Correspondance (page 25)
631. — A FRANçOIS DUFESTEL, PRêTRE DE LA MISSION, A ANNECY (1)
* L. 631 La lettre 631 est donnée plus complète au t. VIII, second supplément.
** L. 631. Voir, à la fin du volume, le texte original et complet retrouvé en avril 2002 par John ROYBOLT et établi par B. KOCH.
28 novembre 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit. avec vous pour jamais !
Voici nos petites nouvelles : Monsieur du Coudray s’en va en Barbarie pour la délivrance d’environ 80 esclaves et a dessein de faire la mission parmi les autres, qui sont au nombre de 10.000, qui sont à Alger. Notre-Seigneur a attiré à la compagnie M. Gilles, principal et prof[esseur] en philosophie à Lisieux (2), et M. Prévost,
2) Le cardinal de Richelieu, précédemment évêque de Luçon.
Lettre 631. — L’original, tout entier de l’écriture du saint, a été mis en vente à Londres le 8 mars 1858 puis chez M. Charavay. Nous empruntons au catalogue de M. Charavay le commencement de cette lettre, jusqu’aux mots Et vous savez que, et la dernière phrase, le reste au registre 2, pp. 23 et 49.
1). M. Charavay assure que la lettre a été adressée à François Dufestel, prêtre de la Mission, à Brest. Il a mal lu. Dufestel était au séminaire d’Annecy.
2). Au collège de Lisieux à Paris.
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qui est, aussi, savant, habile homme dans les affaires, comme aussi quelques autres, qui ont rempli la place de ceux qui sont sortis.
Ne vous étonnez plus de ces sorties. Notre-Seigneur fut suivi et abandonné de plusieurs milliers de personnes et réduit à six vingts fidèles à sa mort. Saint Ignace (Loyola), au commencement de la sainte compagnie que Notre-Seigneur a instituée par lui, en renvoya douze en une seule fois (3) ; et vous savez que nous n’avons point renvoyé aucun de ceux-là qui fût prêtre, ni aucun autre que M. N., auquel j’ai écrit ces jours passés, et l’ai prié de se retirer pour plusieurs raisons importantes. Dieu sait et a fait connaître aux hommes combien il bénit plus un petit nombre choisi qu’un grand, entre lesquels il y en a qui craignent la peine et qui ont des attaches aux femmes, aux vignes ou aux maisons.
Je pense qu’il est bon que nous ne changions pas le nom que le Saint-Père donne à nos missions, qui est de la Mission, pour les appeler Séminaires. Je vous supplie, Monsieur, de tenir la main à ce qu’on n’innove aux termes ni aux choses qui se pratiquent en la compagnie, pour conserver l’unité en tout. Il n’est pas imaginable l’inconvénient qu’il y a dans une congrégation de n’être pas uniformes.
Je finis la présente en me recommandant à vos saints sacrifices et à ceux de ces Messieurs, lesquels j’embrasse, prosterné en esprit à leurs pieds…
3). Louis Gonzalez, provincial du Portugal, renvoya de l’Institut plusieurs de ses confrères qui murmuraient de ce qu’on les employait à bâtir le collège de Coïmbre. (Histoire de saint Ignace de Loyola et de la Compagnie de Jésus par le R. P. Daniel Bartoli. Paris, 1844, 2 vol. in-8°, t. II, p. 85.) Saint Vincent ferait-il allusion à ce trait ?
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632. — BERNARD CODOING, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT
Rome, 1642.
Nous avons fait une mission en un lieu dont nous supprimerons le nom, qui est un bourg fermé composé de trois mille âmes, ou environ, sur le passage de Rome à Naples. Pendant un mois que la mission a duré, nous avons trouvé des misères et des désordres épouvantables. La plupart des hommes et des femmes ne savaient point ni le Pater ni le Credo, et encore moins les autres choses nécessaires à salut, il y avait quantité d’inimitiés invétérées ; les blasphèmes y étaient très communs, mais c’étaient des blasphèmes qui faisaient horreur ; plusieurs personnes de toutes sortes d’états vivaient en concubinage ; il y avait plusieurs femmes publiques et débauchées qui corrompaient la jeunesse. Et avec tout cela nous avons trouvé de grandes oppositions et résistances, et le malin esprit nous a donné de violentes attaques du coté même de ceux qui devaient davantage nous appuyer. Enfin, cette mission a été une souffrance presque continuelle pour nous ; il n’y avait point d’humilité qui put gagner le cœur de ces gens-là, car ils estimaient qu’il y allait de leur honneur de se laisser instruire et de se convertir ; et il n’y avait point moyen de faire paix avec eux qu’en cessant de prêcher et de confesser. Néanmoins, après quinze jours de patience et de persévérance dans nos exercices et fonctions ordinaires des missions ces peuples ont commencé d’ouvrir les yeux et de connaître leurs désordres ; et sur la fin la grâce de Dieu y a produit de grands biens. Il s’y est fait quantité de réconciliations ; les inimitiés ont été éteintes et les blasphèmes ont cessé. Quatre filles débauchées se sont converties : et entre les concubinaires un des plus obstinés, qui vivait depuis douze ans dans son adultère public et causait beaucoup de désordre en sa famille et de scandale dans le bourg s’est converti, a quitté le péché et en a retranché l’occasion. Un autre grand fruit, entre tous les autres qui se recueillent ordinairement aux missions est de leur avoir fait quitter un péché abominable qui ne se nomme point, auquel ils étaient extraordinairement sujets. La communion générale s’est faite avec de grandes disposi-
Lettre 632 — Abelly, op cit I II chap I sect III § I, 1er éd p 58
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tions, et tous ont été fort touchés d’entendre les pleurs et les gémissements et de voir les larmes des âmes converties. Et enfin malgré tous les efforts du malin esprit cette mission s’est achevée avec grande bénédiction.
633. — A BERNARD CODOING
Paris, 25 décembre 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus avant-hier votre lettre de votre troisième mission, ainsi que l’ordonnance de Monseigneur le vice-gérant à l’égard des ordinands ; à laquelle je réponds en gros, ne le pouvant faire en détail, parce que je l’ai donnée le même jour à Madame la duchesse d’Aiguillon, ainsi que celle que vous lui écriviez.
Je commence donc par vous dire que j’ai été plus touché que je ne puis exprimer du hasard de votre vie que
Lettre 633. — L’original était de la main du saint. Il a été mis en vente par Charavay. N’ayant pu le retrouver, nous avons pris notre texte dans Pémartin, op. cit., t. I, 1. 373, sauf la partie comprise entre les mots j’ai fait quelque ouverture et On nous menace que M N, qui a été tirée d’un fac-similé de l’original, conservé à la maison-mère des prêtres de la Mission. Ces derniers ont encore dans leurs archives une feuille isolée, qui appartenait, croyons-nous, à cette lettre et sur laquelle on trouve :
1° Une note sur le contenu de la lettre "Importance de purger la Compagnie des incorrigibles. M. Vincent aime mieux s’exposer à plusieurs dangers que de souffrir telles gens. Excellent pour sa fermeté, sa sagesse, son dégagement, etc".
2° L’adresse, de la main du saint : "A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission de Rome, à Rome".
3° Un complément à la lettre, également de la main du saint : La dispense des vœux que vous m’avez envoyée n’est comme il faut, pource qu’elle dit que la personne a 50 ans, qui n’en a que 36. Je vous supplie, Monsieur, d’en obtenir une autre. Elle est absolument résolue de ne se marier jamais ; et si l’on la veut donner à cette condition, elle l’acceptera de bon cœur. Je vous prie, Monsieur, d’y travailler ; la chose est importante.
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vous avez couru et du mal que ces bandits vous ont fait. O Monsieur, que j’ai remercié et fait remercier Dieu de ce qu’il vous a conservé ! Au nom de Dieu, Monsieur, ayez soin de ménager votre santé. Ce que vous me dites de votre indisposition m’afflige aussi bien fort.
Je loue Dieu de ce que vous voilà dans l’emploi des ordinands tout à fait. Il n’y a aucun fonds à trouver. Je ferai ce qui me sera possible ; mais la misère de la guerre refroidit bien le cœur de ceux qui y pourraient contribuer. La Providence a permis que Richelieu ne soit pas fondé. Feu Son Excellence (1) avait vendu les greffes de Loudun (2), à dessein de mettre le prix en fonds de terre, comme il a fait ; mais il est mort avant que de nous en faire le délaissement, dont il m’envoya le projet, qu’il n’a pas signé, deux ou trois jours avant sa mort. Il en faut louer Dieu. Nous verrons comment il plaira à ses héritiers de faire.
La fondation de Crécy n’est pas, non plus, assurée (3), ni au delà de ce qui est indispensable pour l’entretien des personnes que nous y devrions tenir ; et c’est ce qui fait que nous ne pouvons, faute de secours de ce côté-là, non plus que de céans, parce que le roi prend, cette année et un quartier de l’autre, nos rentes d’Angers (4), celles des Ponts-de-Cé qui appartiennent à la maison de Troyes 5, plus vingt mille livres ou environ ; et ne savons pas quid futurum sit pour les années suivantes. Dieu soit béni !
1). Le cardinal de Richelieu, mort le 4 décembre.
2). C’est sur le produit des greffes de Loudun, dont Richelieu leur avait fait la donation irrévocable par le contrat de fondation que vivaient les missionnaires de Richelieu.
3). Voir lettre 603, note 5
4) Données à Saint-Lazare le 20 août 1640 par le commandeur de Sillery
5). En vertu d’un contrat du 19 juin 1638.
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Nous n’avons pas encore été payés de vos coches de Soissons, quoiqu’on les demande tous les jours ; et cela pour quelques difficultés qui se sont trouvées en votre affaire. Nous avons retenu votre argent pour quelque autre difficulté qui s’est présentée. Nous en avons baillé mille cinq livres pour l’argent d’une lettre de change de cette somme à M. Boice, selon l’ordre de M. Marchand et votre lettre de juin. Mandez-moi, s’il vous plaît, combien d’argent vous aviez pris de delà sur la somme que Madame la duchesse (6) avait envoyée et que vous nous avez renvoyée, et combien il vous reste ici.
J’ai fait quelque ouverture de l’importance de cet œuvre à une personne, je dis de l’œuvre de Rome ; nous verrons ce que cela opérera ; c’est à Madame la duchesse d’Aiguillon même. Nous verrons ce que cela aura opéré, et vous en donnerai avis par le prochain courrier ; et, si Notre-Seigneur a agréable que cela réussisse ou pourvoit de delà, nous vous enverrons M. Brunet et M. Blatiron. J’avais destiné ce dernier pour Saintes (7) ; mais je le retiendrai jusques à ce que nous ayons vu ce qui se pourra. Il s’en va entrer au séminaire (8) dans deux jours. Nous avons deux autres ecclésiastiques savants (9) et qui se
6). La duchesse d’Aiguillon.
7). Bien que les prêtres de la Mission n’eussent encore aucun établissement dans le diocèse de Saintes, ils ne cessaient d’y travailler depuis 1640, au grand profit de la religion. (Cf. Abelly, op. cit 1. II, p. 36.)
8). Le séminaire interne était pour la congrégation de la Mission ce qu’est le noviciat pour les Ordres religieux. On y recevait tous les nouveaux venus pour les former à la pratique des vertus de leur état et les instruire du genre de vie et des devoirs des missionnaires. Saint Vincent y réadmettait, sur leur demande, les prêtres de l’Institut qui sentaient le besoin de se dérober un ou plusieurs mois aux occupations extérieures pour retrouver la première ferveur de leur vocation.
9). Jean-Baptiste Gilles et François Prévost. Cette lettre, la suivante et d’autres encore montrent que saint Vincent était heureux de recevoir dans sa congrégation des prêtres instruits et ne gardait
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prennent parfaitement bien aux exercices intérieurs et extérieurs, même à notre manière de prêcher, à ce que M. Alméras me mande de la mission qu’ils font à Clichy. Un était professeur en philosophie non médiocre au collège de Lisieux. S’ils étaient un peu plus faits, Je les vous enverrais, ou l’un d’eux.
Nous avons douze ou quatorze écoliers, partie en philosophie et partie en théologie, qu’on fait céans. Vous ne sauriez croire, Monsieur, la bénédiction que Notre-Seigneur leur donne par la méthode qu’il a donnée à la compagnie. Quand ils seront faits, nous aurons moyen, Dieu aidant, de vous mieux secourir. Ils ont tous bien fait leur séminaire, Dieu merci. Nous en allons renvoyer un d’entre eux néanmoins, pource qu’il a l’esprit fort mal propre aux lettres ; il ne comprend qu’avec peine.
Notre séminaire est assez rempli, par la miséricorde de Dieu ; il y en a 36 ou 38. Nous en avons reçu 7 le mois dernier 10, qui sont tous d’espérance, par la miséricorde de Dieu. Je pense que Notre-Seigneur donne cela a quelque fidélité qu’il voit dans la compagnie de purger les Incorrigibles. Un de céans me disait, ces jours passés, à ce propos que six des meilleurs ne faisaient pas tant de bien dans la compagnie qu’un seul incorrigible y fait de mal. Un de ceux que nous avons mis dehors m’écrivit, il y a quatre ou cinq jours, que, si [nous] ne le recevions, qu’il me tuerait et plusieurs des autres de la compagnie, ou mettrait le feu céans pour se faire pendre à la porte. Notre-Seigneur me donne la volonté de courir plutôt cette risque que de recevoir une personne dans la compagnie qui y a vécu comme lui.
pas ceux qu’il jugeait insuffisants. La légende qui nous le dépeint comme attachant peu de prix à la science est d’origine janséniste
10). MM. Blondel, Gilles, Prévost, Cuissot, Mugnier et Dunots. Le catalogue du personnel ne fait pas connaître le septième.
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On nous menace que M. N., à qui j’ai écrit deux fois de se retirer de la compagnie, écrira contre nous. In nomine Domini, il vaut mieux s’offrir aux médisances d’un homme que de le tenir de la façon que celui-ci. Hélas ! Monsieur, que n’avons-nous pas fait pour le mettre dans le train des autres ? Il disait lui-même à une dame d’insigne piété qu’il m’avait fait plus de mal que tout le reste. Ce qu’il m’a fait n’est rien ; mais il est vrai qu’il a fait beaucoup de mal à la compagnie. Notre-Seigneur en tirera de la gloire, s’il lui plaît. M. N. n’étant pas propre de deçà, comment le sera-t-il de delà ? Il faut purger la compagnie. Dix tels qu’il les faut en vaudront cent ; et cent qui ne sont pas bien appelés, ou qui ne répondent pas aux desseins de Dieu, n’en valent pas dix. Oh ! que Dieu même a bien voulu montrer cela quand il commanda qu’avant de donner la bataille, on fît publier que les peureux et ceux qui avaient épouse, une femme cette année-là, ou planté quelque vigne, ou fait bâtir quelque maison eussent à se retirer, sachant bien qu’ils feraient plus de mal que de bien dans le combat !
Vous me mandez qu’il est à souhaiter que la résidence du général soit à Rome ; c’est une grande question. Si Notre-Seigneur me donnait la force de vous y aller visiter (c’est entre nous), in nomine Domini, nous verrons. Recommandez cela à Dieu ; il ne faut pas que je m’en rapporte à moi ; le désir que j’ai de vous voir et toute votre compagnie pourrait venir de la nature.
M. le maréchal de la Meilleraye (11) est gouverneur de
11). Charles de la Porte, duc de la Meilleraye, né en 1602, dut sa rapide fortune tant à la protection du cardinal de Richelieu, son cousin, qu’à sa valeur personnelle. Il fut nommé grand maître de l’artillerie en 1634, maréchal de France en 1637, surintendant des finances en 1648, duc et pair en 1663. C’est lui qui suggéra à
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Bretagne et s’en va dans dix jours tenir les états. Madame la duchesse (12) lui parlera de Saint-Yves et lui baillera votre mémoire (13). Elle m’a dit que Mgr le cardinal (14) était ravi de… Béni soit Dieu de ce que la Providence en a disposé autrement ! Nous avons fait deux services solennels et dit plusieurs messes pour lui. Vous en célébrerez quantité de delà, s’il vous plaît. Je recommande pareillement à vos prières feu Mgr le cardinal de Gondy (15). Oh ! que nous avons perdu aussi en lui !
J’ai peur d’oublier un avis à vous renouveler, et vous recommander de ne jamais écrire de deçà des affaires d’Etat, parce que je puis assurer qu’outre que cela est contraire à notre esprit et, comme je pense, à celui de Notre-Seigneur, toutes les lettres sont en danger d’être lues. De plus, nous devons être bien fidèles à la pratique que nous avons de ne nous point entretenir de ces choses-là, ni des nouvelles du monde.
Voilà, Monsieur, à peu près ce que je vous puis dire pour le présent et que j’embrasse vous et votre compagnie, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur…
J’ai oublié de vous dire qu’il est bon et que c’est l’usage de toutes les communautés bien réglées, que les supérieurs particuliers laissent à leurs inférieurs la liberté
saint Vincent la pensée d’envoyer des missionnaires à Madagascar. Il mourut à Paris le 8 février 1664.
12) La duchesse d’Aiguillon.
13). Le gouverneur de Bretagne avait le droit de disposer de l’église Saint-Yves
14) Le cardinal de Richelieu.
15). Henri de Gondi, évêque de Paris (1598-1622), premier cardinal de Retz et chef du Conseil du roi, était mort dans le camp du roi devant Béziers au mois d’août 1622, à l’âge de cinquante-deux ans. Pourquoi saint Vincent le recommande-t-il, le 25 décembre 1642, aux prières de M. Codoing ? Le fait est si étrange qu’on est porté à se demander si cette phrase reproduit fidèlement l’original.
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d’écrire au général sans voir leurs lettres, ni les réponses du supérieur général. Je vous prie, Monsieur, de le dire à la communauté, comme je le fais à M. Germain, qui m’a dit du bien de vous, que je n’aurais pas su autrement.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission de Rome, à Rome.
634. — A PIERRE DU CHESNE
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne doute pas que le sujet de la présente ne vous cause d’abord du regret et de la tristesse, puisqu’elle n’est que pour vous donner avis de la perte que nous avons faite de notre bon M. Pillé, perte que j’ai sentie aussi vivement qu’aucune que je sache avoir faite, pource que je le regardais comme le bonheur et la bénédiction de la Mission. Nous avons néanmoins raison de nous consoler en la créance qui nous reste que nous ne l’avons perdu que de vue ; car la sainte vie qu’il a menée et l’heureuse mort qu’il a faite témoignent qu’il est maintenant dans le ciel, et partant qu’il nous est plus acquis et plus capable de bien faire à la compagnie qu’il n’a jamais été. Les deux conférences que nous avons faites sur le sujet de ses vertus en donnent un suffisant témoignage, ainsi que vous pourrez voir par l’abrégé que nous vous envoyons. Mais avant qu’en entamer le discours, je vous prie de considérer qu’encore que je couchasse ici tout au
Lettre 634. — L. s. — Dossier de la Mission, original cette lettre fut envoyée à toutes les maisons de la compagnie.
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long ce qui m’en a été rapporté, soit de vive voix, soit par écrit, vous ne pourriez pas avec tout cela savoir toute la vie de ce grand homme, pource que nous n’avons pas pu encore nous informer de quantité de choses remarquables qu’on pourrait dire de lui, particulièrement de ce qui s’est passé avant qu’il fût de notre compagnie. Toutes ses actions sont autant de pierres précieuses qui méritent d’être soigneusement recueillies et conservées, et c’est ce que nous espérons faire, Dieu aidant, avec le temps et moyennant l’assistance divine. Pour le présent je me contenterai de vous en faire montre de quelque, unes, afin que de cette partie vous puissiez juger du tout.
Et pour y procéder avec ordre et avec la simplicité ordinaire de la Mission, je commence par vous dire que M. Pillé s’appelait Jean et qu’il était natif de Ferrières diocèse de Sens (1). Ses père et mère étaient vertueux et craignant Dieu : ce qui a bien paru en ce qu’ils eurent un soin tout particulier de l’élever en la vertu et en la crainte de Dieu. Dès son enfance, il donna des témoignages du choix que la Providence divine voulait faire de lui ; cal sentant, dès lors, son cœur embrasé de se consacrer à son service en une manière particulière, il en désira chercher les moyens ; et voyant que la science n’était pas une petite aide à la vertu, il en voulut faire provision. Et pource que ses parents ne voulaient pas qu’il étudiât, il résolut d’aller demeurer à Paris pour en mieux trouver l’occasion. Et comme il vit qu’un jour son père s’y en allait avec une charrette chargée de marchandise, il s’y mit subtilement dessus et s’y cacha sous du foin, de peur qu’on ne l’aperçût et ne fût renvoyé ; si bien qu’il se rendit à Paris, où il trouva moyen de s’adonner à l’étude.
1) Ferrières-Gâtinais, aujourd’hui chef-lieu de canton du Loiret.
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Il y employa fidèlement le temps qui lui fut donné, croissant en science et en vertu. Il fréquentait les sacrements, fuyait les mauvaises compagnies et ne se plaisait qu’avec le bon Dieu, qui le destinait pour être son ministre, lui donna de très grands sentiments de l’état ecclésiastique, dans lequel il entra, tout brûlant de désir de travailler pour le salut du prochain. Il fut fait prêtre habitué à Saint-Nicolas-des-Champs (2), où il fut à grande édification. M. Gallemant, docteur de Sorbonne et homme de sainte vie, ayant su le zèle avec lequel ce bon serviteur de Dieu se portait au salut des âmes et qu’il ne demandait pas mieux que de travailler, le fit son vicaire à Notre-Dame des Vertus (3), où il ne travailla pas moins qu’auparavant, faisant les fonctions de curé. Ce qui fit que le même Monsieur Gallemant, lequel ne pouvait, pour de très justes causes, résider toujours, se reposait entièrement sur lui. Cependant il plut à Dieu de disposer de Monsieur son oncle, curé de Ferrières, auquel il succéda. Oh ! ce fut là où ce bon serviteur de Dieu sut connaître l’obligation qu’avait un pasteur de procurer le salut des âmes qu’il a sous sa charge. Qui pourra dire la dévotion et la ferveur avec laquelle il faisait les fonctions d’un curé ? Il ne s’épargnait en aucune façon, soit en chaire, soit au confessionnal, soit ailleurs, et en tout Dieu lui donnait grâce et bénédiction, particulièrement à diriger les consciences. Et quand son infirmité, qui dès lors commençait, ne lui pouvait permettre de prêcher ou faire le catéchisme, il le faisait faire par les bons Pères récollets ou autres religieux, lesquels il informait discrètement de tout ce qu’il y avait à faire en ses paroissiens. Tout son soin paternel et son
2). Paroisse de Paris.
3) A Aubervilliers (Seine).
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rare exemple n’empêchèrent pas qu’aux premières années il ne fût calomnié, exercé et persécuté de ses propres ouailles, particulièrement d’un certain justicier du lieu, et par les religieux mêmes, lesquels lui intentèrent un procès, pource qu’il y avait établi La confrérie du Rosaire ; en quoi il n’est pas croyable combien il eut de mal et ensemble de constance. Un autre qui n’eût pas eu sa vertu, eût sans doute tout quitté ; mais lui, comme bon pasteur, tint toujours bon et demeura enfin victorieux de ses ennemis, et, qui plus est, leur gagna ensuite si bien le cœur, qu’il n’y avait personne, après, qui ne l’aimât et estimât comme un homme de Dieu. Il est vrai qu’en gagnant contre eux il y perdit sa santé et gagna une infirmité de corps qui l’a fait souffrir et languir jusques à la mort ; mais en récompense, il en a été plus sain et plus fort en l’âme ; ce qui a bien paru par les rares vertus qu’on lui a vu pratiquer, depuis, avec plus de perfection.
Entre autres choses il était grand amateur de la propreté en l’église, n’y pouvant souffrir aucune ordure. On l’a vu passer les après-dînées à accommoder l’église et les ornements. Il avait aussi un grand soin à ce que le service divin se fît avec la décence requise. Il prenait lui-même la peine à montrer le chant. Il ne pouvait souffrir aucune immodestie dans l’église. Si tôt qu’on le voyait venir, chacun se mettait en son devoir. Enfin il pouvait dire à bon droit : Zelus domus Dei comedit me (4).
Sa maison était une hôtellerie pour les pauvres passants, qu’il y retirait. Tout son plaisir était d’y voir les religieux, particulièrement les Récollets. lesquels il recevait comme des anges que Dieu lui envoyait. Il faisait beau le voir aller au devant d’eux, les recevoir à bras
4). évangile de saint Jean II, 7
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ouverts et avec une telle effusion de cœur qu’on eût dit qu’il les portait entre ses mains. Enfin il faisait à leur égard tous les offices d’un hôte très courtois et fort charitable. Il leur donnait d’ordinaire un homme pour les conduire dans les maisons pour faire la quête. Il leur faisait tenir les provisions chez eux, leur servant de vrai père.
N.-S. lui avait donné un merveilleux sentiment pour les pauvres. Il faisait l’aumône générale deux fois la semaine ; mais il ne donnait jamais l’aumône corporelle qu’il n’y joignît la spirituelle par quelque bon mot d’édification. Si tôt qu’il avait le vent de quelque malade, on voyait ce charitable pasteur quitter toutes ses affaires et même le repas pour l’aller secourir. Et pource que son indisposition lui faisait craindre de ne pouvoir bien s’acquitter de sa charge, n’ayant qu’un vicaire, il en prit un second, quoiqu’il n’y fût pas obligé en aucune façon et qu’un seul suffisait, pource qu’il ne laissait pas de travailler en tout ce qu’il pouvait faire par lui-même. Enfin, si par l’ouvrage on connaît l’excellence de l’ouvrier, il ne faut sinon considérer que la paroisse de Ferrières était, au commencement, comme une terre en friche ; et quand il la laissa, on l’a trouvée si bien cultivée que je ne sais s’il y en avait lors qui le fussent mieux. En un mot, nous pouvons dire que c’était un pastor bonus.
Je serais trop long si je voulais vous marquer ici le particulier de la sainte vie qu’il a menée étant curé ; et néanmoins il s’estimait toujours serviteur inutile, jugeant avoir les épaules trop faibles pour supporter un si pesant fardeau comme est celui d’une cure, de sorte qu’il s’en défit à la fin, appréhendant les jugements de Dieu. Mais avant que quitter il fit deux choses : la première, c’est qu’encore qu’il pût dire : quid potui facere
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vineae meae et non feci ? (5) néanmoins il y fit faire la mission, en laquelle tous les paroissiens firent confession générale. La confrérie de la Charité y fut établie, et tous les différends y furent assoupis, et même une grande partie des anciens religieux y firent confession générale. Deuxièmement, c’est qu’il pourvut la cure d’un très bon successeur : ce fut un sien frère qu’il avait élevé et fait étudier à cet effet ; en sorte qu’il avait sujet de vivre en repos, pource qu’en effet ç’a été et est encore un des meilleurs curés que je connaisse.
M. Pillé ayant ainsi pourvu à sa cure, se résolut d’entrer en notre compagnie ; et quoiqu’il fût âgé et infirme et quoi même que je fisse scrupule de recevoir chez nous des curés qui faisaient bien en leur cure, sa vertu et sainteté et ensemble sa grande instance et persévérance à demander eurent tant de pouvoir sur moi qu’après l’avoir longtemps fait postuler, je le reçus enfin au nombre de nos missionnaires. Il entra en notre compagnie au mois de septembre, l’an 1630, dans le désir de consommer le reste de ses jours aux exercices de la Mission. Mais il plut à la divine sagesse, qui voulait qu’il nous prêchât par sa patience, d’arrêter le cours et impétuosité de son zèle par son infirmité, qui lui a toujours continué, laquelle lui empêcha d’en faire les fonctions, comme il eût bien désiré. Néanmoins il a fait quelques missions, ainsi que nous allons dire, en parlant des vertus que nous lui avons vu pratiquer depuis que nous avons eu le bonheur de l’avoir avec nous, lesquelles étaient rares et éminentes. Entre autres nous avons remarqué les suivantes.
La première est l’amour qu’il portait à Dieu, qui était tel qu’il le rendait toujours palpitant et comme hors d’haleine, aspirant nuit et jour à lui. Il ne faisait que
5) Isaïe V, 4
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parler de sa grandeur et des privilèges qui accompagnent ceux qui le servent ; combien il est fidèle à ceux qui n’ont autre soin que de lui plaire ; combien il aime ceux qui l’aiment et glorifie ceux qui le glorifient. Qui voulait le réjouir n’avait qu’à lui parler de Dieu. Cet amour le rendait fort affectionné aux choses qui regardent le service divin, ayant un très haut sentiment de tous les ordres de l’église, prenant un singulier plaisir aux cérémonies, rubriques, plain-chant, musique, etc. Il ne pouvait assez déplorer l’ignorance et scandale des prêtres et leur négligence à garder les rubriques, à pratiquer les cérémonies et à tenir nettement les églises. Il disait souvent : "Je pense qu’il n’y a plus de foi parmi le monde ; les prédicateurs ne prêchent point les vérités évangéliques ; le pauvre peuple est affamé de la parole de Dieu, et on le laisse mourir de faim, faute de secours. Parvuli petierunt panem, et non est qui frangat eis (6),
Il était fort exact à réciter son bréviaire, en sorte qu’étant malade il ne pouvait vivre content s’il ne le disait ; et quoique son infirmité fût telle qu’elle l’en eût bien pu dispenser, néanmoins il le disait souvent au préjudice de sa santé, et avec tant de dévotion qu’il en pleurait souvent. Il avait toujours quelque verset de David à la bouche, principalement celui-ci, qu’on lui a ouï dire bien souvent : Domine, dilexi decorem domus tuae (7) ; montrant assez par là combien il avait à cœur ces choses de notre religion. Quand il en faisait la principale, qui est la sainte messe, c’était avec une telle dévotion qu’il donnait de l’amour de Dieu à tous ceux qui le voyaient. On l’a aussi vu souvent pleurer de dévotion en la célébrant. Il n’y manquait que lorsque la maladie
6) Lamentations IV, 4.
7). Psaumes XXV 8.
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l’en empêchait. On l’a vu à l’autel si faible et avec de telles oppressions d’estomac qu’on croyait qu’il allait rendre l’âme. La peine qu’il avait de prendre les médecines était qu’elles l’empêchaient de la célébrer. Un mols avant sa mort, on l’a vu servir à la messe, qu’il ne pouvait quasi se soutenir. Il avait une très grande dévotion au très Saint Sacrement de l’autel faisant quasi continuellement des actes de foi sur ce mystère et des aspirations ferventes, disant parfois avec larmes : "Mon Sauveur, l’on ne vous connaît point ; l’on n’a point de fol, etc".
De cette grande charité naissait un si grand désir du salut des âmes qu’il était prêt de mettre son âme en pièces pour le salut d’une seule. Et en effet, quand il a été question d’aller en mission et que son infirmité le lui a pu permettre, Dieu sait s’il s’est épargné en aucune façon. Et quoiqu’il eût plutôt besoin de repos que de travail, néanmoins il faisait au-dessus de ses forces. Il fit trois ou quatre missions, où ceux qui furent envoyés avec lui dirent qu’ils n’avaient jamais vu un missionnaire travailler de la sorte. Il était le premier au confessionnal. Il eût été très content d’y passer la journée entière sans manger, si l’obéissance n’eût modéré son zèle. A la quatrième mission, les forces du corps lui manquèrent tout à fait, de sorte qu’il fallut l’en ramener. Ce fut en ce temps-là qu’il commença ses plaintes, disant qu’il était inutile à la maison, qu’il n’y avait apporté que de l’incommodité. Ce fut là son plus ordinaire langage. "Hélas ! dit-il un jour en pleurant à un de nos frères, voilà les âmes de nos frères qui tombent dans l’enfer, faute d’instruction, tandis que je suis à ne rien faire !"
Pour ce qui regarde la dévotion et fermeté à sa vocation, cela ne se peut exprimer, et il faudrait que ce fût
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lui-même qui en dît son sentiment. Il était comme hors de lui-même toutes les fois qu’on lui en parlait ; ce qui se peut bien voir par une réponse qu’il fit à un de nos frères clercs, lequel s’étant enquis comme il se portait, Monsieur Pillé lui répondit qu’il était inutile, qu’il était à charge à la maison. L’autre, bien loin de sa pensée, lui dit : "Quoi ! Monsieur, voudriez-vous bien vous en aller ?" Ce lui fut un coup de poignard ; jamais on ne pouvait lui toucher sur un endroit plus douloureux. Eh ! mon frère, lui dit-il, la larme à l’œil, à Dieu ne plaise que j’en aie la pensée ! Si l’on me met hors de la maison par une porte, je rentrerai par l’autre et mourrai plutôt sur le pied de la porte". Il aimait et estimait tout ce qui appartenait à la Mission, petit ou grand ; mais il avait une sensible dévotion pour le séminaire, se réjouissant lorsqu’il y pouvait rendre quelque service, comme écrire en grandes lettres les noms de nos frères transcrire des écrits, coller des images sur carton, etc. Et quand feu Monsieur de la Salle, pour lors directeur du séminaire, l’employait à ouïr les confessions des séminaristes, il le faisait avec une joie indicible. On lui a souvent ouï dire : "Si j’avais un peu de santé, je ferais instance pour être admis au nombre des séminaristes, pour y servir et obéir comme le plus petit de tous : et ne le pouvant, à mon grand regret, je tâche à suppléer à ce défaut par ces petits services". Il disait souvent à nos frères du séminaire : "Oh ! que vous êtes heureux d’avoir une si belle occasion de vous perfectionner ! nous ne l’avons pas eue de notre temps ! Courage donc, mes frères ! tout dépend de vous". Un jour, un de nos frères se recommandant à ses prières, il lui dit qu’il faisait tous les jours la ronde, voulant dire qu’il priait pour tous en particulier, commençant depuis le plus ancien de la compagnie jusques au plus nouveau. Qui voulait ré-
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jouir M. Pillé lui devait parler des fruits qui se font ès missions et des bons ouvriers de la compagnie ; mais qui voulait l’attrister, c’était de la sortie de quelqu’un. "Hélas ! dit-il un jour à tel propos, à quoi songent-ils, les misérables qu’ils sont ? Pour moi, je pense qu’ils sont aveugles. Il se trompent bien de penser réussir ailleurs comme à la Mission. Ne savent-ils pas bien qu’en sortant ils sont comme les poissons hors de l’eau et comme des membres séparés du corps, qui ne peuvent plus participer aux influences du chef ? Oh ! qu’ils sont dignes de compassion !" Mais quand on lui disait que quelqu’un venait d’être reçu en la compagnie, son cœur en était si ravi et transporté d’aise qu’il ne pouvait, tant malade fut-il, s’empêcher de le faire paraître au dehors : en son corps, qui en tressaillait ; en son visage, qui soudain s’égayait ; en ses mains, qu’il élevait et joignait ; en ses bras, dont il accolait cordialement son nouveau frère ; en ses yeux, qui en versaient des larmes de joie ; et surtout en sa langue, laquelle, ne pouvant modérer l’abondance du cœur, proférait des paroles si ferventes et si puissantes et avec tant de véhémence et de vivacité qu’il semblait que le Saint-Esprit était dans sa bouche en forme de langue de feu. "La Mission, disait-il, c’est l’esprit des premiers chrétiens ; c’est une vie tout apostolique ; c’est le souverain et dernier moyen que Dieu a trouvé pour réformer son église ; et il semble que sa bonté, sa sagesse et sa toute-puissance se soient épuisées dans ce chef-d’œuvre de ses mains. Oh ! que sa providence a de grands desseins sur la Mission ! oh ! qu’on verra de choses grandes ! oh ! quel bonheur d’être missionnaire ! Que je suis heureux d’en être du nombre et ensemble malheureux d’y être si inutile et à charge ! etc". Il en disait autant et plus toutes les fois qu’on le mettait sur ce propos, mais particulièrement au lit de la
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mort, pource qu’il ne pouvait s’empêcher d’en parler à tous ceux qui le venaient voir, mais avec bien plus d’ardeur et de véhémence que jamais, en sorte qu’il semblait qu’il n’avait de forces et de paroles que pour cela. Et le meilleur que j’y trouve, c’est qu’il disait cela tout comme il le sentait dans le cœur, car il eût fait conscience de dire la moindre chose contre la simplicité et par exagération. Enfin vous savez que je n’ai guère accoutumé d’exagérer les choses, mais je vous puis assurer qu’il me serait impossible de vous pouvoir exprimer les hauts sentiments qu’il avait de la Mission, et que tout ce que j’en ai dit n’est rien auprès de ce qui reste a dire ; en sorte qu’il vaut mieux à présent me contenter de l’admirer et de vous le laisser à penser. Je vous dirai seulement que plus il allait ainsi rehaussant la grandeur de notre Institut et exagérant les bas sentiments de soi-même, plus il me paraissait grand en sainteté et utile à toute notre communauté, en sorte que je ne pouvais m’empêcher de dire souvent tout haut : "Monsieur Pillé, par son non-faire et en pâtissant seulement, fait plus pour Dieu et pour la maison que moi et toute notre compagnie en agissant et travaillant sans cesse".
Son humilité était très grande et très profonde. Ce que nous venons de dire de la basse estime qu’il avait de sa personne en est une marque assez certaine ; car elle était telle qu’encore que je lui aie dit par plusieurs fois que je tenais à grande bénédiction de l’avoir en notre compagnie, néanmoins il ne pouvait se le persuader ; en sorte qu’il a toujours vécu dans ce bas sentiment de soi-même, disant, à toutes occasions, qu’il était inutile à la maison, qu’il s’estimait indigne d’y être, qu’il y était à charge et qu’il ne méritait pas le moindre des bons offices qu’on lui rendait, même dans ses maladies.
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Il ne se contentait pas d’avoir cette humilité dans le cœur et dans la bouche ; il tâchait par tous moyens de la pratiquer par œuvre, s’offrant, à cet effet, à servir aux choses les plus basses et sous les moindres de la maison. Entre autres choses on a remarqué qu’il fut un jour envoyé pour aider notre frère Alexandre, qui était pour lors dépensier ; ce qu’il fit de si bon cœur que le même frère nous a dit qu’il n’a jamais vu une soumission de volonté et de jugement pareille, lui obéissant comme s’il n’eût été qu’un jeune homme, lui qui était ancien prêtre et fort âgé. Il pria aussi un jour avec instance un de nos frères de la cuisine de l’avertir de ses manquements. Il aidait souvent au cuisinier en tout ce qu’il pouvait et aux ministères les plus abjects et ravalés. Il prenait la peine de montrer le chant aux petits écoliers, quoiqu’il n’en fût pas peu incommodé. Son humilité a encore paru en ce qu’il ne se mêlait jamais de dire son avis sur quelque matière que ce fût, principalement s’il était de science, s’estimant ignorant. Il dit un jour à un de nos frères qu’il était inhabile à faire aucune fonction de Mission, à cause de son insuffisance, et qu’il n’était pas même capable de conduire une bande d’ordinands, ce que faisaient pour lors nos simples frères clercs. Il se contentait d’accommoder les chaises de Messieurs les ordinands, disant que c’était là tout le service qu’il leur pouvait rendre, quoiqu’à la vérité il fût assez capable et expérimenté en ces matières. Et ce qui est de plus remarquable, c’est qu’en disant cela de bouche il en avait le sentiment dans le cœur, en quoi consiste la vraie humilité.
Son obéissance n’était pas moindre que son humilité Il ne faisait jamais rien sans permission, tout ancien qu’il était de la maison, voulant avoir ordre des supérieurs sur les moindres choses. Il prenait indifféremment
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tout ce qu’on lui donnait, quoiqu’il fût bien ou mal apprêté et quoi même qu’il en fût dégoûté et y eût aversion. Quand les petits écoliers lui demandaient quelque chose, il s’inquiétait s’ils avaient permission. Cette grande obéissance faisait qu’il avait une merveilleuse condescendance vers ses égaux et même vers ses inférieurs. Jamais il n’a contredit à personne. On le mettait sur tels discours qu’on voulait, pourvu qu’il fût d’édification, et quittait aisément et promptement l’emploi qu’il avait pour vaquer à autre chose dont on le priait. Et ce qui est de plus parfait, c’est qu’il obéissait en tout avec soumission de jugement, et cela toute sa vie, mais particulièrement à sa mort ; témoin les actes héroïques que nous toucherons tantôt, si bien qu’on peut dire de lui : Factus est obediens usque ad mortem (8).
Sa patience a été héroïque. Il n’a jamais témoigné le moindre signe d’impatience. Il a toujours béni Dieu dans ses souffrances, qui étaient souvent si rudes qu’il faisait pitié à tout le monde ; et on eût dit, à chaque moment, qu’il allait rendre l’âme ; et, nonobstant tout cela, il ne laissait pas d’être gai et toujours égal à soi-même. Ce pauvre homme ne pouvait pas se lever matin sans augmenter son indisposition, ni s’habiller tout seul qu’avec beaucoup de peine ; et pour tout cela il ne laissait pas d’aller à l’oraison le plus souvent qu’il pouvait, quoiqu’il eût grand besoin de reposer, pource qu’il ne dormait quasi point la nuit à cause de sa toux. Enfin son zèle lui faisait faire plus qu’il ne pouvait. C’est pour cela qu’on l’a vu souvent tomber sur la montée, ne pouvant se soutenir ni relever. Il ne se contentait pas des croix que Dieu lui envoyait ; il s’infligeait des peines lui-même en macérant sa chair, nonobstant ses grandes
8). épître de saint Paul aux Philippiens Il, 8
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infirmités, tantôt par jeunes, tantôt par autres austérités, comme l’on peut présumer d’une discipline ensanglantée qu’on a trouvée dans son lit après sa mort. Enfin c’était un homme de douleur et ensemble un miroir de patience. Et quoiqu’il ait paru toujours tel à un chacun, il faut avouer qu’au lit de la mort il l’était en une manière particulière. Il semblait que la patience était comme dans son trône ou comme triomphante des peines et des douleurs. Ses maux étaient plus grands que jamais et ses forces plus petites ; mais sa patience augmentait de plus en plus, en sorte que non seulement il supportait de bon cœur et avec résignation à la volonté de Dieu ses souffrances, mais encore il s’en réjouissait et désirait en souffrir davantage pour Notre-Seigneur et pour le prochain. C’est ce qui lui faisait dire et redire avec tant d’affection : Domine, bonum mihi quia humiliasti me. Béni soyez-vous, ô mon Dieu ! oh ! que vous êtes bon ! Absit mihi gloriari nisi in cruce Domini Nostri Jesu Christi (9) ! etc.
La vertu de pauvreté était en lui en un souverain degré. Il n’avait aucune attache aux choses de la terre. Il se plaisait à être traité en pauvre et à se servir des choses les plus pauvres, jusque-là qu’il ramassait tout ce qu’il rencontrait, qui pouvait servir à quelque chose, comme un petit morceau de carte, de bois, un petit fer d’aiguillette. Pour ce qui regarde les choses qui étaient à son usage, il était très soigneux de les conserver, raccommodant lui-même ses habits et son bréviaire, auquel il y avait toujours quelque chose à refaire. Il avait des lunettes, dont l’une verrière était rompue ; jamais on ne lui put persuader d’en prendre d’autres. Il avait tellement renoncé à la propriété des choses dont il usait,
9) épître de Saint Paul aux Galates VI, 14
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qu’il faisait conscience d’en donner, tant petites fussent-elles, quoiqu’il fût d’ailleurs fort libéral, ou bien il fallait en avoir permission. J’ai appris qu’il a pratiqué cela même au lit de la mort. Un sien neveu, qui est notre frère Bonichon (10), lui ayant demandé seulement quelques petits manuscrits de dévotion pour apprendre à se perfectionner, ce pauvre homme les lui refusa, lui disant qu’il les allât présenter au supérieur et qu’il lui en demandât lui-même après. Il n’était pas moins consciencieux à recevoir ce qu’on lui voulait donner. Il voulait avoir permission pour accepter un petit livre, une image de papier ou chose semblable. Et quoique ces choses semblent petites au jugement des hommes, l’esprit avec lequel il les faisait les rendait grandes aux yeux de Dieu et des anges.
Il avait une grande simplicité, non rustique ou niaise, mais colombine et sainte ; c’était une simplicité qui perfectionnait ses autres vertus. Sa charité était simple, son humilité simple, son obéissance simple, sa patience simple, et ainsi des autres ; car il n’y avait aucun mélange de respect humain, dissimulation, artifice ou finesse. C’est ce qui faisait qu’encore qu’il fût fort judicieux, il se laissait manier comme un petit enfant ; il croyait quasi tout ce qu’on lui disait même pour rire, et se mettait à faire tout ce qu’on désirait de lui. Il faisait même souvent la récréation avec les petits écoliers et conversait simplement avec eux, comme s’il eût été enfant comme eux. Cette simplicité le rendait aimable et aimé d’un chacun, mais principalement de Dieu, qui sans doute se
10) Nicolas Bonichon, clerc, né a Ferrières-Gâtinais le 30 juillet 1619 entré à Saint-Lazare le 24 septembre 1641, reçu aux vœux le 9 Juin 1644, ordonné prêtre le 21 septembre 1647, placé plus tard à la maison de Cahors. Un autre neveu de M Pillé, Christophe Bonichon, entrera dans la congrégation de la Mission en 1645 qualité de frère coadjuteur.
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communiquait ordinairement à lui en une manière particulière, puisque cum simplicibus est sermocinatio ejus (11) de sorte qu’il ne faut pas s’étonner s’il paraissait toujours intérieur, fervent et n’aspirant qu’à Dieu.
Sa diligence était merveilleuse. Pour ce qu’encore que son indisposition le rendît tout faible et débile et que le travail l’incommodât, jamais on ne l’a vu oisif ; toujours il était en action, tenant pour une de ses maximes que l’oisiveté était la mère de tous les vices, comme il dit un jour à un de nos frères, qui lui demandait pourquoi il travaillait tant. Le plus souvent il raccommodait les missels et bréviaires, écrivait les cérémonies et autres choses de la maison. Il allait même au jardin travailler, et, tout couché par terre, arrachait les mauvaises herbes, portait du bois et de l’eau à la cuisine, y lavait la vaisselle, et cela de si bonne façon que ceux qui le voyaient en étaient tous édifiés ; et quand son infirmité l’obligeait à tenir le lit, il trouvait encore à travailler, soit à lire, soit à écrire ou à coudre, et surtout à prier, particulièrement à faire des oraisons jaculatoires, si souvent et ardemment qu’il touchait et enflammait ceux qui s’en apercevaient.
Pour ce qui est de la chasteté, il l’a eue en un degré fort éminent, et crois qu’il a usé de toutes les précautions imaginables pour se la conserver entière. Les petits écrits sur ce sujet qu’on a trouvés après sa mort dans son sac, en donnent un suffisant témoignage ; et il y a grande apparence qu’il les pratiquait ponctuellement, quoiqu’ils fussent bien difficiles à les mettre en pratique ; ce sont certains moyens souverains pour conserver la chasteté. Ce qui montre bien que notre frère Alexandre, l’infirmier, n’avait pas mauvaise raison de dire en
11) Proverbes III, 32
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pleine conférence qu’il avait remarqué en son corps des marques d’une chasteté virginale. Et cependant son tempérament naturel semblait être tout contraire à cela ; d’où s’ensuit qu’il lui a fallu subir de grands combats et emporter de grandes victoires pour empêcher que ce trésor ne lui fût volé.
Sa mortification n’a pas seulement paru à l’égard des mouvements charnels, qu’il réprimait si bien, mais encore à l’égard de toute autre chose, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. A-t-on vu un homme de la sorte plus mortifié que lui de sa vue, de l’ouïe, du goût et autres sens, surtout de la langue, de son jugement et de sa volonté ? Je vous le laisse à penser. Mais pour mieux connaître l’excellence de cette vertu en lui, il faut se représenter qu’il était naturellement prompt, vif, colère et avide d’ouïr et savoir, etc. ; néanmoins il maîtrisait si bien toutes ses inclinations et passions qu’il a toujours paru être naturellement posé, doux, indifférent et bonasse. Et cependant cela n’était que par vertu et par grâce, qu’il a acquise à force de se mortifier. En un mot, il est vrai de dire que sa vie n’a été qu’une perpétuelle mortification, comme si Dieu eût pris plaisir à le voir ainsi bien user des mortifications, comme un autre Job. Il ne s’est pas contenté des ordinaires ; mais il lui en a donné des extraordinaires. Et c’est particulièrement quand, après lui avoir donné, d’un côté, une grande connaissance de la valeur et beauté des âmes et de la grande nécessité qu’elles ont du secours de la mission, et, de l’autre, un désir insatiable et incroyable d’y travailler incessamment pour les gagner, il lui ôta quasi à même temps les moyens d’exécuter ses saints desseins, en lui donnant une infirmité au corps qui l’a tourmente quasi continuellement, et une autre, plus grande, en l’esprit, qui est une persuasion qu’il avait d’être inutile et
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à charge à la maison, provenant de sa grande humilité, ainsi que nous avons déjà dit. Pour vous figurer en quelque façon cette mortification héroïque, il ne faut sinon vous représenter un homme bien affamé à qui l’on fait voir continuellement une table couverte de toutes sortes de bonnes viandes, auxquelles il ne peut toucher, à cause qu’il est trop bien enchaîné. Sa mortification était comme cela et même plus grande, du moins à cause de la longue durée. Et cependant, quoique son humilité lui ait fait faire quelques petites plaintes amoureuses de ses peines, nous pouvons dire de lui ce que le Saint-Esprit dit de Job : In his omnibus non peccavit (12) mais bien il s’y est d’autant plus purifié, comme l’or dans la fournaise, parce qu’en tout cela il était entièrement résigné à la volonté de Dieu, ce qu’il n’a pu cacher, à cause des actes fréquents qu’on lui en a vu faire avec tant de ferveur.
Quoique j’aie déjà fait mention de sa grande dévotion, je ne puis néanmoins m’empêcher d’en dire encore un mot. Il n’est pas croyable combien il était dévot à toutes les choses saintes que l’église conseille ou approuve, comme l’eau bénite, agnus Dei, rosaire, reliques, indulgences et semblables, comme aussi aux saints et aux anges, mais particulièrement à trois : 1° à son bon ange, qu’il honorait tous les jours en une manière particulière, et avait une grande confiance en lui, ce qui ne pouvait être, s’il n’eût souvent impétré par son intercession l’effet des prières qu’il lui faisait ordinairement ; et il est probable qu’il le regardait souvent des yeux de l’esprit, ainsi que faisait sainte Françoise le sien avec les yeux du corps, et qu’il lui parlait familièrement et avec grande révérence ; 2° à la sainte Vierge,
12) Job I, 22
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et encore plus ; mais il me serait impossible de vous l’exprimer ; il faudrait l’avoir ouï lui-même en discourir. Ce qu’il en disait était capable de donner cette dévotion aux autres, particulièrement quand il était sur le propos de sa conception immaculée, du grand pouvoir qu’elle avait auprès de son Fils et des grands miracles qu’elle a faits en faveur de tant de personnes. Le principal était qu’il l’imitait en ses vertus et exhortait les autres à en faire de même. Je crois que cette dévotion a été une des principales causes de sa chasteté, dont nous avons parlé, et que la Vierge lui accordait tout ce qu’il lui demandait. Aussi avait-il une grande confiance en elle, particulièrement au lit de la mort, ainsi que j’ai moi-même remarqué plusieurs fois, entre autres quand il prononçait ces paroles : In te, Domina, speravi, non confundar in æternum, quia non solum sperantem, sed etiam desperantem adjuvas.
Mais sa principale dévotion était à la passion de N-S. ; car il y pensait tous les jours et presque à toutes les heures, et n’y pensait qu’avec ressentiment de compassion, d’admiration et remerciement ; et souvent il ne pouvait s’empêcher de le faire paraître au dehors par des aspirations, par des soupirs et par des larmes. C’est ce qui lui faisait dire souvent que celui qui ne remercie N.-S. J.- C. tous les jours de sa passion perd sa journée. ç’a été aussi pour cela qu’en la dernière maladie il baisait et rebaisait si souvent et si dévotement, même avec larmes, le crucifix qu’il avait toujours près de lui en son lit. Qui pourrait raconter les beaux colloques qu’il lui faisait alors et de cœur et de bouche ? Qui pourrait exprimer le sentiment avec lequel il lui disait : O bone Jesu, qui mortuus es pro me, quis mihi tribuat ut moriar pro te ! Salve, crux pretiosa, suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat qui per te moriens me redemit. !
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Je n’aurais jamais fait si je voulais ici vous raconter toutes ses vertus. Il suffit de dire que non seulement il ne me souvient point d’avoir jamais remarqué en lui aucun vice, ni ouï dire qu’il en eût aucun, mais encore que je n’ai jamais remarqué en lui que vertu, et chacun l’a regardé, aussi bien que moi, comme un miroir de dévotion, de patience, d’humilité, d’obéissance, de charité et de toutes sortes de vertus. Sur quoi je ne puis omettre l’estime qu’en faisait Monsieur Parmentier, curé de la Queue (13), homme de rare vertu, qui l’a connu fort particulièrement, lequel n’en parlait jamais qu’avec admiration, disant ordinairement avec ardeur : "Monsieur Pillé est un homme de Dieu ; c’est un trésor caché ; c’est un saint".
Il semble qu’en voilà bien assez pour élever l’édifice des vertus de ce grand homme de Dieu ; mais nous avons manqué d’en poser les fondements. Il reste encore une vertu éminente, qui était en lui si vive et si éclatante par-dessus toutes les autres, qu’elle les vivifiait et faisait éclater merveilleusement : c’est la vive et grande foi qu’il a toujours eue en un souverain degré, en sorte qu’il semblait, à l’ouïr et voir faire, qu’il touchait et palpait les mystères de la foi. Il n’avait aucune difficulté à croire les choses même qui n’étaient pas d’obligation, comme l’histoire des saints, leurs miracles et tout ce que les livres de dévotion contiennent. C’était la vive et grande foi qu’il avait de la grandeur et bonté de Dieu qui le faisait souffrir avec tant de gaieté et agir avec tant de ferveur. C’était la grande foi de la justice divine qui lui faisait si fort craindre ses jugements et châtiments. C’était elle qui lui faisait avoir tant d’horreur du péché et de zèle pour le salut des âmes. C’était elle
13). La Queue-en-Brie (Seine-et-Oise).
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qui lui faisait craindre si fort de rendre compte à Dieu, particulièrement pour les âmes qui lui ont été commises. C’était elle qui lui faisait dire si souvent, et avec larmes et soupirs : "Oh ! que les jugements de Dieu sont épouvantables ! Oh ! que je serais heureux si je n’avais jamais été curé !" Enfin, c’était cette foi qui lui faisait si hautement pratiquer toutes les vertus que nous avons remarquées en lui. Et ce qui m’a semblé plus admirable, c’est que cette foi opérait grâce même en l’âme des autres, ainsi que quelques-uns de nos frères ont expérimenté, pour avoir eu recours à lui en leurs tentations, auxquels il disait : "Faites ou dites ceci ou cela, et vous en serez délivrés". Et la chose arrivait ainsi qu’il l’avait dite. Et je l’ai moi-même reconnu en plusieurs choses, particulièrement en ce qu’étant un jour en fort grande peine pour le procès que Messieurs de Saint-Victor nous avaient intenté à cause de notre établissement à Saint-Lazare, en sorte que j’étais sur le point de quitter tout à fait cette maison pour ne point plaider, je consultai sur ce sujet plusieurs grands personnages en toutes façons, lesquels ne purent, avec toutes leurs raisons, me persuader de tenir bon et défendre notre cause ; mais dès que j’eus demandé à M. Pillé son avis, il ne fit que me dire tout bonnement et froidement : "Monsieur, cela n’est rien ; faites ; ne vous en mettez point en peine ; c’est la volonté de Dieu". Sitôt qu’il m’eut dit cela, vous ne sauriez croire combien je fus consolé et soudain résolu d’entreprendre l’affaire, en sorte que je n’en ai eu, depuis, aucune peine ni difficulté, comme si Dieu lui-même me l’eût révélé et ordonné, tant sa foi était vive et efficace.
Cette grande foi n’empêcha pas qu’à l’heure de sa mort il n’ait un peu été tenté d’infidélité. Mais cette tentation lui fut permise de Dieu pour le rendre plus
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ferme dans sa croyance, comme un peu d’eau jetée sur un feu bien allumé ne sert que pour le faire mieux allumer. L’acte qu’il fit ensuite en est une preuve assez forte et authentique, pource que, un peu devant qu’il perdît la parole, l’étant allé voir, et m’ayant dit sa tentation, je lui demandai s’il ne croyait pas à tout ce que Dieu avait révélé à son église ; et soudain il me dit avec une extrême vigueur d’esprit : "Je renonce à toutes les suggestions du malin esprit ; je veux mourir en vrai chrétien" ; et s’écriant il fit cet acte : "O mon Dieu ! je crois toutes les vérités que vous avez révélées à votre église ; je renouvelle tous ceux que j’ai faits en ma vie, et pource qu’ils n’ont pas peut-être toutes les conditions requises, je renouvelle tous ceux des apôtres, des confesseurs et martyrs, etc".
Quand j’ai dit que cette si grande foi lui causait une si grande crainte de la justice divine, il ne faut pas vous imaginer qu’il ait manqué pour cela d’espérance, vu qu’elle était en lui très grande. De quoi il ne faut s’étonner, puisque la même foi, dont il faisait tant d’actes, lui servait toujours de bouclier pour résister aux assauts de la tentation, et ensemble de flambeau pour voir clairement l’immensité de la miséricorde de Dieu, la valeur infinie de la mort et passion de N.-S. et la vérité infaillible des promesses qu’il a faites aux pécheurs pénitents, joint que sa grande charité, étant unie avec sa grande foi, était une marque infaillible que son espérance était pareillement grande, comme quand on voit de nuit une grande clarté et qu’on y sent une grande chaleur, c’est un signe évident que la flamme en est aussi bien grande. Ainsi vous ayant montré la grande lumière de sa foi et la grande ardeur de sa charité, il s’ensuit infailliblement que La flamme de son espérance était grande à proportion. Et quand il n‘y aurait point d’au
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tre preuve que l’expérience que nous avons des continuelles victoires qu’il a gagnées en combattant contre la crainte jusques à la mort, ce serait bien assez pour faire voir la grandeur de son espérance ; car autrement elle n’eût pu subsister comme elle a fait. Et non seulement elle subsistait, mais elle s’augmentait sans doute à mesure qu’elle était contrariée, ainsi que la flamme d’un grand feu bien allumé croît étant agitée des vents. Et ç’a été sans doute pour cela que Dieu l’a voulu ainsi exercer, pour lui faire gagner une plus riche couronne. Et quoique cette grande espérance ait toujours été en lui toute sa vie, elle a néanmoins bien mieux paru et éclaté à la fin par plusieurs actes signalés qu’il en a faits, particulièrement quand nous lui parlions du paradis, là où il devait bientôt aller, et que nous nous recommandions à ses prières quand il serait dans le ciel ; car il nous répondait résolument et simplement qu’il ne manquerait pas de prier Dieu pour nous et pour toute la Mission, et nous promettait cela comme s’il eût eu révélation d’entrer dans le ciel aussitôt après sa mort. Oh ! que de belles requêtes qu’il promettait de présenter à la divine Majesté pour toute la compagnie ! Enfin il a fait voir que son espérance allait croissant à mesure qu’il prévoyait la récompense approcher, comme le mouvement de la pierre croît en vitesse plus elle approche de son centre.
Voilà, Monsieur, le précis de la vie de M. Pillé, qui semble sans doute bien grand ; mais pourtant je le trouve petit, tant pource que je ne vous ai pas fait voir toutes ses vertus, car il serait impossible, qu’à cause que ce qui est de plus grand et de plus excellent a été caché par sa profonde humilité, joint qu’il n’y a que Dieu qui le puisse connaître ; et nous ne le connaîtrons que dans le ciel, particulièrement cette plénitude de
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grâce et l’esprit avec lequel il faisait tous ces actes de vertu. Quoi que c’en soit, voilà une partie de ce que nous avons pu remarquer de sa vie.
Vous attendez possible que je vous fasse aussi un narré de sa mort ; mais je n’ai à vous dire, sinon que vous l’avez déjà vu dans le miroir de sa vie, d’autant que sa mort a été telle qu’a été sa vie ; que s’il y a quelque différence, c’est donc que sa vie en a été comme le grand tableau, et sa mort comme le raccourci ; car je puis dire que dans les dix ou douze derniers jours de sa vie, il a fait et refait des actes intérieurs et extérieurs de toutes les vertus que nous avons touchées, particulièrement de foi, de crainte, d’espérance, de charité, de contrition, d’humilité, d’obéissance, de patience, de résignation et conformité à la volonté de Dieu, et même qu’il a fait intensive en sa mort ce qu’il a fait extensive en sa vie : je veux dire que, s’il a fait en sa vie plusieurs actes d’une vertu, v. g. à 3 degrés, le peu qu’il en a fait à sa mort était à six degrés. Pour vous dire néanmoins quelque chose de plus particulier touchant la fin de cet homme de Dieu, vous saurez, Monsieur, qu’environ trois semaines avant que mourir, on l’amena des Bons-Enfants à Saint-Lazare, à cause d’un grand et continuel assoupissement qu’on remarqua en lui, outre son mal ordinaire de la poitrine et des poumons. 3 ou 4 jours après son arrivée, il commença à garder le lit, et depuis il alla toujours diminuant en force et croissant en peine, à cause que son mal de poitrine l’oppressait plus que jamais et en telle manière qu’en peu de jours il ne put aucunement se tenir sur les pieds ni s’aider de ses membres ; et qui plus est, il commença tôt après a cracher les poumons. Il avait néanmoins encore l’esprit fort, le courage grand et la parole libre ; et ce qui est de plus admirable, c’est qu’il parlait et priait souvent
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avec plus de vivacité et de vigueur qu’auparavant, particulièrement quand on lui eut annoncé que c’était à ce coup que Dieu voulait mettre fin à ses peines temporelles pour aller jouir des joies éternelles. Ce fut alors qu’il commença, comme un cygne, à chanter plus doucement que devant. Oh ! qui pourrait exprimer les sentiments qu’il avait dans son cœur pendant qu’il prononçait de bouche ce verset de David : Laetatus sum in his quae dictea sunt mihi. in domum Domini ibimus (14) ! Oh ! qui pourrait exprimer avec quel esprit il a fait tous ces actes de vertu, tant intérieurs qu’extérieurs, qu’il a produits dans ce dernier passage, principalement quand je lui donnai le sacré viatique et l’extrême onction ! Car autant d’actes qu’il faisait de foi, d’espérance, de charité, de contrition, d’humilité, de simplicité, d’obéissance et de conformité à la volonté de Dieu étaient autant de dards enflammés qui perçaient les cœurs des assistants et les faisaient fondre en larmes. C’était un second saint André ; car, comme ce grand apôtre mourut en croix et y demeura néanmoins deux jours attaché sans mourir, pendant lesquels il prêchait les peuples et priait Dieu pour la conversion de leurs âmes, M. Pillé est mort en croix, je veux dire dans les douleurs aiguës de sa maladie, et, pendant ses souffrances, a édifié tous les missionnaires par les bons discours qu’il leur a tenus et par les rares exemples de patience et autres vertus qu’il leur a donnés. J’allais ordinairement deux fois le jour le visiter, particulièrement la dernière semaine de sa vie ; mais il faut que j’avoue que ce n’était pas tant pour le consoler, encourager et disposer à bien mourir, que pour être moi-même consolé, encouragé et disposé à bien vivre. Et en effet, je n’en revenais jamais que je n’eusse
14) Psaume CXXI,1.
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le cœur tout liquéfié et embaumé de dévotion. J’étais ravi d’admiration de voir en lui des choses si contraires et si extrêmes en un même sujet et en même instant ; de voir une si grande patience avec une si grande souffrance ; tant de force d’esprit avec tant de faiblesse de corps ; une voix si forte (surtout quand il parlait de Dieu) avec une si grande incommodité du poumon ; tant de vigilance et d’attention à ce qu’on lui disait dans un si extraordinaire assoupissement ; car, à la première parole qu’on proférait pour le disposer à la mort, soudain il ouvrait les yeux et la bouche pour témoigner que son cœur ne dormait pas, quoique son corps fût ainsi assoupi, mais qu’il veillait toujours avec la lampe allumée, prêt à recevoir l’époux, qu’il attendait avec tant de désir. J’étais encore plus ravi de voir en lui une si profonde humilité avec une si haute charité, une crainte si grande avec une espérance si parfaite, une foi si ferme avec une tentation si forte, tant de contrition avec tant d’innocence, tant de dévotion avec tant de désolation, tant de patience parmi tant de douleurs et enfin tant de résignation à la volonté de Dieu avec tant de sujet de mortification intérieure et extérieure.
Mais ce qui m’attendrissait plus le cœur de dévotion, c’était de le voir et ouïr lorsqu’on se recommandait à ses prières et qu’on lui demandait sa bénédiction, particulièrement quand c’était moi qui l’en priais. Du commencement, il s’en excusait, disant que c’était à lui à me faire cette prière ; mais, après cela, il obéissait en simplicité, disant : "C’est à ma confusion ce que je m’en vais faire par obéissance". Et soudain, il commençait à faire des prières si admirables et nous souhaitait tant de bénédictions et nous donnait de si bons avis et nous disait tant de bien de la Mission et nous prédisait tant de grâces, et cela avec tant de ferveur, de simplicité et
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d’humilité, qu’il nous semblait ouïr un saint du paradis ; en sorte que nous ne pouvions contenir nos larmes, particulièrement quand, pour la conclusion, il élevait sa main et formait le signe de la croix pour me donner sa bénédiction, que je recevais de lui comme si Notre-Seigneur lui-même en personne me l’eût donnée ; et il me semblait que j’en recevais à l’instant des effets en mon âme.
Voilà ce que je vous puis dire de sa maladie, qui dura environ quinze jours, sur la fin desquels, après avoir fait tous les devoirs d’un parfait chrétien et rendu hommage au souverain Seigneur et de cœur et de bouche et d’œuvre, il commença à perdre la parole et enfin entra en l’agonie, quoiqu’assez tranquille et doux, avec laquelle il termina sa vie et rendit ses derniers soupirs encore plus doucement, sans quasi que l’on s’en aperçût, sinon par une dévote aspiration qu’il fit en disant : "O mon Dieu !" parole courte, mais emphatique et énergique. Oh ! que de belles choses sont comprises dans ce petit mot ! Oh ! qui pourrait les expliquer ! Ces dernières paroles ont semblé si admirables à quelqu’un des nôtres qu’il a dit qu’on avait sujet de croire qu’à ce dernier instant cet homme apostolique voyait déjà Notre-Seigneur et le touchait même ; de quoi il était si ravi qu’il fut contraint de s’écrier, comme un autre saint Thomas : Dominus meus et deus meus (15) ! C’est ainsi qu’il rendit l’âme, laquelle sans doute s’envola au ciel, n’ayant point besoin du purgatoire après sa mort, puisqu’elle avait été si bien purgée pendant sa vie. Il décéda au mois d’octobre, la surveille de saint Denis, un mardi, jour dédié aux anges, auxquels il avait porté une grande dévotion, et fut ensépulturé dans le chœur de Saint-Lazare, avec
15) évangile de saint Jean xx, 28
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une messe haute et solennelle, dont j’eus le bonheur d’être le célébrant. Nous n’avons pas laissé, outre cela, de dire chacun trois messes pour le repos de son âme, et chaque frère a fait la communion et dit trois chapelets. Je vous prie aussi d’en faire faire de même à votre communauté.
Voilà, Monsieur, la vie et la mort de ce bon et vrai missionnaire, mais plutôt de ce saint, qui prie maintenant pour nous, ainsi que nous le pouvons pieusement croire. Il y a à apprendre et profiter pour toutes sortes de personnes qui composent notre congrégation. Les vieux apprendront à ne se point dispenser de la règle, les jeunes à se soumettre, les malades à s’encourager et patienter, les sains à ne point se feindre de travailler les spirituels à se perfectionner et les sensuels à entrer en confusion de voir un homme vieillard et infirme se mortifier. Ceux qui ne sont pas fermes en leur vocation, ou qui, à la première tentation ou mécontentement, projettent leur sortie verront ici l’état qu’il faut faire de la grâce que Dieu leur a faite d’être missionnaires. Ceux qui murmurent d’être inhabiles à la prédication, confession et autres fonctions de Mission à cause de leur infirmité ou incommodité du corps ou de l’esprit, ou parce qu’on les laisse à la maison pour vaquer à autre chose qui ne leur revient pas, apprendront ici que c’est une grande présomption de s’imaginer que Dieu ait besoin de leur talent, comme s’il ne pouvait pas convertir les âmes par autre voie, et que l’obéissance, la mortification, l’oraison, la patience et semblables vertus gagnent mieux les âmes que les grandes sciences et toute l’industrie des hommes. On a vu clairement tout cela en M. Pillé, comme j’ai déjà dit, qu’il a plus fait lui seul en pâtissant que nous tous en agissant. Ce que nous avons à faire est de l’imiter en ces vertus et de prier pour lui
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ou plutôt le prier lui-même, du moins en particulier, puisque l’église ne nous permet pas encore d’agir autrement. Ce faisant, nous devons espérer par son intercession des grandes faveurs du ciel en cette vie pour par après aller jouir avec lui de la gloire en l’autre. Dieu nous en fasse la grâce, par les mérites de N.-S. et de sa sainte Mère, en l’amour desquels je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.
De Saint-Lazare-lez-Paris, le 1er jour de l’an 1643.
Suscription : A Monsieur Monsieur du Chesne, supérieur des prêtres de la Mission de Crécy, à Crécy.
635 — A JEAN GUéRIN
De Paris, ce 12 janvier 1643.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Mon Dieu, Monsieur, que mon âme a été consolée de la façon que la compagnie a reçu votre nouvel emploi ! Cela me fait espérer grâce particulière de Dieu sur vous. O Monsieur, qu’il en faut pour la conduite d’une famille telle que la vôtre, pour empêcher que rien de contraire à son esprit ne s’y glisse et pour La faire avancer dans la voie de la perfection ! Les fréquentes prières vous aideront à cela, comme aussi de prendre quelque temps par jour ou par semaine pour considérer l’importance qu’il y a qu’un supérieur avance sa compagnie a la perfection que Dieu demande d’elle ; 2° de consi-
Lettre 635. — Recueil du procès de béatification
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dérer en quoi consiste cette perfection ; 3° comme quoi elle y travaille en général et comme quoi chacun en particulier ; 4° penser aux moyens de la faire avancer et les mettre en pratique. être toujours des premiers aux actions de la communauté, autant que les affaires le permettront, c’est le premier moyen ; être invariable pour la fin et doux pour les moyens d’y faire parvenir, est le second ; et le troisième, de prendre avis de deux que vous prendrez pour votre conseil, Messieurs Escart et Tholard, et toujours aux choses principales, et toujours de Monsieur Dufestel. Vous ne serez point astreint néanmoins à la pluralité des voix. Vous choisirez celle qui vous paraîtra la meilleure, ou la vôtre, sauf à en rendre compte à la visite, comme dit la règle. Oh ! que vous ferez grand bien de faire état de l’avis de Monsieur Dufestel ! S’il s’agit du temporel, vous en pouvez prendre des avocats ; hors cela point. Il n’y a que les membres du corps qui soient animés de l’influence de l’esprit du même corps. Quand j’ai dit qu’il faut être invariable à la fin et doux aux moyens, je vous dis l’âme de la bonne conduite ; et l’un sans l’autre gâte tout. O Monsieur, que la participation à la douceur et à l’humilité du cœur de Notre-Seigneur représente au vif l’image de Notre-Seigneur et celle de sa bonne conduite, surtout quand la fermeté s’y trouve, sans laquelle je vois la plupart des communautés qui se relâchent en venir là par la trop grande indulgence des supérieurs ! Soyez donc ferme, Monsieur ; et j’admets qu’à l’heure vous contristiez les esprits ; ils vous en auront plus de confiance après ; et hors cela, dans quelque temps vous leur seriez à mépris. Soyez exact à entendre la communication de l’intérieur tous les mois. Je prie la compagnie de s’affectionner à cette sainte pratique et à toutes les autres. Ce que je dis à la compagnie et à vous, Monsieur, sur ce point, je
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l’entends de l’observance de toutes nos petites règles, surtout de celle de la charité mutuelle. Et parce qu’il n’y a que l’esprit de Jésus-Christ Notre-Seigneur qui soit le vrai directeur des âmes, je prie sa divine Majesté qu’elle nous donne son esprit pour votre direction particulière et pour celle de la compagnie. Hélas ! Monsieur, comment suis-je si misérable d’oser prendre la hardiesse de vous dire ces choses que je ne fais pas ? Votre charité m’excusera, s’il lui plaît, et priera Dieu pour moi, qui suis le plus misérable des hommes et qui ose espérer m’amender, si je suis aidé de vos prières et de celles de votre petite communauté, à laquelle je me recommande, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre indigne de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Guérin, supérieur des prêtres de la Mission d’Annecy, à Annecy.
636. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Je vous embrasse avec toutes les tendresses de mon âme, considérant la vôtre comme une victime offerte continuellement à la gloire de son souverain Seigneur, qui travaille à sa perfection et au salut du prochain. Mon Dieu, Monsieur, que bienheureux sont ceux qui se donnent à lui sans réserve pour faire les œuvres que J.- C. a faites et pour pratiquer les vertus qu’il a pratiquées, comme la pauvreté, l’obéissance, l’humilité, la patience, le zèle et les autres ! car c’est ainsi qu’ils sont les vrais
Lettre 636. — Lettres choisies de saint Vincent de Paul Arch. de la Mission), lettre 36.
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disciples d’un tel maître. Ils vivent purement de son esprit et répandent, avec l’odeur de sa vie divine, le mérite de ses saintes actions, à l’édification des âmes pour lesquelles il est mort et ressuscité. Si donc je vous regarde comme l’un de ses bons serviteurs, n’ai-je pas raison de vous chérir et de vous estimer en lui et d’implorer souvent, comme je fais, la continuation de ses grâces pour lui être fidèle jusqu’à la consommation des siècles, pour être ensuite couronné de sa gloire pendant l’éternité ? Ce sont là les souhaits de mon cœur pour le bonheur du vôtre.
637. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[17 janvier 1643] (1)
Monsieur,
Voilà une lettre de notre sœur Jeanne, d’Issy (2), Vous verrez ce qu’elle a fait au sujet de la copie de la quittance que l’on leur demande. Je pense, Monsieur, qu’il serait bien de régler cette affaire au plus tôt.
Monsieur le curé de Baron (3) s’attend d’avoir une fille après la Chandeleur, et nous attendons que la divine Providence inspire à votre charité de nous faire avertir. Nos sœurs croient, aussi bien que moi, que ce bien, qui nous a été si longtemps différé, est une punition du mauvais usage que nous avons fait du passé, dont nous avons regret reconnaissant ne pouvoir mieux à l’avenir sans une grande aide de votre charité, de laquelle je suis, Monsieur. une pauvre petite fille et très obligée servante,
L, DE M.
Du jour saint Antoine,
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent,
Lettre 637. — L a — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre semble devoir être rapprochée de la lettre 641
2). Dans la banlieue de Paris
3) Localité de l’arrondissement de Senlis (Oise)
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638. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Je vous supplie très humblement me faire la charité que je sache l’heure que vous direz la sainte messe demain et de faire la charité à mon fils de venir y prier pour lui, et vous y souvenir de ma très humble supplication
Nous ne saurions envoyer ma sœur Henriette a Issy (2), à cause qu’elle sera nécessaire à Fontenay (3) pour tenir l’école, notre sœur qui y demeure ne sachant pas lire. Cette bonne simple sœur que je vous avais dit avoir la pensée de renvoyer, n’a point fait de retraite, ne la croyant pas capable. je vous supplie très humblement, Monsieur, prendre la peine me dire si je l’y mettrai avec les autres.
J’espère que nos sœurs feront bon usage de l’instruction que votre charité nous a donnée aujourd’hui (4) ; leur cœur est tout rempli de désir pour cela et souhaiterait bien s’en souvenir toujours ; ce qui me fait vous supplier très humblement nous envoyer le petit mémoire des points que vous en aviez. il me semble qu’il me fera souvenir d’une bonne partie de ce que notre bon Dieu nous a fait dire par votre bouche.
Ne serai-je point avant mourir en l’état que Dieu me demande pour son amour ? Faites-moi la charité d’y, penser un peu et vouloir avoir connaissance de mes désordres, et que je n’aie pas à ma mort toute la confusion que je mérite pour mes infidélités au dessein de Dieu, et particulièrement lorsque Dieu me demandera compte depuis que sa bonté m’a fait la grâce, mon très honoré Père, d’être votre plus petite fille et plus obligée servante.
J’ai oublié de vous demander si j’écrirais l’acte de reconnaissance que je vous ai envoyé, sur le dos du feuillet où est l’arrêté du compte, ou bien si ce sera en marge du même feuillet, pour qu’il soit compris dans l’arrêté.
Ce jour de la Conversion de saint Paul.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 638. — L a — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original.
2). Commune de la banlieue de Paris.
3). Fontenay-aux-Roses (Seine).
4). Cette conférence nous a été conservée.
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639. — A BERNARD CODOING
Paris, ce 30 janvier 1643
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres à la fois, l’une du 8 et l’autre du 14 du mois passé. Je ne ferai point réponse à la première, sinon en vous disant en peu de mots que je respecte le premier article, qui regarde le moyen d’affermir la compagnie par cette promesse de payer la dépense qu’on aura faite, si l’on sort, y étant obligé…. (1), mais que l’expérience fait voir au séminaire institué à Rouen par feu Monseigneur le cardinal de Joyeuse (2) où l’on s’oblige et baille caution de payer la pension, en cas qu’on ne se tienne à sa vocation, que ce moyen est inutile et qu’il n’a point remédié à tous les désordres précédents.
Pour le second, qui est des cures, nous prions Dieu incessamment pour cela, en suite de quatre ou cinq conférences qu’on a faites sur ce sujet, sans se pouvoir résoudre à l’affirmative ni à la négative. Nous ne fournirons pas moins de bons curés à l’église par nos séminaires que par la compagnie même, comme j’espère, au cas qu’en suite de plusieurs prières et conférences la compagnie se résolve à l’exclusion. Assurez-vous, Monsieur, que vous ne sauriez nous alléguer aucune raison
Lettre 639. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1). Le mauvais état de l’original ne nous permet pas de lire le mot qui se trouvait en cet endroit.
2). François, duc de Joyeuse, né le 24 juin 1562, occupa successivement les sièges de Narbonne (1582-* 1584), de Toulouse (1584-1605) et de Rouen (1605-1615). Il fut créé cardinal le 12 décembre 1583 et prit possession de son titre le 7 janvier 1590
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pour ni contre qui n’ait été vue et considérée par la compagnie depuis le long temps qu’il y a qu’elle y pense, et aux autres choses que votre première lettre contient. C’est pourquoi je vous supplie d’être en repos pour cela, comme aussi pour ce qui regarde l’affaire de la Barbarie, pour laquelle je ne vous dirai point autre chose, sinon que notre pensée n’exclut point, ni ne fait rien contre les Ordres de la Rédemption (3) et des Mathurins (4), ne va qu’à voir s’il y a moyen que la petite compagnie fasse une espèce de mission de temps en temps parmi ces pauvres esclaves ; et peut-être que, pour en faire le premier essai, l’on prendra pour prétexte le rachat qu’on essayera de faire d’un petit nombre d’esclaves. C’est à quoi la Providence semble [nous] appeler, et que nous soyons en demeure de 18 qui ont [perdu] leur foi. De ce nombre-là j’ai promis de faire partir Monsieur [du Coudray], dans cinq ou six jours, pour Marseille, où, en travaillant aux forçats, il minutera le traité.
J’adore la Providence de ce que vous, Monsieur, me dites dans la seconde, et loue Dieu de ce que Monseigneur le cardinal de Lenti a la pensée du séminaire. Monsieur, que de biens à faire, s’il plaît à Dieu de bénir ce bon œuvre ! Nous venons d’envoyer ce matin deux séminaristes en mission en Champagne, et demain ou après nous en enverrons sept ou huit en deux bandes.
3). L’Ordre de la Rédemption ou de la Merci fut fondé au XIIIe siècle par saint Pierre Nolasque pour le rachat des esclaves. Le Père Jean-Baptiste Gonzalez y introduisit la réforme à la fin du XVIe
4). L’Ordre des Mathurins remontait au XIIe siècle et avait pour fondateurs saint Jean de Matha et saint Félix de Valois. Il tirait son nom du couvent de Paris, bâti sur l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à saint Mathurin. On l’appelait aussi Ordre des Trinitaires. La réforme, commencée en 1573, fut étendue à tout l’Ordre par Urbin VIII en 1635
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Ceux qui en sont revenus depuis peu y ont fort bien fait. et ceux que nous avons donnés à Nosseigneurs de Reims et de Châlons (6) pour être leurs aumôniers font fort bien. Mon Dieu, Monsieur, que je suis aussi consolé de ce que vous voilà travaillant aux pâtres et aux incurables ! Je pense que vous faites bien d’assister aux ordinands. Chacun reconnaît ici que le bien qui se voit aujourd’hui à Paris vient principalement de là.
J’étais sur le point de vous envoyer Messieurs Blatiron et Brunet ; mais ce que vous me dites que je ne vous envoie personne, si annona non sit duplicata, c’est ce qui m’a fait destiner le premier pour Saintes et le second pour ailleurs.
Nous n’avons point encore le contrat de votre fondation. L’on le nous fait espérer dans trois jours, et si je vous puis assurer que je n’y perds pas de temps à solliciter. Dès que nous l’aurons, nous tâcherons de retirer ce qui vous est dû de ce côté-là. J’acquitte cependant les 37 pistoles que vous me dites que vous avez prises, outre les cent que nous avons payées et celles que je vous ai dit que vous pouviez prendre de M. Marchand, qui sont autres cent.
Mon Dieu, Monsieur, que je suis consolé de ce que Notre-Seigneur vous a donné ces deux bons ecclésiastiques italiens ! Je vous supplie, Monsieur, de dire à
5). Léonor d’Estampes de Valençay
6). Félix Vialart, évêque de Châlons, était fils de Madame de Herse, une des collaboratrices les plus généreuses et les plus dévouées de saint Vincent. Il naquit à Paris le 5 septembre 1613. Dès 1640, alors qu’il était encore dans sa vingt-huitième année, il fut choisi pour succéder à Henri Clausse sur le siège de Châlons. Il établit un séminaire, réforma le clergé, organisa les missions, vint en aide aux malheureux. Mais, comme Nicolas Pavillon, il se laissa gagner par les idées jansénistes, et ce fut une tâche fâcheuse dans un épiscopat si plein et si fécond. Félix Vialart mourut le 10 juin 1680. (Cf. La vie de Messire Félix Vialart de Herse, Utrecht, 1738, in-16.)
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M. Boulier et à eux que je les embrasse, prosterné en esprit à leurs pieds, et que je m’en vas présentement célébrer la sainte messe, à ce qu’il plaise à Dieu de les faire selon son cœur. Il sera bon, comme vous dites, de leur former l’intérieur ; sans cela une personne voit bientôt le fond et la fin de sa ferveur. Je salue, de plus, le reste de la compagnie, étant prosterné en esprit aussi à ses pieds, et les supplie très humblement me pardonner de ce que je ne puis leur écrire à tous. Oh ! que j’ai besoin de votre support et du leur ! Je le vous demande, Monsieur, avec toute l’humilité et l’affection qui m’est possible, et recommande à vos prières une retraite que j’espère de commencer la semaine prochaine, vers la fin, et de revoir nos petites règles communes et de les vous envoyer ensuite.
Je ne vous puis remercier assez humblement et affectionnément à mon gré de ce que vous me dites que vous êtes prêt à déposer vos pensées sur les choses que vous me mandez. Assurez-vous, Monsieur, que l’on ne résout, ni exécute rien qu’après plusieurs communications et conférences avec des personnes d’insigne piété et que nous demeurerons toujours dans le clergé, avec l’aide de Dieu, et dans la disposition des serviteurs dévoués à l’égard de Nosseigneurs les prélats.
Ce que je vous ai dit autrefois des… (7)
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
7). Du reste de la phrase on ne peut saisir que certains mots isolés. comme convenables espère Dieu, qui sera le lien de
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640. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 5 février 1643 (1)
Vincent de Paul donne des nouvelles de sa communauté, parle de l’établissement de plusieurs séminaires, etc.
641. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Madame de Lamoignon et. Madame de Nesmond (1) sont venues ici au retour de visiter l’hôpital de Saint-Denis pour lequel elles doivent demander des sœurs de la Charité, au cas que les religieuses hospitalières n’acceptent les conditions que l’on leur veut proposer (2). Ces dames Monsieur, avaient grand désir de vous parler, pour vous dire qu’elles ne croient pas que Mgr de Beauvais (3) aille à St-Germain (4) et que Madame. sa sœur (5) les y pourra conduire, au lieu de lui si vous le treuvez bon. Mais leur plus grande difficulté pour y aller est que l’on leur a dit que Monsieur de Noyers est à Versailles avec le roi et il leur semble que, s’il n’était à St-Germain que leur voyage ne serait pas si utile. Elles ne savent pas aussi si elles doivent remercier seulement la reine recommandant à Sa Majesté cet œuvre, ou bien la supplier de s’en rendre protectrice. Elles attendront votre avis sur tout cela avant résoudre leur
Lettre 640. — M. Charavay, qui a mis en vente l’original de cette lettre, dit dans son catalogue que saint Vincent l’a écrite de sa main et qu’elle comprenait trois pages in-4°.
Lettre 644 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Anne de Lamoignon, épouse de Théodore de Nesmond, président au parlement de Paris, et fille de Madame de Lamoignon. Les membres de sa double famille étaient tous liés avec Vincent de Paul, dont ils appréciaient les vertus et favorisèrent les œuvres.
2). L’établissement de Saint-Denis (Seine) ne commença que le 2 août 1645.
3). Augustin Potier.
4). Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), où la cour résidait une partie de l’année.
5). L’évêque de Beauvais avait deux sœurs : Renée, mariée à Oudard Hennequin, seigneur de Boinville, maître des requêtes de l’hôtel du roi ; Madeleine, mariée à Théodore Choart, seigneur de Buzanval.
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voyage et doivent envoyer chez vous demain matin, ou bien, Monsieur si vous le jugiez nécessaire, votre charité leur donnerait résolution plus tôt.
Monsieur le curé : d’Issy est venu céans, et, après m’avoir parlé d’une charité pour une petite fille, m’a demandé si nous renverrions bientôt notre sœur Jeanne. Je lui ai fait entendre que j’attendais que je fusse éclaircie du doute que j’avais que l’on eut dessein de continuer cette charité, et tout simplement je lui en ai dit le sujet. (Je n’ai rien gâté, ce me semble.) il doit parler à Mademoiselle de Montdésir et vous dire ce qu’elle désire faire. Il eut bien voulu mettre la faute sur nous du peu que l’on a donné à nos sœurs depuis qu’elles sont à Issy. S’il plaît a votre charité prendre la peine me mander si je tarderai encore de renvoyer notre sœur Jeanne. ? Je suis Monsieur votre très humble fille et servante
642. — A PIERRE ESCART, PRêTRE DE LA MISSION, A ANNECY (1)
De Paris, ce 11 février 1643.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Si vous aviez vu la joie de mon cœur à la lecture de votre lettre, le vôtre serait tressailli de la même passion O Monsieur, que je vous embrasse tendrement, mais certes humblement et prosterné en esprit à vos pieds ! Demain, s’il plaît à Dieu, je dirai la sainte messe en partie pour rendre grâces à Dieu pour celles qu’il vous a faites. Oh ! que cet argument du ciel : tout ce qui va rui-
Lettre 642. — L. a. — Dossier de Turin, original
1). Une déchirure a enlevé la suscription de la lettre. Le Contenu indique qu’elle est adressée à un prêtre de la maison d’Annecy, très probablement à Pierre Escart, qui reçoit en d’autres lettres des conseils semblables à ceux que le saint donne ici.
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nant la charité est de l’esprit malin, me parait venir du ciel et que je l’ai allégué et l’alléguerai bien des fois ! Oh ! bénie soit la sapience éternelle de Jésus-Christ, qui vous a fait faire la mineure et la conclusion avec tant de force et de bénédiction ! Continue ! Monsieur, à voir les choses et les actions du prochain dans l’esprit de charité ; et quand leurs actions auraient cent faces, pratiquons le conseil de notre bienheureux Père (2), de les regarder par la meilleure. Mon Dieu, que la part que Notre-Seigneur vous a faite de son humilité, au changement de supérieur qui a été fait (3), me console, pareillement et votre indifférence à vous soumettre à qui que ce soit ! Certes, c’est là une marque de la possession souveraine que Notre-Seigneur a de votre cher cœur, que j’aime plus que le mien, en celui de Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
643. — LE PèRE PIERRE F0URNIER (1) A SAINT VINCENT.
Nancy 1643.
Votre charité est si grande que tout le monde a recours à elle. Chacun vous considère ici comme l’asile des pauvres affligés ; c’est pourquoi plusieurs se présentent à moi afin que je vous les adresse et que par ce moyen, ils ressentent les effets de votre bonté. En voici deux dont la vertu et la qualité exciteront à bon droit votre cœur charitable à les assister.
2) Saint François de Sales.
3) Jean Guérin venait de remplacer François Dufestel.
Lettre 643. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI, sect. I 1er éd. p. 387.
1). Né à Château-Thierry en 1600, reçu en 1616 dans la Société de Jésus successivement recteur des collèges de Metz, Nancy, Reims, Pont-à-Mousson, Verdun et Châlons, mort à Châlons le 17 septembre 1671
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644. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR A ROME
De Paris, ce 20 février 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu, il y a trois jours, la vôtre du 8 du mois passé. Vous vous plaignez de ce que je ne vous écris pas assez. Je pense qu’il ne s’est passé aucun ordinaire, depuis ce temps-là, que je ne l’aie fait, et il aura passé de trois ou quatre semaines que je n’aie reçu de vos lettres. Il faut croire qu’elles se perdent. Il est vrai que, du temps où vous écriviez, j’avais laissé passer deux courriers sans vous écrire par… (1)
Je loue Dieu de ce qu’il a béni vos travaux à Ostie, aux pâtres, et qu’il continue sa bénédiction sur les bonnes vieilles gens de cet hôpital. Je n’ai jamais vu de plus belles missions que celles qui se sont faites à l’hôpital des Petites-Maisons de cette ville (2) Ce sont des personnes dont la plupart ont été dans le désordre de la vie, qui n’ont jamais fait confession comme il faut et qui sont à la veille de comparaître au jugement de Dieu. Oh ! je sais, Monsieur, qu’il y a grande apparence que l’esprit de
Lettre 644. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Charavay. L’original appartenait en 1881 au marquis de Gerbéviller (à Gerbéviller, Meurthe-et-Moselle).
1). Le copiste n’a pas su lire la suite.
2). L’hôpital des Petites-Maisons, appelé aussi hospice des Ménages et des Teigneux, était situé tout près de l’endroit où se croisent aujourd’hui la rue de Sèvres et le Boulevard Raspail, sur l’emplacement du square des Ménages ou du Bon-Marché. Il abritait quatre cents personnes vieilles et infirmes, des deux ; sexes, atteintes de folie, de maladies honteuses ou de la teigne. Saint Vincent y avait donné lui-même une mission avant l’établissement de sa congrégation. (Abelly, op. cit., 1. II, chap. 1, sect. 1, § 5, p. 20.) Il y envoya plus tard les membres de la conférence des mardis, qui y firent un bien considérable. (Abelly, op. Cit., 1. II, chap. III, sect. Ill, p. 257)
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Dieu anime celui de M. le cardinal Lenti, qui a eu la pensée d’assister les pauvres vieilles gens. Je prie Notre-Seigneur qu’il le conserve toujours pour le bien de son église. Quel âge a-t-il ?
J’ai oublié de répondre à la demande que vous m’avez faite, si nous travaillerons dans les villes où il y a archevêché ou évêché ; et je vous dirai que à Annecy, et M. Chiroye à Luçon… Mon avis est que nous en fassions une règle (3). Il y a quelqu’un parmi nous qui est d’avis contraire. Et vous saurez retourner à l’usage, s’il vous plaît, jusqu’à ce que nous l’ayons autrement réglé (4).
Vous me demandez ce que nous vous pouvons fournir afin d’agir selon cela. Voici ce que je vous en peux dire. Vous m’aviez déjà écrit cela, et je vous ai répondu que vous n’aviez que 2.500 livres de revenu, sur lequel je ne sais s’il ne sera pas diminué par un procès qu’ont les fermiers des coches contre les Message (5) sur le port des personnes, lequel a été renvoyé au Parlement par le Conseil, où Madame la duchesse d’Aiguillon, par son autorité, aurait obtenu des arrêts avantageux aux fermiers des coches ; les Messageries nous offraient 3.000 livres des coches par an ; mais le fermier, qui les a encore pour 5 à 6 ans, les a voulus ; que nous avons tenu son bail, et, en effet, il était passé.
J’ai communiqué la lettre, par laquelle vous me demandiez de la montrer à Madame la duchesse, afin de
3). Le copiste a lu : "et je vous dirai qu’à Annecy et M. Chiroye à Luçon, nous contredisons mon avis, qui est que nous en fassions une règle". Ainsi formulée, la phrase n’a pas de sens. Saint Vincent a certainement écrit autre chose.
4) L’usage fut maintenu. Pour passer sur cette règle, à laquelle le saint tenait beaucoup, il ne fallait rien moins qu’un commandement formel des évêques.
5) Les Messageries royales, organisées par Richelieu.
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savoir son sentiment si vous deviez entreprendre les exercices des ordinands. Elle me dit qu’elle était d’avis que vous les preniez et qu’elle vous aiderait de quelque chose pour le présent et vous mettrait dans son testament. Voilà ce qu’elle m’a dit. Nous n’avons point encore le contrat de votre fondation pour quantité… (6).
Feu son éminence (7) a donné à la mission de Richelieu soixante mille livres pour sa fondation, par son testament, par lequel il demande qu’on prie pour lui.
M. de Liancourt dut, il y a trois jours, venir à la compagnie assemblée pour la noblesse lorraine. Il fut dit qu’il y avait une année qu’il en avait sauvé quelques-uns par les missions qu’il y a fait faire (8) Vous ne parlerez point de cela, s’il vous plaît.
Messieurs du Coudray et Boucher partiront dans deux jours pour la Barbarie, et Messieurs Brunet et Candelou (9) avec eux et un frère chirurgien pour faire les missions sur les galères de France ensemblement (10), et le chirur-
6.) Le copiste n’a pas su lire la fin de la phrase.
7). Le cardinal de Richelieu.
8) A La Chapelle.
9) Jean Candelou né à Fabrezan (Aude), reçu à Saint-Lazare le 6 avril 1640, à l’âge de vingt-trois ans.
10). MM. du Coudray, Candelou, Boucher et Brunet se mirent à l’œuvre dès leur arrivée à Marseille, en collaboration avec huit prêtres de la congrégation de M. d’Authier ; et le 6 mars, Mgr Gault pouvait déjà écrire à la duchesse d’Aiguillon : "C’est la venue de ces Messieurs qui m’a entièrement déterminé à cette mission, que j’eusse peut-être différée à un autre temps. Je ne puis vous dire, Madame, combien de bénédictions ces pauvres forçats donnent à ceux qui leur ont procuré un secours si salutaire.." Comme les galères devaient quitter bientôt Marseille, l’évêque adjoignit aux missionnaires des Jésuites et des Oratoriens. La mission dura vingt jours. Il y avait trois prêtres sur chaque navire. Mgr Gault se distinguait entre tous par son zèle. Il allait de galère en galère prêchant, catéchisant, confessant, ayant pour tous un mot de consolation. Tous les forçats catholiques firent leurs devoirs, sauf cinq ou six. Il y eut des baptêmes de Turcs, des abjurations d’hérétiques, des conversions sans nombre. "Les galères furent si changées, écrit Belsunce (L’antiquité de l’église de Marseille et la succession de ses évêques Marseille, 1747-1751, 3 vol. in-4°. t. III, p. 411), qu’on
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gien faire diriger une espèce d’hôpital à Alger pour les pauvres galériens, et, par ce moyen, avoir le droit de demeurer là et de s’y comporter à la façon de ceux du Canada (11) Nous ne pouvons trouver moyen plus efficace pour faire voir la beauté et la sainteté de la religion catholique que celui de l’hospitalité qu’on exerce vers les malades. Je vous prie de recommander cela à Dieu et de n’en point parler.
Je salue la compagnie, prosterné en esprit à ses pieds, qui suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. de la Mission.
La pensée que Notre-Seigneur nous a donnée de ne pas travailler dans les villes n’a jamais été pour en exclure les missions, si me semble, mais seulement d’y prêcher, catéchiser et confesser pour l’ordinaire, à nos *maisons ni ailleurs, afin d’être plus libres pour le pauvre peuple et en état. Vous l’avez fait.
645. — LES AUTORITéS DE SAINT-MIHIEL, A SAINT VINCENT
1643
Tout le corps de la ville de Saint-Mihiel et tous les membres d’icelle en particulier vous rendent un million de grâces des
les compara à des cloîtres". (Voir Saint Vincent de Paul et ses œuvres à Marseille par H. Simard, Lyon, 180,4, in-8°, p. 60-67 ; Abelly, op. cit, 1. II, chap. I, sect. II, § 4, pp. 35-38.)
11). Ce fut encore grâce à l’initiative intelligente et à la charité généreuse de la duchesse d’Aiguillon que l’Hôtel-Dieu de Québec fut fondé. Des Ursulines et des hospitalières françaises le desservaient. Elles avaient gagne les sympathies des indigènes par leur dévouement envers les malades et par leur héroïsme pendant une épidémie. (Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec (par sœur Françoise * Juchereau de Saint-Ignace), Montauban, 1751, in-12.)
Lettre 645 — Abelly, op cit 1 II, chap XI sect I 1er éd p 382
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peines et des soins que vous avez daigné prendre pour leur soulagement, tant par la distribution des aumônes et assistance des pauvres malades et nécessiteux, que par la décharge d’une partie du fardeau de notre garnison ; vous suppliant très humblement de nous continuer votre protection et vos aumônes, desquelles cette pauvre et désolée ville a autant de besoin que jamais ; étant très véritable que, par ce moyen, une infinité de personnes sont en vie aujourd’hui qui n’y seraient pas restées sans cela ; et si l’on vient à les retrancher ou ôter tout à fait, il faut de nécessité qu’une grande partie des habitants meurent de faim, ou qu’ils aillent chercher leur vie ailleurs ; sans parler des distributions que vous avez fait faire aux couvents, par le moyen desquelles ils ont en partie subsisté, et de l’assistance que tant d’autres personnes honteuses, même de qualité, ont reçue de vos prêtres dans leurs maladies et nécessités. Nous ne pouvons assez louer les grands soins et le travail qu’ils y ont pris, ni vous demander assez instamment la continuation des mêmes assistances pour tant de malades et de nécessiteux. outre la gloire et le mérite que vous en aurez devant Dieu
646. — A JEAN MARTIN (1)
De Paris, ce 23 février 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne puis vous exprimer, Monsieur, la consolation que mon âme a reçue toutes les fois que Monsieur Guérin (2) m’a mandé le bonheur qu’il avait de travailler en votre compagnie, ni combien elle a redoublé par la lecture de
Lettre 646. — Le texte de cette lettre est pris sur un fac-similé publié dans The autograph Souvenir de Netherclift, Londres, 1865 L’original a été mis en vente par la maison Charavay le 3 février 1845. Il appartenait en 1865 à M. O’Callaghan.
1) Jeune prêtre de vingt-cinq ans, né à Surgères (Charente-Inférieure), reçu dans la congrégation de la Mission le 20 mai 1643. Il ne faut pas le confondre avec un autre Jean Martin, qui fut longtemps supérieur de la maison de Turin.
2) Julien Guérin.
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vos lettres et par les sentiments qu’il vous donne, de vous donner à Dieu en cette petite compagnie. Je rends grâces à sa divine Majesté de l’un et de l’autre et la prie qu’elle vous fasse connaître sa volonté sur cela ; car, supposé que ce soit le bon plaisir de Dieu, ô Jésus ! Monsieur, nous nous y rendons de tout notre cœur, en la vue néanmoins que nous sommes très indignes de ce bonheur. Or, afin de mieux connaître les desseins éternels de Dieu sur vous sur ce sujet, il sera bon, Monsieur, que, puisque vous espérez que Monseigneur de Saintes (3) l’agréera, que vous preniez la peine de vous en venir ici quand [il lui plaira] (4) et à vous aussi, et vous verrez plus particulièrement notre manière de vie, et faire vos exercices spirituels à cet effet, et m’en donnerez avis. J’enverrai un autre de la compagnie à votre place. O Jésus ! Monsieur, que je serai consolé de vous embrasser, si cela est ! Je le fais déjà en esprit, prosterné à vos pieds avec toute l’humilité et l’affection qui m’est possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
647. —- LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Je crois qu’il y a eu quelque empêchement, puisque Madame de Lamoignon ne m’a point envoyé son carrosse ; ce qui fait, Monsieur, que je vous supplie très humblement de ne point parler du doute de ce que j’ai baillé aux sœurs à leur partement, parce qu’il m’est toujours resté en l’esprit ne leur avoir baillé que cinquante écus, et ne m’est venu en pensée autre
3) Jacques Raoul.
4). Mots effacés dans l’original.
Lettre 647. — La. — Dossier des Filles de la Charité, original
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chose que l’incertitude qu’elles en avaient. Je vous supplie très humblement qu’il ne soit compté que cela. C’était mon intention de le vous dire devant les dames, comme je suis obligée, et de me dire, Monsieur, votre très humble et tris indigne fille et servante.
648. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Je sus ce que Monsieur Compaing m’avait promis de s’informer, et suis, pour ce sujet, autant affligée que je saurais jamais être. C est pourquoi je vous supplie, pour l’amour de Dieu, que je vous puisse parler aujourd’hui, s’il se pouvait, céans, ou bien que je vous irai treuver. Il est temps, je crois, de donner quelque remède au mal, qui est extrême et pire que vous ne sauriez penser. J’ai grand sujet de craindre et de désirer que Dieu me tienne et inspire votre charité, pour tirer sa gloire d’un si grand mal. Il me semble que je veux bien me soumettre à tout mais j’appréhende l’éternité. Au nom de Dieu considérez cette affaire comme une de grande importance et me faites l’honneur de me croire, Monsieur, votre très obéissante fille et très obligée servante.
649. — UN éVêQUE A SAINT VINCENT.
La désolation extrême que je trouve dans le clergé de mon diocèse et l’impuissance en laquelle je me vois d’y remédier, m’ont obligé d’avoir recours à votre zèle, duquel on ne peut ignorer les sentiments et les fortes inclinations pour restaurer la discipline ecclésiastique dans les lieux où elle se trouve déchue ou entièrement abattue.
Lettre 648. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
Lettre 649. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. II, sect. I 1er éd, p. 214.
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650. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
Du 27 février 1643.
Au nom de Dieu, Monsieur, ne mettez point de modération à la liberté d’écrire au supérieur général. C’est l’usage, fondé sur beaucoup de bonnes raisons, et une des principales consolations qu’aient les inférieurs d’avoir cette liberté entière ; et certes il est juste. Ne pensez pas, Monsieur, que l’on croie les inférieurs contre le supérieur sans l’ouïr, ni que l’on agisse selon ce que l’on peut conjecturer de leurs rapports. O Jésus ! non ; je puis vous assurer que je ne dis rien selon cela, mais c’est selon la conduite qu’on voit par les lettres des supérieurs particuliers. Il est fort à souhaiter, Monsieur, que tous les supérieurs de la compagnie fassent comme fait l’un d’eux, qui dit en public de temps en temps que si l’on trouve à redire à sa conduite ou à ses mœurs, qu’on en donne avis au général et qu’il s’en corrigera, avec l’aide de Dieu.
Je vis hier le R. P. Bagot (1) qui m’a beaucoup consolé par tout ce qu’il m’a dit de la vertu et régularité de votre famille. J’en rends grâces à Dieu de bon cœur, pource que c’est en ce point que consiste ou d’où dépend le sujet d’espérer les miséricordes de Dieu sur la
Lettre 650. — Reg. 2, pp. 29 et 267.
1. Jean Bagot, de la compagnie de Jésus, naquit à Rennes le 2 juillet 1591 et mourut le 23 août 1664. Il dirigea le collège de Clermont et fut pendant peu de temps confesseur de Louis XIV. Le pieux et célèbre Boudon le regardait comme l’un des plus saints et des plus savants hommes de son siècle. On doit à Jean Bagot divers ouvrages de théologie. Le plus fameux est la Défense du droit épiscopal et de la liberté des fidèles touchant les messes et les confessions d’obligation, Paris, 1655, in-8°, qui fut censuré le 7 avril 1657 par l’Assemblée du clergé de France. (Voir La vie des Saints de Bretagne par dom Lobineau, éd. Tresvaux, Paris, 1836-1839, 6 vol. in-8°, t II, pp. 344 350)
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compagnie et les services qu’elle doit rendre à son église. Continuez, Monsieur, à rendre votre communauté bien bonne et exacte à la petite régularité, et ne vous mettez en peine d’autre chose ; Notre-Seigneur fera le reste.
10 mars 1643.
O Monsieur, que je prie Dieu de bon cœur pour vous et pour tous les vôtres, à ce qu’il plaise à sa divine bonté de faire que vous n’ayez tous qu’un cœur et qu’une âme ! La charité est le ciment qui lie les communautés à Dieu et les personnes entre elles-mêmes, de sorte que qui contribue à l’union des cœurs d’une compagnie la lie indissolublement à Dieu. Plaise à son infinie bonté de vous animer de son amour pour cela !
10 mars 1613.
Vincent de Paul parle de cinq religieux prêts à s’embarquer sur les galères pour le rachat des captifs.
Lettre 651. — Reg. 2, p. 34.
Lettre 652. — M. Charavay, signale cette lettre dans un de ses catalogues. Il nous dit que saint Vincent a écrit de sa main les trois pages in.4° qui la composent.
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653. — A UNE RELIGIEUSE DE PARIS
[Entre 1639 et 1647] (1)
Ma très chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je n’ai point ouï parler depuis hier au matin de cette fille. Je suis en peine de vos petites sœurs et prie Notre-Seigneur qu’il soit votre soulagement. Samedi je dois dire la messe à Notre Dame de Paris et y communier les dames de la Charité de Lorraine ; si avant ou après cela vous vous proposez de faire le voyage, je m’y rendrai, Dieu aidant. Je vous envoie la lettre de Madame de Villeneuve et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma très chère Mère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
654. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 20 mars 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! J’ai reçu deux de vos lettres à la fois, l’une du premier et l’autre du 12 février. Voici la réponse à la première.
Lettre 653. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez l’abbé Eglée, chanoine titulaire de Notre-Dame de Paris. cet original était de la main de saint vincent.
1) Temps pendant lequel fonctionna l’œuvre Charité de Lorraine.
Lettre 654. — Nous n’avons eu sous les yeux qu’une copie bien imparfaite, prise sur l’original chez M. Charavay.
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Je rends grâces à Dieu de tout ce que vous me dites par toutes deux et notamment de ce que vous avez eu le bonheur de faire révérence à Monseigneur le cardinal Lenti et de tout ce que S. E. vous a dit, comme aussi de ce que vous avez commencé le séminaire par les diacres et les sous-diacres que Monseigneur le cardinal Lenti vous a envoyés, et vous dirai que j’entrevois les fruits que vous me dites qui en pourront réussir, s’il plaît à Dieu d’y donner sa bénédiction, comme je l’en prie de tout mon cœur, et lui offre toutes les palpitations de mon cœur comme autant d’oraisons jaculatoires qui lui demandent incessamment cette grâce.
Pour l’affaire de Saint-Yves, je n’y vois point beaucoup de choses à espérer pour le présent, à cause de l’opposition que font les Pères de l’Oratoire à l’égard de Saint-Louis (1) par leur Père général (2), confesseur de Monsieur, frère du roi (3), auquel la personne à laquelle j’en ai parlé (4) ne veut pas déplaire. Vous ne direz point ceci à qui que ce soit au monde. Nous verrons avec le temps.
J’ai fait voir vos lettres, comme je le fais pour l’ordinaire, à Madame votre fondatrice S. Quand il y aura quelque chose de particulier, vous me le direz par un billet à part.
Voici la réponse à la seconde. Elle me parle amplement de Saint-Yves et de quelque mission en Bretagne. Je ne vous puis dire que ce que je vous ai dit sur ce sujet, sinon que la personne à qui j’en ai parlé s’éloigne de moi à cause de cela, et que nous avons quelques Bre-
1). La confrérie de Saint-Louis des Français à Rome.
2). François Bourgoing, prédécesseur de saint Vincent à la cure de Clichy.
3). Gaston, duc d’Orléans.
4). Vraisemblablement le comte de Brienne.
5). La duchesse d’Aiguillon.
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tons à notre séminaire, si la chose était pressée ; à cela près, omnia tempus habent.
Je suis tout à fait de votre sentiment, Monsieur, qu’il faut s’attacher aux séminaires, et que les missions s’en feront mieux. Nous sommes obligés d’aller commencer celui de Cahors (6) après Pâques, et Nosseigneurs de Mende (7) et d’Angoulême 8 nous pressent pour faire la mission chez eux au même temps, ce qui nous est impossible, si Dieu ne nous aide. Nous faisons payer pension à tous ceux qui en ont le moyen. Ils donnent 200 livres, au moins quatre-vingts écus. Je pense, comme vous, qu’il en faut user partout de la sorte.
J’écrirai au premier jour à M. Soufliers ce que vous me dites pour Agen (9). J’attendrai ce que Madame la duchesse (10) me dira touchant celui de Richelieu et les ordinands à Poitiers. Je suis bien aise de ce que vous me dites, que le Pape (11) [admet] (12) l’union des cures au séminaire, en payant la
6). Le contrat de fondation, avait été signé le 4 janvier précédent. Le personnel de la maison de Cahors devait comprendre, pour commencer, trois prêtres et deux frères, faire des missions, instruire les clercs du diocèse qui se présenteraient, entretenir gratuitement trois séminaristes choisis par l’évêque et recevoir pendant dix jours pour les exercices spirituels, à l’époque des ordinations, les clercs appelés aux ordres sacrés. L’évêque de Cahors leur donnait pour leur pension les revenus des prieurés de la Vaurette et Balaguier et promettait d’ajouter sans retard huit cents livres, à condition que, lors de cette augmentation, un quatrième prêtre viendrait s’adjoindre aux trois autres et que le nombre des clercs admis au séminaire à titre gratuit serait porté de trois à six. Les trois prêtres de la Mission promis arrivèrent à Cahors le 12 juin 1643. M. Adrien Foissac a fait l’histoire de cet établissement. (Le premier grand séminaire de Cahors et les prêtres de la Mission, Cahors, 1911, in-8°.) Nous nous inspirerons souvent de son travail, qui est bien documenté.
7). Sylvestre de Crusy (1628-1659).
8). Jacques du Perron (16371646).
9). Ou plutôt pour La Rose, au diocèse d’Agen. Soufliers était supérieur de la maison établie en cette localité.
10) La duchesse d’Aiguillon.
11). Urbain VIII.
12). Texte de la copie : admire.
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componende (13), Monsieur de Saintes (14) me demande cela par celle que je reçus hier de lui. Expliquez-moi cependant, s’il vous plaît, la condition que vous me dites, de payer la componende, à combien cela monte et aussi que ces cures sont desservies par des prêtres du séminaire.
Je n’ai point l’honneur de connaître M. de Vanury, ferai néanmoins attention à l’ouverture que vous me faites à son égard.
Quant à la cure de Monseigneur le cardinal Lenti, si nous avons des hommes et supposé qu’elle soit en quelque petite ville, in nomine Domini, il y faudrait penser. Mais si vous pouvez suspendre la chose, en attendant vous verrez et me manderez l’état du lieu, le nombre des communiants et combien de personnes cela pourrait intriguer, après que vous y aurez fait la mission.
Pour la dispense du vœu, je vous ai renvoyé celle que vous m’avez envoyée, et mandé que cette bonne âme n’a qu’environ 36 ans (15). Et pour la maladie qui la contraint à manger de la viande, c’est un affaiblissement de la nature par une continuelle agitation de son esprit et des sollicitudes que des affaires lui ont données. Je vous supplie, Monsieur, de travailler à cela.
L’absolution ou la dispense qu’on vous demandait pour cet hérétique converti, qui a été catharin (16), se demandera à Rome par lui-même, qui est parti pour y aller. Je ferai refaire et signer par M. Callon la lettre qu’il
13) Redevance au Pape en retour de grâces obtenues de lui.
14) Jacques Raoul de la Guibourgère
15) Voir lettre 633, note générale.
16). Nom porté, depuis les premiers siècles de l’église, par plusieurs sortes d’hérétiques et en dernier lieu par les puritains, secte protestante d’Angleterre.
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doit écrire à M. l’abbé d’Aumale (17) ; et si l’affaire de Saint-Yves s’avançait, nous lui ferions écrire par des personnes de considération. Si cet affaire se faisait, vous ôtez l’âme de la chose en supprimant la considération du séminaire. Que dira-t-on pour raison du changement de cette direction ?
Puisque le frère du frère Martin vous est utile et que vous pensez en faire un bon enfant, in nomine Domini, gardez-le.
Nous tâcherons d’obtenir la lettre du cardinal Mazarin en la manière que vous la demandez, et vous enverrai le livre latin des ordinands par M. Dehorgny, lequel j’espère faire partir à Pâques pour aller visiter les pauvres petites familles de Notre-Seigneur.
Nous penserons à ce que vous me dites, qu’il est expédient que le général ait la faculté d’appliquer les biens d’une maison à une autre. Prenez avis de lui, si cela est à souhaiter et s’il y a exemple.
Je ferai dresser désormais les mémoriaux en latin, avant de vous prier d’obtenir ce qu’ils contiendront.
Voici les paroles de la dame du vœu touchant son indisposition : cette infirmité est plutôt une faiblesse et délicatesse de tempérament, qui empêche cette femme de pouvoir faire six jours maigres de suite, sans être malade quant à une maladie particulière.
Vous me manderez, s’il vous plaît, le nom de la cure de Vannes dont vous me parlez, afin de tâcher à y établir un séminaire.
Reste maintenant à répondre à ce que vous me dites de M… (18) et, à son sujet, du support des dyscoles (19) Que feriez-vous, Monsieur, d’une personne qui aurait fait son
17) Edmond ou Aimé du Broc du Nozet.
18). Le copiste n’a pas su lire le nom.
19) Dyscole, personne avec qui il est difficile de vivre.
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possible depuis quelques années pour faire retirer de la maison tous ceux qu’elle a connus et qui effectivement en a débauché quatre ou cinq des plus capables de servir et a fait un merveilleux chemin, dans une année, des meilleurs de la compagnie, dont l’esprit, s’il n’est entièrement perverti, est beaucoup altéré, qui fait ce qu’il peut pour cela, non seulement de paroles, mais aussi par écrit, aux absents ? Voici ce qu’il dit à un Monsieur… (20) : "Est-il toujours en son béguin (21) ? Ne pense-t-il plus à ce que je lui ai dit, que, s’il lève l’enseigne, je battrai le tambour partout ? Et tels et tels ne prendront-ils point parti ? Et vous, [Monsieur], voulez-vous que je vous envoie de l’étoffe de ce pays pour en faire un froc à vos vœux (qu’il a faits il y a six ou sept ans) ?" Et ensuite il lui mande les défauts corporels du sexe du pays, que la plupart des hommes entrent à l’église par le cloître et que les femmes sont si laides qu’il n’a pas été en peine de faire un signe de croix pour en chasser la tentation ; et mande cela du lieu où il fait la mission à un qui est à 150 lieues de lui.
Que feriez-vous…. parce qu’il l’a toujours… depuis qu’il en est dehors, et a mis une telle division dans la famille de… qu’il a fallu faire maison neuve (22) ? Et tout cela, au fort qu’il me donnait les plus grandes espérances. O Monsieur, Dieu nous garde de le vous envoyer et à vous de le prendre ! Il renverserait votre établissement bientôt ou l’altérerait bien fort.
Vous me dites qu’il faut supporter de ces gens-là en ce commencement que la compagnie a besoin d’hommes, et que dans quelque temps l’on pourrait purger la compagnie.
20) Le nom était vraisemblablement raturé sur l’original.
21). L’expression avoir encore le béguin se dit d’une personne inexpérimentée ou ignorante comme un enfant.
22). Le. copiste a été embarrassé pour lire cette phrase.
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Il est vrai, Monsieur, que la compagnie a besoin d’hommes ; mais il vaut bien mieux en avoir moins que d’en avoir plusieurs de dyscoles et faits de la sorte. Dix bons feront plus pour Dieu que cent de ces gens-là. Purgeons, Monsieur, purgeons la compagnie des personnes profanes et qui ne sont pas agréables aux yeux de Dieu, et il l’augmentera et la bénira. Dieu voulant faire mettre à mort environ trois mille hommes qui avaient adoré le veau d’or, et Moïse l’en voulant empêcher par ses prières, il lui répondit : Dimitte me ut irascetur furor meus contra eos faciamque te in gentem magnam (23). Selon cela, Monsieur, diminuer le nombre de ceux qui offensent Dieu dans une compagnie est augmenter la même compagnie en vertus et en nombre, parce que l’on accourt aux compagnies bien réglées et vertueuses. Oh ! que Notre-Seigneur savait bien ce qu’il disait quand il disait que malum pecus inficit omne pecus (24) ! Il ne faut qu’un homme comme celui-là, Monsieur, pour troubler une compagnie. Celle des Mathurins réformés est en une désolation extrême et menacée d’être anéantie ou en tout ou en partie par un esprit profane, dyscole et incorrigible et plein d’artifice (25).
Je prie Dieu, Monsieur, qu’il éclaire et illumine votre entendement, pour connaître l’importance qu’il y a pour la gloire de Dieu et pour la sanctification de la compagnie et pour le bien de l’église que nous ne souffrions point en elle les personnes qui ne font pas bien, et que
23). Livre de l’Exode XXXII 10.
24). Saint Vincent fait confusion ; cette parole n’est pas de Notre-Seigneur, on ne la trouve même pas dans la Sainte écriture.
25). Le saint a probablement en vue Alexis Berger, un des principaux chefs de l’opposition faite au général des Mathurins, Louis Petit. Sur les scandaleux désordres dont cette congrégation donnait alors le triste spectacle, on trouve des détails instructifs dans Paul Deslandres, L’Ordre des Trinitaires pour le rachat des captifs. Toulouse, 1903, 2 vol. in-8°, t. I, p. 244 et suiv
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le temps viendra que l’on ne le pourra pas faire, quand l’on le voudrait entreprendre.
Oui, mais il s’en va écrire et faire rage contre la compagnie. — Il ne nous fera pas plus de mal que Dieu ne voudra qu’il nous en fasse, et le mal qu’il nous fera nous tournera à bien. Et puis, ne serions-nous pas indignes de servir à Dieu en la condition que nous sommes, si, pour empêcher qu’une personne nous fasse du mal, nous souffrions qu’elle altère le service et la gloire de Dieu parmi nous ? Souvenez-vous, Monsieur, que le déchet de la plupart des communautés vient de la lâcheté des supérieurs à ne tenir ferme et pour ne les purger pas des dyscoles et incorrigibles.
Je finis en me recommandant à vos ferventes prières et à celles de la compagnie, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
655. — A PIERRE DU CHESNE, SUPéRIEUR, A CRéCY
De Paris, ce 25 mars 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je viens de voir tout présentement celle que vous écrivez à M. Portail, laquelle me met en peine non petite pour l’indisposition que vous avez et la difficulté de vous envoyer quelqu’un qui supplée à votre emploi. Je ferai néanmoins ce que je pourrai, et vous prie, au nom
Lettre 655. — L. a. — Le texte a été pris directement sur l’original chez M. Charavay.
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de Notre-Seigneur, d’en faire de même pour votre santé et de nous renvoyer M. Boudet, s’il ne confesse.
Je salue très humblement M. de Vincy et toute votre petite compagnie, et cela prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Si je le puis, je ferai partir quelqu’un dès aujourd’hui. Le messager m’ôte la plume de la main.
656. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce jeudi au soir. [1643, vers mai] (1)
Béni soit Dieu, Mademoiselle, de toutes les choses que vous me dites, de l’état de notre chère sœur de Nanteuil (2), de ce que le bon Monsieur le curé de Saché (3) vous mande et de ce que la Providence vous a emmené cette bonne demoiselle et, de plus, du bas sentiment que Notre-Seigneur vous donne de vous-même !
Il n’est pas expédient que nous envoyions quelqu’un
Lettre 656. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1) Voir note 2.
2). Jeanne Dalmagne, alors à Nanteuil-le-Haudouin, où elle venait de tomber malade. Au reçu de la lettre de saint Vincent, Louise de Marillac annonça à la malade qu’elle allait lui envoyer la sœur élisabeth Martin "Notre bonne sœur élisabeth va vous assurer de l’affection de toutes nos sœurs et du désir que vous vous souveniez d’elles dans le ciel, quand Dieu vous aura fait miséricorde". (Lettre 97). Jeanne Dalmagne n’en était pas encore là. "Je m’en irai avec vous", dit-elle à la sœur élisabeth en la voyant. Et de fait, elle reprit ses forces et fut bientôt en état d’être portée en litière jusqu’à Paris. Elle languit encore près d’un an et mourut le 25 mars 1644
3). M. de Mondion.
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de céans à Nanteuil. Baste que notre chère sœur élisabeth y aille, si elle trouve commodité.
2° Voyez l’usage que fit notre digne Mère de Chantal des impropères (4) dont la chargea une fille qui était sortie de la maison. Oh ! que vous êtes heureuse d’avoir l’occasion de faire voir au ciel et à la terre l’usage que vous ferez de celle-ci ! N’est-il pas juste que vous reconnaissiez le bon Dieu en la personne de cette bonne fille qu’il vous a envoyée, par quelque notable acte d’acquiescement à son bon plaisir, tel que celui-ci ?
3° Remerciez Dieu aussi du sentiment qu’il vous donne de vous-même, et ayez confiance que sa bonté suppléera à mon défaut. Donnez-vous bien à lui pour cela. Nous en parlerons à la première vue et verrons cette bonne fille, que je salue, et la bonne Louise aussi.
Si je ne me trompe, vous ne vous trompez pas dans votre conduite à l’égard de M. votre fils.
Je n’ai point de fièvre pour tout. J’ai sujet de craindre que je ne me délicate un peu trop pour ce rhume.
Je suis obligé de sortir demain pour voir la reine au Val-de-Grâce (5), après dîner : et, cela fait, je me retirerai au gîte et réserverai à vous voir jusques à ce que je sorte tout à fait, qui vous ai vu aujourd’hui à la sainte messe, et vos bonnes filles, avec la consolation que Notre-Seigneur sait, en l’amour duquel je suis v. s.
V.D.
Faites-moi voir, s’il vous plaît, ces papiers de Madame la duchesse d’Aiguillon.
4). Impropères, reproches injurieux.
5). Ancien hôtel du Petit-Bourbon. Anne d’Autriche y avait établi les Bénédictines de Bièvre, qu’elle allait souvent visiter et qu’elle comblait de largesses. Sur son désir, Louis XIV posa lui-même, le 1er avril 1645, la première pierre de leur église. Elle leur légua son cœur et les reliques de son oratoire.
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657. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1638 et 1649] (1)
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis bien aise de ce que vous n’avez rencontré de chaire (2). Il faut honorer les sentiments de Notre-Seigneur quand il disait aux apôtres, qui se plaignaient de ce que d’autres prêchaient et chassaient les diables comme eux : "Ceux qui ne sont contre vous (disait ce béni Sauveur) sont pour vous (3)". Assurez-vous, Mademoiselle, que toutes ces petites intelligences des mécontentes tourneront au bien de la compagnie des filles.
Il faudra aviser ce que l’on fera de Marie Denyse et donner à Monsieur le curé (4) plus qu’on n’a fait, en considération du long temps qu’il y a qu’il n’a rien reçu.
Pour Monsieur votre fils, l’on l’emploiera pour être a Linas (5) ou en Normandie.
Ayez soin de votre santé, je vous prie, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras
Lettre 657. — L a. — Original à la maison centrale des Filles de la Charité de Rio-de-Janeiro.
1) Nous ne pensons pas que la phrase relative à Michel Le Gras ait pu être écrite avant 1638 et après 1649
2) Chaire, chaise
3). évangile de saint Luc IX, 50.
4). probablement le curé de Saint-Laurent, M. de Lestocq.
5). Près Corbeil (Seine-et-Oise).
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658. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce 17 avril 1643.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la votre du 10 du passé avec celles de Monsieur le grand vicaire d’Ostie, de M. Marchand et de M. de Luzarches, pour réponse à laquelle je vous dirai que je vous ai envoyé une procuration pour acheter une maison et nous obliger au paiement de la rente de six mille écus. De penser en avoir une de soixante mille livres, comme l’on vous conseille, ô Jésus ! Monsieur, nous ne sommes pas en état de cela. Les soixante mille livres dont vous me parlez sont affectées par feu S. E. (1) pour Richelieu, et les exécuteurs testamentaires, ni le, héritiers consentiront jamais que cette somme soit (2) divertie à l’autre lieu, ni à autre fin.
Quoique M. Blatiron fût à Richelieu, je n’ai pas laissé de lui mander qu’il parte pour se rendre à Lyon, le 3 de mai, où M. Dehorgny, qui s’en va vous voir, le prendra, et M. Brunet à Marseille (3), et les vous emmènera tous deux et ramènera M. Germain. J’ai baillé votre lettre que vous écrivez à Madame La duchesse d’Aiguillon et celles que vous m’écrivez. Je la
Lettre 658 — L a — Dossier de la Mission, original. Cette lettre été reproduite à un grand nombre d’exemplaires par les soins d’une loge maçonnique, avec cet en-tête : "Lettres et pièces autographes de S. Vincent de Paul dont la R.. de ses disciples a ordonné la lithographie en double expédition, l’une en fac-similé, l’autre en écriture cursive, en suite du don qui lui a été fait par le f.. Le Bouillé de Saint-Gervais. Paris, 19 juillet 1823," Ce travail fourmille de fautes de lecture.
1) Le cardinal de Richelieu.
2) Ce mot est répété dans l’original.
3) Il travaillait sur les galères avec François du Coudray.
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vis hier et ne… (4) sur cela. Je crains bien que l’état des affaires ne fasse que le roi ne s’empare de cette somme. Cela demeure entre nous ! Quand je dis, de cette somme, je parle de l’argent que S. E. a laissé. Dominus providebit.
L’embarras extraordinaire que j’ai m’empêche de faire réponse à tous ces Messieurs. J’espère le faire à Monseigneur le grand vicaire de Monseigneur Lenti et à ces autres Messieurs.
Je vous ai tant de fois mandé que l’affaire de Barbarie (5) ne se fait point à nos dépens, ni celui de Cahors.
Je souhaite que votre établissement ne soit pas fastueux, ni paraissant. Les œuvres de Dieu se font de la sorte et celles du monde au contraire.
Si vous pouviez imperceptiblement vous défaire de la proposition de recevoir ce bon seigneur dans votre maison, vous ferez bien. Je pensais vous avoir dit qu’il faut avoir pour maxime de ne se pas mêler avec d’autres, sous quelque prétexte que ce puisse être, pource que rarement peut-on conserver la charité là-dedans, non tant à cause des maîtres que des serviteurs.
Si le dessein de Vescovandi (6) réussissait, ce serait un grand affaire. Ceux qui ont été élevés céans paraissent entre les autres prélats, en sorte que chacun, jusques au roi, les remarque tout autrement faits. C’est ce qui a fait que Sa Majesté m’a fait mander par son confesseur (7).
4). Suit un mot illisible sur l’original.
5) Voir lettre 639.
6). Ceux qui doivent être élevés à l’épiscopat.
7). Jacques Dinet, jésuite. Il avait remplacé auprès du roi, au mois de mars, son confrère le Père Sirmond, que la surdité avait mis dans la nécessité de résigner ses fonctions. Né à Moulins en 1580, reçu dans la Compagnie de Jésus en 1604, le P. Dinet remplit successivement les fonctions de recteur à Orléans, Tours, Reims, Paris et devint provincial de France et de Champagne. Il mourut d’hydropisie le 22 décembre 1653, quelques mois après avoir été nommé confesseur de Louis XIV.
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que je lui envoie la liste de ceux qui me semblent capables de cette dignité (8).
Voilà, Monsieur, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.