DE MARILLAC
Je rends grâces à Dieu de votre meilleure disposition, Mademoiselle, et le prie qu’il vous fortifie de plus en plus. Si je le puis, aujourd’hui j’aurai l’honneur de vous voir, ou bien demain.
Cette bonne fille de Lucé (1) qui vint avant-hier, me paraît bonne, si elle a de la santé à l’avenant. Son père dit qu’elle n’est point maladive. Vous en userez comme il vous plaira.
Je suis v. s.
555. — A LA SUPéRIEURE DU COUVENT DE LA VISITATION DE METZ
De Paris, ce 2 de novembre. [Entre 1639 et 1645] (1)
Ma très chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre avec confusion de ce que votre charité m’attribue des louanges qui me rendent coupable devant Dieu. Mais j’ai été bien consolé de la confiance avec laquelle votre bonté me parle de ses besoins, dont je vous remercie très humblement, et prie Notre-Seigneur qu’il
Lettre 554. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Plusieurs localités portent ce nom. La moins éloignée de Paris est située près de Chartres.
Lettre 555. — L,. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Rien dans le corps de la lettre ne permet de préciser l’année. Il y a lieu de croire qu’elle est du temps où saint Vincent était occupé à relever les ruines accumulées par les armées en l. orraine (1639-1650) et faisait lui-même sa correspondance sans l’aide d’un secrétaire (avant 1645).
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soit lui-même votre provoyeur et votre provision, et qu’il me fasse digne de rendre quelque petit service à votre dilection. J’ai essayé de commencer par écrit un mot à notre chère Mère la supérieure du premier monastère de notre ville, laquelle m’a fait réponse qu’elle essayera de faire ce qu’elle pourra pour votre chère maison, et qu’en effet elle a déjà cent livres qu’on lui a promises, et que, dès qu’elle les recevra, elle me les enverra ; et je ne faudrait de les vous envoyer aussitôt, comme aussi ce qu’elle pourra faire de plus. C’est un cœur tout plein de charité. N’étaient quelques incommodités que cette maison a, vous pouvez croire, ma chère Mère, qu’elle vous en enverrait de leur monastère.
Je prie Dieu cependant, ma chère Mère, qu’il pourvoie à tous vos besoins et qu’il me fasse digne d’être, en son amour et celui de sa sainte Mère (2) votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre de la Mission.
J’oubliais à vous dire, ma chère Mère, que, si je le pouvais, je vous destinerais quelque chose de ce qu’on envoie pour les pauvres de Metz, mais qu’il ne nous est pas permis d’en bailler qu’à ces pauvres gens qui mendient, pour les aider et les empêcher de mourir de faim.
Suscription : A ma Rév. Mère ma Rév. Mère la supérieure des filles de la Visitation Sainte-Marie de Metz, à Metz.
2). Saint Vincent ajoute ici "Monsieur" par distraction
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556. — A LA MèRE DE LA TRINITE
Paris, ce 5 novembre 1641.
Ma très chère et très digne Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre avec tant de respect et tant de tendresse que je ne le vous puis exprimer, et toujours dans l’esprit de reconnaissance de toutes les obligations que nous vous avons. Et pour vous rendre compte de l’affaire dont il vous a plu me faire l’honneur de m’écrire, ma chère Mère, je vous dirai qu’au même instant que j’eus reçu la vôtre, j’écrivis à notre Mère du faubourg (1), où était notre digne Mère (2) et deux jours auparavant la supérieure de Rouen (3), que j’y pensais encore et que je la priais de parler à notre digne Mère de l’affaire dont je lui écrivais, et conclus ma lettre en lui disant qu’au royaume de la charité l’on aime mieux souffrir quelque incommodité que d’incommoder le prochain. Sur quoi elle me fit réponse que notre digne Mère avait conseillé à la Révérende Mère supérieure de Rouen de se rapporter de ce différend à leurs amis et que ladite Mère de Rouen y avait acquiescé et était partie en cette résolution ; et me marqua que cette bonne Mère lui avait dit que les RR. MM. Carmélites voyaient dans leurs chambres et dans leur jardin, comme elles voyaient dans celles des Carmélites, qu’elle vous désirait donner toutes les
Lettre 556. — L. a — Original * au Carmel de Troyes.
1) Anne-Marguerite Guérin, religieuse du premier monastère, envoyée au second lors de sa fondation. Elle fut mise plus tard à la tête de l’établissement de Rouen et du troisième monastère de Paris, où elle mourut le 24 janvier 1669, âgée de soixante-sept ans.
2). Sainte Chantal.
3). Anne-Thérèse de Préchonnet.
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satisfactions qui lui seront pour ce possibles, qu’en vérité vous êtes sa bonne Mère et qu’elle vous écrirait.
Voilà, ma chère Mère, ce qui s’est passé. Plût à Dieu que je fusse digne de rendre quelque petit service à votre saint Ordre, plus grand que celui-ci. Sa bonté sait l’affection que je lui porte et la révérence qu’il m’a donnée pour ma chère Mère, que je chéris incomparablement et que je désirerais voir retourner à son gîte (4), si je n’avais peur de souhaiter quelque chose contre la volonté de Dieu, qui vous gouverne par sa providence toute particulière. Et ce qui me fait modérer l’affection trop sensible que j’en avais, ce fut la lecture qui s’est faite, ces jours passés, à notre réfectoire, où il est rapporté qu’un Père jésuite espagnol ayant vieilli dans quantité de grands et signalés services qu’il avait rendus à Dieu aux Indes, il fit instance vers ses supérieurs à ce qu’il lui fût permis de retourner mourir en son pays et de n’y faire autre chose que de se préparer à bien mourir. Ce qui lui ayant été accordé, et lui étant revenu en son pays et étant un jour au pied du crucifix en oraison, il lui fut reproché intérieurement et si âprement qu’il avait mal fait d’abandonner cette nouvelle église qu’il venait aider à fonder, qu’il n’eut point de repos jusques à ce qu’après plusieurs instances qu’il fit vers ses supérieurs pour le renvoyer aux Indes, ils l’y renvoyèrent enfin. Et y étant, il recommença à travailler avec autant d’ardeur que sa caducité lui permettait, et mourut enfin comme il avait vécu, en odeur de sainteté. Et c’est, ma chère Mère, ce qui m’a fait offrir à Dieu la disposition de votre personne pour les lieux et en la manière qu’il le trouve plus expédient pour sa gloire.
4). Probablement Paris, où elle était née et où s’étaient écoulées les premières années de sa vie religieuse. Elle resta à Troyes jusqu’à sa mort, qui survint en 1647.
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L’on nous a dit que le bon. Monseigneur de Troyes (5) est malade. Mon Dieu, ma chère Mère, que cela m’a touché et que je prie Notre-Seigneur de bon cœur qu’il conserve ce saint prélat et qu’il le sanctifie de plus en plus ! Je lui fais la même demande pour vous, ma très chère Mère, à qui je recommande ce pauvre misérable et le plus grand de tous les pécheurs. Je fais le même de cette pauvre petite compagnie, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, ma très chère Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A ma très chère Mère ma Mère de la Trinité, supérieure des Carmélites de la ville de Troyes, à Troyes.
19 novembre 1641.
Voici des nouvelles qui vous attristeront. Notre-Seigneur a disposé de son serviteur M. Lebreton (1), au retour de la mission d’Ostie, où il était allé au mois d’octobre, qui est contagieux à ceux qui, sortant de Rome, vont à Ostie et retournent à Rome. Plusieurs me mandent des merveilles des grands travaux qu’il a faits en ce pays-là, et des bénédictions que Notre-Seigneur lui a données. Monsieur Le Bret m’écrit que Nosseigneurs les
5) René de Breslay. Il était mort le 2 novembre.
Lettre 557. — Manuscrit de Lyon.
1). Le 19 octobre.
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cardinaux Barberin (2) et Lenti (3) l’ont pleuré, aussi bien que Monseigneur le vice-gérant de Rome (4).
Il avait obtenu la permission de s’établir dans cette ville-là, dans l’espérance d’y faire les ordinands. L’on estime qu’il ne faut pas laisser d’y envoyer pour y faire l’établissement, et il semble que la Providence vous regarde pour cela ; je dis ceci à l’oreille de votre cœur, sans le dire à personne. Je vous enverrai les instructions convenables. Ah ! Monsieur, qu’il y a bien sujet d’espérer, s’il plaît à Dieu qu’on nous confie les emplois qu’on a fait espérer à Monsieur Lebreton, en qui, selon le monde, nous avons beaucoup perdu ! Mais, certes, il me semble que ce saint homme fera plus dans le ciel qu’il n’eût pu faire en terre et qu’il sera comme une hostie offerte à Dieu et consommée pour son église, qui intercédera pour nous au ciel et obtiendra les bénédictions nécessaires à cette entreprise. Si je le puis, j’enfermerai dans le paquet une copie de la permission de notre établissement. La difficulté ira à la langue, qu’il savait comme la française ; mais Dieu vous donnera la grâce, s’il lui plaît, de vous faire entendre aux étrangers, comme il la donna à saint Vincent Ferrier, si les péchés du plus méchant des Vincent et de tous les hommes du monde ne l’empêchent.
2). La famille Barberini avait alors trois de ses membres dans le Sacré Collège : Antoine, capucin, frère d’Urbain VIII, Antoine et François, ses neveux.
3). Marcel Lenti, évêque de Palestrina (1629), de Tusculum (1629-1639), de Porto (1639-1641) et d’Ostie (1641-1652), mort le 19 avril 652.
4) Jean-Baptiste Altieri.
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558. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1641 et 1654] (1)
Voici les lettres de notre sœur Marie, que j’ai jugé à propos qu’il fallait ouvrir. Après les avoir lues, vous les plierez, s’il vous plaît, dans une enveloppe et mettrez deux lignes de votre main à ces dames, portant que je les ai ouvertes, pource que c’est la coutume que nous voyions les lettres que les filles écrivent et qu’on leur écrit.
Les dames officières viendront lundi.
Je tâcherai de voir Madame de la Pompe, en allant cette après-dînée au faubourg Saint-Germain.
Je ferai ce que je pourrai pour cette bonne dame et en parlerai à Madame de la Pompe ; mais je ne sais pas comme me prendre en cela.
Bon jour, Mademoiselle ; ayez soin de votre santé. Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.
7 décembre 1641.
Vous me mandez que vous allez mettre l’argent à rente entre les mains de M. le comte de N. ; ce qui me donne sujet de vous dire, Monsieur, que j’ai un peu de peine de cela et qu’il me semble qu’il aurait été plus à propos d’en acheter ou faire bâtir une maison. Je sais bien
Lettre 558. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Dates extrêmes du séjour de Marie Joly à Sedan.
Lettre 559. — Reg. 2, p. 222.
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qu’il y a quelque chose à redire à cela même ; mais si vous m’aviez écrit votre intention et vos raisons, je les eusse pesées devant Dieu, comme j’ai tâché de faire celles du contrat, mais trop tard. Il eût été à propos que vous m’eussiez mandé l’une et l’autre propositions, et ensuite les raisons pour et contre, afin d’asseoir mon jugement là-dessus, qui a eu grande peine à consentir à quelques clauses trop rudes du contrat. C’est pourquoi je vous prie, Monsieur, de ne jamais plus rien faire de semblable sans m’en écrire. Il eut été même expédient que vous m’eussiez mandé la manière comme vous désiriez vous prendre pour le séminaire que vous avez commencé. Il me semble qu’on vous avait donné avis de m’envoyer le projet avant de conclure ; et c’est ce que tous ceux de la compagnie ont toujours pratiqué partout et ce qu’on pratique en toute compagnie bien réglée. Vous m’objecterez que je suis trop long, que vous attendez quelquefois six mois une réponse qu’on peut faire en un mois et que cependant les occasions se perdent et tout demeure. A quoi je vous réponds, Monsieur, qu’il est vrai que je suis trop longtemps à répondre et à faire les choses, mais que pourtant je n’ai jamais vu encore aucun affaire gâté pour mon retardement, mais que tout s’est fait en son temps et avec les vues et les précautions nécessaires, et que néanmoins je me propose à l’avenir de vous faire réponse au plus tôt après avoir reçu vos lettres et avoir considéré la chose devant Dieu, qui s’honore beaucoup du temps qu’on prend pour considérer mûrement les choses qui regardent son service, comme sont toutes celles que nous traitons. Vous vous corrigerez donc, s’il vous plaît, de votre promptitude à résoudre et à faire les choses, et je travaillerai à me corriger de ma nonchalance.
Je vous supplie derechef, au nom de Dieu, de me don-
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ner avis de toutes choses, avec le pour et le contre de celles qui sont de considération, vous gardant d’ajouter, ôter ou changer à notre manière de vie et de faire quelque chose d’importance sans me l’écrire et avoir ma réponse. Oh ! que le bon Monsieur Lebreton a parfaitement bien pratiqué cela et que Dieu a béni cette sienne conduite ! Oserai-je vous dire sans rougir, Monsieur ? Il n’y a remède ; il faut que je le fasse : c’est que, repassant par-dessus toutes les choses principales qui se sont passées en cette compagnie, il me semble, et c’est très démonstratif, que, si elles se fussent faites avant qu’elles l’ont été, qu’elles n’auraient pas été bien. Je dis cela de toutes, sans en excepter pas une seule. C’est pourquoi j’ai une dévotion particulière de suivre pas à pas l’adorable providence de Dieu. Et l’unique consolation que j’ai, c’est qu’il me semble que c’est Notre-Seigneur seul qui a fait et fait incessamment les choses de cette petite compagnie. Au nom de Dieu, Monsieur, enfermons-nous là-dedans, dans la confiance que Notre-Seigneur fera ce qu’il voudra qu’il soit fait parmi nous. J’espère cela de sa bonté et de l’attention que vous ferez à la très humble et très affectionnée prière que je vous en fais pour l’amour de Notre-Seigneur…
14 décembre 1641.
Il me semble que nous sommes assez exacts à l’observance des ordonnances de votre visite, jusques-là qu’on les a lues tous les mois depuis votre départ J’ai tâché de les garder moi-même à l’égard du langage
Lettre 560. — Reg. 2, p. 98.
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de votre bon pays (1), quoique j’y aie manqué deux ou trois fois, comme aussi à aller voir deux infirmes que nous avons à l’infirmerie. Vous ne sauriez croire que j’ai dévotion à recommander souvent l’obligation que nous avons de nous rendre exacts à ces ordonnances.
561. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR A ANNECY
De Paris, ce 16 décembre 1641.
Monsieur,
Voici ma troisième lettre depuis environ un mois. Je la vous écris avec la douleur que vous pourrez conjecturer de l’estime et de la dévotion que Notre-Seigneur m’avait données pour notre digne Mère et que je vous ai dites. Nous ferons notre possible à ce que cette sainte religieuse (1) soit rendue à son monastère. J’ai déjà disposé Monseigneur de Chavigny, secrétaire d’état (2) à l’agrément de s’y employer. Il doit venir aujourd’hui à ce monastère à cet effet (3). Je vous prie, Monsieur, d’en assurer notre chère Mère de Blonay, comme j’en ai déjà assuré
1). Lambert. aux Couteaux était picard.
Lettre 561. — L. a. — Original communiqué par M. Heudre, prêtre de la Mission.
1) sainte Jeanne de Chantal, morte saintement à Moulins le 13 décembre, un mois après avoir quitté Paris.
2). Léon Bouthillier, comte de Chavigny et de Besançois, parent de Jean-Jacques Olier, était né à Paris le 28 mars 1608. Bien que désigné par Louis XIII lui-même pour faire partie du conseil de régence, il fut écarté par Mazarin. Il se mit du côté des princes pendant les troubles de la Fronde. Sa piété, qui était sincère, s’alliait à l’amour des plaisirs. Il mourut à Paris, le 11 octobre 1652. Sa femme, Anne Phelippeaux, fut une ardente janséniste.
3). Le corps de sainte Jeanne de Chantal fut embaumé et exposé pendant deux jours dans la chapelle de la visitation de Moulins, puis il fut transporté secrètement à Annecy près du corps de saint François de Sales, ainsi que la sainte en avait exprimé le désir de son vivant.
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Monseigneur de Genève (4) par celle qui accompagne la présente, et toutes nos chères sœurs de l’un et l’autre monastères (5), que nos chères sœurs de celui-ci feront leur possible au même effet. Il plut à sa digne bonté, je dis, à notre digne Mère, d’accorder son cœur en ces deux voyages derniers (6) à ce monastère (7). Notre Mère (8) envoie une copie de la dictation de sa volonté à Monseigneur, avec une pleine confiance qu’il confirmera l’intention de notre digne Mère (9). Je vous supplie, Monsieur, de lui en parler.
Mes deux précédentes vous auront fait voir le besoin que la Providence a de vous à Rome et comme nous nous disposions de vous y envoyer (10), et enverrai M. Dufestel et M Grimal (11) à votre place. J’aurais quantité
4). Juste Guérin.
5) Les deux monastères d’Annecy.
6). En 1636 et 1641.
7.) Sainte Jeanne de Chantal avait d’abord refusé par humilité de donner son cœur au premier monastère de Paris ; ce cœur, pensait elle, ne valait pas la peine d’être conservé. Mais, quand on lui eut fait remarquer que la présence de son cœur à Paris et de son corps à Annecy contribuerait à l’union des deux monastères, elle consentit à dresser l’acte de donation Cf. Bougaud, Histoire de sainte Chantal, 80 éd. Paris, 1874, 2 vol. in-12, t. II, p. 461.) Cette pièce a été publiée par Henri de Maupas, op. cit., p. 240. L’original appartenait en 18-4 à M. Ie comte d’Hauterive, ancien chef de division au ministère des affaires étrangères. (Cf. Bougaud, ibid., p. 462, en note)
8). Louise-Eugénie de Fonteines, supérieure du premier monastère de Paris
9) Les désirs de la sainte ne furent pas suivis. La duchesse de Montmorency ne consentit à donner le corps au premier monastère d’Annecy qu’à condition de garder le cœur à Moulins La précieuse relique fut placée sur un autel, dans la chambre de la sainte, tout près du lit sur lequel elle était morte. (Cf. Bougaud, ibid., p. 584.)
10). Première rédaction : de vous y envoyer pour nous représenter à Rome.
11). François Grimal né à Paris le 6 mars 1605, commença son séminaire interne le 6 juin 1640 et fit les vœux le 9 octobre 1646. Il rendit de grands services à sa Congrégation, soit comme supérieur des maisons de Crécy (1645-1646), Sedan (16461648), Montmirail (1648-1649, 1654-1655), Agen (1650-1651), soit comme second assistant de
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de choses à vous dire sur cela, outre tout ce que je vous ai dit ; ce sera à la première occasion ; et suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission d’Annecy, à Annecy.
562. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR A ANNECY
[Décembre 1641] (1)
Monsieur,
Je reçus avant-hier cette lettre, qui me répond à ce que j’ai écrit pour Rome, et je vous dirai, pour réponse, que je trouve les raisons que vous me mandez pour différer le voyage après Pâques bien considérables ; mais il y a de l’inconvénient à tant différer. Le Pape, le cardinal Lenti, doyen des cardinaux, et un autre bon et vertueux ecclésiastique, qui a la pensée des ordinands à l’esprit, peuvent mourir pendant ce temps-là ; et si cela arrivait, voilà une bonne œuvre manquée ou en grand risque. Je tâcherai de vous envoyer au plus tôt M. Dufestel ou M. Grimal, avec un second, afin que vous les instruisiez pendant douze ou quinze jours, et je ferai partir les autres, au plus tôt, pour attendre à Marseille.
saint Vincent (1652), soit même dans des postes plus modestes, à Fontainebleau et ailleurs. L’introduction des vœux dans la compagnie répondait à ses désirs. Il accepta volontiers cette mesure et s’efforce de la faire accepter autour de lui.
Lettre 562. — Dossier de la Mission, copie prise au monastère de la Visitation d’Annecy, sur l’original autographe, qui a été échangé vers 1880, contre un autographe de saint François de Sales.
1), Ce qui est dit ici de la vision du Cœur de sainte Chantal ne nous permet pas de donner une autre date à cette lettre.
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le vous dirai cependant, Monsieur, que je doute qu’il soit expédient de donner des écrits à étudier à vos séminaristes. Il y a assez de livres étendus et abrégés pour cela. L’on n’écrit point en classe dans les collèges d’Espagne. Le principal est de bien répéter ce que l’on a enseigné ; et la meilleure méthode que j’aie expérimentée pour cela est de prendre un casuiste, leur expliquer un chapitre ou deux à la fois par cœur et leur faire rapporter à chacun d’eux par cœur l’autre leçon ; ce qui étant fait plusieurs fois, la chose s’inculque et demeure à jamais, et l’on explique les difficultés qui se proposent. Nous en avons usé ici de la sorte pour les cas de conscience et pour les controverses ; ce qui nous a merveilleusement réussi. Aussi bien ne relit-on guère les écrits ; et ce qui est le mal, c’est qu’on s’en rapporte à ces écrits et qu’on n’exerce pas assez la mémoire pour retenir les choses. Que profite, je vous prie, à un docteur ses écrits, après qu’il a fait ses études ? A rien, certes, qu’à y recourir au besoin. Or il y a tant d’auteurs à présent et qui ont des tables de matières si bien faites que l’on n’a qu’à avoir un bon casuiste pour y recourir au besoin. Selon cela, je vous supplie, Monsieur, d’aviser au moyen d’entrer en la pratique que je viens de vous dire.
Vous ne doutez pas que je n’aie senti une bien sensible douleur de la mort de notre digne Mère. Il a plu à Dieu néanmoins de me consoler en la vue de sa réunion à notre bienheureux Père (2) et de tous deux à Dieu, dès que j’en eus la nouvelle, en suite d’un acte de contrition que je fis à l’instant après avoir lu la lettre par laquelle on me donnait avis de l’extrémité de sa maladie ; et la même chose m’a été montrée, ce me semble, à la première messe que je célébrai pour elle après la nouvelle de sa
2). Saint François de Sales.
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mort (3). Que ceci soit dit seulement au bon Monsieur Codoing, s’il lui plaît, et à nos Messieurs, que j’embrasse tous en esprit avec la plus grande affection et humilité qui m’est possible.
563. — A MICHEL DUPUIS
De Paris, ce 12 janvier 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pou jamais !
Votre bon homme qui m’a rendu votre lettre du 30 de décembre, arriva hier au soir seulement, qui m’a beaucoup contristé en voyant vos peines et consolé dans l’espérance de vous voir bientôt ; car, toutes les choses que vous me mandez pesées, il est expédient que vous reveniez au plus tôt, soit que nous vous envoyions quelqu’un pour mettre à votre place, ou que vous donniez l’ordre que vous me proposez. Je proposerai la chose au plus tôt à ces bonnes dames et vous renverrai la réponse par votre porteur au plus tôt. Tenez-vous gai cependant remerciez et faites mes excuses, s’il vous plaît, au R. Père Recteur de la lettre qu’il m’a fait la charité de m’écrire et de ce que je suis si chétif que je ne lui puis écrire pour le présent. Oh ! si vous aviez quelque avis à me donner touchant l’abandonnement entier de la ville sans qu’un autre vous succède, vous le ferez au plus tôt. Ce que vous me dites, que votre absence épargnera soixante livres par mois aux pauvres, me touche ; mais Dieu sait combien je serai attendri en vous embrassant à votre arrivée et
3). Saint Vincent a laissé, écrite de sa main, une attestation de la vision dont il parle ici.
Lettre 563. — L. a. — Original à Nîmes, chez les Filles de la Charité de la rue des Greffes, 12.
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combien je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dupuis, prêtre de la Mission, étant de présent pour l’assistance des pauvres à Saint-Mihiel.
564. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
La grâce de Jésus-Christ soit avec vous pour jamais. !
êtes-vous point fâchée contre moi de ce que vous n’avez eu de mes nouvelles depuis votre retour ? L’embarras continuel auquel je me trouve ici m’a empêché de vous aller voir. Je me l’étais proposé aujourd’hui que j’ai été voir Monsieur Villecot ; mais l’heure me pressant de me rendre à Sainte-Marie (1) je ne l’ai pas fait. Aussi j’espère bien pourtant que vous m’excuserez et que vous me manderez l’état de votre disposition.
Je vous souhaite cependant le bon jour et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Lettre 564. — Gossin, op. cit, p. 494, d’après l’original, qui lui a été Communiqué par M Le Vayer du Boulay, curé des Granges-le-Roi.
1). Le couvent de la Visitation.
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565. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR A ANNECY
De Paris, ce 22 janvier 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici enfin Monsieur Dufestel. Je vous supplie, Monsieur, de le bien instruire et informer de toutes choses. Dieu l’a beaucoup béni à Troyes (l). J’espère qu’il lui continuera ses miséricordes à Annecy, si les abominations de ma vie passée, dont j’en viens de dire une partie à la répétition de l’oraison, ce jour saint Vincent, ne l’en empêchent. Cela fait, vous partirez dans sept ou huit jours au plus tard, pource que la Providence vous présente une bonne commodité pour aller par mer ; c’est le secrétaire (2) qu’il envoie à M. l’ambassadeur de Rome (3). Je ferai partir ceux qui vont avec vous, dans sept ou huit jours au plus tard. Vous en aurez des nouvelles à Sainte-Marie de Bellecourt.
J’ai envoyé, ce matin, trois cent cinquante livres au répond [ant] de M. Lumague (4) à Lyon, qui vous bailla l’argent ; c’est pour le quartier présent d’Annecy. Vous le ferez prendre. Et pour celui de Rome, je suivrai l’ordre que vous me marquez par votre dernière ; et pource
Lettre 565. — L. a. — Original à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève, ms. sup. 360.
1). Il y était supérieur.
2). Tean de Montereil ou Montreuil, chanoine de Toul et secrétaire du prince de Conti, venait d’accepter les fonctions de secrétaire du marquis de Fontenay-Mareuil, ambassadeur à Rome. Il passa de là en Angleterre comme secrétaire d’ambassade et peu après fut nommé résident en Ecosse. Il devint membre de l’Académie française. On a publié quelques-uns de ses écrits. Il mourut le 27 avril 1651, à peine âgé de trente-sept ans.
3). Le marquis de Fontenay-Mareuil
4). Célèbre banquier.
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que je suis pressé de finir, je vous écrirai plus amplement p [lus tard] (5) et suis cependant, en saluant très humblement la petite compagnie, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
J’écris pareillement à Monsieur de Genève, auquel M. Dufestel rendra sept vingts livres que j’ai faites pour ses exercitants, qui suis en l’amour de Notre-Seigneur.
22 janvier 1642.
… J’embrasse en esprit toute la maison avec un cœur plein de La vue de mon indignité à les servir en la qualité que je fais, et néanmoins plein d’affection…
567. — Un PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
[Entre 1639 et 1643] (1)
O Monsieur, que d’âmes vont en paradis par la pauvreté ! Depuis que je suis en Lorraine, j’ai assisté plus de mille pauvres à la mort ; qui paraissaient tous y être parfaitement bien disposés. Voilà bien des intercesseurs au ciel pour leurs bienfaiteurs.
5) L’original est abîmé en cet endroit.
Lettre 566. — Extrait cité dans la déposition du frère Pierre Chollier, cent-deuxième témoin au procès de béatification de saint Vincent.
Lettre 567. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. 1, 1er éd., P 377-
1). Ce fut entre 1639 et 1643 que plusieurs groupes de missionnaires parcoururent la Lorraine pour rechercher les misères et distribuer les secours. Après 1643, saint Vincent se servit presque exclusivement du frère Mathieu Régnard pour porter les aumônes. (Cf. Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect I,1er éd., p. 388)
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568. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce mardi matin [1642] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ne pouvant vous aller voir ce matin, comme je le pensais, voici ma réponse. J’ai donné charge à Monsieur Portail d’écrire à notre sœur Marie Joly, à Sedan, et cela à mon nom. Je verrai sa lettre à ce soir et la vous enverrai demain.
Madame la chancelière a parlé de l’affaire de Mademoiselle du Mée à M. le chancelier, qui lui a promis d’en faire parler à Monsieur de Chevreuse (2), iI sera bon qu’elle la voie elle-même.
Je dis hier à Mademoiselle de Lamoignon (3) que l’as-
Lettre 568. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Voir note.5
2) Claude de Lorraine, duc de Chevreuse.
3). Madeleine de Lamoignon naquit à Paris, le 14 septembre 1608, de Chrétien de Lamoignon, président à mortier au parlement de Paris, et de Marie de Landes, qui l’initia, dès l’enfance, aux pratiques de la Charité. La mère et la fille rivalisaient de dévouement envers les malheureux. Elles allaient souvent les visiter à domicile, pansaient leurs plaies nettoyaient leurs chambres, faisaient leurs lits, leur distribuaient des vêtements, du linge, des aliments, de l’argent. Saint Vincent disait de Mademoiselle de Lamoignon qu’elle allait si vite en œuvres charitables que personne ne pouvait la suivre. Elle donna son nom à toutes celles que fonda le saint et y prit une part active. Elle mourut le 14 avril 1687, dans sa soixante-dix-neuvième année. Sa vie a été écrite par le P. d’Orléans (Vie de Mademoiselle de Lamoignon, Bibl. nat., ms. fr. 23895) et par Mademoiselle Louise Masson (Madeleine de Lamoignon, Lyon 1846, in-12). L’abbé Carron lui a fait une place dans la Vie des dames françaises qui ont été les plus célèbres dans le XVIIe siècle par leur piété et leur dévouement pour les pauvres, 2e éd., Louvain 1826, in-8°.
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semblée (4) se fera aujourd’hui à Sainte-Marie de la ville. où j’ai à faire nécessairement.
Vous aurez bien d’autres querelles de la part des officières de la Charité, si vous vivez, comme je l’espère. L’on nous prêchait hier à l’oraison funèbre de feu Madame de Chantal qu’une de ses religieuses lui a dit des injures vingt ans durant (5). O Mademoiselle, qu’il en coûte à faire le bien dans l’esprit de Jésus-Christ !
Bon jour. Je suis v. s.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
569. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce dernier jour de janvier de l’année 1642.
Monsieur
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ne vous ayant pu écrire amplement par Monsieur Dufestel, voici le supplément à cela par homme exprès, que j’ai prié M. Lumague de vous envoyer par son correspondant de Lyon. Voilà donc M. Dufestel qui s’en va vous relever, avec M. Guérin (1) qui sont tous deux fort bons serviteurs de
4). L’assemblée des dames de la Charité.
5). Ce fut Mgr de Maupas, alors évêque nommé du Puy, plus tard évêque d’Evreux, qui donna à Paris en 1642 l’oraison funèbre de sainte Chantal, dont il devait composer la vie.
Lettre 569. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Jean Guérin, né à Lacelle (Orne) en 1594, était entré dans la congrégation de la Mission le 7 novembre 1639. Il fit les vœux à Annecy le 4 août 1642, fut nommé supérieur le mois suivant et continua de diriger la maison jusqu’à sa mort, qui survint ie 6 mars 1653. Saint Vincent écrivait quelques jours après son décès
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Dieu. Je vous prie de donner au premier les lettres de sa qualité de supérieur, que je lui envoie, et d’assurer Monseigneur (2) que c’est un missionnaire fort sage, de bonne conduite et de bénédiction et qu’il a une affection et une obéissance toutes particulières pour Nosseigneurs les prélats. Le bon feu Monseigneur de Troyes (3) l’honorait de sa bienveillance à un point qui ne se peut exprimer. Vous assurerez pareillement la communauté qu’il dirige avec douceur, charité, sagesse et fermeté néanmoins pour la fin à laquelle nous tendons, et qu’il a si bien gouverné la famille de Troyes (4) que le dedans et le dehors s’en louent plus que je ne vous puis dire. Et à lui vous lui direz, s’il vous plaît, que je le prie d’agréer votre disposition touchant le séminaire, à l’égard des écrits ()5 et de M. Escart et généralement à l’égard de toutes choses, jusques à ce qu’il reçoive autre ordre de nous sur les difficultés qui se présenteront, dont je le prie de me donner avis, sans lequel je le prie de ne rien changer.
J’ai vu les raisons pour lesquelles vous dites à M. Dehorgny que vous avez fait les choses que vous avez faites ; et quoique je sache fort bien que vous n’ayez rien fait sans cela, je pense pourtant, Monsieur, qu’il est expédient que vous nous donniez avis des principales choses, avant que de les faire, non seulement quant à la substance, mais aussi à l’égard des circonstances, ut simus unanimes in eodem spiritus (6) ; et je vous en
"Dieu a toujours béni la conduite et les travaux de ce sien serviteur, au contentement du dedans et du dehors de la famille". Sa biographie a été publiée dans le t. III des Notices, pp. 23-28.
2). Juste Guérin, évêque de Genève.
3). René de Breslar.
4.) De 1639 à 1642.
5) Des dictées en classe.
6) épître de saint Paul aux Philippiens 1, 27.
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supplie, au nom de Notre-Seigneur, et d’avoir confiance que les choses de Dieu ne dépérissent point pour l’ordinaire pour prendre plus de temps pour les considérer et pour les lui recommander, et qu’au contraire tout n’en (va que mieux). (7)
Je n’ai pu trouver que quarante-six écus deux tiers p (our) les messes de ceux que Monseigneur de Genève désire envoyer chez vous pour y faire les exercices ; je les envoie chez M. Mascar [ini] et M. Lumague à Lyon, qui les vous baillera pour les envoyer à mondit seigneur, qui en disposera comme il lui plaira, tandis que nous regarderons si nous en pouvons avoir d’ailleurs [pour] lui en envoyer ; et je vous supplie, Monsieur, de l’assurer de m [on respect] et que j’ai suivi son ordre, que vous m’avez envoyé, et le soutiendrai près notre très chère Mère la supérieure de la Visitation (8) à l’égard [du cœur] de notre très digne Mère (9) et que je dis hier à la Mère supérieure d’ici qu’elle donnera plus de gloire à cette âme bienheureuse en se mettant dans les sentiments de son cœur tout aimant et tout aimable que de poursuivre la possession du même cœur, et que je lui tiendrai toujours ce langage, pource que je l’ai dans l’esprit et dans le cœur de la sorte, Monseigneur de Genève étant l’interprète de] a volonté de Dieu en cela et tel étant son avis. Ces bonnes filles ont un peu de peine de se rendre à cela et voudraient bien qu’il plût à mondit seigneur de partager ce trésor. Sa providence toute sainte et toute paternelle saura bien pourvoir à cela. J’espère que, tandis que les personnes qui dirigent à présent auront du pou
7). L’original est rongé sur une longueur de plusieurs Centimètres La reconstitution du texte ne soufre aucune difficulté
8). Louise-Eugénie de Fonteines
9). Sainte Chantal.
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voir, qu’elles se contiendront ; mais je crains bien qu’avec le temps cette maison n’en demeure pas là (10).
Depuis la présente écrite, Monsieur Lumague me vient de mander que Notre-Seigneur a disposé de notre Saint Père le Pape (11) Cette nouvelle m’a rendu perplexe six heures durant si nous devons faire partir la compagnie pour Rome ; mais après cela nous nous y sommes résolus, de sorte qu’ils partiront après-demain, troisième de février (12), pour être à Lyon à dix ou douze jours après et environ le dix-sept à Marseille, où le secrétaire de Monsieur l’ambassadeur de Rome (13) se doit rendre et où je souhaite bien fort que vous arriviez en même temps pour partir avec lui, qui ne sera pas un petit avantage. Au nom de Dieu, Monsieur, faites ce que vous pourrez pour cela.
Ceux que nous envoyons sont Monsieur Germain et le frère Martin (14), L’un et l’autre sont fort affectionnés et
10) Nous avons déjà remarqué (lettre 561, note 9) que le cœur ne quitta pas Moulins, où la sainte était morte.
11) C’était un faux bruit. Urbain VIII mourut le 29 juillet 1644.
12) La lettre est datée du 31 janvier. Saint Vincent la termina le 1er février.
13) Jean de Montreuil, secrétaire du marquis de Fontenay-Mareuil.
14) Jean Martin, né à Paris le 10 mai 1620, n’avait pas encore atteint ses vingt-deux ans. Il appartenait à la congrégation de la Mission depuis le 9 octobre 1638. On a écrit que saint Vincent l’avait envoyé à la mission de Saint-Germain-en-Laye en qualité de catéchiste et qu’il avait eu le dauphin parmi ses auditeurs. Mais cela ne peut être, car la mission de Saint-Germain eut lieu quelques mois avant son entrée à Saint-Lazare. Ordonné prêtre à Rome le 25 avril ! 1645, il fut dans l’année, envoyé à Gênes pour commencer un nouvel établissement. Saint Vincent n’eut peut-être pas de missionnaire mieux doué pour entraîner les foules et convertir les âmes. En 1654, Jean Martin fut rappelé en France et placé à Sedan, en qualité de supérieur et de curé. En 1655, saint Vincent l’envoyait à Turin pour diriger un nouvel établissement fondé par le pieux marquis de Pianezze, premier ministre d’état Là, comme à Gênes et à Sedan, le zèle missionnaire eut raison des cœurs les plus endurcis. Il mérita d’être appelé l’Apôtre du Piémont, et ses confrères reçurent le nom de Padri santi (les saints Pères). René Alméras lui-
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entièrement liés à leur vocation. Le premier a l’esprit doux, intérieur, obéissant, régulier, net, de bon rencontre et assez simple, chante bien et a seulement étudié en philosophie ; et l’autre est candide, simple, doux, obéissant, régulier et a étudié en philosophie et en théologie, de laquelle il soutint des thèses, il n’y a que trois jours, avec bénédiction, fait heureusement le catéchisme, prêche bien, a grâce pour les ordinands, quoiqu’il n’ait que 22 ans. Nous vous envoyons, de plus, un frère, qui est bon, docile et régulier, quoiqu’il n’y ait pas long temps qu’il est dans la compagnie ; et je suis en doute si je vous enverrai encore un prêtre et un clerc, qui sont aussi de notable vertu : le premier fort intérieur, bon catéchiste et assez bon prédicateur ; et le second est régulier, intérieur, simple et philosophe. Nous verrons si nous les vous pouvons envoyer.
Je ferai payer ici le quartier de janvier à M. Delorme, si déjà l’on ne l’a fait, ainsi que j’ai donné ordre. Il y a quelque difficulté à la lettre ; mais l’on passera par dessus au moyen de l’acquit de ce bon homme qui est malade et quasi perclus dans son lit.
J’envoie cent cinq livres, que vous prendrez de M. Lumague à Lyon et les enverrez à M. Dufestel pour les bailler à Monseigneur de Genève pour ses exercitants, dont l’on m’en a donné partie en aumône, et quarante livres que j’envoie aussi audit sieur, pour vous être délivrées à Lyon pour votre voyage à Marseille ; sur quoi
offrit en 1665 la direction de la maison de Rome. Ce fut un sacrifice bien pénible. Jean Martin se résigna. Il fut envoyé à Gênes en 1670, à Turin en 1674, à Rome en 1677, à Pérouse en 1680, à Rome encore en 1680, toujours en qualité de supérieur. C’est dans cette dernière ville qu’il mourut le 17 février 1694. Nous avons sa notice manuscrite (Arch. de la Mission), écrite par un contemporain. Elle a été publiée, avec quelques retouches, au t. I des Notices, pp. 269-372
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il faudra défalquer ce qui aura été donné au porteur exprès de la présente. A Marseille vous vous adresserez à. Monsieur le bailli de Forbin, lieutenant général des galères, qui vous adressera où la compagnie logera. Et si elle était partie, trouvant le vent favorable et la commodité que j’ai dite, il vous aidera à trouver quelque vaisseau, et, si besoin est, vous donnera de l’argent pour faire le voyage, si vous en avez besoin.
Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire pour le m (oment) sinon que je vous embrasse, ensemble M. (Dufestel) et toute la petite compagnie, avec la tendresse et l’humilité la plus grande qui m’est possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Je suis si pressé que je ne puis écrire à M. Dufestel ; il me pardonnera, s’il lui plaît.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission d’Annecy, à Annecy.
570. — A BERNARD CODOING. SUPéRIEUR. A ANNECY
Saint-Lazare, 9 février 1642.
Monsieur,
Voici une lettre de Monseigneur le cardinal Mazarini, à notre recommandation, au cardinal Antonio, neveu de Sa Sainteté (1) Je reçus hier la votre du lieu de la mission où vous avez amené vos séminaristes. Oh ! que mon âme
Lettre 570. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Charavay.
1) Antoine Barberini
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est consolée de tout ce que vous m’en dites, comme aussi de la proposition de l’achat de la maison, si elle est dans la ville d’Annecy, ou si proche qu’elle puisse servir de logement comme si l’on était dans la ville ! Mais il nous est impossible de vous aider de ces 7.000 livres. M. Dufestel tâchera donc de s’accommoder de mille ducats, qui est partie de la somme mise en constitution de rentes.
Vous avez bien fait de m’avertir de ne pas employer Son éminence (2) pour le dessein de Monseigneur de Genève (3) ; sans cela j’aurais écrit demain à M. de Chavigny, à Lyon, pour lui en parler (4). Votre présence à Rome pourra beaucoup vers M. l’ambassadeur (5) pour cela. Je lui en ferai écrire par M. de Liancourt, qui est son bon ami, et de la meilleure encre qu’il pourra.
Le bon M. Thévenin, curé de Saint-Etienne, en Dauphiné, m’a écrit plusieurs lettres, toutes tendantes à travailler à faire un séminaire de prêtres pour les cures et autres bénéfices, et il me presse par quantité de raisons et même par les jugements de Dieu. Il vous a vu en Dauphiné (6) et Annecy, et nous ici. Je souhaiterais bien que vous prissiez la peine de le voir en passant, et de lui rendre mes lettres, dans lesquelles il y en a une de change, afin qu’il prenne à Lyon de Messieurs Mascarini et Lumague 250 livres, qu’il me mande avoir dépensées pour nous venir voir. Il me presse d’abandonner notre dessein des missions pour suivre celui qu’il propose, ce que je n’aurais pas difficulté à faire, si Notre-Seigneur l’avait agréable. Mais la compagnie a été approu-
2) Le cardinal de Richelieu.
3). Juste Guérin.
4). Le cardinal de Richelieu n’était pas assez bien vu en cour de Rome pour que son intervention pût être de quelque utilité à l’évêque de Genève.
5). Le marquis de Fontenay-Mareuil.
6). Bernard Codoing y avait autrefois donné des missions.
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vée du Saint-Siège, qui a infaillibilité pour l’approbation des Ordres qu’il plaît à Dieu d’instituer, selon ce que j’ai ouï dire à feu M. Duval ; 2° la maxime des saints étant qu’une chose qui a été résolue devant Dieu en suite de plusieurs prières et conseils qu’on a pris, il faut rejeter et tenir pour tentation tout ce qui se propose contre ; 3° enfin, ayant plu à Dieu donner une approbation universelle aux missions, en sorte que partout chacun commence à y prendre goût et plusieurs à y travailler, et la miséricorde de Dieu les accompagnant de ses bénédictions, il me semble qu’il faudrait quasi un ange du ciel pour nous persuader que c’est la volonté de Dieu qu’on abandonne cet œuvre pour en prendre un autre qu’on a déjà entrepris en divers endroits et qui n’a pas réussi.
Et pource que néanmoins le concile de Trente recommande les séminaires, nous nous sommes donnés à Dieu pour le servir aussi en cela partout où nous le pourrons. Vous avez commencé à Annecy ; Monseigneur d’Alet (7), qui a de nos prêtres, fait de même ; Monseigneur de Saintes (8) a ce même dessein ; et nous allons commencer à Paris pour en faire un essai de douze, à quoi Monseigneur le cardinal nous aide de mille écus 9.
M. Thévenin voudrait que la chose allât plus vite ;
7). Nicolas Pavillon avait commencé son séminaire peu de temps après son arrivée à Alet. Il y recevait des jeunes gens et même des prêtres ordonnés sans avoir appris un mot de latin. (Cf. Degert, op. cit., t. I, p.197.)
8). Jacques Raoul, évêque de Saintes, songeait dès l’année 1633 à l’établissement d’un séminaire dans son diocèse. Il ne put réaliser son projet qu’en 1644. (Cf. Louis Audiat, Saint Vincent de Paul et sa congrégation à Saintes et à Rochefort, Paris, 1885, in-8°)
9) Ce fut, au témoignage d’Abelly (op. cit., t. I, chap. XXXI, p. 146), vers 1636 que saint Vincent érigea au collège des Bons-Enfants un séminaire, où de jeunes enfants firent leurs humanités. Touché de ce que le saint lui dit un jour sur la nécessité d’exercer pendant un ou deux ans aux vertus et fonctions de leur état les clercs qui étaient déjà entrés dans les saints ordres ou en disposition prochaine d’y entrer, Richelieu lui donna mille en 1642, pour l’en-
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mais il me semble que les affaires de Dieu se font peu à peu et quasi imperceptiblement et que son esprit n’est pas violent, ni tempestif. Je vous ai dit ci-dessus que je vous priais de le voir ; mais j’ai pensé, depuis, qu’il n’est pas besoin et qu’il suffira que vous lui envoyiez mes lettres.
Je suis bien aise, Monsieur, que votre nature soit revenue de ces mouvements pressants que vous ressentiez pour Rome au commencement, et que vous le craigniez à présent, parce que ce sera le pur amour de Dieu qui vous y amènera et fera son œuvre par vous. Allez donc, Monsieur, in no nomine Domini, dans cette confiance. écrivez-moi souvent et de toutes choses. Choisissez un lieu bien sain pour votre habitation à Rome ; la lettre du cardinal Mazarini est écrite de bonne encre.
Je suis, Monsieur, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
M. de Montereil, secrétaire de l’ambassadeur de Rome, prendra une barque pour aller terre à terre. Je vous prie de vous rendre à Marseille vers le 26 ou 27.
tretien de douze ecclésiastiques. A ces douze ecclésiastiques d’autres vinrent s’adjoindre, qui payèrent pension. Les séminaristes furent bientôt si nombreux que saint Vincent dut retirer des Bons-Enfants ceux qui faisaient leurs humanités et les transférer dans un bâtiment situé au bout de l’enclos de Saint-Lazare. Ainsi commença le séminaire Saint-Charles. Le séminaire des Bons-Enfants passa donc par trois phases successives : la première de 1636 à 1642, la seconde de 1642 à 1645 et la troisième de 1645 à 1791.
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571. — A PIERRE DU CHESNE, PRêTRE DE LA MISSION,
A CLAYE (1)
Saint-Lazare, 2 mars 1642.
Monsieur,
Voici la réponse pour Madame de Claye et un mot de lettre pour faire revenir M. Boudet. Mon Dieu, Monsieur, que ferons-nous à cela et comment se porte M. de Renty (2) ? Comment va votre compagnie ? Notre-Seigneur bénit-il votre mission ? Je n’ai pu voir Monseigneur de Meaux (3) ; il sera bon que vous lui mandiez l’état de la mission et que vous le priiez de vous mander s’il aura agréable d’aller bénir son œuvre.
Lettre 571 — L. a. — L’original de cette lettre a été mis en vente par M. Charavay, qui en publie le texte dans un de ses catalogues.
1) En Seine-et-Marne.
2) Gaston de Renty, né en 1611 au Bény-Bocage (Calvados), était, dit Abelly (op. cit, 1. II, p. 365), "aussi noble par sa vertu que par sa naissance". Après avoir guerroyé en Lorraine à la tête d’une compagnie de cavaliers, il se fixa à Paris, se mit sous la conduite du Père de Condren, s’adonna aux pratiques de piété et aux œuvres de charité. La récitation de l’office divin, l’oraison, les examens de conscience occupaient une partie de sa journée ; il se levait la nuit pour réciter matines. Un jour par semaine était consacré à la visite des malades de l’Hôtel-Dieu, qu’il instruisait et consolait, un autre jour à la visite des hôpitaux. Il allait voir les pauvres à domicile avec les sœurs de la paroisse Saint-Paul. Les Anglais réfugiés pour la foi en France, les Lorrains accourus à Paris pour y trouver une sécurité qu’ils n’avaient pas dans leur pays, les captifs de Barbarie, les forçats de Marseille, les missionnaires du Levant trouvèrent en lui un bienfaiteur généreux. Le docteur Burnet, évêque de Salisbury, a dit "qu’on doit le mettre avec justice entre les plus grands modèles que la France ait fournis" au XVIIe siècle. (Collet, op. Cil. t. 1, p. 215, note.) Un tel homme ne pouvait pas ne pas avoir de fréquents rapports avec saint Vincent. Nous avons déjà dit qu’il fut le principal auxiliaire du saint dans l’assistance des nobles Lorrains réfugiés à Paris. Rencontrait-il des pécheurs désireux de se convertir, il leur conseillait d’aller faire une retraite à Saint-Lazare. Le pieux et charitable baron mourut le 24 avril 1648, à l’âge de trente-huit ans. Le père Saint-Jure a écrit sa vie (La vie de Monsieur de Renty, Paris, 1651, in-8°)
3). Dominique Séguier.
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Je vous fais ces lignes en hâte, qui suis à M. de Renty et à vous, en l’amour de Notre-Seigneur…
Si M. Boudet n’est pas à Claye, vous adresserez ce porteur à Fontaine (4).
572. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1639 et 1647] (1)
Mademoiselle,
J’ai dit ma pensée à Madame la duchesse d’Aiguillon touchant cette bonne demoiselle de Bordeaux, qui est qu’il me semble qu’elle s’étend trop tôt ; elle semble reconnaître cela. Il semble que Mademoiselle Poulaillon ne fait point difficulté de s’unir à elle.
Nous faisons demain notre assemblée pour la Lorraine.
Bon jour, Mademoiselle. Je suis…
573. — AU GOUVERNEUR D’UNE GRANDE VILLE (1)
Je vous servirai, si je le puis ; mais, pour ce qui regarde l’affaire des prêtres de la Mission, je vous prie de la laisser entre les mains de Dieu et de la justice. J’aime mieux qu’ils ne soient pas en votre ville que de les y voir par la faveur et l’autorité des hommes.
4) Fontaine-Essarts, hameau de la commune de Courbetaux (Marne), à côté de Montmirail.
Lettre 572. — Pémartin, op. cit., t. II, p. 314, lettre 775.
1). Cette lettre est datée de mars 1651. C’est là, croyons-nous, une addition de l’éditeur. Le mot sur l’assemblée pour la Lorraine montre qu’il faut ! a placer entre 1639 et 1647.
Lettre 573. — Collet, op. cit., t. II, p. 235
l). Ce gouverneur, celui de Toul peut-être, avait demandé au saint d’user de son influence auprès de la cour pour lui faire obtenir une faveur ; il promettait en échange de protéger les missionnaires de l’endroit contre ceux qui faisaient opposition à leur établissement.
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574. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce dimanche matin [Entre 1640 et 1648] (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Dans le doute si je pourrai assister aujourd’hui à l’assemblée des dames de la Charité, qui se doit faire chez vous, à cause d’une autre que nous avons ici pour la Lorraine (2) je vous envoie la lettre que m’écrivit hier Madame la duchesse d’Aiguillon, par laquelle vous verrez qu’elle me mande que les dames peuvent commencer à faire faire la quête. Elles le feront donc, s’il leur plaît. L’obligation de mettre l’argent qui en proviendra entre les mains de ces Messieurs n’y est pas mise.
Vous ferez voir aux dames le mémoire qu’elles ont désiré que je dressasse pour donner aux dames qui quêteront, pour informer le monde de la chose ; et elles et vous ajouterez, ôterez et changerez ce que vous trouverez à propos ; et, cela fait, me l’enverrez dès aujourd’hui, afin que j’y mette les points, et le vous renverrai demain, de bon matin, pour l’envoyer à Madame Mestay.
Je pense qu’il sera bon que vous disiez aux dames qu’il est à propos que l’on ne parle point des difficultés que font ces Messieurs, et qu’il sera bon qu’elles agissent et qu’elles se départent les emplois cette semaine ici.
Si je le puis, quoique j’en doute, je m’échapperai vers
Lettre 574. — L a. — Original chez les Filles de la Charité de Soissons
1). Voir note 2.
2). Vraisemblablement l’assemblée des personnes charitables qui avaient pris en main en 1640 l’assistance des nobles Lorrains réfugiés à Paris et la continua jusqu’en 1648.
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les quatre heures ou environ, pour me rendre à la fin de votre assemblée ce jourd’hui.
Bon jour, Mademoiselle, Je suis à Mesdames et à vous, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
575 A BERNARD CODOING, PRêTRE DE LA MISSION. A ROME
De Saint-Lazare-lez-Paris, ce 17 mars 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre du 23 février de Lyon, il n’y a que deux ou trois jours, dont j’ai été bien en peine. Nous avons reçu plus tôt celle que vous écrivîtes d’Avignon à Monsieur Soufliers. Or, je vous dirai, pour réponse à la vôtre et puis à celle de Monsieur Soufliers, que nous acquitterons toutes les sommes que vous avez prises à Lyon et que, faute de n’avoir reçu la vôtre à temps, nous n’avons payé qu’environ mille livres en deux parties, desquelles l’on nous a apporté vos lettres de change et non celle de Monsieur Morand, maître écuyer de Lyon ; mais nous le ferons ; et désormais pour éviter à confusion, je vous prie de ne rien prendre de delà que pour le nécessaire pour vivre, au cas que je ne vous le fasse
Lettre 575. — Nous connaissons le brouillon et le texte définitif de cette lettre, écrits tous deux de la main de saint Vincent et datés le premier du 17 mars, le second du lendemain. Ce dernier document appartient aux prêtres de la Mission de Turin ; l’autre se trouve à la cathédrale de Bogota (Colombie).
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tenir, sachant votre besoin, et sur ce que vous m’aurez écrit. Je rends grâces à Dieu de celle qu’il vous a faite en tout ce que vous m’écrivez, et le prie qu’il la vous continue dans la suite et notamment qu’il vous conserve en parfaite santé, d [ont] je vous prie d’avoir soin, et, à cet effet, de vous loger [en bon] air et d’être un peu superstitieux aux observances à s [ortir) de Rome et d’y revenir aux temps que le vulgaire juge convenables ; faute de cela, le bon M. Lebreton a privé la compagnie de sa personne.
Nous avons consulté sérieusement sept de la compagnie, six ensemble et l’autre à part, pource qu’il partait pour s’en aller aux champs, touchant les dictations dont vous [parlez] à M. Soufliers ; et, toutes choses pesées et considérées, nous avons été cinq d’avis contraire à ces dictations, d [ont] les deux sont estimés les plus savants de la compagnie. Voici nos raisons :
La première est du coté de la science qu’on désire enseigner, laquelle sera plus sûre, étant celle d’un auteur approuvé, que celle des écrits d’un particulier.
Secondement, du côté des prélats et du public, qui aimeront bien mieux un auteur approuvé que les écrits d’un jeune homme qui n’a pas fait preuve de sa science sur les bancs.
3° Du côté de la compagnie, en ce qu’elle a plus de sujets qui pourront utilement expliquer un auteur, que de dictateurs, et en ce qu’elle ne s’expose point à la censure de ses leçons et qu’elle n’attire pas tant d’envie sur elle qu’elle ferait.
4° Du côté de ceux qui enseignent, auxquels il sera bien plus utile d’expliquer un auteur que de composer des écrits, s’il ne les tire, comme vous avez fait, de Bona-
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cina (1) ou de quelque autre auteur ; auquel cas, quand l’on a découvert l’auteur, l’on se moque du maître. Que s’il les fait à sa tête, il faut être professeur en théologie pour cela, ou en avoir la suffisance, et employer un fort grand temps à voir les auteurs, et ne faire que cela. Et adieu la sollicitude de faire bien répéter les séminaristes, en quoi gît le principal fruit ; et adieu encore le soin du spirituel et de toute autre chose. Que si votre esprit a suffi jusqu’ici à tout cela, il faudrait voir ce qu’il ferait à la longue. Et en tout cas, si vous le pouvez, tout le monde n’a pas la force de l’esprit que Notre-Seigneur vous a pu donner pour suffire à tout cela.
5° Du côté des séminaristes, lesquels seront ou théologiens ou non. S’ils le sont, ils ne se mettront pas dans le séminaire pour apprendre la morale, mais bien la piété et les autres choses qui leur sont convenables ; non plus que les licenciés en théologie de Sorbonne rentrent aux ordinands pour y apprendre la doctrine qui s’y enseigne, mais pour devenir meilleurs. S’ils ne sont théologiens, aucuns se contenteront de [dicter] les écrits, comme l’on fait pour l’ordinaire en Sorbonne ; et ce maître qui les enseignera pensera avoir assez fait [de] leur bailler des écrits et d’avoir assez travaillé à les composer [et à les] donner ; et Dieu veuille qu’ils y pensent après ! Que s’ils sont ignorants, comme la plupart sont de cette condition, hélas ! Monsieur, de quoi leur servira que vous ayez pris tant de peine pour eux ? Vau-
1). Martin Bonacina, né à Milan vers 1585, est l’un des princes de la théologie morale. Il enseigna trois ans le droit Canonique et civil au séminaire de sa ville natale, puis fut lecteur du collège helvétique. Son mérite le fit nommer par Ferdinand II comte palatin et chevalier de la Toison d’Or. Sacré évêque d’Utique, il mourut tandis qu’il se rendait à la cour de Vienne, où Urbain VIII l’envoyait comme nonce (1631). Il a composé une théologie morale (Lyon, 1624, 2 vol. in-f°), qui avait déjà dix-huit éditions en 1754, et divers traités de droit, de dogme et de morale.
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dra-t-il pas mieux qu’on emploie le temps à leur bien interpréter, faire apprendre par cœur et p [uis] répéter un auteur, que perdre le temps à leur faire des écrits, puisque tout leur profit consiste à leur faire apprendre par cœur et à répéter ?
L’on objecte que les disciples seront tentés de sortir, si l’on ne leur donne quelque chose de son cru, et qu’ils n’auront pas si bonne opinion de leur maître. Cela serait vrai peut-être s’il n’y avait d’autres attraits dans le séminaire ; mais vous y avez celui de la piété, qui sera de grand attrait, s’il plaît à Dieu qu’il en sorte des hommes fort pieux ; vous y avez le chant, les conférences, les cérémonies, l’instruction à catéchiser et à prêcher, et surtout la bonne odeur qui sortira de la bonne vie de ceux qui seront élevés de la sorte, et la recherche qu’on fera d’eux pour les emplois.
La Compagnie des externes qui vient faire des conférences à Saint-Lazare fait profession de traiter les matières fort simplement ; et dès que quelqu’un apporte plus de doctrine ou orne son langage, dès aussitôt l’on m’en fait des plaintes, afin d’y remédier ; et celui qui m’en a fait le dernier est M. Tristan, docteur en théologie (2), qui est du corps. Et cependant Notre-Seigneur permet que chacun en désire être. Le dernier que l’on a reçu est M. l’abbé de Saint-Floran, conseiller du Parlement. Croyez, Monsieur, que l’esprit de Notre-Seigneur n’est pas un esprit à faire des choses pour se faire estimer et qu’il me semble que celui de la Mission doit chercher sa grandeur dans la bassesse, et sa réputation dans l’amour de son abjection.
L’on a dit qu’il est plus facile de composer et dicter
2). Claude Tristan, seigneur de Maisoncelles, chanoine grand archidiacre et grand vicaire de Beauvais pendant quarante ans. Son refus de signer le formulaire lui valut en 1666 l’exclusion du chœur et la privation des fruits de sa prébende. Il mourut le 29 juin 1692.
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que d’expliquer un auteur. Si cela est à votre égard, à la bonne heure ; mais la raison choque cela, si me semble. Il y a bien plus de difficulté à penser aux matières, à voir les auteurs, à ranger en son esprit la doctrine et à l’écrire soi-même, puis à la dicter et expliquer, qu’à expliquer seulement.
L’on a dit que les choses s’apprennent en écrivant. Il serait à souhaiter que cela fût ; mais ceux qui écrivent en Sorbonne font bien voir le contraire. Il est vrai que quelque petit nombre [d’espèces magis afficiunt, mais plusieurs nec afficiunt nec memoria capiuntur (3)].
L’on objecte que les maîtres deviendront par ce moyen plus savants parce qu’ils étudieront les matières à fond et verront plusieurs auteurs pour cela. Oui, mais ils ne pourront donc point faire autre chose qu’étudier et que composer ; et cela étant, qui instruira les séminaristes des choses intérieures ? Qui leur fera faire les cérémonies ? Qui leur enseignera à catéchiser et à prêcher et qui fera observer la régularité ? Il faudra bien du monde pour chaque séminaire. Et qui les entretiendra et que deviendront les missions ? Vous me direz que tout cela ne laisse pas de se faire à Annecy par un seul. Il est vrai ; mais tous les lieux et tous les missionnaires ne sont pas de même, joint qu’on ne fait que commencer.
L’on allègue enfin l’exemple des RR. PP. jésuites et l’université de Paris ; mais ce n’est pas de même. Ils font profession publique d’enseigner les sciences et ont besoin de réputation ; mais au séminaire, l’on a plus de besoin de piété et d’une médiocre science avec l’intelligence du chant, des cérémonies, de la prédication et du catéchisme, que de beaucoup de doctrine. Que dirons
3) Nous complétons cette phrase d’après Jean Bonnet, supérieur général de la Mission, qui, dans sa circulaire du 10 décembre 1727, cite la plus grande partie de cette lettre.
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nous des universités d’Espagne, où l’on ne sait que c’est que de dicter en classe et où l’on se contente d’expliquer et où néanmoins chacun demeure d’accord qu’ils sont plus profonds théologiens qu’a [illeurs] ; et puis, si l’on introduisait maintenant cette manière de tout composer et de dicter, dans peu de temps vous verriez que l’on dirait que, pour avoir des hommes capables pour cela, qu’il faudrait avoir des collèges et enseigner. O Jésus ! Monsieur, si cela était, que deviendrait le pauvre peuple ?
Toutes ces considérations font que nous continuons à expliquer Binsfeld (4), comme nous avions commencé, [avec] bénédiction, et que je vous supplie, Monsieur, d’en demeurer [là] ; comme aussi d’assujettir vos pensées aux résolutions qu’on prendra ici, je ne dis pas seulement à l’égard de ce point, mais aussi en toutes choses, et de ne rien faire d’important sans m’en écrire et jusques à ce que vous ayez reçu réponse.
Voyez-vous, Monsieur, vous et moi nous laissons trop emporter à nos opinions. Vous êtes cependant en un lieu où il faut une merveilleuse retenue et circonspection. J’ai toujours ouï dire que les Italiens sont les gens du monde les plus considérants et qui se défient le plus des personnes qui vont vite. La retenue, la patience et la douceur viennent à bout de tout parmi eux et avec le temps ; et pource qu’ils savent que nous autres Français allons trop vite, ils nous laissent longtemps sur le pavé, sans lier avec nous.
Au nom de Dieu, Monsieur, prenez garde à cela ;
4). Pierre Binsfeld, né à Binsfeld (Luxembourg) vers 1540, mort de la peste le 24 novembre 1598. Il a laissé divers ouvrages de théologie et de droit canon. Saint Vincent a sans doute en vue son Enchiriodion Théologiae Pastoralis, édité à Trèves en 1591 et en 1602. puis à Douai en 1630 et en 1636, avec des notes de François Sylvins. Cet ouvrage mérita les éloges du synode tenu à Malines en 1607
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comme aussi de ne jamais passer par-dessus les ordres que vous recevrez de nous, comme vous avez fait à l’égard de M.. Thévenin. En quelle bonne conscience pouviez-vous, Monsieur, prendre ce que je lui envoyais ? Vous dites que c’est un foi et qu’il a demandé l’aumône par les chemins et a peu dépensé. Je le veux ; mais vous deviez estimer que j’avais quelque raison particulière pour cela, et deviez penser que peut-être cet argent n’était pas de céans, comme en effet il ne l’est pas. Au nom de Dieu, Monsieur, faites attention à ceci et estimons que nous ferons toujours la volonté de Dieu et qu’il fera la nôtre lorsque nous ferons celle de nos supérieurs, et que nous tombons en mille inconvénients et désordres lorsque nous faisons autrement.
écrivez-moi toutes choses et je vous promets de vous faire réponse par tous les ordinaires, ou pour le moins tous les quinze jours ; et ce que vous aurez à me faire savoir, que ce soit à moi-même, s’il vous plaît.
Outre la lettre que vous m’écrirez des choses particulières, vous m’en ferez une autre que je puisse montrer.
Il sera bon de plus que vous en écriviez une à Monsieur de Montmaur, maître des requêtes, qui nous a assistés en cette occasion ; et si la chose réussit, nous avons sujet d’espérer qu’il nous continuera sa charité. Votre lettre tendra à le remercier et à le prier qu’il ait agréable que vous lui rendiez compte de l’état de vos affaires de temps en temps. Il sera bon aussi que vous écriviez de temps en temps à Madame la duchesse d’Aiguillon et à Madame la présidente de Herse, qui nous ont fait charité aussi en cette occasion. Mais vous ne parlerez pas des uns ni des autres à qui que ce soit, s’il vous plaît, et m’enverrez vos lettres ouvertes.
Or sus, Monsieur, voilà bien des choses que je vous écris ; mais à qui puis-je parler simplement et avec con-
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fiance entière qu’à un autre moi-même, que je chéris plus que moi-même ? Oh ! certes, je vous ouvrirai toujours mon cœur et ne réserverai chose quelconque à vous dire, pource que je connais le fond du vôtre et la charité que Notre-Seigneur vous a donnée pour moi, qui suis, en son amour, à vous et à votre chère communauté, que j’embrasse en esprit, prosterné à ses pieds, et suis, en l’amour du même Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
SECONDE DE RéDACTION
Paris, ce 18 mars 1642.
Monsieur
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Béni soit Dieu de ce qu’il me semble que vous voilà maintenant arrivé à Rome, et plaise à sa divine bonté que ce soit à sa gloire et de vous conserver en parfaite santé ! Je vous prie, Monsieur, de faire ce que vous pourrez pour cela et, à cet effet, de vous loger en des lieux où l’air soit bon et même d’être un peu superstitieux à l’observance des temps que le vulgaire estime dangereux à sortir de Rome et à y revenir coucher. Nous y avons perdu le bon M. Lebreton faute de cela.
J’ai acquitté vos lettres de change de Lyon, excepté celle de mille livres de M. Morand, pour ne l’avoir su que depuis deux jours. Il est expédient que vous n’en preniez pas à Rome sans m’en avertir et d’attendre ma réponse, si ce n’est pour la nourriture.
Nous avons consulté sérieusement sept de la compagnie pour l’affaire de la dictation, dont les cinq sont de
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l’avis de la négative, de sorte que l’on continuera à expliquer un auteur sans dicter, comme l’on a commencé avec bénédiction. Voici les raisons.
La première se prend du côté de la science qu’on désire enseigner, laquelle sera plus sûre, étant celle d’un. auteur approuvé, que celle des écrits d’un particulier.
La 2°, du côté des prélats et du public, qui aimeront bien mieux un auteur approuvé et choisi que les écrits d’un jeune homme qui n’aura fait preuve de sa suffisance que sur les bancs.
La 3° du côté de la compagnie, en ce qu’elle a plus de sujets qui pourront utilement expliquer un auteur, que de ceux qui pourront composer et dicter, pourra par conséquent servir l’église en plus d’endroits et être moins sujette à envie.
La 4° vient de la part de ceux qui enseigneront, auxquels il sera bien plus facile, quoi qu’on dise, d’expliquer que de composer et dicter, s’ils ne tirent leurs leçons d’un auteur, par exemple de Bonacina, lequel, quand les écoliers l’ont découvert, ils se moquent du maître ou l’ont à mépris. Que s’il les fait à sa tête, il faut avoir la suffisance d’un professeur en théologie pour cela. De plus, il faut employer long temps à voir les auteurs et ne faire que cela ; ce qu’étant ainsi, quel moyen de bien expliquer, de bien faire répéter et de prendre soin du spirituel et de tous les autres exercices ? Que si vous avez fait tout cela, chacun n’a pas cette force, et peut-être qu’elle vous défaudrait à la longue. Et puis, si les maîtres donnent les mêmes leçons à la seconde volée des séminaristes, ils diront qu’on ne sait que la même chanson. Et quelle différence y aura-t-il entre faire cela et prendre toujours un même auteur ? Que s’ils composent toujours du nouveau, il faudra ne faire jamais que cela.
La 5° raison vient du côté des séminaristes, lesquels
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sont savants ou ignorants : si savants, ils ne se mettront pas au séminaire pour apprendre la morale, mais bien pour devenir meilleurs et pour apprendre les autres choses qu’on y enseigne, comme font les bacheliers en théologie qui vont aux ordinands, et les docteurs qui se mettent de l’assemblée des ecclésiastiques de Saint-Lazare, où l’on professe tant l’humilité et la simplicité dans les matières qui se traitent ; que s’ils sont ignorants, hélas ! Monsieur, de quoi leur serviront les écrits ?
Voilà, Monsieur, les raisons pour lesquelles nous avons pris la résolution que je vous viens de dire, qui est d’expliquer un auteur ; et voici la réponse aux objections que la lettre écrite à M. Soufliers met en avant.
L’on dit que les séminaristes n’auront pas si bonne opinion de leur maître et qu’ils seront tentés de quitter le séminaire, si l’on ne leur donne des écrits. Or, l’on répond que cela serait vrai s’il n’y avait d’autres attraits dans le séminaire que la science et supposé que tous les séminaristes fussent savants ; mais vous y avez l’attrait de la piété, celui du chant, des cérémonies, de catéchiser, de prêcher et enfin celui de la réputation de ceux qui y auront été, lesquels l’on préférera dans les emplois, les conditions et dans les bénéfices. Monsieur le pénitencier regarde déjà les nôtres pour les employer aux monastères et en des emplois semblables.
La 3° objection (5) est qu’on a plus de facilité à composer et à dicter qu’à interpréter un auteur et à faire répéter. Cela me semble paradoxe, car, au premier, il faut étudier, voir les auteurs, composer, dicter et expliquer ; au second, il ne faut qu’étudier, expliquer et répéter.
La 4° objection est que les choses s’apprennent en les
5). Cette objection n’est en réalité que la seconde.
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écrivant. Je l’avoue quand il ne s’agit que de peu de choses à retenir ; mais où il y en a beaucoup, l’expérience fait voir le contraire, [comme] en Sorbonne, où ceux qui n’ont que des écrits sont aussi ignorants des choses que ceux qui n’y ont pas été du tout.
L’on dit, de plus, que, par ce moyen, les maîtres deviendront plus savants, pource qu’ils étudieront les matières à fond et verront plusieurs auteurs. Je l’avoue ; mais ils ne pourront pas faire autre chose qu’étudier, composer et dicter ; et cela étant, qui enseignera la piété, le chant, les cérémonies ? Qui apprendra à catéchiser et à prêcher ? Il faudra quasi autant d’hommes comme il y aura de divers exercices dans chaque séminaire. Et où trouverons-nous tant d’hommes qu’il faudra et le fonds pour les entretenir ? Si l’on répond qu’on suffit à Annecy pour tout cela, je dirai, comme ci-dessus, que cela est bon pour ce lieu-là et pour un commencement et que l’exercice des ordinands nous fait éprouver ici le contraire.
L’on objecte enfin l’usage des RR. PP. jésuites et des universités. Je distingue des universités. L’on ne dicte point en toute l’Espagne, où il y a de si grands théologiens. Et puis, ce n’est pas de même ; ces corps, en France, font profession d’enseigner les lettres.
Je vous assure, Monsieur, que, si nous entrons en cet esprit-là, que vous verrez bientôt des propositions en la compagnie qu’il faut prendre des collèges et enseigner publiquement, pour avoir des hommes plus savants pour enseigner ces séminaristes. Et si cela était, hélas ! Monsieur, que deviendrait le pauvre peuple de la [campagne] (6) et en quelle sorte d’esprit entrerions-nous, si nous
6). Texte de l’original : Compagnie. Ce mot est sans doute le résultat d’une distraction.
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voulions aller au pair en science avec ces grands corps ? Ou serait la sainte humilité, en laquelle il a plu à Dieu de concevoir, d’enfanter et d’élever cette petite compagnie jusques à présent ?
Or, tout cela posé, au nom de Dieu, Monsieur, ne proposez jamais plus cela. Tenez-vous ferme aux résolutions qu’on prendra en toutes choses de deçà ; ne faites rien sans nous en écrire, ni qu’en suite de notre réponse ; je dis : rien qui soit de quelque considération. Ressouvenez-vous, s’il vous plaît, de ce que je vous en ai écrit à Annecy.
J’ai beaucoup de choses à vous dire sur ce que vous avez fait à l’égard de ce bon prêtre de Dauphiné ; ce sera une autre fois, Dieu aidant.
écrivez-nous souvent, et tous les trois mois à M. de Montmaur, maître des requêtes, qui nous aide à votre entretien, et Mesdames la duchesse d’Aiguillon et de Herse aussi. Vous nous écrirez, à nous, une lettre qui fera mention des choses particulières, et une autre de celles qu’on pourra faire voir. Et pour celles de M. de Montmaur et de Mesdames, elles seront pour les remercier de leur assistance, pour les assurer de vos prières, pour leur dire succinctement l’état de la compagnie, ce qu’il y a à espérer à l’égard des ordinands, et les prierez de vous continuer la bonne volonté qu’ils ont pour cet établissement. Les uns ni les autres ne désirent point qu’on die la charité qu’ils nous ont faite.
J’espère vous écrire tous les quinze jours et peut-être par tous les ordinaires. Si vous m’écrivez et la chose le requière, vous m’écrirez tout à moi, s’il vous plaît, et non à d’autres pour me le dire.
Et voilà tout ce que je vous dirai pour le présent. Il me reste à embrasser votre chère compagnie, comme je fais, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui
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suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.