Correspondance (page 29)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

745. — THOMAS TURCHI, SUPéRIEUR GéNéRAL DES DOMINICAINS,

A SAINT VINCENT

Révérendissime Pater,

Tardior cursoris adventus quo Reverendissimae Paternitatis Vestrae litteras accepi excusabit apud Reverendissimam Paternitatem et ejus interventu, apud Christianissimae Reginae Majestatem. Quam (?) pro hebdomada proxime sequenti differo decisionem circa negotium praetensae ab aliquibus fratribus congregationis Sancti-Ludovici periculosae divisionis ad me remissum ex benigna pietate ejusdem regiae Majestatis perspicacissimoque ecclesiasticarum rerum Consilii placito, cui penitus conformabor. Verum cum Reverendissinza Vestra Paternitas mihi favores, quibus virtutum et meritorumz auctoritate plurimum valet, ex benigno charitatis ardore quo ubique ignescit, exhibere dignata sit, inde fidenti animo eanz implorare audeo in negotio cujusdam libri qui conscriptus asseritur a Patre Joanne a Sancta-Maria, superiore mei con-

4). Pendant les dix ans que saint Vincent fut membre du conseil de conscience, il n’y eut que trois changements d’abbesses au diocèse de Clermont : deux dans la ville épiscopale, à Sainte-Claire (1644) et à l’Eclache (1646) ; le troisième à Sainte-Claire d’Aigue perse (1646) Lettre 745. — Arch. de la Mission, copie prise à la maison généralice des Pères dominicains, dans le recueil manuscrit intitulé : Praedicatorium Franciae. — Conventus Parisiesis, séries B, p. 105

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ventus Sanctissimae-Annunciatae suburbii Sancti-Honorati Parisiensis, quo Romanis aliquorurn Ordinum generalibus insultat inferioresque a superiorum suae reiigionis deficere invitantur auctoritate, ut lllustrissimorum et Reverendissimorum DD. Episcoporum jurisdictioni se submittant. Rogo itaque enixissime Reverendissimam Paternitatem Vestram ut obedientiam qua dictum Patrem removeo e Parisiis et ad conventunt Avenionensem mitto, Reginae Christianissimae jussu, quovis sublato recursu, exequi teneatur, sin minus Regiae Majestatis aliter visum fuerit supprimatur Plures ratione.. me cogunt quibus dictus Pater omnino extra Parisios ad Avenionem debet amandari : proximus totius cleri gallicani consessus habendus, ubi non paucos invenire posset protectores, illius tumultuosa natura ac facilis ad partium novarum sollicitationem applicatio, continuaque insolens inobediensque indoles plus aliorum animos ad separationis obstinatam praetentionem exasperans et confirmans quam credi possit llisi ab expertis Deluderetur auctoritas mea nisi, per interpositionem Reverendissimae Paternitatis Vestrae, benigna Christianissimae Regirae et supra saeculum pia auctoritas executioni manum praebere dignetur ; quod sperans interventu vestrae commendationis, quam virtutes et maxima merita venerabilem elficacemque reddunt apud quoscumque principes viros, potissimum vero apud Christianissimam Majestatem, hujus benehcii memoriam perpetuis precibus et obsequioso affectu compensabo, qua me vestris commendatum desidero corde et calamo tanquam…..

Romae, 5 nonas aprilis 1645 (1)

TRADUCTION

L’arrivée tardive du courrier qui m’apportait les lettres de votre Paternité Révérendissime me servira d’excuse auprès d’elle, et, par son moyen, auprès de Sa Majesté la Reine très Chrétienne. J’attendrai] a semaine prochaine avant de prendre, au sujet de la dangereuse division projetée par quelques-uns de nos frères de la Congrégation de Saint-Louis, la décision qu’a daigné laisser à mon choix la suave piété de la Reine, sur l’avis éclairé du Conseil des Affaires Ecclésiastiques, auquel je me conformerai en tous points. Mais

1). Il y a ici une erreur manifeste ; le cinquième jour des nones n’existe pas ; il faut lire "5 idus aprilis" (9 avril), car les lettres qui précèdent et suivent dnns le recueil sont datées de ce jour.

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comme Votre Paternité Révérendissime, poussée par l’ardeur de cette charité dont elle brûle en tous lieux, a daigné m’accorder des faveurs que la grandeur de ses vertus et de ses mérites me rend d’autant plus précieuses, j‘ose l’implorer avec confiance au sujet d’un livre écrit, dit-on, par le Père Jean de Sainte-Marie, supérieur du couvent de la Très Sainte-Annonciade à Paris, faubourg Saint-Honoré, qui se permet d’insulter les supérieurs généraux de quelques ordres résidant à Rome et de détourner les inférieurs de l’obéissance à leurs supérieurs légitimes pour les soumettre à la juridiction des Illustrissimes et Révérendissimes évoques. Aussi je supplie instamment Votre Paternité Révérendissime de faire en sorte que, par l’autorité de la Reine très Chrétienne, ce Père, toute possibilité de recours lui étant enlevée, soit tenu de se soumettre à l’obédience par laquelle je l’envoie du couvent de Paris à celui d’Avignon

Diverses raisons me dictent cette mesure : l’approche du jour où doit se réunir l’Assemblée du Clergé de France, dans laquelle il pourrait trouver d’assez nombreux protecteurs ; sa nature bouillante ; sa tendance aux nouveautés ; son caractère porté à l’insolence et à l’insubordination ; son habileté, que seuls peuvent comprendre ceux qui le connaissent, à faire pénétrer dans l’esprit des autres ses desseins obstinés de séparation. Il se jouerait de mon autorité si la Reine très Chrétienne, dans sa bonté et sa piété, ne daignait, sous l’influence de Votre Paternité Révérendissime, user de son pouvoir pour l’exécution des mesures à prendre.

Espérant cette grâce de votre recommandation, à laquelle vos vertus et vos mérites éminents donnent une efficacité toute particulière auprès de tous les princes, surtout auprès de Sa Majesté très Chrétienne, je vous porterai en reconnaissance de ce bienfait, un affectueux respect et je prierai sans cesse pour vous, comme je souhaite de cœur et comme je vous demande par la plume que vous priiez pour moi, qui suis…

De Rome, le 5 des nones d’avril 1645.

746. — THOMAS TURCHI, SUPéRIEUR GéNéRAL DES DOMINICAINS,

A SAINT VINCENT

Reverendissime Pater,

Transmitto decisionem mea negotiorum divisionis aba li-

Lettre. 746. — Arch. de la Mission, copie prise à la maison généralice des Pères dominicains, dans le recueil manuscrit intitulé : Praedicatorium Franciae. — Conventus Parisiensis, series B, p. 111

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qui praetensae nostae Congregationis Sancti-Ludovici (1) quam placuitdecidendam Christianissimae Reginae Majestati ejusque rerum ecclesiasticarum Consilio ad me remittere. Si ea quae conformiter ad illius piissimam voluntatem, determinavi judicentur executioni mandari debere~ rogo Reverendissimam Paternitatem Vestram ut suo interventu, Christianssimae Reginae Majestas dignetur auxilium ferre R. A. P. Vincentio Bosside, Vicario Generali, et etiam sua auctoritate decernere ut illi quos e Parisiis removebit, omnimo recedant ad conventus sibi assignandos, nec alibi tolerentur, nam aliter illorum genium meae auctoritati illuderet, cum etiam suos, ut audio, in curia habeant protectores quibus rei veritatem dissimulant et falsis praetextibus adumbrant. Sane fateor mentem meam alium non habuisse scopum quam, satisfaciens propriae conscientiae et muneri, restituere splendorem dictae Congregationis jam diu deperentem, et obstacua removeze quibus pejora pertimescenda sunt. Omnes enim fratres mihi commissos tenerrime diligo, sed supra eos Deum et Ordinis bonum vitamque regularem. Parcat mihi Reverendissima Vestra Paternitas, sincere loquor, etsi importunus forsitam, sed condonabit pietas vestra zelo meo quo premor ut vobis necessitates meas exponam ; et opem vestram imploro, cui plurimum confido. Concessit id benignitas Vestrae Reverendissimae Paternitatis, cui gratitudinem appendo et obsequium devoveo I Qui semper vivat !

Romae, di 17 aprilis 1645 (2),

TRADUCTION

Conformément au désir exprimé par Sa Majesté la reine

1) Branche du grand ordre dominicain. La congrégation languedocienne (Occitane), dite en 1629 congrégation de Saint-Louis, était née de la réforme du Père Sébastien Michaëlis. Elle avait alors dix-sept maisons, dont les principales étaient celles de Paris Toulouse, Bordeaux et Avignon. Tous ceux de ses couvents qui étaient situés au-dessous de la Loire furent rattachés en 1646 à la province de Toulouse. Avant 1668, la congrégation de Saint-Louis ne portait pas le nom de province n’en avait pas les privilèges et n’était pas représentée aux chapitres généraux.

2). Le Père Turchi vint en France dans le courant de l’année De Paris, où il était le 26 novembre, il remonta dans le nord, passa en Belgique en mars 1646, revint à Paris pour la Pentecôte, visita les couvents de France, arriva à Toulouse en novembre et descendit en Espagne. Son voyage ne prit fin qu’en mai 1648.

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très chrétienne et le Conseil des affaires Ecclésiastiques, j’ai pris une détermination au sujet de la division projetée par quelques-uns de nos frères de la congrégation de Saint-Louis ; et cette détermination, je viens vous la communiquer. Si ce que j’ai résolu, pour obéir à la très pieuse volonté de Sa Majesté la reine très Chrétienne, reçoit son approbation, je prie Votre Paternité Révérendissime de la disposer à soutenir le R. P. Vincent Bosside, vicaire général, et à user de son pouvoir pour que les frères envoyés hors Paris se retirent dans les couvents à eux assignés et ne soient pas toléré ailleurs. S’il en était autrement, ces derniers trouveraient le moyen de se jouer de mon autorité, car, à ce que j’apprends, ici même, au sein de la Curie, ils ont leurs protecteurs, trompés par leurs dissimulations et leurs faux prétextes. Pour moi. je n’ai d’autre but, obéissant à la voix de ma conscience et aux devoirs de ma charge, que de rétablir dans sa splendeur une congrégation qui dépérit depuis longtemps, et d’écarter les obstacles qui la menacent de pires maux. J’aime tendrement les frères qui me sont confiés, mais plus qu’eux j’aime Dieu, le bien de l’Ordre et la vie régulière.

Que Votre Paternité Révérendissime veuille bien m’excuser ; je parle en toute sincérité. Je suis peut-être importun, mais votre piété sera pleine d indulgence pour le zèle qui me presse de vous exposer mes besoins. J’implore votre protection, en laquelle je me confie pleinement. Mais la bonté de Votre Paternité Révérendissime m’a déjà exaucé. Je lui en exprime toute ma gratitude et lui présente mes hommages. Que Dieu vous conserve la vie !

De Rome, le 17 avril 1645.

747. -- A LAMBERT AUX COUTEAUX

De Paris, ce 18 avril 1645.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Ces lignes ne sont que pour vous donner avis que le nombre des missionnaires de notre maison du ciel s’est augmenté depuis peu par l’heureux décès d’un de nos

Lettre 747. — L. s. — Dossier de Turin, original. Cette lettre a été envoyée aux diverses Misons de la congrégation de la Mission.

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étudiants ; c’est notre bon frère Jamain (1), natif de Verdun, à qui Dieu a fait quitter la théologie scholastique pour aller apprendre en un instant la céleste. Sa vie exemplaire et sa mort sainte nous font croire pieusement qu’il jouit déjà de l’heureuse immortalité avec les saints. Mon dessein n’est pas de vous étaler ici en détail ses saintes actions, tant pource que je n’en ai pas le temps qu’à cause de ce que nous n’avons pas encore fait la conférence sur le sujet de sa vie et de sa mort. Il me suffira pour l’heure de vous dire qu’il ne me souvient point d’avoir jamais remarqué en lui aucun vice et qu’il avait en un haut degré les vertus qui composent l’esprit d’un vrai missionnaire, particulièrement la simplicité, l’humilité, la douceur, la soumission et l’exactitude, non seulement dans le séminaire, mais encore dans l’école, où les plus fervents pour l’ordinaire se relâchent. Il a été plusieurs fois malade, et en cet état a toujours témoigné une grande patience et résignation à la volonté de Dieu, quoique l’interruption de ses études lui donnât un grand sujet de mortification. La dernière maladie qu’il a eue n’a duré que huit jours ; mais il a plus fait et souffert pour Jésus-Christ en cette seule semaine qu’en plusieurs années de sa vie, à raison que la peine qu’il endurait était plus grande, et la vertu qu’il pratiquait plus difficile ; en sorte qu’on s’étonnait comment il pouvait seulement penser à Dieu. Ce mal le saisit tout à coup le quatrième dimanche de carême. C’était une colique fort violente qui, au bout de quelques jours, se changea en une inflammation de poumon, qui en fut bientôt pourri. Il n’est pas croyable combien l’oppression qu’il avait était grande et la douleur cuisante ; et avec cela il témoignait une patience extraordinaire et une notable

1). Martin Jamain était entré à Saint-Lazare le 8 octobre 1640, à l’âge de vingt et un ans, et avait fait les vœux le 10 octobre 1642.

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égalité d’esprit. Quand on lui annonça les nouvelles de sa prochaine mort, il témoigna y être déjà tout résolu, disant sans se troubler : "Eh bien ! Monsieur, que faut-il donc que je fasse ?" Il reçut tous ses sacrements avec une dévotion et tranquillité non communes et eut le bonheur de gagner le jubilé, et fut quasi jusqu’au dernier soupir toujours dans la pratique des vertus qui méritent le paradis ; car il en faisait de fois à autre des actes ou de cœur ou de bouche, particulièrement quand quelqu’un lui en parlait. Il ne fut que fort peu dans l’agonie, Dieu l’ayant voulu possible récompenser en cela, en considération de ce qu’il avait assez combattu en santé par la vertu de mortification.

Je ne saurais taire les petites circonstances qu’on a remarquées devant et après sa mort, qui me semblent être de bon augure pour ce bon frère. Il a eu le bonheur : 1° de baiser dévotement la croix immédiatement avant que rendre l’esprit ; 2° d’expirer à l’instant qu’on finissait les recommandations de l’âme, à ces paroles : pervenire mereatur ad gloriam regni caelestis ; 3° le dernier jour de sa vie a été le dimanche de la Passion de N.-S. et ensemble de saint François de Paule, dont il avait si bien imité la simplicité et humilité ; 4° ce fut aussi le jour de l’ouverture du jubilé ; 5° il a été inhumé vis-à-vis du crucifix de notre église Saint-Lazare ; 6° quelques jours avant son décès, il prédit, contre la pensée du médecin, qu’il ne passerait pas le dimanche.

Il y a grande apparence que tout cela n’est pas arrivé fortuitement, ains que Dieu l’a ainsi permis pour mieux nous donner à connaître l’heureux état de cette belle âme. Cela n’empêchera pas, s’il vous plaît, que vous ne lui rendiez les devoirs accoutumés, ainsi que vous avez fait aux autres de notre compagnie et comme nous avons déjà fait ici, ayant, de plus, chanté un service so-

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lennel le jour de son enterrement, qui se fit le lundi 3 avril. Dieu nous fasse la grâce de l’imiter en ses vertus, pour le suivre un jour dans la gloire qu’il possède !

Je suis, en l’amour de N.-S. et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription. A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission de Richelieu, à Richelieu.

748. — A MESSIEURS ***

De Saint-Lazare-lez-Paris, ce 20 avril 1645.

Messieurs,

Je n’ai point fait réponse aux dernières lettres desquelles il vous a plu m’honorer, à cause de l’incertitude de l’événement de vos affaires ; mais maintenant qu’ils sont terminés de deçà à votre contentement, la reine ayant fait ôter du bail du convoi de Bordeaux celui des bureaux de votre élection (1) par la sage, intelligente et vi-

Lettre 748. — L. a. — Original à l’hôpital général de Clermont-Ferrand.

1). Probablement l’élection des Lannes. Le chapitre de Dax était alors préoccupé de trouver des ressources pour réparer l’église cathédrale Le délabrement de cet édifice était tel qu’on avait du interrompre le service paroissial. Sur l’intervention de saint Vincent, la reine Anne d’Autriche avait, par arrêt du 7 juillet 1644, ordonné de prélever chaque année, de 1645 à 1655, dans toute l’étendue des Lannes, un impôt supplémentaire de 40 000 livres pour les réparations à faire au monument La répartition et le payement de cet impôt dans un pays bien pauvre, qu’appauvriront encore bientôt les guerres de la Fronde, souffrirent bien des difficultés, que le saint ne put dissiper entièrement. (Cf. notre Histoire des cathédrales de Dax dans le Bulletin de la Société de Borda, 1908, p. 88 et suiv)

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gilante conduite de Monseigneur de Dax (2), il me reste à vous remercier de l’honneur qu’il vous a plu me faire en cela, et à vous dire que, quoique j’aie tâché de vous y servir selon votre ordre, que je l’ai fait f [ort] i [nintelligemment], qui n’avais le crédit [qu’il faut pour aboutir], et que le mérite et la reconnaissance en sont dus à Dieu, à la bonté de la reine et de mondit seigneur, qui ont tout fait.

Que s’il se présente quelqu’autre occasion de vous rendre quelqu’autre petit service, je tâcherai de le faire avec toute l’affection et la diligence qui me sera possible, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

749. —- A JACQUES CHIROYE

De Paris, ce 3 mai 1645.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

L’on vous a déjà écrit en général les nouvelles du décès de notre cher M. Robiche (1), prêtre de notre congrégation de la maison de Marseille (2). Mais vous n’avez pas

2). Jacques Desclaux (1639-1658).

Lettre 749. — L. s. — Dossier de Turin original. Cette lettre a été envoyée à toutes les maisons de la congrégation de la Mission.

1) Lonis Robiche, né à Reuil-la-Ferté (Seine-et-Marne), entré prêtre à Saint-Lazare le 31 octobre 1643, à l’âge de trente-trois ans.

2). La duchesse d’Aiguillon avait fondé la maison de Marseille, le 25 juillet 1643, par un don généreux de 14.000 livres. Le contrat passé ce jour-là énumère les charges imposées aux quatre prêtres que le saint promettait d’envoyer dans cette ville : droit de supériorité sur les aumôniers, qu’ils pouvaient changer à leur gré ; mission tous les cinq ans sur chacune des galères de Marseille et

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peut-être encore su le particulier de sa maladie, de sa mort et de ses vertus, et serez sans doute bien aise d’en apprendre quelque chose pour votre consolation et pour l’édification de votre petite compagnie. C’est ce qui m’a obligé de vous faire encore ces lignes, quoiqu’un peu bien tard, à cause que je n’ai pu prendre le temps de m’y appliquer plus tôt.

Voici donc une partie de ce que j’en ai appris de nos missionnaires qui ont toujours travaillé avec lui pendant la dernière année de sa vie, et qui l’ont assisté jusqu’au dernier soupir et jusqu’au tombeau.

Pendant que le bon ouvrier de J.- C. s’employait avec ses confrères à catéchiser, prêcher, confesser et consoler sur les galères les pauvres forçats, particulièrement ceux qui étaient bien malades, Dieu, le voulant faire mériter davantage pour le récompenser plus abondamment, lui envoya une fièvre pourpreuse, qui le saisit à la fête des Rois dernière passée et lui dura 21 jours, dont il n’en eut de libres que quatre, pendant lesquels on eut le temps de lui administrer les sacrements avec toute la connaissance possible. Il édifiait grandement la compagnie en ce qu’étant presque toujours dans le délire ou dans l’assoupissement, sitôt qu’on lui parlait de faire des actes de foi, d’amour, de contrition et les autres, il revenait toujours pour un peu, et les faisait avec grande dévotion. La résignation qu’il avait au bon plaisir de Dieu était admirable ; il disait qu’il était bon qu’il fût en

autres ports du royaume ; fonctions d’aumônier à l’hôpital des pauvres galériens de la ville ; "de plus, lors et quand ils le jugeront à propos, ils enverront des missionnaires en Barbarie pour consoler les pauvres chrétiens captifs et les instruire en la foi, amour et crainte de Dieu". (Arch. Nat. S 6707). Anne d’Autriche, entrant dans les vues de la duchesse d’Aiguillon, accorda à perpétuité au supérieur général de la Mission, par acte du 16 janvier 1644, le titre d’aumônier réal des galères et lui donna la faculté de déléguer son pouvoir et ses droits.

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cet état, et que c’était le meilleur pour lui, puisque Dieu le voulait. On faisait de lui tout ce qu’on désirait, se mettant en la posture qu’on demandait, sans se plaindre, ni rien refuser de ce qu’on lui présentait. Il ne cessait quasi de parler, quoique confusément et entre ses dents ; mais son discours était toujours de quelques choses de Dieu, ou pour le moins tendantes à Dieu ; et témoignait une merveilleuse reconnaissance envers sa divine bonté de ce qu’il mourait dans la compagnie, à laquelle il protestait souvent de garder fidélité. Enfin il rendit sa belle âme à son Créateur, à l’instant qu’on commençait le Subvenite Sancti, à ces paroles Occurrite Angeli, à cause qu’on croyait qu’il eût déjà expiré. Ce fut le 27 de janvier dernier.

La charité qu’il avait exercée envers les pauvres galériens malades avait si bien gagné le cœur des Marseillais qu’encore qu’on n’eût pas dessein de faire grande cérémonie à son enterrement et qu’on n’y eût prié que les amis de la maison, ils y accoururent néanmoins en si grande affluence qu’on craignait que les planchers ne fondissent sous leurs pieds, en sorte qu’on fut contraint de descendre le corps de la chambre où il était mort, pour le mettre dans la chapelle de la grande salle d’en bas, afin qu’un chacun eût la satisfaction de le voir. Dès qu’ils l’avaient vu, ils levaient les yeux et les mains au ciel, disant : "Oh ! la belle âme ! oh ! le béat !" Et quoique la salle fût très spacieuse et que plus de cent personnes le pussent voir à la fois, néanmoins les uns grimpaient par-dessus les fenêtres, les autres montaient par des échelles et des pièces de bois qu’ils rencontraient. Il s’y passa une chose remarquable entre autres, ce fut qu’un homme de condition se saisit d’un coussin et le déchira à belles dents, pour avoir du sang qui était tombé dessus. Les autres raclaient la chaire sur laquelle il était

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assis, les autres prenaient la cire qui tombait des cierges ; si bien que, si on les eût laissé faire, ils eussent emporté et déchiré tout ce qui lui servait, jusqu’à rompre des images qui y étaient. Enfin chacun tachait d’avoir quelque chose de lui pour la garder comme relique. En le descendant de la chambre, tout le monde se mettait à genoux et s’empressait pour lui baiser les pieds ; et le bruit commun de la ville est que c’est un béat ; et l’on va s’enquêter avec beaucoup de dévotion du lieu où il est enterré, pour lui faire des prières.

Voilà, Monsieur, de beaux témoignages de sainteté ; mais je fais plus d’état des vertus qu’il a pratiquées, particulièrement depuis qu’il a été de notre compagnie, que de tout cela. Il ne me souvient point d’avoir remarqué en lui aucun vice, ni ouï dire qu’il en eût. Au contraire, tandis qu’il a vécu dans notre séminaire de Saint-Lazare, il nous a toujours donné de bons exemples par son humilité, bonté, charité, obéissance et piété. Dieu nous fasse la grâce d’en profiter ! Il était âgé de 35 ans, d’une composition extrêmement forte, nullement sujet à maladies ; ce qui nous doit faire penser de nous tenir prêts à comparaître devant Dieu, puisqu’il y a si peu d’assurance à cette vie. Et cependant travaillons à faire provision de bonnes œuvres que nous lui puissions présenter à ce grand jour. C’est le fruit que je désire que nous tirions de cette mort, heureuse sans doute pour lui, et pour nous aussi, qui ressentirons plus efficacement l’effet de ses prières. Et parce que nous ne pouvons savoir assurément s’il n’a plus besoin des nôtres (ce secret étant réservé à Dieu seul), je vous prie, Monsieur, d’avoir soin de faire dire par chacun de nos prêtres (si vous ne l’avez déjà fait), les trois messes ordinaires en pareille occasion pour le repos de son âme, et que nos frères lui donnent une communion et récitent un rosaire à la même

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intention. Nous lui avons tous rendu céans les mêmes devoirs, quoique nous ayons sujet de croire pieusement qu’il n’en ait eu aucunement besoin, puisque la voix du peuple (qui est la voix de Dieu) le béatifie et qu’il est mort en quelque façon martyr, en ce qu’il a exposé sa vie et l’a perdue en travaillant, pour l’amour de Jésus-Christ, au salut corporel et spirituel des pauvres malades, d’une maladie qui donne ordinairement la mort et qu’il savait bien être contagieuse.

Si j’avais le temps de vous marquer en détail les mortifications et les autres actes héroïques de vertu que j’ai ouï rapporter de lui par les nôtres, en une conférence que nous avons faite ici à son sujet, vous connaîtriez encore plus clairement l’heureux état de son âme que par tout ce que je vous viens de dire, étant chose assurée que la marque la plus certaine d’une bonne et sainte mort est la bonne et sainte vie telle qu’a été celle de cet homme apostolique, du moins depuis les deux ans que nous avons eu le bonheur de l’avoir en notre compagnie O Monsieur, que nous avons grand sujet d’aimer notre vocation et de nous en rendre dignes, puisqu’en si peu de temps nous pouvons y vivre et mourir en saints ! Dieu nous en fasse la grâce !

Je suis, en l’amour de N. S. et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Chiroye, supérieur de la Mission, à Luçon.

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750. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Le règlement porte que la trésorière rendra son compte à l’église, en la présence de Monsieur le curé et des habitants. Nous n’avons point vu jusques à présent que la justice en ait voulu prendre connaissance. Il me semble que M. Tranchot dira et fera mieux que personne ce qu’il faudra faire en cela. Je voudrais bien que vous eussiez un carrosse pour l’aller voir et lui en parler, ou que vous preniez la peine d’en écrire à Mademoiselle (l).

Le personnage est aujourd’hui venu céans et m’a dit que vous avez envoyé quérir M.. Roche, auquel vous avez dit qu’il n’oserait vous soutenir ce qu’il pose pour fait. Or il dit qu’il est vrai, mais que vous lui avez dit ou fait choses équivalentes. Je lui ai dit qu’il faut peser les mêmes choses pour avoir un solide avis et qu’il ne me parlât jamais de ces choses, pource que je n’en voulais plus ouïr parler en façon quelconque. J’ai écrit à M. son frère qu’il s’en revienne, pource que, Dieu merci, notre affaire est fait. Et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Lettre 750. — L. a. — Dossier de la Mission, original

1). Mademoiselle Tranchot

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754. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

… Il faut bien se donner de garde d’user de cette pratique (1), dont le malin esprit pourrait se servir pour tenter et le vivant et même la mourante. Le diable fait flèche de tout bois pour attaquer une âme en ce passage, et la vigueur de l’esprit peut rester, quoique celle du corps soit affaiblie. Souvenez-vous de l’exemple de ce saint qui, étant malade, ne voulut point que sa femme le touchât, après s’être séparés par un mutuel consentement, disant qu’il y avait encore du feu sous la cendre. Au reste, si vous voulez connaître les symptômes d’une prochaine séparation de l’âme d’avec le corps, priez quelque chirurgien ou quelqu’autre personne présente de vous rendre cet office, y ayant en cela moins de danger que de le faire par vous-même ; ou bien informez-vous du médecin ce qu’il en pense ; mais, quoi qu’il arrive, ne vous mêlez jamais de toucher ni fille ni femme, sous quelque prétexte que ce soit.

752. — NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET, A SAINT VINCENT

Monsieur,

Nous avons maintenant par delà Monsieur de Beauregard doyen de notre église cathédrale, qui est aussi conseiller au parlement de Toulouse et nommé par la province de Narbonne agent général du clergé. II m’a écrit que déjà il a eu l’honneur de vous voir, mais il croit néanmoins qu’une de mes

Lettre 751. — Abelly, op. cit., 2e éd., 2e partie p. 267.

1) Le prêtre auquel le saint s’adresse lui avait demandé s’il était permis de toucher le pouls d’une femme malade pour voir s’il était temps de lui donner les derniers sacrements, ou de dire les prières de la recommandation de l’âme.

Lettre 752. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

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lettres lui donnera plus de confiance et de liberté à vous approcher, lorsque les affaires de sa charge d’agent ou quelqu’autre occasion l’obligeront à ce faire. Quoique je sache qu’il ne manque pas d’appuis plus puissants que ma recommandation, je n’ai pu néanmoins lui refuser, et vous la fais même avec toute l’affection qu’il m’est possible, et vous m’obligerez, Monsieur, de lui faire connaître que vous aurez eu quelqu’égard à ce peu de lignes que je vous adresse en sa faveur, comme aussi de croire que je suis pour jamais, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

NICOLAS

évêque d’Alet

D’Alet, ce 24 mai 1645.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, à St-Lazare, à Paris.

753. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce jeudi [25 mai 1645] (1)

Monsieur,

Je supplie notre bon Dieu me faire la grâce que mes importunités ne soient à trop de surcharge à votre charité, et vous demande pardon des peines que je lui donne dans mes besoins. Je vous supplie, pour l’amour de Dieu, me donner une ou plusieurs des intentions que je dois avoir en ma petite retraite, et me faire cette grâce que je puisse entendre demain de vous la sainte messe pour y recevoir votre paternelle bénédiction. Cette grande fête prochaine m’est à une très singulière recommandation pour toutes les grâces signalées que Dieu a faites à son église, et, à mon particulier, pour celle que sa bonté me fit il. y a bien 22 ans, qui m’a rendue si heureuse d’être à lui en la manière que votre charité sait (2).

Lettre 753. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Voir note 2.

2). Dans une note qui accompagnait sa lettre (Lettres de Louise de Marillac, p. 186), la fondatrice parle d’une "loi" que Dieu a mise dans son cœur le jour de la Pentecôte et "qui n’en est jamais sortie". Voici d’après ses propres écrits (Arch. de la Mission), le fait auquel elle fait allusion : "En l’année 1623, le jour sainte Monique, Dieu me fit la grâce de faire vœu de viduité, si Dieu appelait mon mari. Le jour de l’Ascension en suivant, j’eus un

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Je sens mon intérieur je ne sais quelle disposition qui, ce me semble. me veut attacher à Dieu plus fortement ; mais je ne sais comment. Dites, s’il vous plaît, mon très honoré Père, à votre pauvre fille et servante ce que vous en pensez au nom de Jésus, par lequel nous lui sommes à Dieu ce que nous lui sommes. j’attends beaucoup d’aide de vos saintes prières et prie votre très honoré ange vous en faire souvenir.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

754. — GASPARD DE SIMIANE DE LA COSTE A SAINT VINCENT

Marseille, 1645.

Je vous écris pour vous taire savoir le progrès de l’hôpital,

grand abattement d’esprit, pour le doute que j’avais si je devais quitter mon mari, comme je le désirais fortement, pour réparer mon premier vœu et avoir plus de liberté de servir Dieu et le prochain. Je doutais encore que l’attache que j’avais à mon directeur m’empêchât d’en prendre un, lui absent pour longtemps, et craignais y être obligée. Et j’avais encore une grande peine pour le doute de l’immortalité de l’âme. Ce qui me fit être, depuis l’Ascension jusques à la Pentecôte, en une peine incroyable. Le jour de la Pentecôte oïant la sainte messe ou faisant l’oraison à l’église, tout en un instant mon esprit fut éclairci de ses doutes, et fus avertie que je devais demeurer avec mon mari et qu’un temps devait venir que je serais en état de faire vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, et que ce serait en une petite communauté où quelques-unes feraient le semblable. J’entendais lors être en un lieu pour servir le prochain, mais je ne pouvais comprendre comme cela se pouvait faire, à cause qu’il y en devait avoir allant et venant. Je fus encore assurée que je devais demeurer en repos pour mon directeur et que Dieu m’en donnerait un, qu’il me fit voir lors, ce me semble ; et sentis répugnance d’accepter ; néanmoins j’acquiesçai ; et me semblait que c’était pour ne pas encore devoir exécuter ce changement. Ma troisième peine me fut ôtée par l’assurance que je sentis en mon esprit que c’était Dieu qui m’enseignait ce que dessus, et que, y ayant un Dieu, je ne devais douter du reste. J’ai toujours cru avoir reçu cette grâce du B. Monseigneur de Genève, pour avoir, avant sa mort, grandement désiré lui communiquer ces peines, et depuis, y avoir senti une grande dévotion, et reçu par ce moyen beaucoup de grâces ; et en ce temps j’eus quelque sujet de le croire, dont il ne me souvient pas maintenant".

Lettre 754. — Abelly, op. cit., 1. I, chap. XXVIII, 1er éd., p. 130 Ce fragment de lettre se trouve tout entier dans une lettre

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à l’établissement duquel vous avez tant contribué (l). Vous aurez appris par ma dernière comme, après beaucoup de résistance par l’aide de Notre-Seigneur, on nous a donné les malades des galères. Certes, je ne vous saurais exprimer la joie que reçoivent ces pauvres forçats lorsqu’ils se voient transportés de cet enfer dans l’hôpital, qu’ils appellent un paradis. A l’entrée

adressée le 30 mai 1645 par le chevalier de la Coste à M. de Montmaur, conseiller du roi. (Cf. La Compagnie du Très-Saint-Sacrement de l’autel à Marseille. Documents publiés par Raoul Allier, Paris, 1909, in-8, p. 198.) Abelly se serait-il trompé de destinataire, ou le chevalier de la Coste aurait-il écrit dans les mêmes termes à M. de Montmaur et à saint Vincent ? Raoul Allier préfère la première hypothèse (ibid., p. 199 note 2) ; la seconde semble plus vraisemblable, car ce que dit ici le chevalier s’applique fort bien à saint Vincent.

Gaspard de Simiane de la Coste, né à Aix en 1607, avait été ramené à Dieu par la mort prématurée d’une personne qu’il aimait. Il vint à Paris, y étudia l’art de la controverse sous le P. Véron et se lia avec saint Vincent de Paul, qui développa dans son cœur l’amour des malheureux et l’intéressa particulièrement au sort des pauvres galériens. C’est à lui surtout, à saint Vincent et à Mgr Gault évêque de Marseille, qu’est due la fondation de l’hôpital des forçats établi dans cette ville. Il créa aussi l’œuvre des femmes bohèmes en faveur des femmes qui suivaient les galères, soit pour ne pas abandonner leurs maris, soit pour d’autres raisons moins avouables. Le pieux chevalier était plein des maximes de saint Vincent. Il se conformait, autant qu’il le pouvait, à la règle des missionnaires : lever à quatre heures, une heure d’oraison, lecture d’un chapitre du Nouveau Testament à genoux et tête nue, une demi-heure de lecture spirituelle, visite au Saint-Sacrement avant et après les sorties, retraite mensuelle, retraite annuelle de huit jours. Son temps était pris en grande partie par les galériens de l’hôpital, auxquels il se plaisait à apporter ses consolations et ses soins. Les missionnaires n’avaient pas de meilleur auxiliaire. Il mourut de la peste le 24 juillet 1649, victime de son dévouement, dans des circonstances que nous rapporterons plus loin. M. de Ruffi a publié sa vie en 1659. (Vie de M. le chevalier de la Coste, Aix, in-8°.)

1) Les biographes de Jean-Baptiste Gault, évêque de Marseille (Marchetty, op. cit., p. 206), et du chevalier de la Coste (Ruffi, op. cit., p. 123) font remonter les commencements de l’hôpital des forçats à l’année 1618, à une époque où Philippe-Emmanuel de Gondi était général des galères, et saint Vincent son conseiller écouté. Faute de moyens sans doute, l’établissement resta inachevé Jean-Baptiste Gault reprit le projet, y intéressa le chevalier de la Coste, saint Vincent, la duchesse d’Aiguillon et d’autres personnages influents et mourut sans avoir rien commencé. Le chevalier de la Coste se consacra à cette œuvre et eut la joie de la voir aboutir, grâce aux mêmes concours.

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seulement on les voit guérir de la moitié de leur mal, parce qu’on les décharge de la vermine dont ils viennent couverts, on leur lave les pieds, puis on les porte dans un lit un peu plus mol que le bois sur lequel ils ont accoutumé au coucher. Et ils sont tous ravis de se voir couchés, servis et traités avec un peu plus de charité que dans les galères, où nous avons renvoyé grand nombre de convalescents qui y fussent morts. Certes, Monsieur, nous pouvons dire que Dieu a béni cette œuvre ; ce qui parait non seulement en la conversion des mauvais chrétiens, mais même des Turcs qui demandent le saint baptême.

Voir le texte in extenso de cette lettre et les remarques de Raoul ALLIER à la fin de ce tome II,

755. — AU COMTE DE BRIENNE

De Saint-Lazare, ce 2 de juin 1645.

Le Conseil des choses ecclésiastiques prie Monsieur de Brienne par son serviteur Vincent d’écrire à M. le comte d’Alais (l) au parlement et aux consuls de la ville d’Aix, en Provence, qu’ils aient à faire cesser les actions scandaleuses et offensant Dieu et les gens de bien, qui se pratiquent depuis peu en la procession de la Fête-Dieu qui se fait à Aix, et dont la malheureuse pratique avait été supprimée, il y a quelques années, par l’ordre du feu roi et a recommencé l’année passée (2),

VINCENT DEPAUL,

indigne supérieur des prêtres de la Mission.

Suscription : Pour Monseigneur le comte de Brienne.

Lettre 755. — L. a. — Bibl. Nat., collection Clairembault, vol. 399, p. 9443, original.

1) Louis-Emmanuel de Valois, mort sans postérité 1e 13 novembre 1653

2.) La procession de la Fête-Dieu était accompagnée à Aix de représentations allégoriques qui n’avaient rien de pieux ou même de décent. On y voyait de jeunes garçons, sous des déguisements de cupidons et de démons, se permettre des libertés vraiment excessives, pour mieux remplir leur rôle, qui consistait à symboliser les péchés capitaux. On trouve des renseignements intéressants sur cette ques-

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LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce samedi, veille de la Pentecôte. [3 juin 1645] (1)

Monsieur,

Je supplie notre bon Dieu que la médecine vous ait trouvé en assez bonne disposition pour servir à votre santé, mais j’ai bien craint que ce fut trop tôt. Je pensais, y a quelques jours, de vous proposer les bouillons, et je crois qu’ils vous feront beaucoup de bien. S’il vous plaît nous permettre de vous en envoyer dès demain ? l’en ai pris cette semaine et en ai senti un notable soulagement.

Je ne saurais attendre plus longtemps, mon très honoré Père, à vous dire l’état auquel j’ai été ces jours de ma petite retraite Je crois que Dieu ne veut pas que je goûte pleinement cette suavité. Depuis hier j’en ai été bien distraite pour une de nos malades qui reçut l’extrême-onction. C’est une bonne fille qui était à Saint-Barthélemy, fille d’un marchand de Tours, et s’appelle Catherine de Gesse. Votre autre malade d’esprit ne fait autre chose que nous reprocher qu’elle vous a bien demandé et que nous ne voulons pas en avertir votre charité. Nous travaillerons à nous en défaire après ces fêtes, s’il plaît à Dieu.

Et pour moi, mon très cher Père, que ferai-je demain ? Ne laisserai-je point de communier sans vous avoir fait connaître les malices que j’ai remarquées en mon examen ?

O bon Dieu, que j’ai de sujet d’avouer et reconnaître que je ne fais rien qui vaille ! Mon cœur ne s’en aigrit pas pourtant, quoiqu’il ait sujet de craindre que la miséricorde de Dieu se lasse de s’exercer en un sujet qui lui désagrée toujours.

C’est aujourd’hui le jour anniversaire de la chute de notre plancher, demain celui auquel notre bon Dieu m’a une fois fait connaître ses volontés et auquel je désirerais que sont saint amour se donnât à mon cœur pour loi perpétuelle.

tion dans Joseph de Haitze, Esprit du Cérémonial d’Aix en la célébration de la Fête-Dieu, 1708, et dans Grégoire Gaspard, Explication des cérémonies de la fête-Dieu d’Aix en Provence, Aix, 1777, in-I2. La Compagnie du Saint-Sacrement de Marseille eut à lutter contre de semblables abus. (Raoul Allier, La Compagnie du Très Saint-Sacrement de l’autel à Marseille, Paris, 1900, in-8°.)

Lettre 756. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original.

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Voyez, mon très honoré Père, ce qu’il a besoin pour cela et si votre charité peut m’enseigner quelque mot d’aide, et aussi prendre la peine me mander si demain, en quelques-unes de mes méditations, je prendrai l’évangile du jour, ou la descente du Saint-Esprit, ou si en toute la journée mes méditations seront en ce sujet.

Je vous demande pardon de mon importunité, quoiqu’il me semble qu’en cela je fais la très sainte volonté de Dieu, par laquelle je suis, Monsieur, votre très obligée fille et très obéissante servante

L. DE MARILLAC.

Ce samedi.

Je vous recommande mon fils, pour l’amour de Dieu. Il m’est venu en l’esprit de demande s’il n’a point de grande croix en sa chambre.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

757. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Avant 1650] (1)

Monsieur,

Je vous supplie très humblement, pour l’amour de Dieu que je puisse avoir l’honneur de vous parler ce matin, pour une réponse que je suis pressée de donner à mon fils, qui me doit venir trouver aujourd’hui, ne la lui ayant pas voulu donner hier. Que si vos affaires vous pressent de sortir avant que je puisse être chez vous, s’il plaît à votre charité prendre la peine de passer céans ? Je prends la liberté de vous faire cette très humble supplication comme en ayant grand besoin et étant, en l’amour de Jésus crucifié, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.

L. DE M.

Ce jeudi.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

Lettre 757. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Après 1649, Louise de Marillac aurait dit "Mon très honoré Père" et non "Monsieur"

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758. — A LA MèRE MARIE-AGNES CHEVALLIER (1)

De Paris, ce 2e juin 1645.

Ma Révérende et très chère Mère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je ne puis vous remercier assez tendrement à mon gré de tant de bontés et de cordialité que vous nous témoignez en la personne de M. Gallais (2). 0 ma Mère, que je vous en remercie bien tendrement et que je vous supplie de même de nous continuer la même bonté et d’agréer la reconnaissance que je vous en fais !

J’envoie les patentes qu’il faut pour nos affaires à M. Gallais, et à vous, ma chère Mère, mon cœur, en celui de Notre-Seigneur, ensemble à votre sainte communauté,

Lettre 758. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. de Saint-Rémy, directeur de l’asile des aliénés au Mans.

1) Supérieure de la Visitation du Mans (21 mai 1643-27 mai 1646), précédemment professe au premier monastère de Paris.

2). M. Gallais était allé au Mans prendre possession de la prévôté et maîtrise de l’église collégiale et royale de Notre-Dame de Coëffort, cédée à la congrégation de la Mission le 26 janvier 1645 par le prévôt Martin Lucas, principal administrateur de l’Hôtel-Dieu de la ville du Mans, tant en son nom qu’au nom de ses confrères. Ce dernier posait comme conditions qu’il jouirait, sa vie durant, des fruits et du revenu du prieuré, qui montait à la somme de 2.400 livres, que ses confrères recevraient leurs pensions ordinaires, que des prêtres de la Mission y seraient envoyés en nombre suffisant, y célébreraient l’office divin, acquitteraient les messes et obits de fondation et s’adonneraient au travail des missions. Le roi, à qui appartenait la nomination du prévôt, avait, par ses lettres patentes de février 1645, renoncé à son droit d’y pourvoir et approuvé le concordat. Emmeric-Marc de la Ferté, évêque du Mans, passa le décret d’union le 18 novembre 1645 et y ajouta le droit de présenter et de nommer aux cures de Montbizot et de la Maison-Dieu, à la charge pour les prêtres de la Mission, d’acquitter toutes les fondations et autres obligations du prieuré, de remplir les fonctions d’aumôniers du grand Hôtel-Dieu du Mans et de recevoir les ordinands et les séminaristes qui leur seraient envoyés.

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que je prie Dieu qu’il sanctifie de plus en plus, qui suis, eh l’amour du même Seigneur et de sa sainte Mère, ma Révérende Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma R. Mère ma R. Mère la supérieure de la Visitation Sainte-Marie du Mans, au Mans.

759. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 30 juin 1645.

Il m’est venu quelque lueur cette semaine des moyens qu’il y aurait d’introduire la piété dans les esprits de ceux qui doivent un jour composer cette cour-là ; et je vous avoue que la proposition qui m’a été faite de l’instruction des enfants m’a passé dans l’esprit comme l’unique moyen ; mais il y a tant de choses à dire à l’égard de cela qu’il faut n’y rien faire si la Providence n’y contraint.

760. — A JEAN DEHORGNY

De Paris, ce 6 juillet 1645.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous envoie un mémoire de l’irrégularité de deux prêtres qui se sont trouvés en cet état en leur retraite, et

Lettre 759. — Reg. 2, p. 227.

Lettre 760. — Recueil du procès de béatification.

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je vous supplie, Monsieur, d’obtenir leur dispense et de la nous envoyer au plus tôt. Ils sont cependant sur nos bras au séminaire du collège des Bons-Enfants.

Votre lettre du 12 du passé me parle d’une procuration générale pour acheter une maison. J’ai oublié de la faire dresser ; et puis nous sommes dans l’impuissance de cela. Mandez-moi si vous avez quelque occasion commode et présente.

Je pense bien ce que vous dites de Monsieur de Babylone (1). Nous verrons.

Monsieur Dufestel s’en va du poumon et est contraint de sortir de Marseille. Je me trouve en peine de remplir cette place. Nous n’avons personne plus propre ni plus présent que Monsieur Guérin (2), à la place duquel je le prie de se rendre à Annecy.

Je ne vois pas bien clair dans le dessein de Monsieur C [odoing]. Il faut attendre avec patience. Monsieur Coglée (3) semble nécessaire à Marseille, où il est revenu de son indisposition. Je vous ai dit ma pensée au sujet du f [rère] Berthe à l’égard dudit sieur. Je suis consolé de ce que vous m’avez mandé, si me

1) Le Père Bernard de Sainte-Thérèse.

2). Supérieur du séminaire d’Annecy.

3). Marc Coglée, né à Carrick (Irlande) le 25 avril 1614, ordonné prêtre le 30 mai 1643, reçu dans la congrégation de la Mission le 24 juillet suivant. Il venait d’être envoyé à Marseille, où il resta jusqu’en 1646. Dans un moment de trouble et de découragement, il eut le bonheur de rencontrer Gérard Brin, son compatriote, qui le retint dans la compagnie Après lui avoir donné le temps de se raffermir un peu par quelques jours passés au séminaire interne, le saint le plaça à Sedan (1646). Marc Coglée fit les vœux dans cette ville le 13 décembre 1649 et fut nommé, l’année suivante, curé de la paroisse et supérieur de l’établissement. Remplacé en 1654 par Jean Martin, il reprit ces mêmes fonctions en 1655 et les garda un an. Il eut pendant quelques mois en 1659 la direction du séminaire d’Annecy, qu’il quitta pour rentrer à Saint-Lazare.

4). Thomas Berthe, de Donchéry (Ardennes), fut reçu dans la congrégation de la Mission le 26 novembre 1640, à l’âge de dix

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semble, que le R. P. Léon (5) doit aller passer quelques jours chez vous. S’il est encore à Rome, je l’embrasse avec toute l’affection de mon cœur, comme je fais aussi le bon Monsieur de Montheron, prosterné en esprit aux pieds de l’un et de l’autre.

Pour ce que vous me dites de la difficulté de donner des bénéfices à des enfants, c’est une ordonnance qui a été faite, Messeigneurs de Lisieux (6) et de Beauvais (7) étant dans le Conseil des choses ecclésiastiques, pour les raisons que vous pouvez penser et pour la raison qu’on dit que c’est des deux maux estimer le pire, qui sont la confidence et l’inutilité de l’enfance. Cela serait bon s’il n’y avait que des hommes mariés et qui ont des enfants qui demandassent des bénéfices ; mais ce nombre-là ne revient peut-être pas au tiers ; car tous ceux qui demandent des bénéfices ne sont pas mariés, et tous ceux qui le sont n’ont pas des enfants, et tous ceux qui en ont ne

huit ans, et prononça les saints vœux le 8 décembre 1645. Ordonné prêtre en 1646, il fut envoyé à Sedan. Persuadé qu’il allait dans cette ville en qualité de supérieur, il fut humilié de voir qu’on lui confiait un emploi inférieur et se retira dans sa famille. Il revint bientôt à de meilleurs sentiments, et saint Vincent, qui connaissait sa vertu et appréciait ses talents, le reçut avec joie. Thomas Berthe rendit de grands services à sa compagnie dans les emplois importants qui lui furent confiés. Il fut de 1649 à 1650 supérieur du séminaire des Bons-Enfants, de 1653 à 1655 supérieur de la maison de Rome, en 1660 secrétaire de sa congrégation, de 1661 à 1667 assistant du supérieur général, de 1668 à 1671 supérieur de la nouvelle maison de Lyon, de 1673 à 1682 et de 1687 à 1689 supérieur du séminaire Saint-Charles, de 1682 à 1685 supérieur à Richelieu. En octobre 1659, saint Vincent jugeait que parmi ses missionnaires nul n’était plus apte à le remplacer à la tête de sa Congrégation que René Alméras ou Thomas Berthe. Ce furent les deux noms qu’il proposa d’avance par écrit à l’assemblée générale qui devait lui choisir un successeur. Thomas Berthe mourut en 1697. Il y eut entre lui et Edme Jolly, alors supérieur général, des froissements qui assombrirent ses dernières années. (Cf. Notices, t. II, pp. 247-313.)

5) De l’Ordre des Carmes mitigés.

6). Philippe Cospéan.

7). Augustin Potier.

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sont pas déterminés à les faire d’église et prennent cependant le bien. Il y a eu difficultés à l’observance de cette ordonnance. L’on se fait de grandes violences pour la rompre ; mais voilà que, par la grâce de Dieu, l’on commence à s’y habituer. Monsieur de Chavigny (8) ayant perdu son second fils, chargé de deux bonnes abbayes, et les parents les demandant pour son troisième fils, qui n’a que 5 ou 6 ans, et Dieu m’ayant donné la force de tenir ferme, il vint me trouver et me dire que tant s’en faut qu’il eût trouvé mauvais que j’eusse insisté contre, qu’au contraire, si j’eusse consenti au désir de Madame sa mère, je l’aurais scandalisé, qu’il m’en aurait méprisé et ne l’aurait pas accepté. C’est Monsieur de Chavigny même duquel je vous parle. Ceci soit dit à l’oreille de votre cœur. Je ne sais pourquoi je me suis laissé emporter à vous en tant dire.

Voyez nos petites nouvelles. Dieu a disposé de Monsieur de Vincy. Il est parti de ce monde non seulement avec paix, mais aussi avec joie. Il a désiré que nous l’ayons reçu en la compagnie quatre heures avant mourir, selon l’inspiration qu’il m’a dit qu’il en avait eue. Nous l’avons enterré de même. Je le recommande à vos prières.

Monsieur Lambert est entré dans le séminaire (9), où il est un exemple notable. Nous avons envoyé

Monsieur Gallais au Mans prendre possession de notre établissement (10).

8.) Léon Le Bouthillier comte de Chavigny, secrétaire d’état. Anne Phelippeaux, dame de Busançois, son épouse, lui donna dix fils et huit filles, parmi lesquels beaucoup moururent jeunes ou se firent religieux. L’un deux, François, devint évêque de Rennes et de Troyes. Les deux enfants dont il est ici question étaient Nicolas, né le 6 septembre 1633, et Urbain, né le 27 novembre 1639.

9). Au séminaire interne de Saint-Lazare.

10). Il avait pris possession le 30 juin.

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Monsieur Portail s’en va retirer sept ou huit jours, et, cela fait, nous le ferons partir pour aller faire la visite que faisait Monsieur Lambert. Il a besoin d’exercice. Peut-être qu’il vous ira voir. Nous ferons faire par Monsieur Lambert sa charge d’assistant, ce cependant si vous n’êtes d’avis contraire, et les autres auxquels j’en écrirai, conformément à notre règle.

Nous avons commencé le séminaire des ecclésiastiques, qui célèbrent la sainte messe à Notre-Dame (11). Il y en a environ vingt déjà aux Bons-Enfants depuis sept ou huit jours. Nous y avons envoyé Monsieur Gilles et Monsieur de Beaumont (12) pour suivre les leçons et avons rappelé ici le frère Damiens, qui ravit ses écoliers. Et pour les ordinands, il faudra les faire venir ici, où nous allons commencer un bâtiment à la place de la petite infirmerie (13). C’est Madame la duchesse d’Aiguillon qui a

11). A la suite d’une fondation faite par Richelieu, douze clercs s’étaient joints en 1642 aux jeunes séminaristes qui faisaient leurs humanités. En 1645, désolé de voir de nombreux prêtres vivre à Paris en des lieux où leur vertu était gravement exposée, célébrer sans dévotion et sans souci des rubriques, aller d’église en église mendier des honoraires de messes et demander publiquement l’aumône, saint Vincent aménagea un local à l’extrémité de l’enclos Saint-Lazare, dans un bâtiment qui prit le nom de séminaire Saint-Charles, y logea les séminaristes qui faisaient leurs humanités et reçut à leur place au collège des Bons-Enfants une quarantaine d’ecclésiastiques. Leurs honoraires de messes devaient servir à couvrir les frais de nourriture. Il était convenu avec le chapitre qu’ils iraient tous, à heure marquée, dire la messe à Notre-Dame. Le saint n’eut qu’à se féliciter de cette nouvelle œuvre, qui donna de bons prêtres à l’église. (Collet, op. cit., t. I, p. 411 et suiv.)

12). Pierre de Beaumont, né à Puiseaux (Loiret) le 24 février 1617, entré dans la congrégation le 23 février 1641, reçu aux Vœux le 4 octobre 1643, ordonné prêtre en mars 1644. Il fut emprisonné lors du procès auquel donna lieu l’établissement de Saint-Méen, devint directeur du séminaire interne de Richelieu, puis par deux fois supérieur de la maison (1656-1660, 1661-1662) 13). Le nouveau bâtiment eut environ vingt-trois mètres de long et neuf de large. Avec ses quatre étages, il offrait une place suffisante aux ordinands. (Arch. Nat. M 22, liasse n° 7).

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donné 10.000 livres pour cela. Et nous faisons enfermer nos terres de murailles.

Quoique toujours dedans l’incommodité, ma lettre est plus longue, parce que je garde la chambre aujourd’hui, à cause d’un mal que j’ai au pied. Et voilà ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que j’embrasse votre petite compagnie, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de faire tout ce que vous pouvez pour la dispense de Monsieur Legras. Sa bonne mère y est toute résolue, et il n’y a point d’apparence qu’il change de résolution (14).

Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.

761. — NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET, A SAINT VINCENT

Monsieur,

La divine Providence vous ayant appelé, pour sa plus

14.) Nous ignorons de quelle dispense avait besoin Michel Le Gras. Tout ce que nous savons, c’est que cette dispense fut très difficile à obtenir et que les démarches se poursuivirent pendant plusieurs années. On fit intervenir le roi, qui envoya des ordres à son ambassadeur. Ce dernier, après avoir parlé de l’affaire au Souverain Pontife lui-même, sans aboutir, chercha de l’appui auprès des cardinaux les plus influents. En 1648, rien n’était encore fait. Il y a sur ce sujet, au Berceau de Saint-Vincent-de-Paul, deux intéressantes lettres de René Alméras à Louise de Marillac, l’une du 23 mars 1646, l’autre du 21 juin 1649. Nous pensons qu’il s’agit d’une dispense en vue d’un mariage. Mais quelle était donc la nature de l’empêchement pour rencontrer tant d’obstacles malgré de si hautes interventions ?

Lettre 761. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

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grande gloire, au soin des plus importantes affaires ecclésiastiques de ce royaume et vous ayant inspiré depuis longtemps un si grand zèle pour procurer dans les occasions la réformation de la police et discipline de l’église, j’ai pris la confiance de vous adresser quelque petit mémoire des principaux et plus fréquents désordres qui la troublent et relâchent notablement en ces quartiers. J’ai eu cette pensée, depuis quelques années que j’en ai eu la connaissance, de vous en donner avis Ce qui m’a pourtant fait différer jusqu’à présent a été que j’ai vu que le temps le plus propre pour y remédier serait celui de la tenue de l’Assemblée du clergé, dont les plus dignes et principaux emplois sont de dresser ces sortes de règlements et prendre les moyens plus efficaces pour l’exécution. Vous l’examinerez donc, s’il vous plaît, et verrez ce qui sera possible, car je sais que tout ce qui est à désirer n’est pas toujours à espérer. Je n’y ai pas aussi marqué beaucoup d’autres besoins, quoique pressants, tant parce qu’ils sont assez connus, que parce que j’ai douté si le temps et l’état des affaires en souffrirait la proposition. Et de ce peu même que j’y ni appris, vous jugerez peut-être qu’il n’en doit pas présentement être parlé ; ce que je soumets entièrement à votre prudence. Et en cas qu’il en dut être proposé quelqu’article, je n’estime pas être à propos qu’on sut que j’y eusse aucune part, pour plusieurs raisons que vous pourrez juger, ne m’en étant, pour ce sujet, découvert à personne qu’à vous.

Je vous supplie Monsieur, d’excuser ma liberté que j’ose continuer de prendre avec vous, sans violer le respect que je vous dois et porterai toujours, comme, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

NICOLAS,

é [vêque] d’Alet.

D’Alet, ce 12 juillet 1645.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, à St-Lazare.

762. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Juillet 16454] (1)

Je vous prie de recommander l’âme de feu Monsieur

Lettre 762. — Manuscrit de Lyon.

1) Date de la mort de M. de Vincy.

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de Vincy, qui est décédé très pieusement, après avoir été reçu dans la compagnie, selon l’inspiration qu’il me dit, 2 ou 3 heures avant de mourir, que Notre-Seigneur lui en avait donnée.

14 juillet 1645.

M…. va avec bonne volonté. Je pense qu’il sera bon que vous l’occupiez, de crainte que, s’occupant lui-même, il n’altère ses bonnes dispositions. Il en est de quelques esprits comme des meules tournantes sans blé, qui s’enflamment et brûlent le moulin.

Je vous prie derechef de m’écrire à moi seul vos petites difficultés, et jamais à qui que ce soit du dehors, qui altère et gâte tout à fait le dedans, quand on lui témoigne ses peines. Je ne veux pas dire que je craigne cela de celui à qui vous avez fait vos petites plaintes jusqu’à présent ; mais je ne puis vous cacher ni le mépris auquel cela met la personne même qui témoigne ainsi ses faiblesses au dehors, et la compagnie en général, ni les contes qui s’en font. Au nom de Dieu, Monsieur, faites attention à cela et ne craignez pas de vous plaindre à moi de moi-même. Vous verrez que j’en ferai bon usage, Dieu aidant.

764. — AU PARLEMENT

[16 juillet 1645] (1)

Supplient humblement les prêtres de la congrégation

Lettre 763. — Reg. 2, p. 261.

Lettre 764. — L a. — L’original appartient à M. Ie chanoine Lœvenbruck, curé de la paroisse Saint-Vincent-de-Pau à Nancy.

1) Date marquée sur le dos de la requête.

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de la Mission établis à Saint-Lazare-lez-Paris, disant qu’il a plu au roi de leur donner permission, par lettres patentes du vingt-troisième jour de juin mil six cent quarante-cinq, adressantes à vous, Nosseigneurs, de vendre ou faire couper la quantité de quatre-vingt-dix arpents de bois de haute futaie au-dessus de trois âges, faisant partie de la ferme de Rougemont (2), sise en la paroisse de Sevran (3), joignant les bois de Livry (4), à cause que la plupart dudit bois sont vieux et rabougris, qu’ils ne profitent plus et empêchent le taillis de venir, pour employer l’argent qui viendra de ladite vente, partie pour employer aux murs et clôture qu’ils font faire pour enfermer les terres qu’ils ont au derrière de Saint-Lazare (5), à cause du grand dégât que le public fait allant et venant, et dérobant les blés quand ils sont venus en maturité (6), et partie pour retirer une maison sise dans ledit faubourg Saint-Martin et aliénée par leurs prédécesseurs, ou pour acheter une ferme qui leur est commode

2). Ferme dépendante du prieuré de Saint-Lazare.

3). Aujourd’hui petite commune de Seine-et-Oise.

4). En Seine-et-Oise.

5). Ces murs de clôture existaient autrefois. Ils étaient tombés pendant les guerres civiles. Bien que le saint eût commencé à les faire reconstruire à la suite d’une autorisation royale, donnée le 20 février 1644, il avait dû renvoyer les ouvriers, sur l’opposition de Cadet, garde des plaisirs du roi. Une nouvelle requête, présentée le 16 juin 1645 pour obtenir l’enregistrement des lettres patentes, reçut une réponse favorable, le 6 juillet, de Gabriel de Rochechouart bailli de la Varenne du Louvre, grâce à l’appui de la reine régente. Il fut permis de reprendre les travaux interrompus, à condition de ne laisser "aucuns trous de boulain au pied desdits murs de clôture, par lesquels les liepvres qui sont dans la plaine y puissent entrer et ne souffrir que au dedans dudit clos il soit tendu aucun aliers ny autres engins de chasse pour prendre perdrix et perdreaux qui s’y pourront retirer." (Arch. Nat. S 6698, reg. f° 49)

6). Déjà avant le 20 février 1644, saint Vincent s’était plaint des maraudeurs, qui s’étaient introduits nuitamment dans la propriété de Saint-Lazare, munis de sacs, au temps de la moisson, et avaient coupé et emporté le tiers des épis (Arch. Nat. S 6698, reg. f° 49). Il est probable qu’ils avaient recommencé leurs rapines.

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dans la paroisse de Saclay (7) ; ce qui retournera à l’avantage de ladite maison de Saint-Lazare. Ce considéré, Nosseigneurs, il vous plaise faire enregistrer lesdites lettres au greffe de votredite cour, pour faire jouir lesdits suppliants à l’effet d’icelles ; et vous ferez bien.

VINCENT DEPAUL,

supérieur de la congrégation de la Mission (8).

765. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

J’oubliais hier à vous dire que Madame Chanevas veut que nos sœurs de St-Gervais prennent les 5 sols que les dames qui font cuire le pot des pauvres donnaient pour salaire à la femme qui le portait avant que nos sœurs y fussent, et qu’elles croient qu’un morceau de bœuf qu’elles mettent aussi dans le pot pour la même, soit pour nosdites sœurs, avec deux pains qu’elles leur donnent ; le tout retournant maintenant au profit desdits pauvres ; car ladite dame Chanevas prend de nos sœurs les cinq sols tous les jours et fait donner le reste aux pauvres. Cela fait peine à nos sœurs, à cause que les dames leur demandent si elles ne sont pas gagées, et si Madame Chanevas ne veut pas qu’elles disent qu’elles lui baillent cet argent. Je vous supplie très humblement, Monsieur, me mander ce que je leur dirai de faire, à cause que Madame Chanevas m’avait tait espérer que la chose n’irait pas ainsi.

Je suis aussi en soin si nous essaierons de faire tenir la sœur Jacqueline à Saint-Jacques ou céans ; c’est celle qui était à Saint-Leu. Il faudrait vous en dire les difficultés mais je n’ose demander de vous parler, si je ne sais que vous l’agréez, l’un et l’autre pressent, autant que j’ai besoin que votre charité s’exerce sur ma misère, ne pouvant être

7.) La ferme d’Orsigny. Elle était achetée, mais non encore entièrement payée.

8). Le mot montré, ajouté en bas de la requête au greffe, indique que la formalité du soit montré au procureur général a été accomplie,

Lettre 765. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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aidée que par la conduite de la volonté de Dieu, en laquelle je suis, Monsieur, votre très indigne fille et très obligée servante.

L. DE M.

Je vous supplie très humblement prendre la peine me mander si votre charité a baillé de l’argent à mon fils et si j’irai aux Filles-Dieu (1) ce matin à un service auquel Madame de Verthanton m’a avertie d’aller, d’une de ses tantes, au cas que je puisse avoir son carrosse.

Ce 19 juillet [1645] (3)

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

766. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

J’ai pensé vous devoir envoyer cette lettre, à ce que vous prissiez la peine de la voir. Je m’étonne bien si la Mère la fait faire, lui ayant fait connaître le peu de moyen que j’ai de faire du bien à la maison, et encore dans l’incertitude que cela serve de quelque chose. Ce n’est pas qu’y demeurant je ne désire contribuer et y procurer du bien par toutes les voies que je pourrai. Je sais bien que la plupart des filles qui y sont ne donnent rien. Si ce que celle-ci dit est vrai, encore pourrait-elle avoir assez bonne dot de son bien pour une fille de sa sorte, quand bien elle n’aurait que moitié de ce qu’elle dit avoir en son pays. Je crois que ces bonnes religieuses ont donné beaucoup de croyance aux raisons qu’elle leur a pu dite qu’elle avait de prétendre justement à ses desseins.

Je vous demande très humblement pardon, Monsieur, de cette importunité, mon intention est de vous faire connaître l’état de cette mauvaise affaire pour quand votre cha-

1). Couvent de filles repenties.

2). Marie Boucher d’Orsay, épouse de François de Verthamon, seigneur de Breau, baron de Manœuvre, maître des requêtes

3). Cette lettre semble être des premiers temps de l’établissement de Saint-Gervais, et par suite elle doit suivre d’assez près la lettre 742.

Lettre 766. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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rité prendra la peine de voir ces bonnes religieuses, qui disent en avoir grand besoin.

Plut à la divine bonté augmenter vos forces à proportion des affaires dont tout le monde vous accable. Faites-moi la charité parmi tout cela de voir devant Dieu mes besoins et les lui recommander, puisque c’est mon unique aide pour faire sa très sainte volonté, en laquelle je suis, Monsieur votre très obéissante fille et très obligée servante.

Ce 21 juillet [1645] (1)

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

767. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[26 juillet 1645] (1)

Monsieur,

je me fais croire qu’il y a bien longtemps que je n’ai pris la liberté de vous parler et que cela m’excusera vers votre charité si je prends celle de vous dire que je suis en peine de votre mal que je crains plus grand que l’on ne nous fait croire. Si vous étiez un de nos pauvres, il me semble que notre eau forte de Monsieur Deure vous aurait bientôt guéri, et que les onguents, quels qu’ils puissent être, échauffent le mal et le tiennent toujours en suppuration.

Je ne sais, mon très honoré Père, si le bon prêtre des filles de la Madeleine vous a parlé. Il presse pour la résolution de la sortie de cette personne et semble se faire fort de sa conversion, disant qu’elle l’assure ne vouloir jamais penser à la personne auquel elle est attachée (2), qu’elle se veut retirer à son pays. je me suis souvenue depuis que c’était la résolution qu’ils avaient prise ensemble avant leur capture, et que la lettre que j’ai fait voir à votre charité depuis marque que son dessein à lui est de s’associer après le mariage avec les parents de cette fille, qui vendent du vin, ou se retirer en ce pays-là pour y vivre en paix, mais en fainéant. Sa pensée d’elle donc de sortir, a toute sorte d’apparence qu’elle croit que, si tôt qu’elle sera sortie, il l’ira trouver.

1). Date ajoutée au dos de l’original.

Lettre 767. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original.

2). Il est facile de deviner le nom de celui que Louise de Marillac a en vue en écrivant ces lignes.

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je vous demande très humblement pardon, Monsieur, de vous parler de telle affaire, qui m’est toujours aussi récente qu’au commencement, et dans de certains temps pénible plus que je ne puis dire.

Ma pensée, que je suis bien proche de mourir, continue toujours, et quoique je veuille bien, si Dieu le veut, que je laisse toutes mes petites affaires décousues et en pauvre état, si Dieu le veut, je ne laisse pas de souffrir en ce sujet.

Notre petite compagnie ne fut jamais plus faible aussi. Enfin, mon très honoré Père, je ne sais si c’est qu’il y a longtemps que votre présence ne nous a paru, mais nous sommes mal. Je supplie très humblement votre charité se souvenir de la proposition que je lui ai faite d’une conférence toutes les semaines et qu’un de vos Messieurs y assistât. Il me sembla lors que vous ne vous en éloignâtes et me fîtes l’honneur de m’en nommer un. Il n’y aurait qu’une sœur de chaque paroisse chaque fois, pour empêcher que les pauvres en fussent incommodés.

Donnez-nous, s’il vous plaît, votre sainte bénédiction et me faites le bien de me voir devant Dieu comme je suis, Monsieur, votre très obéissante fille et très obligée servante.

768. — NCOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET, A SAINT VINCENT.

Monsieur,

Ayant l’honneur d’être proche voisin et particulier ami de Monseigneur l’évêque de Mirepoix (1), vous agréerez que je joigne mes prières aux siennes pour demander vos entremises, s’il en a besoin, en l’affaire qui l’oblige d’aller à Paris pour une seconde fois. je m’assure qu’en le voyant vous serez consolé de reconnaître en sa personne tant de bonnes qualités que Dieu lui a données pour le rendre utile à son église, et plaindrez beaucoup, comme je fais, de ce que, par les suites de ce procès, qui dure depuis plusieurs années, il se

Lettre 768. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1) Louis de Nogaret de la Vallette d’Epernon, évêque de Mirepoix (22 décembre 1629.-1655), puis de Carcassonne (1655-10 septembre 1679).

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sent empêché d agir dans son diocèse et d’y faire valoir ses talents avec toute la liberté qu’il désirerait pour le bien cultiver. C’est, Monsieur, ce qui me porte à vous supplier très humblement de vouloir lui procurer une bonne et prompte issue de sa cause et de la regarder commune à toute l’église en ses principales circonstances. Et si j’osais, je vous dirais encore, comme il est vrai, que j’estimerai fait à moi-même et à mon diocèse tout le plaisir que ce bon seigneur recevra de vous en cette occasion, et que ce me sera nouveau sujet de reconnaître les très grandes obligations que vous avez acquises sur moi depuis un si long temps et de me dire, comme je suis, en vertu d’une affection toute sincère et cordiale, en l’amour du Sauveur et de sa sainte Mère, Monsieur votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

NICOLAS,

é [vêque] d’Alet.

D’Alet, ce dernier juillet 1645.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, à St-Lazare.

769. — LE CARDINAL DURAZZO (1) A SAINT VINCENT

Gênes, août 1645.

Ces mois passés, M. [Codoing] passant par ces quartiers, j’appris qu’il était de le congrégation de la Mission, et je me suis prévalu de son ministère en divers lieux de mon diocèse, où il a travaillé avec grand fruit et bénédiction pour le service de Dieu, pour le salut des âmes et pour ma satisfaction particulière. Et néanmoins m’ayant dit que pour obéir à ses supérieurs il devait se rendre à Paris, j’y ai consenti, puisque vous avez envoyé d’autres prêtres pour continuer ce qu’il a si heureusement commencé (2), Il y a espérance d’y établir un si pieux Institut à la plus grande gloire de sa divine Majesté. J’ai voulu vous faire part de notre consolation spirituelle sur ce sujet.

Lettre 769. — Abelly, op. cit., 1. II chap. r, sect. IV, 1er éd., p. 68.

1) Etienne Durazzo, légat à Ferrare, puis à Bologne, cardinal en 1633, archevêque de Gênes de 1635 à 1664, mort à Rome le 22 juillet 1667. Ce pieux prélat fut toujours pour saint Vincent et ses prêtres d’une bienveillance et d’un dévouement admirables.

2), A Gênes venaient d’arriver, en effet, en vue de fonder un nouvel établissement, quatre prêtres et un frère coadjuteur ; Etienne Blatiron était à leur tête.

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770. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

Voilà les difficultés qui me sont venues en l’esprit, que vous m’avez commandé d’écrire. J’aurais peine à vous les envoyer, n’était que je crois qu’elles ne nuiront point à l’exécution des desseins de Dieu en ce sujet. Je vous supplie très humblement que je puisse avoir l’honneur de vous parler le plus tôt que vous le pourrez au sujet de mon fils. Je crois cela nécessaire et que votre charité s’emploie devant Dieu pour ses besoins et en la manière que vous le savez. C’est sa Providence qui vous a donné ce surcroît de peine à toutes les charités que vous avez faites et faites toujours à celle qui est, par son amour, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.

L. DE MARILLAC.

Ce 19 août [1643, 1644 ou 1645] (1)

Les difficultés à demeurer à Bicêtre sont :

Premièrement, l’étendue du bâtiment et grandeur du lieu qui de plus de deux ans ne saurait être rempli à moitié.

Les grands inconvénients qui arrivent, même dans Paris, quand des maisons ont été habitées par des personnes de mauvaise vie, à plus forte raison les doit-on craindre là où depuis longues années ç’a été la retraite de toutes sortes de mauvaises gens, tant dedans le château que dehors, soit jour et nuit.

Le danger qu’il y a sur les chemins pour les sœurs, étant obligées souvent d’aller et venir à la ville. L’impossibilité de porter les enfants au bras et la grande difficulté à les porter sur des bêtes, tant à cause des terres grasses et mauvais chemins, comme à cause des pluies, grêles et neiges.

Qu’il faudra quantité de sœurs, tant à cause des voyages qu’il faudra faire tant pour les enfants, que pour les nécessités de la maison, et nous n’en avons pas tant de propres à cela.

Le danger qu’il y a que tous ces voyages a faire par les

Lettre 770. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Cette lettre a été écrite alors que le transfert des enfants trouvés à Bicêtre n’était qu’en projet ; elle se place donc entre juin 1643 (cf. 1. 669) et juillet 1647. La date du 19 août 1646 doit être écartée, car Louise de Marillac n’était pas à Paris

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sœurs ne leur causent beaucoup de détraquement soit pour le présent ou pour l’avenir.

Pour la grande dépense, tant pour mettre le lieu présentement en état pour y loger, comme pour les provisions, qui devront être bien plus grandes qu’ailleurs ; cela parait assez.

La difficulté que les sœurs se treuvent ès assemblées et puissent venir tous les mois à la maison, et aussi que les enfants y soient visités.

Et s’il s’agissait d’y mettre toutes les sœurs de la Charité, cela, me semble, serait à grand préjudice à toute la compagnie, à cause des visites nécessaires des sœurs qui servent les pauvres de Paris, des exercices qui se font à la maison tant pour le service des pauvres malades que pour les plaies et instruction de la jeunesse, et surtout pour les communications nécessaires avec les supérieurs et quelquefois avec les dames des paroisses.

Que si, nonobstant toutes ces difficultés, il faut y aller, il est nécessaire au moins tout cet hiver, que deux hommes y demeurent ; qu’il y ait tous les jours la messe dans la chapelle, où on pourrait faire faire des fonts pour baptiser les enfants ; ce qui tirerait les cinquante livres données pour cela. Serait encore nécessaire d’avoir quelque petite carriole avec un cheval pour y porter les enfants ; et cela accommoderait beaucoup. Un des hommes la pourrait mener. Et cela étant, il serait nécessaire de bien faire choix des hommes, à cause de la communication des nourrices et sœurs.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

771. — A LOUISE DE MARILLAC

[Août ou septembre 1645] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici le mémoire de l’établissement des filles (2) ; il contient trois choses : 1° La manière que la Providence a

Lettre 771. — Manuscrit Saint-Paul, p. 76.

1). A cette lettre répond la lettre 772.

2). Ce mémoire était le premier jet d’une supplique à l’archevêque de Paris dont nous donnerons le texte. (Lettre 773.)

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tenue pour les instituer ; 2° leur manière de vie jusques à présent ; 3° les règles de leur confrérie ou association. Je mets les deux premiers, afin que Monseigneur l’archevêque et Messieurs de son Conseil soient informés de tout par là.

J’écris à Madame Traversay que, si elle peut se rendre chez vous à 2 heures aujourd’hui avec Mademoiselle Viole, je tâcherai de m’y rendre.

Vous verrez et remarquerez cependant ledit mémoire. J’ai supprimé quantité de choses que j’eusse pu dire à votre sujet. Réservons à Notre-Seigneur de le dire à tout le monde et cachons-nous cependant.

Je suis, en son amour…

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