Correspondance (page 26)
659. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,
A SAINT VINCENT
De Cahors, ce 37 mai 1643.
Monsieur,
Les affaires publiques auxquelles j’ai été occupé depuis quelques jours que je me suis retiré de la visite de mon diocèse, m’ont ôté le moyen de communiquer avec vos missionnaires que vendredi, qu’ils prirent la peine de venir à Mercuès (1) ; ce qui m’empêche que je ne puis pas vous en entretenir. Seulement vous dirai-je qu’ils ont fait faire les exercices à l’heure accoutumée avec grand fruit et édification de toute la ville à
8.) Voici en quels termes le P. Dinet parle de ce fait dans l’Idée d’une belle mort ou d’une mort chrétienne dans le récit de la fin heureuse de Louis XIII Paris, 1656, in-f°, p. 14 : "Et parce que quelques évêchés étaient vacants et qu’il n’avait dessein d’en pourvoir que des hommes qui en fussent dignes, il me chargea d’y penser et d’en communiquer avec des personnes intelligentes et zélées pour les intérêts de Dieu, jésuites ou autres, et particulièrement avec le R. Père Vincent de Paul, général de la Mission, et de lui en fournir une liste, où ils seraient mis selon l’ordre de leur suffisance et de leur mérite". Voir encore Abelly, op. cit., 1. I, chap. XXVII, p. 125. Le fait était tout récent quand saint Vincent écrivait cette lettre.
Lettre 659. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie. Ce cahier renferme quarante-quatre lettres d’Alain de Solminihac à saint Vincent, copiées au XVIIIe siècle, avant l’envoi des originaux à Rome, lors du procès des écrits du saint évêque de Cahors. Nous remercions ici M. le chanoine Albe, qui a bien voulu nous le signaler.
1). Aujourd’hui chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Cahors
- 389 -
ceux que je promus aux ordres samedi. M. Dufestel, avec lequel je me suis plus entretenu, me semble un homme bien fait et qui a de fort bonnes qualités. Il m’a avoué, ce que je vous ai dit plusieurs fois, que cet établissement était un des plus importants que vous ayez et que possible vous aurez dans le royaume (2).
Mon homme d’affaires me mande que ceux de Sainte-Genevève, parl’entremise de Madame la chancelière, ont fait commettre M de Fouquet, au préjudice de deux arrêts par lesquels M. de La Ferté est continué rapporteur de cet affaire, lequel m’est très cher, comme vous savez. C’est pourquoi je vous prie au nom de Dieu, de nous donner vos assistances et à nos bons religieux, etc
J’ai appris que Monseigneur l’Evêque de Sarlat (3) poursuit d’être précepteur du roi qui est certes un emploi bien au dessous de sa dignité. Cependant son diocèse, qui est un des plus perdus de la chrétienté, demeure abandonné. Vous rendriez un grand service à Dieu si vous en vouliez parler un mot à Monseigneur de Beauvais (4), pour lui faire faire un commandement de venir faire la charge, ou qu’on pourvoie à cet évêché. Celui-là de Périgueux est aussi dans une grande désolation, et il y a apparence qu’il ne demeurera pas longtemps à vaquer (5). Je vous prie aussi, si vous le jugez à propos, de faire entendre à Monseigneur qu’il est très important qu’on y pourvoie d’une personne qui ait toutes les qualités requises, pour le mettre en un diocèse de telle importance, qui est fort ruiné. Il y a long temps que j’avais parlé à Monseigneur le cardinal (6) pour y mettre M. Brandon (7), qui me semblait propre pour le remettre ; et M. des Noyers me l’avait fait espérer en mon dernier voyage de la cour.
Je suis etc.
ALAIN,
év. de Cahors.
2). Les premiers séminaristes arrivèrent le 15 juin 1643, trois jours après les prêtres de la Mission Ils s’établirent à la Chantrerie, maison du chapitre cathédral, qui servit de demeure à l’évêque constitutionnel en 1791 et fut démolie au XIXe siècle.
3) Jean de Lingendes. Il occupa le siège de Sarlat de 1642 à 1650.
4) Augustin Potier
5) François de la Béraudière était évêque de Périgueux depuis 1614. Il mourut le 14 mai 1646.
6). Le cardinal de Richelieu.
7). Philibert de Brandon.
- 390 -
660. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce 15 mai 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres à la fois, l’une du 5 et l’autre du 15 d’avril. Celle du 5 m’excite à faire nos efforts pour l’établissement de Rome, et je vous assure que je n’y perds pas de temps. Je vous ai envoyé une procuration pour l’achat de la maison et mes pensées pour la dernière que vous proposez et pour la nouvelle fondation de cinq mille livres de rente sur les coches de Rouen, que fait Madame la duchesse (1) J’envoie savoir chez le notaire (2) si elle a signé le contrat qu’elle nous a envoyé pour le signer les premiers ; et si je le sais avant que j’envoie la présente à la poste, je le mettrai dans un petit billet.
Elle me parle, en second lieu, de quelques-uns de la compagnie autres que les premiers que vous me demandiez. A quoi je vous dirai que je souhaite qu’il vous
Lettre 660. — L. a. — L’original a été mis en vente par M. Charavay.
1). Le contrat est du 2 mai. La duchesse d’Aiguillon s’engage à donner 50 000 livres à la maison de Rome, qui se trouvait. ainsi assurée d’un revenu de 5 000 livres. Elle demande, en retour, qu’on y dise chaque jour une messe basse pour le repos de l’âme de Richelieu, que chaque année, le 4 décembre, jour anniversaire de la mort du cardinal, toutes les messes soient dites et un service célébré à la même intention que pareilles faveurs lui soient faites à elle-même après son décès, que les missionnaires donnent l’hospitalité chez eux aux ordinands, en tout temps de l’année, pour les disposer, par une retraite préparatoire, à bien recevoir les saints ordres, enfin qu’une épitaphe soit placée dans leur église au lieu le plus apparent et le plus commode, pour rappeler le souvenir de cette fondation.
2. Maître Charles, notaire de Madame la duchesse d’Aiguillon, dont maître Jules-Basile-Jean Ader (Boulevard Saint-Germain, 226) a aujourd’hui la succession
- 391 -
plaise de bien considérer les choses avant que de les mander, parce que, changeant facilement d’avis, il se trouve que les choses ne s’exécutent pas selon vos derniers.
Messieurs Blatiron et Brunet, qui nous étaient plus utiles de deçà que nul de ceux que vous demandez, sont par les chemins pour vous aller trouver, en suite de plusieurs et divers voyages qu’ils ont faits. Il suffira désormais que vous me mandiez la qualité des personnes et que vous m’en laissiez le choix. Un supérieur d’une congrégation connaît mieux toutes les personnes qui la composent que qui que ce soit. Vous me dites que j’ai mal choisi au commencement ; je ne crois pas.
Voyez-vous, Monsieur, j’ai grande confiance aux personnes de grâce ; mais l’expérience me fait voir tous les jours combien peu il se faut attendre aux talents et aux moyens humains à l’égard de quelque nation que ce soit. Je disais, ces jours passés, à une personne de condition ce que je sens au fond de mon cœur, que je ne crois non plus aux moyens humains pour les choses divines qu’au diable. Quand bien les choses ne se seraient pas poursuivies au point qu’elles l’ont été, je ne fais point de doute que Notre-Seigneur ne les eût faites à sa fa, con, qui est de mieux faire par des moindres que par des plus excellents instruments, selon sa règle. Infirma elegit Deus ut fortia quaeque confundat (3). Et c’est en ce sens que je dis que nous n’avons pas mal choisi, par la miséricorde de Dieu, et que j’espère que Notre-Seigneur se satisfera de se servir de ceux que lui-même nous amène, et ne nous en demande pas d’autres pour le présent. Oh ! à l’avenir j’espère qu’il fera la grâce à la compagnie ou de lui adresser de meilleurs sujets, ou de les mieux former qu’elle n’a fait, ou de se passer de la pauvreté.
3). Première épître aux Corinthiens I, 27.
- 392 -
Nous avons seize ou dix-huit écoliers en théologie et en philosophie céans, qui font fort bien, au dire de ceux qui s’y entendent mieux que moi. M. Messier, docteur de Sorbonne (4), qui assista, il a trois jours, à leurs disputes, admirait comme ils avaient pu tant avancer en si peu de temps, et notre M. Gilles aussi.
L’affaire de Saint-Yves ne se peut poursuivre à présent de deçà. M. de Chavigny m’a dit la raison, que je vous ai mandée. Si de delà vous pouviez, par le moyen de M. Marchand, y faire disposer ceux que cela regarde, qui n’est pas vraisemblable, je m’en rapporte. Les choses ont changé depuis ce temps-là.
Nous laisserons là aussi le séminaire de Vannes. L’on nous en parle d’un pour Tréguier en Basse-Bretagne ; mais il n’y a encore qu’environ 500 livres de revenu.
Je suis bien aise de la facilité que vous me dites qu’on aura pour l’union des cures. Mais comme ce que vous me dites, de laisser à la disposition du général de prendre d’une maison pour donner à une autre, entraîne beaucoup d’inconvénients et est inaudit (5) en aucune compagnie, il est expédient que j’y pense un peu longtemps devant Dieu.
Je vous ai déjà écrit, sur le sujet du siège du général, qu’il y a près d’un an que j’y pense, comme à la plupart des choses que vous me mandez, notamment à ce que vous me dites de ceux qui sortent.
Je loue Dieu de ce que vous me dites des ordinands, de Monsieur le cardinal Barbarin (6) et de la résolution
4) Louis Mesier, né à Paris en 1573, curé de la paroisse Saint Landry de septembre 1598 au mois d’avril 1664, doyen de la faculté de théologie, ségnieur de la maison et société de Sorbonne, mort le 15 novembre 1666. Il se laisse gagner aux idées jansénistes. Louis Messier, son frère, était archidiacre de Beauvais.
5) Inaudit, inouï.
6). Nous avons déjà dit que le S : acré Collège comptait trois cardinaux de ce nom, un frère et deux neveux d’Urbain VIII, à savoir
- 393 -
que vous avez prise à l’égard de la cure de l’évêché de Monseigneur le cardinal Lenti. Mon Dieu ! Monsieur, que je suis honteux de ce que je ne lui ai écrit, ni fait réponse à Monsieur son vicaire général ! L’embarras auquel j’ai été depuis quelque temps et ma misère sans excuse m’en ont empêché.
Il plut hier à Dieu de disposer de notre bon roi, qui est le jour auquel il avait commencé à l’être, il y a trente-trois ans. Sa Majesté désira que j’assistasse à sa mort avec Nosseigneurs de Lisieux (7) et de Meaux, son premier aumônier (5), et le R. P. Dinet, son confesseur (9). Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir une personne plus chrétiennement. Il y a environ quinze jours qu’il me fit recommander de l’aller voir. Et pource qu’il se porta mieux le lendemain, je m’en revins. Et me fit redemander il y a trois jours, pendant lesquels Notre-Seigneur m’a fait la grâce d’être auprès de lui. Jamais je n’ai vu plus d’élévation à Dieu, plus de tranquillité,
François-Antoine, cardinal de Saint-Onuphre, Antoine, connu communément sous le nom de cardinal Antonio, et François. Il s’agit ici vraisemblablement de ce dernier, François Barberini, né à Florence en 1597, créé cardinal peu après l’élévation de son oncle légat a latere en France, puis, au début de 1620, en Espagne. Il se réfugia en France avec ses frères, quand Innocent X voulut leur faire rendre compte des dilapidations dont ils s’étaient rendus coupables sous Urbain VIII, et y reçut la plus cordiale hospitalité, bien qu’il se fût montré, du vivant de son oncle, plus favorable aux intérêts de l’Espagne qu’à ceux de la France.
7). Philippe Cospéan.
8). Dominique Séguier.
9). Voici ce que dit le Père Dinet de la présence du saint auprès du prince mourant (op. cit., p. 44) : "Le Père Vincent y vint aussi par deux fois, selon le désir de la reine, qui le proposa au roi ; mais ce grand prince n’y consentit qu’à la charge que son confesseur n’y eût point de difficulté, tant il avait l’esprit présent à toutes les choses qui se passaient autour de lui ; et il y eut assez de bonté en cette excellente princesse pour se vouloir donner la peine, toutes les fois, de m’en parler ; ce qui me ravit en admiration et m’obligea non seulement de lui en rendre mes actions de grâces, mais de l’en supplier très humblement".
- 394 -
plus d’appréhension des moindres atomes qui paraissaient péché, plus de bonté, ni plus de jugement en une personne en cet état. Avant-hier les médecins l’ayant vu assoupi et les yeux tournés, appréhendèrent qu’il ne dût passer et le dirent au Père confesseur, qui l’éveilla tout aussitôt et lui dit que les médecins estimaient que le temps était venu auquel il fallait faire la recommandation de son âme à Dieu. Au même temps, cet esprit, plein de celui de Dieu, embrassa tendrement et longtemps ce bon Père et le remercia de la bonne nouvelle qu’il lui donnait ; et incontinent après, levant les yeux et les bras au ciel, il dit le Te Deum laudamus et l’acheva avec tant de ferveur que le seul ressouvenir m’attendrit tant à l’heure que je vous parle (10).
Et pource que la cloche m’appelle, qui m’empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la compagnie.
Vous pouvez dire au R. P. assistant des jésuites (11) que le R. P. Dinet a fait auprès de ce prince si bien que Sa Majesté et toute la cour en sont restés très édifiés. O Monsieur, que c’est un grand serviteur de Dieu que ce bon Père ! Sa Majesté a donné son cœur à cette sainte compagnie pour être enterré à Saint-Louis (13) avec celui de la reine-mère ; et moi, je vous donne le mien, qui suis, en l’amour
10). Le pieux monarque laissa au saint par testament 24.000 livres pour une fondation de deux missions que six missionnaires devaient donner chaque année pendant dix ans dans la ville de Sedan. Il mit, de plus, à sa disposition et à celle du R. P. Dinet la somme de 46.000 livres, 40 000 pour être employées au profit des pauvres gens de la campagne, partie en missions, partie en aumônes, et 6.000 pour le rachat d’esclaves français captifs à Alger.
11) Le P. Etienne Challet, assistant de France (1627-1646).
12). Maison professe des Pères jésuites. L’état de délabrement de l’église Saint-Paul fit que le service paroissial fut transféré en 1802 dans l’église des Jésuites, qui prit alors le nom d’église Saint-Paul Saint-Louis.
- 395 -
de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
L’on me vient de dire que Madame la duchesse n’a point signé le contrat et qu’elle n’est point en état de le signer de quelques jours.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
661. — FRANçOIS DU COUDRAY, PRêTRE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
[Marseille, 23 ou 24 mai 1643] (1)
Jean-Baptiste Gault, évêque de Marseille (2) vient de rendre sa belle âme à Dieu. "Il nous reste encore une mission à faire sur une galère, et non plus pour cette année. Ce travail est grand ; mais ce qui nous aide beaucoup à le supporter est le changement notable qu’on remarque en ces pauvres forçats, qui nous donne toute la satisfaction possible. Hier, je catéchisais sept Turcs de diverses galères, que j’avais fait venir céans. Dieu, par sa miséricorde, veuille bénir cette entreprise laquelle je recommande à vos saints sacrifices. Un autre Turc a été baptisé sur la galère étant malade. Et outre ces Turcs il s’y est converti environ trente hérétiques qui ont tous fait abjuration".
Lettre 661 — Abelly, op cit, 1. II, chap. 1, sect. II, § 4, 1er éd., p 37.
1). Voir note 2.
2). Né à Tours le 22 décembre 1593, reçu à l’Oratoire le 10 juin 1618, successivement professeur, missionnaire, curé, sacré évêque de Marseille le 5 octobre 1642. Il arriva dans cette ville en janvier 1643 et y mourut le 23 mai, après avoir donné, en ce court laps de temps, mille preuves de sa sainteté et de son zèle apostolique. Les miracles se multiplièrent si bien sur son tombeau que l’Assemblée du Clergé de France demanda pour lui, en 1646, les honneurs de la Béatification. Le Procès canonique, interrompu par les troubles de la Révolution, a été repris au XIXe siècle (La Vie de Messire J-B. Gault par le P. François Marchetty, Paris, 1650, in-4°)
- 396 -
662. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
Paris, 29 mai 1643.
Monsieur,
Je reçus hier la dispense des vœux (1) et votre lettre qui l’accompagnait, dont je vous remercie très humblement.
Je suis étonné de ce que vous ne me mandez pas que vous ayez reçu la procuration que je vous ai envoyée pour acheter et prendre à cens et rentes la maison où vous demeurez (2), ni celle que je vous ai écrite ensuite pour acheter aussi à rente annuelle et perpétuelle, à raison de douze cents livres, le palais dont vous me parlez. La duchesse d’Aiguillon est d’avis du dernier, et vous avez raison de différer les ordinands des quatre-temps jusqu’à ce que vous l’ayez, puisque vous n’avez point de chapelle, ni les autres départements nécessaires. Faites donc, Monsieur. Je ratifierai ce que vous aurez fait.
Monseigneur le cardinal Mazarin m’a promis d’écrire à Mgr le cardinal Ginetti (3) et aujourd’hui j’espère aller trouver M. de Chavigny pour la lettre du roi pour Rome, et demain Monseigneur le nonce (4). Madame la duchesse lui écrira aussi.
Notre affaire des cinq mille livres n’est point encore signée (5) ; j’espère qu’elle le sera au premier jour.
Lettre 662. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 454, 1. 391. M. Pémartin, a pris son texte sur l’original, qui a été mis en vente chez M. Charavay le 27 avril 1864.
1) Pour la personne dont il est question à la lettre 594.
2). Au début de son séjour à Rome, Bernard Codoing habitait une petite maison au Pont-Sixte, où peut-être il était encore en 1643.
3). Martio Ginetti, nommé cardinal le 19 janvier 1626, puis légat à Ferrare, légat a latere en Allemagne, évêque d’Albano, de Sabine, de Porto, cardinal-vicaire, mort sous-doyen du Sacré-Collège, le 1er mars 1671, à l’âge de quatre-vingt-six ans.
4). Jérôme Grimaldi, archevêque de Séleucie.
5). Voir lettre 660.
- 397 -
Voilà M. Dehorgny auprès de vous. Vous lui direz, s’il vous plaît, que M. Le Bègue m’a dit que les supérieurs de leur compagnie (6) lui ont écrit qu’ils souhaiteraient que M. Authier fut coadjuteur du général, et qu’on lui accordât ou qu’on lui donnât la direction de leurs maisons. Je lui donne l’exclusion de la première proposition, pour beaucoup de raisons, et de la seconde, si ce n’est à la condition que le général enverra visiter tous les ans ces maisons-là, qu’il y établira les supérieurs et transportera les personnes, si mieux ils n’aiment qu’il soit l’un des assistants du général. Un mot de son avis et du vôtre, s’il vous plaît, pour cela.
Je finis en vous saluant tous deux avec toute l’humilité et l’affection qu’il m’est possible, prosterné en esprit à vos pieds, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur…
663. — JACQUES-RAOUL DE LA GUIBOURGUèRE, éVêQUE DE SAINTES, A SAINT VINCENT
[Mai ou juin (1)] 1643
J’ai passé la fête de la Pentecôte (2) avec Messieurs vos missionnaires, qui travaillent avec un merveilleux zèle, mais avec une grande consolation vu la bénédiction que Dieu donne à leurs travaux. Je ne puis vous en rendre grâces proportionnées à. l’obligation.
6). La congrégation de Christophe d’Authier de Sisgau.
Lettre 663. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. 1, sect. II, § 4, 1er éd., p. 30
664. — FRANçOIS DU COUDRAY, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
[Marseille, 1er juin 1643] (1)
Hier, qui était le jour de la très Sainte Trinité (2) on baptisa dans l’église cathédrale neuf Turcs, à la vue de toute la ville de Marseille, les rues se trouvant toutes couvertes de monde qui en bénissait Dieu. Aussi n’avions-nous pas intention de cacher cette action, afin d’émouvoir quelques autres Turcs qui semblent hésiter. Aujourd’hui deux nouveaux sont venus me trouver pour me dire qu’ils veulent être chrétiens ; ils étaient accompagnés d’un autre, qui fut baptisé il y a environ dix jours. Nous continuons à leur faire le catéchisme en italien deux fois le jour, pour les consolider et affermir tant que faire se pourra ; autrement, ils seraient au hasard de retourner au mahométisme
665. — LéONOR D’ESTAMPES DE VALENçAY, ARCHEVêQUE DE REIMS,
A SAINT VINCENT
1643 (1)
Je ne saurais assez vous remercier de la faveur que vous m’avez faite, de m’envoyer de vos missionnaires pour faire faire les exercices à mes ordinands. Je vous assure que j’en avais un très grand besoin, et ils ne pouvaient aller en lieu où ils fussent plus nécessaires. Ils vous feront eux-mêmes le rapport des grands fruits qu’ils y ont faits.
666. — LES ECCLéSIASTIQUES DE LA CONFéRENCE DE NOYON
A SAINT VINCENT
1643.
Si les actions de grâces doivent correspondre à la grandeur
Lettre 664 — Abelly, op cit, II, chap I, sect II, § 4, 1er éd p 37
1) Voir note et lettre 661
2) 31 mai
Lettre 665 — Abelly, op cit,1 II, chap II, sect 5, 1er éd p 235
Lettre 666 — Abelly, op cit, 1 II, chap II, sect V 1er éd p 235
- 399 -
des bienfaits reçus, la compagnie ne peut qu’elle ne demeure court dans les devoirs qu’elle est obligée de vous rendre, pour l’édification singulière qu’elle a reçue de vos prêtres en la conduite et instruction des ordinands. Il y a bien longtemps que nous souhaitions cette bénédiction de votre part ; mais maintenant que la Compagnie en a ressenti les effets avantageux, elle les estime et les chérit en un si haut point qu’elle manque de paroles pour vous en exprimer ses sentiments.
667. — UN ECCLéSIASTIQUE DE LA CONFéRENCE DE NOYON
A SAINT VINCENT
1643
Je voudrais pouvoir trouver des termes qui fussent suffisants pour exprimer la consolation et l’édification qu’ont reçues non seulement les ordinands, mais encore Messieurs de la Conférence des entretiens que nous a faits M. N., de votre compagnie. Il a tellement touché les cœurs que ces Messieurs ne se sauraient lasser d’en parler. Et parmi les ordinands, il y en avait plusieurs lesquels, fâchés de ce qu’on les assujettissait à faire ces exercices, s’étaient proposé, avant que d’y entrer, de ne point faire du tout de confession générale, et d’autres de ne la point faire à vos prêtres ; mais après avoir entendu les entretiens, ils en ont été si fortement touchés, qu’ils ont avoué et déclaré tout haut, en la présence des autres, leurs mauvaises intentions, et ensuite la résolution contraire qu’ils avaient prise, de faire leur confession générale et même de la faire aux prêtres missionnaires ; ce qu’ils disaient tous, fondant en larmes, tant ils étaient touchés. Je vous rends donc des actions de grâces infinies de votre grande charité envers nous, tant de ma part, que de celle de ces Messieurs, qui m’ont chargé de vous écrire pour vous témoigner la satisfaction qu’ils en ont reçue.
668. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Madame Pelletier vient de sortir de céans pour me dire que
Lettre 667 — Abelly, op cit, 1 II, chap II, sect V, 1er éd, p 235
Lettre 668 — L a — Dossier des Filles de la Charité, original
- 400 -
Monsieur l’abbé Buzay (1) était coadjuteur de Monseigneur l’archevêque et qu’aussitôt elle a pensé a mon fils, et sans m’en rien dire, elle en a parlé au R. Père Emmanuel (2) qui lui a dit de savoir de moi si je voudrais bien qu’il le proposât pour servir mondit sieur Buzay je ne sais si ce serait d’aumônier, ou en quelqu’autre fonction qui lui serait plus propre. Or, comme cela n’est point venu de moi en aucune manière, j’ai pensé, Monsieur, que je ne devais pas négliger de prendre la liberté de vous demander comme je me dois conduire en cela, et, si vous jugez la chose faisable, de vous supplier très humblement nous faire la charité de nous y aider. Je crois que, si mon fils avait quelque divertissement à la mélancolie qui, à mon avis, lui cause ses peines qu’elles se dissiperaient. Il m’a toujours paru avoir la crainte de Dieu et la volonté de s’acquitter fidèlement de ce qui lui serait commis. Si [vous] voulez que j’aie l’honneur de vous parler pour ce sujet, s’il plaît à votre charité prendre la peine me
1. François-Paul de Gondi, abbé de Buzay, fils de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères, et de Françoise-Marguerite de Silly, fut nommé, le 13 juin 1643, coadjuteur de son oncle, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, et sacré le 31 janvier 1644. Bien qu’il eût pris une part active aux troubles de la Fronde, la reine, pour le gagner sans doute, lui obtint, le 19 février 1652 le chapeau de cardinal. Mazarin, mécontent de son influence et de ses menées, le fit enfermer à Vincennes. Devenu archevêque de Paris à la mort de son oncle et par suite plus dangereux au premier ministre, le cardinal de Retz fut transféré au château de Nantes, d’où il s’enfuit et passa en Espagne, puis en Italie. A Rome, les prêtres de la Mission, sur l’ordre du Souverain Pontife, lui donnèrent l’hospitalité dans leur maison. Il s’en fallut de peu que Mazarin ne fît tomber sur saint Vincent et sa congrégation tout le poids de sa colère. Après l’avènement d’Alexandre VII, qui lui était moins favorable qu’Innocent X, le cardinal de Retz quitta Rome et entreprit un long voyage en Franche-Comté, en Allemagne, en Belgique et en Hollande. La mort de Mazarin lui rouvrit les portes de sa patrie. Il rentra en France en 1662, renonça à l’archevêché de Paris et reçut en échange l’abbaye de Saint-Denis. L’âge et l’épreuve l’avaient assagi. Personne n’aurait reconnu le prélat ambitieux, léger et remuant qui avait soulevé Paris et fait trembler le puissant Mazarin, dans cet homme tranquille, studieux, charitable, de mœurs simples, soucieux de réaliser des économies pour pouvoir payer ses nombreux créanciers, pieux même durant les quatre dernières années de sa vie. Il mourut le 24 août 1679. Comme écrivain, le cardinal de Retz est surtout connu par ses Mémoires.
2. Le R. P. Philippe-Emmanuel de Gondi, de l’Oratoire, père de l’Abbé de Buzay.
- 401 -
le mander et me croire, Monsieur, votre très obligée fille et servante.
669. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Mesdames Souscarrière, de Romilly (1) et Traversay ont été chez vous pour vous dire que Monsieur le chancelier (2) les a fort bien reçues et averties que, pour entrer en possession du château de Bicêtre (3), qu’il faut en parler à la reine et faire dresser un brevet. Elles vous supplient très humblement que ce soit votre charité qui lui en parle, si déjà elle ne l’a fait, et de les avertir par qui elles feront dresser ce brevet et qui le doit présenter, de Monsieur le chancelier ou de Madame de Brienne (4).
Monsieur le chancelier a aussi offert auxdites dames de donner un arrêt, pour qu’elles se servent d’une partie de la somme des pauvres petits enfants pour leurs besoins présents ; savoir quelle somme l’on doit demander, s’il vous plaît de les en avertir ?
Lesdites dames craignent que Madame de Lamoignon ait tout gâté, parlant à Monsieur de Nesmond (5), et vous supplie
3). Date ajoutée au dos de l’original.
Lettre 669. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Louise Goulas, épouse de Pierre Sublet, seigneur de Romilly conseiller du roi et trésorier général des guerres.
2). Pierre Séguier.
3). Ce que Louise de Marillac appelle château de Bicêtre était un vaste bâtiment construit par Louis XIII sur l’emplacement de l’ancien castel royal, pour offrir un asile aux officiers et aux soldats invalides. Après la mort du monarque, le projet fut abandonné et l’édifice resta vide.
4). Louise de Béon, fille de Bernard de Béon, intendant de Saintonge, d’Angoulême et du pays d’Aunis, et de Louise de Luxembourg-Brienne, épouse de Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d’état, dame de Charité très dévouée à saint Vincent et à ses œuvres, morte ie 2 septembre 1665.
5). François-Théodore de Nesmond, seigneur de Saint-Dysan, président à mortier au Parlement de Paris depuis le 20 décembre 1636. Il devint dans la suite surintendant de la maison du prince de Condé,
- 402 -
d’en parler promptement à la reine, crainte que Sa Majesté ne soit prévenue de quelqu’autre et vous souvenir de lui représenter que le peuple tiendra à grande gratification la diminution que le roi fera sur le port de grains, selon ce que Madame de Romilly vous en a déjà dit.
J’ai dit à Monsieur Portail que votre charité nous a fait espérer l’assemblée pour dimanche. Il a trouvé bon de vous proposer le sujet : de l’importance d’observer ce qui est dans le mémoire de la manière de vivre des Filles de la Charité, en faire lecture (6). Et me semble bien nécessaire de les avertir qu’un bon moyen de s’accoutumer à la pratique est que chaque sœur des paroisses, et une pour la maison, en rendent compte à toutes les assemblées, ou toutes, ou une partie chaque fois ; et aussi, Monsieur si vous le jugez à propos, vous nous ferez la charité de nous donner, à chaque entretien, instruction sur un ou 2 points de notre manière de vie. Si vous voulez que nous fassions toutes oraison pour l’assemblée, s’il plaît à votre charité nous en donner les points pour que nous les envoyions à nos sœurs, en les faisant avertir ? J’irai demain, de bon matin, savoir ce qu’il vous plaira me dire sur tous ces sujets.
Permettez-moi de vous supplier de vous souvenir au saint autel de mes besoins, et particulièrement de celui qui me rend si criminelle devant Dieu, qui m’empêche la confiance entière en sa très sainte Providence et me rend indigne de me dire, Monsieur, votre fille, quoique par sa bonté je la sois, et très obligée servante.
L. DE M.
Ce 12 juin 1643 (1)
premier président au Parlement et mourut le 25 novembre 1664, âgé de soixante-six ans. De son mariage avec Anne de Lamoignon, sœur du célèbre magistrat, il eut quatre fils et une fille. Un de ses fils occupa le siège de Bayeux.
6). Saint Vincent fit sa conférence le 14 juin sur le sujet que proposait Antoine Portail.
7). Date ajoutée au dos de l’original.
- 403 -
670. — JEAN-JACQUES OLIER A SAINT VINCENT
Paris, juin 1643
Qui a Jésus a tout
Monsieur,
Je prie Notre-Seigneur de vivre en vous pour faire triompher son église dessus l’impudence du siècle.
J’oubliai hier à vous parler du principal sujet qui m’amenait à vous à savoir pour vous faire des plaintes du plus grand scandale qui soit arrivé dans l’église de Dieu il y a très longtemps. C’est un curé (2) qui, auprès de Paris, a été battu et meurtri à coups de bâtons par le seigneur de son village (3), en présence de ses paroissiens et à la porte de son église, avec le plus d’ignominie et de confusion que se puisse pour l’état ecclésiastique (4). Le curé est une personne de grande intégrité et de pareille capacité, qui a des témoignages très authentiques et de l’un et de l’autre, lequel pour sa personne mérite d’être appuyé, aussi bien que pour son caractère.
Je pense, Monsieur, qu’en cet abord de la régence de la reine, si elle voulait obliger à une satisfaction publique ou quelque punition temporelle ce gentilhomme elle autoriserait beaucoup l’église et réprimerait beaucoup de l’audace et de l’insolence que la noblesse a de coutume d’exercer sur l’église, qui méprise et viole impunément tous ses droits comme en un temps de libertinage et un règne d’impiété. Je priai hier Monsieur du Puy (5), qui prit la peine de me venir voir d’en parler à Monseigneur de Beauvais (6) pour apporter remède
Lettre 670. — L. a. — Arch. du séminaire de Saint-Sulpice, original
1) Voir note 4
2). Gervais Bigeon, curé d’Arcueil, docteur en théologie.
3). Théodore de Berziau.
4). Pour avoir empêché le juge seigneurial d’Arcueil de présider les compte, de ses marguilliers, Gervais Bigeon reçut de Théodore de Berziau, le 30 mai 1643, dix ou douze coups de bâton, qui le blessèrent à la tête, et des coups d’éperon qui lui lacérèrent les habits. L’affaire fut portée devant le parlement et retint l’attention de l’assemblée du Clergé, qui fit à la reine en 1645 de fortes remontrances.
5). Henri de Maupas, évêque du Puy et premier aumônier de la reine.
6). Augustin Potier, évêque de Bauvais, grand aumônier d’Anne d’Autriche.
- 404 -
à ce malheur, qui est rendu public et dont déjà la cour est informée, qui n’attend plus que les ordres de Sa Majesté pour faire connaître le zèle qu’elle a pour punir ces sortes de crimes.
Ce bon prêtre ne peut facilement tirer des preuves pour procéder en justice, à cause que le seigneur est sur les lieux, qui intimide les spectateurs de cet outrage et dont aucuns me sont venus trouver en secret pour me demander avis s’il déposeraient en justice ce qu’ils sauraient sur un tel attentat, qui les faisait gémir. Je les ai encouragés à leur devoir, comme aussi le curé, qui, étant encore livide, avait été sollicité par sa partie de ne point le poursuivre, craignant la punition qu’il prévoit, qui ne le peut pas fuir sous ce saint règne de piété. Des gens de très grand poids et de très haut mérite. qui en ont entendu parler, m’ont témoigné que ce bon prêtre ne devait s’accorder et se taire ; qu’il y allait de l’intérêt universel de l’église, et qu’il était bien à propos qu’en l’avènement de la régence de la reine, on vît un châtiment public et une punition remarquable d’un sacrilège si odieux, afin de redonner la paix et le repos à l’église en ce chef, pour tout le reste de sa régence et rédimer l’église de la vexation et oppression dans laquelle vivent les curés dans les pays éloignes de la cour, où les prêtres n’ont point de bouche pour se plaindre et semblent n’avoir que des épaules pour souffrir.
Tous Messieurs les évêques ont grand intérêt à cela et frémissent sous cette oppression pour leurs curés, sans y pouvoir remédier. Vous le savez encore mieux que tous, qui avez été témoin oculaire de tous ces maux, dans les emplois de mission à la campagne ; et souvent Dieu vous a fait gémir auprès d’eux de compassion, vous faisant désirer d’y apporter remède, s’il vous était possible, ce qu’il vous accorde maintenant, et vous met l’autorité en main pour le faire (7). Monsieur, que n’eussiez-vous fait en ce temps-là, quand ces maux vous étaient si sensibles ? Que n’eussiez-vous voulu donner pour avoir le pouvoir que Dieu vous donne maintenant et dont vous pouvez si efficacement user à la gloire de Dieu et pour le bien de son église ? Ce grand maître et très sage directeur de ses conseils a voulu vous faire passer par là, pour vous rendre plus sensible aux maux de son clergé et à l’oppression sous laquelle il gémit. Où est l’homme, disiez-vous qui nous délivrera ? Où est celui à qui Dieu donnera ce zèle et cette autorité ? Debuit per omnia nobis assimilari ut misericors fieret (8). Notre-Seigneur
7). Saint Vincent venait d’être nommé par la reine membre du conseil de conscience.
8). épître aux Hébreux II, 17.
- 405 -
a passé par là ; il a souffert dans l’infirmité pour avoir compassion de la notre ; et dans le temps de sa vertu et de son règne, au temps qu’il est assis à la droite de Dieu, il se souvient de nos misères et nous assiste de sa protection, de sa vertu et de sa grâce.
C’est, Monsieur, ce que l’église et que la portion basse du clergé, qui est celle des curés, vous demande, et moi surtout, a jointes mains, pour eux, qui ai l’honneur d’être de leurs confrères. Je gémis avec eux et j’ai, par votre grâce assez vu de pays pour apprendre les peines et les maux qu’ils endurent éloignés de Paris. Je me jette à vos pieds avec ce bon curé et vous demande grâce, maintenant que vous êtes délivré des chaînes où nous sommes captifs, souvenez-vous de nous, quand vous serez dans votre royaume. J’use des termes de l’écriture et de ceux de ces pauvres captifs avec Joseph, lequel pour sa fidélité, a bien mérité d’être où vous êtes pour la rédemption du peuple, pour l’entretien de ses frères et pour la grande joie et gloire de son père Jacob.
J’attends tout cela de votre personne, à savoir : le soulagement de l’église, la liberté des prêtres et la très grande gloire de Dieu le Père, en qui je suis, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur (9).
OLIER.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur des Pères de la Mission, à Saint-Lazare.
671. — SYLVESTRE DE CRUSY DE MARCILLAC, éVêQUE DE MENDE,
A SAINT VINCENT
Voila Messieurs vos missionnaires qui s’en vont vous rendre compte de ce que nous avons fait dans les Cévennes de mon diocèse, où j’ai fait ma visite générale et reçu trente ou quarante huguenots à l’abjuration de leurs erreurs et laissé autant
9.) Malgré les démarches pressantes de saint Vincent aucune sanction ne fut prise jusqu’en 1646. A la demande de l’Assemblée du Clergé de France, l’archevêque de Paris infligea à Théodore de Berziau les peines canoniques (Procès verbaux de l’assemblée de 1645, 29 décembre 1645, 9 février, 3 mars, 14, 18, 19 et 20 avril 1646.)
Lettre 671. — Abelly, op. cit., 1. Il, chap. I, sect. II, § 3, éd., p. 31
- 406 -
d’autres en l’état de faire le même dans peu de jours. Nous y avons fait solennellement la mission avec un profit incroyable (1). Et comme ces biens viennent de Dieu et de vos bonnes assistances, je ne puis employer personne pour vous en faire un plus fidèle rapport, ni qui s’en acquitte mieux que ces bons prêtres.
672. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR. A ROME
De Paris, ce 18 juin 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je n’ai rien de nouveau à vous dire, sinon ce que je vous ai dit par ma dernière, il y a huit jours, qu’enfin Madame la duchesse d’Aiguillon a signé le contrat de donation de cinq mille livres de rente à prendre sur le prix des coches de Rouen et qu’elle sera bien mortifiée si vous ne faites les Ordinands des quatre-temps, ayant fait cette fondation à cette intention et sur ce que vous nous avez dit que cela valait fait. Elle est d’avis que vous preniez ce palais dont vous parlez, à rente annuelle et perpétuelle. Je vous en enverrai la ratification quand vous l’aurez fait.
Je n’ai jamais été plus digne de compassion que je suis, ni n’ai eu plus de besoin de prières qu’à présent, dans le nouvel emploi que j’ai (1). J’espère que ce ne sera
1) La mission s’était donnée après Pâques. (Cf. lettre 654.)
Lettre 672. — L. a. — Original à la bibliothèque communale de Lille, ms 986, f° 75O
1). Après la mort du roi Louis XIII, la reine Anne d’Autriche avait établi, pour le règlement des affaires ecclésiastiques, un conseil de conscience dont elle s’était réservé la présidence et dans lequel elle avait appelé le cardinal Mazarin, le chancelier Séguier les évêques de Beauvais et de Lisieux, Jacques Charton, grand pénitencier de Paris, et Vincent de Paul. Ce dernier en aurait été établi chef, au dire de Madame de Motteville (Mémoires de Madame de Motteville,
- 407 -
pas pour longtemps. Priez Dieu pour moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Le marchand de Lyon répondant de M. Marchand ne m’a point encore demandé de l’argent.
673. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,
A SAINT VINCENT.
De Mercuès, ce 8 juillet 1643.
Monsieur,
Vous aurez vu par une des miennes comme l’on vous avait écrit à mon insu de l’affaire de la Vaurette et sans nécessité (1) ; de quoi j’ai été bien marri, parce que je ne veux pas recourir à vous que pour ce que nous ne pourrons faire sans vous ; au contraire, je voudrais vous soulager de tout mon possible. Monsieur Dufestel s’est pourvu devant M. l’intendant pour avoir son assistance qui est ce de quoi nous avons besoin, car, pour le droit, Delom n’en a aucun.
éd Riaux, Paris, 1855, 4 vol. in-8°, t. I, p. 167) et d’un autre écrivain signalé par Collet (op. cit., t. I, p. 365, note), qui doute, non sans motif, de l’exactitude du fait. Les biographes du saint nous ont dit avec quel désintéressement il remplit ses honorables fonctions, combien fut grand le bien qui en résulta pour le clergé de France et quelle force de caractère il lui fallut pour opposer les droits de la justice et l’intérêt de la religion aux volontés de Mazarin, qui n’écoutait trop souvent que son intérêt politique. Lassé des résistances qu’il rencontrait au sein du conseil, le puissant ministre finit par ne plus le réunir qu’à de rares intervalles et même par en exclure le saint, qui n’en faisait plus partie à la fin de 1652. Le peu qui nous reste de la correspondance du saint avec le cardinal nous montre que, pendant les dix ans que dura son emploi, Vincent de Paul ne négligea aucune occasion d’éloigner les indignes de l’épiscopat et des bénéfices et de travailler. au maintien de la foi et de la discipline.
Lettre 673. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie.
1) L’union au séminaire du prieuré séculier de Notre-Dame de Lugan ou de la Vaurette, dans le Bas-Quercy, remontait au 6 octobre 1638. On avait formé opposition.
- 408 -
Je vous prie de ne me souhaiter jamais à Paris lequel m’est pire qu’un purgatoire. Si vous saviez la nécessité de ma présence dans mon diocèse, vous me conseilleriez de n’en partir jamais. J’oserai vous dire qu’elle y est en quelque façon utile pour le service du roi ; au moins l’a-t-elle été jusqu’ici à cause de ce désordre de Villefranche (2), auquel sans moi ce pays serait engagé.
Au reste, permettez-moi de vous dire que j’ai été extrêmement surpris d’avoir vu dans la votre que vous aviez présente un placet à la reine, écrit et signé de votre main, pour la première chanoinie vacante pour le joyeux avènement du roi à la couronne, en faveur de mon official. Cela s’est-il pu faire sans violenter, voire forcer votre naturel ? Permettez-moi que je vous die davantage : le deviez-vous faire ? Pour l’honneur de Dieu, ménagez mieux les affections de la reine pour votre congrégation et pour vos bons amis pour des affaires importants et auxquels les faveurs et protections de Sa Majesté seront nécessaires. J’appréhende bien que ma considération a servi de motif pour cela ; de quoi je serais bien marri, si cela est ; et je vous assure que, si je savais que mon official se fût servi de mon nom pour vous y obliger, cela serait capable de lui faire donner son congé. C’est pourquoi je vous prie, au nom de Dieu, que dorénavant vous ne fassiez rien à ma considération pour quelque personne que ce soit, si vous n’avez lettre de moi exprès pour cela.
J’espère que vous ne serez guère importuné de moi, excepté pour l’affaire de nos bons religieux, lesquels je vous recommande de tout mon cœur. C’est pour eux que je voudrais employer l’appui de la reine, s’il en était besoin, et vous demander vos assistances, non pas pour demander une chanoinie ; et cet emploi est digne de vous et de la piété de la reine le vous conjure donc de leur accorder vos assistances et au Père de Recules, leur député, qui s’en va à Paris pour ces affaires.
Je suis très aise que M. Authier y aille aussi pour faire cette union qu’il me semble que Dieu désire. Je vous assure que si j’eusse pu quitter mon diocèse, il n’y eut point de motif plus puissant pour m’y attirer que pour la promouvoir ; mais je n’en suis pas digne. Je vous prie, parlez-en à Monseigneur l’archevêque d’Arles (3), afin que, s’il y a quelque difficulté, elle se termine par son avis. Je m’en vais en écrire mes sentiments au sieur Authier.
Il faut que je vous die que nos pauvres missionnaires et
2). Allusion à la révolte de paysans provoquée en 1637 par des impôts excessifs.
3). Jean Jaubert de Barrault.
- 409 -
séminaristes pensèrent tous être samedi dernier immolés à Notre-Seigneur en holocauste, le feu s’étant mis, sur les huit heures du soir, à un four d’un bourgeois joignant la porte du séminaire ou il y avait un bûcher de treize batelées de bois, où il se prit et causa un si grand embrasement toute la nuit, que c’est une merveille que le séminaire n’ait été réduit en cendre, comme il eût fait sans le grand secours et diligence à défendre cet embrasement. M. Dufestel triompha de la diligence qu’il y apporta ; mais ce ne fut pas sans grand’peur, pour laquelle ils ont été quittes, et pour quelque barrique de vin pour faire boire ceux qui éteignaient le feu.
Il y a dans notre séminaire quatorze jeunes ecclésiastiques, qui font bien. Je n’ai que du regret qu’ils ne soient logés plus au large et proche d’une église pour y faire les fonctions ; mais nous n’y pouvons remédier à présent, c’est pourquoi il faut avoir patience. Je vous prie ne me faire point de réponse quand je vous écrirai, s’il n’y a grande nécessité et que vous ayez du temps pour cela. Je sais bien le temps que voue avez et vous porte compassion, ménagez-le donc pour les affaires de grande importance et croyez-moi, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.
ALAIN
évêque de Cahors.
10 juillet 1643
Monsieur,
Je vous ai déjà dit que ce que vous m’écrivez du siège du général à Rome souffre de très grandes difficultés, que vous voyez celles de delà et que je les vois comme vous et celles de toute la compagnie. Il y a cette différence entre les vues d’un particulier et celles du général, que le premier ne voit et ne sent que les choses qui lui sont commises et n’a grâce déterminée que pour cela, et que la bonté de Dieu en donne au général en l’étendue de toute la compagnie. Ce n’est pas que le particulier ne
Lettre 674. — Dossier des prêtres de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Charavay.
- 410 -
voie les mêmes choses que le général et peut-être davantage ; mais son humilité lui en doit donner de la défiance, et le général doit avoir confiance que, comme Dieu proportionne la grâce à la vocation, il lui fera celle de choisir ce qui sera le meilleur pour la compagnie, notamment aux choses de grand poids auxquelles il y a longtemps qu’il pense et pour lesquelles il prie. Ce n’est pas qu’il ne se puisse tromper et que l’inférieur ne puisse peut-être mieux rencontrer ; mais celui-ci ne doit pas présumer cela, ni tenir ferme contre ce que le général pense le meilleur devant Dieu. N’en parlons donc plus, Monsieur, je vous en prie ; mais prions bien Dieu pour cela et humilions-nous très bien. Dieu ne permettra pas que la chose manque à se faire en son temps, s’il l’a agréable, comme je l’espère.
675. — A LA MèRE MARIE-EUPHROSINE TURPIN
De Paris, ce 23 juillet 1643.
Ma chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre avec la consolation que Notre-Seigneur sait et qui m’a été augmentée par tout ce que le bon Monseigneur d’Amiens (1) m’a rapporté et que l’on m’avait déjà dit de la bénédiction que Notre-Seigneur donne à votre sainte famille, que je salue avec tout le respect et l’affection qui m’est possible, et prie sa divine bonté de la sanctifier de plus en plus.
La providence de Dieu me fit rencontrer à Sainte-Marie du faubourg, comme je fais à présent à celle de la
Lettre 675. — L. a. — Dossier de la Mission, original
1) François Lefèvre de Caumartin (16l8-1652).
- 411 -
ville, pour vous à la première, notre chère sœur Marie-Cécile (2) et notre et votre chère sœur tourière (3), qui dit qu’il n’y a point de supérieure au monde à comparer à la sienne. Mon Dieu, ma chère Mère, que cela a ajouté à l’estime et à l’affection que vous savez que le bon Dieu m’a toujours données pour vous ! Et pource que cette bonne fille est sur le point de son partement et que je ne vous en puis dire davantage, je finis en vous recommandant de prier pour le nombre infini des abominations de ma vie, à ce qu’il plaise à sa miséricorde d’avoir pitié de moi, qu’il a fait, par sa grâce et en son amour et celui de toute votre sainte communauté, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Je ne puis que je ne vous die ce que votre tourière vient de me répondre. Je lui ai dit : "Ma sœur, si j’écris à notre Mère que vous m’avez bien dit du mal d’elle, vous direz que j’ai menti". — "Oui" m’a-t-elle dit.
Suscription. A ma chère Mère ma chère Mère la supérieure de la Visitation Sainte-Marie d’Amiens (4), à Amiens.
2). Marie-Cécile Baillon
3). Peut-être Marie-Catherine Bassecole, qui, lors de la fondation du monastère d’Amiens se disposait à être sœur tourière.
4). Monastère fondé en septembre 1640. Anne-Marie Alméras, sœur de René Alméras, était du nombre des sœurs fondatrices Elle fut placée en 1652 à la tête de la petite communauté.
- 412 -
676. — A CHARLES DE MONTCHAL, ARCHEVêQUE DE TOULOUSE
De Saint -Lazare, ce lundi à midi. [Entre 1643 et 1647]
Monseigneur,
Celui qui vous présentera la présente a l’honneur d’être à la reine, et celui qui l’accompagne vous dira quelque chose de particulier qu’il importe que vous sachiez, touchant l’affaire de Louviers (3). Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de l’entendre sur cela et de souffrir que je sois toujours ce que Notre-Seigneur m’a fait
Lettre 676. — L. a — L’original appartient aux Filles de la Charité de la rue Coulaincourt 33, Paris.
1). Le nom du destinataire est donné par Gossin (Saint de Paul peint par ses écrits, p. 480), qui a en en main l’original, alors que la feuille sur laquelle se trouvait la suscription n’était pas encore perdue.
2.) Voir note 3.
3.) Saint Vincent entend parler très probablement des religieuses qui renouvelèrent au monastère Saint-Louis de Louviers les désordres de Loudun. L’affaire traîna de 1643 à 1647.. Après l’enquête canonique faite par l’autorité diocésaine (mars 1643) eut lieu l’enquête des commissaires de la Cour, confiée à Charles de Montchal. qu’assistaient Jacques Charton, pénitencier de Paris, Samuel Martineau, docteur en théologie, M de Morangis, conseiller du roi, et des médecins de Rouen (août et septembre 1643) A la suite du rapport des enquêteurs, qui était accablant pour les accusés la parlement de Rouen évoqua l’affaire devant lui. La principale accusée. Madeleine Bavent, sœur tourière, fit d’horribles révélations sur les infamies, les sacrilèges et les actes de magie et de sorcellerie auxquels avaient été mêlées avec elle plusieurs personnes, dont trois prêtres : David, ancien directeur des religieuses, Mathurin Picard. curé de Mesnil-Jourdain, et Boullé, vicaire de ce dernier. Le 21 août 1647, Boulé fut condamné à être brûlé vif comme sorcier et fauteur de maléfices. David et Picard étaient morts : on exhuma les restes de ce dernier pour les livrer aux flammes. Le supplice de Boullé mit fin aux convulsions. (Cf. essai historique sur Louviers par Paul Dibon, Rouen 1836 in-8°, pp 126-144 ; Affaire curieuse des possédées de Louviers par Z. Piérart, Paris, 1858, in-8.)
- 413 -
la grâce d’être, qui est d’être, Monseigneur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
677. — A BERNARD CODOING
A Paris, ce 24 août 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous vous plaignez de nous, de ce que vous n’avez reçu de nos lettres par deux courriers consécutifs. L’on n’a point manqué de vous écrire par chacun. Une fois, la lettre ne fut point assez à temps chez M. Parisot, qui avait déjà envoyé son paquet à la poste.
Nous avons fait acquitter la lettre de change de trois mille livres à jour préfix. En attendant votre résolution sur le sujet des huit mille écus que vous demandez, nous tâcherons de vendre les coches de Soissons, qui vous tiennent lieu de 2.500 livres, mais qui diminueront ; et le fermier nous demande du rabais, à cause de l’instance formée contre lui par les messagers. Depuis, la mort de feu M. le cardinal (1) a fait renvoyer l’instance du Conseil au Parlement. En ce cas, il ne vous restera que les 5.000 livres sur les coches de Rouen.
M. de Montheron, mon ancien ami, qui vous a parlé de la Mission de Babylone, écrit à Monseigneur l’évêque (2) qu’il en a parlé à Monseigneur Ingoli, qui lui a
Lettre 677. — L. a. — Collection de M Henri de Rothschil original.
1). Le cardinal de Richelieu.
2). Jean Duval, carme déchaussé, en religion Bernard de Sainte Thérèse, évêque de Babylone
- 414 -
témoigné que la Congrégation de Propaganda Fide agréera notre emploi en ces pays éloignés et la démission de son évêché en faveur d’un de la compagnie, laquelle en pourra élire trois et les présenter à Sa Sainteté pour en choisir l’un pour succéder au défunt, ainsi que font les Cordeliers en une ville de Hongrie, limitrophe de la Turquie ; qu’il en écrira à Monseigneur le nonce, maintenant cardinal Grimaldi, à deux fins : pour que Son éminence parle à la reine pour donner à M. l’évêque de Babylone quelqu’autre évêché ou abbaye de deçà ; et pour me faire à moi l’ouverture de cette proposition (3). Sur quoi, ayant pensé qu’il y avait peut-être quelque
3). Une charitable veuve, Madame Ricouard, née du Gué de Bagnols, avait laissé à la Mission de Perse en 1638 la somme de 66.000, livres et sa maison de la rue du Bac, à condition que l’évêché de Babylone serait rétabli, occupé tout d’abord par un Carme déchaussé et dans la suite par des Français. Elle désigna elle-même Jean Duval, prédicateur très goûté. Le nouvel évêque cumula, avec le titre d’évêque de Babylone, ceux de vicaire apostolique d’Ispahan et de visiteur de Ctésiphon. Il arriva à Ispahan le 7 juillet 1640 et opéra, a-t-on dit, de nombreuses et éclatantes conversions. A la suite de vexations et de mauvaises affaires, il revint en France pour exposer à Richelieu l’état de sa Mission. Richelieu était mort quand il arriva. L’évêque de Babylone agrandit sa maison de la rue du Bac par l’achat de quelques bâtiments, avec l’intention d’y établir un séminaire destiné à alimenter la Mission de Perse. L’entreprise était au-dessus de ses forces. Il échoua complètement et vendit la maison, le 16 mars 1663, à la Société des Missions-Etrangères, qui la possède encore Il continua d’y habiter jusqu’au 10 mai 1660, jour de sa mort. La rue de la Petite-Grenelle ou rue de la Fresnaye, qui rencontrait la rue du Bac au point où se trouvait sa propriété. est devenue, en souvenir de ce prélat, rue de Babylone. Jean Duval n’était resté que deux ou trois ans en Perse. Vraisemblablement, quand il rentra en France en 1643, c’était avec l’intention, peut-être même avec l’ordre de n’y plus revenir. Il était de ceux qui ne savent pas résister à la tentation de s’occuper d’affaires commerciales ou financières, même lorsque des revers lamentables viennent les avertir qu’ils n’ont aucune compétence en ces matières. Le coadjuteur qu’on lui cherchait devait non l’aider, mais le suppléer. La situation pécuniaire de la Mission de Perse explique les répugnances et le refus de ceux auxquels on proposa ce titre. Les archives des Missions, étrangères montrent que la notice consacrée à Jean Duval par la Gallia Christiana, t. VII, col. 1034, se rapproche plus du panégyrique que de l’histoire.
- 415 -
apparence que Notre-Seigneur voulait quelque chose de nous en cela, j’ai répondu à une bonne religieuse, qui me parla de la part de mondit seigneur, que nous y penserions, en attendant qu’il plaise à sa divine bonté manifester plus évidemment sa volonté sur cela par la manière qu’on vous proposera la chose de la part de ladite Congrégation et par la manière que la proposition sera reçue de deçà, positis aliis circumstantiis ponendis.
Il y a bien du pour et du contre en cela. Il y a quelqu’un qui a écrit depuis peu, à ce qu’on m’a dit, que les religieux et les missionnaires qui ne vont au secours des âmes infidèles qui périssent, sont en voie de damnation. Et la preuve contre cela : il y a disette d’hommes en notre compagnie ; 2° qu’il y a grandes raisons de douter que Notre-Seigneur veuille qu’il soit tiré des évêques du corps des missionnaires, non plus que de celui des Jésuites ; 3° qu’il n’y a rien à faire présentement en Babylone, où il n’est pas loisible de parler contre leur religion de Mahomet, sur peine de la vie. Que s’il y a quelque bien à faire, c’est en la ville où séjourne le roi de Perse (4), trois cents lieues au delà, où il y a de deux ou trois sortes de religieux. Carmes, Capucins et Jacobins ; point de catholiques, si ce n’est quelques pauvres garçons qu’on a tâché d’élever en notre sainte religion. Il y a près de soixante mille chrétiens grecs, arméniens, qui ont été transportés esclaves en une ville que le roi a fait bâtir et habiter par eux auprès de la sienne royale.
Voilà l’état de la chose. J’ai pensé que je vous dois dire ceci, afin de recommander la chose à Dieu et que vous me disiez votre pensée sur cela.
Je vous ai écrit comme nous avons remis à l’année prochaine à parler de l’union avec M. Authier, sur ce
4) Ispahan.
- 416 -
qu’il veut que nous recevions ses constitutions imprimées et ses ordonnances entre les nôtres, à cela près d’ajuster les difficultés qui s’y trouveront. Il y a apparence qu’il en sera de lui peut-être comme du Père Romillion (5), qui s’était séparé du Bienheureux César de Bus (6) à cause des vœux (7), et avait établi quantité de maisons ; et comme l’Oratoire fut institué, il vint trouver M. de Bérulle (8) pour s’unir ; mais jamais il ne le put, jusqu’à ce qu’après plusieurs années, sa congrégation, qui jugeait
5). Jean-Baptiste Romillion né en 1553 à l’Isle (Vaucluse) de parents huguenots, converti en 1579, prêtre en 1588, mort le 14 juillet 1622. César de Bus et lui fondèrent à l’Isle en 1592, en vue de pourvoir à l’instruction des pauvres, des ignorants et des gens de la campagne, l’Institut des prêtres de la Doctrine Chrétienne, que Clément VIII approuva en 1597. (Cf. La vie du P. Romillion prestre de l’Oratoire de Jésus et fondateur de la Congrégation des Ursulines en France par l’abbé Claude Bourguignon Marseille, 649, in-4)
6). César de Bus, né à Cavaillon (Vaucluse) le 3 février 1544, devenu prêtre, après avoir perdu et retrouvé la foi, aveugle à l’âge de quarante-neuf an, mort le 15 avril 1607. (Cf. la vie du B. Père César de Bus par le R. P. Jacques de Beauvais, Paris, 1645, in-4.)
7). César de Bus voulait unir plus étroitement ces confrères par un voeu ; ce que tous n’acceptaient pas, entre autres le Père Romillion. De là deux partis et la scission. César de Bus garda la maison Saint-Jean d’Avignon ; celle d’Aix fut laissée aux partisans du Père Romillion. Les prêtres de la Doctrine Chrétienne se relevèrent péniblement de cette épreuve. Il ne restait plus que trois établissements en 1610. Leur congrégation s’unit aux Somasques d’Italie en 1616, puis s’en sépara en 1646 pour revenir aux vœux simples et à l’état séculier. Au moment de la Révolution, elle comptait quinze maisons et vingt-six collèges répartis en trois provinces, avec maison-mère à Paris.
8). Pierre de Bérulle naquit au château de * Cérilly, (Yonne), le 4 février 1575. Peu après son ordination sacerdotale, qui eut lieu en 1599, il fut nommé aumônier du roi. Son talent pour la controverse lui permit de ramener au giron de l’église plusieurs grands personnages, entre autres le comte de Laval, le baron de Salignac et un président au parlement de Pau. Il fut chargé par le roi de l’honorable mission de conduire en Angleterre Henriette de France, fille d’Henri IV, qui allait épouser le prince de Galles. Il établit les Carmélites en France en 1603, avec l’aide de Michel de Marillac, garde des sceaux, et de Madame Acarie, et fonda en 1611 la congrégation de l’Oratoire, dont il fut le premier supérieur. Son influence sur le clergé fut considérable. Il sut grouper autour de lui les prêtres
- 417 -
cette union convenable, le pressa si fort et le contraignit enfin, contre son intention, à faire l’union (9). Il y a quelque apparence de quelque chose semblable à l’égard des siens, à ce qu’on me mande. Mais de ceci vous n’en parlerez point à personne du monde, s’il vous plaît, si ce n’est à M. Dehorgny, s’il est encore à Rome.
C’est là tout ce que je vous puis dire pour le présent, sinon qu’après m’être prosterné en esprit aux pieds de votre communauté et aux vôtres et m’être recommandé aux prières de tous en cet état, je suis à tous, en l’amour
es plus vertueux et les plus éminents de Paris. Ce fut chez lui que saint Vincent, dès son arrivée dans cette ville, alla chercher aide et conseil. Abelly prétend même qu’il logea "environ deux ans" sous son toit ; mais nous avons des raisons de réduire ces deux ans à quatre ou cinq mois tout au plus. Que saint Vincent accepte la cure de Clichy, ou entre comme précepteur dans la famille des Gondi ; qu’il se retire au loin à Châtillon-les-Dombes, ou qu’il reprenne sa place près du général des galères, toujours nous rencontrons l’intervention de Pierre de Bérulle. Nous voudrions pouvoir dire que leurs relations restèrent toujours les mêmes. Pierre de Bérulle ne vit pas de bon œil la naissance de la Congrégation de la Mission ; il s’efforça même d’en empêcher l’approbation en cour de Rome, ainsi que nous l’apprend une de ses lettres au Père Bertin ; il lui écrivait en 1628, parlant du nouvel Institut : "Le dessein que vous mandez être en ceux qui sollicitent l’affaire des missions par voies diverses et, à mon avis, obliques, le doivent rendre suspect et nous obliger à sortir hors de la retenue et simplicité en laquelle j’estime à propos de demeurer dans la conduite des affaires de Dieu". (Arch. de la Mission, d’après Arch. Nat., M 216, deuxième paquet, cahier du P. Bertin, p. 26, où on ne trouve plus cette pièce.) Pierre de Bérulle était alors cardinal depuis un an. Il mourut le 2 octobre 1629. Sa vie a été écrite par le P. Cloyseault, dont le P. Ingold a publié le manuscrit en 1880 dans la Bibliothèque Oratorienne, par Tabaraud, (Paris, 1817 2 vol. in-8°), le marquis de Caraccioli (Paris. 1764, in-12) et l’abbé Houssaye (Paris, 1874-1875, 3 vol. in-8°).
9). Sur les conseils du cardinal Tarugy, archevêque d’Avignon, le P. Romillion adopta les règlements de l’Oratoire de Rome, après sa séparation d’avec César de Bus. Ses prêtres n’étaient alors que douze. Ils se multiplièrent bientôt au point de remplir neuf établissements. La fusion de sa congrégation avec l’Oratoire de France lui fut demandée par le P. de Bérulle. Il accepta sous la pression des siens, et les articles d’union furent signés à Tours le 21 septembre 1619.
- 418 -
de Notre-Seigneur et par sa pure miséricorde et votre charitable support, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
Présentation à la cure de Sainte-Croix-des-Pelletiers
(Rouen)
678. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 11 septembre 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je réponds à deux de vos lettres, l’une à moi, du 4 août, l’autre à M. Lambert, du 10 du même mois.
Nous avons acquitté la lettre de change de 3.000 livres que vous avez tirée sur nous.
Je vous ai mandé (1) et vous dis encore derechef qu’il faut suspendre la résolution comme l’exécution du siège du général, et cela pour de très importantes raisons. Je vous prie, Monsieur, d’en demeurer là.
Ce qui me mipartit (2) l’esprit à présent, c’est la jalousie de leur autorité et dépendance d’eux qu’ont Nosseigneurs les prélats, qui diront et feront la même chose de deçà que vous appréhendez de delà. La prochaine congrégation résoudra cela. Nous prierons Dieu cependant ; et s’il plaît à la justice de Dieu de ne me souffrir sur la terre jusque-là, j’en dirai mes pensées, s’il lui plaît m’en donner le temps, et les ferai écrire. Donnons cepen-
Lettre 678. — 1,. a. — Dossier de la Mission, original
1) Voir lettre 674.
2.) Mipartit, coupe en deux ; expression employée ici au figuré
- 419 -
dant cela à la conduite de la sage providence de Dieu. J’ai une dévotion spéciale de la suivre ; et l’expérience me fait voir qu’elle a tout fait dans la compagnie et que nos providences l’empêchent. C’est en cet esprit que je n’ai jamais rien fait, ni dit pour nous recommander, si me semble, et que je ne m’empresserai pas pour avoir de Monseigneur l’archevêque de Reims (3) la lettre à M. Ingoli touchant la bénédiction que Notre-Seigneur a donnée à la mission de Sedan (4).
J’ai parlé à M. de Brienne de l’affaire de Saint-Yves. Il m’a dit qu’il fera ce qu’il pourra pour cela et que je sache de vous comme il se faut prendre pour travailler à cet affaire. Cela n’empêchera pas que vous ne pensiez à cette petite église paroissiale, si vous avez du logement auprès ; autrement, je n’y vois pas grand avantage. La multiplicité des maisons embarrasse et fait murmurer. Si la chose est nécessaire, il faut passer par dessus et laisser dire.
J’ai parlé à Monsieur de Saint-Aignan de résigner entre les mains d’un particulier de la compagnie. Il ne me répond rien à cela.
L’affaire de Richelieu est arrêté. Il nous a fallu relâcher de beaucoup, à cause des grandes dettes de cette succession et de l’humeur de ceux à qui nous avions à faire.
Je tiendrai la main à ce que vous m’écrivez pour le séminaire d’Agen (5). Il y a quelque esprit de division en cette maison-là, qui l’a toujours troublée et le fait à présent plus que jamais. J’écrivis hier à M. Soufliers de s’en aller prendre la place de M. Dufestel à Cahors, et à M. Dufestel d’aller prendre la sienne. Toutes les autres maisons ne nous ont point fait tant de peine.
3). Leonor d’Estempes de Valençay
4). Mission fondée par Louis XIII. (Cf. Lettre 660, note 10).
5). * "Ce séminaire n’était pas encore confié à la Congrégation de la Mission."
- 420 -
Je vous prie, Monsieur, de prier Dieu pour elle et pour ce pauvre misérable pécheur, qui abuse tant de ses miséricordes et qui est, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
679. — A LA SŒUR HéLENE-ANGéLIQUE LHUILLIER
De Saint-Lazare, ce samedi matin. [Entre 1641 et 1644] (1)
Ma très chère Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Le service que j’ai essayé de rendre à nos chères sœurs de Saint-Denis (2) ne vaut pas le remerciement que vous m’en faites, si ce n’est que votre bon ange vous ait dit qu’étant à Pontoise avec Monsieur de Beauvais (3), qui s’en allait à Saint-Germain (4), et m’ayant fait instance très pressante d’y aller, je n’eus point de plus forte raison pour m’en excuser que celle de la parole que j’avais donnée pour cette visite. Ains c’est à moi à remercier Dieu, comme je le fais de tout mon cœur, de la grâce qu’il m’a faite d’y voir l’union des cœurs, la simplicité, l’humilité, l’obéissance et l’exactitude à l’observance des règles en un état de notable perfection. O ma chère
Lettre 679. — L. a. — Originai chez Mademoiselle d’Alaincourt à Cambrai.
1) La lettre est postérieure à la fondation du monastère de Saint-Denis (29 juin 1639), antérieure à la mort de l’évêque de Beauvais, Augustin Potier (20 juin 1650), et du temps où Hélène-Angélique Lhuillier était simple sœur au premier monastère de Paris (1641-1644)
2). Les sœurs de la Visitation.
3). Augustin Potier, membre du conseil de conscience.
4). Saint-Germain-en-Laye.
- 421 -
sœur, qu’il y a grand sujet de louer Dieu en voyant cela !
J’y commençai la visite jeudi, à deux heures, et achevai hier au soir, à sept. A la première vue, qui sera le plus tôt que je pourrai, je vous dirai de vive voix ce que la plume ne peut vous exprimer du sujet que vous avez de bénir Dieu de ces aimables épouses que vous lui avez engendrées et élevées.
Je le remercie cependant de ce que vos sueurs vous ont passé et salue notre chère Mères et, s’il est convenable, notre pauvre malade aussi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma chère sœur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A ma chère sœur Hélène-Angélique Lhuillier, à Sainte-Marie de la ville.
680. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce 9 octobre 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Il plaît à Dieu que je sois tombé dans le sujet de vous demander très humblement pardon de ce que je ne vous ai écrit par les deux derniers courriers, par pure oubliance. Votre charité me le pardonnera, s’il lui plaît.
Vos dernières me parlent de la nécessité de prendre ce palais de six cents écus de louage. Or, toutes les choses pesées que vous me dites, vous ne ferez point diffi-
5). Louise-Eugénie de Fonteines.
Lettre 680. — L a. — Dossier de la Mission, original.
- 422 -
culté de le prendre, si déjà vous ne l’avez fait ; et cela d’autant plus volontiers comme la piété de votre digne fondatrice (1) nous a fait espérer de donner encore ce fonds-là. Elle ne l’a point encore exécuté. J’espère qu’elle le fera, mais que ce sera sur la nature du fonds qu’elle vous a donné le reste, sur lequel le roi a fait déjà un édit par lequel il s’attribue un quartier et demi du prix de la ferme de cette année, et autant pour la suivante. Comme en ce temps l’on prend sur toutes choses, il n’y a officier de cour souveraine sur qui l’on ne prend de même. Je fais tout ce que je puis pour nous en exempter. Je ne sais pas si le bon Dieu nous fera cette grâce.
La personne qui nous a parlé diverses fois de l’affaire de Babylone (2) nous en parla encore hier. Je lui demandai si Monseigneur n’a point traité avec celui que je vous ai mandé, qui faisait tant d’instance pour l’avoir, c’est M. A [uthier], et m’assura que non, et que, si nous lui pouvions faire donner le prieuré de 2.500 livres de M. de Saint-Aignan, qu’il traiterait ; et me dit, de plus, que ce bon Monsieur-là ne demandait pas l’évêché, mais qu’il lui plût les recevoir en son association pour le servir en toutes ses fonctions et desseins qu’il a en ces pays lointains. Cela m’a donné sujet de penser que peut-être ceci pourrait faciliter l’union, en lui faisant donner à lui l’évêché, je dis à M. Aut [hier], car la plus grande difficulté qui se rencontre en cet affaire, c’est sa personne. Les siens le désirent fort et en ont parlé de la sorte à M. du Coudray. J’ai su que l’union qui a été faite de la Doctrine Chrétienne de Provence à l’Oratoire a été toujours contredite par le R. P. Romillion, leur fondateur, et que ce fut sa compagnie qui le pressa,
1). La duchesse d’Aiguillon.
2). La question du coadjuteur ou du successeur de Jean Duval évêque de Babylone.
- 423 -
de sorte qu’il se trouva contraint. Une des difficultés que nous a faites en l’affaire l’un des principaux des siens, c’est celle de l’emploi qu’il aurait en suite de l’union : il demandait qu’il fût notre coadjuteur cum futura successione, mais je lui dis net que cela ne se pouvait. Or il semble que ce serait ici un sujet notable donné par la Providence. En cela nous avons à faire deux choses, l’une de deçà, l’autre de delà : de deçà, voir si nous pourrons assurer la chose pour la compagnie, au moyen du prieuré de M. de Saint-Aignan ; et que de delà vous voyiez M. Ingoli et traitiez avec lui, selon votre prudence ordinaire, de l’union de la compagnie et de cet emploi pour ledit sieur A [uthier].
Monsieur du Coudray a recouvert sa santé en s’en revenant et est prêt à s’en retourner en Provence, à cause de l’instance qu’on en fait de Marseille (3). Il s’abouchera sur les lieux avec ledit sieur. Je vous ai dit que nous avons remis la résolution à l’année prochaine. Cette occasion peut-être pourrait accélérer et faciliter la chose, qui requiert une grande précaution et discrétion de delà. Nous n’avons point de difficulté, par la grâce de Dieu, à l’uniformité des fonctions ; au contraire. Utinam omnes prophetent ! Mais tous nos amis nous disent que le nom nous est injurieux et qu’avec le temps cela fera mille fâcheux rencontres, et tous estiment qu’il est nécessaire qu’eux ou nous en changions. Qu’ils prennent le nom de Prêtres du clergé (4), il n’y a rien à redire. Ils passent outre et estiment qu’il est nécessaire que nous nous opposions à leurs bulles à Rome, et de deçà à la vérification des lettres patentes qu’ils pourront obtenir ;
3). Le saint n’avait pas mis à exécution son projet de l’envoyer en Barbarie. Après plusieurs mois de travaux fructueux sur les galères de Marseille, François du Coudray était rentré à Paris, où il signait, le 25 juillet, le contrat de fondation de la maison de Marseille.
4). Ils se faisaient appeler Missionnaires du Clergé.
- 424 -
mais c’est à l’extrémité. Ils disent que le Pape leur refuse l’approbation et les renvoie à l’union de deçà. Si jamais vous avez eu quelque affaire délicate en main, c’est celle-ci. Il importe extrêmement que vous teniez tout fort secret et que vous m’avertissiez exactement de tout. L’âme de ceci, je le dis derechef, est le secret à l’égard de qui que ce soit.
J’ai communiqué votre mémoire de Saint-Yves à M. de Brienne ; il m’a renvoyé à M. de Saint-Chamont (5), qui s’en va ambassadeur de delà, à ce qu’il le négocie y étant. Cet affaire nous fera quelque tempête fâcheuse avec les PP. de l’O [ratoire]. Ma pensée est de le surseoir.
Nous avons reçu la provision de Champvant (6) et l’avons envoyée pour en prendre possession, en attendant l’union.
J’écris à M. Le Bret la difficulté que l’affaire dont me parle souffre (7). Assurez-le de mon service.
Notre affaire de La Rose va mal ; il faut prendre patience. M. Lambert est par les chemins pour y aller faire la visite ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Faites mes excuses, s’il vous plaît, à Messieurs Brunet et Blatiron de ce que l’embarras où je suis m’empêche
5). Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chamont, seigneur de Chevrières. Il fut envoyé à Rome en qualité d’ambassadeur extraordinaire et mourut à Paris le 10 septembre 1649.
6). Le prieuré Saint-Nicolas de Champvant, au diocèse de Poitiers, resta uni à la congrégation de la Mission jusqu’à la grande Révolution. Etienne Blatiron en fut le premier titulaire. Champvant fait aujourd’hui partie de la commune de Chaveignes (Indre-et-Loire).
7) L’évêque de Toul, venait de mourir, et on avait la pensée de donner le siège vacant à M. Le Bret.
- 425 -
de leur faire réponse. Je les embrasse tous deux, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, ensemble tout le reste de la compagnie, aux prières de laquelle je me recommande.
Suscription. A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
681. — GUILLAUME GALLAIS, SUPéRIEUR A SEDAN (1)
A SAINT VINCENT
Sedan, 1643,
Je vous dirai, Monsieur, que, depuis qu’il a plu à Dieu de former la petite compagnie de la Mission, elle n’a point travaillé ni si utilement, ni si nécessairement qu’elle tait ici (2), Les hérétiques continuent de s’édifier et d’assister aux prédications, desquelles ils se louent fort. Et pour les catholiques, il faut travailler avec eux comme l’on ferait avec des gens tout nouveaux ; car depuis quatre ou cinq ans que la prédication est libre en cette ville, on n’y a presque parlé que
Lettre 681. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 5, 1er éd., p 38
1) Guillaume Gallais, né à Plouguenast (Côtes-du-Nord) reçu dans la congrégation de la Mission le 7 avril 1639, à l’âge de vingt-quatre ans, ordonné prêtre en 1641, admis aux vœux en 1645, supérieur à Sedan (1643-1644), à Crécy (1644-1645), au Mans (1645-1647). C’était un missionnaire de grand talent.
2). Le 7 mai 1643 étaient arrivés à Sedan conduits par Guillaume Gallais, leur supérieur, quatre prêtres de la Mission, Jacques Lesage, Evrard Gobert, Jean Alain et F. Firmin. Le 8 septembre, Guillaume Gallais prenait possession de la cure. En la cédant à la congrégation de la Mission, René-Louis de Fiquelmont, abbé de Mouzon, qui en était le collateur, avait posé deux conditions : la première, que les abbés de Mouzon resteraient curés primitifs de Sedan et auraient droit de chanter la grand’messe dans l’église deux fois l’an, aux jours qui leur plairaient, avec toutes les marques d’honneur dues au curé ; la seconde, que, si les prêtres de la Mission venaient à se retirer, les abbés de Mouzon rentreraient dans leurs droits de collateurs. Le contrat d’établissement portait à sept le nombre des prêtres et à deux celui des frères. Quatre prêtres devaient rayonner dans les Souverainetés de Sedan, Raucourt et Saint-Manges, pour y donner des missions ; aux trois autres était confié le soin de la paroisse de Sedan.
- 426 -
de controverses et très peu des pratiques et des exercices de religion et de piété. Il s’en est trouvé plusieurs qui avouaient franchement qu’ils n’avaient pas cru qu’il fut nécessaire de confesser tous ses péchés. Les mêmes abus se commettaient dans l’usage de la sainte Communion, etc. ; en sorte qu’il nous fallut commencer de les instruire des premiers principes de la religion. Il est vrai que ce n’a pas été sans beaucoup de consolation, d’autant qu’ils écoutaient avec plaisir ce qu’on leur disait, et le pratiquaient avec fidélité. Ils ne sauraient assez admirer la grâce que Dieu leur a faite, ni comment faire pour s’en rendre reconnaissants au point qu’ils le désirent.
682. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce 6 novembre 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu et perdu votre dernière, que j’ai reçue il y a trois jours, qui me donne sujet de rendre grâces à Dieu de la bénédiction qu’il a donnée à vos solitudes (1), et de le prier qu’il vous fasse la grâce à tous d’être bien fidèles aux résolutions qu’on a prises.
Je ne me ressouviens point de ce que vous me dites par la vôtre, sinon que vous ne jugez pas que la paroisse qu’on vous offrait soit votre fait. Je vous ai mandé par plusieurs fois que vous preniez la maison de deux mille livres.
Nous signâmes hier la fondation de pareille somme que fait Madame la duchesse d’Aiguillon, et aujourd’hui l’on doit juger si l’on nous ôtera cela et le reste de ces fondations, sur l’instance que fait Monsieur le duc de Bellegarde (2) que le roi lui rende les coches de
Lettre 682 — L a — Dossier de la Mission, original
1) Solitudes, retraite.
2). Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde, ancien favor
- 427 -
France, qu’il soutient lui appartenir. J’en écrivis hier à la reine. Nous verrons.
Monsieur de Saint-Chamont, qui s’en va ambassadeur à Rome, nous a fait l’honneur de nous venir voir et de nous offrir sa bienveillance et sa protection. Vous le verrez soigneusement à son arrivée, qui ne sera pas si tôt, à Rome.
Monseigneur le cardinal Grimaldi s’en retournera bientôt à Rome. Il sera bon de faire de même.
Quant au siège du général, il y a beaucoup de choses à dire du lieu où vous écrivez qu’il serait convenable qu’il fût. Nous verrons. J’espère qu’on me donnera congé de vous aller voir bientôt, s’il plaît à Dieu me supporter sur la terre. Alors nous en parlerons à plein fond.
Il ne faut plus faire attention à l’union de Saint-Yves. L’on craint de mettre émulation dans la sainte congrégation de l’Or [atoire] et la nôtre chétive.
Je ne vous dis rien de l’évêché de Babylone. Le seigneur qui m’en faisait parler souvent n’en dit plus mot.
Il ne faut pas se déprendre de l’attente de sollicitation, ni de l’attente de l’union du prieuré de Dyé (3) que nous offre le bon M. de Saint-Aignan. Toutes choses ont leur certain temps opportun, et point avant, ni après ce terme-là. Les Pères jésuites, quelque difficulté qu’ils trouvent de delà aux unions, ne laissent (4) pas de tâcher d’en avoir les résignations ici.
d’Henri III et ancien surintendant de la maison de Gaston, duc d’Orléans. Compromis dans la révolte de son maître il le suivit en exil et revint avec lui en France dans le courant de l’année 1634 Il résigna en 1639 en faveur de Cinq-Mars sa charge de grand écuyer et mourut sept ans après.
3). Localité de l’arrondissement de Tonnerre (Yonne)
4. L’original porte laissant : le sens réc ! ame laissent
- 428 -
Pensez-vous avoir grande difficulté à l’approbation de nos règles de delà, si nous les vous envoyons ?
Je ne sais d’où vient le mouvement que j’ai de vous conseiller de faire profession, comme je tâche de faire, de ne se trouver point dans aucune intrigue, ni dans l’embarras des choses temporelles extérieures. Oh ! quel exemple Notre-Seigneur nous a laissé pour l’un et pour l’autre ! Je renonce à tout autre emploi qu’à celui de la compagnie et des choses ecclésiastiques et religieuses. Aidez-moi, Monsieur, de vos prières à cet effet et à obtenir de Dieu qu’il ne permette pas que je fasse aucune chose qu’en sa vue et selon sa sainte volonté. O Dieu ! Monsieur, que je demande volontiers à chacun de votre petite communauté la visite des sept églises une fois, afin qu’il plaise à la miséricorde de Dieu me pardonner les abominations de ma vie passée et de la présente et qu’il me fasse la grâce que je vous viens de prier de lui demander pour moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, à toute votre petite compagnie, que je salue, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
683. — UN éVêQUE A SAINT VINCENT
Aidé par ces grands vicaires, il travaille de son mieux au bien de son diocèse ; "mais c’est avec peu de succès, pour le grand et inexplicable nombre de prêtres ignorants et vicieux
Lettre 683. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. II, sect. I, 1er éd., p. 214.
- 429 -
qui composent mon clergé, qui ne peuvent se corriger, ni par paroles, ni par exemples. J’ai horreur quand je pense que dans mon diocèse il y a presque sept mille prêtres ivrognes ou impudiques qui montent tous les jours à l’autel et qui n’ont aucune vocation".
684. — ANNE DE MURVIEL, éVêQUE DE MONTAUBAN,
A SAINT VINCENT
[Entre 1635 et 1652]
Les prêtres de la Mission sont grandement nécessaires dans ce diocèse, car dans les lieux où ils ont ci-devant travaillé, il ne s’est trouvé aucun sorcier, ni sorcière. Voilà le profit que les catéchismes et les confessions générales font partout, qui est de mettre les peuples en si bon état, que les diables ne puissent les abuser par d es sortilèges, comme ils font à l’égard de ceux qui croupissent dans l’ignorance et dans le péché.
685. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[19 novembre 1643] (1)
Monsieur,
l’ai fait espérer à Mademoiselle Viole qu’elle vous pourrait demain parler céans de quelqu’heure de votre commodité, et pour cela elle viendra dès le matin pour ne s’en retourner que sur le soir. Voilà une lettre que Monsieur Compaing m’a baillée pour vous faire voir, me disant que vous savez bien cette affaire. Je supplie notre bon Dieu vous donner nouvelle force et santé pour sa gloire et suis, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.
L. DE M.
De l’hôpital des Enfants trouvés, ce jeudi 19 novembre.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 684. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect II, § 8, 1er éd, p 49
1) Abelly déclare que cette lettre d’Anne de Murviel, mort en 1652, a été écrite quelques années après 1632.
Lettre 685. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original.
- 430 -
686. JEAN-JACQUES OLIER A SAINT VINCENT
Qui a Jésus a tout.
Monsieur,
J’ose prendre la liberté, pour la gloire de Jésus-Christ et le service de ses membres, de vous supplier, si votre commodité le permet, de vouloir prendre la peine de venir encourager nos dames de la Charité, qui s’assemblent aujourd’hui extraordinairement pour trouver expédient d’aller servir les pauvres elles-mêmes et d’accomplir le règlement de la compagnie, auquel jusqu’à présent elles ne s’étaient point assujetties. Je vous conjure, au nom de Notre-Seigneur et de sa Mère, de ne me point refuser cette grâce, en l’amour desquels je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
OLIER.
Ce mercredi au soir, pour jeudi, 11 heures.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur de la Mission, à Saint-Lazare.