Correspondance (page 23)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

576. — A JACQUES BOUDET

De Saint-Lazare, ce 25 mars 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous supplie très humblement, Monsieur, de vous en revenir à Saint-Lazare la présente reçue ; nous avons ici à faire de vous et vous attendons avec affection.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Boudet, prêtre de a Mission, à Fontaine (1).

577. — BERNARD PREVOST, SEIGNEUR DE SAINT-CYR-LES-COLONS (1), A SAINT VINCENT

1642

Les soins de Messieurs vos prêtres, joints à l’exemple de leur piété, ont fait un tel changement de vie dans mes paysans

Lettre 576. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1) Fontaine-Essarts.

Lettre 577. — Abelly, op cit 1. II, chap. I, sect. II, § VII, 1er éd. p 45

1). Localité de l’Yonne. Bernard Prévost était conseiller au grand conseil

- 243 -

qu’à peine sont-ils reconnaissables de leur voisins. Pour moi, j’avoue que je ne les connais plus, et je ne puis que je ne me persuade que Dieu m’a envoyé une nouvelle colonie pour peupler mon village. Ces Messieurs n’ont trouvé que des esprits rudes, desquels le changement ne se pouvait faire que par la grâce qui accompagne vos ouvriers, et particulièrement ceux-ci, à qui vous avez donné la peine de venir pour la conversion de ce peuple et la mienne. C’est un effet de la miséricorde de Dieu et une conduite de votre prudence de nous avoir envoyé des hommes conformes à nos besoins. Et après les remerciements que je vous en fais, il ne nous reste qu’à offrir des ardentes prières à Dieu, à ce qu’il comble de ses bénédictions votre compagnie, que j’estime être une des plus utiles à sa gloire qui soit aujourd’hui dans son église. Je demeure pourtant dans la crainte que ces pauvres gens, manquant d’un bon pasteur pour les entretenir dans les bonnes résolutions qu’ils ont prises en cette mission, qui leur a été si utile. ne tombent facilement dans le péché d’omission en oubliant ou négligeant de mettre en pratique ce qui leur a été si judicieusement enseigné. Puisque vous ne leur avez point voulu donner un curé, je crois que, les ayant de nouveau engendrés à Notre-Seigneur, vous êtes du moins obligé de leur en procurer un par vos prières, comme je vous en supplie de tout mon cœur.

578. — MADAME DE SAINT-CYR-LES-COLONS

A SAINT VINCENT

1642

Bien que je me reconnaisse incapable de vous pouvoir dignement remercier de tant d’honneur et de biens que nous avons reçus par votre moyen en notre paroisse, si est-ce que je ne puis retenir cette vérité prisonnière, qu’après Dieu vous êtes en quelque façon notre sauveur par le moyen de ces bons Messieurs que vous nous avez envoyés, qui ont fait des merveilles en ce lieu. Ils ont tellement gagné les affections de Monsieur de Saint-Cyr que je crains qu’il ne soit malade de s’en voir éloigné. Pour moi je ne vous dis pas le ressentiment que j’en ai, étant trop triste pour vous pouvoir dire autre chose.

Lettre 578. — Abelly, op. cit., 1 II, chap. 1, sect. II $ VII 1er éd, p. 46

1) Marie de Moncy, fille de Claude de Moncy, auditeur des comptes, et épouse de Bernard Prévost

- 244 -

579. — PIERRE DE NIVELLE, éVêQUE DE LUçON, A SAINT VINCENT

1642

S’il plaît a Dieu que l’Institut de Messieurs de votre congrégation continue longtemps en son église, elle en doit espérer de très grands fruits. Le diocèse de Luçon, dans l’étendue duquel ils travaillent depuis trois ou quatre ans sous vos ordres, en a déjà reçu de si notables, et particulièrement le lieu même de Luçon, où leur mission a été très fructueuse que je me sens infiniment obligé à M. le cardinal de Richelieu de nous les avoir procurés, et à vous, Monsieur, de nous les avoir envoyés. Leur supérieur surtout (1) y travaille continuellement avec des soins admirables ; il a des talents très propres pour l’effet de son emploi, et son zèle le tait estimer d’un chacun. Il est en tout louable, sinon qu’il est excessif en ses travaux, si pourtant il peut y avoir de l’excès aux travaux qu’on entreprend pour gagner les âmes à Dieu.

580. — A BERNARD CODOING

Saint-Lazare, ce 1er d’avril 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous dis ces mots en très grande hâte : que j’ai reçu vos deux lettres de Marseille et acquitté celle de change ; que nous étions demeurés d’accord de l’union et des conditions avec M. Authier (1) il y a quatre ou cinq

Lettre 579. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II $ VIII, 1er éd., p. 50

1) Jacques Chiroye.

Lettre 580. — L. a. — Original communiqué par M. Guy de Cassagnac.

1). Christophe d’Authier de Sisgau né à Marseille le 6 avril 1609, obtint, jeune encore, un bénéfice à l’abbaye de Saint Victor. Il fut ordonné prêtre en juin 1633 et reçut, quelques jours après, le bonnet de docteur. En 1634, l’archevêque d’Aix lui confia, à lui et à

- 245 -

ans, et qu’étant de retour en Provence il me manda que

tous ceux qu’il s’était unis pour donner des missions, la chapelle da Notre-Dame de Beauvesez. L’année suivante, il approuvait le nouvel Institut sous le titre de Congrégation des clercs de la Mission, qu’il remplaça en 1638 par celui de Congrégation des missionnaires du clergé. Les missionnaires du clergé s’établirent à Brignole et à Marseille et furent appelés à Valence (1639) pour diriger le séminaire des ordinands. A Senlis, on leur confia la paroisse Sainte-Geneviève (1640). Urbain VIII reconnut cette société par bref du 4 juin 1644 et Innocent X changea son nom, le 20 novembre 1647, en celui de Congrégation du Saint-Sacrement pour la direction des Missions et des Séminaires. Ses membres furent, dès lors, appelés Prêtres missionnaires de la Congrégation du Saint-Sacrement. Christophe d’Authier fut nommé en 1644 recteur des deux collèges apostoliques d’Avignon, puis évêque titulaire de Bethléem. Il fut sacré à Rome le 26 mars 1651, passa dans cette ville les années 1652, 1653 et une partie de l’année 1654 et revint en France, où il continua de diriger sa congrégation. Il mourut à Valence le 17 septembre 1667.

Sur les tentatives d’union de son Institut avec celui de saint Vincent, voici ce que nous lisons dans les Annales des prêtres du Saint-Sacrement (Ms. conservé à la bibliothèque des Pères bénédictins de Marseille avant leur expulsion : "Au retour du premier voyage de M. de Sisgau à Rome, alors qu’il n’avait encore sa congrégation qu’en idée, quelques personnes de piété lui inspirèrent d’aller à Paris pour voir de s’unir avec M. Vincent de Paul, qui venait d’en ériger une presque semblable sous le nom de la Mission. Il alla donc pour ce sujet demeurer quelques mois, inconnu, dans leur maison de Paris qu’on appelle les Bons-Enfants, pour voir s’ils pourraient convenir ensemble et si leurs fins étaient semblables ; mais, n’ayant point alors reconnu la volonté de Dieu, on commença d’en reparler cette année (1642), à l’occasion d’une fille de très grande vertu et dont la sainteté a mérité après sa mort que le R. P. de la Rivière, minime, donnât sa vie au public. Cette pieuse fille était de la ville de Valence, et on l’appelait communément sœur Marie. Elle témoigna à M. d’Authier qu’il devait s’unir avec M. Vincent de Paul et ne faire de ces deux corps qu’un seul, pour mieux effectuer dans l’église les saintes intentions que Dieu leur donnait. Elle lui en parla avec tant de force et des marques que Dieu le voulait, que M. d’Authier, qui faisait profession de détachement, se rendit à cette proposition. La Providence, pour mieux prouver son désintéressement, permit qu’en même temps quatre ou cinq missionnaires de M. Vincent passèrent par Valence, au retour d’une mission qu’ils venaient de faire, et. allèrent le saluer dans le séminaire, pour lui en parler. M. d’Authier les reçut avec toute l’amitié possible, et après s’en être entretenu avec le chef de cette troupe, qui se nommait Codoing, lui fit connaître qu’il ne tiendrait pas à lui que cette union ne se fît, pourvu qu’il y reconnût la plus grande gloire de Dieu et l’utilité de l’église. Celui-ci, arrivé Paris, en communiqua le pourparler à M. V incent, lequel écrivit à M. de Sisgau une lettre, du 22 avril 1642, pour l’assurer qu’il n’était

- 246 -

ces Messieurs (2) désagréaient la chose. S’ils en sont revenus et qu’ils vous aient dit les conditions, vous pouvez croire que nous serons prêts à faire ce qui sera faisable raisonnablement. Vous me manderez, s’il vous plaît, les propositions qu’ils vous ont faites et qui en a été le promoteur ; et, selon cela, nous considérerons la chose devant Dieu et vous en écrirons.

Ne laissez pas cependant de procéder à notre établissement sur les errements (3) de notre bon M. Lebreton, sans vous engager à rien, et je vous supplie, Monsieur, au nom de Notre-Seigneur J.- C., de vous défier de la ferveur de la nature, au fait que vous m’écrivez. L’esprit de Dieu va suavement et toujours humblement. Ressouvenez-vous que vous et moi sommes sujets à mille saillies de la nature, et de ce que je vous ai dit de ce que, me trouvant, au commencement du dessein de la Mission, dans cette continuelle occupation d’esprit, et que

pas moins disposé que lui à cette union. M d’Authier fut à Paris quelque temps après pour ce sujet. Ce qui arrêta la conclusion de cette affaire fut que M. Vincent ne voulait point s’embarrasser du soin des paroisses, ni des séminaires de notre congrégation, ni permettre que les missionnaires portassent des manchettes et des collets semblables à ceux des ecclésiastiques qui vivent dans le monde. Ce récit semble exact, sauf sur deux points : Bernard Codoing n’alla pas à Paris, et les obstacles au projet vinrent moins des manchettes et des collets que des exigences de M. d’Authier au sujet de la fusion des règles et constitutions et de sa prétention de devenir coadjuteur de saint Vincent avec future succession. Les deux congrégations travaillèrent de concert en 1643 sur les galères de Marseille. Il y eut entre elles dans la suite de légers froissements. Les prêtres de M. d’Authier tentèrent d’empêcher l’établissement des prêtres de la Mission à Rome. D’autre part, la similitude des noms ayant donné lieu à de fâcheuses méprises, saint Vincent fit des démarches en vue d’obtenir que les missionnaires du Saint. Sacrement ne prendraient plus le titre de missionnaires. La vie de Christophe d’Authier de Sisgau à été écrite par Nicolas Borelli, prêtre de sa congrégation.

2). Les prêtres de Christophe d’Authier.

- 247 -

cela me fit défier que la chose vînt de la nature ou de l’esprit malin, et que je lis une retraite exprès à Soissons, afin qu’il plût à Dieu de m’ôter de l’esprit le plaisir et l’empressement que j’avais à cet affaire, et qu’il plut à Dieu m’exaucer, en sorte que, par sa miséricorde, il m’ôta l’un et l’autre et qu’il permit que je tombasse dans les dispositions contraires, et que je pense que, si Dieu donne quelque bénédiction à la Mission et que je lui sois à moins de scandale, qu’après Dieu je l’attribue à cela et que je désire être dans cette pratique de ne rien conclure ni entreprendre, tandis que je serai dans ces ardeurs d’espérance de vue des grands biens.

Je finis cependant en saluant la petite compagnie, qui suis votre serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, prêtre de la Mission, à Rome (4).

581. — A JACQUES CHIROYE

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici Monsieur Dehorgny qui vous va visiter ; j’espère de votre bonté que vous le recevrez avec toute l’affection et la tendresse que N.-S. vous a données pour tous ceux de la compagnie. Je ne vous dis rien de sa probité, de son zèle et de l’expérience qu’il a pour ce qui regarde notre Institut, ni de ses autres vertus qui le rendent

4) Bernard Codoing n’était pas encore à Rome quand saint Vincent écrivait cette lettre ; il n’y arriva que le 8 avril.

Lettre 581. — L. s. — Dossier de Turin, original.

- 248 -

recommandable, puisqu’elles vous sont assez connues ; c’est ce qui m’a excité de l’envoyer vers vous, ne pouvant moi-même y aller, me confiant en la grâce que N.-S. lui a donnée, que sa visite vous sera à consolation et édification. Je vous verrai donc par lui et vous embrasserai avec lui, en l’amour de N.-S., que je prie de tout mon cœur de vous donner les dispositions qu’eurent saint Zacharie et sainte élisabeth pour recevoir les grâces que la visite de la sainte Vierge leur apporta, et à M. Dehorgny de l’animer de l’esprit duquel il avait rempli sa sainte Mère, afin que tout ce qu’il vous dira, vous le receviez comme sortant de sa bouche ou plutôt de son cœur tout saint, tout divin, en qui je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Ce 19 avril (1)

Suscription : A Monsieur Monsieur Chiroye, supérieur de la Mission, à Luçon.

1). Une main, qui n’est pas celle du secrétaire, a écrit au dos de lettre : 19 avril 1640 ; et c’est la date suivie par le registre 2, p. 98. Il nous est impossible de l’adopter, car Jacques Chiroye ne fut nommé supérieur de l’établissement de Luçon que plus tard, le 6 octobre 1640. (Cf. lettre 488.) Jean Dehorgny fut envoyé en tournée de visites du côté de la Lorraine en 1640. Il visita peut être d’autres maisons dans le courant de 1641 ou 1642. En avril 1643, il était parti pour l’Italie, d’où il ne revint définitivement qu’en décembre

- 249 -

582. — A BERNARD CODOING, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

De Paris, ce 25 avril 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ces lignes sont seulement à deux fins ; l’une pour vous envoyer deux lettres, dont l’une est à vous et l’autre à M. de Montereil, secrétaire de M. l’ambassadeur (1) C’est M. de Saint-Aignan, à qui nous avons de très grandes obligations pour nous avoir résigné un prieuré de 2.000 livres de rente et. fait résigner un autre, qui vaut 400 livres plus, pour les ordinands (2). Je vous enverrai le consentement des abbés dont ils dépendent, au premier jour, dont Son éminence 3 en est un.

Ce bon M. de Saint-Aignan a pris soin d’un monastère de filles de ce diocèse, dans lequel s’est fait de grandes abominations (4), que le roi a retiré des Cordeliers et l’a remis à la juridiction de Monseigneur de Paris. M. Lebreton y a fort travaillé ; vous en trouverez des mémoires parmi ses papiers, selon lesquels je vous prie d’agir. Il n’est pas imaginable combien cet affaire importe. Je vous prie de m’en écrire et à lui aussi et de m’envoyer ses lettres ouvertes.

De plus, je vous prie d’obtenir de la Pénitencerie une dispense à une personne d’entrer en religion, selon le

Lettre 582. — L. a. — Original à Paris chez les Filles de la Charité de la rue Pierre-Nicole, 9.

1) François Duval, marquis de Fontenay-Mareuil.

2). Peut-être les prieurés du diocèse de Langres dont il est question

3). Le cardinal de Richelieu

4). Le monastère Saint-Eutrope. (Cf. lettre 594)

- 250 -

mémoire que je vous envoie. L’on appelle cela un discreto viro, et ceci, je le vous recommande avec toute l’affection qui m’est possible. Il s’agit d’une bonne servante de Dieu (5).

M. Authier a rappelé le plus intime et plus rapportant à son esprit de ces ecclésiastiques de Senlis (6), à ce qu’on dit, pour l’envoyer à Rome. Le supérieur de Senlis nous a envoyé un jeune ecclésiastique de sa maison pour les ordinands et me manda qu’il me verrait au premier jour pour me parler d’un affaire d’importance, qui requérait mon loisir, et cela avant son départ pour un long voyage. Je lui ai fait réponse qu’il serait le bien venu et que nous prendrions le temps qu’il lui plairait. Depuis, il m’a mandé qu’il ne ferait point son voyage, et ne me dit mot de l’affaire dont il disait qu’il m’entretiendrait. Cela n’a pas empêché que je n’aie écrit à M. Authier que j’avais reçu avec joie l’ouverture d’union qui s’est faite en votre entrevue dont vous m’écrivez, et qu’il nous trouver. a toujours prêts à cela. J’ai écrit la même chose à la bonne sœur Marie (7) et à sa compagne, qui ont pris la peine de m’en écrire. L’on ne sait si ce changement de M. Le Bégue, qui est supérieur de leur maison de Senlis, ne vient pas de ce qu’il a vu jour de s’établir tout à fait à Senlis, sur la difficulté que nous faisons à Monseigneur de Senlis (8) d’accepter la meilleure cure de son diocèse (9), qu’il nous offre pour nous établir. Il m’en a parlé avec tant d’ardeur qu’il m’a dit qu’il se mettrait à genoux pour m’en prier, s’il ne tenait qu’à cela. Or,

5). Cette personne avait fait vœu d’entrer au Carmel

6) Jean-Jacques Lafon. Il mourut à Senlis, Curé de Sainte-Geneviève

7). Marie de Valence.

8) Nicolas Sanguin.

9) La cure Sainte-Geneviève de Senlis. Elle fut donnée aux prêtres de Christophe Authier

- 251 -

notre difficulté vient de celle que vous savez que nous avons toujours faite à prendre des cures, si ce n’est celle de Richelieu (10). Tout ceci vous fait voir qu’il est à propos que vous usiez de circonspection en cet affaire.

J’ai écrit à M. Germain qu’il parte à la première occasion, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

583. — A LA MèRE FRANçOISE-ELISABETH PHELIPPEAUX

Saint-Lazare. ce 1er de mai [1642] (1)

Ma très chère Mère sait que je suis tout à Sainte-Marie et tout à elle ; mais je ne suis point son père spirituel, sinon en tant qu’elle est de la maison de Paris, et puis, j’appréhende bien de n’être pas de retour d’un voyage que je me propose de faire, avec l’aide de Dieu, si une petite incommodité que j’ai me le permet. Que si je suis de retour, ou ne fais point ce voyage, et ma chère Mère a la permission pour cela, je tâcherai de lui rendre ce petit service ; et Dieu sait de quel cœur ce sera, et combien je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma très chère Mère, son très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DE : PAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma Mère ma Mère la supérieure de Sainte-Marie de Saint-Denis, à Saint-Denis.

10). Il avait fallu toute l’autorité du cardinal de Richelieu pour la lui faire accepter.

Lettre 583. — L a. — Original communiqué par M le baron de Bich, d’Aoste.

1) Cette lettre doit être rapprochée, semble-t-il, de la lettre 585

- 252 -

584. — UN ECCLéSIASTIQUE DE LA CONFéRENCE DE PONTOISE

A SAINT VINCENT

Mai 1642.

La petite compagnie de la conférence des ecclésiastiques de Pontoise m’a obligé de vous écrire pour vous témoigner les satisfactions que nous ressentons tous de notre petite assemblée. Il faut que je vous confesse qu’au commencement nous ne savions pas encore ce que c’était ; mais à présent nous goûtons tous les jours de plus en plus les grâces et les bénédictions qu’il plaît à Notre-Seigneur d’y verser. Nous voyons tous quel profit nous en peut arriver en notre particulier et dans tout le corps de l’église. C’est à vous, Monsieur, à qui, après Dieu, nous avons toutes les obligations de nous avoir reçus pour être associés à votre bonne et vertueuse compagnie de Paris. Nous avons tiré de vous les premières instructions pour cette petite compagnie qui nous ont servi de semence pour produire plusieurs biens qui s’y présentent tous les jours à faire et auxquels Dieu donne accroissement et bénédiction. Nus vous demandons une grâce, qui est que comme nous ne sommes encore que des enfants en la vertu ; qui n’avons pas assez de force pour nous soutenir et pour nous conduire, il vous plaise nous accorder de fois à autre la visite de quelqu’un des ecclésiastiques de votre compagnie de Paris qui nous apprenne à marcher avec plus de solidité dans les exercices que nous commençons tous avec grand courage. Nous vous découvrons ainsi notre faiblesse, afin que vous nous fassiez le bien de nous vouloir assister.

585. — A LA MèRE FRANçOlSE-ELlSABETH PHELIPPEAU

Chère Mère, (1)

Paris, ce 8 mai 1642,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 584. — Abelly, Op. cit., 1. II, chap. III, sect. v, p. 266.

Lettre 585. — L. a. — Original à la Bibl Nat., n. a. f. 22.819

1) Vincent de Paul avait d’abord écrit Monsieur : ce mot est raturé

- 253 -

j’ai reçu votre lettre avec une tendresse si sensible que le ne la vous puis exprimer, voyant en icelle une parfaite effusion du cœur de notre bienheureux Père et de notre digne Mère ; et n’était la difficulté que j’ai à la chose que vous me proposez (2), qui passe en nature d’impossibilité, je me serais donné à vous en la manière que vous et votre sainte communauté me faites la charité de le désirer. L’embarras auquel je suis et qui augmente tous les jours, et les indispositions qui m’accueillent, avec mon âge, font que je vous supplie, très humblement, ma chère Mère, m’excuser si je suis indigne de la grâce que vous et votre sainte communauté m’offrez, vous assurant que, quoique je ne vous serve pas en la manière que vous le proposez, que je le ferai en toute autre que vous m’ordonnerez, qui suis votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A ma R. Mère ma R. Mère la supérieure de la Visitation Sainte-Marie, à Saint-Denis.

586. — A MONSIEUR N*** (1)

[Entre 1610 et 1648] (1)

Monseigneur,

Notre-Seigneur s’est adressé à vous pour la subsistance de la pauvre noblesse de Lorraine, et sa divine

2). Cette proposition est, semble-t-il, celle à laquelle le saint répond par la lettre 583.

Lettre 586. — Reg. 1, f° 70 — Le copiste note que l’original était de la main de saint Vincent.

1) Fort probablement le duc de Liancourt, qui faisait partie de la société formée pour venir en aide à la pauvre noblesse Lorraine réfugiée à Paris et avait droit au titre de monseigneur.

2). L’œuvre de la noblesse de lorraine, fondée en 1640, dura environ huit ans. (Abelly op. cit., 1. I, chap. xxxv, p. 168.)

- 254 -

bonté a béni la charité qu’elle vous a donnée pour eux. Il s’adresse encore à vous pour vous dire qu’il n’y a pas un sol pour le mois prochain et que, si votre providence ne jette les yeux de compassion sur eux, qu’il faudra nécessairement que ces pauvres gens…

587. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Vers mai 1642] (1)

Monsieur,

Madame Belot prévoit que l’affaire de ma sœur Anne sera fâcheuse et craint qu’il y ait procès, à cause qu’il semble que ce soit Monsieur du Ruisseau et les principaux habitants (2) qui la veuillent maintenir là. Elle croit bien que Monsieur son frère, exécuteur du testament de celle qui a tait la fondation, et ses héritiers seront contre, et que ce point d’honneur les mettra mal ensemble. Ne se pourrait-il point, Monsieur, que vous fissiez parler à Monsieur le curé, auquel elle a dit que je ne trouvais pas bon qu’il allât chez elle et qu’elle lui parlât et à Monsieur du Ruisseau ? Je ne crois pas qu’ils voulussent rien faire contre ce que vous leur proposerez. J’ai grand déplaisir de ne m’être assez méfiée de ce fâcheux esprit.

Notre sœur Anne, de la paroisse Saint-Sulpice, encore lorraine, me vint avant-hier treuver pour me prier de l’ôter de là, et pour ces raisons : c’est qu’elle y a trop de peine et de contradictions. Il est vrai que ces Messieurs qui se mêlent de cette Charité les méprisent grandement. Je doute que cette bonne fille de Fontenay lui ait parlé ou fait parler, car elle est en soin d’en tirer quelqu’une avec elle.

Madame d’Humières (3) est résolue d’attendre votre commodité pour faire sa confession. Je lui ai dit que vous étiez mal.

Lettre 587. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre précède d’assez peu de temps la lettre que Louise de Marillac adressait le 5 juillet 1642 à Jeanne Lepeintre. (lettres de Louise de Marillac, 1. 64.)

2). De Fontenay-aux-Roses (Seine !) Bien que les Filles de la Charité se soient établies dans cette localité en 1642, l’acte de fondation ne date que du 11 novembre 1650. (Arch. Nat. S 6. 187) Un legs important fait par M. Béguin pour la fondation de deux sœurs assura l’œuvre commencée.

3) Probablement Isabelle Phelippeaux, mariée en juillet 1627 à Louis de Crevant, marquis d’Humières

- 255 -

Elle ne laisse d’espérer que ce pourra être un des jours de la prochaine semaine. Elle voudrait bien demain en être assurée.

S’il vous plaît prendre la peine me mander ce que je ferai pour notre sœur Anne, de Saint-Sulpice ? Elle me paraissait fort pressée. Nous sommes bien heureuses que notre bon Dieu vous ait donné un cœur paternel pour nous souffrir, et moi particulièrement, qui suis, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.

588. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers mai 1642] (1)

J’ai quelque pensée d’envoyer demain Monsieur du Coudray à Fontenay à cette fille (2) et, si besoin est, à M. le curé et à M. du Ruisseau. J’ai commencé à ce soir à prendre de la tisane purgative. Il me faudra quelques jours pour me purger ; après cela, nous verrons le jour que nous pourrons rendre ce petit service à cette bonne dame (3).

Bon soir, Mademoiselle. Je suis v. s.

589. — A BERNARD CODOING, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

Du 25 mai 1642.

Je ne puis vous expliquer la consolation que vos deux lettres m’ont donnée, qu’en vous disant que, depuis que

Lettre 588. — L.a. Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre répond à la précédente ; elle a été écrite sur le côté réservé à l’adresse.

2). Sœur Anne, de Fontenay.

3) Madame d’Humières.

Lettre 589. — Reg. 2, PP. 33 et 76.

- 256 -

je suis en la compagnie, je ne sache pas en avoir reçu une seule de sensible que celle-ci, en sorte que je crains de l’avoir laissée trop étendre dans mon esprit par deux ou trois diverses fois, pendant un quart d’heure à chaque fois. O Monsieur, que les abominations de ma vie m’affligent en la vue de cette miséricorde de Dieu sur la compagnie (1) !

J’approuve fort que vous ayez dit à M. Ingoli que le peu d’ouvriers que nous sommes et l’obligation que nous avons à Nosseigneurs les évêques circa missiones faciendas, nous ôtent, pour le présent, le moyen de nous prévaloir de la grâce que sa bonté nous offre de moyenner vers la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide sa protection pour la compagnie ; et je pense, Monsieur, que vous ferez bien d’en demeurer là et de faire tourner votre conduite auprès de lui sur ce fondement et de l’assurer, comme je lui ai mandé par M. Lebreton, que je crois que, n’y ayant que Sa Sainteté qui puisse envoyer a capite ad calcem, tous les ecclésiastiques sont obligés de lui obéir, quand il leur commandera d’y aller, et que cette petite compagnie est élevée dans cette disposition que, toutes choses cessantes, lorsqu’il plaira à Sa Sainteté de l’envoyer a capite ad calcem en ces pays-là, qu’elle ira très volontiers. Plût à Dieu, Monsieur, qu’il nous eût rendus dignes d’employer nos vies, comme Notre-Seigneur, pour le salut de ces pauvres créatures éloignées de tout secours. Vous ménagerez cela selon votre prudence ordinaire.

1). Ici se termine le premier fragment.

- 257 -

590. — UN CURE DES ENVIRON DE PARIS A SAINT VINCENT

Les fruits que remportent ceux qui ont fait chez vous les exercices de la retraite spirituelle, répandent une telle odeur en tous les lieux où ils passent, qu’ils font naître en l’esprit de plusieurs le désir d’en aller cueillir eux-mêmes sur l’arbre. Voyant donc un de mes proches parents dans cette bonne volonté j’ai cru ne pouvoir mieux faire pour lui que de vous supplier très humblement qu’il vous plaise Ce recevoir à faire en votre maison les exercices de Ca retraite spirituelle, dont il espère recevoir lumière et grâce pour la conduite du reste de sa vie.

591. — LES éCHEVINS DE LUNEVILLE A SAINT VINCENT

1642.

Monsieur,

Depuis plusieurs années que cette pauvre ville a été affligée de peste, de guerre et de famine, qui l’ont réduite au point de l’extrémité où elle est à présent, au lieu de consolation nous n’avons reçu que des rigueurs de la part de nos créanciers, et des cruautés du côté des soldats, qui nous ont enlevé par force le peu de pain que nous avions ; en sorte qu’il semblait que le ciel n’avait plus que de la rigueur pour nous, lorsqu’un de vos enfants en Notre-Seigneur étant ici arrivé chargé d’aumônes, a grandement tempéré l’excès de nos maux et relevé notre espérance en la miséricorde du bon Dieu. Puisque nos péchés ont provoqué sa colère, nous baisons humblement la main qui les punit et recevons aussi les effets de sa divine douceur avec des ressentiments de reconnaissance extraordinaires. Nous bénissons les instruments de son infinie clémence tant ceux qui nous soulagent de leurs charités si opportunes, que ceux qui nous les procurent et distribuent et vous particulièrement, Monsieur, que nous croyons être, après Dieu, le principal au-

Lettre 590. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. IV, sect. IV, 1er éd., p. 285

Lettre 591. — abelly, op. cit, 1. III, chap. XI, sect. I, 1er éd., p 385

- 258 -

teur d’un si grand bien. De vous dire qu’il soit bien appliqué à ce pauvre lieu, où les principaux sont réduits au néant, c’est ce que le missionnaire que vous avez envoyé vous déduira avec moins d’intérêt que nous ; il a vu notre désolation, et vous verrez devant Dieu l’obligation éternelle que nous vous avons, de nous avoir secourus en cet état.

592. — A LOUISE DE MARILLAC

[8 juin 1642] (1)

Mon Dieu, Mademoiselle, que j’ai été étonné, ce matin, quand Monsieur Portail m’a dit l’accident qui arriva hier chez vous, lequel j’ai dit à la compagnie (2) ; et lui ai dit ce que Notre-Seigneur dit à ceux qui l’interrogeaient sur le sujet de ceux qui avaient été accablés sous les ruines de la chute de la tour de Jéricho, que cela n’était pas arrivé pour les péchés de ces personnes-là, ni pour ceux de leurs pères et mères, ains pour manifester la gloire de Dieu. Et certes, je vous dis le même, Mademoiselle, que cet accident ne vous est pas envoyé ni pour vos péchés ni pour ceux de nos chères sœurs, mais pour nous avertir, nous qui l’entendons, de vivre si bien que nous ne soyons pas surpris à la mort, et que vous avez en ce rencontre un nouveau sujet d’aimer Dieu plus que jamais, en ce qu’il vous a préservée comme la prunelle de son œil, dans un accident auquel vous deviez être accablées sous ces ruines, si Dieu n’eût détourné le coup par son aimable providence. Nous en avons rendu grâces

Lettre 592. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) La chute du plancher dont il est ici question eut lieu en 1642. la veille de la Pentecôte. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, l. 64 et 102 ; Conférence * du 20 juin 1642 aux sœurs.)

2). Saint Vincent fit plus tard devant ses filles le récit de cet accident (Conférence du 13 février 1646) ; Louise de Marillac consigna par écrit les réflexions qui lui vinrent à cette occasion (Pensée. P. 186).

- 259 -

à Dieu ; et tantôt, Dieu aidant, j’espère avoir le bonheur de vous voir céans, si vous venez à vêpres, ou chez vous ; je vous envoie cependant ces lignes pour vous saluer et vous donner le bon jour par avance, qui suis v. s.

593. — RéPONSES DE SAINT VINCENT A DES QUESTIONS

POSéES PAR LOUISE DE MARILLAC

[Vers juin 1642] (1)

D. — Si ma sœur Henriette ira à Sedan avant le retour et si nous ferons revenir la sœur Gillette (2), et en ce cas, si en faudra envoyer deux ?

R. — Je pense que oui.

D. — Si ma sœur Barbe (3) demeurera aux Galériens, où il a fallu que j’aie envoyé une troisième sœur, à cause que madite sœur Barbe est faible et infirme ?

R. — Je pense aussi que vous ferez bien. Il ne vous en faudra que deux dans peu de jours. Les forçats s’en iront bientôt (4).

D. — S’il ne faut point parler à Monsieur le procureur général (5) pour la défense qu’il a faite à notre sœur Henriette de sortir ?

R. — Oui.

D. — S’il n’y aurait point moyen de donner quelque ordre

Lettre 593. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre a été écrite peu de temps après la lettre 587, et peut-être à la veille du voyage que le saint fit à Richelieu vers le 10 juin. Entre chaque question Louise de Marillac a laissé un espace blanc pour les réponses, que saint Vincent a préféré écrire en marge aux deux premières pages. Les initiales D (Demande) et R (Réponse) sont ajoutées pour rendre la lettre plus intelligible.

2). Gillette Joly, sœur de Marie Joly.

3) Sœur Barbé Angiboust.

4) Après quelque temps de séjour à Paris, ils étaient dirigés sur Marseille.

5) Blaise Méliand (1641-1650)

- 260 -

à ce que nos sœurs de Saint-Sulpice ne fussent point tant surchargées de remèdes, qu’il faut qu’elles portent à des personnes qui ne sont pas reçues au soin de la Charité, y ayant 5 ou 6 personnes qui leur commandent ? Cela les décourage toutes, et le mépris que l’on fait d’elles et les continuels soupçons, et aussi s’il n’y aurait point moyen qu’elles changeassent de chambre ?

R. —- Je ferai entendre ceci à Madame la duchesse (6) au retour, si mieux vous n’aimez de lui en parler.

D. — Comment je ferai pour en ôter ma sœur Anne ?

R. — Vous verrez.

D. — Quand Madame la chancelière ira à Fontenay, s’il ne lui faut point dire et comme je parlerai à ma sœur Anne, et, si c’est au temps que je serai aux Enfants, il ne serait point plus à propos qu’elle y fut, que de demeurer à la maison, crainte quelle n’y fasse quelque désordre ?

R. — Il faudra faire ressouvenir Madame la chancelière de ce voyage, et faire, comme vous dites, amener cette fille aux Enfants.

D. — Qui mettre à sa place et si c’est Jeanne Lepeintre ?

R. — Il y faudra envoyer J [eanne] Lepeintre, etc.

D. — Si l’on ne lui parlera point de la coiffure, et, au cas qu’elle se résolut à condition de se servir d’une coiffe, à cause d’un mal d’œil, si elle le pourra et en prendra une d’estamine noire, ou bien si l’on fera venir la sœur Perrette. de Saint-Germain (7), à cause du rencontre de M. le curé, dont il faut parler ?

R. — Lui proposer cette sorte de coiffure. En attendant, il ne faut point toucher si tôt à Saint-Germain.

D. — Comment agir avec les sœurs qui pour le moindre mécontentement qu’elles ont, parlent de s’en aller ?

R. — Au premier entretien que je leur ferai, nous tâcherons de remédier à ce défaut, s’il plaît à Dieu.

D. — Si je parlerai à Madame Lhoste du besoin que l’on a de sa chambre au cas que tous les enfants et nourrices viennent céans ? Il y a près d’un mois qu’elle n’y loge point, à cause que l’on ne lui a pas fait faire des contrevents aux fenêtres.

R. — Vous ferez bien.

6). La duchesse d’Aiguillon.

7) Saint-Germain. en-Laye.

- 261 -

D. — Si les dames résoudront l’achat ou louage d’une maison pour les enfants en votre absence ?

R. —- Comme il leur plaira.

D. — Si assembler toutes nos sœurs pour, parlant ensemble familièrement, s’encourager l’une l’autre et reconnaître les fautes qui se font tant au service des pauvres qu’à la conduite vers les dames et cordialité l’une avec l’autre ?

R. — Essayez-en, s’il vous plaît.

D. — Si et quand recevoir les deux filles qui se présentent particulièrement celle de Madame Henriette ?

R. — Quand vous le jugerez à propos.

D. — Les enfants treuvés ont trop de pain pour le présent ; si nous le pouvons prendre et s’il n’en faut point parler aux dames ou au moins à Madame la duchesse ?

R. — C’est à Madame la duchesse.

D. — Si les nourrices et les enfants viennent céans, s’ils feront leurs dépenses, ou bien si nous ferons comme à La Chapelle, pour éviter les plaintes de ce qui pourrait être pris par les uns ou les autres ?

R. — Je pense qu’il leur faut faire la dépense.

D. — Qu’il sera nécessaire de quelque accommodation à la cheminée que Monsieur Portail a déjà vue, et si l’on la fera faire ?

R. — Oui, s’il vous plaît ; nous ferons payer.

D. — A qui je m’adresserai, survenant quelque difficulté ? et qu’il soit averti de ne pas condescendre à mes sentiments et améliorations, mais entièrement à la conduite de Dieu par la personne de notre très honoré supérieur.

R. — M. Portail, et je lui dirai.

D. — Que Monsieur le comte de Lannoy (8) a désiré être assuré si l’on lut donnera le secours qu’il a demandé.

R. — Vous le proposerez à Madame de Herse, s’il vous plaît, et que j’ai oublié de lui en parler.

D. — Madame de Beaufort (9) demande comme elle se doit conduire vers les marguilliers de Saint-Etienne, qui veulent en corps assister à la reddition du compte de la trésorière et

8). Charles de Lannoy, gouverneur de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais), mort en 1649. On le laisse longtemps attendre. Les sœurs ne s’établirent à Montreuil qu’en 1647.

9). Présidente de la confrérie de Saint-Etienne-du-Mont, paroisse de Paris.

- 262 -

élection de nouvelles officières ou au moins qu’il soit nommé par eux un procureur de la Charité qui y assiste.

R. - Elle fera bien de tirer de longue, si elle le peut, jusques à ce que ce marguillier ne soit plus.

D. — Je vous supplie très humblement, Monsieur s’il y a moyen, que ce soit céans que j’aie l’honneur de vous parler, pour que toutes nos sœurs de la maison aient encouragement à bien faire par le bonheur de votre sainte bénédiction. Je vous assure que nous en avons grand besoin et serais bien aise de savoir l’heure de votre commodité et que vous sussiez aussi de quelle sorte j’appréhende votre voyage afin que devant Dieu vous consoliez le cœur de votre pauvre fille et très obligée servante.

L. DE M.

Ce mardi au soir.

R. — Ce sera sur le tard que j’essaierai d’aller chez vous, vous disant cependant que vous êtes femme de peu de foi et que je suis v. s.

V. D.

Suscriptions : A Monsieur Monsieur Vincent. — A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

594. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME

Saint-Lazare, 20 juin 1642.

Monsieur,

Je pense qu’il n’est pas expédient que vous pensiez pour le présent à la proposition de Saint-Yves (1). Voici

Lettre 594. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 408, lettre 355 ; il a eu en main l’original, qu’a mis en vente M. Charavay.

1) Les Bretons avaient obtenu à Rome, depuis deux siècles, une église paroissiale et un hôpital, qu’ils dédièrent à saint Yves. Faute de ressources la confrérie de Saint-Yves, qui en avait l’administration, s’unit plus tard à la confrérie de Saint-Louis des Français, de qui dépendaient l’église et l’hôpital de ce nom. De cette fusion naquit la Congrégation de Saint-Louis et Saint-Yves. L’hôpital de Saint

- 263 -

les raisons. L’esprit de ce pays-là est réservé, temporisant et considérant, aime et estime les personnes qui vont piano piano et se garde extrêmement de celles qui vont vite. Cette union-là ferait que de quatre ans l’on ne se pourrait assurer de notre esprit. Ceux qui gouvernent ont aversion à toute sorte d’unions. M. le dataire (2) dit, il y a quelque temps, à un père jésuite, qui lui parlait de l’union d’un bénéfice : "Mon Père, dit-il, il n’est pas juste que je trempe mon pain au pot de mon voisin". Et à nous l’on nous a refusé l’union de deux prieurés pour les ordinands (3). De deçà, l’on y a la même difficulté ; je dis ceux qui gouvernent. La congrégation de Saint-Louis exciterait tempête contre vous. Cherchons la gloire de Dieu ; il fera nos affaires. Remerciez donc ces Messieurs, s’il vous plaît, avec toute la reconnaissance qu’il vous sera possible. Je l’ai si tendre vers eux que je ne la vous puis exprimer. O Monsieur, que je prie Dieu de bon cœur qu’il les remplisse de ses plus abondantes grâces !

Mettez le nom sur la lettre de celui qui m’a écrit.

M. l’abbé de Saint-Denis, aumônier de la reine, qui est de notre assemblée de Saint-Lazare, des plus capa-

Yves ne tarda pas à être supprimé. La paroisse continua d’exister jusqu’en 1824, sous le gouvernement d’un titulaire, que nommait la Congrégation de Saint-Louis. L’église Saint-Yves, sise au Champ de Mars, était l’ancienne église de Saint-André de Monterariis, qui remontait au moins au XIe siècle. Elle avait trois nefs, formées par deux rangs de colonnes de marbre et de granit, d’une seule pièce, et était ornée d’un pavé antique en opus alexandrinum. (Cf. Mémoire historique sur les Institutions de France à Rome par Mgr Pierre La Croix, Paris, 1868 p. 58) Bernard Codoing aurait désiré que la paroisse Saint-Yves fût détachée de Saint-Louis et attribuée à la congrégation de la Mission.

2). C’est à la Daterie de Rome que se font les expéditions pour les bénéfices consistoriaux, les dispenses et autres actes de même genre. Le dataire en est le premier officier.

3). Les deux prieurés de Langres.

- 264 -

bles et des plus vertueux ecclésiastiques de ce royaume (4), a été nommé a l’évêché du Puy, en Auvergne, il y a sept ou huit mois. Je vous supplie, Monsieur, de vous employer pour hâter l’expédition de ses bulles. M. de Saint-Aignan, notre bienfaiteur, vous racontera, un de ces jours, que le mal à Saint-Eutrope est plus grand que le papier ne le dit. Je vous prie de continuer secrètement et efficacement, comme aussi à l’expédition de la dispense ; le vœu étant simple et in foro interno, il n’est pas nécessaire qu’on ait des attestations publiques (5).

M. Germain ne vous a pas rendu assez d’argent pour subsister et vous accommoder ; en attendant que je vous en envoie, prenez-en au meilleur marché que vous pourrez, de M. Marchand ; il m’a fait l’honneur de me mander qu’il vous baillera ce que vous aurez besoin.

J’embrasse MM. Germain et Ploesquellec (6) et tous nos frères (7) et vous, Monsieur, avec une tendresse inimaginable, et suis à tous, en l’amour de Notre-Seigneur…

4.) Henri Cauchon de Maupas du Tour, membre de la conférence des mardis, occupa le siège du Puy de 1641 à 1661 et celui d’Evreux de 1661 au 12 août 1680, jour de sa mort. Orateur de renom, il prêcha l’oraison funèbre de sainte Chantal et de saint Vincent. On lui doit une vie de saint François de Sales et une autre de sainte Chantal. Il fut l’un des deux évêques qui approuvèrent la Vie de saint Vincent, par Abelly.

5) Voir lettre 582, note 5 ; lettre 633, note générale.

6.) Guillaume de Ploesquellec, né à Plourivo (Côtes-du-Nord) en 1614 reçu dans la congrégation de la Mission le 13 juillet 1641, admis aux vœux à Paris en 1647. Il resta fort peu de temps à Rome. Peut-être l’avait-on choisi dans l’espoir de desservir Saint-Yves.

7). Le frère Martin, clerc, et le frère François.

- 265 -

595. — A UN éVEQUE (1)

Saint-Lazare, 22 juin 1642.

J’ai reçu à Richelieu, où j’ai fait un voyage et suis de retour depuis peu (2), celle dont il vous a plu m’honorer, et, quoiqu’avant de partir j’eusse donné ordre de retirer une lettre que M. de Liancourt m’avait promise pour la vous envoyer, outre celle que déjà il avait envoyée à Monsieur l’ambassadeur (3), je me résolus de prier, au retour, Madame la duchesse d’Aiguillon d écrire elle-même, et l’en priai en effet ; mais, elle s’étant excusée, j’en ai écrit à M. de Saingui, secrétaire d’Etat, qui a le département de Rome et est en cour, et ai usé de la précaution que vous, Monseigneur, aviez désirée, qui est qu’il n’en parle pas. J’attends sa réponse. La confiance dont il m’honore me donne celle qu’il honorera le silence de Notre-Seigneur et que, s’il y a lieu d’écrire, qu’il le fera. Dès que j’aurai sa réponse, je vous en donnerai avis, Monseigneur, étant bien marri de ce que je n’ai pas encore le bonheur de vous servir plus promptement et plus efficacement. Hélas ! Monseigneur, que je m’estimerais heureux s’il plaisait à Dieu me faire la grâce de vous pouvoir rendre quelque petit service en ma vie, en reconnaissance des obligations infinies que nous avons à votre bonté, la non semblable sur la terre ! Je suis indigne de cette grâce de Dieu. Je ne laisserai pas pourtant de la demander à Dieu et le prierai, toute ma vie, qu’il vous

Lettre 595. — Pémartin, op cit., p. 409, 1. 356.

1) Peut-être l’évêque du Puy.

2). Ce voyage à Richelieu se place entre le * 8 et le 20 juin. Le saint était allé faire la visite de l’établissement qu’y possédait sa congrégation

3). Le marquis de Fontenay-Mareuil

- 266 -

conserve longues années pour le bien de son Eglise et qu’il me fasse digne d’être, en son amour et celui de sa sainte Mère…

596. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

Dieu a béni la mission donnée aux Essarts (1) : sept hérétiques se sont convertis ; les nobles et les officiers de la justice en ont grandement profité.

597. — JACQUES-RAOUL DE LA GUIBOURGERE, éVEQUE DE SAINTES,

A SAINT VlNCENT

Les travaux des missionnaires ont eu un tel succès que les populations sont allées elles-mêmes l’en remercier.

598. — SYLVESTRE DE CRUSY DE MARCILLAC, EVEQUE DE MENDE, A SAINT VINCENT

Je vous assure que j’estime plus le travail que les vôtres font à présent dans mon diocèse, que si on me donnait cent royaumes. Je suis dans une satisfaction parfaite de voir que tous mes diocésains se portent au bien et que mes curés font de grands profits des conférences que vos prêtres établissent avec succès et bénédiction.

Lettre 596. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II § 8, 1er éd., p. 50.

1. Dans la Marne.

Lettre 597. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. 1, sect. II $ 2,, 1er éd., P 30

Lettre 598. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I sect. III $ 3, 1er éd, P 31

- 267 -

599. — JACQUES-RAOUL DE LA GUIBOURGERE, EVEQUE DE SAINTE,

A SAINT VINCENT

Saintes, 1642.

J’ai fait venir vos missionnaires en cette ville pour s’y reposer quelques jours ; car certes il y a six mois qu’ils travaillent avec une telle assiduité que je m’étonne qu’ils y aient pu fournir, et j’ai été moi-même sur les lieux pour les quérir.

600. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

Notre sœur Françoise (1) me parait bien indifférente pour aller à Liancourt ou demeurer. Elle a oublié de vous dire qu’elle est émancipée pour jouir du bien de feu sa mère et qu’elle a baillé à loyer quelque portion de maison, y a 3 ou 4 ans, et que l’on n’en reçoit rien et qu’elle voudrait bien vendre ce qu’elle a au pays. Cela la fait penser de pouvoir donner ordre à ses petites affaires si elle venait avec moi. Je vous supplie très humblement prendre la peine me mander ce que je ferai et s’il n y a rien à craindre la laissant, à cause de la proposition que ce bon prêtre lui a faite, quoiqu’il paraisse en son esprit un grand affermissement en sa vocation.

Il m’est resté en l’esprit quelque crainte que nos sœurs aient créance que je ne veuille pas qu’elles parlent de leurs peines. M’examinant sur cela, je n’ai su en remarquer que deux sujets. L’un que M. Thibault (2), venant ici, en demanda (3) ou 4 de sa connaissance, dont la petite sœur Claude était, qui lors ne se pouvait rassasier de parler d’une peine qu’elle avait d’un péché qu’elle avait confessé. Je l’avertis de ne lui en point parler. Et une autre fois, à notre sœur Louise, qui aime grandement à parler et souvent des austérités, je lui dis de n’en point parler, mais de se tenir à la pratique de celles qui lui ont été permises~ et que, quand elle les interrontpait, elle les

Lettre 599. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. II, sect. II $ 2, 1er éd p 30

Lettre 300. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1) Françoise Noret.

2). Jean Thibault, prêtre de la Mission.

- 268 -

pouvait reprendre sans en parler. Alors cela, Monsieur, je ne sache point avoir donné sujet à aucune de dire que je ne treuve pas bon qu’elles parlent. Que si elles s’étaient plaintes d’autre chose, je crois qu’il serait nécessaire que votre charité s’en éclaircit pour mieux taire connaître les esprits des sœurs.

Il me semble, Monsieur, que ce que je vous ai demandé pour que notre sœur Turgis occupât ma place utilement pour les sœurs, m’est venu en l’esprit de quelque petite remarque de ce besoin, dont je ne me puis souvenir en particulier, et de ce que Monsieur [Portail] parle à plusieurs des sœurs à même temps de faire la retraite, à presque toutes des v [œux], et les filles qui ont l’esprit faible et impatient n’ont plus de repos que cela ne soit, et remettent à faire bien après ; et me semble que, pour disposition à une bonne retraite, elles devraient avant, après s’être un peu détraquées, comme cela arrive souvent, se remettre à mieux faire, et ne leur proposer que dans le temps bien proche que l’on pourra la leur faire. Cela nous est un peu plus difficile qu’aux religieuses, à cause qu’il faut en mettre à la place de celles que l’on retire.

Je pense, Monsieur, pour remédier promptement au désordre des sœurs de Saint-Sulpice s’il ne vaut point mieux envoyer, dès cette heure, ma sœur Henriette et faire venir la sœur Catherine pour faire sa retraite et la retenir céans et différer de faire faire la retraite à ma sœur Henriette, car je crains que leurs petits désordres continuent.

S’il plaît à votre charité me donner réponse me pardonner tout ce que je vous mande, peut-être mal à propos, et me donner votre sainte bénédiction, comme étant, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.

Ce 6 juillet, dimanche au soir [1642] (3)

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

601. — A LOUISE DE MARILLAC

[6 ou 7 juillet 1642] (1)

Je pense comme vous, Mademoiselle, qu’il n’y a rien à

3.) Les mots "6 juillet, dimanche" et le contenu indiquent avec certitude l’année 1642.

Lettre 801. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1). Cette lettre répond à la précédente, à laquelle elle fait suite sur l’original.

- 269 -

craindre de notre sœur Françoise (2) ; usez-en comme vous trouverez bon.

Je ne sais pas que les filles se soient plaintes de ce que vous ne leur permettez pas de parler à des personnes spirituelles.

J’avertirai M. Portail du point que nous dîmes hier et de ces retraites, et nous parlerons au retour, Dieu aidant, de tout cela, et vous me marquerez toutes les choses dont il faudra l’avertir.

Vous ferez [bien] d’envoyer Henriette au plus tôt et de faire venir Catherine.

Soyez en repos des petites difficultés dont vous me parlâtes hier. J’ai expérience d’environ 25 ans du point auquel doit aller la direction du dedans et de celle du dehors et des inconvénients de l’une et de l’autre. Je vous informerai. de tout cela.

Ayez soin de votre santé et de vous tenir gaie et priez pour moi, qui suis…

Tous les livres