Correspondance (page 24)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

602. — A BERNARD CODOING

De Beauvais, ce 11 de juillet 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu en cette ville de Beauvais (1) la vôtre du 15 juin, où j’avais donné ordre qu’on me l’envoyât incontinent qu’on l’aurait reçue, par homme exprès.

2. La sœur Françoise Noret.

Lettre 602. — L. a. — La première feuille de l’original se trouve à la maison-mère des prêtres de la Mission, la seconde au British Museum, Foreing Private letters 22.488, f° 14.

1). Le saint faisait pour la troisième fois la Visite du couvent des Ursulines de cette ville. (Cf. Collet, op. cit., t. I, p. 358.)

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Je vous ai écrit par tous les ordinaires, si me semble, depuis mon retour de Richelieu et quelque temps auparavant, et pense n’en avoir manqué que deux depuis votre arrivée.

J’ai été fort aise d’apprendre, par celle que vous écrivez à M. Soufliers, la façon de donner des ordres. A propos de M. Soufliers, vous m’écrirez, s’il vous plaît, à moi toutes les choses et à nul autre des affaires. Vous lui dites quelque chose de Messieurs G [ermain] et P [loesquellec] qu’il n’est pas expédient qu’autre que moi sache, ni, si faire se peut, aucun défaut de pas un de la compagnie, selon les règles de la vraie charité. Ce que vous écrirez à un autre pour me le dire ne me fera pas hâter la réponse plus tôt.

Je vous ai écrit que j’espérais que Notre-Seigneur me ferait la grâce de m’amender (2), et j’y travaille, en effet, par sa bonté. Et pour ces Messieurs G [ermain] et P [loesquellec], appliquez-les ; vous verrez qu’ils se feront, pour le moins M. G [ermain], qui faisait fort bien, avec vigilance et adresse, ce qu’il faisait ; il aura plus de difficulté à la langue que des plus jeunes. Il se fera peu à peu. Et M. P [loesquellec] a talent à parler en public, sera à édification et à bénédiction, comme j’espère et comme il a toujours été et partout. Que s’il arrive autrement, ne feignez pas de me le mander, s’il vous plaît, et ne vous contraignez pas pour eux. S’il est besoin, nous pourvoirons d’autres à leur place.

Voici la réponse aux questions que vous faites :

Primo, touchant la maison de 40 pistoles de louage, je pense que vous avez bien fait, eu égard au dessein des ordinands. Je pense que vous ferez bien de nourrir les ordinands et les exercitants gratis ; c’est le désir de la

2). Voir la lettre 559

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fondatrice (3). Si vous les pouvez nourrir pour un jule (4) par jour, cela va à environ cent francs pour chaque ordination et à quatre cents francs par an, supposé que vous ayez quatre ordinations par an et trente ordinands à chaque ordination. Vous pourrez de plus employer autres 200 francs pour les exercitants, à raison de deux par jour, tout le long de l’an. Voici six cents livres pour cela. Votre revenu d’ici monte à 2.500 livres à présent. Je ne sais pas pour l’avenir que vaudront à Rome ces quinze ou seize cents livres.

Je vous ai envoyé la lettre de change de Madame la duchesse d’Aiguillon, de six mille neuf cents tant de livres que vous pourriez mettre à quelque mont (5), comme je vous ai mandé, si ce n’est qu’il se trouve quelque maison à prendre à rente pour l’accommoder à notre usage, ou qu’on fasse l’affaire de Saint-Yves avec le temps. Vous verrez et me donnerez avis de tout, s’il vous plaît. Le secret est nécessaire à l’égard de cet argent, de peur qu’on le vous… (6) ; et je pense aussi qu’il n’est pas expédient que vous divulguiez encore la fondation, si vous jugez que, par l’aversion qu’on pourrait avoir auparavant de madite dame (7), l’on fît difficulté de donner les ordinands. Ceci est de grand poids. M. du Coudray [pense] que cela ne l’empêchera pas. Vous pourriez prendre le sentiment de nos amis intimes sous le secret et écrirez à madite dame une lettre de remercîment et de grande reconnaissance. Cette fondation est l’effet d’un vœu qu’elle a fait pour la conservation de S. E. étant malade (8). De là vous pouvez penser que vous ne man-

3). La duchesse d’Aiguillon

4) Monnaie d’une valeur de trente centimes.

5) Institution de crédit public fondée par Sixte-Quint.

6). La phrase termine la page ; elle est inachevée dans l’original

7) A cause de son oncle le cardinal de Richelieu.

8). Le cardinal souffrait de la maladie qui devait l’emporter le

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querez pas de recommandation de Monsieur le nonce (9), à son retour, à l’effet que vous me mandez et de l’affaire de Saint-Yves. Vous ferez quelque dévotion de delà pour remercier Dieu de la grâce qu’il a faite à votre établissement. Ne laissez pas d’aller serré à la dépense et aux desseins. C’est tout ce que vous pouvez attendre. Elle a fait d’autres fondations pour plusieurs endroits et n’ajoute jamais rien, ni S. E., à ce qu’ils ont donné. Et pour dire de mettre ses armes, vous êtes assuré que la vanité de cela ne le touche point.

Vous pourrez prendre la charge d’examiner les prêtres et de leur faire une petite retraite. Que si, avec le temps, l’on voit que le peu de revenu que vous aurez ne le permette pas, in nomine Domini, vous prierez celui qui pourvoit aux besoins des moucherons qu’il jette les yeux de sa providence sur vous, et prendrez alors conseil de ce que vous aurez à faire. Vous pourrez pareillement prendre le soin de la visite des pauvres. Cette compagnie, comme Notre-Seigneur, a soin spirituel et temporel des pauvres malades. Je vous ai écrit beaucoup de fois que vous ferez bien de prendre un prêtre italien ; et celui qui a travaillé avec M. Lebreton me semble convenable plus que nul autre.

Je vous ai écrit aussi que vous ferez bien de prendre ce bon Breton auquel j’ai écrit. Oh ! qu’il me semble bon et de bon esprit ! Je l’embrasse en esprit avec une fort grande tendresse, comme les prémisses de la bénédiction de Dieu sur votre établissement. Je serais bien consolé

4) décembre. Deux abcès s’étaient déclarés au-dessus du poumon, à la suite de la fermeture d’un ulcère qu’il avait au bras.

9). Jérôme Grimaldi,.archevêque de Séleucie, né à Gênes en 1597, vice-légat de Romagne en 1625, gouverneur de Rome en 1628, nonce en France le 2 mars 1641. Il devint cardinal en 1643, archevêque d’Aix en 1648 et mourut dans cette ville le 4 novembre 1685.

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aussi si cet autre de M. Lebreton avait vocation pour cela. Vous ferez bien aussi de prendre un frère italien, et, s’il le faut, je vous en enverrai un autre d’ici, au lieu de François (10) ou avec lui.

Donnez-moi un peu de temps [pour examiner (11)] si nous nous habillerons à l’italienne de delà. Il y a du pour et du contre, et beaucoup. Nous verrons.

Je ne vois aucune espérance d’union avec Messieurs de Provence (12), si elle ne vient de Sa Sainteté, lorsqu’ils demanderont leur approbation (13), Il ordonna aux Bénédictins réformés de Bretagne (14) et à ceux de Lorraine (15) de s’unir avec la congrégation de Saint-Maur, qui est celle de France (16) ; et cela a bien réussi. Le Saint-Siège sait par expérience les étranges rencontres qui arrivent entre deux [Ordres] (17) qui portent un même nom et ceux qui ont mêmes les moyens pour parvenir à même fin. A l’heure que je vous parle, Monsieur Portail, qui repré-

10) Nous ignorons de quel frère coadjuteur il s’agit ici, plusieurs portant ce prénom.

11) La phrase de l’original est incomplète.

12). Les prêtres de Christophe d’Authier.

13) Ils l’obtinrent le 4 juin 1644.

14) La réforme s’était introduite dans les couvents bénédictins de Bretagne, au début du XVIIe siècle, sous l’impulsion de quelques moines de Marmoutiers retirés au prieuré de Lehon-sur-Rance, près de Dinan. Les dix monastères qui l’avaient adoptée s’unirent à la congrégation de Saint-Maur en 1628 par ordre d’Urbain VIII.

15) La congrégation de Saint-Vanne était née de la réforme introduite en Lorraine par le cardinal Charles de Lorraine, légat a latere, et avait été solennellement approuvée par bref du 7 avril 1604

16) La congrégation de Saint-Maur, issue de la congrégation de Saint-Vanne, surtout sous l’impulsion de Grégoire Tarrisse et approuvée par bref du 17 mai 1621, possédait en 1650 presque toutes les grandes abbayes de l’ordre de Saint-Benoît. (Cf. Dom Paul Denis, Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictins, Paris, 1913, in-8°.)

17). C’est, croyons-nous, le mot qui se trouvait sur l’original, abîmé en cet endroit.

18). Ici s’arrête la partie de la lettre conservée aux archives de la Mission. Le mot même est répété au début de la seconde feuille.

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sente le supérieur à Paris, me mande qu’un fort bon et excellent ecclésiastique, qui se présente chez nous à Paris, lui a dit que, si nous ne le prenons, à cause de M. l’évêque du Puy (19), auquel nous l’avons donné, et de peur de lui déplaire, qu’il s’en ira se mettre au séminaire que commencent Messieurs les abbés Olier, de Foix (20), Brandon et quelques autres (21) à Vaugirard (22), d’où ils s’en viennent à Saint-Sulpice, dont ils ont traité de la cure (23). Et un autre d’ici, qui se présente, m’a dit fort simplement que, si nous ne le prenons, il s’en va trouver ces Messieurs les missionnaires de Provence qui sont à Senlis. Vous pouvez penser en quel esprit je vous dis ceci, en vous disant que je prie Dieu tous les jours plusieurs fois qu’il les bénisse et augmente, et qu’il nous anéantisse si nous ne le servons pas selon le dessein qu’il a sur nous. Hélas ! Monsieur, qu’il nous importera peu, quand nous serons au ciel, s’il plaît à Dieu me faire la grâce d’y aller, par qui Notre-Seigneur sera glorifié, pourvu qu’il le soit ! Oh ! certes, il n’y a point là de meum et tuum.

19). Henri de Maupas.

20). L’abbé de Saint-Volusien de Foix, François-Etienne de Caulet, qui devint évêque de Pamiers.

21). Du Ferrier, de Bassancourt, Amelotte et Houmain.

22). C’était alors une commune de la banlieue de Paris. Jean-Jacques Olier s’y était retiré en décembre 1641 avec ses deux premiers compagnons, Caulet et du Ferrier, et y avait commencé son séminaire, d’abord dans une pauvre maison située près de l’église, puis dans un édifice plus confortable.

23). La paroisse Saint-Sulpice était alors très étendue. Ses limites entouraient ce qui forme aujourd’hui le VIe arrondissement, sauf une faible portion, englobée dans les paroisses Saint-Cosme et Saint-André-des-Arts, le VIIe tout entier et une bonne partie du XVe. Sa population était considérable et passait pour une des moins religieuses de la capitale. La cure de Saint-Sulpice fut offerte à Jean-Jacques Olier par Julien de Fiesque son prédécesseur, et acceptée le 25 juin, sur les instances de saint Vincent. Le nouveau pasteur ne prit possession qu’après avoir reçu de Rome ses lettres de provision.

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Je ne sais si M. Lucas a fait ce que vous lui avez écrit. Il est en mission. A son retour et au mien, qui sera dans quatre ou cinq jours, je lui en parlerai, s’il plaît à Dieu.

Vous pourriez prendre l’ordre de votre dépense à raison de 500 livres par quartier. Je doute que l’on vous donne longtemps les 2.500 livres par an des coches de Soissons qui vous sont données (24), pource que les fermes de ces genres de bien diminuent notablement de prix ; celles que nous avons de Chartres vaudront moins, cette année, près de la moitié. Les misères publiques et la diminution du monde font ce déchet.

Je vous ai assez amplement écrit de l’affaire de Saint-Yves (25).

Je pense qu’il sera expédient que vous fassiez la mission dans les villes où il y a évêché, pour la raison que je vous ai écrite d’autrefois à Genève (26), que, quand nous arrêtâmes pour notre première fondation, que nous ne travaillerions dans les villes où il y a évêché, que c’était pour prêcher et confesser, comme font les autres Ordres chez eux et aux autres églises, et que nous ne pensions pas alors à l’exclusion d’y faire la mission. L’on vient de la faire à Alet et à Luçon.

Vous ferez bien d’acheter un calice d’argent et d’honorer la pauvreté de Notre-Seigneur aux ornements, comme nous faisons à Saint-Lazare.

Nous continuerons à payer toutes les lettres ici et nous verrons avec le temps.

Voilà la réponse exacte à tous vos points et la très humble prière que je vous fais d’avoir soin de votre santé et de celle de la compagnie, que j’embrasse l’un

24). C’est probablement sur les revenus des coches de Soissons que la duchesse d’Aiguillon entendait s’acquitter d’une partie de la somme promise à la maison de Rome par le contrat du 4 juillet 1642.

25). Voir lettre 594.

26). Ou plutôt à Annecy, ville du diocèse de Genève.

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après l’autre en esprit, prosterné aux pieds d’un chacun, avec une tendresse de cœur que je ne vous puis exprimer, qui m’est augmentée par ce que vous dites que vous ne ferez rien sans ordre et que vous vous proposez d’aller piano, piano. O Monsieur, que mon cœur est consolé de cela ! Ressouvenez-vous, Monsieur, que le moyen de faire monter un arbre bien haut, c’est de lui couper les branches, et que les animaux qui se nourrissent trop jeunes, s’exténuent. Oh ! que Notre-Seigneur nous a fait une grande leçon de ne nous pas hâter en ce peu qu’il a voulu faire, en comparaison des apôtres et de ce qu’il pouvait, et quand il s’allait cacher au fort que les troupes le suivaient ! Au nom de Dieu, Monsieur, si la nécessité nous presse de nous hâter, que ce soit lentement, comme dit le sage proverbe. Il me semble aussi que nous devons avoir dévotion à ne nous pas tant manifester par écrit, par imprimés et par relations (je dis à l’égard du dehors, baste à l’égard du dedans !), comme nous le devons faire par de bonnes œuvres, qui parlent un langage bien plus avantageux tôt ou tard que tout ce qu’on fait pour sa propre ostension et manifestation.

Je n’ai pu que je ne vous aie dit ce mot en la vue de ce que vous dites, que vous avez pensée de faire imprimer la relation de Monseigneur de Bayonne (27) touchant son espèce de séminaire.

Je finis en me recommandant à vos prières, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.

27). François Fouquet.

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603. — A PIERRE DU CHESNE

De Saint-Lazare-lez-Paris, ce 24 juillet 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici la réponse de Monseigneur de Meaux (1), qu’il m’envoya hier par son laquais. Ayant repensé à la difficulté si vous donnerez à déjeuner à ces Messieurs (2), je me trouve plus empêché, ayant de l’embarras, et qu’étant à la mission, il faudrait que les frères reviennent pour ce déjeuné Je crains qu’à la longue l’on ne s’en trouve bien chargé. Le remède serait si ces Messieurs agréaient de servir à table alternativement, comme les ordinands ici, et de lire à table, chacun à son tour. La dépense me paraît peu de chose en comparaison de cela. Pensez-y ; et si vous jugez ces raisons considérables, je pense qu’il n’y aura pas d’inconvénient que nous nous voyions et que vous veniez coucher un soir à Paris pour en prendre l’avis de quelques-uns de la compagnie.

Je n’ai pu voir mondit seigneur pour lui dire le procédé de ce ministre, qui est improuvé par les édits. J’en donnerai avis à mondit seigneur.

Je ne comprends pas bien ce que vous me dites que l’un de ces deux jeunes hommes a les chevilles des pieds tournées en dedans. Est-ce la pointe des pieds, les orteils ? Boite-t-il point ? Cette façon des pieds est-elle fort difforme ? L’empêche-t-elle de marcher loin ? Pour le second, ce cordonnier, il me semble qu’il

Lettre 603. — L. a — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original en 1854 chez M. Laverdet.

1) Dominique Séguier.

2). Les ordinands.

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n’y a pas danger de le prendre que celui de sa pauvre mère. De quoi vivra-t-elle ?

Je suis consolé de ce que vous me dites de M. Obriot et je le salue derechef très humblement.

L’on ne fait point habiller la viande céans et peut-être que l’on n’y fera pas faire la chandelle. Si l’on le fait, je dirai qu’on vous fasse vos cent livres, si je ne l’oublie.

Mademoiselle Poulaillon ne saurait prendre ces pauvres femmes (3). Elle reçoit celles qui sont en danger de se perdre et non celles qui le sont déjà. Je me trouve empêché en cela. Je tâcherai de voir si l’on lui pourra trouver une maîtresse ; ce qui n’est pas sans difficulté.

Je vous renvoie notre frère Pascal (4) exprès et suis v. s.

VINCENT DEPAUL.

Je pense qu’il vaut mieux que vous écriviez à Monseigneur de Meaux que vous le remerciez de ce qu’il vous écrit avec tant de bonté et d’encouragement et que vous lui donnerez avis du fait de ce ministre. Envoyez-moi la lettre ; je lui enverrai à lui.

Suscription : A Monsieur Monsieur du Chesne, supérieur des prêtres de la Mission de Crécy, à Crécy (5).

3). Dans la maison dirigée par les Filles de la Providence.

4). Jean-Pascal Goret, né à Angers en 1613, reçu dans la congrégation de la Mission, en qualité de frère coadjuteur, le 21 novembre 1641. Saint Vincent se servit de lui pour secourir les pauvres de la Picardie, comme il s’était servi du frère Mathieu Régnard pour la Lorraine.

5). Les prêtres de la Mission furent appelés à Crécy en 1641 par le roi Louis XIII, qui leur donna le château à perpétuité et 8.000 livres de rentes, à prendre moitié sur les revenus de cinq fermes, moitié sur les offices des regrattiers de greniers à sel de Lagny-sur-Marne. Dans le cas où ces offices seraient supprimés, la maison de Crécy avait droit de toucher, en compensation, la somme de 31.600 livres sur certains fonds. Les prêtres devaient être au nombre de huit

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604. - — A FRANçOIS DE SAINT-REMY (1)

Paris, 27 juillet 1642.

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir, il y a une heure, votre lettre de Nevers, laquelle m’a consolé, voyant que vous vous portez mieux, et mis en peine pour ne savoir que vous dire touchant la proposition que vous me faites l’honneur de me faire du changement d’établissement, pource que je ne me ressouviens pas du pour et du contre de l’un et l’autre, qui fait que je prie Dieu qu’il vous fasse connaître lui-même le lieu où il vous a appelé de toute éternité ; et c’est ce que j’espère que sa bonté fera, comme je l’en prie de tout mon cœur, et me propose de lui offrir l’adorable sacrifice à cet effet, un jour de cette semaine, que j’espère être jeudi prochain, Dieu aidant, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

et avoir avec eux deux frères, donner des missions dans le diocèse de Meaux, distribuer annuellement 4.000 livres en aumônes, recevoir gratuitement chez eux, une fois l’an, aux exercices de la retraite préparatoire à l’ordination, les ordinands du diocèse admis par l’évêque de Meaux, dire chaque jour, à perpétuité, deux messes basses dans l’église du château, l’une pour le roi et la famille royale, l’autre pour les seigneurs engagistes de Crécy, en ajouter cinq autres, tous les jours, pendant les dix jours qui suivraient la mort des rois, des reines et des enfants de France, et autant après le décès des seigneurs engagistes de Crécy pendant cinq jours. L’évêque de Meaux approuva le contrat le 12 avril 1641. Mais le roi, qui avait promis de garantir le tout et de dédommager les seigneurs engagistes de Crécy, ne tint pas parole. Il en résulta que les rentes furent considérablement diminuées les seigneurs remis en possession du château et le nombre des prêtres réduit à trois.

Lettre 604. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Charavay.

1). Archidiacre de Langres.

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605.— A BERNARD CODOINC

De Paris, ce 28 juillet 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous préviens en vous écrivant pour la seconde fois, sans que j’aie reçu de vos lettres de la terre, tandis que dans votre retraite vous en avez envoyé plusieurs au ciel pour m’obtenir miséricorde des abominations de ma vie. C’est pour vous dire ce que l’on me vient de faire savoir, que la compagnie a publié dans Rome que vous êtes envoyés de delà pour réformer les ecclésiastiques qui ont droit de former et de réformer tout ecclésiastique, et que cela nuit beaucoup. Un qui en revient l’a dit ici.

A cela, après s’être beaucoup humilié, il faut beaucoup de prières et se cacher jusques à ce qu’il ait plu à Dieu que nous ayons purgé la complaisance que nous avons prise en cette entreprise. C’est, Monsieur, ce que l’embarras de mes petites occupations me permet de vous dire pour le présent ; à quoi j’ajoute que je suis du cœur que Dieu sait et en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.

Lettre 605. — L. a. — Original à la bibliothèque communale de Nancy.

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606. — A BERNARD CODOING, SUPERIEUR, A ROME

[5 août 1642] (1)

Le dessein que vous me proposez d’aller commencer vos missions par les terres de Nosseigneurs les cardinaux me paraît humain et contraire à la simplicité chrétienne. O Monsieur, Dieu nous garde de faire aucune chose par des vues si basses ! Sa divine bonté demande de nous que nous ne fassions jamais du bien en aucun lieu pour nous rendre considérables, mais que nous la regardions toujours directement, immédiatement et sans milieu en toutes nos actions. Cela me donne occasion de vous demander deux choses, prosterné en esprit à vos pieds et pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La première, que vous fuyiez, autant qu’il vous sera possible, de paraître ; et la seconde, que vous ne fassiez jamais rien par respect humain. Selon cela, il est juste en toute manière que vous honoriez pour quelque temps la vie cachée de Notre-Seigneur. Il y a quelque trésor renfermé là dedans, puisque le Fils de Dieu a demeuré trente ans sur la terre comme un pauvre artisan, avant que de se manifester. Il bénit aussi toujours beaucoup mieux les commencements humbles que ceux qui ont de l’éclat.

Vous me direz peut-être : quel sentiment aura de nous cette cour, et que dira-t-on de nous à Paris ? Laissez, Monsieur, penser et dire tout ce qu’on voudra, et assurez-vous que les maximes de Jésus-Christ et les exemples de sa vie ne portent point à faux, qu’elles donnent leur fruit en leur temps, que ce qui ne leur est pas con-

Lettre 606. — Abelly, 2e- édition, 1. II, p. 16.

1). La date est donnée par Collet, Op. cit, t. 1, p. 538.

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forme est vain et que tout réussit mal à celui qui agit dans les maximes contraires. Telle est ma foi et telle est mon expérience. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez cela pour infaillible et vous cachez très bien.

607. — UN CHANOINE (1) A SAINT VINCENT

1642.

En ce diocèse ici le clergé est sans discipline, le peuple sans crainte et les prêtres sans dévotion et sans charité, les chaires sans prédicateurs, la science sans honneur, le vice sans châtiment ; la vertu y est persécutée, l’autorité de l’Eglise haïe ou méprisée ; l’intérêt particulier y est le poids ordinaire du sanctuaire ; les plus scandaleux y sont les plus puissants, et la chair et le sang y ont comme supplanté l’Evangile et l’esprit de Jésus-Christ. Vous serez, comme je m’assure, assez sollicité par vous-même d’accourir au secours de ce diocèse, apprenant sa nécessité. Quis novit utrum ad regnum idcirco veneris, ut in tali tempore parareris (2) ? L’occasion est digne de votre charité, si la très humble prière que je vous fais d’y vouloir penser sérieusement devant Notre-Seigneur vous était agréable, comme venant d’un de vos premiers enfants (3).

608. — A LOUISE DE MARILLAC

De chez Madame de Souscarrière, ce mercredi, à deux heures après midi. [Entre 1639 et 1644] (1)

Mademoiselle,

Je mandai hier au soir à Madame de Souscarrière que

Lettre 607. — Abelly, Op. cit, I II, chap. Il, sect. 1, 1er éd., p. 213.

1). "Un ecclésiastique noble par sa naissance et célèbre par sa piété, qui était chanoine d’une église cathédrale", dit Abelly.

2). Esther IV, 14. Allusion à l’influence qu’avait saint Vincent sur la reine Anne d’Autriche.

3). Un des premiers membres de la conférence des mardis.

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je la priais d’anticiper l’assemblée de demain jeudi à ce jourd’hui. Celui à qui je le dis ne le dit pas à elle, de sorte que c’est à demain qu’elle se doit faire : c’est l’assemblée des quatorze, qui ne se peut remettre, pource que les précédentes et les nouvelles se doivent assembler et sont mandées pour cet effet (2). Selon cela, vous voyez bien, Mademoiselle, que, ne pouvant être en deux lieux, je suis contraint de préférer la première assemblée indiquée, qui est celle des quatorze. Cela fait que je vous prie très humblement de différer la vôtre à vendredi prochain et de contremander vos filles (3).

Je désirerais bien savoir aussi Si votre fièvre vous a quittée. Oh ! que vous amassez de grands trésors au ciel et en souffrant et en agissant !

Je vous souhaite cette bonne après-dînée et la bonne nuit et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

2). Quatorze dames étaient plus spécialement chargées à l’hôtel-Dieu des œuvres de miséricorde spirituelle. Elles visitaient les malades pour les consoler et les instruire. Elles étaient élues tous les trois mois, à l’époque des quatre-temps, en assemblée plénière. "M. Vincent, raconte Abelly (op. cit., 1. I, chap. XXIX, p. 138), assemblait tant celles qui sortaient de charge que les autres qui y entraient avec les officières de la compagnie, dans leur chambre, près de l’Hôtel-Dieu ; et là celles qui sortaient de charge rapportaient de quelle façon elles y avaient procédé, et les fruits que Dieu en avait fait réussir. M. Vincent appuyait de ses avis, quand il le jugeait nécessaire, les choses qu’il fallait suivre".

3). Aux conférences que saint Vincent donnait chez Louise de Marillac venaient toujours quelques Filles de la Charité des autres maisons de Paris et des environs.

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609. — A BERNARD CODOING

De Paris, ce 19 août 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis en peine de ce que je ne reçus de vos lettres par le dernier courrier. J’appréhende que vous soyez indisposé. Au nom de Dieu, Monsieur, ayez soin de votre santé, notamment pendant ces jours caniculaires. Je ne vous recommande point le soin de la compagnie ; vous n’en manquez pas, Dieu merci.

J’ai été fort consolé de tout ce que chacun de ces Messieurs m’a écrit en suite de leur retraite, et prie Dieu qu’il fasse la grâce à tous d’être fidèles dans les saintes résolutions qu’ils ont prises. Leur bonté me pardonnera de ce que je ne leur écris point encore à ce voyage. (1)

Je vous ai fait écrire qu’il est bon que vous vous donniez plus de temps pour l’exercice des ordinands, à ce que vous et la compagnie soyez en état de faire les entretiens et les répétitions, et que vous n’employiez pas des personnes pour cela ; j’en sais les suites par expérience.

Madame la duchesse d’Aiguillon, outre la fondation de Rome, en a fait une autre de mille livres de rente sur les coches d’Orléans pour l’entretien de trois missionnaires à Notre-Dame de la Rose, pour servir au dio-

Lettre 609. — Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ille-de-France, sept.-oct. 1883, p. 141. L’original, tout entier de la main du saint, appartenait alors au baronnet sir Thomas Philipps de Chettenham (Angleterre).

1). Par ce courrier.

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cèse de Condom, dont elle a le domaine, comme celui d’Agenois (2). nous avons fait partir les trois missionnaires de cette fondation, sous la direction de Monsieur Soufliers, il y a deux jours.

Monsieur de Saint-Aignan est en peine de l’affaire de Saint-Eutrope (3) Pourriez-vous obtenir un bref pour commettre des juges in partibus, sans que cela se divulgue ? Si cela est, il faudrait faire nommer Monsieur de Beauvais (4), Monsieur de Meaux (5) et Monsieur de Senlis (6). Faites cela en sorte qu’il ne paraisse pas que vous vous mêliez de cela ouvertement.

Je vous recommande derechef la dispense du vœu des Carmélites (7) et l’affaire de Monsieur l’évêque du Puy (8).

L’envie commence à paraître ici pour l’emploi qu’on vous fait espérer au delà (9), à ce que je crains, et ne sais à quoi attribuer la raison de la plainte que certaines personnes de religion font de nous. La charité, l’humilité et la patience dissiperont ces nuages, comme j’espère.

Vous m’adresserez les lettres de ceux de la maison qui écriront à quelqu’un de la compagnie en France, s’il vous

2). Le contrat de fondation fut signé le 4 juillet 1642. La duchesse d’. Aiguillon, comtesse d’Agenois et Condomois, donnait 13.500 livres tournois et demandait en retour que : 1° les missions, jusque-là limitées au duché d’Aiguillon, fussent étendues à toutes les terres qui dépendaient d’elle dans l’Agenois et le Condomois ; 2° les ordinands des mêmes lieux fussent hospitalisés chez les prêtres de la Mission pour y recevoir l’instruction nécessaire, ceux du Condomois aux frais de l’évêque de Condom, jusqu’à ce que les missionnaires eussent dans ce diocèse un fonds, une maison et des meubles ; 3° tous les ans à perpétuité il fût dit et célébré un service complet ou une messe pour elle et son oncle le cardinal de Richelieu. (Arch. Nat. MM 534.) Cette fondation portait à sept le nombre des missionnaires.

3). Voir lettre 582.

4). Augustin Potier.

5). Dominique Séguier.

6). Nicolas Sanguin.

7). Voir lettre 594.

8). Henri de Maupas.

9). L’emploi des ordinands.

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plaît ; vous n’en direz rien à personne du monde, s’il vous plaît.

J’embrasse votre compagnie avec toute l’affection et l’humilité qui m’est possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.

610. — A FRANçOIS DUFESTEL

De Paris, ce 26 août 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il n’y a que sept ou huit jours que je vous ai écrit par l’adresse de Sainte-Marie de la ville et ai adressé ma lettre à Monseigneur de Genève (1) ; et maintenant j’écris par l’adresse de Sainte-Marie du faux bourg, qui fera tenir à la Révérende Mère supérieure du premier monastère d’Annecy (2).

Je vous ai envoyé la ratification de la donation de M. le commandeur de Genève en forme (3) et vous ai écrit que je pense que vous ferez bien enfin d’acheter une

Lettre 610. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original. L’original, tout entier de la main du saint, a été envoyé jadis d’Annecy à l’archevêque d’Edimbourg.

1) Juste Guérin.

2) La Mère de Blonay,

3) Jacques de Cordon, commandeur de Genevois et Compaisières, avait donné aux missionnaires d’Annecy, par contrat du 6 août 1642 la somme de 4.200 florins pour la fondation d’une messe quotidienne à perpétuité.

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maison et d’y employer les deux mille livres que mondit M. le commandeur vous veut donner. Je vous ai dit aussi les raisons de douter que j’ai eues jusqu’à présent si vous devez acheter une maison avant que d’être approuvés dans cet Etat-là au Parlement de Chambéry.

Je suis en peine de ce que voici deux courriers qui sont venus sans m’apporter des lettres de M. Codoing. J’appréhende qu’il soit malade.

Voici nos petites nouvelles. M. Louistre et M. Fourdim (4) se sont retirés de la compagnie, comme aussi M. Lescuyer (5) et un autre clerc, outre deux ou trois que nous avons mis dehors ; et je pense que M. N. (6), qui était à Luc, on, pourra sortir au premier jour. Vous pouvez vous imaginer la douleur que j’ai eue non tant de la sortie d’aucun d’entre eux que de ce que la nature a gagné tellement le dessus en eux qu’il n’y a eu moyen de leur faire reprendre la dévotion de l’esprit. Après que M. Louistre fut parti, je me mis à dire l’office en ma douleur ; mais il plut à Dieu me consoler par la vue qu’il me donna de ce qu’il faisait sonner à son de trompe dans les armées, dans l’occasion de combattre, que ceux qui auront peur, qui auraient épousé une femme, planté quelque vigne et fait bâtir une maison cette année-là eussent à se retirer, estimant que cette sorte de gens faisaient plus de mal dans la bataille qu’ils n’y servaient. Et ensuite il me vint en l’esprit comme, quelques-uns d’entre eux ayant été altérés en leur vocation par un seul qui avait ce mal-là, qu’ils ne feront pas de mal dans la compagnie [comme] s’ils y eussent été toute leur vie ; de sorte,

4). Gabriel Fourdim, né à Fressenneville (Somme), reçu sous-diacre dans la congrégation de la Mission le 2 janvier 1639, à I’âge de vingt-quatre ans.

5). Pierre Lescuyer, né à Paris, reçu dans la congrégation de la Mission le 9 octobre 1638, à l’âge de vingt ans.

6). Jean Thibault.

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Monsieur, qu’il plut à Dieu me consoler extraordinairement. Peut-être qu’il eut égard que l’un d’entre eux me vit demi-heure durant à ses pieds pour le fléchir et que je ne le pus. In nomine Domini, il faut honorer la grande multitude et le petit nombre de ceux qui suivirent et qui persévèrent auprès de Notre-Seigneur ; je dis qu’il nous faut honorer l’état de son intérieur en ces rencontres.

Il a plu à Dieu de nous envoyer Monsieur le procureur du roi d’Amiens (7), qui est un bon jeune homme, qui a bien étudié, même en théologie, et un professeur assez fameux de philosophie (8), qui doit venir à la Saint-Martin. Vous ménagerez cette nouvelle avec votre petite compagnie selon votre prudence ordinaire, s’il vous plaît. Vous aurez soin de votre santé. Monsieur Lambert n’est point encore de retour (9).

Notre séminaire de Paris fait si bien que je pense n’avoir jamais rien vu qui m’ait plus consolé et édifié.

7.) Guillaume Delattre né à Amiens, reçu dans la Conorégation de la Mission le 10 août l642, à l’âge de trente-deux ans, supérieur à Cahors (1644-1646), La Rose (1646-1648), Agen (1648-1650), mort à Bordeaux en 1650.

8). Jean-Baptiste Gilles, du diocèse d’Avranches, principal et professeur de philosophie au collège de Lisieux, situé rue de Beauvais à Paris, fut reçu dans la congrégation de la Mission le 28 novembre 1642 et fit les vœux le 11 octobre 1645. Après l’avoir emplové quelque temps au séminaire de Cahors, saint Vincent lui confia la chaire de morale à Saint-Lazare. Quand il fut prié par le nonce de présenter un candidat pour la coadjutorerie de Babylone, le nom de Jean-Baptiste Gilles lui vint en esprit. A la seconde assemblée générale, dont il faisait partie, ce dernier prit part au débat sur les vœux, dont il demanda le maintien. Son ardeur contre les doctrines jansénistes se manifestait surtout en classe et dans ses entretiens aux ordinands. Mais son insistance à les attaquer risquait de produire un effet contraire à celui qu’il attendait. Saint Vincent le comprit et l’éloigna de Saint-Lazare en 1651 Jean-Baptiste Gilles dirigea peu de temps la maison de Crécy, où il mourut le 22 août 1652. On lui a fait une place méritée dans le recueil des Notices, t. III, pp. 110-114. Son testament, du 30 avril 1643, montre en quelle haute estime il avait saint Vincent. (Arch. Nat. M 211, liasse l.)

9). Il était en tournée de visites en Lorraine.

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Monseigneur l’évêque de Sarlat (10) y fut passer la journée, il y a quatre ou cinq jours. Il vit tous leurs exercices, qu’ils firent si bien qu’il s’en retourna très touché ; et je vous avoue que j’en sens la douceur encore à présent que je vous parle, qui souhaite qu’il plaise à Dieu me faire la grâce de voir le vôtre.

J’embrasse la compagnie avec toute l’affection et l’humilité qui m’est possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Dufestel, supérieur des prêtres de la Mission d’Annecy, à Annecy.

611. — A LOUISE DE MARILLAC (1)

[1er septembre] (2)

Je vous remercie de la part que vous prenez à la dévotion de mon saint patron (3), et je prie Dieu qu’il donne

10. Jean de Lingendes (1642 1650)

Lettre 611. — Abelly, Op. cit., 1 III, chap. III, sect. III, 1er éd., p. 23,

1). Abelly ne donne pas le nom du destinataire ; il se contente de dire que les lettres 32, 53 et 611 ont été adressées à la même personne.

2) Voir note 3.

3). Il est très probable que les parents de Vincent de Paul, en lui donnant au baptême le nom de Vincent, voulaient le mettre sous le patronage du premier évêque et premier patron du diocèse, saint Vincent de Xaintes, martyr, que l’Eglise fête le premier septembre et auquel le diocèse, et plus particulièrement la ville de Dax, située à six kilomètres de Pouy, avaient grande dévotion. Abelly raconte (op cit., t. III, chap. IX, p. 94), que Vincent de Paul, curieux de connaître les particularités de la vie de son saint patron, fit faire des recherches en Espagne. Le biographe a cru peut-être, sur la foi du martyrologe romain, que saint Vincent de Xaintes était mort dans ce pays, contrairement à la tradition de Dax, qui fixe le lieu de son martyre à Saintes, petite localité aujourd’hui incorporée dans cette dernière ville Vincent de Paul considérait saint Vincent Ferrier comme son second patron.

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à votre foi ce que ma misère est indigne d’obtenir pour vous. Demandez-lui pardon, s’il vous plaît, de mon indévotion, causée par manquement de préparation. J’ai été embarrassé en affaires toute cette matinée, sans pouvoir faire qu’un peu d’oraison et avec beaucoup de distractions ; jugez ce que vous devez attendre de mes prières en ce saint jour. Cela pourtant ne me décourage pas, parce que je mets ma confiance en Dieu, et non pas, certes, en ma préparation, ni en toutes mes industries ; et je vous souhaite de tout mon cœur le même, puisque le trône de la bonté et des miséricordes de Dieu est établi sur le fondement de nos misères. Confions-nous donc bien en sa bonté et nous ne serons jamais confondus, ainsi qu’il nous assure par sa parole.

612. — A FRANçOIS DUFESTEL

De Paris, ce 1er de septembre 1642.

Monsieur,

La grâce de J.- C. Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous ai écrit depuis peu, il y a huit jours, et vous ai envoyé la ratification de la donation de M. le commandeur de Genevois (1), et quelque temps auparavant j’ai envoyé à Monseigneur de Genève (2) les lettres qu’il a désirées. Reste maintenant à vous dire que je n’ai point encore des nouvelles de M. Lambert, depuis qu’il m’a écrit de Toul, et que j’en suis en peine, pource qu’il devait aller à Saint-Mihiel, dont les chemins sont dangereux, et par conséquent que je ne vous puis pas con

Lettre 612. — L. a — Dossier de la Mission, original.

1) Jacques de Cordon

2) Juste Guérin.

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gratuler encore du bon ordre que je m’assure qu’il a trouvé en votre communauté. Je le fais néanmoins dans le sentiment de la parfaite confiance que j’ai, que toutes les choses sont selon le dessein que Dieu a sur elle.

Je suis aussi en peine de M. Codoing. Voici trois courriers qui sont venus sans m’apporter de ses nouvelles. Vraisemblablement il est malade et dangereusement ; le saint nom de Dieu soit béni ! Je le recommande tous les jours aux prières de la communauté. Je vous prie d’en faire de même à la vôtre.

Je vous ai écrit que, quoiqu’il y ait beaucoup de raisons contre, que néanmoins je pense que vous ferez bien d’acheter une maison et de regarder en même temps au moyen d’obtenir la permission nécessaire de S [on] A [ltesse] Royale (3) pour pouvoir posséder en ses états.

L’on m’ôte la plume de La main. Je vous prie de faire tenir les lettres du paquet ci-inclus aux personnes qu’elles s’adressent et d’embrasser pour moi, qui le fais avec toute l’humilité et l’affection qui m’est possible, votre petite, mais très aimable communauté. Je vous fais cette prière, prosterné en esprit aux pieds de tous, jusques au moindre des frères qui sert à Notre-Seigneur en ses serviteurs et suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

ind. prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Dufestel, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission d’Annecy, à Annecy.

3) Charles-Emmanuel II, duc de Savoie.

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613. — JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON

Paris 6 septembre 1642.

Monsieur,

J’ai reçu La vôtre et celle que vous écrivez à M. Thibault, des avis de laquelle je vous remercie très humblement ; et rends grâce à Dieu de la pratique de visiter chacun à sa chambre toutes les semaines, et le reste. O Monsieur, que j’en suis consolé ! Continuez-la, s’il vous plaît ; et avant que d’introduire quelque usage de considération, je vous prie de m’en donner avis, selon l’ordre que je viens de donner à un de la compagnie, qui a dû changer quelque chose dans l’habitude de visiter l’église. Je ne puis que je ne vous redise que je suis tout consolé de cette pratique dont vous me parlez.

Je suis étonné extrêmement de ce que vous me dites de M.. T [hibault]. Hier matin il me fit des instances pour lui permettre de faire un voyage à Luçon (1) Je ne sais à quoi l’employer. Il n’a point l’esprit d’obéissance ni de conduite, et il a une passion de conduire qui n’est pas imaginable. Hier au soir, au temps du silence, il se plaignait à moi de ce que je ne lui confiais aucun emploi ; je lui dis que cette disposition d’esprit me faisait peur, qu’il n’y a que l’esprit malin qui le suggérait, qu’il était contraire aux autres de la compagnie, dont ceux qui sont en charge demandent d’en être déposés, et que j’ai peine de trouver parmi les autres qui veuillent de la supériorité en certaines rencontres. Cela posé, je pense qu’il suivra M. N., qui est enfin sorti de la compagnie,

Lettre 613. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 420, 1. 364.

1) M. Thibault était dans cette ville avant son rappel à Paris.

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comme aussi quelques autres que vous ne connaissez pas, dont deux font instance pour rentrer ; mais il n’est pas expédient ; un seul en a gâté trois ou quatre. Une chose me console, c’est que fort difficilement un esprit orgueilleux pourra subsister dans la compagnie. Les fautes qu’a faites celui dont nous parlons, M. T [hibault], sont notables.

Je tâcherai de vous envoyer au premier jour la planche que vous demandez. Mandez-moi, je vous en supplie, si vous n’avez pas confiance en Dieu qu’il bénira les travaux de vous trois, en attendant que nous vous envoyions du secours. Je vous prie de ne pas vous engager aux grands lieux et d’embrasser de ma part le bon Monsieur Le Boysne (2) et M. Bonaflos (3), lesquels j’embrasse, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, à qui je suis…

Dieu bénit la mission de Rome. On recommence à dresser quelques ordinands qui reçoivent les ordres extra tempora.

2). Léonard Le Boysne, né à la Chapelle-Janson (Ille-et-Vilaine) reçu à Saint-Lazare le 6 mai 1638. De Luçon il passa à Richelieu, puis, en septembre 1645, à Saint-Méen, où il mourut le 25 février 1670. Prêtre des plus édifiants, il mérita l’éloge que fit de lui M. Alméras, supérieur général, dans sa circulaire du 13 mars 1670 : "Nous venons de perdre un trésor caché de grâce et de sainteté… Il excellait en piété, en mortification, en douceur, en régularité, en obéissance et en bon exemple, mais particulièrement en humilité et en charité. Je m’estime heureux d’avoir fait mon séminaire avec lui… C’était un missionnaire très vertueux et des plus accomplis de la compagnie" Sa notice nous a été conservée dans le ms. de Lyon, pp. 234-237.

3) Jacques Bonaflos, né à Saint-Flour en 1611, reçu dans la congrégation de la Mission le 22 août 1639. C’est pour la première et la dernière fois que nous trouvons son nom

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614. — A LOUISE DE MARILLAC

[16421]

Mademoiselle Le Gras prendra la peine, s’il lui plaît, de me mander qui c’est qu’elle enverra à Saint-Germain (2), si elle en retire notre sœur Perrette pour Fontenay (3).

J’ai dit à Jeanne (4), de Saint-Germain, qu’elle demande pardon à la communauté de ce qu’elle s’en est venue sans permission (5) Elle demande à faire sa retraite ; il me semble qu’il sera bon de lui permettre. L’on demande une sœur à Saint-Sulpice pour faire à la place de notre sœur de Champigny (6), malade, les autres deux ne pouvant suffire à quarante malades fort éloignés. La malade commence à se mieux porter. Ce sera pour peu de temps que la sœur y sera. L’on propose aussi de lui faire venir prendre l’air pour achever à se guérir d’un flux de ventre qu’elle a.

Madame la duchesse d’Aiguillon se rendra chez vous jeudi prochain, où il faut convoquer nos trois veuves (7). Il faut que je parle à Madame Traversay auparavant.

J’ai perdu votre lettre et ne sais si je vous dois répondre à quelqu’autre chose.

Lettre 614. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Cette lettre semble précéder de peu de jours la lettre 615.

2). Saint-Germain-en-Laye.

3). Fontenay-aux-Roses.

4). Jeanne Lepeintre.

5). Nous lisons dans une lettre de Louise de Marillac, du 5 juillet 1642 (1. 64), que Jeanne Lepeintre avait grand désir de venir à Paris

6). Probablement Champigny-sur-Marne (Seine)

7). Peut-être Mesdames de Herse, de Souscarrière et de Romilly.

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615._ A LOUISE DE MARILLAC

[1642] (1)

Puisque vous avez des raisons pour mettre Perrette à Fontenay, vous le ferez, s’il vous plaît, et enverrez celle de Normandie à ma sœur Henriette, et l’autre dont vous me parlez à Saint-Sulpice, et celle du Mans à la place de Perrette. N’en avez-vous point quelqu’autre que celle de Saint-Etienne pour envoyer à Saint-Sulpice ? Toutefois vous en userez comme il vous plaira.

Je vous prie d’écrire à Madame Traversay que je la supplie de prendre la peine de venir jusques ici demain ou après, et nous aviserons avec elle ce qu’il faudra faire pour contremander Madame de Souscarrière jeudi. Nous parlerons de la visite des petits enfants (2)

Bon soir, Mademoiselle. Je suis v. s.

V.D.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

616. — A LOUISE DE MARILLAC

Ce mardi à une heure [Septembre 1642] (1)

Je pense, Mademoiselle, qu’il n’y a pas d’apparence que vous perdiez l’occasion de prendre des eaux qui viendront après-demain. De dire que vous le ferez à Liancourt, et quelle apparence y a-t-il que vous le fas-

Lettre 615 — L a — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Cette lettre semble devoir être rapprochée des lettres 614 et 617.

2). Placés en nourrice.

Lettre 616. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre se place peu de jours avant la lettre 617.

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siez utilement en vous en allant visiter les Charités de ces villages, comme Madame (2) vous mande ? Baste que vous y alliez après, si ce n’est que vous jugiez à propos d’aller prendre là les eaux, à la charge qu’on ne vous parlera point d’affaires.

Il n’est pas expédient que vous laissiez partir cette bonne sœur à M. Thibault (3), qui minute sa sortie, et nous de la chasser pour quelque raison que je vous dirai un de ces jours.

617. — A LOUISE DE MARILLAC

[Septembre 1642 1]

Vous voilà donc à deux près de votre départ. Je ne pus avoir le bien de vous voir hier au soir ; je revins trop tard, par ma faute. Or sus, Mademoiselle, je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse votre voyage (2), qu’il vous donne son esprit pour agir en son esprit.

Il n’y a rien, du côté de la compagnie des dames, qui mérite vous être dit, sinon qu’il semble que la Providence leur fait tourner les yeux vers ce faubourg pour une maison (3), au moins à quelques-unes, et que Mademoiselle du Mée se propose d’aller visiter les enfants du côté de la Normandie. Qui lui baillera-t-on en ce cas ? Ne lui baillera-t-on personne ? Elle est assez indifférente pour cela. Voyez néanmoins du côté des filles, il me sem-

2). Madame. de Liancourt.

3). Jean Thibault.

Lettre 617. — L. a. — Original communiqué par M. Jean Moore prêtre de la Mission.

1). Cette lettre semble précéder de peu de jours la lettre 620

2). A Liancourt.

3). Afin d’y loger les enfants trouvés.

4). Les enfants trouvés mis en nourrice.

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ble qu’il n’y a pas grand’chose qui vous doive tenir en sollicitude. Celle de delà vous suffira. Au nom de Dieu, Mademoiselle, ne vous pressez pas. Si Madames trouve bon et vous pouvez aller visiter les Charités de ces villages, parlez-y peu ; c’est le beaucoup parler que je crains pour vous en ces visites.

Au nom de Dieu, Mademoiselle, ayez bien soin de votre santé et vivez contente. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne lui-même sa sainte bénédiction, tandis que je la vous donnerai de sa part à la sainte messe. J’aurais difficulté de vous voir à cause de l’embarras auquel je suis pour écrire en quantité d’endroits.

Bon jour, Mademoiselle. Priez Dieu pour moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

V.D.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

20 septembre 1647.

Vous me faites instance d’introduire dans la compagnie la déposition et le changement des supérieurs plus fréquemment que nous n’avons fait jusqu’à présent, et me priez de commencer par vous et de vous laisser obéir dans la même maison où vous avez dirigé. Je remercie Dieu, Monsieur, de la lumière qu’il vous a donnée pour

5). Madame de Liancourt.

Lettre 618. — Reg. 2, P. 258. L’original est en entier de la main du saint. M. Charavay, qui l’a mis en vente, en cite le passage suivant, que ne reproduit pas le registre 2 : "…dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il bénisse son œuvre de plus en plus et qu’il sanctifie votre chère âme et toutes celles de la petite compagnie et par vous toutes celles qu’il a résolu de sauver par votre moyen".

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cela, et je me donne à sa divine Majesté pour en user de la sorte, moyennant sa grâce ; et, comme vous le désirez, nous commencerons par vous. Vous vous déposerez donc, s’il vous plaît, au premier chapitre que vous tiendrez, et remettrez votre office en la personne de M. Guérin (1), lequel je prie de l’accepter, et la compagnie de le regarder en Dieu et Dieu en lui, et de lui obéir de même. Et pource qu’il sera nouveau dans cet emploi et qu’il est nécessaire qu’il soit assisté de vos bons conseils, je vous prie de lui faire cette charité, et lui de prendre votre avis en toutes choses. Il sera bon, avant d’en venir là, que vous lui disiez les petites maximes de la direction, notamment celle-ci : qu’il faut être ferme et invariable pour la fin, doux et humble pour les moyens, quoique je la pratique si mal. Et pource que l’esprit malin en fait quelquefois des siennes au changement des officiers d’une compagnie, indisposant les uns à cause de la déposition de l’ancien, auquel ils ont confiance ; d’autres, de ce qu’on ne les a pas choisis, eux, et d’autres pour le choix de la personne, je vous prie, Monsieur, de faire une conférence sur ce sujet, dont le premier point sera de l’indifférence que doivent avoir les missionnaires pour passer de la direction d’un officier à un autre ; 2° comment se doivent comporter les missionnaires entre eux lorsqu’on change quelque officier ; 3° comment se doit comporter le déposé avec celui qui sera élu et l’élu avec le déposé. Je ne puis que je ne vous dise qu’une des meilleures pratiques du second point, c’est de n’en point parler pour tout entre eux. O Dieu ! Monsieur, que je serai consolé si vous m’envoyez ce qui aura été dit sur chaque point ! Je vous supplie de le recueillir.

J’ai oublié de prier M. N. qu’il ne s’entremette point

1) Jean Guérin.

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en l’affaire du visiteur de Sainte-Marie. O Monsieur, qu’il est bon de ne se mêler que de ce dont nous avons ordre ! Dieu est toujours là dedans, et jamais ou rarement au reste.

619. — A JEAN GUéRIN

De Paris, ce 24 septembre 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne puis vous dire la consolation que j’ai de tout le bien que M. Dufestel m’a dit et écrit de vous et que M. Lambert m’a confirmé. J’en rends grâces à Dieu et le prie qu’il sanctifie de plus en plus votre chère âme, et par elle celles que sa divine Providence voudra sauver et perfectionner par vous.

M. Dufestel m’a fait instance par plusieurs fois de le déposer et de mettre un autre à sa place. Le témoignage que lui et M. Lambert m’ont rendu de vous fait que je vous prie, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de servir la communauté à sa place. Dieu a béni sa conduite là où il a été supérieur. Je vous prie de le prendre pour votre conseil et de prendre son avis en toutes les choses de considération. Je le prie de faire cette charité à la compagnie. J’espère qu’il le fera, et de bonne sorte. Et pource qu’il est à propos de former deux personnes pour servir de conseil aux supérieurs, vous prendrez M. Escart, cette année, pour cela. Et quoique, selon les règles de la compagnie, le supérieur ne soit pas obligé à suivre la pluralité des opinions et que les choses proposées se doivent résoudre entre Dieu et lui, sauf à répondre à la

Lettre 610. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Teano (Italie)

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visite du succès (1) de ce qu’il aura fait contre le sentiment de son conseil, vous aurez néanmoins un très grand respect à ceux de M. Dufestel, comme je m’assure que vous aurez.

Et pource que je suis pressé de finir et que je ne vous puis moi-même donner des instructions particulières pour la conduite que vous devez tenir, je prie M. Dufestel de le faire. En voici simplement une, qui est qu’un supérieur doit être ferme à la fin et humble et doux pour les moyens, fort à l’observance des règles et saintes coutumes de la Compagnie, mais doux aux moyens de les faire observer. Et pource qu’il n’y a que l’esprit de Jésus-Christ Notre-Seigneur qui soit le vrai directeur des âmes, je prie sa divine Majesté qu’elle vous donne son esprit pour votre direction et pour celle de la compagnie, et suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Guérin, prêtre de la Mission, à Annecy.

620. — A LOUISE DE MARILLAC, A LIANCOURT

De Saint-Lazare, ce 28 septembre 1642.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous prie de prier Dieu qu’il me pardonne la faute

1). Succès, issue.

Lettre 620. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez l’abbé Dufourny, curé de Ponthoile (Somme)

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que je fais de ne pas faire réponse si tôt qu’il faut aux lettres qu’on m’écrit.

Notre-Seigneur vous ôte le soin, étant éloignée, de vos occupations céans, afin que vous vacquiez mieux à ce qui se présentera là où vous êtes.

Vous ferez bien d’amener des filles, s’il s’en présente qui aient vocation et que vous jugiez propres.

Nous ne saurions à présent vous envoyer personne pour la visite des Charités, notre compagnie se maintenant dans la retraite ; ce sera une autre fois, s’il est nécessaire, après que la bonne Madame (I) vous aura menée sur les lieux et que vous y aurez fait ce que votre santé vous permettra d’y faire. Je vous supplie de n’y pas parler au delà de vos forces.

Madame Turgis ne m’a point parlé de ce que vous me dites, de donner sœur Jeanne, de Saint-Germain, à Mademoiselle du Mée pour la visite des enfants. Il me semble qu’elle la fera bien. En tous cas, je lui ferai dire qu’elle ne la renvoie pas si tôt, si déjà elle ne l’a fait.

Assurez Mademoiselle de Ligny que je prierai pour l’âme de feu Mademoiselle sa mère et pour elle.

Ne vous hâtez pas tant, si votre santé est meilleure de delà.

Je dirai à M. Vacherot (?) ce que vous me mandez.

Je salue très humblement Monsieur et Madame de Liancourt et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, v. s.

1) Madame de Liancourt

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621. — A LOUISE DE MARILLAC

Ce lundi matin. [Entre 1642 et 1644] (1)

Mademoiselle,

Voici une jeune femme, que M. du Chesne m’a adressée de Crécy pour lui faire trouver condition à servir pour femme de décharge à la chambre ou autrement. Je ne sais à qui l’adresser. Je vous prie de lui donner quelque conduite pour cela. Il est à souhaiter qu’elle soit parmi de bonnes gens. Je vous souhaite le bonjour et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

V.D.

622. — A JEAN BRUNET ET ETIENNE BLATIRON,

PRêTRES DE LA MISSION, A ALET

De Paris, ce 8 octobre 1642.

Messieurs,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous ai déjà écrit que la providence de Dieu vous appelle à Rome pour un nouvel établissement qui s’y fait d’une maison de la compagnie, et vous ai priés de vous y en aller et de partir le lendemain de la présente reçue, comme je fais encore, et ai supplié très humble

Lettre 621 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Dates extrêmes du séjour de Pierre du Chesne à Crécy.

Lettre 622 — Gossin, op. cit., p. 450, d’après l’original, communiqué par l’abbé de Labouderie.

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ment Monseigneur d’Alet de l’agréer et de vous prêter vingt écus pour votre voyage.

Vous tirerez droit à Marseille, où vous trouverez M. Rose (1) et notre frère Pascal (2), de la compagnie, qui partiront après-demain et seront à Marseille environ le 26 (3). Je les adresserai à M. le commandeur de Forbin, qui commande les galères, et le prierai de vous faire monter sur une ou deux galères qu’il amène à Rome, qui est une occasion très avantageuse en tous sens. Vous vous adresserez aussi à mondit seigneur le commandeur. Il me semble qu’on m’a dit que les deux galères sont au port de Toulon, dix lieues au delà de Marseille. Je donnerai ordre à M. Rose de se rendre là, s’il ne les trouve à Marseille. Vous ferez le même, s’il vous plaît, après avoir parlé à mondit seigneur le commandeur, lequel vous baillera de l’argent, si par quelque accident vous en avez besoin, si ce n’est qu’il plaise à mondit seigneur vous faire bailler cent livres, comme je l’en supplie très humblement.

Je vous écrirai par M. Rose, ne le pouvant à présent, pource que l’on me presse pour aller faire l’enterrement du bon M. Pillé, qui a vécu saintement et est mort de même (4) et dans des sentiments de notre vocation au delà de tout ce qui s’en peut dire. Je lui ai demandé maintes fois la bénédiction pour vous et pour moi. L’on vous enverra un plus ample avis en suite de la conférence que l’on fera [sur] son [sujet] (5) Je le recommande à vos

1). Nicolas Rose, né au Transloy (Pas-de-Calais) en 1616, reçu prêtre dans la congrégation de la Mission le 7 décembre 1641, supérieur à Troyes de 1653 à 1657.

2). Jean-Pascal Goret.

3). Jean Skyddie remplaça Nicolas Rose.

4). Le 7 octobre.

5). Voir lettre 634. Gossin a lu pour son salut La phrase ainsi construite n’a pas de sens.

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prières et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Messieurs, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

623. — NICOLAS PAVILLON A SAINT VINCENT

[Octobre 1642] (1)

Monsieur,

Je n’ai reçu de vous qu’une seule lettre depuis six ou sept jours qui fasse mention de votre ordre touchant le partement de Messieurs Brunet et Blatiron pour Rome, lequel ils ont à même temps ponctuellement exécuté (2), Je vous avoue, Monsieur, que. j’en ai souffert quelque petite peine, me voyant dépourvu de si excellents ouvriers en un temps où ils me taisaient plus de besoin ; mais la Providence en ayant disposé pour le bien de l’église universelle, j’y acquiesce de tout mon cœur. Au reste, Monsieur, je vous remercie très humblement de me les avoir prêtés jusqu’à présent et vous supplie me pardonner les fautes que j’ai faites à leur égard et mon peu de fidélité à la promesse que je vous fis de les mettre incontinent à part pour vivre en leur observance plus exacte de leurs règles. Quoiqu’il y peut avoir quelques raisons, elles ne sont considérables au regard de l’ordre que vous en aviez donné. J’espère que, quand j’aurai fait pénitence de cette faute et de toutes les autres, vous aurez compassion de notre nécessité, selon la parole qu’il vous plaît m’en donner.

Nous attendons ici de jour à autre le bon M. d’Angers (3) pour

Lettre 623. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1). Voir lettre 622.

2). L’auteur de la Vie de N Pavillon éditée en 1738, a prétendu (t. I, p. 40), que l’évêque d’Alet demanda lui-même le rappel d’Etienne Blatiron et de Jean Brunet, qu’il jugeait incapables d’enseigner la théologie aux clercs de son diocèse. Raymond Bonnal en donne une autre raison, à savoir l’impuissance où se trouvait saint Vincent de satisfaire aux exigences de Nicolas Pavillon, qui voulait deux missionnaires de plus. (Cf. Raymond Bonal dans les diocèses de Pamiers et d’Alet par l’abbé Benjamin Mayran, Foix, 1914 in-8°, p. 34) La lettre de l’évêque d’Alet nous aide à rétablir la vérité.

3) Claude du Rueil (1626-1649).

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nous consoler de cette perte par sa présence, comme aussi l’évocation qu’il vous plaît me faire espérer. Ce sont de nouvelles obligations sur moi que vous accumulez après d’autres, et qui m’engagent de plus en plus à demeurer, en l l’amour de notre cher Sauveur et de sa sainte Mère…

C’est M. l’évêque d’Alet.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission

624 A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1641 et 1643] (1)

Béni soit Dieu, Mademoiselle, de ce que vous avez trouvé en Monsieur votre fils ! et je le prie de tout mon cœur qu’il façonne le sien selon celui de son Fils et le vôtre à l’égard de mondit sieur votre fils selon le sien à l’égard de son Fils Notre-Seigneur.

Puisque vous êtes bien payée de Monsieur Dandilly, je ne vois point d’inconvénient que vous lui bailliez les deux mille livres. Peut-être que, si vous ne trouvez pas à bailler le surplus, que nous le pourrons prendre sur tous et chacun de nos biens et vous assigner le payement du courant de la rente sur une maison de céans, quasi vis-à-vis de chez vous, qui est louée cent écus ; je dis au cas que vous ne trouviez pas où le mettre et que vous l’ayez agréable. C’est pour faire un remboursement à un homme qui tient cette maison de nous

Quant aux exercices dont vous me faites mention, nous en parlerons ; et Monsieur Dehorgny vous ira dire tantôt des nouvelles de vos filles de Saint-Cloud (2).

Lettre 624. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre a été écrite après le transfert de la maison des sœurs en face de Saint-Lazare (1641), alors que Jean Dehorgny était à Paris (1641-1643, 1653-1660). Ce qui est dit de Michel Le Gras nous porte à préférer la période 1641-1643.

2). Nulle part dans la correspondance de saint Vincent et de

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Adieu Mademoiselle. Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur très humble.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

625. — A BERNARD CODOING

De Paris. ce 24 octobre 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La présente est seulement pour vous dire que je n’ai point reçu de vos lettres par ce dernier courrier, et pour répondre à votre dernière que je ne vois point aucun moyen d’augmenter votre revenu au delà de 2.500 livres et deux cent cinquante livres pour le revenu de votre argent, que nous avons employé ici à profit. Vous proportionnerez votre dépense à cela, en attendant qu’il plaise à Dieu de vous donner davantage, s’il vous plaît.

La proposition du séminaire en Bretagne est assez goûtée d’une personne qui y peut ; mais l’on manque de personnes capables à y employer et du bien pour l’entre tien du séminaire (l).

Louise de Marillac nous ne voyons qu’il y ait eu un établissement de Filles de la Charité à Saint-Cloud. S’agirait-il ici des membre. de la compagnie de la Charité établie à Saint-Cloud ou de sœurs originaires du même lieu ?

Lettre 625. — L. a. — L’original, dérobé à la maison de Saint-Lazare en 1789, lors du sac de cette maison, passa dans la collection du conventionnel Boissy d’Anglas. Il a été mis en vente à Paris à l’hôtel Drouot, le 13 juin 1914, par les soins de M. Kra, expert, chez qui nous avons pu en prendre copie.

1). probablement le séminaire de Vannes. (Cf. 1 660.)

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Monsieur Skyddie (2) est parti avec notre frère Pascal (3) pour vous aller trouver. J’avais écrit à Messieurs Brunet et Blatiron de faire de même (4). Je les ai contremandés, a cause que je ne vous vois pas assez de fonds et que nous en avons grand besoin ici.

Nous voilà en mission. Oh ! que je voudrais que vous en puissiez faire parmi les pauvres pâtres ! Ils sont les favoris de Notre-Seigneur, puisqu’il leur a voulu donner les premières nouvelles de sa naissance, à l’exclusion de Jérusalem et de Bethléem même, où il prenait naissance Vous verrez.

Je vous ai envoyé des lettres de Monsieur le, nonce (5).

Nous venons de tenir une assemblée de quelques supérieurs voisins et des anciens de la maison, les supérieurs de Richelieu (6) des Bons-Enfants (7) de Troyes (8), de Toul (9) et de Crécy (10), avec MM. Portail, du Coudray, Lucas, Alméras et Boucher, qui a duré dix jours, où nous avons vu les règles que nous avons dressées, avons arrêté les principales et député MM. Portail, du Coudray, Dehorgny et Lambert pour examiner, et arrêté le reste (11) avons donné la forme qu’il faut tenir aux assemblées générales et mis en pratique ce qui restait à faire dans la compagnie (12). Je vous enverrai tout cela, afin

2). Jean Skyddie, né à Cork (Irlande), reçu dans la congrégation de la Mission le 9 octobre 1638, à l’âge de vingt-neuf ans, ordonné prêtre en décembre 1640, mort avant 1646.

3). Jean-Pascal Goret.

4). Lettre 622.

5) Jérôme Grimaldi.

6). Lambert aux Couteau

7) Jean Dehorgny.

8). Jean Bourdet.

9) Jean Bécu.

1) 0. Pierre du Chesne.

11) René Alméras devait être substitué à celui d’entre eux qui quitterait Paris.

12). L’assemblée avait duré du 13 au 23 octobre. Le procès-verbal des séances nous a été conservé.

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que vous nous en donniez votre avis. Nous n’avons rien introduit de nouveau, ou fort peu de chose, que de donner des assistants au général (13) de sorte que me voilà en état de mourir, quand il plaira à Dieu ne plus supporter les abominations de ma vie. Nous ne vous avons point appelé, ni Monsieur Guérin, supérieur d’Annecy, ni Monsieur Soufliers (14) pource que vous ne faites tous que d’être mis aux lieux et aux emplois que vous avez, joint que nous avons pris cette résolution dans trois jours, à l’occasion de la présence de ces Messieurs qui se sont rencontrés ici. Vous êtes le premier et le seul à qui j’en, donne avis ; vous honorerez le silence de Notre-Seigneur en ceci, s’il vous plaît, à l’égard de qui que ce soit, pour quelque raison particulière que j’ai.

J’embrasse, prosterné en esprit, votre petite compagnie et vous prie de les embrasser tous de ma part et de leur demander pardon de ce que je suis si chétif que je ne leur ai pu écrire, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.

626. — JEAN-JACQUES OLIER A SAINT VINCENT

[Octobre 1642] (1)

Qui a Jésus a tout.

Je voudrais vous supplier en Notre-Seigneur de permettre

13) Antoine Portail et Jean Dehorny

14). Supérieur à La Rose.

Lettre 626. — Arch. de Saint-Sulpice, copie de la main de M. Leschassier

1). Antoine Lucas se trouvait alors à Paris pour l’assemblée des supérieurs ; il n’y revint que beaucoup plus tard.

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à M. Lucas de venir ici aujourd’hui, à cause qu’un hérétique s’y doit trouver, qui me demande des choses dont je ne suis pas bien instruit. J’espère cette grâce de vous, pour l’amour de Notre-Seigneur, qui sera utile à deux fins : et pour l’édification du peuple huguenot et aussi pour mon instruction, qui suis très ignorant et incapable de la charge que je porte et dont je désirerais me rendre moins indigne en Notre-Seigneur par votre moyen. Je l’avais prié dernièrement de vous représenter que pour le peu de temps qui lui reste à demeurer en cette ville, que j’aurais grand besoin de sa conversation pour quinze jours afin de m’instruire en cette nature de doctrines que peu de personnes savent comme lui, au rapport du défunt Père de Condren, qui l’estimait beaucoup et qui lui avait donné des ouvertures qui me seraient très utiles pour Notre-Seigneur, en qui je suis tout vôtre.

OLIER

627. — LOUlSE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[1642 ou 1643] (1)

Monsieur,

Notre sœur Jeanne Dalmagne (2) à est arrivée de Nanteuil. La commodité qui l’a amenée s’en retourne demain, à 8 heures du matin. Je ne sais si elle s’en retournera aussi, ou bien si vous jugerez à propos qu’elle demeure ici quelques jours. Elle est allée à l’enterrement de notre sœur ; ce qui est cause que je ne sais ce qu’elle a à nous dire. Peut-être que vous l’apprendrez par cette lettre qu’elle vous a apportée, et que vous me pourrez mander de son séjour. Je vous en supplie très humblement et de me voir devant Dieu demain au saint autel. comme. Monsieur votre très humble et très obligée fille et servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

Lettre 627. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 2.

2). Jeanne Dalmagne d’abord sœur tourière au Carmel, reçue chez les Filles de la Charité le 25 mars * 1639, placée à Nanteuil-le-Haudouin (Oise) en * septembre 1641, admise aux vœux le 25 mars 1643, rappelée à Paris la même année pour raison de santé, morte le 25 mars 1644, dans la trente-troisième année de son âge.

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628. — A ANTOINE LUCAS

De Paris, ce 20 novembre 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Mon Dieu, Monsieur, que mon âme est consolée de la bénédiction qu’il plaît à sa divine Majesté de donner à votre mission, de la force qu’il vous donne pour soutenir un si grand travail et de la vie angélique que mènent Monsieur et Madame de Varize (1) ! De tout cela j’en rends grâces à Dieu, et le prie qu’il vous fortifie, de plus et qu’il soit la sanctification et la gloire de Monsieur et de Madame de Varize. Mais, hélas ! Monsieur, que cette consolation est bien mêlée d’affliction pour la maladie de M. Roussel (2). Oh bien ! béni soit Dieu, cui sic placuit ! Il n’y a point d’apparence de le ramener ici en cet état, attendu la qualité de sa maladie, la saison et la distance des lieux. Je vous enverrai notre frère Arnaud (3), si son indisposition lui permet, ne pouvant vous envoyer le frère Alexandre (4), pource que nous avons M. Bécu et M. Prévost (5) malades ici. Il n’y en a non plus que vous alliez commencer seul la mission à

Lettre 628. — L. a. — Original chez les prêtres de la Mission d’Oria (Italie).

1). Varize, petite commune d’Eure-et-Loir. Madame de Varize y appela les Filles de la Charité en 1651 ou 1652.

2). Ce nom ne se trouve pas dans les anciens catalogues du personnel

3) Guillaume Arnaud, né à Embrun (Hautes-Alpes), reçu à Saint-Lazare le 27 avril 1642, à l’âge de vingt-sept ans.

4). Alexandre Véronne.

5). M. Prévost, dit plus loin saint vincent (lettre 631), était "savant, habile homme dans les affaires". Dans les anciens catalogues du personnel, nous ne trouvons d’autre Prévost que Nicolas Prévost, entré dans la congrégation de la Mission en 1646 et mort à Madagascar en septembre 1656.

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Marchenoir (6) ; cela vous accablerait. O Jésus ! Monsieur, il vaut bien mieux la différer a un temps auquel nous pourrons vous donner du secours, que nous n’avons pas pour le présent, pource que tous ceux qui vous pourraient aider sont en mission. Que si M. l’archidiacre de Dunois pouvait faire ce bon œuvre, in nomine Domini, vous le pourriez accompagner ; et hors cela, je vous prie, Monsieur, de différer la chose et de ne rien épargner dans la maladie de M. Roussel, lequel je salue très humblement et le prie, a. u nom de Jésus-Christ, de faire son possible pour se mieux porter. Je ne remercie point Monsieur et Madame de Varize pour l’incomparable charité qu’ils exercent vers Monsieur Roussel ; Dieu seul est digne de ce remerciement et d’être leur récompense. Je leur renouvelle ici les offres de mon obéissance, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lucas, prêtre de la Mission, de présent à Varize, à Varize.

629. — A BERNARD CODOING

De Saint-Lazare, ce 21 novembre 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il y a quinze jours que je ne vous ai écrit. J’ai reçu,

6) Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Blois (Loir-et-Cher).

Lettre 629 — L. a. — Original à la bibliothèque publique et universitaire de Genève (ms. fr. 197 f.), qui l’a acquis en 1824 en échange d’un autographe de Calvin.

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depuis, deux de vos lettres du lieu où vous avez fait la première mission, qui m’ont donné sujet de rendre grâces à Dieu de la bénédiction que sa bonté y a donnée, et n’ai pu m’empêcher de la témoigner à la petite famille au rapport de l’oraison, notamment cette réconciliation, qui me semble un miracle, eu égard à la complexion du pays. J’ai un peu moins de facilité à entendre l’italien ; néanmoins, puisque cela sert à faciliter votre style, in nomine Domini ! Je ne sais si Madame la duchesse (1), votre fondatrice, l’entend. Je la console parfois en lui faisant voir vos lettres. S’il y a quelque chose de particulier, notamment ce qui regarde les personnes de la compagnie, vous le mettrez dans un billet à part.

Je vous ai envoyé des lettres de recommandation de Monseigneur le nonce (2) à Nosseigneurs le cardinal de Saint-Onuphrio (3) et le vice-gérant ; je vous prie de m’en mander l’effet.

Votre pénultième, comme celle qui la précède et la dernière, me font voir quelque changement en votre conduite à l’égard des ordinands et des exercitants, sous prétexte de ce que ces Messieurs ont laissé à la liberté d’un chacun d’y aller ou de n’y pas aller. Sur quoi je vous dirai qu’il me semble que vous auriez bien fait de continuer en la manière que la providence de Dieu en disposait, qui requérait peut-être cet acte de patience et de soumission pour attirer l’abondance de sa grâce sur vous. Il eût mieux valu, si me semble, entreprendre des

1). La duchesse d’Aiguillon.

2). Jérôme Grimaldi.

3). François-Antoine Barberini, frère d’Urbain VIII, de l’ordre des. Capucins, né à Florence en 1569, créé cardinal en 1624, religieux d’une piété et d’une charité exemplaires. Bien qu’il eût échangé depuis longtemps son titre de Saint-Onuphre contre celui de Sainte-Marie-au-delà-du-Tibre, on continuait de l’appeler cardinal de Saint-Onuphre. Il mourut en 1646.

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missions en des moindres lieux, et peut-être que celle des pâtres eût contribué à cela. J’ai deux ou trois raisons pour cela : l’une, que Notre-Seigneur abaisse pour élever, fait souffrir peines intérieures et extérieures pour pacifier. Il désire souvent des choses plus que nous ; mais il nous veut faire mériter la grâce de les faire par plusieurs pratiques de vertu et l’impétrer par plusieurs prières.

La seconde raison est qu’il est à propos que vos principaux desseins, qui sont pour Rome, s’exécutent avec patience et longanimité à Rome, où les esprits sont patients, observateurs de la conduite des hommes, et que, comme ils sont solides, ils ont peine de confier des choses d’importance à des personnes qui suivent et s’attachent aux secondes imaginations, et cela quelquefois au préjudice des premières. Oh ! qu’ils sont patients et longanimes, et qu’ils aiment la patience et la persévérance aux premiers desseins !

La troisième raison vient du côté de decà, où la personne que je vous ai nommée et un prélat de nos amis ont trouvé quelque chose à penser en ce changement de conduite. Et puis, tandis que nous allons de branche en branche dans nos desseins, Dieu en suscite d’autres, qui font ce qu’il demandait auparavant de nous. Aurez-vous agréable que je vous die, Monsieur, que j’ai toujours reconnu ce défaut en nous deux, de suivre facilement et de nous attacher parfois trop fortement à nos nouvelles imaginations. C’est ce qui a fait que je me suis imposé le joug de ne rien faire de notable sans conseil ; à quoi Dieu me donne tous les jours de nouvelles lumières de l’importance d’en user de la sorte et plus de dévotion de ne rien faire que comme cela. Au nom de Dieu, Monsieur, ne faites rien d’important, ni surtout de nouveau sans m’en donner avis auparavant,

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vous donne le mien. Je vois quantité de raisons que vous me pourrez alléguer contre sur ce sujet. Mais croyez, Monsieur, que je les vois toutes d’ici, que j’en ai pour répondre à toutes et des expériences que soixante-deux ans et mes propres fautes m’ont acquises (4), qui ne vous seront pas inutiles.

Les deux principales raisons qui vous ont porté à en user de la sorte sont : la première, celle que je vous ai dite, que vous ne pouviez faire les deux à la fois, la mission et laisser des hommes à suffisance pour les ordinands. A quoi je vous ai déjà dit qu’il eût mieux valu faire de moindres missions, comme celle des pâtres, joint que Dieu bénit toujours mieux les commencements plus humbles que ceux qui carillonnent et publient notre committimus (5). L’autre est que, faisant les missions et les ordinands de Velletri (6) avec succès, Monseigneur le cardinal Lenti prendrait sujet de là de faire valoir la compagnie et à faire résoudre le décret des ordinands. A quoi je vous dirai que cela peut être ; mais que, comme cela m’a semblé contre la simplicité chrétienne et [ce] qu’il me semble que Dieu demande de nous, j’ai toujours fui de faire des actions de piété en un lieu pour me rendre recommandable en un autre ; excepté une fois que nous fîmes la mission en un lieu pour nous rendre considérables à feu M. le premier président de Paris (7), duquel nous avions à faire ; Dieu permit que la chose fît un effet tout contraire, pource que la compa-

4). Saint Vincent avait d’abord écrit : que soixante-deux ans m’ont acquises. Il ratura m’ont acquises pour pouvoir ajouter et mes propres fautes.

5) Privilège concédé à certains individus ou à certains corps de ne pouvoir être cités que devant le parlement.

6). Ville située à quelques lieues de Rome.

7). Nicolas Le Jay, baron de Tilly, nommé premier président du parlement de Paris en 1630, mort en 1640.

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gnie y fit paraître plus qu’en pas un lieu les pauvretés et les misères des esprits d’icelle et qu’il fallut que je retournasse après la mission demander pardon à un prêtre, à genoux, pour quelque offense qu’un de la compagnie lui avait faite, de sorte que Notre-Seigneur me fit connaître évidemment pour lors, par expérience, ce que j’avais cru jusque-là par théorie, que Dieu demande de nous que nous ne fassions jamais un bien en un lieu pour nous rendre considérables en d’autres, ains que nous le regardions toujours directement, immédiatement et sans moyen en toutes nos actions et nous laissions conduire par sa paternelle main.

Je vous ai écrit touchant nos vœux et ai oublié à vous dire qu’il est libre à ceux qui sont déjà dans la compagnie de les faire ou de ne les pas faire ; que cela regarde ceux qui viendront a l’avenir et que la plupart de ceux qui sont avec vous l’ayant déjà fait, il n’est pas besoin que vous leur en parliez. Je pense qu’il n’y a que M. de Ploesquellec qui ne les a pas faits (8), Vous ménagerez cela selon votre prudence ordinaire avec ceux qui se présenteront à l’avenir. Je ne sais si ces six clercs desquels vous me parlez, qui se présentent, sont prêtres, ou s’ils sont prêts à l’être. Si cela est, in nomine Domini, mais si ce sont des enfants, ressouvenez-vous, Monsieur, que nous ne pouvons espérer de deçà que ce qui vous a été promis par la fondation, et faites votre compte sur cela. J’ai reçu les indulgences et l’autel privilégié pour La Rose. Je suis en peine du grand travail que vous avez, et crains que vous ne surchargiez votre esprit et votre corps

8) Il les fit en 1647

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au delà de leurs forces. Au nom de Dieu, Monsieur, ménagez-vous.

Je suis, en son amour, v. s.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.

630. — A JACQUES CHIROYE

De Paris, ce 22 novembre 1642.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre, qui me fait voir la continuation de votre maladie et l’apparence néanmoins qu’il y a que Notre-Seigneur vous en délivrera bientôt, dont je le remercie très humblement, et le prie qu’il ait agréable de vous redonner une parfaite santé pour sa gloire et pour le bien de la compagnie et pour le salut des âmes.

J’ai prié Monsieur Lambert de vous écrire que je prie M. Colée de retourner à Richelieu et M. Durot aussi, auquel j’écris.

Il m’a promis de m’envoyer cinq cents livres, ou, quoi que ce soit, de mander à M. Perdu qu’il les vous envoie ; et je tâcherai de vous en envoyer deux ou trois cents pour les réparations et l’ameublement à faire, dans dix ou douze jours. Je pense qu’il sera bon que Monseigneur de Luçon l’ait agréable d’écrire à Monseigneur le car-

Lettre 630. — L. s. — L’original, propriété du prince de Ligne, se trouve dans son château de Belœil en Belgique

1) Pierre Nivelle (1637-1661).

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dinal (2) pour avoir son assistance et de la subsistance pour l’ameublement et la nourriture des ordinands.

Voilà, Monsieur, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je salue votre petite compagnie, étant prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Chiroye, supérieur des prêtres de la Mission de Luçon, à Luçon.

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