Correspondance (page 27)
687. — JACQUES DU PERRON, éVêQUE D’ANGOULêME,
A SAINT VINCENT
Décembre 1643.
Il serait à souhaiter que les prêtres de la Mission eussent un établissement dans le diocèse d’Angoulême. Les exercices des ordinands, commencés dans le courant du mois, produisent tant de fruits que toute la ville d’Angoulême en loue Dieu et désire la continuation de cette œuvre.
Lettre 686. — L. a — Arch. du séminaire de Saint-Sulpice, original.
Lettre 687. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. II, sect. v, 1er éd., p. 234
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688. — A UN MAGISTRAT DE TOUL
De Paris, ce 13 décembre 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !
Ayant eu avis par l’un des prêtres de notre petite congrégation de la Mission de Toul (1) comme vous êtes pressé de nous troubler en notre petit établissement, en la maison du Saint-Esprit, par quelques personnes desquelles il ne plaît point à Dieu que nous ayons mérité la bienveillance, et que votre bonté n’a point voulu agir contre nous, sans que j’en fusse averti, je me donne la confiance de vous faire la présente pour vous en remercier très humblement et pour vous supplier très humblement, Monsieur, de nous protéger en notre établissement. Voici les raisons que je vous représente à cet effet, Monsieur.
La première, que nous ne nous sommes pas intrus dans cette maison-là et que nous y avons été appelés par le défunt évêque, qui était un personnage d’insigne piété (2), et cela, trois ans avant que nous y ayons voulu entendre.
2° Pource qu’il eh a usé ainsi sur l’instance que lui en fit avant mourir le dernier commandeur de cette maison-là (3), en la vue de ce qu’il ne laissait que deux religieux, aucun desquels n’avait point les qualités requises pour y soutenir, ou, pour mieux dire, rétablir la discipline, et qu’il ne restait quasi plus de religieux de cet Ordre en France ni en ces quartiers-là.
Lettre 688. — L. a. — Dossier de la Mission, minute.
1). Jean Bécu, supérieur de la maison de Toul.
2). Charles-Chrétien de Gournay, mort le 14 septembre 1637.
3). Maître Dominique Thouvignon.
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3° Que ce bon prélat, en suite de la requête que ce bon homme lui présenta, par laquelle il le priait de pourvoir de personnes qui pussent suppléer au défaut des religieux, présenta requête au roi, par laquelle il représenta à Sa Majesté ce que ce bon commandeur lui avait représenté, et la supplia d’agréer qu’il introduisît un séminaire de prêtres en cette maison pour travailler à l’instruction du pauvre peuple de la campagne et des ordinands de son diocèse ; ce que Sa Majesté lui accorda en suite de l’avis qu’il en demanda à son intendant de la justice de Lorraine (4) et qu’il lui donna après avoir ouï les magistrats et les échevins de la ville de Toul. Le Conseil ordonna que le roi serait prié d’écrire à Sa Sainteté pour l’union de cette maison-là audit séminaire de prêtres.
4° Que, en suite de cet arrêt du Conseil, l’on a fait instance à Rome, où l’on travaille encore pour ladite union, qui est contredite par le commandeur du Saint-Esprit de Rome (5), qui prétend avoir juridiction sur cette maison.
5° Que cependant le Conseil trouva bon de faire pourvoir un de la Mission 6 de ladite commanderie tant par le roi que par ledit commandeur de Rome.
6° Que celui qui est pourvu de ladite commanderie a transigé avec les deux religieux qui restaient en ladite maison pour leurs pensions ; au moyen de quoi ils ont consenti à l’union de la commanderie à la congrégation de la Mission, et que cette transaction est enregistrée au parlement de Metz.
7° Qu’outre le droit desdits religieux nous avons en
4) Vignier, baron de Ricey.
5). Le grand maître de l’Ordre du Saint. Esprit était alors Etienne Vaius, évêque in partibus de Cyrène.
6). Jean Dehorgny.
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core celui d’un qui a été pourvu par celui qui se dit général du Saint-Esprit en France (7).
Voilà, Monsieur, l’état de cet affaire et en vertu de quoi nous sommes dans la maison du Saint-Esprit à Toul, que vous aurez pu apprendre d’autres.
Voici la réponse aux objections qu’on nous fait. L’on dit que l’évêque n’a pu nous introduire là-dedans, par la règle : Regularia regularibus et saecularia saecularibus. — Nous répondons que les canons permettent aux évêques de mettre des prêtres séculiers où il ne se trouve point des religieux de l’Ordre. L’on vous a dit, Monsieur, que le bien du Saint-Esprit appartient aux pauvres et qu’elle a été fondée pour l’assistance des pauvres… (8)
689. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur.
Madame Traversay et Mademoiselle Viole viennent de partir d’ici et vous saluent très humblement. La dernière m’a dit de vous mander que Monsieur son frère (1) l’a avertie que Monsieur l’avocat général (2) lui avait dit savoir de bonne part qu’une personne qui avait servi voulait demander à la reine le don des offres des porteurs de blé, et que, s’il prévient ceux qui le doivent demander, les enfants perdront cela. Cette bonne demoiselle a fort désiré que votre charité en fut avertie. Madame de Liancourt m’avait dit aussi, Monsieur, de vous parler des pensions des moines lais de chaque abbaye (3), dont
7). Olivier de la Trau, sieur de la Terrade.
8). Le texte s’arrête là.
Lettre 689. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Deffita, avocat au parlement de Paris.
2). Omer Talon, né à Saint-Quentin, reçu avocat général au parlement le 15 novembre 1631 ; mort le 29 décembre 1652, à l’âge de cinquante-sept ans. On a publié ses Mémoires en 1732. Sa vie a été écrite par l’abbé Hubert Mailfait (un Magistrat de l’ancien régime : Omer Tolon, sa vie et ses œuvres, Paris, 1902, in-8).
3). Nom donné aux soldats invalides que les rois plaçaient autrefois dans les abbayes, où ils remplissaient certains emplois.
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elle veut taire proposition à la reine pour les estropiés. Si vous jugez qu’elle ne le doive faire, vous prendrez la peine, s’il vous plaît, de l’en faire avertir et de penser devant Dieu comment je lui pourrai être fidèle en ce que je suis obligée, ne sentant autre direction que ma propre volonté, qu’il me semble faire en toute chose ; ce qui m’est un grand empêchement à l’accomplissement de celle de Dieu, par laquelle je suis, Monsieur, votre très obligée servante et indigne fille.
690. — A UN éVêQUE
[Entre 1643 et 1652] (1)
Au nom de Dieu, Monseigneur, pardonnez-moi si je m’entremets en ces affaires ici, sans savoir si les ouvertures que j’ai faites vous agréeront. Il arrivera peut-être que vous en serez mal satisfait ; mais il n’y a remède, puisque ce que j’en fais n’est que par un excès d’affection de vous voir déchargé des soins et distractions que ces fâcheuses affaires vous peuvent causer, afin que vous puissiez vaquer avec plus de tranquillité d’esprit à la conduite et sanctification de votre diocèse ; et pour cela j’offre souvent à Dieu mes chétives prières…
Mais il y a une chose, Monseigneur, qui m’afflige grandement, c’est que l’on vous a dépeint au Conseil (2) comme un prélat qui a grande facilité à plaider, en sorte que cette impression y est entrée fort avant dans les esprits. Pour moi, j’admire Notre-Seigneur Jésus-Christ,
4). Date ajoutée au dos de l’original
Lettre 690. — Abelly, op. cit. 1. III, chap. XI, sect. IV, p. 141
1) Temps pendant lequel saint vincent fut du conseil de conscience.
2). Au conseil de conscience.
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qui a improuvé les procès et qui néanmoins a bien voulu en avoir un et le perdre. Je ne doute pas, Monseigneur, que, si vous en avez quelques-uns, ce n’est que pour soutenir et défendre sa cause ; et de là vient que vous conservez une grande paix intérieure parmi toutes les contradictions du dehors, parce que vous ne regardez que Dieu et non pas le monde ; vous cherchez uniquement de plaire à sa divine Majesté, sans vous soucier de ce que les hommes diront ; dont je remercie sa divine bonté, parce que c’est une grâce qui ne se trouve que dans les âmes qui lui sont intimement unies. Mais je vous dois dire aussi, Monseigneur, que cette fâcheuse opinion du Conseil pourra vous nuire en l’instance présente et empêcher qu’on ne vous accorde ce que vous demandez.
691. — AU MêME
[Entre 1643 et 1652] (1)
Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de me supporter encore cette fois, si j’ose vous faire l’ouverture d’un accommodement. Je sais bien que vous ne doutez pas que c’est l’affection de mon pauvre cœur pour votre service qui me le fait désirer ; mais vous pourriez trouver mauvais, qu’étant si peu intelligent que je suis, et que, connaissant que vous n’avez pas agréé la première proposition que je vous en ai faite, j’entreprenne de vous en faire une seconde ; aussi ne le fais-je pas de moi-même, mais par l’ordre de Monsieur votre
Lettre 691. — Abelly, op. cit., t. III, chap. XI, sect. IV, P. 142.
1) Il résulte de ce que dit Abelly que cette lettre a suivi d’assez près la lettre 690.
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rapporteur, lequel je suis allé voir depuis deux jours, pour lui recommander votre cause et lui déclarer les conduites admirables que Notre-Seigneur tient sur vous, Monseigneur, et par vous sur votre diocèse. A quoi il m’a répondu qu’il était votre très humble serviteur et une des personnes du monde qui vous estime et qui vous honore le plus, et que dans cet esprit il me priait de vous mander que, si vous le croyez, vous sortirez amiablement de tous ces différends. Il m’a apporté plusieurs raisons pour cela et entre autres celle-ci, qu’il est de la bienséance pour un si grand prélat que vous, de terminer les affaires par cette voie, surtout ayant à faire à votre clergé, où les esprits sont disposés à la révolte et dans le dessein de vous tracasser toute votre vie. Et comme il voit l’air du Conseil (2), il appréhende l’événement des poursuites, parce que plusieurs de ceux qui le composent, ne sachant pas la sainte vie que vous menez, ni les droites intentions qui vous font agir de la sorte, pourront penser qu’il y a quelque chose de contraire au support et à la douceur convenable à votre dignité.
Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d’excuser ma hardiesse et de ne pas considérer ce que je vous représente comme venant de moi, mais de Monsieur votre rapporteur, qui est l’un des plus sages du siècle et l’un des meilleurs juges du monde. Il y a plus de personnes chez lui que chez les premiers chefs de la justice, parce que chacun s’estime heureux de l’avoir pour rapporteur. Je prie Dieu qu’il ait agréable de redonner la paix à votre église et le repos à votre esprit. Vous savez le pouvoir que vous avez sur moi et l’affection singulière que Dieu m’a donnée pour votre ser-
2). Le conseil de conscience.
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vice ; si donc vous me jugez digne d’y contribuer quelque chose, sa divine bonté sait que je m’y emploierai de tout mon cœur.
692. — LE SUPéRIEUR D’UN MONASTèRE REFORME DE PARIS
A SAINT VINCENT
Ce bon religieux (1) a grand besoin, pour plusieurs sujets qu’il vous pourra dire, d’amender sa vie, ci-devant assez déréglée au préjudice des âmes qu’il a sous sa conduite. On lui a recommandé de se retirer chez vous, comme en un lieu de sûreté pour les âmes et d’adresse pour les remettre au chemin de leur devoir. Je vous prie très instamment de lui faire la charité de le recevoir et de n’oublier rien de tout ce que vous jugerez propre pour le gagner à Dieu.
693. — A LOUISE DE MARILLAC
Il me semble que vous ferez mieux de dire la chose à Madame la chancelière (1) et que, pour donner exemple aux autres, il serait à propos de l’aller prendre dans un carrosse et l’amener chez vous ; que le village n’a point raison de s’en plaindre, puisqu’on leur en baillera une autre, et que je pense qu’on leur a fait entendre qu’on les changerait lorsqu’on le jugerait à propos, ni elle non plus, pource qu’elle s’est soumise à cette dernière condition ; que ce qui vous a fait penser à elle, c’est que vous avez su qu’elle enlève quelquefois des personnes qui sont dans le désordre. Au reste, il me semble, que vous faites un affaire de ceci, qui n’est
Lettre 692. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. IV, sect. IV, éd., p 285..1) Un curé de paroisse, membre de l’Ordre auquel appartenait celui qui écrit la lettre.
Lettre 693. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Madame Séguier.
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certes rien. Et puis, il faut être prêt à ces rencontres, qui n’arrivent que trop souvent.
694. — AU PèRE FAURE
[Entre 1634 et 1644] (1)
Vincent de Paul recommande au supérieur de la congrégation de Sainte-Geneviève un jeune homme de bonne conduite, qu’il désire faire entrer dans les séminaires.
695. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce jeudi, 14 janvier [1644] (1)
Monsieur,
Notre bon Dieu veut donc que vous soyez malade. Qu’il en soit béni ! Mais aussi veut-il bien que, pour son amour, vous ayez charité de votre corps, comme vous auriez pour celui d’un pauvre ; et si j’osais, mon très honoré Père, je vous dirais qu’il le veut absolument. Servez-vous donc de l’occasion, je vous en supplie, et de pardonner à la trop grande liberté que je prends, comme intéressée pour la gloire de Dieu.
Mesdames Traversay, Romilly, Fortia et Viole sont en grande peine sur l’affaire de Mademoiselle Serquemann et étaient venues vous dire, Monsieur, que Monsieur Lavocat les a mandées (2) et fait aller à la chambre, ou il a fait trouver ladite demoiselle, étant touché que son avis n’avait pas été suivi, et persuadé que cette bonne demoiselle avait raison de
Lettre 694. — M. Charavay signale cette lettre dans un de ses catalogues ; il nous apprend qu’elle était signée et comprenait une page in-4°.
1) Cette lettre date du temps où le P. Faure était supérieur de la congrégation de Sainte-Geneviève (1634-1640 et 1643-1644).
Lettre 695 — Gossin, op. cit, p. 483 et suiv., d’après l’original, communiqué par M de Monmerqué. Le texte a été par endroits fort mal lu, et sa reconstitution est parfois assez difficile.
1). François Lavocat étant mort en 1646, les mots "Ce jeudi, 14 janvier" limitent notre choix aux années 1638 et 1644. Les faits signalés dans la lettre ne s’expliqueraient pas en 1638, puisque les dames de la Charité ne se substituèrent qu’en 1640 à la direction de la Couche pour l’œuvre des Enfants Trouvés.
2). Texte de Gossin : alandées.
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se plaindre, et voulait qu’elle dît à cesdites dames tout ce qu’elle lui avait dit à lui seul.
Premièrement, elle dit qu’il fut tenu un conseil de trois, dont vous, Monsieur étiez l’un, avec Mesdames de Traversay et Romilly, et cela dans un carrosse, auquel vous résolûtes de faire prendre les enfants à la campagne et empêcher M. Pelletier (3) de continuer son aumône. Ce que lesdites dames ont ouï (4), ledit sieur Pelletier écrivant en la présence de la demoiselle et attendant réponse, qui, dit-elle (5), fut aussi par écrit, qu’elle priait son neveu de différer huit jours à bailler l’argent. Cela n’est pas sur l’écriture.
Ladite demoiselle étant enquise qui lui avait dit ce secret, elle a dit, parce que vous n’étiez que trois, que c’était un ange, qui le dirait encore.
Monsieur Lavocat a aussi dit aux dames avoir vu depuis vous Monsieur le premier président (6), qui lui a dit n’avoir point donné créance à tout ce que vous lui aviez dit, et que cette bonne demoiselle lui a dit que vous saviez fort bien le dessein de ces dames, quoique vous lui disiez le contraire ; et c’est ce qui fâche Monsieur Lavocat, qui dit qu’il faut ne plus parler de prendre les enfants et ne point empêcher les aumônes qu’elle avait pour cela.
Elle a fait grand bruit à Monsieur Pelletier disant quelle lui fera rapporter les enfants à sa porte, fait toujours croire qu’on lui a promis la fondation, Monsieur le premier président un hôpital et que les dames empêchent ce bon œuvre, et se plaint fort de ce que vous ne lui avez pas voulu parler, quoiqu’elle vous ait été trouver le jour des Rois avec grande peine, se voyant entièrement refusée de Monsieur Pelletier, qui lui fit dire qu’il avait ordonné cent livres pour payer les mois des enfants qu’il entretenait, et qu’il n’entendait pas continuer. Elle a été faire ses plaintes, se disant beaucoup endettée.
M. le premier président lui a dit de présenter requête et qu’il la maintiendrait et que les enfants ne sortiraient pas de sa conduite qu’il ne leur en coûtât pour le moins trois mille
3) Nicolas le Pelletier, neveu de Madame Goussault, seigneur de Château-Poissy et de la Houssaye, maître des comptes, prit l’habit ecclésiastique après la mort de sa femme, Catherine Vialart, et fut ordonné prêtre le 27 février 1652. Il était encore vivant le 26 juillet 1675.
4) Texte de Gossin : ladite dame a fait
5). Texte de Gossin : se dit elle.
6). Mathieu Molé.
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livres pour la garantie Ces bonnes dames croient la réputation de la compagnie perdue, se fâchent de ce que vous y trempez et demandez quelque remède à ce mal.
J’oubliais de vous dire Monsieur qu’hier, Madame Traversay se voyant pressée de donner quelque satisfaction à Monsieur Lavocat pour un peu apaiser la demoiselle, elle envoya dire à Madame de Romilly de dire à Monsieur son neveu ce que son bon ange lui conseillerait. Ce matin lui étant à table, elle lui a dit. "Je vous viens dire que vous fassiez pour l’affaire de l’Hôtel-Dieu tout ce que Dieu vous inspirera". Elles m’ont chargée aussi, Monsieur, de vous dire qu’elles croient nécessaire que Monsieur Lavocat voie le sieur Pelletier, avec quelques dames de la compagnie, Mademoiselle Serquemann présente, à ce qu’il soit témoin des volontés dudit bienfaiteur, qui lui soutiendra n’avoir jamais eu intention de fonder, non pas même de toujours continuer. Cela servira à faire connaître audit sieur Lavocat que les autres choses que la bonne demoiselle a avancées sont plutôt en son désir qu’en un solide sujet d’espérance de fondation Mais il n’est pas imaginable la créance que ce bon premier président a pour cette bonne femme, qui est telle que Monsieur Lavocat et les mères de l’hôpital sont contraints de dire qu’ils ont besoin d’elle.
L’intention de ces dames en ce pourparler est à ce que Monsieur Lavocat puisse assurer ce bon juge de la vérité (7) de cet affaire Elles vous supplient très humblement, Monsieur, si vous le pouvez, de leur donner demain quelque avis. Si Monsieur Pelletier n’était point malade, elles vous eussent proposé qu’il eut été trouver lui-même Monsieur le premier président.
J’espère que notre bon Dieu saura bien tirer sa gloire de ce fâcheux rencontre ; je l’en supplie de tout mon cœur, et de vous donner la santé pour ce même sujet. J’espère de votre bonté être aidée de la participation avec vos souffrances et saints sacrifices, puisque vous savez notre besoin et que je suis, Monsieur, votre très obligée fille et très humble servante.
LOUISE DE MARILLAC.
7) Texte de Gossin : vente
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696. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[janvier 1644] (1)
Monsieur,
Je vous supplie très humblement, au cas que vous entendiez approuver que Monsieur Lavocat aille trouver Monsieur Pelletier, comme je le vous ai mandé, quelles des dames de la compagnie s’y trouveront aussi. C’est Mesdames Traversay et Romilly qui sont le plus sur le tapis. Et ne serait-il pas bon que quelques autres avec elles y fussent aussi.
Je pense que votre rhume serait bien plus tôt guéri si vous gardiez le lit un peu plus tôt le soir, car le grand travail et être debout échauffent le sang. Je supplie Dieu vous inspirer sa volonté en ce sujet et suis en elle, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante
Ma saignée d’hier m’a presque toute guérie, Dieu merci.
697. — JACQUES DU PERRON, EVCEQUE D’ANGOULEME,
A SAINT VINCENT
Janvier 1644.
Quoique je vous aie déjà remercié de l’envoi de Messieurs vos missionnaires en ce diocèse, j’ai cru que je ne devais pas laisser aller la lettre de notre petite Conférence sans l’accompagner de ces marques, quoique très faibles, du vif ressentiment que j’ai du grand fruit que reçoit ce diocèse, de la charité que vous nous avez faite de nous donner de vos ouvriers. Ma consolation pourtant sera toujours imparfaite, Monsieur, jusques à ce que vous ayez comblé ce bonheur, qui n est que passager, d’une Mission stable et permanente en ce diocèse, qui en a beaucoup plus de besoin que les autres. Quand je saurai que vous serez en état de nous accorder cette faveur, je travaillerai par deçà à trouver les moyens de faire
Lettre 696. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre est à sa place à côté de la lettre 695.
Lettre 697. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 8, 1er éd., p. 51.
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cet établissement dont j’espère que Dieu recevra beaucoup de gloire, et l’Eglise de grands avantages pour le salut des âmes, qui est la seule chose que je sais que vous vous êtes proposée pour le but de toutes vos actions.
698. — ALAIN DE SOLMINIHAC, EVEQUE DE CAHORS,
A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 27 janvier 1644.
Monsieur,
D’abord que j’eus reçu la vôtre, je fis partir M. Dufestel (1), lequel s’en alla trouver le prieur de l’abbaye de Chancelade, et tous deux furent ensemble à l’abbaye de Saint-Pardoux (2), où ils ont fait les informations, selon l’intention de Sa Majesté, lesquelles je vous envoie. Vous verrez par icelles que ce que je vous avais mandé est inévitable. La reine fera bien de pourvoir à cette maison d’une prieure d’une communauté bien réformée, car autrement jamais on n’y rétablira par autre moyen la régularité. Vous verrez comme quoi cette jeune religieuse qu’on demande pour coadjutrice ne voulut pas même dire son âge (3).
Notre séminaire va bien, grâces à Dieu, avec grande utilité et édification de tout mon diocèse. M. Gilles le gouvernait bien. Néanmoins, puisque c’est votre volonté de l’en retirer, tous ceux que vous nous enverrez seront les bienvenus. Ce que j’ai à vous dire là-dessus, c’est que ce séminaire est de grande importance, comme je vous ai dit plusieurs fois, afin qu’il vous plaise d’y pourvoir toujours des personnes qui aient les qualités requises pour le bien gouverner. J’avais déjà appris par un autre des vôtres la mort de Saint-Cyran et admiré la providence de Dieu d’en avoir disposé au temps de cette bourrasque qui s’était élevée à son sujet. J’es-
Lettre 698. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie.
1) Supérieur du séminaire de Cahors.
2). Saint-Pardoux-la-Chapelle, aujourd’hui chef-lieu de canton en Dordogne.
3). Catherine Pot de Rhodes, prieure du monastère de Dominicaines établi à Saint-Pardoux, âgée de quatre-vingt-sept ans, avait perdu, le 5 juillet 1643, sa sœur Catherine de Rhodes, qui était aussi sa sous-prieure. Pour assurer la place que celle-ci occupait à un membre de sa famille, elle avait demandé pour coadjutrice sa nièce Gasparde de Rhodes, religieuse professe du même couvent, alors dans ses vingt. quatre ans.
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père que Dieu l’apaisera, quoiqu’il se trouve des personnes qui fassent profession de maintenir sa doctrine…
Je ne manquerai pas de m’en aller au Pouget (4), suivant le commandement de la reine dès que je serai en état d’aller à cheval ; car je ne puis pas y aller en carrosse. Cependant je serais aise qu’il vous plût faire savoir à Sa Majesté que je ne puis pas faire la visite sans ses ordres que pour la clôture ce n’étant pas sous ma juridiction, afin que, si Sa Majesté ; entend que j’informe de l’état du monastère, il lui plaise m’envoyer ses ordres pour cela. Je vous dirai par avance que cette maison est depuis longues années en fort mauvaise odeur par tout ce diocèse et pays circonvoisins et que de temps en temps il y est arrivé de grands scandales…
Il est vrai que pour la première fois il faut prendre une prieure d’une autre maison réformée. Sa Majesté pourrait en faire prendre de celui de Cahors, qui est fort bien réformé ; j’en ai toujours grande satisfaction.
Voilà ce que je vous puis dire en général de cette maison. je bénis Dieu du dessein que la reine a de pourvoir de bons supérieurs aux monastères desquels la nomination dépend de Sa Majesté, laquelle Dieu bénira tant qu’elle aura soin des choses qui regardent sa gloire et son service.
Je suis toujours, Monsieur, etc.
ALAIN,
évêque de Cahors.
699. — UN ECCLESIASTIQUE D’ANGOULEME A SAINT VINCENT
[janvier ou février 1644] (1)
Je m’en vais présentement monter à cheval pour porter à vos missionnaires qui travaillent à Blanzac (1), les deniers que vous m’avez adressés pour leurs besoins. Permettez-moi, s’il vous plaît, de vous être derechef importun et de vous réitérer mes très humbles prières en faveur de ce pauvre et désolé
4) Monastère de Clarisses, fondé près de Castelnau-de-Montratier (Lot) au XIV- siècle par le légat Bertrand du Pouget cardinal-évêque d’Ostie
Lettre 699. -- Abelly, Op. cit, 1. II, chap. I, sect. II, § 8, 1er éd.,
p. 52.
1). Cette lettre, déclare Abelly, a été écrite quinze jours après la lettre 697.
2). Chef-lieu de canton dans la Charente.
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diocèse, qui vous demande des ouvriers stables pour le secourir dans ses nécessités spirituelles, qui sont quasi extrêmes, et qui ne seraient pas néanmoins sans remèdes s’il s’y trouvait des personnes qui eussent un zèle et une charité désintéressés, tels que ceux de la maison de Saint-Lazare, pour en prendre le soin. Je sais bien, Monsieur, que la Providence pourra se servir de mille autres moyens pour cela quand il lui plaira ; mais il paraît clairement qu’elle a jeté les yeux sur vous et qu’elle vous a choisi entre plusieurs milliers pour secourir non seulement tous les pauvres diocèses de ce royaume, mais principalement ceux qui semblent être comme abandonnés de tout le monde.
700. — A JEAN DEHORGNY
De Paris, ce 3 février 1644.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas grand’chose à vous dire aujourd’hui. J’écrivis assez amplement, il y a huit jours, à M. Codoing de toutes choses et lui mande qu’il vous communique sa lettre.
Celle que j’ai reçue cette semaine, du 9 du passé, me dit le besoin que vous avez de ce quartier, et je vous assure, Monsieur, que nous ne l’aurons jamais peut-être plus grand. Nous ferons ce que nous pourrons pour l’acquitter. Au nom de Dieu, faites en sorte que nous soyons soulagés au prochain quartier.
Le roi a fait depuis peu une autre taxe sur vos coches ; nous travaillons à vous en faire décharger. Le fermier de celle de Soissons a fait banqueroute. Nous avons été contraints de quitter six cent vingt-cinq li-
Lettre 700. — L. a. — Original à la Biblioth. de la Société Historique de Pensylvanie à Philadelphie, collection Dreer
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vres à sa caution pour en payer autant qu’il devait. Sur qui ira cela ? La maison de céans le vous a avancé.
L’on dit ici que la compagnie ne fait rien à Rome. Mandez-moi ses fonctions à l’égard des ordinands et des exercitants, et quel nombre elle en a pour l’ordinaire.
Monsieur Le Bret part dans quatre jours. Il nous a promis plus d’affection et de protection que jamais, notamment à l’égard du Saint-Esprit de Toul. Je vous prie de le voir souvent et confidemment. L’on a quelque dessein sur lui à l’égard de ce diocèse-là (1) ; mais ne dites point ceci à qui que ce soit, s’il vous plaît.
Jamais l’on n’a vu plus de régularité, plus d’union et de cordialité céans qu’il y en a à présent. Il semble un petit paradis ; mais c’est la veille de quelque tempête pour l’ordinaire que le calme extraordinaire.
Monsieur de Boulogne (2) ne veut point de son évêché par l’impuissance qu’il a de payer 23 mille livres qu’on lui demande à Rome. Si quid potes, adjuva illum.
Il ne plaît point à Dieu que nous ayons la bonne grâce de M. l’ambassadeur de Venise, qui va résider à Rome quelque temps. Voyez-le néanmoins soigneusement.
Monsieur de Beauvais (3) nous a refusé le dimissoire de Carcireux (4) sur l’obligation de la compagnie. Je fais prier M Chauvel de lui en faire un. Nous nous obligerons vers lui.
J’embrasse avec tendresse toute votre famille, depuis le dernier des frères jusques à vous, prosterné en esprit
1). Voir lettre 680, note 7.
2). Francois Perrochel.
3). Augustin Potier.
4). Paul Carcireux, né à Beauvais, entré dans la congrégation de la Mission le 27 juillet 1640, à l’âge de vingt ans, reçu aux vœux le 20 mars 1644, ordonné prêtre en 1645
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à vos pieds et aux leurs, et suis votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENI DEPAUL,
i. p. de la Mission.
Il n’est pas expédient de donner la peine à M. de Montheron de venir exprès à Paris pour l’affaire de Perse. Assurez-le de mon obéissance et de [la] santé de sa chère sœur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, supérieur (5) des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
13 février 1644.
Vos deux dernières lettres me parlent de la difficulté où vous êtes ; et pour réponse, je vous dirai qu’il est rare d’être en quelque condition que ce soit, notamment en celle où vous êtes, sans tomber sous la langue des médisants ou les plaintes des mécontents, et qu’il se faut donner à Jésus-Christ Notre-Seigneur pour en faire bon usage, en union de celui qu’il a fait de toutes les contradictions et les calomnies qu’il a souffertes pour nous apprendre à faire comme lui en pareils rencontres. Et pource que je ne vous ai pu dire mes sentiments de vive voix touchant la manière de nous comporter en telles occasions, je m’en vas vous les écrire tout simplement.
Il n’est pas expédient, Monsieur, que nous nous mê-
5) Ce mot provient très probablement d’une distraction, car, dans les lettres qui suivent, le saint continue de donner à Bernard Codoing le titre de supérieur de la maison de Rome.
Lettre 701. — Reg. 2, p. 194.
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lions des affaires séculières, quelque rapport qu’elles aient aux choses spirituelles :
1° Pource que saint Paul conseille aux ecclésiastiques de ne se pas immiscer dans les choses temporelles et séculières (1).
2° Pource que personne ne peut servir à deux maîtres, à Dieu et au monde, au spirituel et au temporel, à ce que dit Notre-Seigneur (2).
3° Pource que ce dont nous nous mêlerons regardera les catholiques seulement, ou ceux de la religion (3) seulement, ou le fait d’un catholique contre un huguenot. Or, de se mêler du fait d’un catholique contre un autre catholique, comme de solliciter M. le gouverneur (4) ou les officiers de la justice, il semble qu’un cœur paternel ne peut pas en user de la sorte à l’égard de ses enfants. Si c’est à l’égard de deux personnes de la religion prétendue, quid ibi de filius Belial ? Et si c’est pour un catholique contre un religionnaire, que savez-vous si le catholique est bien fondé à demander en justice ce qu’il demande ? Il y a bien différence entre être catholique et être juste.
4° Quand bien vous seriez assuré qu’il serait bien
1) Deuxième épître à Timothée II, 4.
2). Saint Matthieu VI, 24.
3). Les huguenots.
4). Abraham de Fabert, un des plus illustres généraux du XVIIe sièc ! e, né à Metz en I599. On ne saurait dire trop de bien de ses vertus civiques, de ses talents militaires et de ses qualités administratives. Il gagna tous ses grades à la pointe de l’épée. La fameuse retraite de Mayence et le siège de plusieurs places fortes lui donnèrent l’occasion de montrer sa valeur. Il aimait la discipline et était la terreur des pillards. Sa fidélité au roi et à son ministre fut récompensée par les plus éminentes dignités il devint gouverneur de Sedan en 1642, lieutenant général en 1651 et maréchal de France en 1658. Il mourut à Sedan le 17 mai 1662. On a publié la partie de sa correspondance qui va de 1634 à 1652. Sa vie a été écrite par le P. Barre (Vie de Fabert, Paris, 1752, 2 vol. in-l2) et par le général Jules Bourelly (Le maréchal de Fabert, Paris, 1879-1881 2 vol. in-8).
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fondé en justice, pourquoi n’estimerez-vous pas que M. le gouverneur et les magistrats jugeront la chose en leur conscience, notamment quand elle ne regarde pas purement la religion ?
5° Et puis, de quoi s’agit-il ? C’est pour l’ordinaire du bien ou de l’honneur. Or c’est à vous, Monsieur, à exhorter, en particulier comme en général, les âmes que Dieu vous a commises à mépriser l’honneur et à supporter la perte du bien, comme faisait saint Paul, et non pas à vous rendre solliciteur pour leur faire avoir ou conserver l’honneur et le bien. O Monsieur [Gallais], mon cher frère, que vous et moi serions de grands missionnaires si nous savions animer les âmes de l’esprit de l’Evangile, qui les doit rendre conformes à Jésus-Christ ! Je vous promets que c’est là le plus efficace moyen de sanctifier les catholiques et de convertir les hérétiques que nous puissions pratiquer, et que rien ne peut tant les obstiner dans l’erreur et dans le vice que de faire le contraire. Ressouvenez-vous, Monsieur, de ce que Notre-Seigneur dit à celui qui se plaignait à lui de son frère : Quis me constituit judicem inter te et fratrem tuum (5) ? Et dites à ceux qui voudront vous employer pour solliciter leurs affaires : Quis me constituit advocatum vel negotiatorem vestrum ?
6° Ce sont ces considérations et d’autres semblables qui font que je ne me mêle, dans l’emploi qu’il a plu à la reine me donner dans son conseil des choses ecclésiastiques, que de celles qui sont de cette nature et qui regardent aussi l’état religieux et celui des pauvres, quelque apparence de piété et de charité qu’aient les autres affaires qu’on me propose.
Mais à quoi, me direz-vous, m’emploierai-je ?
5) * Evangile de saint Luc XII, 14
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Voici, Monsieur, ce qui regarde votre vocation et à quoi vous devez seulement vous appliquer : 1° à votre propre perfection ; 2° à celle de votre famille ; 3° à annoncer la parole de Dieu au peuple catholique de Sedan, et, étant en mission, aux pauvres gens de la campagne ; 4° à administrer les saints sacrements ; 5° aux offices de l’église ; 6° à procurer le bien des pauvres, à visiter les malades et les prisonniers civils et les criminels aussi, après que les témoins leur auront été confrontés, ou, pour le moins, après que le procès leur aura été fait, et non plus tôt, de peur qu’ils ne se plaignent de vous, si l’on les convainc de quelque chose qu’ils vous auront confiée ou confessée, ou bien les juges, s’ils ne confessent la vérité. Un criminel, que j’ai entendu de confession d’autres fois et qui me confia son crime, se mit en devoir de se pendre lui-même plusieurs fois, d’appréhension que le diable lui suggéra que je le découvrirais aux juges. A tous ces soins vous pouvez ajouter celui d’enseigner les choses nécessaires à salut aux pauvres qui vous demanderont l’aumône par la ville ou à la maison, à réconcilier les personnes qui ont quelque différend et les familles mêmes. C’est encore votre office de donner conseil spirituel aux personnes qui vous en demanderont et d’avertir ceux qui seront dans le désordre.
Mais quoi ! me direz-vous, pourrai-je voir un catholique oppressé par un de la religion sans m’employer pour lui ? — Je réponds que cette oppression ne sera pas sans quelque sujet et qu’elle se fera ou pour quelque chose que le catholique devra au huguenot, ou pour quelque injure ou quelque dommage qu’il lui aura fait. Or, l’un de ces cas posé, n’est-il pas juste que le huguenot en demande raison en justice ? Le catholique est-il moins justiciable pour être catholique, ou avez-vous
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plus de raison de vous mêler de ses affaires que Notre-Seigneur n’en avait pour toucher à celles de cet homme qui se plaignait à lui de son frère ?
Oui, mais les juges sont de la religion. — Il est vrai, mais ils sont aussi jurisconsultes et jugent selon les lois, les coutumes et les ordonnances ; et outre leur conscience, ils font profession d’honneur. De plus, si vous vous mêlez du fait du catholique, les ministres feront le même pour celui de leur parti ; et vous devez estimer qu’ils seront mieux écoutés que vous et qu’ainsi vous nuirez au catholique, pource qu’en sollicitant pour lui, vous provoquez un plus puissant contre lui.
Ce ne seront pas, direz-vous, les juges que je solliciterai ; je m’adresserai à Monsieur le gouverneur, à ce qu’il interpose son autorité envers les juges. — Je réponds à cela deux choses : la première, que M. le gouverneur étant bon comme il est, il écoutera le pauvre homme qui s’adressera directement à lui, et le soutiendra, s’il voit qu’il ait raison ; 2° que faisant de ceci une intrigue de religion envers M. le gouverneur, vous aurez les ministres en tête ; et ainsi vous vous commettez ; et au lieu de profiter au catholique, vous le mettez en danger d’être plus mal traité.
Vous me direz peut-être aussi que vous ne prétendez pas soutenir personne qui aura des procès, mais seulement quelque catholique, pour quelque mauvais traitement que lui fera M. le gouverneur, pour avoir été mal informé. — C’est ici que je vous dois dire, Monsieur, que M. le gouverneur est plus clairvoyant en sa charge que vous ni moi, et que je ne suis point d’avis pour tout que vous entriez là-dedans (6).
6). Le registre 2 ajoute : "Cette lettre est écrite de sa main (la main du saint) et n’a point d’autre conclusion"
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702. — M. LE BOUCHER (1) A SAINT VINCENT
1644
Vous faites du bien partout et vous rendez de grands services à Dieu ; à l’église et à la sainte religion. Je viens de Tonnerre, où l’ai vu vos chers enfants les prêtres de la Mission, conduits par un homme de Dieu. Il faut que j’avoue Monsieur, que tous ces bons ecclésiastiques font des merveilles par leur doctrine et par leurs bons exemples ils réconcilient beaucoup d’âmes avec Dieu et avec leur prochain.
703. — UN RELIGIEUX A SAINT VINCENT
1644
Je prie Dieu qu’il prolonge vos jours et vos années pour sa gloire et pour le bien du prochain, pour lequel vous travaillez incessamment. Voici un sujet digne de votre charité que le vous envoie, c’est un page du prince de Talmond (1), qui jusqu’à présent a été élevé en la fausse religion calviniste et s’est adressé à moi pour se convertir ; mais ne me trouvant pas assez puissant pour une si bonne œuvre, je prends la hardiesse de vous l’adresser comme à celui à qui Dieu fait des grâces très particulières et très grandes pour sa gloire et pour le salut des pécheurs et des dévoyés. Ayez donc la charité, mon très honoré Père en Notre-Seigneur, de l’accueillir et l’embrasser comme une pauvre brebis égarée qui cherche où se retirer et se sauver de la gueule du loup.
Lettre 702. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 7, 1er éd., p 46
1). Grand vicaire de l’abbaye de Moutiers-Saint-Jean
Lettre 703. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. IV, sect IV, 1er éd., p 285
1). Henri, seigneur de la Trémoille, duc de Thouars, pair de France, prince de Tarente et de Talmond, comte de Laval, né en 1599, mort le 21 janvier 1674 dans sa soixante-quinzième année.
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704. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 16 mars 1644.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu de vos lettres toutes les semaines, si me semble, tendantes toutes à l’affaire de Catalogne (1) Je vous en ai dit ma pensée ; néanmoins, pour condescendre à l’instance que vous me faites, in nomine Domini, vous y enverrez, s’il vous plaît, le bon Monsieur Boulier et notre cher frère Martin, si vous vous pouvez passer du dernier.
Je vous ai dit que S [a] M [ajesté] a été satisfaite du témoignage que M. l’ambassadeur (2) lui a rendu de vous, et qu’elle a destiné mille écus pour votre séminaire, mais que je n’en ai point ouï parler depuis, que je n’ai pas cru lui pouvoir parler de celui de Barcelone pour en avoir assistance, pource qu’elle est accablée de demandeurs de tous les côtés du royaume, et qu’elle ne peut subvenir du sien à tous, et qu’elle fait conscience d’en donner de celui du roi et du public, à cause des nécessités auxquelles l’on est.
Nous tâcherons de les assister d’ici pour leur vivre ; mais que feront-ils là, s’ils n’ont du fonds ? Au nom de Dieu, Monsieur, pensez-y.
Nous ferons partir deux ou trois frères au premier
Lettre 704. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original en 1654 chez M. Laverdet.
1) Il était question d’ouvrir un établissement à Barcelone.
2). M. de Saint-Chamont était alors ambassadeur de France près du Saint-Siège ; mais il se peut que le saint veuille parler ici de !l’ancien ambassadeur, le marquis de Fontenay - Mareuil, qui venait d’être rappelé en France.
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jour et un ou deux clercs, dont l’un des derniers est destiné aux Incurables, qui est de fort bonnes mœurs, assez bon théologien, prêté (?) au séminaire des ecclésiastiques (3) et qui sait bien chanter. Nous verrons pour l’autre.
Il sera difficile que vous ayez satisfaction de vos Italiens, si vous ne faites un séminaire de la compagnie et n’y élevez ceux que vous recevrez. C’est que vous aurez fait comme vous avez pu en ce moment. Il importe que vous y travailliez pour l’avenir et surtout à l’observance de la régularité de la maison.
Au nom de Dieu, Monsieur, retranchez de vos sollicitudes les choses absentes éloignées et qui ne vous regardent pas, et appliquez tous vos soins à la discipline domestique. Le reste viendra en son temps. La grâce a ses moments. Abandonnons-nous à la providence de Dieu et gardons-nous bien de la devancer. S’il plaît à Notre-Seigneur me donner quelque consolation en notre vocation, c’est ceci : que je pense qu’il me semble que nous avons tâché de suivre en toutes choses la grande providence et que nous avons tâché de ne mettre le pied que là où elle nous a marqué. Soyez aussi fort cordial avec chacun et n’épargnez rien pour l’assistance des malades de la compagnie. J
J’ai oublié à vous dire, dès le commencement, que l’usage de la compagnie et de toute communauté réglée est que les supérieurs ne voient point les lettres de ceux de leur maison qui écrivent au supérieur général, non plus que celles qu’il écrit aux particuliers de la maison. Au nom de Dieu, Monsieur, usez-en de la sorte, quand même, par respect, ils vous prieraient de les voir.
Je ne vous dis rien de ce dont l’on nous accuse de
3.) Le séminaire des Bons-Enfants.
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delà, sinon que, par la miséricorde de Dieu, notre compagnie résiste à toutes les opinions nouvelles et que je fais ce que je peux contre, et notamment à l’égard de toutes celles qui vont contre l’autorité du Père commun de tous les chrétiens, et que de cela j’en appelle à témoin Monseigneur le cardinal Grimaldi et le bruit public, et que, cela posé, il n’est pas besoin que nous entrions en justification de ce que vous me dites.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
705. — AU SUPéRIEUR DE LA MAISON DE MARSEILLE
[1643 (1) ou après]
Pour le regard de ce que vous me demandez, si vous vous servirez d’une soutanelle pour visiter les galères, je vous dirai qu’un auteur moderne ayant composé un livre, dans lequel, entre autres choses, il permet l’usage des soutanelles, notamment lorsqu’on va à la campagne, il se trouve aujourd’hui dans Paris une communauté qui s’en va écrire contre ce point-là, ne pouvant supporter que les prêtres se licencient à cet usage. Que si vous dites que quelques prélats et quelques autres Messieurs en usent ainsi, je vous dirai à cela, Monsieur, qu’ils ont pouvoir d’en user comme il leur plaira, puisque c’est en eux que réside la puissance de donner des lois, j’entends les
Lettre 705. — Reg. 2, p. 143.
1). Date de fondation de l’établissement.
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évêques. Mais quant à nous autres, que Dieu, par sa bonté, a choisis pour rendre quelque petit service à son église en la personne de Messieurs les ecclésiastiques, comme nous tâchons de faire, par la miséricorde de Dieu, je pense que nous devons nous en abstenir, étant bien à propos, Monsieur, que nous tâchions d’honorer en toutes les manières que nous pourrons l’état et l’ordre de l’église. Pour cette raison, je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, de n’y plus penser.
706. — UN MEMBRE DE LA CONFéRENCE D’ANGOULêME
A SAINT VINCENT.
1644
Votre compagnie a cru ne devoir pas différer plus longtemps à vous rendre ses devoirs et vous témoigner qu’elle ne se reconnaît pas digne de l’honneur que vous lui faites, de prendre part en ce qui touche son avancement et sa perfection. Elle vous supplie très humblement, Monsieur, de lui permettre qu’elle vous reconnaisse pour son grand-père, puisque c’est un de vos enfants de qui Dieu s’est servi pour la mettre au monde, et que vous ajoutiez encore cette obligation à la première, de la regarder non comme une étrangère, mais comme votre petite fille, et de faire en sorte que cette belle et illustre compagnie de Paris, qui est comme votre fille aînée, ne dédaigne pas de la tenir pour sa sœur, quoiqu’elle lui soit inférieure en toute manière.
707. — A BERNARD CODOING
Ce 14 avril 1644.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Dans trois jours j’espère faire partir les trois ou quatre
Lettre 706 — Abelly, op cit, 1 II, chap III, sect V, 1er éd p 267
Lettre 707 — L a — Original communiqué par M d’Haussonville, membre de l’Académie française
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frères que vous demandez, avec quatre clercs, un prêtre d’Annecy, trois prêtres pour Marseille et M.. Dehorgny, qui s’en retourne faire la visite et qui les conduira tous chacun en son lieu.
Je n’ai point reçu les trois mille livres que je vous ai écrit que la reine nous a fait espérer pour la Catalogne, et ne sais si l’on les nous délivrera. Différez, s’il vous plaît, à faire partir pour Barcelone ceux qu’il y faudra envoyer jusques à ce que ceux-ci soient arrivés.
Voilà de quoi faire un bon séminaire domestique (1) et un autre d’externes. Nos bons frères sont bien bons, par la grâce de Dieu, et de bon exemple ! Oh ! que je souhaite que la discipline reluise chez nous, que la douceur, l’humilité et la mortification y paraissent particulièrement ! Au nom de Dieu, Monsieur, que ce soit là votre principale étude et de toute la maison ! Et ne nous empressons pas pour l’extension de la compagnie, ni pour les apparences extérieures. La consolation que Notre-Seigneur me donne, c’est de penser que, par la grâce de Dieu, nous avons toujours tâché de suivre et non pas de prévenir la Providence, qui sait si sagement conduire toutes choses à la fin que Notre-Seigneur les destine. Certes, Monsieur, je n’ai jamais mieux vu la vanité du contraire, ni le sens de ces paroles, que Dieu arrache la vigne qu’il n’a pas plantée (2),
J’embrasse la compagnie, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et suis votre très humble et obéissant serviteur.
DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.
1). Séminaire de formation pour missionnaires.
2). évangile de saint Matthieu xv, 13.
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708. — ALAIN DE SOLMINIHAC éVêQUE DE CAHORS,
A SAINT VINCENT
De Saint-Céré (1), ce 1er de mai 1644.
Monsieur,
Ayant appris les puissantes sollicitations que les religionnaires de ce lieu font faire pour y faire rétablir le prêche, qui a été ôté par arrêt du parlement de Toulouse, j’en ai écrit à la reine, suppliant Sa Majesté de faire faire commandement à Monsieur le chancelier de confirmer cet arrêt comme tout plein de justice. Depuis être arrivé en cette ville pour y faire la visite, j’ai appris par un des principaux habitants qui vint de Paris, qui m’a dit vous avoir parlé de cet affaire que Mademoiselle de Bouillon sollicite et fait solliciter avec grande passion ; et comme elle n’a point de droit pour y demander le rétablissement du prêche elle allègue pour ses raisons que c’est un lieu qu’elle a choisi pour son séjour et qu’il est bien raisonnable qu’elle en ait un où elle le puisse faire dire. C’est une pure invention pour obliger Monsieur le chancelier à le lui accorder ; ce qui serait de très pernicieuse conséquence et très préjudiciable à la religion. C’est pourquoi je vous supplie, au nom de Dieu, de lui dire et lui faire bien entendre le grand préjudice que cela causerait non seulement à tous les catholiques de cette ville et de mon diocèse, mais encore de tout le royaume. S’il ne confirmait cet arrêt du parlement de Toulouse si célèbre, qui a été donné avec tant de connaissance de cause, les plus fameux avocats du parlement ayant plaidé cet affaire avec grand apparat, ledit arrêt ayant été loué en forme et distribué par le royaume, quelle honte nous serait-ce maintenant s’il n’était confirmé ! Quel préjudice à la religion ! Quel avantage n’en prendraient point les adversaires ! Certes, s’il le faisait, ce que je ne saurais croire de lui je le lui reprocherais au jour du jugement et la perte des âmes desquelles il en serait la cause ; car l’hérésie s’en va par terre en ces quartiers, si cet arrêt subsiste comme il le doit ; et depuis qu’il a été donné, six entières familles des principales de cette ville se sont converties, et les autres sont tellement ébranlées qu’elles ne tiendront qu’à un peu d’espérance de ce rétablissement Depuis peu j’en ai reçu cinq en
Lettre 708. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie.
1). Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Figeac (Lot).
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cette ville ou dans le voisinage mes missionnaires deux, et un de mes vicaires forains un autre ; dans deux ou trois jours il y en a qui ont donné parole d’abjurer l’hérésie entre nos mains. Enfin j’espère qu’elle sera bientôt par terre, avec l’assistance de Monsieur le chancelier, laquelle je vous prie de lui dire que je lui demande au nom de Dieu, car il s’agit du salut de quantité d’âmes desquelles il répondrait au jour du jugement ; et qu’il ne s’arrête point à cet esprit de Mademoiselle de Bouillon, qui est forcené de cette hérésie qu’il ne s’agit point ici d’un affaire d’Etat mais de contenter l’esprit d’une fille, qui semble n’avoir de passion que pour faire subsister le prêche Vous m’obligerez, quand vous verrez la reine, de lui dire que je supplie encore derechef Sa Majesté de faire commandement à Monsieur le chancelier de confirmer notre arrêt. Je vous fais d’autant plus volontiers cette prière que cet affaire est important pour la gloire de Dieu et singulièrement pour mon diocèse.
A l’instant que j’ai achevé ma présente, un de nos pauvres errants s’est venu jeter entre nos bras, et je viens de le recevoir en l’église solennellement
ALAIN
év. de Cahors
709. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce 13 mai 1614
Monsieur,
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai vu celles que vous avez écrites à Messieurs Portail et Dehorgny, du 16 du mois passé, et ai pensé et repensé à la proposition que vous me faites du séminaire de Velletri (1) et [d’* Ostie (?)] (2) à. en faire de même à
Lettre 709. — Gossin, op. cit., p. 446, d’après l’original, communiqué par M. Alexandre Martin. La lettre a été écrite en entier de la main du saint.
1). L’évêché de Velletri, uni depuis le XIIe siècle à celui d’Ostie, * avait de droit le doyen du Sacré-Collège pour titulaire. * Il n’en est plus de même aujourd’hui. Depuis le 5 mai 1914, l’évêque suburbicaire le plus ancien joint simplement le titre et l’évêché d’Ostie à celui qu’il possédait.
2) Gossin a lu : Buten.
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l’égard de pareils établissements ; et je vous dirai qu’il me semble qu’il n’y aura pas danger d’entendre à l’intention de Monseigneur le cardinal (3) pour Velletri, pour faire un essai de ce dessein. Les choses en leur succès ne répondent pas d’ordinaire aux idées qu’on en a conçues.
L’ordonnance du concile (4) est à respecter comme venant du Saint-Esprit. L’expérience fait voir néanmoins que de la façon qu’on l’exécute à l’égard de l’âge des séminaristes, la chose ne réussit pas, ni en Italie, ni en France, les uns se retirant avant le temps, les autres n’ayant pas l’inclination à l’état ecclésiastique, les autres se retirant dans les communautés et d’autres fuyant les lieux auxquels ils sont liés d’obligation par leur élèvement et aimant mieux brusquer fortune ailleurs. Il y en a quatre dans le royaume, à Bordeaux, à Reims, à Rouen et ci-devant un à Agen. Ni l’un ni l’autre de ces diocèses en reçoivent aucun bon effet (5) ; et je crains que, hors Milan et Rome, les choses ne soient de même en Italie. C’est autre chose que de les prendre âgés de vingt jusques à vingt-cinq ou trente ans. Nous en avons vingt-deux dans notre séminaire des écoliers des Bons-Enfants, entre lesquels l’on n’en voit que trois ou quatre qui soient passables, ni qu’on espère qu’ils persévèrent, quelque soin qu’on y apporte, dont j’infère la raison de douter, pour ne pas dire la conséquence vraisemblable, que la chose ne réussira pas comme l’on se le
3) Le cardinal Lenti, évêque de Vellletri.
4). Le concile de Trente. Le décret Cum adolescentium actas, relatif aux séminaires (sess XXIII, ch. XVIII), ordonne que personne ne soit reçu au séminaire avant l’âge de douze ans et marque la nécessité qu’il y a d’élever les futurs prêtres dès leurs jeunes années dans la piété et la religion Sur l’histoire de ce décret on pourra consulter avec fruit l’ouvrage déjà cité de M. l’abbé Degert t. I, livre 1er, chap. 1er
5). Voir lettre 507, note 7.
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propose. M. Authier et M. Le Bègue (6) assurent que cela leur réussit. Or, je ne doute que cela ne soit vrai à leur égard dans ce commencement ; mais certes, Monsieur, il est bien à craindre qu’avant que les fruits ne soient venus à leur maturité, que les divers accidents que j’ai dits ne les gâtent. Et puis, quand il plairait à Dieu d’y donner quelque bénédiction à la compagnie, il n’est pas expédient que nous ne prenions aucun établissement de cette sorte qu’il n’y ait pour le moins entretien de deux prêtres qui travaillent à la mission ; car autrement le dessein de l’assistance du pauvre peuple s’anéantirait par là ; quod absit. Si la chose semble avoir quelque bon succès, l’on pensera à la graduation que vous proposez dans La compagnie et aux autres circonstances que vous posez.
Voilà le traité que nous avons fait avec Monseigneur de Cahors (7), ou quoi que ce soit, son ordonnance, qui pourra donner visa à la bulle que vous me proposez, au cas que mondit seigneur le cardinal (8) désire bientôt affermir cet affaire. Il y a une autre chose qui a de fâcheuses suites, c’est l’obligation de rendre compte au seigneur évêque et à tous chapitres, quoique la chose semble raisonnable. Nous ne voulûmes point traiter de Saint-Lazare qu’à la condition d’être dispensés de la reddition du compte à Monseigneur l’archevêque (9), ainsi qu’on avait accoutumé ! Oh ! que cela a de fâcheuses suites, quoique la chose soit sans remède, le concile l’ordonnant ainsi (10)
6). Prêtre de la congrégation de M. d’Authier et supérieur du séminaire de Senlis.
7). Alain de So ! minihac.
8). Le cardinal Lenti.
9) Jean-François de Gondi, archevêque de Paris.
10) Sess. XXIII, chap. 18 : "Rationes autem reddituum/hujuss Se
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La subjection (11) à Messieurs les députés du chapitre à cet effet n’est pas de moindre considération.
Nous verrons et vous verrez de delà avec Monsieur Dehorgny touchant la Catalogne. Nous n’avons point touché les mille écus, ni n’avons espérance de cela.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, supérieur de la Mission de Rome, à Rome.
710. — JACQUES LESCOT, éVêQUE DE CHARTRES (1), A SAINT VINCENT
[Mai ou juin 1644] (2)
Les deux missionnaires que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer ici, pour les ordres de la Pentecôte, sont des ecclésiastiques très honnêtes, sages, capables, soigneux et zélés ; aussi ont-ils fait, grâces à Dieu, de très grands fruits, dont je vous suis infiniment obligé avec tout ce diocèse, que je trouve assez porté au bien ; mais il nous faut de l’assistance que j’attendrai, s’il vous plaît, Monsieur, de votre charité, que est si générale et si grande que vous ne la refusez à personne.
minaarii episcopus annis singulis accipiat, praesentibuss duobus a capituto et totidem a ctero civitatis deputatis."
11) Subjection, sujétion.
Lettre 710. — Abelly, op. cit., 1. Il, chap. II, sect. v, 1er ed.,
p. 236
1). Jacques Lescot, né à Saint-Quentin en 1593, était professeur en Sorbonne, chanoine de Notre-Dame et confesseur de Richelieu avant de monter sur le siège épiscopal de Chartres, qu’il occupa du 13 novembre 1643 au 22 août 1656, jour de sa mort.
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Lettre 710 bis, le Père Charles FAURE, Prieur de Ste-Geneviève à Saint Vincent. 21 juin 1644.
Voir le texte à la fin du volume.
Voir la réponse de saint Vincent lettre n° 712, du 26 juin.
23 juin 1644.
Mon Révérend Père,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
La reine m’a fait l’honneur de me commander de vous écrire que Sa Majesté a eu agréable la visite que, de son ordre, vous avez faite au prieuré de Saint-Pardoux (1), et que je vous prie, de sa part, d’y retourner et de dire à la dame prieure (2) et à sa nièce (3), qu’elle désire faire sa coadjutrice, que Sa Majesté désire que les choses contenues dans le mémoire ci-inclus soient établies avant de donner son brevet de coadjutorerie ; et au cas qu’elles et leur communauté y consentent et exécutent le contenu dudit mémoire et les autres choses que vous leur direz être nécessaire de faire pour le bon ordre dudit monastère et sûreté de leurs consciences, Sa Majesté fera délivrer à M. de Rhodes l’expédition de ladite coadjutorerie. Faites donc ce bon œuvre, mon Révérend Père, s’il vous plaît, au nom de N.-S., et, m’écrivent que ledit mémoire est exécuté, Sa Majesté délivrera ledit brevet à mondit sieur de Rhodes. Et moi je vous renouvelle ici les offres de mes très humbles services, et suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Lettre 711. — Reg. 1, f° 2. I, a copie a été prise, dit le registre, sur l’"original autographe ou minute"
1). Saint-Pardoux-la-Chapelle.
2). Catherine Pot de Rhodes.
3). Gasparde Pot de Rhodes. Dans sa réunion du 11 mai 1644, le conseil de conscience avait exprimé l’avis que la reine pouvait la nommer coadjutrice. Douze jours avant le décès de sa tante, le 17 août 1645, elle fut mise à la tête du couvent, qu’elle gouverna jusqu’au 10 février 1684, jour de sa mort.
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712. — AU PèRE CHARLES FAURE (1)
A Saint-Lazare, ce 26 juin 1641
Mon R. Père,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Selon le désir de Monseigneur le cardinal de la Rochefoucault et le vôtre, je fus hier à Rueil et eus l’honneur de parler à la reine de la démission de Son éminence, dès à présent, du titre et de la jouissance de l’abbaye Sainte-Geneviève en faveur de votre congrégation. Sa Majesté a agréé la chose et Monseigneur le cardinal Mazarin aussi, auquel elle me commanda d’en parler ; et Son éminence me commanda d’en parler à Monsieur le chancelier (2) comme j’ai fait, lequel consent à l’expédition du brevet ; et selon cela vous la porterez, s’il vous plaît, au secrétaire d’état qui est en mois, auquel Sa Majesté et Monseigneur le cardinal Mazarin confirmeront ce que je vous dis (3), qui me recommande à vos saintes prières et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, mon R. Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Si vous désirez des lettres patentes, Monsieur le chancelier
Lettre 712. — L. a. — Arch. du ministère de la guerre, t. LXXXV, f° 140, original.
Réponse de saint Vincent à la lettre 710 bis, ci dessus.
1). Supérieur général des Augustins de la congrégation de France. Bien que le nom du destinataire ne soit pas indiqué dans l’original, le contenu de la lettre nous permet de le deviner.
2). Pierre Séguier.
3). Le cardinal de la Rochefoucault avait donné sa démission le 3 février. Elle fut acceptée le 30 juin par le roi.
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m’a dit qu’il y faut attacher le concordat fait avec mondit seigneur le cardinal de la Rochefoucault touchant ce fait (4).
713. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,
A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 29 juin/644.
Monsieur,
Je ne sais comment on peut faire courir le bruit à Paris que j’étais mort, ayant fait ma visite tout ce printemps avec une parfaite santé, excepté quatre ou cinq jours, que je fus incommodé du mauvais air du logis où nous étions logés.
J’appréhende que je ne fasse que trop ce que vous désirez, et souhaiterais bien que vous voulussiez prendre pour vous les avis que vous me donnez sur ce sujet (1).
L’arrêt que vous nous avez donné pour l’établissement de la réforme de Chancelade en l’abbaye de Foix est un effet de votre affection en notre endroit, dont je vous en rends mille grâces, vous priant de la nous continuer et vos assistances en cet affaire. Les anciens religieux se sont opposés au rétablissement des nôtres, que Monseigneur l’archevêque de Toulouse (2) y a établis, nonobstant leur opposition… Mon grand vicaire, qui était à Foix lors du rétablissement et qui est encore à Toulouse, m’a écrit qu’il fera venir à Paris le verbal de Monseigneur l’archevêque, afin de le faire confirmer par arrêt du conseil, etc.
Je suis, Monsieur…
ALAIN,
év de Cahors
4). L’intervention de saint Vincent dans la démission du cardinal de la Rochefoucault est signalée dans la Gallia christiana, t. VII, col. 779 : Admisit rex cessionem conditionibus optatis a cardinali dato rescripto 30 junii 1644, cura maxime S Vincentii a Paulo, qui, sublatibu illud maturavit
Lettre 713. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier copie.
1) Vincent de Paul avait probablement conseillé à l’évêque de Cahors de se ménager pour ne pas compromettre sa santé.
2). Charles de Montchal.
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714. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Je vous demande très humblement pardon de vous être importune ; mais la crainte que j’ai d’offenser Dieu d’être plus longtemps sans communier, ne le pouvant que je n’aie eu l’honneur de vous parler, fait que je prends cette liberté de vous en avertir, vous suppliant, pour l’amour de Dieu, de croire que j’ai fait ce que j’ai pu pour passer sur la crainte qui me tint hier de communier. Vous savez que cela ne m’est pas ordinaire et que je suis, Monsieur, votre très obligée et très indigne fille et servante.
Ce jeudi 30 juin [1644] (1)
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
9 juillet 1644.
Ceux qui savent bien ce que c’est des frères dans une compagnie estiment que nous avons beaucoup fait de les avoir introduits et conservés dans l’usage de leur habit court, en sorte qu’ils ne pensent point au long, pour plusieurs et importantes raisons. J’avoue qu’il y a quelque raison particulière d’en user autrement en Italie, quoique je ne tienne pas l’habit long beaucoup plus efficace pour les empêcher du mal. Hélas ! Monsieur, en quel désordre ne voyons-nous pas tomber les religieux frères qui
Lettre 714. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Les mots "Ce jeudi, 30 juin" l’empreinte du cachet en cire, qui représente un cœur sur lequel apparaît Notre-Seigneur crucifié, l’expression du début "Monsieur" suggèrent cette date. Nous ne trouvons cette empreinte sur aucune des lettres antérieures à l’année 1644 ; d’autre part, à partir de 1650 Louise de Marillac appelle toujours saint Vincent "Mon très honoré Père" en tête de ses lettres.
Lettre 715. — Reg. 2, pp. 26 et 226.
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quêtent seuls en cette ville ! Au nom de Dieu, Monsieur, essayons tous les moyens imaginables avant que d’introduire une pratique générale pour une maison et pour un lieu particulier. Nous verrons avec le temps (1)
De dire que, votre revenu manquant ou diminuant par la revente que le roi fait des coches, la maison de Saint-Lazare doive emprunter et s’engager pour vous faire subsister, tant pource qu’elle ne défaudra pas d’assistance à Paris, que pource qu’il n’est pas expédient qu’elle soit si riche, vu que, si elle l’était, ceux qui ont prétendu d’autres fois de l’attirer à eux rappelleraient leur désir ; je réponds, premièrement, que personne ne nous assiste ; l’on imagine que nous sommes dans l’opulence, quelque chose que nous disions au contraire ; 2° que, si nous la surchargeons d’emprunts, les mal affectionnés prendront sujet de là de nous déférer aux puissances ; et, en 3° lieu, qu’il n’est pas juste d’engager le bien qui appartient originairement à cette maison pour l’établissement de la maison de Rome. Oh ! non, Monsieur, qu’il n’y faut pas penser, ni vous ne devez aller si vite. Les œuvres de Dieu ne marchent pas de la sorte ; elles se font d’elles-mêmes ; et celles qu’il ne fait pas périssent bientôt. Je vous dis ceci souvent ; votre piété le supportera, s’il lui plaît, et s’assurera que je n’ai point de plus grande consolation en l’œuvre de notre vocation que celle de penser que nous avons suivi l’ordre de la sainte Providence, qui veut des temps pour la production de ses œuvres. Allons doucement dans nos prétentions.
1). Ici se termine le premier fragment.
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716. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A ROME
Du 15 juillet 1644.
Je veux croire que les conditions qu’on demande pour le séminaire de Mgr le cardinal Barberini (1) ne sont pas si opposées à notre manière de vie qu’elles altèrent l’essentiel. Que si cela était, ô Dieu ! Monsieur, il vaudrait bien mieux nous serrer dans notre petite coquille. A Dieu ne plaise qu’aucun motif humain nous fasse relâcher en quelque affaire qu’on a estimé de Dieu ! La maxime qu’ont laissée ceux que Dieu a appelés à quelque nouvel œuvre, c’est de ne rien changer, sous prétexte de quelque avantage que ce soit. Le bienheureux évêque de Genève inculque cela à ses bonnes filles. La nature a ses manières d’agir, l’art a ses règles et le Saint-Siège ses précautions. Quand les Papes approuvent les Ordres et leur donnent pouvoir de statuer, ils mettent, entre autres conditions, celle-ci : qu’ils approuvent les règles que ces Ordres feront, pourvu qu’elles ne soient contraires aux fins de l’Institut. Selon cela, il faut bien nous garder de traiter avec qui que ce soit, ni avec quelque avantage que ce puisse être, si les conditions ne sont conformes à notre manière de vie.