Correspondance (page 32)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

828. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

De L’abbaye de Chancelade, le 31 juillet 1646.

Monsieur,

Dès que je fus arrivé en ce lieu, j’écrivis à Monseigneur de Périgueux (I) pour lui offrir mes services, et ayant appris, par un de ses proches parents, qu’il espérait d’avoir les bulles gratis par la faveur de Monseigneur le cardinal, je le conjurai de s’en aller au plus tôt à Paris pour faire les choses requises pour l’expédition d’icelles, et n’omettre rien de ce qui dépendrait de lui pour en procurer l’avancement, comme étant nécessaire pour la gloire de Dieu, le salut de ses diocésains et pour son bien même, l’assurant que, s’il savait combien cela est nécessaire, j’étais assuré qu’il

Sacrement de Marseille avait demandé à saint Vincent l’envoi de missionnaires en cette localité. (Raoul Allier, La Compagnie du Très-Saint-Sacrement de l’autel à Marseille, Paris, 1909, in-8° P 55)

Lettre 828. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie.

1) Jean d’Estrades, nommé évêque de Périgueux dans le courant du mois de juillet, ne prit pas possession de son siège. Il fut transféré à Condom et remplacé à Périgueux en 1648 par Philibert de Brandon, le candidat de l’évêque de Cahors.

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n’omettrait pas un seul moment pour en avancer l’expédition. Il me fît réponse qu’il souhaiterait avec passion les avoir au plus tôt, mais qu’il n’y peut apporter que la diligence que son frère veut, qui s’en est allé en Hollande pour les affaires du roi et a enfermé son brevet avec les lettres de recommandation, ainsi il était arrêté jusques à son retour de plus que Son éminence lui a fait espérer gratis dans l’accommodement qui se fera entre le Pape et le roi, partant qu’il ne pourrait avancer les expéditions qu’à proportion que Son éminence le trouvera bon. Cette réponse me choqua fort l’esprit et m’obligea, voyant la confiance qu’il prend en moi et le témoignage qu’il m’a donné d’agréer mes avis, de lui écrire plus fortement une autre lettre sur le même sujet, par laquelle je lui mande qu’ayant considéré devant Dieu dans ma retraite (dans laquelle il savait que j’étais) cette réponse, je me sentais poussé à lui dire que, s’il diffère à avoir ses bulles jusques à l’accommodement du Pape et du roi, ce retardement sera cause qu’il se commettra une multitude de péchés dans son diocèse et que plusieurs, âmes se perdront ; de quoi il ne doit point douter, ni aussi que Dieu lui en demandera compte ; que cela empêchera l’estime que ses diocésains doivent avoir de lui, qui lui est nécessaire, voyant qu’il préfère un peu d’argent au salut de leurs âmes, et que cela empêchera que Dieu ne lui donne de grandes grâces, qu’infailliblement il lui donnerait, lesquelles lui sont nécessaires pour la conduite de son diocèse, et que j’appréhendais même qu’il ne lui ôtât celles qu’il lui a données jusques à présent, s’il différait de se rendre au plus tôt à sa charge.

J’ai cru vous devoir donner avis de ceci afin que vous agissiez envers lui ainsi que Dieu vous inspirera, sans lui témoigner que je vous en aie rien écrit, afin de l’obliger de ne perdre pas un moment pour se rendre en ce diocèse, qui est dans une désolation, tant du spirituel que du temporel, qui n’est pas imaginable. Je lui ai donné quelques avis qui pressaient, et lui ai mandé que je lui en baillerais d’autres, que je vous les enverrais, comme je fais, vous priant de les lui rendre.

On le veut obliger de faire son vicaire général le sieur Alexandre du Fontpidoux, conseiller au présidial, que vous avez vu cet hiver passé à Paris, qui n’a nulle sorte d’expérience pour conduire un diocèse, ni même toute la science requise pour cela, quoique d’ailleurs il soit fort homme de bien et d’honneur. Voyez, je vous prie, comme quoi ce diocèse serait conduit : par un jeune évêque qui ne sait ce que c’est, ayant un vicaire général qui ne le saurait pas. Il serait plus propre pour notre official, quoique cette charge

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requerrait un homme qui eut un peu d’expérience, si cela se pouvait.

L’on parle qu’il doit mener sa mère dans son diocèse ; ce qui ne lui fera pas de bien, si cela est. J’en ai déjà connu quelque chose.

Le bruit court que M. l’abbé de Vertueil, nommé à l’évêché de Lectoure (2) désire échanger son diocèse avec lui ; mais je vois dans les esprits qu’ils ne souhaitent pas que cela soit. Je vous prie d’agir le plus fortement que vous pourrez, soit près de la reine, si vous le jugez expédient, Monseigneur le cardinal ou Monseigneur de Périgueux, pour avancer sa venue en son diocèse, qui est dans une extrême désolation, et faire connaître que les âmes se perdent faute d’avoir un évêque. Si vous me voulez alléguer et dire que je vous ai mandé, je le veux bien ; car cela est très véritable. Les esprits ne peuvent se consoler de la perte de M. Brandon et ne se peuvent tenir de le publier hautement, même aux amis de Monseigneur de Périgueux, qui me l’ont dit, et que cela lui fait grand tort.

Je pars demain d’ici pour me retirer dans mon diocèse, après y avoir fait une retraite de vingt jours, qui m’a empêché de m’y rendre jusques à présent.

Je vous supplie de vous souvenir de la réforme du couvent des Jacobins de Cahors et de travailler fortement toujours, comme vous avez fait, à procurer de bons évêques à l’église, qui est le plus grand service que vous sussiez rendre à Notre-Seigneur.

Ayez soin de votre santé, je vous prie, et croyez-moi toujours, Monsieur, etc.

ALAIN,

év. de Cahors.

2). Louis de la Rochefoucauld. Il mourut évêque de Lectoure en décembre 1654.

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APPENDICES

1. — DéCLARATION PAR LAQUELLE SAINTE CHANTAL

AUTORISE LA DONATION DE SON CŒUR

AU PREMIER MONASTèRE DE PARIS

Vive Jésus.

Je permets et consens que nos chères sœurs d’Annecy donnent mon cœur, après mon décès, à nos chères sœurs de Paris. du monastère de la rue Saint-Antoine, lesquelles m’ont témoigné le désirer ardemment, espérant par ce moyen que ces deux monastères demeureront non seulement en l’union parfaite que la sainte charité requiert, mais encore en une intime liaison de cœur et d’esprit, telle que je leur ai toujours souhaitée ; à la charge toutefois qu’on le puisse tirer sans m’ouvrir à la façon ordinaire, mais seulement par le côté, et que ce soit une de nos sœurs qui me puisse, s’il se peut, rendre cet office.

Fait ce treizième avril mil six cent trente-six.

Sœur JEANNE-FRANçOISE FRéMIOT,

d. l. V. S. M.

D [ieu] s [oit] b [éni !]

SŒUR JEANNE-FRANçOISE FRéMIOT,

Ce onzième novembre mil six cent quarante et un.

Appendice 1. — La Vie de la Vénérable Mère Jeanne-Françoise Frémiot par Messire Henri de Maupas du Tour, p. 323. Il est question de cette donation aux lettres 561 et 569.

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2. — SUPPLIQUE DE SAINT VINCENT AU PARLEMENT

Supplie humblement Vincent de Paul, prêtre, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission, établie à Saint-Lazare, disant que, pour rentrer en la possession et propriété d’une maison sise au faux bourg Saint-Laurent, ils auraient fait leur demande par devant Messieurs des requêtes du palais, à l’encontre de Noël Bonhomme, juré vendeur, contrôleur de vins, bourgeois de Paris, trouvé en possession, lequel aurait tellement contesté que les parties ont été réglées et appointées en droit aux requêtes du palais, nonobstant les offres que le suppliant aurait faites dès le commencement de la demande, en exécution duquel règlement les parties auraient écrit et produit en l’instance distribuée à Monsieur d’Alessau, conseiller aux requêtes du palais, qui était prêt d’en faire son rapport, quand ledit Bonhomme, sur les contestations qui étaient entre lui et ses cohéritiers, prétendant part et portion à la somme offerte pour le remboursement du prix de ladite maison, se serait adressé à la cour au moyen de quelques appellations qui étaient entre eux, dont elle était saisie, et sur requête, et parlé sommairement. Ledit Bonhomme se serait avisé d’accepter les offres dudit suppliant, lesquelles il avait réitérées de temps en temps, savoir dès l’introduction de la cause, aux requêtes du palais, pendant le cours de l’instruction, même avant la contestation et depuis icelle, et entre autres au mois de janvier dernier, lorsque la cause était encore, comme elle est, aux requêtes du palais, si bien que, par arrêt du huitième février dernier, donné au rapport de Monsieur Gontier, conseiller, la cour aurait ordonné que, suivant les offres du suppliant, portées

Appendice 2. — Supplique signée. Bibl mun. de Rouen, collection Leber 3251, original. — Au dos est écrit : "Procédures pour M. Vincent de Paul et les prêtres de la Mission contre Noël Bon homme, juré vendeur et contrôleur des vins à Paris, et autres saisissants, touchant la maison du Nom-de-Jésus, faubourg Saint-Martin." Nous avons préféré renvoyer en appendice cette supplique et autres semblables, qui sortent plutôt de la plume d’un homme de loi que de celle de saint Vincent.

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par l’acte du seize janvier dernier, ledit Bonhomme serait remboursé de la somme de onze mille livres, dont serait baillée et payée au nommé Paillet et sa femme la somme de deux mille deux cents livres, aux déductions par eux offertes. Ce faisant, outre la susdite somme, le suppliant serait encore tenu rembourser les améliorations utiles et nécessaires qui se trouveront avoir été faites en la maison et lieux en question depuis la licitation d’iceux, faite au profit dudit Bonhomme sans préjudice des dégradations prétendues par le suppliant.

A cette fin, seront les lieux vus et visités, et lesdites améliorations prisées et estimées par experts, dont les parties conviendront par devant ledit sieur Gontier, rapporteur, autrement, qu’il en serait nommé d’office ; par lesquels experts sera fait rapport des lieux et des dégradations, si aucunes y a. En exécution duquel arrêt le suppliant a nommé un expert, à l’effet du rapport ordonné. Mais, au même temps, ledit Bonhomme a fait faire commandement au suppliant de lui bailler et délivrer les deniers qui lui sont adjugés ; auquel commandement, pourvu que ledit suppliant puisse trouver sûreté au payement, les déductions préalablement faites des choses par lui prétendues et ci-après déclarées, il est tout prêt de payer et de livrer audit Bonhomme ce qui se trouvera de clair et liquide lui être dû.

Premièrement, le suppliant dit que ledit Bonhomme doit avant toutes choses faire régler et arrêter ce qui est dû auxdits Paillet et sa femme, tant en principal qu’intérêts, l’arrêt l’ayant ordonné quand il a dit : aux déductions à faire entre eux.

Secondement, faire liquider, selon le rapport qui sera fait, les dégradations prétendues par ledit suppliant et réservées par ledit arrêt.

Tiercement, passer condamnation et souffrir la liquidation des dépenses faites par ledit suppliant, aux requêtes du palais, depuis le jour de leurs offres de remboursement jusques au jour de l’arrêt, du treizième février, qu’il les a déclarées bonnes, et celles depuis faites et à faire, comme ayant icelui Bonhomme fait une mauvaise contestation, à laquelle il a été depuis contraint d’acquiescer.

En quatrième lieu, à ce que ledit Bonhomme soit tenu et condamné à faire] es saisies et arrêts faits ès mains du suppliant, à la requête de ses créanciers, dont il offre jus-

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tifier ; et afin que la maison et lieux en question puissent être déchargés de tous hypothèques que ledit Bonhomme peut avoir contractés depuis qu’il est propriétaire de ladite maison, voir dire et ordonner qu’il sera tenu de coter et déclarer, dans tel temps qu’il plaira à la cour, tous ses créanciers autres que ceux qui ont saisie ès main du suppliant, sinon et à faute de ce faire, qu’il sera permis au suppliant faire décréter sur lui ladite maison et lieux en question pour purger tous hypothèques, et que, pendant le devis qui en sera fait, les deniers qui seront trouvés rester dus audit Bonhomme demeureront ès mains du suppliant, à la charge d’en faire l’intérêt pendant le temps qu’ils seront en ses mains, et ce à raison de l’ordonnance, si mieux n’aime ledit Bonhomme, pour recevoir les deniers restants, bailler bonne et suffisante caution, laquelle sera responsable non seulement desdits deniers, mais aussi des hypothèques qui peuvent avoir été contractés sur les lieux en question par ledit Bonhomme, depuis qu’il les possède, et aux dépens.

Considéré, nosdits seigneurs, il vous plaise de vos grâces faire droit et prononcer, en exécution de l’arrêt du treizième février, suivant et conformément aux conclusions ci-dessus, sinon. pour sur ce ouïr et régler les parties, ordonner qu’elles parleront sommairement à Monsieur Gontier, conseiller, ou tel autre qu’il plaira à la cour ; et vous ferez bien.

VINCENT DEPAUL, LOGER, M. GONTIER.

3. — ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION,

A UN AUTRE PRêTRE DE LA MISSION

Du 23 mai 1645.

M. Vincent, ayant reçu votre lettre, s’attendait de vous faire lui-même la réponse, mais, ses embarras l’en empêchant, il m’a ordonné de vous dire :

1° Qu’il compatit beaucoup à l’affliction de vos parents et à celle que l’amour naturel vous fait ressentir pour le même sujet, et qu’il prie et priera Notre-Seigneur de leur don-

Appendice 3. — Reg. 2, p. 285. Cette lettre, écrite au nom le saint Vincent, fait en quelque sorte partie de sa correspondance.

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ner, et à vous aussi, la consolation nécessaire, et la grâce d’en faire un bon usage pour sa gloire ;

2° Que vous n’êtes pas blâmable de lui proposer si vous devez aller au pays pour une si bonne fin, qui est de chercher à mettre la paix et moyenner que votre mère soit secourue. Au contraire, vous êtes louable en quelque façon devant Dieu et devant le monde, particulièrement de ce que vous vous soumettez a ce que votre supérieur vous en conseillera.

Néanmoins il vous supplie de considérer devant Dieu ces raisons :

1° Qu’encore qu’il soit vrai que la loi de la nature nous oblige tous d’assister nos parents dans la nécessité, si est-ce que l’auteur de la même loi, le Fils de Dieu, dit, comme vous savez, que qui ne quitte père, mère, frère et sœur, etc. ne peut être son disciple (1) c’est-à-dire vrai chrétien et, à plus forte raison, vrai missionnaire :

2° Que le même Fils de Dieu a fait pratiquer cette maxime à ceux qui. aspiraient à cette qualité de disciples, une fois, quand il dit à celui qui voulait aller enterrer son père : Sinite mortuos sepelire mortuos (2) ; et l’autre à l’égard de celui qui voulait aller faire partage de ses biens et donner sa part aux pauvres : nemo, lui dit, mittens manum ad aratrum et respiciens retro aptus est regno Dei (3).

De dire qu’il y ait ici une nécessité qui vous oblige, il n’y a point d’apparence ; et puis vous pouvez par lettres et par quelques amis suppléer à votre défaut. Si c’était par paresse, par dédain ou par quelqu’autre mauvais motif que vous voulussiez omettre ce devoir, vous auriez quelque sujet de douter si vous feriez mal ou non ; mais puisque vous ne désirez la chose que pour l’amour de Dieu et pour en décharger votre conscience, et que vous ne prétendez l’omettre qu’avec l’ordre de votre supérieur, qui tient la place de Dieu, vous devez vivre en repos, car vous n’en répondrez point devant Sa Majesté, M. Vincent vous conseillant, comme il fait, de vous tenir là où vous êtes, ayant expérimenté les grands inconvénients qui arrivent d’en user autrement. Et d’autant

1.) évangile de saint Matthieu XIX, 29.

2.) évangile de saint Luc IX, 60.

3.) évangile de saint Luc IX, 62.

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plus que le prétexte qu’on prend paraît fondé en charité et en justice, d’autant plus est-il dangereux, pource qu’étant couvert on ne s’aperçoit point du mal qu’après qu’on l’a éprouvé. Mais, pour l’ordinaire, c’est trop tard pour y remédier.

Entre autres malheurs qui s’en ensuivent sont l’attache aux parents, à leurs intérêts et aux choses de la terre, le détraquement de l’esprit, le mépris de la régularité et enfin la perte de la vocation. Le contraire se voit en ceux qui ont bien observé les maximes de l’Evangile en ce point ; et Dieu a béni leurs parents et leurs affaires, par exemple, celui que vous connaissez, qui a été 20 ans sans voir sa mère (4) Il n’en a pas été de même d’un autre des nôtres qui était sorti exprès pour assister sa mère. C’est à quoi il a le moins pensé quand il a été dehors ; ains il ne cherchait que ses satisfactions et à se vautrer dans le vice ; ce qui lui fit si grand’peur qu’avant que l’année de sa sortie fût passée, il postula pour rentrer, et on l’a reçu, et les affaires de ses parents vont mieux qu’elles n’allaient. Je ne sais comment j’ai inséré ce dernier exemple, n’étant pas beaucoup à propos, puisqu’il ne s’agit pas de vous dissuader la sortie de la compagnie, mais seulement le voyage de la patrie. C’est sans doute à cause de l’expérience que nous avons que ceux qui demandent et obtiennent par importunité d’aller revoir les parents, pour l’ordinaire perdent leur vocation.

Et quand bien ce malheur ne vous arriverait jamais par votre vertu, néanmoins la seule considération du mauvais exemple que vous donneriez aux autres par ce voyage, vous devrait dissuader d’y penser, car ceux qui ne sont pas si vertueux que vous, Monsieur, pourraient dire : pourquoi n’aurai-je pas congé aussi bien qu’un tel ? Et ainsi il leur faudrait donner congé d’aller, ou bien les contrister dangereusement ; et l’un et l’autre seraient préjudiciables et au particulier et à la communauté. Ca été la principale raison qui a empêché celui qui a été 20 ans dans la compagnie sans voir sa mère. M. Vincent vous prie donc de sacrifier votre volonté à Dieu par la pratique de ces maximes évangéliques et d’espérer que le même Jésus-Christ, pour qui vous renoncerez à vous-même et à vos parents, sera lui-même votre pro-

4.) Antoine Portail parle de lui-même.

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cureur, votre père, votre ami, votre protecteur et votre tout. C’est lui qui a dit : Quaerite primum regnum Dei et justitiam ejus, et omni haec adjicientur vobis (5).

Voilà à peu près ce que M. Vincent m’a ordonné de vous écrire, bien fâché qu’il ne m’ait dicté le tout mot à mot. Ce discours ne vous serait pas ennuyeux, comme il sera, à mon avis, à cause que je l’ai mal rangé. Je prie Notre-Seigneur qu’il y mette son esprit, en l’amour duquel je suis…

26 janvier 1616.

Supplie humblement Vincent de Paul, supérieur des prêtres de la congrégation de la Mission établie à Saint-Lazare, disant que, pour rentrer en la propriété et jouissance d’une maison que possède Noël Bonhomme, icelui Bonhomme, après plusieurs contestations, tant aux requêtes qu’en la cour a été enfin contraint d’accepter les offres du suppliant, qui étaient de lui rembourser une somme de onze mille livres tournois, prix de l’adjudication par licitation, qui l’en rendait propriétaire possesseur, au moyen de quoi arrêt serait intervenu, qui a jugé la question de rentrer en l’héritage en payant et remboursant audit Bonhomme cette somme de onze mille livres. Mais, pour l’exécution, il s’y est rencontré beaucoup de difficultés de la part dudit Bonhomme ; car, au même instant de l’arrêt, plusieurs saisies et arrêts ès mains du suppliant auraient été faits, si bien que cela l’aurait obligé de présenter requête à la cour et demander d’être reçu à consigner, déduction préalablement faite des dépens qu’il aurait été contraint de supporter ; sur laquelle requête, qui est sommaire, au rapport de Monsieur Gontier, conseiller, il a été impossible de pouvoir obliger ledit Bonhomme à défendre ni déclarer les dettes et hypothèques qui peuvent être sur ladite maison, ni même de lui en faire quitter la possession

5.) évangile de saint Matthieu VI 33.

Appendice 4. — Supplique signée, original au séminaire de Saint-Sulpice. — On lit au bas du document : "Soit la requête et pièce communiquée à parties pour y bailler contredits dans lui, attendu l’état du procès, sauf à ordonner à quels dépens."

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pour la laisser au suppliant et consignant, et à la charge des saisies et du décret, en telle sorte que, le suppliant poursuivant le jugement de l’instance sommaire, ledit Noël Bonhomme se serait avisé, le XXVIIIe août dernier, de faire signifier au suppliant une déclaration des dettes dont il dit la maison en question être chargée ; laquelle déclaration, signée, pour copie de La Porte, son procureur, porte un vrai témoignage que le suppliant a eu raison de ne pas payer audit Bonhomme les onze mille livres en question, et, au contraire, qu’il n’a pu se perpétuer la jouissance de ladite maison, puisque le suppliant lui a toujours offert de payer, même de consigner.

Ce considéré, Nosseigneurs, et l’instance sommaire en exécution d’arrêt qui permet au suppliant de rentrer en la maison en question, en remboursant onze mille livres, que ce remboursement n’a été retardé que par le fait dudit Bonhomme, dont lui-même est contraint demeurer maintenant d’accord, alléguant, comme il fait, les dettes et hypothèques mentionnées en son dire, qui vraisemblablement ne sont pas toutes celles qui peuvent avoir été contractées par ses auteurs, il vous plaise de vos grâces ordonner que le dire dudit Bonhomme signifié le XXVIIIe août dernier, demeurera joint à l’instance sommaire, pour faire voir que ledit suppliant a raison d’avoir appréhendé de faire le payement sans être valablement déchargé, et que par ce moyen toutes les conclusions qu’il a prises en l’instance sommaire en question sont justes, pour l’adjudication desquelles il sera procédé et passé outre au jugement, en l’état qu’elle est et sur ce qui se trouvera par devers la cour ; et vous ferez bien.

VINCENT DEPAUL.

Texte in extenso de cette lettre à Jacques THOLARD (II. 15-17) que P. COSTE avait quelque peu sensurée.

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424. — A JACQUES THOLARD, PRêTRE DE LA MISSION, A ANNECY (1)

De Saint-Lazare-lez-Paris. ce 1er février 1640.

Monsieur,

La grâce de. Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la votre avec une joie si sensible que je ne la vous puis exprimer, et cela sans autre raison sinon que c’était une lettre de M. Tholard, que mon cœur chérit plus que je ne puis dire ; mais certes j’ai été également affligé en lisant ce que vous me dites de votre croix, à laquelle la Providence vous a attaché, non pas certes pour vous perdre, ainsi que vous craignez, mais à ce que, comme en saint Paul, virtus tua in infirmitate perficiatur ; à quoi la grâce que Dieu Lui donna au fort de ses tentations ayant suffi, vous aurez sujet d’espérer la même suffisance en celle qu’il vous donne et qui paraît dans la pureté d’intention dans laquelle vous commencez les confessions, dans la crainte que vous avez d’offenser Dieu là-dedans, dans les remords que vous avez lorsque la violence de la tentation vous ayant ôté la liberté, fait

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succomber la nature, vacando rei licitae, et enfin la constante résolution que vous avez d’aimer mieux mourir que de faire volontairement le mal. Tout cela fait voir que ces accidents ne sont point volontaires, ni par conséquent coupables, car comme vous savez, le péché est tellement volontaire que, si le consentement n’y intervient, il n’y a point de péché dans les actions auxquelles matériellement il semble qu’il y en ait, et c’est pour cela que les maîtres de la vie spirituelle estiment que ces accidents qui arrivent en la confession ne sont péchés, et ne veulent même pas qu’on s’en confesse ; et de fait, je connais un saint ecclésiastique qui ne confesse jamais ou rarement qu’il ne tombe dans ces pauvretés ; et, quoique cela soit ainsi, il ne s’en confesse jamais qu’en sa confession annuelle, en laquelle il s’accuse, non pas de la substance de la chose, mais de n’avoir pas assez détesté le plaisir que la misérable carcasse y prend et de peur que sa volonté n’ait contribué en quelque façon à l’acte. Et si vous me croyez, Monsieur, vous ne vous en confesserez jamais qu’au même temps et en la manière que fait celui-ci, qui est un des meilleurs et des plus fervents ecclésiastiques que je connaisse sur la terre ; et, qui plus est, il est reconnu tel d’un chacun.

Oui ; mais ce n’est pas de même ; celui-là a peut-être quelque marque par laquelle il reconnaît qu’il n’avait pas la liberté quand il s’est emporté à cela par la violence de la nature ; mais moi je n’en suis pas là, car il me semble que je m’en pourrais empêcher. Non, Monsieur, ne le croyez pas ; parce que ce mouvement ni son effet ne dépendent point de votre volonté, elle ne les saurait empêcher, dans l’agitation de la nature ; et par conséquent la chose n’est point volontaire en vous, non plus qu’en lui, ni aucun autre

Oui, mais je me pourrais lever et m’en aller jusque là à ce que cette agitation soit passée, ou pour le moins ne pas faire ces questions qui me portent à cela. Je réponds que si cela vous arrivait en d’autres lieux ou en d’autres actions qui ne vous seraient pas convenables, ou qui seraient indifférentes, vous devriez quitter le lieu et l’action aux premiers sentiments de cette émotion, mais cela arrivant en une action sainte et divine, à laquelle même tout prêtre est obligé, vous n’êtes pas tenu de sortir de là, ni ne pouvez quitter l’action, ni ne pas faire ces demandes nécessaires au salut, pour cette émotion, ni pour l’effusion qui a accoutumé de la suivre, pour ce qu’elle regarde le salut du prochain et votre vocation.

Oui ; mais ne vaudrait-il pas mieux que je m’abstienne tout à fait de confesser ? O Jésus ! nenni, Dieu vous a appelé en la vocation que vous êtes ; il vous y a donné bénédiction ; il vous a conservé ; vous avez par ce moyen beaucoup étendu l’empire de Dieu et sauvé

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quantité d’âmes et ferez tout cela ci-après avec plus de grâce et de succès, comme j’espère.

O Jésus ! Monsieur, et comment pourriez-vous réparer le déplaisir et le dommage que vous porteriez à la gloire de Dieu et aux âmes qu’il a rachetées de son précieux sang, si vous quittiez là ce que vous faites ? Ressouvenez-vous, Monsieur, qu’il ne se recueille point de roses qu’au milieu des épines et qu’on ne fait les actions héroïques de vertu que dans l’infirmité. Saint Paul ne quitta point l’œuvre de Dieu pource qu’il était tenté, ni l’on ne quitte le christianisme pource qu’on y souffre de grandes et horribles tentations, et qu’il ne nous est pas loisible de laisser de vivre pource que notre vie réside dans la concupiscence de la chair, en celle de la vue et en la superbe de la vie.

Oui, mais je pourrais étouffer ce sentiment et son effet… vous ne sauriez empêcher l’effet, dans la violence du mouvement sans vous mettre en danger de vie. Un de nos frères en est mort, et en avons un autre au séminaire qui en court risque. C’est pourquoi les maîtres de la vie spirituelle défendent de se faire violence en ce cas et de laisser aller cette pauvreté comme un excrément de la nature, et continuer confesser sans s’en mettre en peine. Il sera bon que vous passiez par-dessus ces matières-là. le plus légèrement que vous pourrez. Voilà le premier avis qu’on donne communément, et qu’on ne se mette pas en peine lorsqu’on se serait trop amusé. Le second, c’est de tacher à détourner la vue du visage et des autres parties du corps de ce sexe là qui causent la tentation ; et quand le contraire sera arrivé, assurez-vous, Monsieur, que cela sera lorsque vous n’aurez plus de liberté et que la volonté sera accablée par la violence de la tentation ; et ne vous mettez pas en peine quand il vous semblera que cela n’est pas ainsi.

Voilà, Monsieur, ce que je vous dois dire devant Dieu et en la vue de la doctrine et de l’enseignement des saints.

Ne vous mettez pas en peine de ce que vous me dites que vos confesseurs vous disent sur ce sujet ; ils ne sont pas assez éclairés et n’ont point assez d’expérience de cela. Ne vous en confessez point pour tout qu’en la manière que je vous ai dite. Je m’offre de répondre à Dieu pour vous, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

CONGRéGATION de la MISSION, Province de Paris,

88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.

Raoul ALLIER :

"La Compagnie du St-Sacrement à Marseille" Paris, 1909,

Documents, pp. 198-200,

[entre crochets et en rouge, passages omis par Pierre Coste en II, 525-527]

XXXVII. — DE M. LE CHEVALIER DE LA COSTE. [198*1645]

L'entrée des forçats à l'hôpital—Sollicitation des lettres patentes.

[Monsieur, j'ay creu estre de mon devoir de vous reasseurer de mon tres humble service et de mon obeissance et] vous faire sçavoir le progres de l'hopital a l'establissement duquel vous avés tant contribué. Vous aurés apris par ma derniere comme apres beaucoup de resistances [de la part de ceux mesmes desquels nous devions attandre du secours qu'a] l'aide de N. Seig, on nous a donné les malades des galeres. Certes je ne vous sçaurois exprimer la joye que reçoivent ces pauvres forçats lorsqu'ils se voient transportés de cet enfer dans l'hôpital qu'ils appellent un paradis. A l'entrée seulement on les guerit de la moitiê de leur mal parce qu'on les decharge de la vermine dont ils viennent couverts, on leur lave les pieds, puis on les porte dans un lit un peu plus mol que le bois sur lequel ils ont accoustumé de coucher, et ils sont tous ravis de se voir couchés, servis et touchés [Coste a lu ‘traités’] avec un peu plus de charité que dans les galeres ou nous avons [desja] renvoyê grand nombre de convalescents qui y fussent morts. Certes, Monsieur, nous pouvons dire que Dieu a beni ceste œuvre ; ce qui paraist non seulement en la conversion des mauvais chrestiens, mais [199*1645] mesme des Turcs qui demandent le saint baptesme. [M. des... (1) qui prend grande part à l'avancement de ceste bonne œuvre est incessemment apres Mr le chancelier pour les lettres pattantes qu'il vous a plu de dresser; elles nous sont fort necessaires pour les affaires de ceste maison. Ce pourquoy je vous suplie tres humblement de joindre vos charitables soins avec les siens pour en obtenir l'expedition. Je vous demande encore, Monsieur, dans la confiance que j'ay a vostre bontê la continuation de vostre amitié pour celui qui sera jusques au dernier moment de sa vie tres fidelement,

Monsieur, votre tres humble et tres obeissant serviteur,

de la Coste Simiane

A Marseille, ce 30 may 1645.

Adresse : A Monsieur de Montmort, conseiller du roy. ]

Note de Louis-Antoine de Ruffi;

Une partie de ceste lettre est imprimée dans la Vie de MrVincent de Paul, page 130, sous l'adresse dudit sieur Vincent (2).

J'ay copié ces trois lettres sur leurs originaux, m'ayant esté communiqués le 9 janvier 1706 par Mr de Garcin, superieur de la Mission de France à Marseille (1).

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(1) Le nom est resté en blanc dans la copie de Ruffi.

(2) C'est Abelly que Ruffi vise dans cette note. Abelly rapporte au seul Vincent de Paul la fondation de l'hôpital des forcats. C'est tout juste s'il ajoute : "A quoi feu M. Gault, évêque de Marseille et feu M. le chevalier de la Coste, gentilhomme provencal très charitable, ont aussi beaucoup contribué de leurs soins et sollicitations." Il semble, à l'en croire, que Vincent ait obtenu les lettres patentes avant que Gaspard de Simianene soit allé les solliciter à Paris, et cette impression est encore aggravée par la substitution — involontaire sans doute — du nom de Vincent à celui de M. de Montmort sur l'adresse de la lettre qu'on vient de lire. Voir la biographie de Vincent de Paul par Abelly, à la page [200] 130 de l'édition de 1664 — Une autre erreur, inspirée par celle d'Abelly, a été commise par M l'abbé Maynard. Il raconte qu'en 1645 le chevalier de la Coste vint à Paris solliciter l'expédition des lettres patentes et que, les ayant obtenues à la recommandation de Vincent, il lui écrivit à son retour cette lettre du 30 mai 1645. Or, non seulement cette lettre est adressée à M. de Montmort, mais à cette date le chevalier n'était pas encore parti pour Paris. (Voir Saint-Vincent-de-Paul, son temps, sa vie, son œuvre, t. 1, p 218.)

(1) Les trois lettres dont il s'agit sont celles qui sont ici publiées sous les n° XIV, XXVIII et XXXVII. Louis-Antoine de Ruffi est le fils de l'historien et le continnateur de son œuvre.

Lettre 631 : Texte original et complet retrouvé en avril 2002 par John ROYBOLT et établi par B. KOCH.

631. - A FRANçOIS DUFESTEL

(VIII, 552-555)

(Le texte le plus complet de l’édition Coste est au tome VIII. Mais les copies étaient des

fragments, que M. Coste a rassemblés comme il a pu ; ils sont ici dans l’ordre de l’original)

(Les notes non entre chevrons sont de M. Coste ; celles de M. Koch, <entre chevrons>)

folio 2 verso

(Suscription (Adresse) :)

A Monsieur

Monsieur du Festel, prêtre

de la Mission d’Annecy,

à Annecy

[Pas dans S. V. :] (Résumé ultérieur, par un archiviste :)

Rien innover. Dieu bénit le petit nombre bien choisi ;

ne s’affliger de rien

[S. V. II, 317, VIII, 552]

folio 1 recto

De Bresle 1, ce 28 novembre 1642

Monsieur, la grâce de Notre Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous ne pourrez connaître qu’au ciel la joie que mon âme a reçue par votre dernière, par laquelle vous me mandez d’un air si content comme vous avez rendu la lettre que j’envoie à Mr Guérin, pour vous succéder, et l’usage que vous en voulez faire. O Monsieur, que je prie Dieu de bon cœur qu’il vous bénisse et qu’il fasse part à toute la Compagnie de la disposition qu’il vous donne, maintenant et toujours !

Que vous dirai-je du séminaire de Belley ? Je n’entends pas bien ce que c’est : si c’est que Monseigneur l’évêque ait des hommes propres, qu’il désire que vous dressiez 2 pour cela, ou bien s’il désire établir la petite Compagnie en son diocèse. Je vous supplie m’éclairer lequel c’est. Si c’est le premier, quand et comment et pour combien de temps ; et si c’est le second, quand et ce qu’il a de fonds pour la fonder ; et je vous supplie cependant, Monsieur d’instruire et d’assister Mr Guérin en ce commencement.

___________________________________________________

Lettre 631. - L’original, tout entier de l’écriture du saint, a été mis en vente à Londres le 8 mars 1858, puis, en décembre 1865, à [554] Paris par M. Charavay et ensuite par le libraire Miard, qui a permis à M. Rochebilière d’en prendre copie. Cette copie, conservée à la Bibl. Nat. (nouv. acquisit. fr. 22129), est incomplète.

<Ajout de ???, copié par B. Koch en 1997 : "L’original était dans la collection E. Huillard, Catalogue n° 158, Autographes, 1905, n° 1703, p. 124, chez Léon Liepmann Fils, Antiquaire et Marchand d’Autographes, Berlin SV, Bernbürgerstra e 14 (ou 74), Cachet M 160.>

<En 2002, il est à l’Université Georgetowm, Washington, DC, U. S. A., Bibliothèque Lauinger, Collection Talbot. En Mars M. John Rybolt, C. M. ; directeur du C. I. F., Maison-Mère, à Paris, en a eu copie par Internet, et il en a donné photocopie à M. B. Koch le Dimanche 21 avril 2002, qui a intégré le texte Dimanche 21 et Lundi 22 avril. >

1. <Non pas Bresle, dans la Somme, arrondissement d’Amiens, canton de Corbie, mais Bresles, dans l’Oise, arrondissement de Beauvais, canton de Nivillers : le lettre est "achevée" à Beauvais, commencée "à Bresle, à trois lieues", et de fait, il y a 13 kilomètres entre Beauvais et Bresles, à l’Est. L’orthographe des noms propres est restée longtemps fluente, tandis que l’orthographe des noms communs avait ses règles, différentes des actuelles.>

2. < Dresser n’était pas encore réservé aux animaux, ou aux incorrigibles, il signifiait "former", "exercer", "mettre en apprentissage".>

Je n’ai point donné votre lettre à Madame la duchesse d’Aiguillon à cause de beaucoup de choses qu’elle contient, à quoi l’on ne trouverait pas bon que les Missionnaires fussent attentionnés. Si vous m’écrivez une autre, vous ne parlerez point de la ville dont vous m’écriviez. Pour tout, je vous en dirai un jour la raison.

Je pense qu’il est bon que nous ne changions pas le nom que le Saint Père donne à nos maisons, qui est de la Mission, pour les appeler Séminaires. Je vous supplie, Mr, de tenir main à ce qu’on n’innove

folio 1 verso

aux termes ni aux choses qui se pratiquent en la Compagnie, pour conserver l’unité, en tout. Il n’est pas imaginable l’inconvénient qu’il y a en une Congrégation de n’être pas uniforme.

Voici nos petites nouvelles. Monsieur du Coudray s’en va en Barbarie pour la délivrance d’environ 80 esclaves, à dessein de faire la mission parmi les autres, qui sont au nombre de dix mille, à Alger 3. S’il est loisible, je vous supplie, Monsieur, [de recommander] 4 ce bon œuvre à Dieu et les personnes destinées pour cela, qui sont avec mondit sieur du Coudray, Mr Boucher et le frère Sirven 5, lesquels pourront partir à mon retour de cette ville de Beauvais, où j’achève la présente, que j’ai commencée à Bresle, à trois lieues d’ici.

Notre Seigneur a attiré à la Compagnie Mr Gilles, principal et professeur en philosophie à Lisieux 6, et Mr Prévost, qui est, aussi savant, habile homme dans les affaires, comme aussi quelques autres qui ont rempli la place de ceux qui sont sortis.

Ne vous étonnez plus de ces sorties. Notre Seigneur fut suivi et abandonné de plusieurs milliers de personnes et réduit à six-vingts fidèles à sa mort. Saint Ignace, au commencement de la sainte Compagnie que Notre Seigneur a instituée par lui, en renvoya douze en une seule fois 7 ; et vous savez que nous n’avons

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3. <Vincent a écrit "Argers". En espagnol, "Alger" s’appelait "Argel", en latin "Argiera" (cf. Guy Turbet-Delof, L’Afrique Barbaresque dans la Littérature Française aux XVI° et XVII° siècles, Droz, Genève, 1973, planche 2.) Vincent s’inspire du latin; j’ignore comment on disait dans la "lingua franca" de Barbarie. En France, on disait Alger, comme on le voit dans l’Histoire de Barbarie, du Père Dan, en 1637 et 1649.>

4. <Vincent a oublié "de recommander", qu’on peut suppléer, avec M. Coste.>

5. <On lit "Sirnam", ou "Sirvam", ou enfin "Sirvain", ce qui correspond à "Sirven". Sachant que les noms propres n’avaient pas d’orthographe fixée et s’écrivaient souvent selon l’oreille, c’est certainement Frère Sirven, prononcé "Sirvain".>

<Voici sa notice, dans M. Coste, IV, 605, note 3 > : "Pierre Sirven, frère coadjuteur, né à Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne), entré dans la congrégation de la Mission le 12 mars 1640, reçu aux vœux le 1er janvier 1643, mort le 12 juillet 1660 à Sedan. Ses grandes qualités lui avaient mérité la confiance de l’évêque de Montauban et l’estime de saint Vincent, qui le tenait pour "la règle vivante de la compagnie homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde." <7 août 1660, S. V. VIII, 349. Voir aussi S. V. XIV, p. 574.>

<Cette notice ne mentionne pas de placement en Alger, car il ne fut plus question de lui le 20 février 1643, S. V. II, 368, puis les missionnaires ne purent pas aller plus loin que Marseille, voir S. V., II, 360, 387. Les premiers n’y arrivèrent qu’en 1646, sans le Frère Sirven, cf. S. V. II, 622>.

6. Au collège de Lisieux à Paris.

7. Saint Ignace de Loyola. Louis Gonzalez, provincial du Portugal, renvoya de l’Institut plusieurs de ses confrères qui murmuraient de ce qu’on les employait à bâtir le collège de Coïmbre (Histoire de saint Ignace de Loyola et de la Compagnie de Jésus, par le R. P. Daniel Bartoli, Paris, 1844, 2 vol. in-8°, t. II, p. 85). Saint Vincent ferait-il allusion à ce fait ?

folio 2 recto

point renvoyé ceux-là ni aucun autre, qu’un auquel je viens d’écrire avant mon départ de Paris et prié de se retirer, pour plusieurs raisons importantes, c’est Mr Savinier 8, que vous connaissez.

Dieu sait et a fait connaître aux hommes combien il bénit plus un petit nombre choisi qu’un grand, entre lesquels il y en a qui craignent 9 et qui ont des attaches aux femmes, aux vignes ou aux maisons.

Je viens de me ressouvenir que vous connaissez Mr Prévost.

Nous avons maintenant dix qui sont sortis du Séminaire et qui étudient à Saint Lazare en philosophie et en théologie, qui font bien, par la grâce de Dieu, et trois qui vont sortir du Séminaire au premier jour.

Vous ferez bien de moyenner la poursuite par Monseigneur de Genève de votre établissement au Parlement de Chambéry 10 et de n’y pas perdre temps. Je n’en ay point parlé à Son éminence pour quelque raison particulière ; nous verrons dans le cours de l’affaire. Vous direz ceci à Mr Guérin, s’il vous plaît et l’aiderez de votre bon conseil.

Je finis la présente en me recommandant à vos saints Sacrifices et à ceux de ces messieurs, lesquels j’embrasse, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui suis votre très humble et obéissant serviteur,

Vincens Depaul

Indigne prêtre de la Mission

___________________________________________________

8. < M. Vincent écrit "Savignier". Son renvoi était inconnu jusqu’ici, et nous n’avions plus de renseignements sur lui après le 26 août 1640, cf. S. V., II, 102. Voici les notices de M. Pierre Coste, pour les compléter : >

• Catalogue du personnel de la Congrégation de la Mission (Lazaristes) depuis l’origine (1625) jusqu’à la fin du XVII° siècle, inséré au tome V des Notices sur les Prêtres, Clercs et Frères coadjuteurs de la Congrégation de la Mission, par M. Alfred Milon, 1910, p. 558 :

"Savinier (Annet), prêtre, né près de Clermont-Ferrand, reçu au séminaire à Paris en 1635".

• S. V., I, 297, note 10 : "Annet Savinier, né à Clermont-Ferrand, ordonné prêtre en mars 1637.".

• S. V. XIV, 557 : "Savinier (Annet), prêtre de la Mission. — Note biographique ; son entrée à Saint-Lazare, I, 297. — En mission dans le duché d’Aiguillon, I, 451. — A La Rose, I, 598. — A Saint-Lazare, II, 64, 82, 102. — Il fait un peu de séminaire de rénovation, II, 80". < Ajouter : renvoyé à l’automne 1642, cf. lettre du 28 novembre 1642, à insérer en S. V. II, 317 >.

9. < M. Vincent a écrit "qui craignent", sans complément. Ce sont les copies qui ont ajouté "la peine" ; gardons l’original, d’autant plus que le "et" qui suit a été ajouté en interligne, avant "qui", et donc Vincent aurait pu ajouter un complément s’il l’avait voulu. >

10. < Nous n’avons pas eu d’établissement à Chambéry ; il s’agit probablement de la maison de Mission et du Séminaire d’Annecy, qui venait de débuter en 1640-1641. Elle dépendait de l’évêque de Genève et du Sénat de Chambéry, et il s’agit probablement, ici, d’obtenir son approbation par ce Sénat, de même qu’en France on obtenait des Lettres patentes du roi. L’évêque était Juste Guérin depuis 1639, qui mourra fin 1645. Vers 1651, sous son successeur, Charles Auguste de Sales, commencèrent des procès, voir P. Coste, Le Grand Saint du Grand Siècle, II, 103-104, et S. V. IV, 204, cf. 138 ; V, 251 ; VI, 499. >

mardi 23 avril 2002

Ajout d’un document complet p. 418

Présentation à la cure de Sainte-Croix-des-Pelletiers

(Rouen)

10 septembre1643

Arch. Dép. Seine Maritime, Rouen, G 1247

Recto

Illustrissimo & Reverendissimo in XRisto Patri & Domino Domino Rothomagensi Archiepiscopo, Normaniae Primati, seu dominis in spiritualibus et temporalibus Vicariis generalibus vel Vicario generali, Vincentius de Paul, presbyter, Congregationis Missionis Superior generalis, Vicarius generalis Reverendi domini Amadori Joannis Baptistae de Wignerod, Abbatis seu perpetui commendatarii Monasterii Sancti Audoeni Rothomagensis, Ordinis Sancti Benedicti, salutem cum honore et reverentia debitis. Ad curam seu parrochialem ecclesiam Sanctæ Crucis des Pelletiers, Rothomagensis Curiæ, occurrente vaccatione, praesentatio et nominatio seu jus praesentandi et nominandi ad praefatum Reverendum Dominum Abbatem dicti Monasterii Sancti Audoeni, ratione suæ Abbatialis dignitatis, collatio vero, provisio 1 et quaevis alia dispositio, ad vos ratione Vestrae Archiepiscopalis dignitatis, respective spectant et pertinent, liberam nunc et vacantem per mortem seu obitum defuncti Magistri Natalis d’Hamelin illius ultimi rectoris et immediati possessoris pacifici, dilectum nostrum Magistrum Joannem Guéné presbyterum dictae Rothomagensis diocesis, in artibus Magistrum, ad dictam curam seu parrochialem ecclesiam obtinendum, regendum et gubernandum sufficientem et idoneum, Vobis et Vestrae Reverendissimae paternitati praesentamus, vos obnixe rogantes quatenus dictum nostrum praesentatum et praesentationem nostram recipere & admittere dictamque parrochialem ecclesiam ut praefertur vacantem eidem praesentato nostro conferre ac de illa suisque juribus et pertinentiis universis providere velitis et dignemini, seu velit et dignetur vestrum alter desuper requisitus (ut moris est), adhibitis solemnitatibus assuetis jureque cujuslibet salvo.

Datum Parisiis sub signo sigilloque nostris ac Magistri Joannis Roger publici auctoritate Apostolica Curiaeque Archiepiscopalis parisiensis notarii jurati ac nostri secretarii chirographo 2, anno Domini millesimo sexcentesimo quadragesimo tertio, die decima septembris, praesentibus ibidem Magistris Antonio Pottier presbytero in ecclesia parisiensi beneficiato et Francisco de Méré, serviente regio, Parisiis commorantibus, testibus ad praemissa vocatis et rogatis <et minuta ?> 3 praesentium nobiscum signatis,

Vincentius Depaul

De mandato praefati Roger notarius ac secretarius

Domini Vicarii generalis praefatus

verso <d’une autre main >

Recepta per Magistrum Tessinium Thibaut, provicarium generalem Illustrissimi ac Reverendissimi Domini Domini Archiepiscopi Rothomagensis, Normaniae Primatis, praesentibus Magistro Carolo de la Tour, vicario perpetuo in ecclesia Beatæ Mariæ de Rotunda et Jacobo Hérambourg, apparitore in Curia ecclesiastica Rothomagensi, testibus ad hæc vocatis et specialiter rogatis. & signatis

Morange

Traduction

Vincent de Paul, prêtre, Supérieur général de la Congrégation de la Mission, Vicaire général du Révérend seigneur Amador Jean Baptiste de Vuignerod, Abbé ou perpétuel commendataire du monastère de Saint Ouen de Rouen, de l’Ordre de saint Benoît, à l’Illustrissime & Révérendissime Père dans le Christ et Seigneur, le Seigneur Archevêque de Rouen, Primat de Normandie, ou aux seigneurs Vicaires Généraux pour le spirituel et le temporel, ou au Vicaire Général, salut avec l’honneur et due révérence.

à la cure ou église paroissiale de Sainte Croix des Pelletiers, de la Curie de Rouen, lorsqu’elle est vacante, la présentation et la nomination, ou le droit de présenter et de nommer, <appartient> au susdit Révérend Seigneur Abbé dudit monastère de Saint Ouen, en raison de sa dignité abbatiale, mais la collation, la provision 1 et toute autre disposition reviennent et appartiennent respectivement à vous, à cause de votre dignité archiépiscopale.

<Elle est> maintenant libre et vacante par la mort ou décès de feu Maître Noël d’Hamelin, son dernier recteur et immédiat possesseur pacifique. Par la série de ces lettres, nous présentons à votre révérendissime paternité notre amé maître Jehan Guéné, prêtre dudit diocèse de Rouen, maître ès arts, suffisant et apte à obtenir, diriger et gouverner ladite cure ou église paroissiale, vous priant instamment de bien vouloir et daigner recevoir et admettre celui que nous présentons et notre présentation, et conférer à celui que nous présentons ladite église paroissiale, vacante comme il a été dit et lui donner provision de <la cure> et de tous ses droits et appartenances, ou que le veuille et daigne l’autre parmi vous évoqué ci-dessus, comme de coutume, étant utilisées les formalités d’usage et sauf le droit de quiconque.

Donné à Paris, sous notre seing et notre sceau et ceux de maître Jean Roger, notaire juré public, de l’autorité apostolique et de la Curie archiépiscopale de Paris et notre secrétaire et chirographe 2, l’an du Seigneur mille six cent quarante trois, le dixième jour de septembre, étant présents là même maîtres Antoine Pottier, prêtre pourvu d’un bénéfice dans l’église de Paris et François de Méré, sergent royal, demeurant à Paris, témoins appelés et priés pour ce qui précède, et qui ont signé avec nous <les minutes> 3 des présentes,

Vincent Depaul <et paraphe >

Par mandement du susdit Roger <et paraphe > notaire et secrétaire

Seigneur Vicaire général susdit

verso <d’une autre main >

Reçue par Maître Tessin Thibaut, provicaire général de l’Illustrissime et Révérendissime Seigneur le Seigneur Archevêque de Rouen, Primat de Normandie, étant présents Maître Charles de la Tour, vicaire perpétuel dans l’église de la Bienheureuse Marie de la Rotonde et Jacques Hérambourg, appariteur dans la Curie ecclésiastique de Rouen, témoins appelés pour cela et spécialement priés & qui ont signé

Morange

___________________________

1. La collation (dérivé du participe du verbe latin "conferre", comparer, et "conférer") désigne le fait de conférer une charge, un office; la provision (du verbe "pouvoir") désigne le fait de concéder des moyens de subsistance, ici, un bénéfice ecclésiastique, c’est-à-dire les revenus liés à la charge ou à l’office ecclésiastique en question.

2. Cet apparent pléonasme évoque les deux fonctions du secrétaire : écrire (à la main, d’où, dérivé du grec, "chirographe", et parfois avec beaucoup d’abréviations ou "notes", d’où "notaire"), et conserver en sécurité et au secret (d’où "secrétaire").

3. Essai de restitution. Le début du mot est caché par le tampon des Archives, fort encré, et placé là malencontreusement. La fin semble être "inuta ".

Lettre 710 bis,

Le Père Charles Faure, prieur de Sainte Geneviève,

à Monsieur Vincent

Mardi 21 juin 1644

Inédit en France.

Ce document semble être l’autographe, mais inséré dans le recueil Ms 3275 de la Bibliothèque de Saint Geneviève, au n° 354, folio 551. Le texte est au recto, la suscription au verso. Pièce citée dans Joseph Bergin, Cardinal de La Rochefoucauld, Leadership and Reform in the French Church, Yale University Press, 1987, p. 220, note 140, qui propose la date de 1640.

Photocopie donnée aux Archives Mission par M. John Rybolt, C. M. Transcription B. Koch, C. M.

La réponse de M. Vincent a été publiée par M. Coste en S. V. II, 463, n° 712.

Texte modernisé

551 verso

<suscription > Au très révérend Père

le très révérend Père Vincent

Supérieur général de la Mission

à Paris

551 recto

Monsieur & très révérend Père, Jhésus soit votre vie

Je suis témoin de l’extraordinaire zèle & soin que vous avez apporté pour faire réussir l’affaire de l’Abbaye de Sainte Geneviève et toutefois votre même zèle que vous faites paraître en tout ce qui regarde l’honneur de Dieu me donne sujet de vous prier, pour notre Seigneur, |de vous en faire| protecteur devant sa Majesté & lui faire connaître combien ce droit qu’on vous impose serait périlleux à notre Congrégation & pourrait |causer| des traverses et difficultés. Je vous fais cette prière parce que je crois que Dieu vous a élevé nonobstant votre humilité au pouvoir que vous avez vers sa Majesté pour assister de votre appui les demandes que pour Dieu on lui fait. On n’a que trop connu la persévérance de ce zèle en vous et cela me fait espérer que si bonté <sic> de la Reine était informée de la justice de ce que notre Congrégation désire après la cession que fait Monseigneur le Cardinal de la Rochefoucault, que sa Majesté l’accorderait, si ce n’est que vous connaissiez quelque cause secrète qui soit pour rendre toutes prières et sollicitations inutiles. Excusez mon importunité, elle vous demande secours en une affaire que Dieu nous oblige de poursuivre et me fournira nouvelle obligation et à toute notre Congrégation, de laquelle je ne suis qu’un faible instrument, de prier Dieu qu’il bénisse tous vos saints desseins et d’être en son saint amour

Monsieur et très révérend Père

Vostre très humble & très obéissant

de Nanterre ce 21 juin 1644 serviteur Fr. Ch. Faure

Texte à l’authentique

551 verso

<suscription > Au très révérend Père

le très révérend Père Vincent

Supérieur général de la Mission

A Paris

551 recto

Monsieur & très révérend Père, Jhésus soit vostre vie

Je suis tesmoing de l’extraordinaire zèle & soin que vous aves aporté pour faire réussir l’affaire de l’Abbaye de Sainte Geneviève & toutesfois vostre mesme zèle que vous faites paroitre en tout ce qui regarde l’honneur de Dieu me donne sujet de vous prier, pour nostre Seigneur, |de vous en faire| protecteur devant sa Majesté & luy faire cognoitre combien ce droit qu’on vous impose seroit périlleux à nostre Congrégation & pourroit |causer| des traverses & difficultés. Je vous fais cette prière parce que je croy que Dieu vous a élevé nonobstan vostre humilité au pouvoir que vous aves vers sa Majesté pour assister de vostre appuy les demandes que pour Dieu on luy fait. On n’a que trop cognu la persévérance de ce zèle en vous et cela me fait espérer que si bonté <sic> de la Reine étoit informée de la justice de ce que nostre Congrégation désire après la cession que fait Monseigneur le Cardinal de la Rochefoucault, que sa Majesté l’accorderoit, si ce n’est que vous cognoissies quelque cause secrète qui soit pour rendre toutes prières & sollicitations inutiles. Excuses mon importunité, elle vous demande secours en une affaire que Dieu nous oblige de poursuivre & me fournira nouvelle obligation & à toute nostre Congrégation, de laquelle je ne suis qu’un foible instrument, de prier Dieu qu’il bénisse tous vos saints desseins & d’être en son saint amour

Monsieur & très révérend Père

Vostre très humble & très obéissant

de Nanterre ce 21 juin 1644 serviteur Fr. Ch. Faure

SAINT VINCENT DE PAUL

SAINT VINCENT DE PAUL

CORRESPONDANCE

Tome III

829. — A ETIENNE BLATIRON

De Paris, ce 2 d’août 1646.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne puis vous dire la consolation de mon âme qu’elle a reçue par la lecture de la vôtre, admirant la bonté de ce bon et saint cardinal (1) et sa conduite sur vous. Il est juste qu’on s’accommode un peu au temps quant aux difficultés de l’établissement. Je ne sais à quelle fin vous m’envoyez le projet, que je collige de la vôtre (2), que M. Codoing avait dressé à Gênes (3). J’écris derechef à M. Dehorgny qu’il vous envoie quelqu’autre que M. Dunots (4) et qu’il faut que celui qu’il vous

Lettre 829. — L. a. — L’original a été mis en vente par M. Charavay, chez qui nous en avons pris copie. Il est de la main du saint, sauf la partie du post-scriptum qui commence aux mots : il y a longtemps.

1) Le cardinal Durazzo, archevêque de Gênes.

2) La lettre d’Etienne Blatiron.

3) Il y était resté quelque temps à son retour de Rome.

4). Humbert Dunots, né près de Saint-Claude (Jura), fut attiré dans la congrégation de la Mission par Bernard Codoing, qui le reçut à Annecy en 1642. Il était prêtre et avait quarante ans. Il suivit Bernard Codoing à Rome et y resta jusqu’à sa mort. Il fut emporté par la peste à Saint-Sauveur, près de Rome, le 29 septembre 1649, quelques jours après avoir entendu la confession d’un pestiféré, qui lui avait communiqué son mal. Dans une lettre écrite après son décès (Bibl. mun de Lyon, ms. 774, f° 219-223), Martin

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enverra soit savant, intérieur, judicieux et qu’il sache faire le séminaire, ou pour le moins le moins éloigné de ces qualités que se pourra.

Monsieur Dufestel (2) s’est retiré chez lui à cause de la continuelle opposition qu’il avait et qu’il donnait aux autres contre le régime de la compagnie, jusques à menacer qu’après moi il la renverserait, et effectivement il jetait des fondements pour cela. Il y a assez long temps qu’il m’avait promis maintes fois de s’ajuster ; mais au lieu de le faire, il faisait tout le contraire. L’on lui a fait donner le doyenné de Lillers, en Artois. C’est une ville de conquête (6), Il est content et la compagnie en paix.

Monsieur Codoing (7) va toujours son train. Je crains bien ce que vous et Monsieur Martin m’en dites, quoiqu’il paraisse revenir. Nous suivrons vos avis à tous deux touchant sa demeure et son emploi (8), Il avait gâté déjà si fort M. Dunots (9) que celui-ci lui proposa de s’en aller tous deux à Genève. Mais, mon Dieu ! Monsieur, que me dites-vous de l’horrible méchanceté de ce pauvre f[rère] P[ascal] (10) ! L’esprit malin a-t-il eu le pouvoir de faire dire par un

Le Vasseur, prêtre de la Mission, après avoir fait l’éloge de sa grande piété, de sa parfaite régularité et de sa mortification, qui le portait à faire usage d’instruments de pénitence, ajoutait : "Il est bien difficile qu’un homme puisse arriver en cette vie à une plus grande pureté et innocence que ce bon serviteur de Dieu." Humbert Dunots était scrupuleux et peu propre à l’enseignement. Nous voyons par cette lettre qu’il subit la fâcheuse influence de Bernard Codoing. Ce ne fut heureusement que pour un temps très court.

5) Le nom de Dufestel est raturé dans l’original

6) Prise sur les Espagnols.

7) Le nom de Codoing se lit difficilement sous les ratures qui le recouvrent.

8) Il fut mis à la tête du séminaire de Saint-Méen.

9) On a cherché à rendre ce nom illisible sur l’original par des ratures.

10) Jean Pascal Goret.

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prêtre de la compagnie ce qu’il dit (11), et à lui cette imposture ! Bon Dieu ! de quel mal n’est-il capable, ou l’autre coupable ! Renvoyez-nous, s’il vous plaît, au plus tôt et le plus doucement que vous pourrez, et servez-vous cependant de quelqu’autre, en attendant que celui que j’espère faire partir demain ou trois jours après, soit arrivé. Ce ne sera pas celui dont je vous ai ci-devant écrit (12) ; car nous l’avons envoyé au Mans, en suite de ce que vous m’avez mandé, que vous vous en passeriez.

Je vois bien que ces Messieurs ont eu raison de conclure comme ils ont fait ; mais cui fini m’avez-vous envoyé le projet de la fondation ? Est-ce que S. E. soit disposée à faire la fondation au plus tôt ? Il y a dans ce projet des conditions qui pourraient altérer l’ordre de la compagnie et peut-être le renverser en ce lieu-là. Je vous prie me mander cui fini cet écrit (je ne l’ai pas bien pu colliger de la lecture de votre lettre), et alors je vous dirai mes petites pensées sur ces difficultés.

Je vous écris d’Orsigny (13), où je suis depuis hier, et m’en retourne dans deux heures à Paris, d’où j’ai envoyé votre lettre à Madame la duchesse d’Aiguillon, qui l’a désiré voir.

Je ne me ressouviens point des autres points de votre lettre pour vous y répondre.

Nos petites nouvelles sont que, par la grâce de Dieu, la compagnie fait assez bien partout (14), à ce que vous me dites près de ce frère ; elle a toujours à Paris environ 60 prêtres, au séminaire des Bons-Enfants ; et le petit séminaire du petit Saint-Lazare (15) est d’environ quarante,

11) Le saint avait ajouté les mots : O Jésus ! Monsieur, quelle méchanceté ! qu’il a ensuite raturés.

12) Le frère Nicolas ou le frère Le Rogueux. (Cf. 1. 827.)

13) Dans la commune de Saclay.

14) Première rédaction : partout, par la grâce de Dieu

15) Le petit Saint-Lazare, ou séminaire Saint-Charles, donnait sur

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qui commence assez bien, par la grâce de Dieu ; que l’on nous appelle à Notre-Dame de Plancoët, c’est un lieu de notable dévotion, qui s’est trouvé depuis peu à Saint-Malo ; que M. Nouelly et le frère Barreau sont partis pour l’assistance des pauvres esclaves chrétiens d’Alger, et que l’on est sur le point d’envoyer un prêtre et un frère à Salé, au royaume de Maroc, en Barbarie.

Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire à peu près, et mon chétif cœur, qui chérit plus le vôtre que soi-même et qui est, d’une affection invariable, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

J’écris à M. Dehorgny que, toutes choses cessantes, il vous envoie quelqu’un qui sache faire le séminaire, et je vous prie de nous renvoyer le frère P [ascal au plus tôt après la présente reçue. Nous ferons partir notre bon frère (16) dans trois jours.

Il y a long temps qu’on vous a envoyé par la voie de Marseille des ciseaux, des canifs, des petits livrets et des feuilles de dévotion. Je crois que M. Chrétien (17) diffère de vous les envoyer, attendant celui qui vous doit aller visiter. Si vous en êtes pressé, écrivez-lui

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prêtre de la Mission, à Gênes.

la rue du Faubourg Saint-Denis et occupait l’angle formé aujourd’hui, d’un côté des numéros impairs, par la rencontre de cette rue et du boulevard de la Chapelle.

16) Le frère Sébastien Nodo.

17). Jean Chrétien, né le 6 août 1606 à Oncourt (Vosges), ordonné prêtre le 5 avril 1631 reçu dans la congrégation de la Mission le 26 novembre 1640, supérieur à Marseille de 1645 à 1653, sous-assistant à la maison-mère en 1654, supérieur à La Rose de 1655 à 1662. Il faisait partie de la maison de Troyes le 26 novembre 1667.

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830. — A LOUISE DE MARILLAC

De Paris, ce 4 août 1646.

Mademoiselle,

Voici une semaine et demie de passée depuis votre départ, sans que nous ayons de vos nouvelles. Tout le monde en veut avoir ici, et je ne sais que dire à ceux qui m’en demandent ; moi-même, plus que tous, j’en suis en peine et ne puis m’adresser qu’à vous pour en apprendre. Je crains tant que les grandes chaleurs qu’il a fait et les incommodités du coche ne vous aient atténuée, ou pour le moins beaucoup affaiblie, que j’en attends le récit avec grande impatience et avec résolution de bien remercier Notre-Seigneur, si vous êtes encore en même disposition qu’en partant (1).

Lettre 830. — Manuscrit Saint-Paul p. 64. La lettre suivante nous apprend que celle-ci était de l’écriture du frère Ducournau.

1) Louise de Marillac avait quitté Paris le 26 juillet, en compagnie de Françoise Noret, de sœur Turgis, destinée à Richelieu, et des sœurs qui devaient former la petite communauté de Nantes : Elisabeth Martin, Claude, Marguerite Noret, Catherine Bagard, Perrette, de Sedan, et Antoinette, de Montreuil. La petite troupe arrivait à Orléans le lendemain soir. Elle y passa la matinée du 28 puis repartit, s’arrêta le soir à Meung-sur-Loire, fit de nouveau halte à Cour-sur-Loire et à Mont-Louis. Au port d’Ablevoie, sœur Turgis se détacha du groupe et prit la direction de Richelieu. A Tours, arrêt de six ou sept heures. Nouvelle étape à Saumur et pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers. Les voyageuses passèrent la nuit suivante aux Ponts-de-Cé, chez la femme d’un chirurgien. Au lever du jour, elles prirent le bateau, qui les déposa, le 3 août, à Angers, où, trois jours durant, elles vécurent en compagnie des sœurs de l’hôpital. D’Angers à Nantes, le trajet, coupé par trois courtes haltes, se fit encore par voie fluviale. Elles arrivèrent au terme de leur voyage le mercredi. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, pp 261-273.)

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831. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

je reçus hier une lettre qui me parut en quelque façon être de votre charité ; mais parce que je n’y vis aucune marque de votre écriture, je n’eus pas une petite peine, pour l’appréhension que vous fussiez bien malade mais j’ai été un peu soulagée par ce que le bon frère Ducournau m’a fait la charité me mander. Au nom de Dieu, Monsieur, vous savez la nécessité que vous avez de prendre un peu de temps pour recouvrer votre santé et pour essayer à en avoir pour le service de Dieu.

Je suis bien étonnée que vous n’ayez pas reçu la lettre que j’écrivis à votre charité à Orléans, où nous ne séjournâmes que la matinée du samedi, pour gagner pays tandis que notre bon Dieu me donnait a assez de force. 0 mon très honore Père, si votre charité savait les assistances de sa divine conduite, elle en serait reconnaissante pour suppléer à mes infidélités et ingratitudes. Je vous en supplie très humblement, par le saint amour de Dieu.

Je ne sais ce qui arrivera de cet établissement (1), auquel je n’ai point encore vu d’épines que de petits murmures populaires, mais tant d’applaudissements de tout le monde que cela n’est pas croyable. Nous n’avons séjourné que trois jours à Angers, d’où je me suis encore donné l’honneur de vous écrire, 4 ou 5 heures à Tours, et si nous ne sommes arrivés à Nantes que le huitième jour d’août, tant il nous a fallu être sur l’eau, à cause qu’elle est extraordinairement basse. Et quoique nous ayons fait tout ce que nous avons pu pour que l’on ne sut point le jour de notre arrivée la bonne Mademoiselle La Carisière avait donné tel ordre que l’on nous est venu treuver au bateau et mener, après la visite du Saint Sacrement chez Mademoiselle des Rochers qui vous salue très humblement ; et m’a témoigné un peu de douleur de n’avoir point eu de réponse de deux lettres qu’elle s’est donné l’honneur de vous écrire depuis le décès de son bon mari, qui était fort aimé et estimé en cette ville.

Je vous avais mandé quelque difficulté de demander Monsieur des Jonchères pour directeur de nos sœurs ; mais, si

Lettre 831 — L a — Dossier des Filles de la Charité, original

1) L’établissement de Nantes

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je n ai point d’autre ordre de votre charité que celui qu’elle nous donna, je ne vois point d’apparence de faire de choix que par son avis et lui faire la proposition de désirer cela de sa charité (2). Il n’est pas comme l’on n’avait dit, et je ne vois point que Mademoiselle sa sœur put rien gâter, car elle est très zélée et raisonnable et fait du bien non seulement en cet hôpital, mais par toutes les maisons de piété et nécessité.

Plut à Dieu, mon très honoré Père que j’eusse assez de puissance et d’amour pour reconnaître le soin de la conduite de la divine Providence sur nous ; oh ! que je chanterais hautement ses louanges ! Il faut demeurer court et me contenter d’inviter la cour céleste à en rendre la gloire a Dieu qu’elle pourra, et vous, notre très honoré Père auquel notre bon Dieu fait connaître ses conduites sur nous de suppléer à notre défaut.

Cette sainte Providence qui sait mes attaches à mes résolutions, a permis que nous ayons treuve malade du genou notre sœur que nous voulions amener ici, pour nous en faire prendre une autre, qu’il était nécessaire de changer Oh ! bénissons Dieu à jamais pour ses miséricordes et moi très particulièrement, de la grâce d’être, Monsieur, votre très obéissante fille et très obligée servante.

L. DE MARILLAC.

Je crois que quinze jours de séjour ici avanceront bien nos affaires.

Ce 11 août [1646] (3)

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

832. — A ANTOINE PORTAIL

De Paris, ce 12 août 1646.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écris un peu en hâte ; c’est pour vous dire que

2) Il y avait alors à l’hôpital un ancien aumônier, que désirait remplacer M. des Jonchères, confesseur ordinaire des religieuses de la Visitation. Louise de Marillac avait jusque-là été peu favorable à ce choix pour les motifs qu’elle laisse entrevoir ici, et aussi parce qu’elle craignait de déplaire aux Visitandines

3) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

Lettre 332. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

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je loue Dieu de votre conduite dans votre emploi et le prie qu’il la bénisse de plus en plus à Richelieu et ailleurs.

Je suis en doute, il y a quelques jours, si je vous dois prier de revenir pour toucher à nos règles, si besoin est, touchant ce que vous m’avez mandé qu’il faut changer ; et pource que je suppose que vous vous en ressouviendrez, je vous prie de me le mander, n’y ayant pu faire l’attention requise lorsque vous me l’avez mandé, et que maintenant j’aurais peine d’ajuster cela moi-même. C’est pource que Monseigneur le coadjuteur (1), qui est maintenant en pouvoir d’approuver nos règles, ayant un vicariat de Monseigneur l’archevêque pendant son absence, y va travailler. Vous me manderez donc de nouveau ce que vous pensez qu’il faut changer à nos règles et à celles des Filles de la Charité.

Vous trouverez de la besogne à Saintes et à La Rose. Nous avons envoyé M. Dufour pour supérieur au premier et lui avons donné M. des Noyelles, qui s’est choqué de l’esprit dudit sieur Dufour à un point qui est fort touchant, et le bon M. Le Soudier (2) symbolise avec lui, qui m’a écrit d’un style qui paraît indisposé ; et selon cela, il semble qu’il est à propos que vous preniez quelqu’un à Richelieu, si cela se peut, à la place dudit sieur des Noyelles, que vous leur enverrez. Il faut que ce soit un homme qui prêche, à cause qu’il faudra qu’il conduise la mission à Saintes, tandis que M. Dufour fera le séminaire. M. Bourdet s’accommoderait bien de M. des Noyelles ; mais je ne vois pas qui vous pourriez ôter d’auprès de lui ; je ne dis plus, de Saint-Méen, car les Bénédictins réformés les en ont chassés par arrêt du

1) Jean-François-Paul de Gondi, le futur cardinal de Retz

2) Samson Le Soudier.

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parlement. L’on est après à travailler à les rétablir ; il y a arrêt du Conseil pour cela (3).

3) Les Bénédictins de Saint-Maur avaient vu de mauvais œil la transformation de l’abbaye de Saint-Méen en séminaire et fait leurs protestations devant le parlement de Bretagne, auquel les lettres patentes royales de sécularisation étaient adressées, suivant l’usage, pour qu’il les vérifiât et les enregistrât. Quand l’évêque de Saint-Malo vit l’opposition qui s’y manifestait, il craignit pour son projet, et, au lieu de présenter les lettres, se tourna du côté de la cour et en en demanda d’autres, qui renverraient pour l’enregistrement et l’exécution, au grand conseil et non au parlement. Cependant, les nouvelles démarches demandaient du temps, et le parlement de Bretagne, pressé par les Bénédictins de Saint-Melaine, sommait le prélat de montrer les lettres qu’il disait avoir reçues du roi. Devant ses réponses dilatoires sans cesse renouvelées, le parlement lui interdit, le 1er juin 1646, de faire aucune innovation dans l’abbaye, le condamna aux dépens, évalués à quarante livres, et ordonna que le procureur du roi demanderait au supérieur général de la congrégation de Saint-Maur d’envoyer autant de religieux qu’il en faudrait "pour satisfaire aux charges et surtout à celles du service divin, suivant la pieuse intention. des fondateurs" Le 22 juin, après enquête de commodo et incommodo, le grand conseil rendait son arrêt, dans le sens des désirs de l’évêque. C’était le conflit ouvert entre les deux pouvoirs. Le 17 juillet, le parlement confirma sa décision du 1er juin, fit défense à qui que ce soit de mettre à exécution celle du grand conseil, sous peine de 3.000 livres d’amende, et intima aux prêtres de la Mission l’ordre de quitter l’abbaye. Le 23 juillet, M. de Montbourcher, conseiller au parlement, commissaire, M. Monneraye, substitut du procureur général, un conseiller adjoint, un huissier de la cour, le visiteur des Bénédictins réformés, le prieur du Mont-Saint-Michel, celui de Saint-Mélaine, le nouveau prieur de Saint-Méen, cinq autres prêtres bénédictins et un frère lai étaient de grand matin aux portes du monastère. Toutes les issues étaient barricadées, et si bien, écrit dom Germain Morel "qu’à peine pouvait-on s’imaginer que les barricades de Paris, tant renommées dans l’histoire, en pussent approcher". Les assiégés durent bientôt céder la place et se réfugier dans l’hôtel abbatial. Les parties belligérantes vécurent ainsi côte à côte jusqu’aux premiers jours d’août. Les passions étaient surexcitées et les querelles éclataient à tout propos. Les séminaristes et les domestiques prenaient un malin plaisir à exaspérer les moines, à l’insu des directeurs. Un jour, ils remplirent l’unique puits de l’enclos de toutes sortes d’immondices. Les moines n’y tinrent plus. Ils portèrent leurs plaintes devant le parlement ; et le 7 août 1646, paraissait un arrêt par lequel la cour ordonnait que d’humbles remontrances seraient adressées au roi sur la décision du grand conseil et que commandement serait fait aux prêtres de la Mission, aux séminaristes et à leurs partisans de sortir de l’abbaye et de remettre aux Bénédictins les saintes reliques, les meubles et les ornements, sous peine d’emprisonnement. Les directeurs

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Pour M. Le Soudier, il vous sera facile de le raccommoder.

Et pour La Rose, Dieu a disposé du bon M. Jegat, qui était une perle dans la compagnie. Il s’est noyé dans la rivière du Lot, qui passe auprès, où il s’était allé baigner par ordonnance du médecin. Vous ferez faire les prières et les conférences accoutumées, s’il vous plaît. Il ne reste que quatre missionnaires de sept qu’ils doivent être ; nous en ferons partir trois au plus tôt pour remplir les places vides. Et si nous le pouvons, nous vous enverrons M. Michel, curé de Normandie, fort judicieux, mais qui n’est au séminaire que depuis trois ou quatre mois (4).

Je prie Notre-Seigneur qu’il vous bénisse en ce lieu-là, comme partout ailleurs. Il faut un peu s’expédier ; Monsieur Dehorgny presse pour Rome.

du séminaire et leurs élèves obéirent. Les choses en étaient là quand saint Vincent écrivait la lettre ci-dessus.

Tous les renseignements que nous donnons ici sont tirés d’un manuscrit de dom Germain Morel bénédictin de la congrégation de St-Maur et prieur de Saint-Mélaine, de Rennes, un des principaux opposants à l’entrée des prêtres de la Mission dans l’abbaye de Saint-Méen. (Bibl. Nat., fr. 19831.) L’ouvrage de dom Morel n’est pas un livre d’histoire ; c’est une apologie. Nous ne lui en faisons pas un reproche. Il est dans son droit en soutenant une cause qui lui est chère et qu’il croit bonne, et en la soutenant avec verve et chaleur. Mais ces sortes de livres sont de ceux qu’il faut lire avec beaucoup de circonspection, car ils ne découvrent qu’une partie de la vérité historique et contiennent souvent plus d’une exagération. C’est ce que n’a pas suffisamment compris M. Ropartz, qui a connu le manuscrit du fougueux Bénédictin par un exemplaire conservé avant 1903 au grand séminaire de Rennes (in-4° de 300 pages) et l’a résumé dans une brochure intitulée : Dom Germain Morel. Histoire de la sécularisation de l’abbaye de Saint-Méen. Toutefois, s’il faut se défier des appréciations de dom Morel, nous pouvons avoir foi aux nombreux documents que nous a conservés son écrit.

4). Guillaume Michel, né à Esteville (Seine-Inférieure) quitta sa cure de Saint-Valery pour entrer dans la congrégation de la Mission le 19 juin 1646, à l’âge de trente-neuf ans. Il sortit de son propre mouvement avant d’avoir fait les vœux et rentra depuis. Il était de la maison de Sedan en 1657 et de celle de Fontainebleau en 1666.

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Je ne puis écrire de ma main à M. Alméras. Je le salue du cœur avec la tendresse que Notre-Seigneur sait, et toute la maison aussi, prosterné en esprit aux pieds d’un chacun et aux vôtres, à qui je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Richelieu.

833. — A LOUISE DE MARILLAC

De Paris, la veille de l’Assomption Notre-Dame (1) [1646] (2)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai encore reçu aucune de vos lettres, et si je ne puis croire que vous ne m’en ayez envoyé (3). Je vous donne à penser en quelle peine nous serions si nous n’avions appris d’ailleurs de vos nouvelles. La Mère déposée de la Visitation d’Orléans (4), passant ici pour aller à Dieppe, nous a assuré qu’elle vous avait vue et M. l’abbé de Vaux a écrit d’Angers que vous avez été là et en êtes partie en bonne disposition ; ce qui nous a un

Lettre 833 — L s. — Dossier des Filles de la Charité, orignal. Le post-scriptum est de la main du saint.

1) 14 août.

2) Année du voyage de Louise de Marillac à Nantes. Tous les autres détails confirment cette date.

3) Louise de Marillac avait écrit d’Orléans (L. ettres de Louise de Marillac, I. 147), d’Angers et le II de Nantes

4) Marie-Renée Rousseau avait dirigé le monastère d’Orléans du 24 mai 1640 au 21 mai 1643. La Mère Claude-Espérance lui succéda pendant deux triennats successifs.

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peu consolés et nous fait espérer que vous êtes maintenant à Nantes (5). Dieu veuille que ce soit avec les forces convenables pour travailler à cet établissement, pour lequel je prie sa divine miséricorde de vous donner une ample participation à son esprit, pour le pouvoir communiquer à vos chères filles et répandre avec elles les odeurs de la très sainte dévotion dans les âmes !

Je ne vous dis rien de particulier sur ce que vous aurez à faire avec ces Messieurs (6), sur la confiance que j’ai que N.-S. vous donnera assez de lumière et de conseil pour cela ; lui seul sait de quelle affection je lui recommande tous les jours votre âme et votre voyage, et combien grandes sont les bénédictions que je lui demande pour vous et votre petite troupe, laquelle je salue en esprit avec toute la tendresse qui m’est possible.

Je n’ai pu voir qu’une fois vos assistantes d’ici (7). Aujourd’hui je les dois voir, s’il plaît à Dieu. Tout y va assez bien, à la réserve d’un peu d’intempérie qui paraît en quelques-unes ; mais votre présence remettra tout, et peut-être aussi la conférence que je me suis proposé de leur donner la semaine prochaine (8).

M. votre fils est incommodé et tient le lit chez son médecin (9). Je lui ai fait offrir la maison et tout ce qui dépend de nous, pour son plus grand soulagement, ou bien deux sœurs pour le servir, au cas qu’il voulût demeurer au lieu où il est. Il a mieux aimé le secours des sœurs, lesquelles sont auprès de lui depuis quelques

5) Elle y était arrivée le 8.

6) Les administrateurs de l’hôpital.

7) C’étaient Jeanne Lepeintre, à laquelle Louise de Marillac avait passé ses pouvoirs, Julienne Loret, "une grande âme dans un petit corps", et Elisabeth Hellot, la si dévouée et si intelligente secrétaire de la fondatrice.

8) Cette conférence nous a été conservée. Elle traite du respect mutuel et cordial.

9) M. Vacher (cf Lettres de Louise de Marillac, I 155)

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jours. Monsieur Brin vient de le voir tout présentement ; il m’a assuré qu’il se porte mieux et qu’il n’y a rien à craindre. C’est pourquoi je vous prie de ne vous en point mettre en peine, mais bien de faire en sorte que je puisse sortir bientôt de celle où je suis à l’égard des dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu, qui me font une rude guerre pour vous avoir laissée aller, particulièrement Madame de Nesmond. Si vous revenez en santé, comme je l’espère de la bonté de Dieu, la paix sera bientôt faite. Je vous supplie donc de vous conserver autant qu’il vous sera possible.

Employez tout le temps qu’il faudra pour ne rien presser, ni vous incommoder en votre retour. Notre-Seigneur l’aura très agréable, puisque vous le ferez pour son amour.

C’est en ce même amour que je suis véritablement, Mademoiselle, votre très humble et affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Depuis la présente écrite j’ai reçu votre lettre d’Angers, qui contient deux choses principales : l’une, la difficulté de sœur Perrette (10), et l’autre touchant le confesseur de vos filles de Nantes. Pour le premier, il faudra voir si elle changera, et eh user comme vous dites. Quant au second, je m’y trouve un peu empêché ; néanmoins, toutes choses pesées et considérées, je pense qu’il vaudra mieux se tenir à la proposition que nous prîmes ici, à

10) Sœur Perrette donnait beaucoup de soucis à Louise de Marillac. (Lettres de Louise de Marillac, 1. 178 bis et 182 bis.) Dans l’espoir qu’un déplacement lui serait utile, on la mit à Nantes. Rien n’y fit. Nous verrons plus loin qu’elle s’enfuit de Nan et rentra dans sa famille, à Sedan

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cause de ce commencement, et pource qu’on a quelque pensée de l’employer ailleurs dans quelque temps ; et ainsi vous pourrez alors prendre le Père spirituel de la Visitation (11), si ce n’est que vous jugez à propos, par les connaissances que vous avez de delà, d’en user autrement ; et c’est ce que je vous prie de faire.

Je viens tout présentement d’apprendre que M. votre fils est quasi guéri, et m’en vas mander à vos officières qu’elles se rendent céans après le dîner incontinent pour traiter avec elles de ce qu’il y aura à faire.

Je vous supplie d’avoir soin de votre santé et de prier Dieu pour le plus grand pécheur du monde, qui est v. s.

V. D.

Derechef je vous prie de suivre la pensée que Notre-Seigneur vous donnera sur le sujet du confesseur des filles.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras supérieure des Filles de la Charité, chez Messieurs les gouverneurs de l’hôpital de Nantes, à Nantes.

834. — JULIEN GUERIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

[Tunis], août 1646.

Je crois être obligé de vous faire savoir que, le jour de sainte Anne, un second Joseph (1) fut sacrifié en cette ville de Tunis pour la conservation de sa chasteté, après avoir résisté plus d’un an aux violentes sollicitations de son impudique

11) M. des Jonchères.

Lettre 834. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 8, 1er éd., p 125

1). Antonin de la Paix.

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patronne et reçu plus de cinq cents coups de bâton pour les faux rapports que faisait cette louve. Enfin il a remporté la victoire en mourant glorieusement pour n’avoir voulu offenser son Dieu. Il fut trois jours attaché à une grosse chaîne, où je l’allai visiter, afin de le consoler et de l’exhorter à souffrir plutôt tous les tourments du monde que de contrevenir à la fidélité qu’il devait à Dieu. Il se confessa et communia, et après il me dit : "Monsieur, qu’on me fasse souffrir tant qu’on voudra ; je veux mourir chrétien." Et quand on le vint prendre pour le conduire au supplice, il se confessa encore une fois, et Dieu voulut, pour sa consolation, qu’il nous fut permis de l’assister à la mort ; ce qui n’avait jamais été accordé parmi ces inhumains. La dernière parole qu’il dit, en levant les yeux au ciel, fut celle-ci : "O mon Dieu, je meurs innocent." Il mourut très courageusement, n’ayant jamais fait paraître aucuns signes d’impatience parmi les cruels tourments qu’on lui fit souffrir ; après quoi nous lui fîmes des obsèques très honorables.

Sa méchante et impudique patronne ne porta pas loin la peine due à sa perfidie ; car le patron étant de retour en sa maison, la fit promptement étrangler pour achever de décharger sa colère. Ce saint jeune homme était portugais de nation, âgé de vingt-deux ans j’invoque son secours ; et comme il nous aimait sur la terre, j’espère qu’il ne nous aimera pas moins dans le ciel (2).

835. — AU CARDINAL MAZARIN

De Paris, ce 20 août 1646.

Monseigneur,

Voici Monsieur de Saintes (1) qui s’en va trouver [Votre éminence]. Il lui confirmera ce que je me suis donné l’h[onneur] d’écrire à V[otre] E[minence] touchant Bordeaux et M[aillezais] (2) pour La Rochelle, et lui dira

2) Ce martyre est raconté avec plus de détails dans la notice de Julien Guérin. (Notices, t. III, p. 67 et suiv)

Lettre 835. — L. s — Dossier de la Mission, minute. Quelques additions sont de la main du saint.

1) Jacques Raoul de la Guibourgère

2) Aujourd’hui chef-lieu de canton en Vendée, dans l’arrondissement de Fontenay.

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comme les par [tisans de] Monsieur de Maillezais (3) agréent ce traité (4) [et en] remercieront V[otre] E[minence], et comme mondit sieur [de] Maillezais désirerait qu’il plût à la bonté [de Votre éminence] de lui faire espérer quelque abbaye avec [un bénéfice], pour suppléer à la diminution du revenu qu’[il] souffre en ce traité, en sorte néanmoins qu’il se soumet à la volonté de V[otre] E[minence]. Il a fort bien fait à [Maillezais] et se propose de faire encore mieux à Bordeaux.

Et moi, Monseigneur, je continue mes [pauvres] prières pour la conservation de V[otre] E[minence], [pour le] bien de cet état et pour la sanctification de sa chère âme, qui suis, par la grâce [de Dieu], son, Monseigneur, très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

836. — A LOUISE DE MARILLAC

De Paris, ce 21 août 1646

Mademoiselle,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite de Nantes (1). Je loue Dieu de tout ce que vous me dites, particulièrement de votre bonne disposition, laquelle je prie sa divine

3). Henri de Béthune, évêque de Maillezais.

4). Traité important, par lequel le siège épiscopal de Maillezais était transféré à la Rochelle, l’évêque de Maillezais nommé à Bordeaux et celui de Saintes à La Rochelle. On espérait porter un coup décisif au protestantisme en érigeant en évêché un de ses principaux boulevards. (Cf. I. Bertrand, La vie de Messire Henri de Béthune archevêque de Bordeaux, 2 vol. in-8°, Paris, 1902.)

Lettre 836. — Manuscrit Saint-Paul, p. 64

1) La lettre 831.

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bonté de vous conserver, et vous d’y faire, de votre côté, tout ce qui vous sera possible. Je suis bien aise que vous ayez trouvé la dame dont vous me parlez (2) autre qu’on ne vous l’avait figurée. Cela étant, vous ferez bien de vous tenir à votre première résolution pour la conduite de nos sœurs, au cas néanmoins que rien ne soit survenu qui vous ait fait changer d’avis (3).

M. de Vaux m’a mandé qu’une des sœurs d’Angers (4) est dangereusement malade ; peut-être aussi qu’il vous en a avertie ; et ainsi vous aurez pu penser qui nous pourrons envoyer à sa place, au cas qu’il soit nécessaire.

La reine nous a commandé de lui envoyer deux sœurs pour la Charité de Fontainebleau ; à quoi nous avons satisfait, et choisi la sœur Barbe (6), avec une autre (6), qui, pour être trop jeune, me fait croire qu’il la faudra retirer (7).

837. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Nantes, ce mardi 22 août [1646] (1)

Monsieur,

Je crois que vous aurez reçu la lettre par laquelle je vous mandais que je croyais que la divine Providence voulait que nous suivissions l’ordre que votre charité nous avait donné pour la direction de nos sœurs, et ç’a grâce que sa bonté nous a faite à l’égard des difficultés dont je vous avais écrit au sujet de ma sœur Perrette. Je crois que nos

2) Mademoiselle des Jonchères.

3). Le premier nom mis en avant pour la direction des sœur, était celui de M. des Jonchères.

4). La sœur Marie-Marthe * Trumeau.

5). Barbe Angiboust. Elle était chargée des pauvres et des malades.

6). Anne Scoliège, directrice de l’école des filles.

7) Quelques mois après, trois autres sœurs furent envoyées à Fontainebleau pour le service de l’hôpital.

Lettre 837. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

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sœurs auront pour confesseur ordinaire celui des religieuses de la Visitation (2), qui se veut donner à l’hôpital pour aumônier, à la place de celui qui y est depuis y a longtemps. J’appréhende bien que ces bonnes religieuses ne nous attribuent être la cause du déplaisir qu’elles en recevront. Elles ne le savent pas encore, et je ferai bien tout ce que je pourrai pour avoir l’honneur de les voir avant, crainte qu’elles m’en fassent reproche, encore que je n’y aie rien contribué.

Je vous remercie très humblement, mon très honoré Père, de la bonté que vous avez pour mon fils ; que ce m’est un grand repos. Le jour que je reçus l’honneur de votre chère lettre, j’avais eu une plus forte pensée de le donner à Dieu et lui abandonner entièrement. Cela m’aida à porter la nouvelle que votre charité me donna.

J’espère que demain nos affaires avec ces Messieurs seront terminées. Il n’y aurait plus qu’à voir parfaire les accommodements que j’ai demandés à ces Messieurs, et à voir nos sœurs dans l’exacte pratique, un peu de temps, de leur règle, chacune dans sa charge. Mais la crainte que j’ai de me satisfaire sans nécessité et de demeurer malade, me fait prendre résolution de partir la semaine prochaine pour aller prendre le carrosse d’Angers, si j’ai la santé que Dieu me donne. Ma sœur Jeanne Lepeintre m’a mandé qu’un homme d’église a été chez nous pour que l’on me mandat de passer par Le Mans, ce que je ne ferai pas, au moins pour m’y arrêter, si votre charité ne me l’ordonne et m’avertisse de ce que j’aurais à y faire.

Je suis bien fâchée que mon fils n’ait pas accepté l’honneur que vous lui avez fait de l’admettre chez vous. Mon Dieu ! je pense que je ne serai point exaucée, demandant son entière conversion. Il me semble que le mal qu’il a eu est plus dangereux qu’il ne pense ; mais je crains bien qu’il fasse la sourde oreille et qu’il ne veuille laisser entrer en son esprit la crainte, de peur qu’elle ne l’engage à un heureux retour.

Je ne sais rien de votre santé ; cela me met un peu en soin. Pour l’amour de Dieu, Monsieur, je vous supplie que j’en sois assurée.

Je crois que Mesdames de l’Hôtel-Dieu seront bien satisfaites de moi, quand elles auront vu que je n’ai point manqué d’écrire. Je m’étonne de tant de peine, vu que je sais bien me le pas mériter ; et Dieu, qui le sait, comment le souffre-t-il ? C’est pour m’humilier.

1) M des Jonchères

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Je me prends un peu à votre charité des honneurs que l’on nous rend ici. Au nom de Dieu, ne trompez plus personne en mon sujet L’on me prend pour grande dame. Je pense qu’il n’y a gué de dame de qualité qui ne nous soit venue voir, et même des personnes venir exprès des champs. Oh ! que je brûlerai un jour et que je recevrai de grandes confusions ! La volonté de Dieu soit faite, en laquelle je suis, Monsieur, votre très obéissante servante et indigne fille.

L. DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

838.--A DES PARENTS (1)

Ce n’est pas sans une conduite bien particulière de la Providence que vous avez été diffamés ; Dieu l’a ainsi permis pour sa gloire et pour votre bien : pour sa gloire, afin que vous soyez conformes à son Fils, qui a été calomnié au point qu’on l’appelait séducteur, ambitieux et possédé du démon ; pour votre bien, afin de satisfaire à la justice de Dieu pour d’autres péchés que vous pouvez avoir commis et que vous ne connaissez pas peut-être, mais que Dieu connaît.

839. — A JEAN BARREAU

De Paris, ce jour saint Barthélemy (1) 1646.

Béni soit Dieu, Monsieur, de ce qu’il vous a rendu heureusement

Lettre 838. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XIX, p. 291.

1). Sur les accusations de misérables calomniateurs, dit Abelly, un parlement célèbre, celui de Bordeaux probablement, intenta des poursuites contre quelques parents de saint Vincent. Malgré les prières de ses amis, le saint refusa d’intervenir sinon pour modérer la sévérité des juges, qui condamnèrent les diffamateurs, et pour engager ses parents, par la lettre ci-dessus, à bien supporter cette pénible épreuve.

Lettre 839. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1) 24 août

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à Alger, votre consulat ! Je prie sa divine bonté de vous y donner son esprit pour y servir Sa Majesté et le public en ce même esprit, dans la conduite de son Fils et de l’ange gardien qu’il vous a donné.

Je ne puis vous exprimer la consolation que mon âme a reçue à la réception de votre chère lettre. Oh ! que je prie bien Dieu qu’il bénisse le séjour, comme il a fait votre arrivée de delà, et tout ce que vous ferez de delà !

J’écris à Monsieur Nouelly touchant ce que l’on fait pour ces pauvres rachetés et captifs, qui n’est encore rien.

Votre bonne tante nous est venue voir pour apprendre de vos nouvelles. Elle a été ravie de celles que je lui ai dites de votre arrivée, et moi de la bonté que j’ai vue en cette chère âme. Elle se recommande à vos prières. Et moi, Monsieur, je vous recommande la mienne, à ce qu’il plaise à Dieu la faire participante au bien que vous faites de delà. J’en attends des nouvelles avec dévotion, et prie cependant Notre-Seigneur qu’il bénisse de plus en plus votre chère âme et qu’il la sanctifie.

Nous n’avons rien qui mérite vous être écrit pour le présent, sinon la bénédiction qu’il plaît à Notre-Seigneur donner aux petits travaux de la petite compagnie. Il vient de se faire une mission par M. Gallais de trois ou quatre mois durant. Je ne puis vous exprimer les bénédictions extraordinaires que Notre-Seigneur lui a données, comme aussi à celle de Gênes.

Sa divine bonté, qui vivifie et mortifie, nous a mis dans la souffrance et la confusion, à cause de la persécution que nous recevons dans l’établissement de Saint-Méen, ou plutôt Monseigneur de Saint-Malo (2), qui nous

2. Achille de Harlay de Sancy.

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y a établis. Béni soit sa divine bonté, qui en dispose ainsi ! Je suis, en son amour, votre très humble serviteur,

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul d’Alger, à Alger.

840. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GENES

De Paris, ce jour saint Barthélemy (1) 1646.

Monsieur,

Il n’y a que Dieu seul, Monsieur, qui vous puisse exprimer la consolation que j’ai de vous et de M. Martin et de tout ce que vous faites. O Monsieur, que je m’en vas dire la sainte messe de bon cœur à ce que sa divine bonté sanctifie vos chères âmes de plus en plus ! Je viens d’écrire à M. Dehorgny ce que je vous viens de dire, et le prie, si déjà il ne l’a fait, qu’il vous envoie celui qu’il vous a destiné (2).

Le bon M. Jegat, que M. Martin a connu, est mort à La Rose. Je le recommande à vos prières. Notre établissement (3) de Saint-Méen souffre persécution par les religieux réformés (4) pour nous chasser d’une abbaye, la mense des religieux, laquelle Monseigneur l’évêque, après la permission du roi et celle du Grand Conseil, a offerte à la compagnie pour son séminaire.

Lettre 840. — L. a. — Dossier de la Mission, original

1) 24 août

2) François Richard.

3). Le saint avait d’abord écrit notre maison

4) Le saint avait ajouté de Saint-Benoît, puis il ratura ces mots.

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Aidez-nous à honorer le déchassement de Notre-Seigneur de certaines provinces et les actes de vertu qu’il a pratiqués là dedans ; et priez pour ces Pères, je vous en supplie, que je chéris plus que moi-même et que j’ai tâché de servir en toutes les occasions, comme notre petite compagnie.

En même temps Notre-Seigneur, qui vivifie et mortifie, nous a consolés des merveilleuses et quasi miraculeuses bénédictions qu’il a données à une mission qu’on vient de faire, quatre mois durant, en même lieu, au fin fond du Maine par M. Gallais. J’en envoie la lettre à M. Guérin, à Tunis.

L’on vous a envoyé les choses que vous avez demandées, il y a assez longtemps. Je crois que vous les avez reçues et que le bon frère que nous vous avons envoyé (5) sera à vous aussitôt que la présente.

Je pense qu’il vaut mieux que vous nous renvoyiez notre frère Pascal (6) et que vous preniez plutôt quelque petit garçon pour vous servir, en attendant que nous vous envoyions quelqu’autre.

J’embrasse ici le bon M. Martin avec dévotion et vous, Monsieur, que je chéris aussi plus que moi-même, qui suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Vous retiendrez ce bon frère Pascal le temps que vous [aurez besoin de lui] (7).

5) Sébastien Nodo ou Sébastien Drugeon, né à Briancon-l’Archevêque (Yonne), entré à Saint-Lazare le 1er novembre 1645, reçu aux vœux en novembre 1648.

6). Jean-Pascal Goret.

7). Ces mots ou d’autres équivalents ont disparu de l’original par suite d’une maladroite découpure des bords de la feuille.

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