Correspondance (page 30)
772. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Août ou septembre 1645] (1)
Le nombre des filles employées pour le service des enfants trouvés est plus grand et doit augmenter à la Toussaint, que l’on rapportera quantité d’enfants.
S’il est nécessaire d’étendre si au long les louanges desdites filles qui commencent par ces mots : Et ce qui est de plus considérable ; et s’il ne suffirait pas de dire que, outre le service corporel qu’elles rendent auxdits pauvres malades, Dieu donne bénédiction aux petits avertissements qu’elles leur donnent pour leur salut, tant à ceux qui doivent mourir qu’à ceux qui doivent guérir, pour leur aider à bien vivre ; ce qui fait un grand fruit et fait voir évidemment…
Je voudrais nommer les autres lieux où elles sont premièrement et dire depuis peu de jours ou de temps à l’hôpital Saint-Denis ; nommer Sedan et taire mention que celles des champs servent tant pour l’instruction des enfants que pour les malades et la guérison des plaies.
Lettre 772. — Dossier des Filles de la Charité, minute autographe incomplète.
1). Les Filles de la Charité entrèrent en service à l’hôpital Saint-Denis le 2 août 1645, et cette note est dite écrite peu de jours après.
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Qu’il ne soit point fait mention du bien de ladite demoiselle quant au présent ni à l’avenir.
Il n’y a point de veuves qui contribuent, que peu et rarement non d’ordinaire.
A l’emploi des filles de la maison, en suite de ces mots. faire les saignées et panser les maux des pauvres de dehors qui les viennent trouver pour cet effet, la suite : apprêter ou donner les médecines.
La lecture et silence de deux heures n’est point spécifié, de l’autre temps aussi ; c’est peut-être qu’il n’est pas nécessaire.
Ne faudrait-il point faire mention que l’argent qui est apporté à la bourse commune, sert à acheter les provisions nécessaires à la maison pour le vêtir des filles même demeurant ès paroisses où est fait leur habit, pour, par ce moyen, être toujours uniformes ?
En cet article : porteront respect et obéissance en tout ce qui regarde leur conduite et le traitement des pauvres malades audit…
773. — A JEAN-FRANçOIS DE GONDI, ARCHEVêQUE DE PARIS
[Août ou septembre 1645] (1)
Supplie humblement Vincent Depaul, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, disant qu’ayant plu à votre charité pastorale donner pouvoir auxdits prêtres de la Mission d’établir la confrérie de la Charité pour l’assistance des pauvres malades en toutes les paroisses de votre diocèse où elle se pourrait convenablement établir, et qu’après avoir fait l’établissement en plusieurs villages avec bénédiction, quelques dames charitables de Paris en ont été si touchées qu’elles ont moyenné par Messieurs leurs curés l’établissement de ladite confrérie dans leurs paroisses, comme sont
Lettre 773. — Recueil de pièces concernant communauté des Filles de la Charité p. 1 et suiv. Ce manuscrit, conservé aux archives de la Mission, contient principalement des documents émanés de Jean Bonnet, supérieur général ; aussi est-il plus connu sous le nom de Recueil de M. Bonnet
1). Cette supplique a suivi de près la lettre 772.
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Saint-Germain-l’Auxerrois, Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Saint-Leu, Saint-Sauveur, Saint-Médéric (2), Saint-Etienne, Saint-Sulpice, Saint-Gervais, Saint-Paul et autres où ladite confrérie est établie et s’exerce avec bénédiction. Mais pource que les dames qui composent cette confrérie sont la plupart de condition qui ne leur permet pas de faire les plus basses et viles fonctions qu’il convient faire en l’exercice de ladite confrérie, comme de porter le pot par la ville, faire les saignées, les lavements et les donner, panser les plaies, faire les lits et veiller les malades qui sont seuls et tendent à la mort, elles ont pris quelques bonnes filles des champs à qui Dieu avait donné le désir d’assister les pauvres malades, lesquelles vaquent à tous ces petits services, après avoir été dressées à cet effet par une vertueuse veuve qu’on nomme Mademoiselle Le Gras, et ont été entretenues, pendant qu’elles ont demeuré en la maison de ladite demoiselle, par l’assistance de quelques vertueuses veuves et autres charitables personnes, qui y ont contribué de leurs aumônes, de sorte que, depuis treize ou quatorze ans qu’il y a que cette œuvre est commencée, Dieu y a si bien donné sa bénédiction qu’à présent il y a en chacune desdites paroisses deux ou trois de ces filles, lesquelles travaillent tous les jours à l’assistance desdits pauvres malades et même quelquefois à l’instruction des pauvres filles, quand elles le peuvent, et vivent aux dépens de ladite confrérie des paroisses où elles sont employées, mais si frugalement qu’elles ne dépensent que cent livres au plus par an pour leur nourriture et vêtement, et en quelques paroisses seulement 25 écus.
Outre l’emploi desdites filles dans les paroisses, il y en a trois qui sont employées par les dames de la Cha
2) Saint-Merry
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rité de l’Hôtel-Dieu pour y servir les pauvres malades et leur apprêter les petits secours qu’elles leur portent chaque jour audit Hôtel-Dieu. De plus, il y en a d’ordinaire 10 ou 12 du moins employées pour élever les petits enfants trouvés de cette ville, et deux ou trois pour l’assistance des pauvres forçats. Et outre celles qui sont employées ès choses susdites en cette ville, il y en a encore qui le sont à l’hôpital d’Angers, à Richelieu, à Saint-Germain-en-Laye, à Sedan et depuis peu de temps à l’Hôtel-Dieu de Saint-Denis en France, et en d’autres lieux de la campagne, où elles font à peu près les mêmes exercices pour ce qui regarde le traitement des malades, la guérison des plaies et l’instruction des pauvres filles, le tout avec beaucoup de bénédiction, par la miséricorde de Dieu.
Et pour fournir desdites filles en tous ces lieux et en tous les autres où l’on en demande, ladite demoiselle en élève d’autres chez elle et en a d’ordinaire plus de trente, qu’elle emploie, les unes à instruire les petites filles pauvres qui vont chez elle à l’école, les autres à visiter les malades de la paroisse pour leur porter leur nourriture ou des médicaments, ou pour les soigner, les autres pour faire les saignées et panser les maux des pauvres de dehors qui les viennent trouver à cet effet, les autres à coudre ou autre semblable ouvrage, les autres à apprendre à lire ou écrire, les autres à faire le petit ménage de la maison, le tout suivant l’ordre qui leur en est donné.
Et elle les entretient partie de l’argent que lesdites filles gagnent par leur travail manuel, quand elles ont du temps de reste après leurs emplois ordinaires, partie par l’assistance desdites veuves, qui y contribuent encore quelquefois, chacune selon ses facultés, partie par les aumônes ordinaires, mais particulièrement par le revenu
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notable que le roi et la reine, comme aussi Madame la duchesse d’Aiguillon, leur ont charitablement donné à perpétuité, qui se monte à plus de deux mille livres par an.
Et ce qui est encore bien considérable dans les emplois de ces pauvres filles, c’est que, outre le service corporel qu’elles rendent aux pauvres malades, elles tâchent de contribuer au spirituel en la manière qu’elles le peuvent, particulièrement en leur disant quelque bon mot de fois à autre et leur donnant quelques petits avis pour leur salut, tant à ceux qui sont pour mourir à ce qu’ils partent de ce monde en bon état, qu’à ceux qui doivent guérir pour leur aider à bien vivre.
Et Notre-Seigneur bénit tellement le petit service qu’elles apportent dans leur simplicité, qu’il y a sujet de le bénir pour les effets qui en réussissent, en sorte qu’on voit évidemment accompli en elles ce dire de l’écriture, que Dieu se plaît à se communiquer aux simples et humbles et à se servir des plus petites et basses pour en faire de grandes et relevées, et qu’enfin c’est lui-même qui les a appelées et approuvées et même inspiré leur petite manière de vivre. Ce qui sera plus aisé à croire si l’on ajoute que la voix du peuple, qui est la voix de Dieu, y donne son approbation, non seulement à raison de l’utilité qui revient au public de leurs emplois, mais encore à cause de la bonne odeur qu’elles répandent par leur bonne vie. Et ce qui autorise plus ce que dessus, c’est que le tout a été fait en vertu du consentement et de la permission que Votre Grandeur en a donné audit suppliant, l’approbation du prélat étant la marque la plus certaine d’une vraie vocation et du bon œuvre.
Mais parce que] es œuvres qui regardent le service de Dieu finissent d’ordinaire en ceux qui les commencent, s’il n’y a quelque liaison spirituelle entre les personnes
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qui s’y emploient, et que c’est ce que le suppliant, sous la direction duquel elles ont toujours été jusqu’à maintenant, suivant le pouvoir que Votre Grandeur Illustrissime lui en a de sa grâce donné, craint qu’il arrive ; pour cela, Monseigneur, il me semble qu’il est à souhaiter qu’il plaise à votre charité d’ériger en confrérie cette compagnie de filles et veuves et de leur bailler pour règlement les articles suivants, selon lesquels elles ont vécu jusqu’à maintenant et se proposent de vivre à l’avenir, sous le nom de filles et veuves servantes des pauvres de la Charité…. (3).
Voilà, Monseigneur, en substance le petit règlement que ledit suppliant avait dressé pour être gardé par lesdites filles servantes des pauvres, sous le bon plaisir de votre charité pastorale, laquelle est très humblement suppliée de l’approuver et ensemble ériger en confrérie leur petite compagnie, puisqu’il appert que, par leurs emplois charitables et vie exemplaire, elles sont utiles au public, ne portent préjudice à personne, que tant de pauvres, tant de malades, tant de forçats, tant d’enfants trouvés en sont assistés corporellement et spirituellement, outre l’instruction des filles pauvres, que les confréries des dames de la Charité ne peuvent bien réussir sans l’assistance de ces pauvres filles et qu’enfin elles-mêmes ne sauraient continuer le bien qu’elles font, ni subsister longtemps ensemble en vraie charité, si elles ne sont liées et unies en manière de confrérie.
A ces causes et autres bonnes considérations, il vous plaise de vos grâces, Monseigneur, accorder la très humble requête dudit suppliant, et vous ferez une œuvre agréable à Dieu, utile à son église et qui attirera] es bénédictions du ciel sur votre sacrée personne et sur tout
3). Nous publierons le règlement au volume des documents
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votre diocèse, à l’effet de quoi ces bonnes filles, les pauvres affligés qu’elles auront assistés et ledit suppliant offriront leurs prières à la divine Majesté (4).
VINCENT DEPAUL,
indigne supérieur de la congrégation de la Mission.
Suscription : A Monseigneur Monseigneur l’Illustrissime et Révérendissime archevêque de Paris.
22 septembre 1645.
Vincent de Paul prie Guillaume Delville de loger et de nourrir gratuitement dans sa maison Adrien Le Bon, ancien prieur de Saint-Lazare, qui doit aller à Montmirail, et même de le traiter comme s’il était le maître des biens et des personnes.
15 octobre 1645.
Monsieur,
Je suis fort consolé de la bénédiction que Dieu a donnée aux exercices de vos solitaires, mais surtout de votre sage conduite, qui sera toujours telle, comme j’espère, y procédant avec conseil et avec patience, qui sont les moyens avec lesquels les leçons d’aujourd’hui nous font voir que les Romains conduisaient heureusement leur
4). Saint Vincent dut faire l’année suivante une seconde supplique, qui fut accueillie favorablement.
Lettre 774. — Collet, op. cit, t. I, p. 514.
Lettre 775. — Reg. 2, p. 176.
1). Le ms d’Avignon donne comme destinataire François Grimal, supérieur à Sedan. Nous lui préférons le registre 2.
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république, et même les plus efficaces que Dieu nous ait laissés pour sa bonne conduite. Je ne doute point que le soin de la maison, celui de la cure et tant d’autres affaires que vous avez ne vous accablent ; mais souvenez-vous, Monsieur, que Notre-Seigneur est la force et la sagesse de ceux qu’il emploie à semblables œuvres, et ayez confiance qu’il opérera en vous selon cela.
776. — A DENIS GAUTIER, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
1645
Vincent de Paul prie Denis Gautier de recevoir chez lui comme il convient Adrien Le Bon, ancien prieur de Saint-Lazare, de lui offrir le logement et la nourriture, et même de le traiter comme s’il était le maître des biens et des personnes
777. — NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET, A SAINT VINCENT
Monsieur,
Monseigneur l’évêque de Lodève (1) m’ayant fait l’honneur, pendant notre présent séjour aux états (2), de me communiquer la résolution qu’il avait prise de se démettre de son évêché, à raison de son âge et de ses fréquentes infirmités, entre les mains de Sa Majesté, en faveur de Monsieur du Bosquet, conseiller d’état et intendant de la justice en cette province, sous la seule réserve d’une pension raisonnable, et ayant désiré même que je fusse témoin de sa démission, j’ai pensé vous en devoir donner l’avis, croyant qu’il vous sera bien agréable et que vous serez bien aise qu’il arrête son affection sur une personne de ce mérite et suffisance, telle que vous savez. L’espérance que j’ai qu’il se rendre beaucoup utile à procurer le gloire de Dieu dans ce diocèse et le salut des âmes qui lui seront commises, me fait vous supplier, Monsieur,
Lettre 776. — Collet, op. cit, t I, p. 514.
Lettre 777. — L. a. — Dossier de la Mission, original
1). Jean de Plantavit de la Pause, prélat très érudit (1625-1648).
2). Les états. le Languedoc.
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de tout mon cœur de l’avoir en spéciale recommandation et de lui rendre en cette occasion tous les bons offices que dépendront de vous, pouvant vous assurer que, outre le service que vous rendrez à Dieu et le bien que vous moyennerez pour ce diocèse, je vous en aurez une obligation très particulière, puisque je le chéris tendrement et le respecte beaucoup, pour les marques qu’il donne de sa vertu et piété vraiment chrétienne. J’espère cette grâce de votre zèle à tout ce qui regarde les avantages de l’église de Dieu, et que vous me ferez l’honneur de me croire toujours, en l’amour de notre cher Sauveur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
NICOLAS
é [vêque] d’Alet
De Pézenas (3), ce 28 décembre 1645.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la compagnie des prêtres de la Mission, à St-Lazare.
778. — A JEAN SCARRON, PREVOT DES MARCHANDS (1)
[Janvier 1646] (2)
Supplient humblement les prêtres de la congrégation de la Mission établis au prieuré Saint-Lazare-lez-Paris, disant qu’ayant besoin de faire une enceinte de muraille aux terres dépendantes dudit prieuré, joignantes et attenantes la maison et faux bourg dudit Saint-Lazare, pour arrêter le cours des grands dommages qu’ils y recevaient, il a plu au roi leur octroyer pouvoir de faire clore et fermer de murs lesdites terres, ainsi qu’elles étaient anciennement sur les vieils repères, continuer où il n’y en a point, et y bâtir et édifier de pe-
3). Canton de l’Hérault.
Lettre 778. — L. s — Original au séminaire de Saint-Sulpice à Paris
1). Jean Scarron, seigneur de Mendiné, conseiller de la grande Chambre du Parlement.
2). Voir note 5.
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tites maisons le long de la chaussée Saint-Denis, au bout dudit faux bourg (3), comme il est porté par ses lettres patentes du vingtième février mil six cent quarante-quatre, signées de Guénegaud (4) ; lesquelles lettres ayant été présentées à Messieurs les trésoriers de France en la Généralité de Paris, ils ont fait visiter les lieux et donner les alignements nécessaires. Ce considéré, Monsieur, il vous plaise de vos grâces ordonner que lesdites patentes ci-attachées seront enregistrées en votre greffe, pour jouir par les suppliants de l’effet d’icelles et leur servir ce que de raison ; et ferez bien.
VINCENT DEPAUL
supérieur indigne des prêtres de la Mission (5).
3). C’est là que se trouvait le séminaire Saint-Charles ou petit Saint-Lazare.
4). Henri de Guénegaud du Plessis, marquis de Plancy, commandeur de Montbrison, trésorier de l’épargne en 1639, secrétaire d’état de 1643 à 1669, garde des sceaux des ordres du roi en 1656, mort à Paris le 16 mars 1676 à l’âge de soixante-sept ans. Il avait épousé, le 23 février 1642, Elisabeth de Choiseul, fille du maréchal de Praslin.
5). Nous trouvons à la suite de la requête quelques formules administratives :
Soit montré au procureur du roi et de la ville
Fait au bureau le IX janvier MVIXLVI.
SCARRON.
Je requiers pour le roi et la ville descente être faite sur les lieux en notre présence, le maître des œuvres de ladite ville appelé.
Fait ce 3 février 1646.
(Signature illisible).
Soit fait ainsi qu’il est requis.
Fait au bureau de ladite ville le III février MVIXLVI
SCARRON.
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779. — A RENé SAUVAGE (1)
De Paris, ce 19 janvier 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Il y a longtemps que je pense aux moyens de faire que nous soyons tous à tous et à tous les emplois de la compagnie ; et pource qu’il vous manque l’exercice des prédications et des confessions et des autres exercices de la mission, j’envoie M. Charles (3) à votre place, pour vous donner le moyen d’aller à la mission et de vous y façonner et perfectionner. Je vous supplie, Monsieur, de lui donner l’intelligence et les adresses que vous avez dans votre petit séminaire. Je lui ai dit, comme à vous, qu’il se contente de leur expliquer familièrement un auteur, comme Binsfeld ou Tolet (3) en français.
Lettre 779. — Publiée par Et. Charavay dans l’Amateur d’autographes, octobre 1871, p. 171, d’après l’original, qui faisait partie de la collection Merlin.
1). René Sauvage, né à Arrest (Somme), entré dans la congrégation de la Mission le 2 juillet 1638, à l’âge de vingt ans, reçu aux vœux le 17 octobre 1642.
2). François Charles, né à Plessala (Côtes-du-Nord) le 10 décembre 1611, reçu dans la congrégation de la Mission le 12 mars 1640, ordonné prêtre au carême de l’année 1641, mort le 26 janvier 1673, après avoir rempli à Saint-Lazare les fonctions de directeur des retraitants et des frères coadjuteurs. Dans la circulaire adressée à toute la compagnie pour annoncer son décès, Edme Jolly, supérieur général fait un grand éloge de sa vertu. (Voir Notices, t. II, p. 245-246.)
3). Le cardinal François Tolet, jésuite, né à Cordoue le 4 octobre 1532, mort à Rome le 14 septembre 1596. Il enseigna brillamment la philosophie au Collège romain et remplit avec succès diverses missions diplomatiques. On lui doit plusieurs traités de philosophie et de théologie. Il est surtout connu par un ouvrage de casuistique souvent réédité, Instructio sacerdotum ec de septem pecceatis (Rome, 1601), qui reparut en 1604, 1608, 1633 sous ce titre Summa casuum conscientiae absolutissima, et plusieurs fois dans la suite
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O Monsieur Sauvage, mon cher frère, que je prie bien Dieu qu’il vous donne l’esprit de son Fils Notre-Seigneur, pour le répandre dans tant d’âmes que sa divine providence a résolu de sauver par votre ministère !
Je m’étais proposé d’écrire de ma main à Messieurs Guérin et Tholard ; voici qu’on m’ôte la plume de la mienne et me contraint de recourir à une autre.
Je vous embrasse cependant, prosterné en esprit à vos pieds et à tous ceux de la compagnie, qui suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Sauvage, prêtre de la Mission, à Annecy.
780. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Avant 1650] (1)
Monsieur,
Je vous supplie très humblement, pour l’amour de Dieu, que j’aie l’honneur aujourd’hui de vous parler, pour si peu de temps qu’il vous plaira. Si vous n’avez point pris la peine de signer notre compte, s’il vous plaît de différer jusqu’à ce que j’y aie mis la dépense des sœurs de l’Hôtel-Dieu, que j’oubliai hier à y employer ?
Je fais bien des fautes par ma trop grande promptitude sans les autres de malice. Je supplie votre charité m’obtenir miséricorde.
Toutes vos pauvres filles vous saluent très humblement, vous suppliant vous souvenir d’elles. Et moi, la moindre de toutes, je suis, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.
Ce jour saint Vincent.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 780. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Après 1649, Louise de Marillac aurait écrit " Mon très honoré Père" et non "Monsieur"
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781. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
[1646 ou 1649] (1)
J’ai su la peine où vous a mis quelque lettre que M. votre père vous a écrite pour vous obliger de l’aller secourir. Sur quoi j’ai cru vous devoir dire ce que j’en ai pensé :
1° Que ce n’est pas un petit mal de rompre le lien avec lequel vous vous êtes attaché à Dieu dans La compagnie ;
2° Qu’en perdant votre vocation vous priverez Dieu des bons services qu’il s’attend de vous ;
3° Que vous serez responsable devant le trône de sa justice du bien que vous ne ferez pas et que néanmoins vous eussiez fait demeurant en l’état où vous êtes ;
4° Que vous risquerez votre salut auprès de vos parents, et peut-être que vous ne les soulagerez point, non plus que d’autres, sortis sous ce prétexte, Dieu ne le permettant pas, parce que, s’il voulait qu’ils fussent mieux, il a d’autres voies pour les y mettre ;
5° Que Notre-Seigneur, connaissant la malignité qu’il y a dans la hantise des parents, pour ceux qui les ont déjà quittés pour le suivre, ne voulut pas, comme dit l’évangile, que l’un de ses disciples allât seulement ensevelir son père, ni que l’autre allât vendre son bien pour le donner aux pauvres (2) ;
6° Que vous donneriez un mauvais exemple à vos confrères et un sujet de douleur à la compagnie de la perte d’un de ses enfants, qu’elle aime et qu’elle a élevé avec tant de soin.
Lettre 781. — Reg. 2 p. 347 Le destinataire de cette lettre semble être Paul Carcireux, qui avait une sœur chez les Filles de la Charité et quitta la congrégation de la Mission pour venir en aide à son père.
1). Voir note 4.
2). évangile de saint Luc IX, 59-62.
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Voilà, Monsieur, ce que je vous supplie de considérer devant Dieu.
Le motif que vous pouvez avoir pour vous retirer consiste dans le besoin de M. votre père. Mais il faut savoir en quel cas les casuistes obligent les enfants à sortir d'une communauté. Pour moi, je crois que ce n'est que lorsque leurs pères ou mères souffrent par nature et non par leur condition, comme quand ils sont fort vieux, ou quand par quelqu'autre incommodité naturelle ils ne peuvent gagner leur vie. Or cela ne se rencontre pas en M. votre père, lequel n'est âgé que de 40 ou 45 ans au plus et qui se porte bien, qui peut travailler et qui travaille en effet; sans quoi il ne se serait pas remarié, comme il l'a fait depuis peu, avec une jeune femme de 18 ans, des plus belles de la ville; lui-même me le mande, afin que je la présente à Madame la princesse de Longueville (3) pour nourrice de son fils (4). Je pense bien qu'il n'est pas dans l'abondance des moyens. Hélas ! qui sont ceux qui ne ressentent la misère de ce temps ! Mais aussi ce n'est pas son incommodité présente qui l'oblige à vous rappeler, car elle n'est pas grande; c'est seulement celle qu'il appréhende, faute d'avoir un peu de confiance en
3). Anne-Geneviève de Bourbon, épouse d'Henri II, duc de Longueville, femme spirituelle, instruite et intrigante, qui prit une part active aux troubles de la Fronde. Elle avait pour saint Vincent de Paul une profonde vénération. Après la mort de son mari (1663), elle prit logement près des Carmélites de la rue Saint-Jacques passa le reste de ses jours dans la pénitence et les austérités du Port-Royal et mourut janséniste le 15 avril I679. Sa vie a été écrite par Bourgoin de Villefore (La véritable vie d'Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville, Amsterdam, I739, 2 vol. in-12) et par Cousin Madame de Longueville, Paris, I859, in-8°).
4). La duchesse de Longueville eut deux fils ; Jean-Louis-Charles, comte de Dunois, plus connu sous le nom d'abbé d'Orléans, né le 12 janvier 1646, mort le 4 février 1694, et Charles-Paris, né le 29 janvier 1649 à l'hôtel de ville, mort noyé le 12 juin 1672 au passage du Rhin. Nous pensons que saint Vincent parle ici du comte de Dunois
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Dieu, quoiqu'il ne lui ait rien manqué jusqu'à maintenant et qu'il ait sujet d'espérer que sa bonté ne l'abandonnera pas pour l'avenir.
Vous pourriez peut-être vous persuader que c'est par votre moyen que Dieu veut en effet subvenir à ses besoins, et que c'est pour cela que sa Providence vous présente une cure de 600 livres par l'entremise même de ce bon homme. Mais vous trouverez que cela ne peut être, si vous considérez deux choses : 1° Que Dieu vous ayant appelé à un état de vie qui honore celui de son Fils sur la terre et qui est si utile au prochain, ne voudrait pas vous ôter présentement de cet état pour vous réduire au soin d'une famille du monde qui ne cherche que ses aises et qui sera continuellement sur vous pour demander ce que vous aurez et ce que vous n'aurez pas, et qui vous accablera d'ennuis et de peine, si vous ne pouvez la soulagera son gré et au vôtre ; et en second lieu, qu'il n'est pas croyable qu'on ait promis à M. votre père une cure pour vous qui soit de 600 livres de revenu, celles du diocèse de Bourges étant des moindres du royaume. Mais quand cela serait, votre entretien ôté, que vous resterait-il ?
Je ne vous dis pas ceci de crainte que la tentation prévale sur vous, non, je connais votre fidélité envers Dieu, mais afin que vous écriviez une bonne fois à M. votre père les raisons que vous avez de suivre plutôt la volonté de Dieu que la sienne. Croyez-moi, Monsieur, il est d'humeur à ne vous point donner guère de repos étant près de lui, non plus qu'il ne vous en donne étant éloigné. Le trouble qu'il cause à votre pauvre sœur qui est chez Mademoiselle Le Gras n'est pas imaginable. Il la veut obliger à quitter le service de Dieu et des pauvres, comme s'il devait recevoir d'elle quelque grand support. Vous savez qu'il est naturellement inquiet, et au point que
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ce qu'il a lui déplaît et que ce qu'il n'a pas lui donne de violents désirs. Enfin j'estime que le plus grand bien que vous lui puissiez faire est de prier Dieu pour lui, en conservant pour vous cet un nécessaire qui sera un jour votre récompense, et qui même, à cause de vous, étendra ses bénédictions sur les vôtres. C'est de quoi je le prie de tout mon cœur.
782.— NICOLAS PAVILLON, EVEQUE D'ALET, A SAINT VINCENT
De Pézenas, ce 5 Février 1646.
Monsieur,
Sur l'avis qui'l vous plaît me donner des articles qu'on prétend s'être passés dans l'affaire de Monsieur du Bosquet et la rendent vicieuse, je l'ai vu ce matin, au retour de la messe qu'il venait de célébrer, et m'a derechef assuré qu'il renoncerait plus volontiers à toutes sortes d'évêchés que de commettre cette sorte de lâcheté. Vous le verrez, comme je pense, bientôt à Paris, où il vous entretiendra plus au long de cette affaire.
Je ne connais aucune d e ces personnes qui font profession de piété notable, dont vous dites, Monsieur, qu'on se plaint qu'ils altèrent les affaires de deçà, car, comme je me suis retiré aux prêtres de l'Oratoire pour être plus en repos et dégagé des grandes et fréquentes communications, et que je n'ai pas naturellement l'esprit d'intrigue, je suis moins informé de ce qui se passe parmi le monde.
Que si vous désirez, Monsieur, savoir mon procédé dans les affaires de l'assemblée (1), je vous dirai que, quand je prévois qu'il s'y en doit traiter quelqu'une d importance, j'y pense mûrement devant Dieu dans l'oraison du matin et la lui recommande. Je vais dire la messe là-dessus au sortir de laquelle je me rends à l'assemblée, et, sur la connaissance que Dieu me donne, je forme mon avis et le propose à mon rang tout tel et dans le même esprit que je voudrais l'avoir fait à l'heure de la mort.
J'enverrai au plus tôt à Monsieur Féret (2) la lettre qui lui
Lettre 782. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1) L'Assemblée des Etats de Languedoc.
2) Grand vicaire de Nicolas Pavillon.
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est adressée dans votre paquet. Vous agréerez, s'il vous plaît Monsieur, que je prenne la confiance de vous dire qu'avant le sortir de la province et le retirer d'avec nous, vous y devez bien penser, car il y est autant utile pour le service de l'Eglise qu'il pourrait être en plusieurs autres lieux. Outre un petit séminaire de 25 ecclésiastiques que nous avons commencé dans Alet depuis 3 mois, tant du dedans que du dehors du diocèse, où nous avons besoin de ses services Messieurs les prélats de l'assemblée ont pris résolution d'établir les conférences d'ecclésiastiques dans leur diocèse et daignent prendre notre même méthode. Or s'il ne reste avec nous je ne vois pas que nous puissions les y aider. Je ne parle point des assemblées des ecclésiastiques jà ordonnés, de celles des ordinands, des missions visites et autres semblables ouvertures qui se font tous les jours et auxquelles Messeigneurs les prélats de cette province se trouvent disposés, pourvu qu'on leur y donne quelque assistance. C'est ce que j'ai cru. Monsieur, être obligé de vous représenter, plutôt pour vous donner la connaissance de l'état de ce pays en ce qui regarde l'avancement du royaume de Dieu, que pour vous changer votre dessein sur sa personne, au cas qu'il vous paraisse plus avantageux pour le bien de l'Eglise. Je regarde et tiens tout ce qui vient de votre part avec une entière soumission et révérence étant de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
NICOLAS,
é[vêque] d'Alet.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission, à Saint-Lazare-lez-Paris.
783. — LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT
Février 1646.
Monsieur,
Ces lignes sont pour vous dire que, M. le premier président (1) ayant dépêché ici pour demander à la reine l'évêché de Bayeux, qui vaque depuis quelques jours, pour M. son fils (2), elle le lui a accordé d'autant plus volontiers qu'il a
Lettre 783. — Minute non signée Arch. des Affaires Etrangères. Mémoires et Documents, France, n° 855, f° 46.
1). Mathieu Molé.
2). Edouard Molé (22 juin 1647-6 avril 1652).
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les quaalités requises pour en être pourvu, et que Sa Majesté a été bien aise de rencontrer une occasion si favorable de reconnaître les services du père et le zèle qu'il a pour le bien de l'Etat, en la personne du fils. La reine m'a promis de vous en écrire, et je l'ai voulu faire par avance, afin que vous preniez la peine de le voir et que vous lui donniez les instructions que vous jugerez lui être nécessaires pour se bien acquitter de cette fonction. Je ne vous en dirai point davantage, ce qui fait que je finis en vous assurant que je suis, avec beaucoup d'affection... (3)
784. —ALAIN DE SOLMINlHlAC, EVEQUE DE CAHORS,
A SAINT VINCENT
Du 1er mars 1646.
Monsieur,
Je vous prie prendre la peine de commander à quelqu'un des vôtres de voir Monsieur Laumonion et le prier de votre part de juger l'affaire de la Vaurette.
Ce matin, le Père vicaire général des Dominicains réformés m'est venu voir, lequel m'a dit qu'il était absolument nécessaire que l'incorporation que le général m'a promise du couvent de Cahors à leur province se fît ici et au plus tôt. Il vous doit voir aujourd'hui ou demain pour implorer votre assistance près la reine pour cet effet. Je vous supplie de la nous donner en cet affaire très digne de vos soins. Monsieur le nonce, qui me fit l'honneur de me venir voir hier, m'empêche d'aller aux Bons-Enfants, comme j'avais résolu, pour assister à votre conférence et vous dire comme il y a un grand vacarme dans cette ville, de ce qu'on dit qu'on veut bailler l'archevêché de Bordeaux à un évêque qu'on croit en être indigne (1). Vous ne sauriez croire le bruit que cela fait. Dieu inspire à ceux qui disposent de ces éminentes dignités à faire choix de personnes qui en soient dignes ! Cependant je suis, Monsieur...
ALAIN,
év. de Cahors.
* Lettre 783
* 3) Abelly a raconté (. cit.,t. II. chap. XIII, sect. V, p. 451 et suiv.) les démarches que fit saint Vincent pour empêcher l'élection d'Edouard Molé en cherchant à convaincre le premier président que son fils n'avait pas les qualités nécessaires à un évêque.
Lettre 784. — Arch. de l'évêché de Cahors, cahier, copie
1). Le siège de Bordeaux était devenu vacant le 18 juin 1645 par la mort d'Henri d'Escoubleau de Sourdis, à qui fut donné pour successeur, le 20 novembre 1646, Henri de Béthune, évêque de Maillezais .
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785 — NICOLAS PAVILLON, EVEQUE D'ALET, A SAINT VINCENT
A Pézenas, ce 1er mars 1646.
Monsieur,
Sur ce qu'il vous plut m'écrire dernièrement que plusieurs avaient soupçon que, dans la démission qu'avait faite Monseigneur de Lodève de son évêché en faveur de Monsieur du bosquet il ne fut intervenu quelque traité tacite entre eux qui ne rendit cette démission vicieuse et contraire aux saints canons, je me sens obligé de vous dire avec confiance ce que j'en ai appris de la personne même de mondit sieur du Bosquet.
Il me fit l'honneur, au commencent des Etats, de me communiquer le choix que Monseigneur de Lodève avait fait de sa personne pour lui remettre son évêché, ne se voyant plus, à raison de son âge et indisposition, dans la vigueur et le pouvoir d'en faire les fonctions, mais qu'il eut désiré de lui en même temps qu'il lui eut accepté sa bibliothèque et un jardin qu'il a près de Lodève, comme choses qui lui seraient inutiles à l'avenir et pourraient néanmoins accommoder ledit sieur du Bosquet, qu'il ne voulait pourtant rien faire contre sa conscience et l'avis de bons et savants casuistes. Je pris la liberté d'en déclarer mes sentiments à mondit sieur du Bosquet, qui furent de ne point s'engager dans ce traité sous cette condition, ni de parole, ni par écrit, ni autrement, quand même des casuistes seraient de cet avis, car cela ressentait aucunement la simonie, ou pour le moins en approchait, ce qui pourtant ne l'empêcherait pas, au cas qu'il prît l'évêché, sans s'obliger à cette condition, d'acheter l'un et l'autre à prix juste et raisonnable, s'il trouvait que cela l'accommodât. Là-dessus se passa l'acte de démission pure et simple, avec réserve de pension d'une partie du revenu au profit dudit seigneur évêque, en présence de Monseigneur de Narbonne et de moi, sur la prière que les parties nous en firent. Or, ce qui pourrait faire difficulté dans cet affaire est qu'encore qu'il n'y ait aucune convention verbale ou autrement qui oblige à cet achat, mondit sieur du Bosquet, après même qu'il sera possesseur de l'évêché, selon qu'il m'a toujours protesté, néanmoins il m'a avoué de bonne foi qu'il a dit ou fait dire à Monseigneur de Lodève le
Lettre 785. — L. a. —Dossier de la Mission, original.
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besoin qu'il aurait de sa bibliothèque et jardin, quand il sera dans la charge, et l'inclination et même résolution de s'en accommoder avec lui selon la juste estimation qui en sera faite, sans pourtant vouloir s'y engager aucunement. Or, cela possible étant venu à la connaissance de quelques uns, l'ont pu soupçonner comme un traité simoniaque ou de mauvaise édification, si l'achat s'ensuivait, vu que les hommes ne forment leur jugement que sur ce qui parait extérieurement, et ne pénètrent pas les intentions et dispositions intérieures de suavité qu'on pourrait apporter dans les affaires.
J'ai cru, Monsieur, vous devoir informer de tout ce que dessus, pour vous donner une plus pleine connaissance de tout ce que je sais de cette affaire, puisque vous devez y opiner, et ai même porté ledit sieur du Bosquet en présence de Monseigneur du Puy (1), de s'en découvrir et rapporter ingénument à vous, quand il sera à Paris, pour éviter le blâme et mauvais jugement qui s'en pourraient ensuivre.
Je crois que vous ne jugerez pas à propos qu'il sache que je vous en ai écrit, car cela le pourrait contrister et refroidir à mon égard et empêcher par conséquent la continuation de la confiance qu'il a prise en moi, laquelle je ne souhaite que pour la gloire de Dieu et le service de son Eglise (2).
Agréez, s'il vous plaît, que je demeure toujours, en l'amour de notre cher Sauveur. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
NICOLAS,
é[vêque] d'Alet .
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, à Saint-Lazare, à Paris.
786. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 2 de mars 1616.
J'ai vu par votre dernière comme enfin vous avez envoyé Monsieur Martin à Gênes. Oserai-je vous dire,
1) Henri de Maupas du Tour.
2) François Bosquet fut sacré évêque de Lodève le 20 décembre 1648 ; il passa de ce siège à celui de Montpellier le 24 juin 1657 et mourut le 24 juin 1676. ( François Bosquet par M. l'abbé Henry, 889, in-8. )
Lettre 786. — Reg. 2, p. 227.
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Monsieur, en cette occasion qu'il importe, plus que je ne vous puis exprimer, que vous vous donniez à Dieu pour vous rendre exact à tous les ordres du général, quels qu'ils soient, quoiqu'ils choquent votre sens et quelque prétexte que vous puissiez avoir de mieux, ou des inconvénients qui en pourraient arriver ; car il n'en saurait arriver de si grands que celui de la désobéissance. Un capitaine me disait, ces jours passés, que, quand il verrait que son général commanderait mal et qu'il perdrait assurément sa vie dans l'exécution du commandement et qu'il pourrait faire changer d'avis au général en disant une parole, qu'il serait perdu d'honneur s'il le faisait, et qu'il aimerait mieux mourir que de le faire. Voyez, Monsieur, quelle confusion ce nous sera au ciel de voir cette perfection dans l'obéissance de la guerre et de voir la nôtre si imparfaite en comparaison. Je vous assure, Monsieur, que deux ou trois supérieurs qui en useraient de la sorte seraient capables de perdre la compagnie et que, si je ne connaissais bien votre cœur, je serais obligé de faire autre chose. L'assurance que j'ai que vous êtes meilleur que je ne serai jamais et que vous aimez mieux l'Institut que moi, fera que je ne vous en parlerai plus et n'y penserai seulement pas.
Enfin après avoir tâché de détromper M.... de ses opinions et ne l'ayant pu faire, nous avons été conseillés par quatre docteurs de Sorbonne, par M. le coadjuteur de Paris (1), par Monseigneur le cardinal (2), par M. le chancelier (3) et par M. le premier président (4) d'en user comme nous avons fait autrefois de M. P. S. Nous le fîmes donc
1) Jean-François-Paul de Gondi.
2) Le cardinal Mazarin.
3) Pierre Séguier.
4) Mathieu Molé.
5). Probablement Guillaume Perceval, renvoyé de la compagnie en 1644
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hier au soir. Je vous supplie, Monsieur, d'offrir son âme à Dieu et la mienne, qui est mille fois en pire état pour mes infidélités aux mouvements que Notre-Seigneur me donne de faire sa sainte volonté en toutes choses.
787. —A JEAN MARTIN, PRETRE DE LA MISSION, A GENES
Paris, 10 mars 1646.
Monsieur,
Je ne puis vous exprimer la consolation que mon âme a reçue de votre lettre, ni combien je prie Dieu de bon cœur qu'il vous donne de plus en plus l'esprit de son Fils et la sainte opération en ce lieu (1), où vous en avez tant de besoin. O Monsieur, qu'il faut bien de l'humilité et de l'esprit d'un parfait missionnaire pour le lieu et l'emploi que vous avez ! Je prie derechef Notre-Seigneur qu'il vous en fasse bonne part, et de la force du corps, qui vous est tant nécessaire parmi tant et de si grands travaux. J'ai une consolation que je ne vous puis exprimer de vous voir avec le bon M. Blatiron. Oh ! quel bonheur à l'un et à l'autre d'être ensemble et d'être destinés de Dieu de toute éternité pour le servir dans les importants emplois dans lesquels sa divine Providence vous applique tous deux ! O Monsieur, qui l'aurait dit il y a quatre ou cinq ans ? Sa divine bonté n'en demeurera pas là, si vous êtes bien fidèle dans l'occasion présente.
La petite compagnie de deçà se porte assez bien, Dieu merci ; elle prie souvent Dieu pour vous deux. Celui qui en a le plus de besoin, c'est le plus misérable de tous les pécheurs du monde qui demeure en Notre-Seigneur...
Lettre 787. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 511 lettre 444.
1). A Gênes.
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Je pensais pouvoir écrire à M. Blatiron ; l'on me presse pour la messe ; j'ai seulement le temps pour vous embrasser tous, deux derechef, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres.
16 mars 1646.
Saint Vincent répond à ce missionnaire au sujet de l'opposition faite par les religieux bénédictins, qui revendiquaient la possession de l'abbaye de Saint-Méen (1). La perdre, dit-il, vaut mieux que plaider.
789. — A ANTOINE PORTAIL, PRETRE DE LA MISSION, AU MANS
J'ai oublié de vous donner avis, avant votre départ, de quelques défauts qu'on trouve parfois dans les maisons que l'on visite :
1° Qu'on y entend de confession ceux qui viennent de la ville, des faux bourgs et des villages ; ce que je
Lettre 788. — Collet, op. cit t. I, p. 414.
1). En donnant aux prêtres de la Mission, le 14 juillet 1645, la direction perpétuelle du séminaire qu'il venait d'établir dans l'abbaye de Saint-Méen (* aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'Ile-et-Vilaine), Achille de Harlay de Sancy, évêque de Saint-Malo, leur avait assuré sur les décimes une rente annuelle de 500 livres et avait uni à l'établissement la mense conventuelle, à condition qu'ils seraient au nombre de cinq, trois pour le séminaire et deux pour les missions, qu'ils entretiendraient gratuitement, pendant deux ou trois ans, douze jeunes ecclésiastiques, dont quatre prêtres, autant que possible, pour faire le service, donneraient une pension aux religieux de l'abbaye, porteraient à vingt, après la mort de ces derniers, le nombre des jeunes ecclésiastiques reçus gratuitement, desserviraient, répareraient et entretiendraient de tout le nécessaire l'église abbatiale, y diraient les heures canoniales, serviraient les fondations, enfin confesseraient les pèlerins et les voyageurs. (Arch. Nat. S 6711)
Lettre 789. — Reg. 2, p. 99.
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vous prie de défendre à tous nos prêtres et de leur dire que si, en suite de quelque mission qu’ils auront faite, quelques pénitents qu’ils auront ouïs de confession reviennent à eux pour quelque besoin, en ce cas, ils pourront les aller entendre dans quelque paroisse voisine qui ne soit ni de la ville ni des faux bourgs.
2° Qu’il y en a qui vont prêcher dans les monastères des filles ; si vous en trouvez, mettez ordre, s’il vous plaît, que cela n’arrive plus.
3° Qu’on ne tient pas toujours la première porte fermée. Si la maison du Mans est dans ce défaut, je vous prie d’y remédier, afin que personne n’y entre sans heurter, et de faire en sorte que Messieurs les chanoines ne permettent point autrement que les hommes, et encore moins les femmes, entrent chez nous. Tâchez, Monsieur, de les rendre capables de cette précaution tant nécessaire aux communautés et qu’ils en prennent avis de personnes qui en connaissent l’importance.
40 Qu’on se dispense des usages communs. Il importe beaucoup d’inculquer que l’on garde l’ordre de la journée invariablement et qu’on pratique les saintes coutumes et maximes de la compagnie. Que les supérieurs conçoivent bien l’obligation qu’ils ont d’y veiller, comme aussi de rendre cachetées les lettres du général, sans qu’il soit loisible aux supérieurs des maisons de voir leurs lettres, et encore aux mêmes supérieurs qu’ils doivent consciencieusement faire tenir lesdites lettres au général sans les voir, quoique ceux qui les écrivent les leur voulussent montrer par respect.
5° Qu’il arrive parfois de petites divisions dans les familles et des aliénations entre les esprits. Mais donnez-vous à Dieu, Monsieur, pour les réunir et cimenter en charité ; car ce doit être là un des principaux effets de la visite.
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6° De plus, vous prendrez garde aux églises, aux fonts baptismaux, aux autels, aux croix qu’on y met et à celles des processions, aux cimetières, etc., afin que toutes choses soient dans la décence convenable et accommodées le plus honnêtement que notre pauvreté le pourra permettre.
7° Comme l’escharceté (1) est blâmable, aussi l’est la facilité de donner des choses plus qu’elles ne valent ; et je vois que l’on se moque également de l’un et de l’autre défauts en quelques maisons où l’on n’y regarde pas de si près et où l’on dit que nous enchérissons les choses et que nous abondons en argent. Il faut recommander le milieu de ces deux extrêmes et que l’on observe ce qui se pratique céans pour la nourriture.
790. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Il est vrai que la maladie nous fait voir ce que nous sommes beaucoup mieux que la santé, et que c’est dans les souffrances que l’impatience et la mélancolie attaquent les plus résolus ; mais comme elles n’endommagent que les plus faibles, vous en avez plutôt profité qu’elles ne vous ont nui, parce que Notre-Seigneur vous a fortifié en la pratique de son bon plaisir ; et cette force paraît en la proposition que vous avez faite de les combattre avec courage ; et j’espère qu’elle paraîtra encore mieux dans les victoires que vous remporterez en souffrant désormais pour l’amour de Dieu non seulement avec patience, mais aussi avec joie et gaieté.
1) Escharceté, parcimonie.
Lettre 790. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XXIII, p. 329
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791. — A ANTOINE PORTAIL
De Paris, ce 23 mars 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici ma troisième réponse, quoique vous me mandiez que vous n’avez pas reçu mes précédentes. Si la santé de Mademoiselle Le Gras le permettait et qu’il fît plus beau temps et que ce fût après Pâques, elle pourrait faire le voyage du Mans ; avant cela il n’y a point d’apparence. Quid si elle y envoyait dès à présent deux filles, sans parler des conditions jusques à ce qu’elle soit de delà, ou que nous ayons leur approbation, que je sollicite et ferai solliciter incessamment (1) ? Que vous en semble ?
Vous avez raison, et je suis consolé de ce que vous vous proposez de passer les fêtes pour y faire ce que vous me dites. L’on crie néanmoins après la visite, qu’on demande de plusieurs endroits, et je ne sais comme vous pourrez faire celle de Rome. Cela me fait penser à envoyer M. Alméras promener son indisposition jusques là.
Comme l’escharceté est blâmable, aussi bien l’est le défaut de donner des choses plus qu’elles ne valent ; et je vois que l’on se moque également de l’un et de l’autre défauts en de nos maisons, où l’on ne regarde
Lettre 791. — L. a — L’original a été mis en vente par M. Charavay, chez qui nous en avons pris copie. Un des catalogues de la maison Charavay fait adresser à tort cette lettre à "M. Pierre Goulart à Sainte-Geneviève"
1). Le bon ordre établi par les sœurs à l’hôpital d’Angers avait fait jeter les yeux sur elles pour l’Hôtel-Dieu du Mans. En ce même mois de mars, M. Portail écrivait à Louise de Marillac : "Nous attendons ici de vos filles avec grande impatience… Les administrateurs nous pressent." (Arch. de la Mission.) Les sœurs ne partirent que le 4 mai.
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pas de si près et où l’on dit que nous enchérissons les choses et que nous abondons en argent. Il faut recommander le milieu de ces deux extrêmes et que l’on observe ce qui se pratique céans pour la nourriture (2).
J’ai prié Monsieur Lambert de vous faire réponse au reste, selon que nous sommes convenus des résolutions à vous donner. J’ai aussi donné charge qu’on vous envoie ce que vous demandez.
Je vous salue cependant très humblement, et la petite famille aussi, et cela, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de La Mission, au Mans.
23 mars 1646.
O Monsieur, que le bon Dieu paraît en votre petite compagnie et dans vos emplois ! Et comment pourriez-vous soutenir un si grand travail sans cela ? Je ne puis assez remercier Dieu de la force qu’il vous donne et à M. Martin parmi des travaux si grands, et ne puis me faire quitte de la continuelle appréhension que j’ai que vous n’en fassiez trop tous deux. Au nom de Dieu, Mon-
2.) Saint Vincent répète ici ce qu’il a déjà dit dans sa lettre du 20 mars, de crainte sans doute que cette lettre ne soit pas arrivée à destination.
Lettre 792. — Reg. 2, p. 197. Le copiste note que saint Vincent a écrit cette lettre de sa main.
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sieur, tâchez à faire en sorte qu’on modère vos travaux en la manière que je vous ai écrite. Vous semble-t-il point qu’il faudra vous relever par quelqu’autre que nous en verrions pour vous soulager ? Vous pouvez croire, Monsieur, que mon cœur me trémousse en vous disant ceci, à cause de la parfaite confiance que j’ai en vous et avec très grand sujet. Mais quoi ! j’appréhende incessamment que vous ne vous trouviez mal. Au nom de Dieu, Monsieur, ménagez-vous le plus qu’il vous sera possible.
Je vous embrasse avec M. Martin, prosterné en esprit à vos pieds et à ceux des Messieurs qui travaillent avec vous, que je salue et aux prières desquels je me recommande.
793. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[24 mars 1646] (1)
Monsieur,
J’ai grand sujet de m’humilier, voyant la conduite de Dieu sur moi, qui suis indigne de la grâce que je désirais avant notre très chère fête de l’Incarnation pour me servir de préparation. Je supplie la bonté de Dieu que ce puisse être avant la clôture de Pâques et que, votre indisposition cessant. vous soyez en parfaite santé pour cela et pour tout ce que notre bon Dieu veut de votre charité. Je la supplie, par le très saint amour de Jésus, de nous bien encore donner à lui et offrir demain à sa sainte Mère ce tableau, dédié pour l’ornement d’un autel sous le beau titre de son nom lui demandant de toutes nouvelles assistances pour mon fils, de qui je n’ai point de nouvelles depuis le septième de ce mois : ce qui me met bien en peine. Aussi est que je n’ai point eu de nouvelles de la Mère supérieure de la Visitation de Tours (2), ni de Monsieur Deure. Cela me met bien des craintes en l’esprit. Je vous supplie aussi bien humblement. mon très honoré
Lettre 793. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original.
2). Claire-Madeleine de Pierre.
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Père, de me faire la charité de nous voir au saint autel demain (3) tout, notre petite compagnie, fautive et dure de cœur pour, l’exécution de la très sainte volonté de Dieu en nous. Oh ! mon très cher Père, si notre bon Dieu vous en fait voir le sujet, que je vous paraîtrai effroyable ! Je ne vois rien en moi qui ne soit criminel, qu’une bien faible volonté de mieux faire. Aidez votre indigne fille, par vos saintes prières et charitables avertissements, à être toute à Dieu et à obtenir de sa bonté qu’il regarde en pitié son pauvre fils.
Voilà un livre que Monsieur Guérin confesseur de nos sœurs de St-Gervais, vous envoie par elles ; il nous en a aussi envoyé un. Dieu veuille que nous en tirions profit pour sa gloire. Je vous demande, dans la plus grande humilité que je puis, prosternée de cœur et d’affection à vos pieds, votre très sainte bénédiction pour attirer sur ma pauvre âme les grâces dont elle a besoin pour être véritablement mon très honoré Père, votre très obéissante fille et très humble servante.
L. DE MARILLAC.
La veille de l’Incarnation du Fils de Dieu.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
794. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Mars 1646] (1)
Je suis indigne des conduites de la divine Providence dont votre charité me fait l’honneur de m’avertir pour me tirer de mes infidélités. Je renonce donc à ces appréhensions de l’avenir pour ne vouloir que ce que Dieu voudra ordonner chaque jour, sans néanmoins me pouvoir empêcher, je crois, les justes craintes que je dois avoir pour mes infidélités, avec soumission pourtant. Ce n’a point du tout été mon intention que le tableau de la sainte Vierge fut ni pour notre oratoire, ni pour les Enfants treuvés, mais pour qu’il servît d’ornement à un autel dédié à la sainte Vierge, pour réparer en quelque façon
3). Jour de la rénovation des vœux.
Lettre 794. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Cette lettre a des liens étroits avec la lettre 793.
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les fautes de mon fils, employant pour le faire faire quelques bagues qui m’étaient restées. C’est pourquoi, Monsieur, je vous supplie très humblement d’agréer que ce soit en votre église que cette satisfaction se fasse, ayant été si malheureuse que le délit ait sorti d’une de vos maisons par ce mien fils.
Le petit chapelet est la dévotion que j’ai demandé permission à votre charité de faire, y a trois ans, que je fais en mon particulier, ayant dans une petite cassette quantité de ces petits chapelets, avec les pensées écrites sur un papier, sur ce sujet, pour laisser à toutes nos sœurs après ma mort, si votre charité le permet. Pas une ne le sait. C’est pour honorer la vie cachée de Notre-Seigneur dans son état d’emprisonnement aux entrailles de la sainte Vierge et la congratuler de son bonheur durant ces neuf mois, et les 3 petits grains pour la saluer de ses beaux titres de fille du Père, mère du Fils et épouse du Saint-Esprit. Voilà le principal de cette petite dévotion, que, par la grâce de Dieu, très indigne que je suis, je n’ai point discontinué depuis le temps marqué et que j’espère quitter, aidée de la même grâce de Dieu, si votre charité me l’ordonne. Et ce petit exercice, en mon intention, est pour demander à Dieu, par l’Incarnation de son Fils et les prières de la sainte Vierge, la pureté nécessaire à la compagnie des sœurs de la Charité et la fermeté d’icelle compagnie, selon son bon plaisir.
Je vous enverrai demain, Dieu aidant, une lettre pour M. Portail (2), que vous prendrez la peine de voir s’il sera à propos de la lui envoyer. Ainsi j’essaierai d’être présente en esprit au saint sacrifice de la messe demain et quoique je croie bien que votre charité ne la dit pas en bas, si je puis en savoir l’heure, j’aurai le bonheur d’y assister.
S’il vous plaît ne pas oublier la réponse de ce que Madame la présidente de Lamoignon demande pour la continuation des quêtes et que je suis, Monsieur, votre très obligée fille et obéissante servante.
3 avril 1646.
Vous faites très bien en votre visite d’approfondir toutes choses pour les rendre plus uniformes à l’esprit de la compagnie et plus fermes ; cela me revient. Et d’autant qu’en agissant de la sorte vous ne pourriez arriver à Rome que vers l’automne, nous sommes résolus d’envoyer M. Alméras pour faire les visites d’Italie, et, en passant, celles de Marseille et d’Annecy. Pour les autres maisons, elles attendront ce bien de votre charité, et moi la satisfaction de vous y voir établir l’ordre et la perfection de] a discipline. Or, pour mieux faire cela, vous n’avez pas besoin de vous presser. Je ne doute nullement que vous ne trouviez toujours de nouveaux sujets de polir, régler, redresser, faire et défaire, particulièrement dans la maison où vous êtes. Il ne se peut autrement pour cette première fois. C’est pourquoi employez-y tout le temps qu’il faudra. Dieu ne fit le monde qu’en plusieurs jours et ne le conserve que par l’ordre des changements et des mutations.
Plaise à sa bonté nous rendre constants en son amour !
796. — A GUILLAUME DELATTRE
De Paris, ce 7 avril 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir la vôtre da 20 mars, avec la copie
Lettre 795. — Reg. 2, p. 100.
Lettre 796. — L a. -- Original au séminaire de Colle en Toscane.
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du contrat passé par les dames religieuses Sainte Claire avec vous touchant le payement de trois mille livres de l’acquisition de Fajemot, portant obligation de 3.400 livres, payables à volonté. Je vous ai envoyé la ratification dudit achat. Monseigneur m’a assuré qu’il en fera acquitter le prix. Vous ne me disiez pas par votre dernière comme vous avez l’attente d’en acquitter la moitié ; et n’était que Monseigneur m’a dit qu’il acquitterait et ferait acquitter le tout, j’aurais été en grande peine (1).
Je prends de là sujet de vous dire, Monsieur, qu’il sera bon une autre fois que vous me circonstanciez succinctement davantage les choses, comme, par exemple, en cet affaire vous me disiez que vous avez été [prier] (2) M. le grand vicaire (3) pour le payement de cette somme et qu’il vous avait fait froid et dit qu’il n’avait point ordre de vous rien donner. Et cependant voilà que, deux jours après, cette somme est livrée. Vous ne me dites point qui l’a donnée ; et c’est ce qu’il aurait fallu faire, si me semble, comme pareillement la contenance de la place de Fajemot, son bâtiment et la contenance de la ferme. Vous ne m’avez non plus dit que vous aviez abandonné Saint-Barthélemy pendant le carême, et la maladie de M. le curé (4).
1). La maison à deux corps de logis que M. Delattre venait d’acquérir de M. Brengue, sur la place Gaillard, avait appartenu à une honorable famille, très mêlée à la vie politique de Cahors à la fin du XVIe siècle, la famille des Pons-Fajemot, bourgeois et consuls de cette cité. Elle était grevée d’une hypothèque en faveur des Clarisses qui avaient droit à 5 744 livres sur les 6 400 qu’elle coûtait. Guillaume Delattre paya de suite 3 000 livres et prit l’engagement de donner le reste quand on l’exigerait. (Adrien Foissac, op cit., p. 10)
2). Mot effacé dans l’original. La première lettre est seule visible.
3). Le Révérend Père Garat, dont Léonard Roche a écrit la vie. (Le portrait fidèle des abbés ou autres supérieurs réguliers et de leurs religieux dans la vie du Père Jean Garat, Paris, l691, in-8°)
4). Le contrat d’union de l’église paroissiale de Saint-Etienne ou
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Je pense, Monsieur, qu’il est à propos que vous m’instruisiez plus particulièrement du détail des choses et qu’il est à propos que vous agissiez avec pleine confiance et soumission aux volontés de Monseigneur. Vous y avez d’autant plus d’obligation comme il vous estime et vous chérit beaucoup, quoiqu’il ne vous le témoigne pas. Il désire qu’on le laisse faire et qu’on trouve bon ce qu’il ordonne, ce qu’il fait et laisse à faire ; et il est juste. Il a ses raisons et que nous ignorons et que nous devons respecter, d’autant comme l’on fait la volonté de Dieu en ce faisant ; et je pense, de plus, qu’il n’est pas expédient de se décharger des petits sentiments qui nous choquent au tiers ni au quart. Un bon estomac digère tout, et le délicat convertit en mauvaise humeur ce qu’il a pris et le vomit quelquefois. Oh ! qu’il est bon, Monsieur, de digérer les affaires entre Dieu et nous !
Monseigneur m’a parlé du fossé ; je lui ai dit qu’il a raison de ne pas se commettre avec la ville en voulant exiger d’elle une porte particulière pour vous ; cela a trop de suites en temps de guerre. Il vaudra mieux, pour le présent pour le moins, que vous preniez le tour de la porte de la ville (5).
Nous vous enverrons un lecteur du séminaire à la place de M. Water (6), qui s’en viendra ici, s’il lui plaît.
Saint-Barthélemy de Soubiroux au séminaire datait du 27 décembre 1644. Les directeurs du séminaire ne pouvaient prendre possession de la cure qu’après la mort ou la démission du curé Antoine Guittard. (Foissac, op. cit, p. 9.)
5). Nous savons par le Pouillé de Dumas qu’en 1646 Alain de Solminihac fit au séminaire, alors établi dans la ville, à la Chanterie un premier don de 2.000 livres pour acheter une maison dite de Fajemot, située au faubourg de la Barre, près de l’église Saint-Barthélemy, dont elle n’était séparée que par un fossé et par les murailles d’enceinte. C’est là que sera construit le nouveau grand séminaire quelques années après.
6). James Water, né à Cork (Irlande), entré à Saint-Lazare le
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Nous avons ordre de Rome d’envoyer des missionnaires en son pays et en sommes pressés du côté de Nosseigneurs les évêques du pays. S’il a fait un vœu d’aller à Rome, nous lui en moyennerons la dispense. Je l’embrasse et le bon Monsieur Treffort (7) avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, qui suis très marri de ce que je ne leur puis écrire à tous deux ; et prie Dieu qu’il renvoie sa santé à notre cher frère Dupuis (8) ; et, si nous le pouvons, nous vous enverrons un autre prêtre et le frère que vous demandez.
Soyez cependant content et en paix, Monsieur, dans la confiance que Notre-Seigneur bénira de plus en plus vos travaux et qu’il vous animera de plus en plus de son esprit. Et c’est ce que je lui demande avec toute l’affection que je le puis, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Delattre, supérieur des prêtres de la Mission au séminaire de Cahors, à Cahors.
9 octobre 1638 à l’âge de vingt-deux ans, ordonné prêtre en 1642, reçu aux vœux en 1644, envoyé au séminaire de Cahors, puis probablement dans son pays.
7) Simon Treffort né à Villiers-Herbisse (Aube), le 2 octobre 1611, entré dans la congrégation de la Mission le 5 octobre 1642, reçu aux vœux le 7 octobre 1645, supérieur à La Rose de 1668 à 1677, décédé à Cahors le 16 juillet 1682. Dans une lettre écrite quelques jours après sa mort, Edme Jolly, supérieur général, fait un grand éloge de ses vertus.
8). Clerc de la Mission
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797. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce soir mercredi. [Vers 1646] (1)
Je parlerai à M. Vacherot (2) demain, s’il vient céans, n’étant pas convenable que je l’envoie quérir pour lui dire cela. Mais, pour la fille, ô Jésus ! Mademoiselle, il n’est pas expédient. Je lui pourrai bien dire, en riant, quelque chose de l’affection de la personne, s’il y a jour. Mais je me trouve bien empêché quand je leur pourrai parler. Jamais je n’ai été plus accablé d’affaires que je suis. Demain toute la journée nous aurons ici quelques docteurs pour affaires, et vendredi il me faut écrire tout le long du jour à peu près. Nous verrons.
Quant au papier de Mademoiselle Viole, il faudra faire demain de bon matin la procuration qu’elle dit, sous votre nom, et que vous la signiez comme l’une des officières de la Charité des Enfants trouvés. Aussi l’êtes-vous, et des plus considérables Je la vas faire dresser à ce soir et la vous enverrai demain pour la signer. Il faudra que le prochain notaire aille vous voir signer et dépêcher quelqu’un pour l’apporter. Je tâcherai d’y envoyer un de nos frères en diligence.
Bon soir, Mademoiselle. Je suis v. s.
V. D.
Lettre 797. — L. a. — Dossier de la Mission, original
1) C’est autour de cette date que nous trouvons le nom de M. Vacherot sous la plume soit de saint vincent, soit de Louise de Marillac.
2). Savant médecin, connu surtout par son attachement au cardinal de Retz, qu’il aida dans son évasion et suivit à Rome. Il était en 1646, 1647 et 1648 médecin des maisons-mères des prêtres de la Mission et des Filles de la Charité. Il mourut à commercy au mois de mai 1664, à l’âge de soixante-deux ans.
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798. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Entre 1645 et 1650] (1)
Monsieur,
La crainte que j’ai que l’on ait oublié de vous dire que je ne manquerai pas de faire avertir toutes nos sœurs pour demain lundi se trouver à la conférence, ainsi que votre charité nous a fait l’honneur de le promettre, fait que je vous importune de ces lignes, de peur que quelqu’autre affaire ne nous empêche ce bonheur. La Providence a fait venir de nos sœurs de Maule (2), St-Denis et Issy, qui, avec toutes les autres, s’en réjouissent bien. Dieu veuille que ce ne soit point un jour à notre confusion que sa bonté nous ait tant fait de grâces, à moi particulièrement celle d’être Monsieur, votre très obligée fille et humble servante.
LOUISE DE MARILLAC.
799. — A GUILLAUME DELATTRE, SUPéRIEUR, A CAHORS
Paris, 19 avril 1646.
Monsieur,
Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que vous me dites que les choses spirituelles de la maison vont bien et de ce que vous faites bon usage des avis de votre admoniteur ! Je le prie qu’il bénisse votre conduite de plus en plus.
Vous aurez pu savoir l’ordonnance que Mgr de Cahors a faite touchant les ecclésiastiques de son diocèse, pour aller passer quelque temps à votre séminaire, selon ce que vous jugerez convenable (1). Monseigneur hâte ses affaires
Lettre 798. — Supplément aux Lettres de Louise de Marillac, 1. 129 bis.
1) Après 1649, Louise de Marillac n’aurait pas dit "Monsieur", mais "Mon très honoré Père", d’autre part, l’établissement de Saint-Denis a été fondé en 1645.
2). Commune de l’arrondissement de Versailles.
Lettre 799. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 521, lettre 454.
1) On trouve le texte de cette ordonnance dans Foissac, op. cit, p. 20.
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le plus qu’il peut, à dessein de s’en retourner le plus tôt qu’il pourra (2). Quand il sera là, il pourvoira à l’achat de la maison (3).
Il sera bon, Monsieur, que vous me disiez une autre fois la substance, ou, pour mieux dire, l’histoire succincte des choses principales dont vous m’écrivez. Par exemple, vous me faites une petite apologie à l’égard des habitants de Saint-Barthélemy ; il eût été expédient que vous eussiez narré la chose comme elle s’est passée, et dire ensuite les choses qui vous peuvent justicier ; et comme vous ne me dites pas assez comme elle s’est passée, je ne puis porter jugement du tort que vous avez. Je vous dirai seulement, Monsieur, que vos conduites doivent être douces quant aux moyens, quoique fermes pour parvenir aux fins bonnes et justes, qui sont toujours telles quand elles sont de règle ou d’ordre des supérieurs ; et pour les autres, il est bon de prendre conseil de vos consulteurs domestiques, et, quand elles sont importantes, du supérieur général ; et pour les externes, de Monseigneur l’évêque ou de ses officiers. Voilà comme j’en use ; et rarement je fais quelque chose de ma chétive tête ; et nous devons d’autant plus prendre les ordres et les conseils extérieurs, quand il s’agit d’une action qui regarde le diocèse ou quelques personnes particulières ; auquel cas, nous ne devons pas seulement suivre l’ordre de Messieurs les évêques et des curés dans leurs cures, mais aussi la permission de Nosseigneurs les évêques en personne, pour les différends que nous avons avec leurs peuples et les scandales que nous remarquons. C’est autre chose de la discipline et des différends qui arrivent avec ceux de la compagnie ; auquel cas, c’est
2). Alain de Solminihac était à Paris.
3). La maison de Fajemot.
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au général à ordonner, et à lui qu’il faut recourir. Et nous devons d’autant plus prendre garde de conduire les peuples avec douceur et patience, et nous éloigner de toute tendreté en nos opinions, comme Notre-Seigneur nous en a donné les enseignements envers les peuples, et comme c’est à nous à instruire les ecclésiastiques, non seulement de paroles, mais aussi d’exemples pour la conduite de leurs peuples. Selon cela, il sera bon, Monsieur, que vous acquiesciez aux ordres de M. le grand vicaire (1) ou de celui auquel Monseigneur aura donné ordre d’accommoder ce différend ; que s’il ne vous en a parlé, c’est peut-être qu’il ne sait pas comme vous avez l’esprit humble et docile.
Je vous supplie, Monsieur, de ne vous pas décourager de ce que je vous dis, ni d’inférer de cela que vous ne soyez pas propre à la conduite. La nature et l’esprit malin vous suggèrent cela ; mais la sainte humilité et la confiance en Dieu vous feront espérer que vous pourrez tout avec la grâce ; et c’est le sentiment de Mgr de Cahors et le mien. C’est pourquoi je désire prendre un soin particulier de vous avertir, conseiller et conforter, parce qu’ayant l’esprit bon, comme vous avez, par la grâce de Dieu, et l’intention bonne, j’espère de la bonté de Notre-Seigneur qu’il bénira votre conduite. Il me tombe en l’esprit de vous donner un autre avis en suite de celui-là, mais en deux mots : c’est de vous habituer à juger des choses et des personnes, toujours et en toutes choses, en bonne part. Si une action a cent faces, dit le bienheureux évêque de Genève (5), regardez-la toujours par la meilleure. Au nom de Dieu, Monsieur, usons-en de la sorte, quoique l’esprit et la prudence hu-
4). Le R. P. Garat.
5) Saint François de Sales.
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maine nous disent au contraire. J’ai en moi-même cette fâcheuse trempe de juger de toutes choses et de toutes personnes selon ma chétive cervelle ; mais l’expérience me fait voir le bonheur que c’est d’en user autrement et comme Dieu bénit cette manière d’agir. Si le temps me le permettait, je vous dirais bien des choses pour cela ; mais voilà qu’on m’ôte la plume de la main et me contraint à finir, en vous disant que mon cœur chérit parfaitement le vôtre en celui de Notre-Seigneur ; et je vous demande la même correspondance, pour l’amour du même Seigneur, quoique je ne le mérite pas, si ce n’est parce que je vous aime plus que je ne vous puis exprimer, qui suis….
800. — JULIEN GUéRIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
Tunis, 1646.
Nous avons retiré une des pauvres femmes françaises qui étaient entre les mains d’un renégat français. Tous les marchands y ont contribué de leur part ; il m’en a coûté
Lettre 800. — Abelly, op. cit. II, chap. I, sect. VII, § 12, 1er éd., p. 139. Le contrat passé le 25 juillet 1643 avec la duchesse d’Aiguillon pour la fondation de la maison de Marseille portait que saint Vincent enverrait en Barbarie, quand il le jugerait à propos, des prêtres de sa congrégation "pour consoler et instruire les pauvres chrétiens captifs… en la foi, amour et crainte de Dieu, et y faire… les missions, catéchismes, instructions et exhortations qu’ils ont accoutumé." Le saint n’avait pas encore les fonds suffisants. D’autre part, il fallait s’entendre avec Rome. Quand tout fut prêt, Vincent de Paul envoya Julien Guérin et le frère François Francillon, frère coadjuteur, à Tunis, où ils arrivèrent le 22 novembre 1645. Lange Martin, consul de France, les reçut dans sa maison. Julien Guérin se mit à l’œuvre sans retard. Tout d’abord il exerça son ministère dans le secret. Quand il vit qu’il n’avait rien à craindre, il ne cacha plus sa qualité de prêtre et fit publiquement les cérémonies religieuses dans les bagnes. Mais s’il pouvait agir ouvertement auprès des chrétiens, il n’en était pas de même auprès des Turcs ; de ce côté, la plus petite imprudence pouvait lui coûter la vie.
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pour la mienne soixante-dix écus. Les deux autres femmes sont en grande détresse, je travaille pour sauver celle qui est en plus grand danger. Il y en a d’autres qui sont jeunes et belles, en très grand péril, si elles ne sont secourues. Et une d’entre elles serait déjà perdue si je n’avais avec grand’peine obtenu terme de trois mois pour son rachat et si je ne l’avais mise en lieu où son patron ne la peut violenter. Il n’y a pas longtemps que, pour en contraindre une de renier Jésus-Christ, ces cruels lui donnèrent plus de cinq cents coups de bâton ; et non contents de cela, comme elle était à demi morte par terre, deux d’entre eux la foulèrent avec les pieds sur les épaules avec une telle violence qu’ils lui crevèrent les mamelles ; et elle finit ainsi glorieusement sa vie en la confession de Jésus-Christ.