Correspondance (page 33)
841. — A LOUISE DE MARILLAC
Paris, le jour de saint Louis (1) 1646.
Mademoiselle,
Je rends grâces à Dieu de celles qu’il vous fait et notamment de la santé qu’il vous donne.
Monsieur des Jonchères m’a écrit l’agrément de la prière que vous lui avez faite touchant la direction de nos chères sœurs. Il m’est impossible de lui écrire ; le courrier va partir. Faites-lui le renouvellement de mon obéissance, je vous en prie.
Vous trouverez votre nombre de sœurs augmenté de trois, dont les deux me paraissent bien bonnes. Je me défie un peu de la troisième. Mais quoi ! elle est venue de cent lieues d’ici. Je leur ai dit à toutes que nous en essaierons. Elles sont du Poitou.
Monsieur votre fils fut hier céans. Il est entièrement guéri. Je ne le vis pas, parce que je ne descendis pas assez à temps.
Mais quand viendrez-vous, Mademoiselle ?
Voici le résultat de la conférence de nos chères sœurs, rédigé par ma chère sœur Hellot (2), Je viens d’en lire une partie. Je vous avoue que j’en ai un peu pleuré à deux ou trois diverses reprises. Si vous ne venez bientôt, renvoyez-le-nous après l’avoir lu.
Nous vous attendons avec l’affection que Notre-Seigneur sait. Je suis, en son amour…
Lettre 841 — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original, chez M. Butel, avocat, à Pau (14, rue Marca).
1) 25 août.
2) Sœur Elisabeth Hellot, née à Paris, entrée chez les Filles de la Charité en 1645, morte en 1652. Elle sut mériter la confiance de Louise de Marillac, qui la prit pour secrétaire.
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842. — A GILBERT CUISSOT
De Paris, ce jour saint Louis (1) 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous demande très humblement pardon, prosterné en esprit à vos pieds, de ce que je ne vous ai pas fait réponse plus tôt au détail de ce que vous m’écrivez du premier de ce mois.
L’affaire de M. Vasse est une indemnité qu’il a droit de prendre sur Coëffort (2) au changement du supérieur. Nous avons convenu avec un chanoine du Mans et maître des requêtes à quatre cents livres et à lui donner homme vivant et mourant. M. Gallais vous expliquera cela, et il est nécessaire qu’il soit satisfait au plus tôt. Je ne savais pas tous ces dettes. Ce que nous pouvons faire est de tâcher à satisfaire ici à M. l’abbé Lucas (3), et vous pourrez vous aider de ce que M. le fermier général lu doit. Je l’écris à M. Gallais.
Je dirai à M. Bajoue (4) ce que vous me dites de nos frères pour apprendre à servir à la sainte messe.
Lettre 842. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
12) 25 août.
2). Notre-Dame de Coëffort, église collégiale du Mans, unie à la Congrégation de la Mission.
3) Conseiller et aumônier du roi, abbé commenditaire de Saint-Hilaire au diocèse de Carcassonne. Il habitait Paris, rue Neuve-Saint-Honoré, sur la paroisse Saint-Roch. C’est de lui que les prêtres de la Mission tenaient la prévôté de l’église collégiale de Notre-Dame de Coëffort et leurs droits sur l’Hôtel-Dieu.
4). Emerand Bajoue, né à Céaux (Vienne), entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 1er décembre 1640, à l’âge de trente et un ans, reçu aux vœux le 24 avril 1657, mort le 28 février 1671. Il fut supérieur à La Rose (1649-1652) et à Notre-Dame de l’Orme ou de Lorm (1652-1654).
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M. Gallais vous pourra instruire de l’affaire de M. Pousset, et prendre résolution avec vous de ce qu’il y a à faire, et me le mander.
M. Alain est travaillé d’une fièvre tierce. Il eut hier le 5è accès. L’on espère que ce ne sera rien. Dès qu’il se portera mieux, je le prierai de répondre à votre lettre. M. Gallais et vous, Monsieur, jugerez s’il est expédient de donner la conduite intérieure et extérieure du séminaire à M. Le Blanc.
M. votre neveu (5) se porte bien, Dieu merci. Il est rentre dans le séminaire de son propre mouvement et y fait
Et moi, je prie Notre-Seigneur qu’il vous fortifie de plus en plus, et suis, en son amour, plus tendrement que je ne saurais vous exprimer, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la première page : M. Cuissot.
843. — A ANTOINE PORTAIL
De Paris, ce 25 août 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne puis vous exprimer la consolation que j’ai reçue du succès de votre visite de Richelieu. Je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse les autres à l’avenant et qu’il vous
5) Jean Cuissot, né à Moulins, entré dans la congrégation de la Mission le 28 novembre 1642, à l’âge de vingt-trois ans, reçu aux vœux le 11 novembre 1644. Il avait quitté la compagnie et obtenu sa réadmission.
Lettre 843. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
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fortifie, M. Alméras et vous. Je salue mondit sieur Alméras et le prie de demander pardon à M. son père (1), pour lui et pour moi, de ce qu’il n’est allé prendre congé de lui, dont il est plus fâché contre moi que je ne vous puis expliquer.
Vous trouverez à quoi travailler à Saintes, Messieurs Soudier et Noyelles ne vivant pas bien dans l’ordre, ni avec M. Dufour. La grande récollection de celui-ci a choqué ceux-là. Il peut y avoir de l’excès en M. Dufour. Tout le monde ne peut pas s’ajuster à cette sainte exactitude qu’il a. Mais le principal défaut vient de la liberté, quoique honnête, des autres. Vous tâcherez de les ajuster. Que si M. des Noyelles ne vous donne pas espérance de s’ajuster à l’exacte observance de la régularité, il vaudrait mieux l’envoyer à Saint-Méen ; M. Bourdet sera fort satisfait de cela. Mais je ne sais qui l’on pourra envoyer à sa place à Saintes, qui puisse parler en public. Pensez-y, Monsieur, je vous en prie.
Je viens d’écrire à M. du Coudray a que vous serez bientôt à lui, après avoir expédié Saintes, et le prie de vous bien recevoir et de faire usage de vos ordonnances. Je l’ai prié d’aller ensuite faire la visite à Cahors en la même manière qu’il vous verra faire. Monseigneur de Cahors (3) est mal satisfait de M. Delattre (4) et
1). René Alméras, né à Paris le 12 novembre 1575, avait épousé en premières noces Marguerite Fayet et en secondes Marie Leclerc, qui lui donna six enfants. D’abord secrétaire du roi, puis trésorier de France à Paris (19 janvier 1608), secrétaire de Marie de Médicis, maître des comptes de 1622 à 1656, contrôleur général des postes (1629-1632), secrétaire des commandements de Marie de Médicis, il remplit dignement tous ces emplois. Après avoir donné son fils à la congrégation de la Mission, il y entra lui-même le 2 mars 1657, à l’âge de quatre-vingt-un ans. Il termina ses jours à Saint-Lazare le 4 janvier 1658. (Notices, t. II, p. 453-461.)
2) Supérieur à La Rose.
3) Alain de Solminihac.
4) Supérieur du séminaire.
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demande quelqu’autre à sa place, et c’est ce qui m’empêche.
Je ne sais si vous avez su la mort de feu M. Jegat. (11) s’est noyé, s’étant allé baigner, par l’ordre du médecin, à une rivière qui passe auprès de La Rose. Je ne vous puis dire quelle perte nous avons faite. Vous en ferez faire la conférence, si M. du Coudray ne l’a faite, quand vous y arriverez, ainsi que je lui ai mandé, et ferez écrire ce qu’on dira de ses vertus, et le nous enverrez pour faire la nôtre sur celle-là. Il y en a peu céans qui le [connaissent].
Je ne sais si je vous ai écrit le départ de M. Le Soudier (5) pour Salé, qui est en Afrique, par delà le détroit, sur la mer Océane, et comme les religieux réformés de Saint-Benoît nous ont chassés de Saint-Méen, de l’autorité du parlement. Je viens de recevoir une lettre de M. de Saint-Malo (6), par laquelle il me mande qu’il a avis que les nôtres sont rétablis de l’autorité du roi, cela avec l’assistance du capitaine des gardes de M. le gouverneur de la province (7). Si la chose dépendait de nous, nous rappellerions les nôtres ; mais c’est l’affaire de mondit seigneur, qui a agi en son nom et a interdit l’église de Saint-Méen, et a défendu, sur peine d’excommunication, à son peuple d’y entrer, pendant que ces Pères y seront. Mon Dieu, Monsieur, que cela m’afflige ! Eussiez-vous jamais dit que nous eussions eu cet exercice par ces bons Pères, que nous avons tâché de servir avec autant d’affection que si ce fussent été nos propres affaires ? J’espère
5) Jacques Le Soudier. Il n’alla pas plus loin que Marseille.
6) Achille de Harlay.
7) Le maréchal de la Maillerraye, gouverneur de Bretagne, avait, à la demande d’Achille de Harlay, envoyé quinze cavaliers à Saint-Méen, sous les ordres de Grand-Misons, pour chasser les Bénédictins de l’abbaye.
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que Notre-Seigneur regardera ce peu que nous avons tâché de faire pour eux, comme venant de la charité, quae patiens est (8), Plaise à la miséricorde de Dieu que cela soit ainsi et me donner le moyen de les servir à l’avenir ! ce que je me propose de faire plus afftectionnément que jamais, moyennant l’aide de Dieu, que je vous prie de lui demander pour moi.
Voilà l’endroit où je finis, après m’être recommandé à vos prières et à celles de ces Messieurs, que j’embrasse, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, étant de présent à la Mission de Saintes, à Saintes.
844. — LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT
Du 27 août [1646].
Monsieur,
J’ai rendu compte à la reine de ce que vous avez arrêté avec M. de Maillezais. Elle l’approuve entièrement et désire que le tout s’exécute de point en point. Je vous envoie pour cet effet le brevet de nomination qu’elle a faite de la personne de mondit sieur de Maillezais à l’archevêché de Bordeaux, ne doutant point que, de son coté, il ne soit bien aise de vous remettre sa démission entre les mains. Quant aux deux mille livres de pension et 400 en bénéfices dont vous êtes convenus, Sa Majesté m’a commandé de vous en assurer de sa part, afin que rien ne retarde la conclusion de cet affaire. Cependant je suis..
8) Première épître de saint Paul aux ; Corinthiens XIII, 4
Lettre 844. — Arch. des Affaires étrangères, Mémoires et documents, France, 1646-1647, Lettres de Mazarin, Reg. 261, f° 186 v°, copie.
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27 août 1646.
Voici l’un de vos enfants en Jésus-Christ, qui a recours à votre bonté paternelle, dont il a ressenti autrefois les effets, lorsque, l’enfantant à l’église par l’absolution de l’hérésie, que votre charité lui donna publiquement en l’église de Châtillon-les-Dombes l’année 1617, vous lui enseignâtes les principes et les plus belles maximes de la religion catholique, apostolique et romaine, en laquelle, par la miséricorde de Dieu, j’ai persévéré et espère de continuer le reste de ma vie. Je suis ce petit Jean Garron, neveu du sieur Beynier, de Chatillon, en la maison duquel vous logiez pendant que vous fîtes séjour audit Chatillon (1). Je vous supplie de me donner le secours qui m’est nécessaire pour m’empêcher de rien faire contre les desseins de Dieu. J’ai un fils unique qui, après avoir achevé ses classes, a formé le dessein de se faire jésuite. C’est le fils le plus avantagé des biens de la fortune qui soit en toute cette province. Que dois-je faire ? Mon doute procède de deux choses… Je crains de faillir, et j’ai cru que vous me feriez la grâce de donner vos avis là-dessus à l’un de vos enfants, qui vous en supplie très humblement.
Vous agréerez que je vous dise que dans Chatillon l’association de la Charité des servantes des pauvres est toujours en vigueur.
846. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Nous n’avons presque rien à faire et néanmoins je ne saurais faire hâter ces Messieurs, qui m’ont encore retenue pour cette semaine. Nous avons une grande difficulté, qui est que la coutume de cette ville est d’avoir un pourvoyeur.
Lettre 845. — Abelly, op. cit., 1. I, chap. XI 1er éd., p. 49.
1) Abelly a consacré plusieurs chapitres de son ouvrage (l. I, chap. IX, X, XI, XII) au séjour de cinq mois que saint Vincent fit à Châtillon en 1617.
Lettre 846. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
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qui avance ses deniers pour la dépense de l'hôpital gratuitement, dont la femme avait accoutumé de venir faire les portions des malades et vient encore les distribuer à sa volonté, d'autant que cela répugne à nos articles. Je proposai cette difficulté aux pères, qui m'accordaient tout ce que je leur demandais. Je crains bien que cela ne nous accroche et arrête un peu plus que le ne pensais, à cause que je prévois de grands inconvénients pour la tranquillité et union de nos sœurs, d'autant que cette femme n'est pas contente de leur ménagement et se veut faire d'intelligence tantôt avec l'une, tantôt avec l'autre, et je ne pense pas les devoir laisser, qu'elles ne soient déchargées de cet empêchement. Si cela se fait cette semaine, j'espère que nous partirons lundi, mais, parce que cela n'est pas très assuré, je vous supplie très humblement, Monsieur, prendre la peine me mander ce que j'aurai à faire, parce que cette femme et son mari achêvent dans 3 ou 4 mois et que Messieurs proposent supprimer cette charge pour plusieurs autres inconvénients ; savoir si, sur cette espérance, je les dois laisser, quoique je craigne que les désordres les plaintes et manque de bon service aux pauvres ce temps-là ne mettent impression dans les esprits que toutes ces fautes viendraient de nos sœurs. Si vous me faites l'honneur de m écrire, je vous supplie très humblement, Monsieur que votre charité adresse cette lettre à Sainte-Marie (1) crainte qu'elle ne tombe entre d'autres mains, au cas que toutes ces difficultés soient bien et sûrement levées et que je partisse le jour que je vous ai marqué.
Il est vrai que Monsieur l'abbé de Vaux m'a avertie de la maladie et rechute de notre bonne sœur Marie-Marthe (2) à Angers, et, depuis la semaine passée, je n'ai point eu de nouvelles. Quand bien Dieu en aurait disposé, je pense, Monsieur, qu'il ne serait pas encore besoin d'en envoyer une autre, d'autant que nos sœurs m'avaient fait entendre la nécessité des quatre sœurs qu'elles demandent y a longtemps. Messieurs les pères des pauvres, de leur mouvement me les ont demandées, me voyant sur le point de sortir d'Angers sans leur en parler, me promettant tout ce que j'ai cru nécessaire leur demander pour leur accommodation. Je leur ai promis vous en parler à mon retour et comme assuré de leur en envoyer le plus tôt qui se pourra, comme aussi deux à cet hôpital ici de Nantes, tellement, Monsieur, que
1) Couvent de la Visitation.
2). Marie-Marthe Frumeau.
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ce sera sept qu'il nous faut demander à ça divine Providence. Dieu soit éternellement glorifié des bénédictions qu'il donne à notre petite compagnie ! J'en espère toujours l'augmentation, puisque votre charité s'exerce si fortement pour sa perfection. Je ne vous saurais dire la consolation que mon cœur en ressent, Dieu me faisant connaître que je n'y suis nullement nécessaire et très peu utile.
J'ai bien ressenti la douleur de Monsieur et Madame de Liancourt : mais j'appréhende bien que la manière dont a été la mort de leur fils (3) soit longtemps à grande affliction à cette bonne mère. J'espérais que la maladie du pensionnaire de Monsieur Vacherot (4) lui aurait servi ; mais, a ce que l'on me mande, il se promène et même il découche de la maison. Il m'a écrit et me fait paraître un nouveau ressentiment d'avoir été arrêté, et, à mon petit sentiment, ici a mis et met une garde à son cœur pour l'empêcher qu'il ne reçoive connaissance de l'état auquel est son âme. Je vois tout ce mal, mais assez tranquillement, et me semble n'avoir plus rien en lui, duquel pourtant je désire beaucoup le salut. Je supplie très humblement votre charité le demander à notre bon Dieu, par les mérites de son Fils ; c'est une affaire de toute-puissance, je le crois.
Ma santé est un peu meilleure que losque je me donnai l'honneur de vous écrire la dernière fois. Tous savez tous mes besoins, non pas mes infidélités, qui me tiennent, presque sans aucun exercice de dévotion, toujours avec le monde ou dans le soin de ma santé. C'est pitié de moi, quoique je sois véritablement, et Dieu veuille que ce ne soit à ma grande confusion Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante.
L. DE MARILLAC.
[Nantes] ce 28 août 1646 (5) ]
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
3) Henri-Roger du Plessis, comte de la Roche-Guyon, marquis de Montfort, tué au siège de Mardick le 6 août 1646.
4) Michel Le Gras.
847. —A LOUIS CALLON
Paris, 28 août 1646.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu de celle que vous nous faites espérer, de venir bientôt vous reposer en suite de vos grands travaux. O Monsieur, que vous serez le bien venu et que je vous embrasserai volontiers ! Venez donc et ne tardez pas, s'il vous plaît, Monsieur ; et je vous assure que nous aurons un soin tout particulier de votre santé et que vous serez le maître de la maison pour dire et faire tout ce qu'il vous plaira, et particulièrement le mien, qui vous ai toujours chéri avec plus de tendresse que mon propre père.
Que si tant est que vous ayez besoin des quatre mille livres que vous avez données aux Feuillants (1) à rentes et affectées à la Mission, très volontiers nous vous en ferons la rétrocession, étant juste, ce me semble, qu'un fondateur qui se trouve en nécessité, s'aide du revenu de la fondation qu'il a faite. Et nous ferons plus; car si vous avez besoin du fonds pour vous subvenir en votre vieillesse, nous le vous transporterons, comme nous avons fait à M. le curé de Vernon (2), lequel nous ayant donné six cents livres de rente et les nous ayant demandées depuis, assurant en avoir besoin, nous lui avons rétrocédé et la rente et le fonds. Mais si vous n'en avez pas
Lettre 847. — Recueil du procès de béatification.
1) La donation remontait au 23 août 1629. Elle était faite à cette fin que deux prêtres de la Mission donneraient tous les ans une mission dans le diocèse de Rouen, plus spécialement dans le doyenné d’Aumale. La somme fut remboursée aux Pères Feuillants ie 23 novembre 1650. (Arch. Nat. M 211 liasse l.)
2). Aujourd’hui chef-lieu de canton dans I’Eure.
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besoin, jouissez toujours du revenu, Monsieur, ainsi que vous avez fait jusqu'à présent; et nous continuerons les missions que nous avons commencées et continuées avec tant de bénédictions. L'on nous a fait quelques ouvertures d'un établissement en ces quartiers-là ; et ceci pourra y servir. Et moi, Monsieur, n'aurai jamais plus grande consolation que celle de vous pouvoir complaire, comme à mon bon et très cher père, que je chéris plus que moi-même, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission
848. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GENES
[Fin août 1646] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Votre lettre m'a infiniment consolé, comme toutes les autres que vous m'écrivez, dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu'il sanctifie de plus en plus votre chère âme. Je suis en peine du petit voyage de Monsieur Blatiron dans les grandes chaleurs, quoique bien consolé qu'il ait rendu ce petit service à Dieu en la personne de Madame de Guébriant (2), qui est une personne de notable considération.
Lettre 848. — Dossier de ia Mission, copie.
1). C'est évidemment entre les lettres 840 et 853, c’est-à-dire entre le 24 août et le 6 septembre 1646, que se place la lettre ci-dessus Saint Vincent ayant l'habitude d’écrire tous les huit jours, il est assez probable qu’elle est du 31 août.
2). Renée du Bec-crespin, veuve de Jean-Baptiste de Budes, comte
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Je viens d'écrire présentement à Monsieur Dehorgny qu'il se hâte de vous envoyer Monsieur Richard ; et je pense que vous aurez reçu notre frère Bastien avant la présente ; vous le trouverez fort bon enfant.
Voilà, Monsieur, ce que l'embarras que j'ai me permet de vous dire en fort grande hâte et en renouvellement des offres de mon obéissance, que je vous fais avec toute l'humilité et l'affection que je le puis, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
849. —A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 31 août 1646.
Monsieur,
L.a grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je n'ai point reçu votre paquet cette semaine. Je vous fais ces lignes néanmoins pour entretenir le commerce de lettres par tous les courriers ordinaires, comme aussi pour vous dire que j'ai vu le R. P. Charlet, qui m'a dit, pour nos vœux, qu'il s'en faut tenir pour le présent à ce que nous en avons.
Je serai bien aise de savoir l'avis de delà, s'il est nécessaire que la perpétuité du général (1) soit autorisée par
de Guébriant, maréchal de France, mort, le 24 novembre 1643, des suites d’une blessure reçue au siège de Rotweil et inhumé à Saint-Lazare. La reine Anne d’Autriche lui confia la délicate mission de mener au roi de Pologne en 1645 la princesse Marie de Gonzague, qu'il avait épousée par procuration. Madame de Guébriant rentra à Paris en octobre 1646 et mourut à Périgueux le 2 septembre 1659.
Lettre 849. — L. a. — Colleclion de M Henri de Rothschild, orlginal
1) Le supérieur général de la congrégation de la Mission est élu à vie.
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le Pape, ou s'il suffit qu'elle le soit par Monseigneur de Paris.
Je me trouve empêché du refus qu'on vous fait de donner les facultés aux missionnaires d'Alger, desquels j'ai reçu lettre qu'ils ont été bien reçus et ont commencé déjà à y faire bien du bien.
M. Le Soudier (2) est parti pour Salé, qui est une ville sur la côte d'Afrique, sur la mer d'Océan, au delà du détroit.
Que ferons-nous à cela ? Les choses continueront-elles comme cela après M. Ingoli ?
Les Capucins demandent ici que nulle autre communauté se puisse établir aux villes de Grèce, d'Afrique et d'Asie, où le roi a des consuls, où ils sont établis, qui n'apporte lettres du roi au consul. J'ai moyenné cela; mais, la chose n'étant pas encore expédiée, j'y penserai.
Je vous avoue que j'ai beaucoup d'affection et de dévotion, si me semble, à la propagation de l'Eglise aux pays infidèles par l'appréhension que j'ai que Dieu l'anéantisse peu à peu de deçà et qu'il n'en reste point ou peu d'ici à cent ans, à cause de nos moeurs dépravées, de ces nouvelles opinions, qui croissent de plus en plus, et à cause de l'état des choses. Elle a perdu depuis cent ans, par deux nouvelles hérésies (3), la plupart de l'Empire et les royaumes de Suède, de Danemark et Norvège, d'Ecosse, d'Angleterre, d'Irlande, de Bohème et Hongrie, de sorte qu'il reste l'Italie, la France, l'Espagne et la Pologne, dont la France et la Pologne font beaucoup des hérésies.
Or, ces pertes d'Eglises depuis cent ans nous donnent sujet de craindre, dans les misères présentes, que dans
2) Jacques Le Soudier.
3) Les hérésies de Luther et de Calvin.
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autres cent ans nous ne perdions tout à fait l'Eglise en Europe ; et en ce sujet de crainte, bienheureux sont ceux qui pourront coopérer à étendre l'Eglise ailleurs. Monsieur Martin me mande que vous avez mandé à M. Blatiron que vous lui envoyez M. Richard, dont ils sont contents. Je vous prie de l'exécuter au plus tôt et de prier Dieu pour moi, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la première page : M. Dehorgny.
850. —A JEAN BOURDET, SUPéRIEUR, A SAINT-MEEN
De Paris, ce 1er de septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre Seigneur soit avec vous pour jamais !
[Votre lettre] du mois passé m'a consolé d'un côté et
Lettre 850. —L. a. —Arch. de la Mission, minute. Cette minute est en mauvais état. Là où le texte fait défaut nous le reconstituons d'après une copie donnée par le registre 2, p. 287.
1). Pour se rendre compte de l'état d'esprit de Jean Bourdet au moment où saint Vincent écrivait cette lettre, il faut savoir que les religieux de Saint-Benoît, chassés de l'abbaye, le 20 août, par les soldats du maréchal de la Meilleraye, avaient demandé aide et protection au parlement de Bretagne. Le 22, la cour ordonnait une enquête. Le 28, elle décrétait de prise de corps MM. d'Orgeville, grand vicaire, Bourdet, Beaumont, Grand-Maisons et plusieurs autres. Pour éviter sans doute une collision sanglante, le maréchal de la Meilleraye rappela ses soldats. Pierre Beaumont resta seul pour garder l'abbaye. Jean Bourdet, écrit dom Maurel (cité par Ropartz, p.195), " fut saisi d'une terreur panique qui le fit à l'instant mettre le pied dans l'étrier et porter un jour et une nuit sans débrider, n'osant mettre le pied à terre, crainte de tomber entre les mains de la justice, jusqu'à ce qu'enfin, ni homme ni cheval n'en pouvant plus, il descendit à la porte d'une hôtellerie qu'il rencontra dans un village de
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mis en peine d'un autre. [La consolation] venait de ce que l'on n'avait rien fait contre vous [des choses] dont vous attendiez la violence le lendemain ; [et la peine] venait de ce que vous me mandez que vous ne p[ouvez retenir] la compagnie dans le danger dans lequel elle est. [sur quoi je vous dirai] que si la chose dépendait de la compagnie, que n[ous vous eussions] rappelés au premier exploit ; mais qu'étant [liés avec] un prélat qui est en cause, et la chose regardant le bien des [autres], qu'en pensant observer le conseil de l'Evangile, de ne point plaider, [nous tomberions] dans l'ingratitude, qui est le crime des crimes ; que le sujet est juste. De plus quelle risque encourt en cela la compagnie ? C'est de souffrir emprisonnement, me direz-vous ; car c'est le pis. Hélas ! [Monsieur], de quoi sommes-nous capables, si nous ne le sommes de cela pour [Dieu] ? Est-il possible que nous voyions des cent mille hommes qui [s'exposent] en chaque campagne, depuis le moindre du peuple jusques [aux princes] du sang, pour le service de l'état, non seulement à l'emprisonnement, mais à la mort, et que Notre-Seigneur ne trouvera pas cinq ou six serviteurs fidèles et assez courageux pour son service !
Oui, mais cela est contre la maxime de l'Evangile, qui nous défend de plaider, et contre l'usage de la compagnie. —Saint Paul et Notre-Seigneur ont conseillé de tout perdre plutôt que de plaider. Mais l'un et l'autre ont été contraints d'en venir là et ont perdu leurs [procès] et leur vie dans leurs procès. La maxime de la compagnie
l'évêché de Vannes, où voulant séjourner quelque temps pour prendre haleine et se rafraîchir, il trouva par malheur deux chevaux dans l'écurie, qu'on lui dit appartenir à deux huissiers qui venaient d'arriver ; ce qui l'étonna de telle sorte que, sans s'informer d'où ils venaient, où ils allaient, ni qui les menait, il replie bagage, remonte sur sa bête et recommence tout de nouveau à lui donner des deux, jusqu'à la faire, comme on m‘a dit, mourir entre ses jambes ".
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est d'aimer à plutôt perdre que de plaider ; cela est vrai; et je prie Dieu qu'il nous fasse la grâce d'être bien fidèles à la pratique de cette maxime; mais cela [est pour] quand cela dépend de nous. Mais quoi ! ce n'est pas nous qui sommes en cause; c'est un prélat qui nous a appelés pour servir Dieu av[ec lui] dans son diocèse, tandis que des personnes qui n'ont point droit vous en chassent. Une abbaye de Saint-Benoît qui n'est point en la congrégation des réformés, ni en quelqu'autre, ne dépend point d'une autre ; et nul abbé a droit de s'introduire dans l'abbaye d'un autre, non plus qu'au bénéfice d'un autre Ordre. De plus, ces bons Pères n'ont point permission de s'introduire dans une abbaye pour y établir leur réforme, que du consentement des religieux, de l'abbé et de l'évêque. Or, les religieux ont traité avec M. de Saint-Malo, [et M. de Saint-Malo] (2), en qui leur droit, celui d'abbé, comme il est, et celui d'évêque réside, contredit à leur introduction. In qua ergo potestate (3) ?
Oui ; mais le parlement [les porte] et les introduit là dedans. —Il est vrai ; mais ce souverain sénat [n'a pas le pou]voir d'introduire ni de maintenir le particulier dans un bien, [s'il ne lui] appartient de droit ; et il y a apparence que celui de Bretagne, [qui] a la réputation d'être des plus grands justiciers du royaume, [ne soutiendra] pas ces Pères, quand [il sera] bien informé. Et puis, le roi, en qui réside le souverain pouvoir [sur le] pouvoir des parlements et celui de prononcer par-dessus eux, [nous auto]rise. Comment pouvez-[vous] (4) mieux connaître la volonté de [Dieu aux] choses temporelles que par l'ordonnance
2) Ces mots, demandés par le sens, ne se trouvent pas dans le texte.
3). l’évangile de saint Mathieu XXI,23
4) Mot oublié dans l'original.
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des princes, et aux spirituelles que par celle de Nosseigneurs les prélats, chacun dans son diocèse ?
Oui, mais ce bien est de Saint-Benoît ; et par conséquent ses enfants ont droit de le réclamer quand on le veut aliéner de son Ordre et appliquer à d'autres usages. —[Je réponds] le bien de l'Eglise appartenir à l'Eglise ; et si saint Benoît vivait encore, il serait bien marri de nier cette proposition, lui qui est enfant de l'Eglise, joint d'ailleurs que le bien de son Ordre lui est donné par l'Eglise à cause des secours qu'il lui donnait pour lors par des séminaires d'ecclésiastiques qu'il élevait pour lors pour le service de l'Eglise et pour en remplir les bénéfices. Or ils ne font plus cela, et l'Eglise a ordonné que cela se fasse par les évêques, et les ordonnances du roi les y obligent pareillement, comme aussi d'appliquer à cela des bénéfices et autres revenus. Est-il pas juste que la même Eglise, qui a donné ce bien-là à cet Ordre pour faire lesdits séminaires, et qu'eux ne le faisant plus et n'étant plus dans l'état de ce faire, que la même : Eglise se serve [de ce] quelque peu de bien, de l'autorité du prince et du prélat, pour suppléer à ce que ces Pères ont fait d'autrefois et qu'ils ne font plus, pourvu qu'ils le fassent du consentement des justes possesseurs.
Selon cela, Monsieur, vous êtes fondé en droit, en autorité, en un besoin de l'Eglise et dans l'exécution de son intention. Et après cela, il se trouvera quelques-uns d'entre nous qui ne voudront rien souffrir pour cela ! Eh! bon Dieu ! quelle occasion meilleure attendez-vous de souffrir quelque chose pour Dieu ? Certes, je n'en vois point. Au nom de Dieu, Monsieur, ne soyons pas si peu affectionnés au service de Dieu, de nous laisser [aller] à une vaine peur, qui nous fasse abandonner le poste [qu'il] nous a donné. Oui ; mais la compagnie sera blâmée et dans le décri.
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— O Monsieur, quel or [gueil serait-ce] si, sous apparence de déférence et d’humilité, nous [abandonnions] l’honneur de Dieu pour ne pas risquer le nôtre ! Oh ! que [saint Paul] en était éloigné quand il disait qu’il fallait servir Dieu [per] infamiam et bonam famam, quasi seductores et tamen veraces (5) ! Je viens de dire que vous êtes [fondés en justice], et, cela posé, comme chacun l’estime, bien [heureux serez-vous] de souffrir quelque chose propter justitiam (6) [puisque par ce] moyen le royaume du ciel vous appartient, qui est la [fin pour] laquelle vous avez été appelés de Dieu pour l’établissement et la manutention des choses de sa gloire, non certes comme [des] lions entre des brebis, mais comme des brebis entre les [lions], pour être déchirés et dévorés. Plaise [à sa bonté nous faire cette grâce !
Je suis, en son amour….
851. — AU CARDINAL MAZARIN
De Paris, ce 4 septembre 1646.
Monseigneur,
La présente est pour faire savoir à Votre éminence qu’il est mort depuis peu un professeur en théologie dans la Sorbonne. Il est question de procéder à nouvelle élection dans la même faculté. Monsieur le pénitencier (1) m’a dit que les jansénistes font grand’brigue pour en faire élire un de leur parti. Ceux de l’opinion commune de l’église ont concerté entre eux et jeté les yeux sur un nommé M. Le Maistre, qui est fort savant, qui prêche
5) Deuxième épître aux Corinthiens VI, 8.
6) évangile de saint Mathieu V,10
Lettre 851 — L s. — Arch de la Mission, original.
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bien et a une des meilleures plumes du royaume et est du bon parti (2), On lui a demandé si, étant élu, il acquiescerait à l’élection. Il en a fait difficulté, pource qu’un prélat lui offre une condition beaucoup plus avantageuse. Ce qui fait, Monseigneur, que ces Messieurs du bon parti ont désiré que je propose à V [otre] E [minence] si elle aura agréable de lui assurer présentement douze cents livres de pension sur quelque bénéfice, ou de lui donner parole qu’elle le fera dans quelque temps. Les avantages qui arriveront en ceci à l’église, Monseigneur, sont que V [otre] E [minence] empêchera que cette opinion dangereuse ne s’enseigne publiquement en Sorbonne, qu’elle opposera un puissant génie à ces gens-là, qu’elle usera de sa providence ordinaire en tous les affaires d’importance, en un qui regarde la gloire de Dieu et le bien de son église, et qu’enfin elle fera une créature au roi et à V [otre] E [minence]. L’élection se doit faire lundi prochain. Il est nécessaire que je sache la volonté de V [otre] E [minence] dans vendredi au Soir (3). Je prie Dieu cependant, Monseigneur, qu’il conserve V [otre] E [minence] et sanctifie sa chère âme de plus en plus, qui suis, en son amour, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2). Nicolas Le Maistre accepta la place qu on lui offrait Il fut proposé le 4 juillet 1661 pour l’évêché de Lombez et mourut le 14 octobre suivant.
3) 7 septembre.
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852. — A JEAN BARREAU
De Paris, ce 6 septembre 1646.
Monsieur,
Il n’y a que Dieu seul qui vous puisse faire comprendre la consolation que nous avons de votre heureux voyage, du commencement et du progrès de votre arrivée. J’en rends grâces à la bonté infinie de Jésus-Christ, qui vous a fait celle-ci, et le prie qu’il sanctifie votre chère âme de plus [en plus], afin que vous agissiez toujours saintement et en toutes choses.
Voici les petits avis que je pense vous devoir donner. C’est qu’il semble que vous vous êtes un peu trop hâté à promettre l’argent du droit de la poste : 1° pource qu’il pouvait arriver que vous ne vous trouveriez pas cet argent dans le temps préfix ; 2° en ce qu’il se pouvait faire qu’empruntant cette somme de delà aux marchands pour leur rendre à Marseille, il pouvait arriver que l’argent ne serait pas prêt à leur arrivée à Marseille ; ce qui apporterait du décri de votre personne et de votre ministère. Le contraire est néanmoins, parce que la Providence a fait trouver du crédit aux Mathurins réformés pour fournir douze mille livres dans dix ou douze jours à Marseille à celui auquel vous auriez envoyé l’ordre de le prendre.
Le second avis est de ne jamais écrire ni parler des conversions de delà, et, qui plus est, de ne pas tenir la main à celles qui se font contre la loi du pays. Vous avez sujet de craindre que quelqu’un ne feigne cela pour exciter une avanie. Ressouvenez-vous, s’il vous plaît, Monsieur, de ce que je vous ai dit que les Jésuites ont
Lettre 852. — cette lettre a été publiée dans la Revue des documents historiques, juin 1873, p. 45, d’après l’original, qui a été mis en vente chez M. Charavay.
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fait d’autre fois à Péra (1) sur pareil rencontre. Il est bien à souhaiter que nous ayons un chiffre, si vous en savez l’usage, ou je vous en enverrai un. L’âme de votre affaire est l’intention de la pure gloire de Dieu ; l’état continuel d’humiliation intérieure, ne vous pouvant pas beaucoup employer aux extérieures ; la soumission intérieure du jugement et de la volonté à celui qui vous a été donné pour vous conseiller ; et, autant que vous le pourrez, ne rien faire sans lui proposer, si vous n’êtes obligé de répondre sur-le-champ. Jésus-Christ était le souverain seigneur [de Marie] et de saint Joseph, et cependant il ne faisait rien que de leur avis. C’est, Monsieur, ce mystère que vous devez honorer d’une manière particulière, à ce qu’il plaise à son infinie bonté vous conduire, dans l’état auquel vous êtes. Je vous ai écrit que j’ai vu votre bonne tante, et l’édification que j’en ai eue, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Je minute à vous envoyer une personne pour servir de chancelier. Nous pressons les Pères de la Merci ; mais le désordre est si grand entre eux, à ce qu’ils m’ont dit, qu’il n’y a point apparence de rien faire avec eux. Le roi a commis M. de Morangis (2) pour en connaître. Cela va…. Nous verrons à y faire ce que nous pourrons Je loue Dieu de ce que vous avez retiré ce Père chez vous (3).
Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul d’Alger, à Alger.
1) Quartier de Constantinople
2). Antoine Barrillon, sieur de Morangis, maître des requêtes en 1625, conseiller d’état en 1648.
3) Une note écrite de la main du frère Barreau nous apprend que cette lettre fut reçue le 22 janvier et qu’il y fut répondu le 25.
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853. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 6 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne puis vous exprimer la consolation que vos lettres m’apportent, particulièrement la dernière que j’ai reçue, du 17 d’août. Je vous prie de m’en écrire souvent.
Je suis en peine de ce que M. Blatiron n’est encore de retour d’auprès de Madame la maréchale de Guébriant, et crains qu’il n’y soit tombé malade, ou que l’incommodité de cette bonne dame n’aille empirant ; ce que Dieu ne veuille !
J’ai nouvelles de M. Dehorgny, sur la prière que je lui ai faite, il y a long temps, de vous envoyer quelqu’un. Il m’écrit qu’il attendait la première pluie pour faire partir M. Richard, qui est un bon sujet et duquel j’espère que vous recevrez grand soulagement. J’ai certes beaucoup de douleur des longs travaux que vous souffrez, et n’en sens point de plus grande. J’ai toujours prié M. Blatiron de faire en sorte que Monseigneur le c [ardinal]-arch [evêque] modérât son zèle et vos occupations, et me propose de lui en écrire encore de bonne sorte au prochain ordinaire. Cependant, Monsieur, je vous prie de vous conserver autant qu’il vous sera possible.
Je loue Dieu de la disposition qu’il donne à ces deux Messieurs qui sont avec vous, de se donner à la compagnie, et prie Notre-Seigneur de leur communiquer de plus en plus son esprit. Saluez-les bien cordialement de ma part, s’il vous plaît, comme je fais votre chère âme, que
Lettre 853 — L s — Dossier de Turin, original
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a mienne chétive embrasse avec tendresse et affection particulière. J’ai envoyé votre lettre à Madame votre mère ; si elle m’envoie réponse, je la vous ferai tenir. Nous ne cessons ici de prier Dieu pour vous et pour vos emplois. Faites-en de même pour moi, qui suis de tout mon cœur, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
854. — LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT
Monsieur,
Je vous dirai, pour réponse à la lettre que vous avez pris la peine de m’écrire, du 4e de ce mois, que je ne puis que louer le zèle que vous faites paraître en tout ce qui regarde la gloire de Dieu et le bien de son église. Le soin que vous prenez de rompre la brigue des jansénistes par l’élection de M. Le Maistre m’en est une nouvelle preuve, et je suis bien aise qu’on fasse choix d’une personne qui, par le témoignage que vous m’en rendez est si digne de remplir la place qui vaque dans la Sorbonne. Vous pouvez cependant l’assurer de ma part des douze cents livres de pension que vous jugez à propos qu’on lui donne sur quelque bénéfice, et que cela s’effectuera aux premières occasions que j’en aurai. Croyez en votre particulier que je serai toujours bien véritablement, Monsieur, votre très affectionné à vous faire service.
Le cardinal MAZARINI.
A Fontainebleau, ce 7e septembre 1646.
Suscription : Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission, à Saint-Lazare, faubourg Saint-Denis à Paris
Lettre 854. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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855. — A CLAUDE DE MARBEUF (1)
De Paris, ce 8 septembre 1646.
Monseigneur,
Je suis le supérieur indigne de la congrégation de la Mis[sion et je me] donne la confiance de vous écrire la présente, pros[terné] à vos pieds et à ceux de Nosseigneurs de votre par[lement], pour vous supplier, par les entrailles de Notre-Seigneur, [de vouloir bien] protéger l’innocence d’un des plus hommes de [bien qui soient] au monde et qui travaille au salut du pa[uvre peuple avec] autant de bénédiction de Dieu. C’est M[onsieur de] Beaumont, l’un des prêtres de notre compag[nie. Les religieux] réformés de Saint-Benoît l’ont fait mettre dans vos p[risons], où il a les fers aux pieds, pour avoir été trouvé da[ns Saint-Méen] (2).
Je vous supplie de considérer, Monseigneur, que lui
Lettre 855. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire. Le document est en mauvais état
1) Premier président au parlement de Rennes.
2) Nous avons vu plus haut qu’à la suite d’un décret de prise de corps, prononcé par le parlement de Rennes, Pierre de Beaumont resta seul à l’abbaye de Saint-Méen. La Fontaine, sergent royal venu dans cette localité à la tête d’une petite troupe pour faire exécuter les ordres du parlement, se saisit de lui et le conduisit dans les prisons de Rennes. Mécontent d’avoir laissé échapper les personnages de marque qu’il comptait surprendre, il fit tomber sa mauvaise humeur sur son unique prisonnier et ordonna au geôlier de lui mettre brutalement les fers aux pieds. c’est ce que raconte dom Morel, et il ajoute que, sur sa propre intervention, Pierre de Beaumont fut traité avec égards et même relâché après avoir subi un interrogatoire en la chambre criminelle le 4 septembre. La détention du prisonnier n’avait duré que quatre ou cinq jours. Il était en liberté quand saint Vincent écrivait cette lettre. (Cf. Collet op cit. p. 416)
La conduite de saint vincent lors de l’affaire de Saint-Méen fut une des principales objections que souleva l’avocat du diable au procès de béatification. (Cf. Novae animadversationes R. P. D. Ridei promotoris super dubio virtutum tam theologalium quam cardinalium,
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[et ses] confrères ont été appelés en ce lieu par Mgr de [Saint-Malo], à dessein de faire un séminaire de jeunes ecclésiastiques, de les faire instruire de toutes les choses nécessaires [à leur] condition, conformément au concile de Trente [et aux] ordonnances de nos rois, qui veulent que les [évêques] instituent des séminaires d’ecclésiastiques dans [leur diocèse], où ils soient élevés suivant l’ancien usage de l’église, et d’affecter des bénéfices pour l’entretien d’iceux. Mondit seigneur de Saint-Malo a érigé le sien dans l’abbaye de Saint-Méen et affecté à ce bon œuvre la mense des religieux, de leur consentement, à la réserve des pensions portées dans le concordat fait avec eux ; ce que le roi a confirmé par ses lettres patentes et par divers arrêts. En quoi je pense, Monseigneur, que vous et Nosseigneurs de la cour ayant été bien in [formé] de la chose, ne trouverez rien à dire, si ce n’est peut-être ce que ces bons Pères disent que M[onsieur] de Saint-Malo n’a pu faire l’union de ladite mense, ni l’approuver, attendu qu’elle appartient à l’ordre de Saint-Benoît et non à mondit seigneur de Saint-Malo. A quoi l’on répond, Monseigneur, qu’elle appartient tellement à Saint-Benoît qu’elle dépend de la juridiction de l’évêque, en sorte que le général des Ré[guliers] n’a juridiction que sur les religieux des abbayes de sa congrégation et n’a aucune autorité sur les autres qui [n’en sont] pas ; et par conséquent il n’a point eu droit de s’opposer à l’union de ladite mense audit séminaire, ni nul autre de l’Ordre, attendu qu’elle ne dépend d’aucune congrégation.
J’ajoute une autre raison à celle-ci, Mgr, que, l’abbaye [de] Saint-Méen étant dépendante de la juridiction des
quarta difficultas, p. 9, et Ultimae animadversationes, p. 3.)
L’avocat de la cause n’eut pas de peine à montrer que non seulement il n y avait rien à reprendre à ses actes, mais qu’il s’était comporté en saint. Cette lettre admirable en est une preuve.
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évêques de Saint-Malo, il est vraisemblable que les évêques sont les [fondateurs] de cette abbaye, qu’ils lui ont donné les dîmes [qu’elle] possède et une bonne partie du bien, en considération [de ce] que cette maison servait de séminaire au diocèse [pour] y élever les jeunes ecclésiastiques, et fournissait de bons curés aux cures qui en dépendaient. Et cela étant, [ne] semble-t-il pas raisonnable, Monseigneur, que, puisqu’ils ne font plus ni l’un ni l’autre, ains que les réformés ont changé leur état d’ouvriers de la vigne du Seigneur en moins, que l’église rentre dans ses droits et qu’elle applique le bien qu’elle leur a donné, à des ouvriers qui tâchent à faire ce qu’ils ne font pas.
Ajoutons à cela, Mgr, qu’ils n’ont pu demander à la congrégation la permission d’entrer dans ladite abbaye, attendu que la bulle de l’érection de leur congrégation ne leur permet d’entrer dans aucune abbaye, quoiqu’ils y soient appelés par les religieux, si l’abbé et l’évêque n’y consentent. Et tant s’en faut qu’ils aient demandé cette permission à Mgr de Saint-Malo, qui est l’abbé et à qui appartient la juridiction de Saint-Méen, qu’au contraire il a lettre en main du général de Saint-Maur, par laquelle il paraît comme mondit seigneur de Saint-Malo l’avait prié de mettre de ses réformés dans ladite abbaye, et comme ce bon Père s’en excuse sur ce qu’il manquait de sujets pour y mettre. Ce qu’ayant vu, mondit seigneur de Saint-Malo, tant pour remédier aux désordres qui étaient dans cette abbaye, que pour faire son séminaire pour le bien de son diocèse, il en a usé de la sorte. Après cela, Mgr, ces bons Pères ont-ils eu raison de procéder avec tant de chaleur contre leur prélat et les ouvriers qu’il a placés dans sa vigne, [de les faire] emprisonner et mettre les fers aux pieds. Je ne [dis pas] ceci, Mgr, par plainte que je fasse contre eux. [il n’est]
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homme au monde qui les honore ni qui les [chérisse aussi] affectionnément que je tâche de faire, par l[a grâce de Dieu], comme ils vous pourront dire eux-mêmes.
Que si l’on trouve à redire à ce [que M. de Beaumont] est rentré dans Saint-Méen contre les [arrêts du parlement], assurez-vous, Mgr, qu’il en a usé de [la sorte avec la] simplicité d’un pauvre prêtre de la Mission, [qui ne] sait que c’est de procès et qui pensait [bien faire] en suivant l’ordre de son évêque et du roi. Vous pouvez croire, Mgr, que, si la chose eut dép[endu de] nous, qui ne sommes point en cause, nous [les aurions] rappelés au premier exploit.
Tout cela étant ainsi, Mgr, j’ai [recours à] votre bonté, puisque vous êtes le principal [ministre] de la justice souveraine de Dieu en votre [province], pour lui demander très humblement sa protection pour ledit sieur de Beaumont et pour notre compagnie. Et outre le mérite que vous en aurez devant Dieu, vous acquerrez sur nous tous une perpétuelle obligation, qui nous fera chercher les occasions de vous rendre nos très humbles services, desquels, Mgr, je vous supplie, avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, d’agréer les offres que je vous en fais et à votre famille. Je commencerai les prières que je me propose de faire toute la vie pour vous, Mgr, et pour la sanctification de votre chère âme, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
12 septembre 1646.
Saint Vincent de Paul annonce à son correspondant qu’après
Lettre 856. — Collet, op. cit., t. I, p. 415. Le destinataire est probablement Antoine Portail ; nous savons par M. Charavay que
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quatre ou cinq jours de détention, Pierre de Beaumont, prêtre de la maison de Saint-Méen, a été mis en liberté.
857. — A JEAN DE FONTENEIL
A Paris, ce 13 septembre 1646.
Monsieur,
Je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de donner adresse à ce paquet pour être envoyé et rendu à M. du Coudray, à La Rose. Je sais que je vous importune ; mais vous savez aussi que mes services vous sont dédiés, aussi bien que mon cœur, qui salue le vôtre avec toute l’humilité et l’affection possible, étant véritablement, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Fonteneil.
858. — A CLAUDE DUFOUR
De Paris, ce 13 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’espère de vous écrire amplement de ma main au premier jour, ne le pouvant à présent, à cause qu’il est heure tarde et que le courrier va partir. Je ne puis vous exprimer la consolation que j’ai de ce
saint Vincent lui écrivit, le 12 septembre 1646, une lettre de trois pages in-4°.
Lettre 857. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
Lettre 858. — L. s. — Dossier de la Mission. original.
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que M. Portail m’a écrit de vous et que je savais déjà. Je prie Notre-Seigneur de vous communiquer de plus en plus sa conduite et son esprit. J’écris à Messieurs Le Soudier et des Noyelles ; donnez-leur, s’il vous plaît, mes lettres fermées, comme on fait ailleurs. Je mande au dernier, dans les difficultés qu’il trouve à Saintes, de s’en aller à La Rose ; et pour cela, je vous prie, Monsieur, de lui donner ce qui lui faudra. Et pour M. Le Soudier, je le conjure de faire son possible pour unir son cœur au vôtre et vivre avec vous dans l’intelligence et la soumission requises. Que s’il en usait autrement et qu’enfin vous n’en soyez pas satisfait, mandez-le-moi, s’il vous plaît ; je vous enverrai quelqu’un à sa place ; et effectivement nous vous enverrons au premier jour un prêtre et un frère clerc. Je me recommande humblement à vos prières et vous salue avec toute l’affection de mon cœur, étant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dufour, supérieur des prêtres de la Mission, à Saintes.
859. — A JEAN MARTIN
Paris, ce 14 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis si consolé de recevoir de vos lettres que je ne
Lettre 859. — L. s. — Dossier de Turin. original.
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puis me passer de me plaindre quand je n’en reçois pas, comme cette semaine-ci, cette privation me mettant en peine et de vous et de M. Blatiron, duquel je n’ai aucune nouvelle depuis qu’il est allé au secours de Madame de Guébriant. Pour moi, je tâcherai à continuer, autant que je pourrai, le commerce des lettres par tous les ordinaires, encore qu’à présent je n’aie rien à vous dire que ce que je vous écrivis il y a huit jours, qui est que M. Dehorgny n’attend que la première pluie pour vous envoyer M. Richard, ainsi qu’il m’a assuré par deux fois, ce qui me fait croire que, s’il n’est déjà arrivé à Gênes, il y arrivera bientôt. Le sujet est si bon que M. Dehorgny ne s’en défait qu’à regret ; et faute de vous en pouvoir donner un autre qui vous soit propre, nous vous avons aussi envoyé d’ici un frère coadjuteur de bon exemple et de grand support ; mandez-moi, s’il vous plaît, s’il est arrivé et ce qu’il vous en semble.
J’ai bonne espérance maintenant que vos travaux se modéreront un peu, surtout si Monsieur Blatiron représente à Monseigneur le cardinal-archevêque le danger où il vous expose par la continuelle occupation à laquelle il vous oblige, qu’en cela il vous fait contrevenir à la pratique ordinaire de la compagnie et à la recommandation que je vous ai tant de fois réitérée de vous reposer de temps en temps. Je prie ledit sieur Blatiron de lui bien faire entendre cela pour une bonne fois ; car j’espère qu’il y aura égard.
Monsieur Guérin, qui est à Tunis, me mande qu’il peut facilement avoir la communication des lettres avec vous par le fréquent abord que font en ce lieu-là quelques barques de la principauté de Gênes. Je serais bien aise que cela fût, pour servir d’autant de divertissement audit sieur Guérin, qui n’en a quasi point, et aussi à cause de la consolation que vous aurez de la lecture de ses lettres.
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Quand j’en reçois, c’est toujours avec une particulière satisfaction. Je n’écris point à M. Blatiron, dans le doute où je suis qu’il soit de retour. Si d’aventure il l’est, cette lettre servira, s’il vous plaît, pour vous et pour lui. Je vous salue tous deux, prosterné en esprit à vos pieds, me recommandant humblement à vos prières. Les miennes tendent à ce qu’il plaise à Dieu vous conserver et vous donner de plus en plus une ample participation à son esprit, et à moi la grâce de vous faire connaître combien je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission de Gênes, à Gênes.
860. — A JEAN-FRANçOIS DE GONDI, ARCHEVêQUE DE PARIS
[Entre août et novembre 1646] (1)
Supplie humblement Vincent Depaul, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, disant qu’ayant plu à votre charité pastorale donner auxdits prêtres de la Mission le pouvoir d’établir la confrérie de la Charité pour l’assistance des pauvres malades en toutes les paroisses de votre diocèse où elle se pouvait convenablement
Lettre 860. — Dossier des Filles de la Charité, copie du temps. Louise de Marillac a elle-même écrit au dos du document "copie de requeste présentée à Monseigneur de Paris pour l’establissement des Filles de la Charité." Cette supplique est une seconde rédaction ; la première a été publiée sous le no 773.
1) La première date est celle de l’entrée des sœurs à l’hôpital de Nantes ; la seconde, celle de l’approbation de la supplique.
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établir, après avoir fait ledit établissement en plusieurs villages avec bénédiction, quelques dames charitables de Paris en ont été si touchées qu’elles ont moyenné par Messieurs leurs curés un pareil établissement dans leurs paroisses, comme sont Saint-Germain-l’Auxerrois, Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Saint-Leu, Saint-Sauveur, Saint-Médéric (2), Saint-Etienne, Saint-Sulpice, Saint-Gervais, Saint-Paul et autres, où ladite Charité est établie et s’exerce avec bénédiction.
Mais pource que les dames dont elle est composée sont la plupart de condition qui ne leur permet pas de faire les plus basses et viles fonctions qu’il convient exercer, comme de porter le pot par la ville, faire les saignées, les lavements, panser les plaies, faire les lits et veiller les malades qui sont seuls et tendent à la mort, elles ont pris quelques bonnes filles des champs à qui Dieu avait donné le désir d’assister les pauvres malades, lesquelles vaquent à tous ces petits services, après avoir été dressées à cet effet par une vertueuse veuve nommée Mademoiselle Le Gras, et ont été entretenues, pendant qu’elles ont demeuré en la maison de ladite demoiselle, par l’assistance de quelques charitables veuves et autres personnes, qui y ont contribué de leurs aumônes, de sorte que, depuis treize ou quatorze ans que cet œuvre est commencé, Dieu y a donné sa bénédiction, si bien qu’à présent il y a en chacune desdites paroisses deux ou trois de ces filles, lesquelles travaillent tous les jours à l’assistance desdits pauvres malades et même quelquefois à l’instruction des pauvres filles, quand elles le peuvent, et vivent aux dépens de ladite confrérie des paroisses où elles sont employées, mais si frugalement qu’elles ne dépensent que cent livres au plus par an pour leur nourri
2). Saint-Merry.
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ture et vêtement, et en quelques paroisses vingt-cinq écus seulement.
Outre l’emploi desdites filles dans les paroisses, il y en a trois qui sont employées par les dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu pour y servir les pauvres malades et leur apprêter les petites douceurs qu’elles leur portent tous les jours audit Hôtel-Dieu. De plus, il y en a d’ordinaire dix ou douze employées pour élever les petits enfants trouvés de cette ville et deux ou trois pour l’assistance des pauvres forçats. Et outre celles qui sont employées ès choses susdites en cette ville, il y en a qui le sont encore à l’hôpital d’Angers, à celui de Nantes, à Richelieu, à Saint-Germain-en-Laye, à l’Hôtel-Dieu de Saint-Denis en France et en d’autres lieux de la campagne, où elles font à peu près les mêmes exercices pour ce qui regarde le traitement des malades, la guérison des plaies et l’instruction des petites filles.
Et pour fournir desdites filles en tous ces lieux et en tous les autres où l’on en demande, ladite demoiselle en élève d’autres chez elle et en a d’ordinaire plus de trente, qu’elle emploie, les unes à instruire les petites filles pauvres qui vont chez elle à l’école, les autres à visiter les malades de la paroisse pour leur porter leur nourriture et des médicaments, ou pour les soigner, les autres pour panser les maux des pauvres de dehors qui les viennent trouver à cet effet, les autres apprendre à lire et à écrire, et les autres à faire le petit ménage de la maison.
Et elle les entretient partie de l’argent que lesdites filles gagnent par leur travail manuel, quand elles ont du temps de reste après leurs emplois ordinaires, partie par l’assistance desdites veuves, qui y contribuent selon leurs facultés, partie par les aumônes ordinaires, mais particulièrement par le revenu que le feu roi et Madame la duchesse d’Aiguillon leur ont charitablement donné à perpétuité,
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qui se monte environ à deux mille livres par an. Et Ce qui est encore bien considérable dans les emplois de ces pauvres filles, c’est qu’outre le service corporel qu’elles rendent aux pauvres malades, elles tâchent de contribuer au spirituel en la manière qu’elles le peuvent, particulièrement en leur disant de fois à autre quelque bon mot, et donnant quelques avis à ceux qui sont pour mourir à ce qu’ils partent de ce monde en bon état, et à ceux qui guérissent pour leur aider à bien vivre. Et Notre-Seigneur bénit tellement le petit service qu’elles apportent dans leur simplicité, qu’il y a sujet de le glorifier pour les effets qui en réussissent (3).
Mais parce que les œuvres qui regardent le service de Dieu finissent d’ordinaire en ceux qui les commencent, s’il n’y a quelque liaison spirituelle entre les personnes qui s’y emploient, le suppliant craint qu’il n’arrive de même de cette compagnie, si elle n’est érigée en confrérie. C’est pourquoi il représente à Votre Seigneurie Illustrissime, avec tout le respect qui lui est possible, qu’il semble être à souhaiter qu’il vous plaise ériger ladite assemblée de filles et de veuves en confrérie, sous le titre de Confrérie de la Charité des servantes des pauvres malades des paroisses, et de leur bailler pour règlement les articles suivants, selon lesquels elles ont vécu jusques à maintenant et se proposent de vivre le reste de leurs jours (4).
VINCENT DEPAUL,
supérieur général de la congrégation de La Mission très indigne.
Suscription : A Monseigneur Monseigneur l’Illustrissime et Révérendissime archevêque de Paris.
3) Le saint a supprimé ici un assez long passage de la première supplique, probablement parce qu’il contenait l’éloge de son œuvre.
4). Le règlement sera publié au volume des documents.
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861. — A ANTOINE PORTAIL
Ce 22 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous écris à la hâte de Fontainebleau (1), où je suis venu pour les affaires qui me sont commises, pour vous continuer mes lettres et vous donner de nouvelles assurances de l’affection de mon pauvre cœur pour le vôtre très cher, et pour vous dire, Monsieur, que Monseigneur de Cahors me mande qu’il sera bien aise que vous alliez faire un tour jusqu’à Cahors, pour voir l’état de notre maison et comme toutes choses s’y passent. C’est de quoi j’ai voulu vous prier par ces lignes, afin de vous y en aller au plus tôt que vous pourrez.
Je salue le plus tendrement qu’il m’est possible Monsieur Alméras, Monsieur du Coudray et le reste de la famille, me recommandant humblement à vos prières et aux leurs, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Puisque Monseigneur a cette affection, voyez avec le bon M. du Coudray, que je salue tendrement, s’il est expédient qu’il soit de la partie ; et si cela est, je l’en prie.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, étant à Notre-Dame de La Rose, à La Rose.
Lettre 861. — L s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
1). Résidence de la cour.
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862. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
D’Orsigny, ce 27 septembre 1646.
Monsieur,
Après avoir parlé de diverses affaires relatives à sa congrégation, le saint remercie Jean Dehorgny de l’envoi de François Richad à Gênes :
"Cette petite communauté (1) est en notable considération, à ce que m’a rapporté l’intendant de la Justice de l’armée du roi en Italie."
La petite persécution de Bretagne n’est pas encore apaisée,
"quoique Monseigneur l’évêque (2) et M. le coadjuteur de Saint-Malo (3) soient allés sur les lieux exprès pour cela. Notre prisonnier (4) a été délivré cinq jours après, et la compagnie est éparse par-ci par-là. Notre-Seigneur la rassemblera quand il lui plaira."
863. — A JEAN MARTIN
D’Orsigny, ce 27 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre du 11e de ce mois, avec la consolation
Lettre 862. — Catalogue de vente de M. Laverdet, janvier 1854, n° 1060. Il décrit ainsi l’original : "Lettre autographe signée…, deux pages in-4°, déchirure au haut de la marge extérieure enlevant la fin de sept lignes au recto et le commencement de quatre lignes au verso.
1) La communauté de Gênes.
2) Achille de Harlay de Sancy.
3) Ferdinand de Neufville.
4) Pierre de Beaumont.
Lettre 863. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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que vos lettres ont accoutumé de me donner, tant votre âme m’est chère et ce qui me vient de sa part agréable.
Je loue Dieu de l’arrivée du frère Sébastien et du bon accueil que lui ont fait Messieurs les ecclésiastiques qui sont avec vous, et Monseigneur le cardinal même. Je prie Notre-Seigneur qu’il lui fasse la grâce de les satisfaire toujours et les édifier de ses bons exemples. M. Dehorgny m’a mandé que M. Richard était aussi parti pour venir à Gênes. Je crois qu’il est meshui (1) auprès de vous et qu’il sera arrivé à temps pour vous soulager dans les travaux de l’ordination, au défaut de M. Blatiron, lequel vous dites être toujours arrêté par Madame la maréchale de Guébriant. Je loue Dieu pareillement de ce qu’elle est satisfaite de se, services, et j’approuve volontiers qu’il les y continue pendant qu’elle en aura besoin. Vous ne laisserez pas, moyennant l’aide de Dieu, de bien réussir dans votre conduite et dans vos emplois, parce que l’œuvre de Notre-Seigneur ne se fait pas tant par la multitude des ouvriers que par la fidélité du petit nombre qu’il appelle. Et comme je vous sais plein de zèle et de charité, j’attends aussi de voir réussir de vos soins grande bénédiction, s’il plaît à notre Maître commun vous départir les grâces que je lui demande. Je vous supplie, Monsieur, de lui bien recommander ma pauvre âme, puisque je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
Lettre 863. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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864. — A RENé ALMéRAS, PèRE
De Saint-Lazare [28, 29 ou 30 septembre 1646] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je me prosterne en esprit à vos pieds et vous demande pardon avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, de ce que je vous ai donné sujet, sans y penser, de vous plaindre de moi, de ce que M. Alméras, votre fils, n’est allé prendre congé de vous avant son départ. Je vous ai dit, Monsieur, que j’ai fait cette faute sans y penser ; et il est vrai que je n’y fis point de réflexion pour tout avant son départ.
Voici comme la chose se passa. Nous fûmes longtemps en doute s’il irait à la campagne, tant à cause de son indisposition que dans le doute des lieux où ii irait. Au commencement, nous avions pensée de l’envoyer visiter si peu de maisons que nous avons, à commencer par Sedan, et de là aller à Toul, à Troyes, à Annecy, à Marseille et à Rome, non tant pour faire les visites que pour essayer si ce divertissement lui rendrait la santé. Nous consultâmes sur cela les médecins, qui furent bien d’avis de l’envoyer à la campagne, mais non pas à Rome, si ce n’était qu’il se trouvât en parfaite santé arrivant à Marseille, vers la fin de l’automne. Il se passa ensuite bien
Lettre 864. — L. a. — L’original appartient à M. Morel, entrepreneur à Rouen.
1) Une main étrangère a ajouté à côté de la suscription : septembre 1646. C’est, en effet, la seule date qui convienne à la lettre. Comme la lettre a été écrite après le voyage de Fontainebleau et que le saint n’était pas encore de retour le 27 septembre, nous ne pouvons choisir qu’entre les trois derniers jours du mois.
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du temps à penser à la route de Sedan ; mais, les grandes chaleurs survenant, nous appréhendâmes de l’envoyer de ce côté-là, à cause qu’il n’y a pas des coches pour être à couvert que depuis Troyes ; Ce qui nous fit changer de dessein du jour au lendemain sur l’occasion qui se présenta de l’envoyer à Angers, où il pouvait aller à couvert par le coche jusques à Orléans et de là par la rivière, de sorte que, la résolution prise le soir, il partit le lendemain, sans que je fisse aucune réflexion à l’obligation filiale qu’il avait d’aller recevoir vos commandements ; et je pense que ce fut de même de lui ; pour le moins il ne m’en parla point pour tout. Vous voyez par là, Monsieur, comme ma faute n’est pas volontaire, ains de manque de réflexion à ce que je dois.
La lettre que je vous envoie de mondit sieur votre fils vous fera voir un autre manquement, Monsieur, qui est de l’avoir reçue il y a environ vingt jours, et ne la vous ai point envoyée qu’à présent. C’est encore ici une faute qui ne procède pas tant de mon fait que d’un de nos frères, auquel je l’avais donnée avant mon départ pour Fontainebleau, et lequel oublia de la vous envoyer ; de quoi j’ai été bien étonné à mon retour, que je lui ai demandé s’il la vous avait envoyée. Il m’a dit que non ; et quoiqu’il soit bien soigneux, Dieu merci, il ne l’a pas été en cette occasion ; et je pense que notre soudain départ pour Fontainebleau, où il vint avec moi, en fut cause. Je vous rends compte de tout ceci, Monsieur, afin qu’il vous plaise de croire que je n’ai point manqué en cette occasion de bonne volonté, ains de mémoire, et que par conséquent vous me fassiez la grâce de m’accorder plus volontiers le pardon que je vous demande pour mondit sieur votre fils et pour moi.
Monsieur Portail m’écrit de notre maison de La Rose, du diocèse d’Agen, du 8 de ce mois, que M. votre fils et
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lui ne se sont jamais mieux portés, ce sont ses mêmes paroles, et qu’ils partiraient à huit jours de là pour Marseille, et de là l’un pour Gênes et pour Rome, et l’autre pour Annecy, diocèse de Genève, selon l’ordre que je leur enverrais à Marseille. Or, je suis en doute lequel des deux ira à Rome, ou bien s’ils y iront tous deux. Je vous assure, Monsieur, que Monsieur votre fils n’ira point à Rome, si Monsieur Merlet et notre médecin, M. Vacherot, y jugent le moindre inconvénient du monde. La vie de M. votre fils nous est trop chère, Monsieur, et votre satisfaction aussi. Et quoique les médecins estiment qu’il puisse passer, je manderai néanmoins qu’il ne le fasse pas, si sa santé n’est aussi bonne arrivant à Marseille que lorsqu’il est arrivé à La Rose.
Voilà, Monsieur, notre petite conduite à l’égard de Monsieur votre fils, que j’honore comme Dieu sait, et chéris plus que moi-même, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de La Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Alméras, conseiller du roi et son maître de la Chambre des Comptes.
865. — AU SUPéRIEUR DE LA MAISON DE TOUL (1)
1646.
Nous plaidons le moins que nous pouvons, et quand
Lettre 865. — Collet, op, cit., t. II, p. 236.
1) La maison de Toul eut deux supérieurs en 1646 : Jean Bécu (1642-1646) et Charles Aulent (1646-1647). Celui auquel cette lettre est adressée, dit Collet, "s’était embarqué dans une affaire où il avait échoué" Nous pensons que c’est Jean Bécu.
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nous sommes contraints à plaider, ce n’est qu’après avoir pris conseil et du dedans et du dehors. Nous aimons mieux relâcher du nôtre que de malédifier le prochain (2)
866. — A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION (1)
[Entre le 1er et le 6 octobre 1646] (2)
Ma chère sœur,
]e loue Dieu de ce que vous me dites de la disposition de notre Mère 3 et de ce qu’elle me mande qu’elle ne fera rien à Chartres si ses elles ne l’en prient de la bonne sorte (4) ; et pour ce qui est de La Perrine (5), je regarderai la résolution qui s’y sera prise comme venant de Dieu. Quant à ce que vous me dites, d’aller chez vous pour assister à votre conférence, avant que votre Mère vienne, c’est, ma chère sœur, de quoi je vous prie de m’excuser,
2) Après avoir rapporté ces paroles du saint, Collet ajoute : "Dieu a cependant permis qu’il ait eu quelques procès, qu’il en ait gagné et qu’il en ait perdu ; mais c’est que la Providence voulait faire de lui un modèle pour tous les états et que celui des plaideurs a besoin des grands exemples." A vrai dire, saint Vincent n’a eu de procès que lorsqu’il y a été poussé non par son propre intérêt, mais par l’intérêt des autres. (Cf. lettre 850.)
Lettre 866. — Reg. 1, f° 23 v°, copie prise sur la minute autographe
1) La lettre 873 nous porte à penser que celle-ci est adressée à une sœur du premier monastère de Paris, très probablement à la sœur Louise-Eugénie de Fonteines, qui en était précédemment supérieure
2) L’annonce du retour prochain d’Hippolyte Féret, le sujet même de la lettre et le fait qu’elle a été écrite sur la fin de la retraite annuelle, qui se clôtura le 6 octobre en 1646, ne laissent aucun doute sur la date que nous donnons ici.
3). Hélène-Angélique Lhuillier.
4) On travail ait alors à l’établissement d’un monastère de la Visitation dans cette ville.
5) Au diocèse du Mans. La sœur Louise de Fonteines avait autrefois fait revivre l’observance monastique dans l’abbaye de religieuses établie en ce lieu.
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à cause que je scandaliserais nos gens, si je sortais pendant la retraite. Je vas plus avant, ma chère sœur, et vous prie de faire mes excuses à notre Mère et à votre chère communauté si je n’ai le bonheur de lui continuer mes petits services, tant pource que cette retraite m’a fait voir clair comme le jour que je suis en demeure vers notre compagnie pour m’être appliqué à d’autres soins qu’aux siens, dont j’aurai à rendre compte devant Dieu. Il y a encore une autre raison qui ne me presse pas moins, c’est que la compagnie a pour règle de ne se pas appliquer au soin des religieuses, pour se réserver entièrement au service des pauvres gens des champs ; et cependant me voilà dans La contravention à cette règle. Et pource qu’après moi il est à craindre que l’on ne regarde pas tant la teneur des règles que la façon que j’en aurai usé, c’est ce qui m’oblige consciencieusement à me retirer. Que si j’en ai usé autrement, ce n’a pas été sans syndérèse. Et si j’ai de plus grands embarras (6), j’espère que N.-S. m’en délivrera aussi. Il y a tant d’autres personnes à Paris qui vous serviront avec bénédiction. Voilà M. Féret qui va venir pour être curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (7), et voilà encore M. Abelly. Ce sont des gens qui vous serviront dans l’esprit de notre bienheureux Père (8) et avec plus de grâce que moi incomparablement ; et je m’offre même si les en prier, à condition que votre Mère ni vous ne m’écrirez point, ni ne m’en ferez écrire ni parler par personne pour reprendre l’emploi, et que vous me dispenserez d’aller chez vous, ayant pris résolution de n’y
6) L’emploi au conseil de conscience.
7) Hippolyte Féret était à Alet depuis plusieurs années. Saint Vincent, qui l’avait envoyé auprès de Nicolas Pavillon, le rappelait à Paris, probablement à la demande de l’archevêque Jean-François de Gondi.
8) Saint François de Sales.
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plus aller, vous protestant, ma chère sœur, que ce n’est pas par aucun mécontentement ; oh ! non, je vous en assure devant Dieu, ains que c’est par principe de conscience, par] es raisons que je vous ai dites. Vous n’avez eu que trop de charité et de support pour mes misères. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous en récompense et qu’il me pardonne les fautes que j’y ai faites. Et assurez-vous, ma chère sœur, que je vous honorerai et chérirai en N.-S. autant et plus que jamais et que je serai à la vie et à la mort…
867. — AU CARDINAL GRIMALDI (1)
De Paris, ce 4 octobre 1646.
Monseigneur,
Le sujet de la présente est pour faire un renouvellement de mon obéissance à V[otre] E[minence] et pour la supplier très humblement d’agréer que je lui adresse quelques écrits touchant les deux chefs saint Pierre et saint Paul, lesquels ont été faits par un des plus savants théologiens que nous ayons, et des plus hommes de bien, et qui ne veut pas être nommé (2), Il a fait ces écrits dans le doute s’il les ferait imprimer ; et ayant appris
Lettre 867. — Reg. 1, f° 14 v°, copie prise sur la minute autographe. Une autre minute autographe de la même lettre se trouve aux archives de la Mission. Comme elle présente plus d’une lacune, nous préférons suivre le texte du registre l, et mettre en note les variantes de la minute.
1) Le nom du destinataire nous est connu par les Mémoires du P. René Rapin, Paris 1865, 3 vol. in-8°, t. I, p. 115. I. e cardinal Grimaldi avait été nonce en France.
2) Raoul Allier prétend à tort dans la cabale des dévots, Paris, 1902, in-l6, p. 168, que le saint a en vue François de Raconis, évêque de Lavaur, qui a défendu la doctrine orthodoxe dans deux ouvrages : Examen et jugement du livre de la fréquente communion, Paris, 1644, in-4°, et de la primauté et souveraineté singulière de saint Pierre, Paris, 1645, in-4°. François de Raconis était mort le 6 juillet 1646 et a signé ses écrits.
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par la Gazette de Rome que l’on y examine le livre le l’auteur desdits deux chefs (3), que deux docteurs de Sorbonne, qui sont à présent à Rome (4), soutiennent être la doctrine de leur faculté, et que d’ailleurs la même faculté ayant été informée qu’on lui attribuait cette opinion, s’est assemblée et a député vers Monseigneur le nonce pour désavouer ces docteurs (5), l’assurer du contraire et le supplier de faire en sorte que la prochaine gazette fasse mention que l’on lui attribue à faux cette doctrine (6) ; c’est ce qui a mu ce bon et vertueux personnage à m’apporter aujourd’hui ces écrits, à dessein que je les envoie à Rome, pour servir de mémoire à ceux que Sa Sainteté a députés pour examiner ledit livre. Ils trouveront dans cet ouvrage tous les auteurs allégués pour la prétendue égalité de saint Paul avec saint Pierre, réfutés par les mêmes auteurs dont ils allèguent les passages, tous les uns après les autres (7). Or, à qui puis-je mieux adresser cet ouvrage
3) La doctrine de l’égalité de saint Pierre et de saint Paul, soutenue d’abord dans la préface du livre De la Fréquente communion, avait été combattue, comme nous venons de le voir, par François de Raconis, évêque de Lavaur. Elle fut reprise en 1645 dans deux ouvrages anonymes que les uns attribuent à Barcos, neveu de l’abbé de Saint-Cyran, les autres à Antoine Arnauld : De l’autorité de S Pierre et de S Paul, qui réside dans le Pape, successeur de ces apôtres, et La grandeur de l’église romaine établie sur l’autorité de S. Pierre et de S Paul. L’intervention d’Isaac Habert, théologal de Paris, et de dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant, en faveur de la doctrine traditionnelle provoquèrent en 1646 les Esclaircissements de quelques objections qu’on a formées contre le livre de La grandeur de l’église romaine.
4) Les évêques qui avaient approuvé le livre De la fréquente communion, envoyèrent à Rome, pour empêcher la condamnation de cet ouvrage, Jean Bourgeois et Jérôme Duchesne.
5). Les mots désavouer ces docteurs manquent dans la minute.
6) Informé par le nonce Mar Bagni que Jean Bourgeois et Jérôme Duchesne prétendaient à Rome que la doctrine du livre de Barcos avait l’approbation de la Sorbonne, Nicolas Cornet, docteur de Navarre et syndic de la Faculté, en informa ses collègues, qui s’émurent de cette imputation et condamnèrent sur-le-champ l’erreur qu’on leur attribuait. (Cf Rapin, ibid).
7) Cette phrase, à une petite modification près, on trouvera, au
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qu’à V[otre] E[minence], Monseigneur, pour en faire faire l’usage que ce bon docteur souhaite (8), puisque V[otre] E[minence] est le prince et protecteur des choses de notre sainte religion, et qui m’avez fait l’honneur de me mander que je m’adressasse à V[otre] E[minence] en tous les affaires qui regarderont le service de Dieu ? Cela me fait espérer, Monseigneur, qu’elle ne l’aura pas désagréable, ni que je m’arroge toujours la qualité qu’elle me souffre de son très humble et très obéissant serviteur (9).
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission
Ce bon docteur sera consolé s’il plaît à V[otre] E[minence] de me faire l’honneur de me faire écrire la réception et le succès de ses mémoires (10).
lieu de ils trouveront a été écrite par le saint lui-même au dos d’une lettre à lui adressée par le cardinal Mazarin le 7 septembre 1646. On a ajouté au-dessous : "Nota quod haec verba sunt scripta manu Vincentii a Paulo. Videtur quod opus illud de quo loquitur servus Dei fuerat editum a D. Le Maitre, de quo sermo est in libris Dupin… liber Magistri Morel, doctoris Sorbonici, edit apud Recolet ann ; 1646, in aquo falsificationis textuum…" (Cf. Rupin, op. cit., t 1, pp 114-115)
8). Le saint avait écrit dans la minute, à la suite de ces mots, quelques lignes, qu’il a ensuite raturées pour tourner autrement sa phase Les voici : "que ce bon docteur… l’auteur prétend que je… derechef au dire du public, des plus savants du monde et des plus hommes de bien. Je vous supplie très humblement l’avoir agréable, Monseigneur, et de me faire souffrir toujours la qualité, grâce que Votre éminence m’a fait espérer, qui est de me tenir pour son très humble et très obéissant
9) Nous trouvons ici encore dans la minute trois lignes raturées
"Ces opinions, Monseigneur, troublent toujours un peu l’église de deçà, non pas pourtant avec la chaleur, si me semble, qu’elles faisaient au commencement ; et après Dieu ce qui semble y avoir le plus contribué, c’est la Bulle de Sa Sainteté."
10) La doctrine des deux chefs fut censurée par Innocent X, le 24 janvier 1647, comme dangereuse et opposée à la constitution de l’église ; mais la condamnation de Rome ne mit pas fin à la polémique. (Cf. Histoire ecclésiastique du XVIIe siècle par Louis Ellies Dupin, Paris, 1714, 5 vol. in-8°, t. II, p. 145 et suiv.)
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868. — A MONSIEUR DESGORDES
De Saint-Lazare, ce 4 octobre 1616.
Monsieur,
Madame Desgordes, votre mère, et Messieurs vos parents ayant désiré que je leur adresse, et à vous, Monsieur, un ecclésiastique pour être auprès de vous et vous servir à vos études. J’ai fait voir à Madame votre mère M. Le Noir, présent porteur, ecclésiastique de cette ville, laquelle l’agrée. Il a les qualités requises pour cela, et j’espère, Monsieur, que vous en aurez pleine satisfaction, après que vous l’aurez connu. Au nom de Dieu, Monsieur, recevez-le et obéissez en cela à madite dame ; la nature vous y oblige, Dieu vous le commande, et vous savez, Monsieur, que c’est l’intention de la cour ; et je vous puis assurer que la reine en aura une particulière satisfaction et que, s’il se présente jamais occasion de vous servir, que je le ferai de très bon cœur, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
869. — A ANDRé PRAT, CONSUL DE FRANCE, A SALé
De Paris, ce 5 octobre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne puis vous exprimer, Monsieur, la reconnaissance
Lettre 868. — La — La minute de cette lettre appartient aux Filles de la Charité de Castelsarrasin.
Lettre 869. — L. a — Bibl. Nat, n. a. f. 3533, pièce 395, minute.
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que j'ai de la charité dont il vous plaît honorer notre petite compagnie, de la vouloir employer au service de Dieu, à l'assistance de nos pauvres esclaves de Salé et à votre service. Je vous en remercie très humblement, Monsieur, et vous offre les petits services de notre petite compagnie et les miens avec toute l'humilité et l'affection que je le puis.
Je ne sais que dire au procédé de ce bon Père qui a gagné le devant (1), Monsieur, sinon que nous avons pour maxime de céder aux autres les bonnes œuvres qu'ils s'offrent à faire, estimant avec sujet qu'ils les feront mieux que nous. Et puis, nous craignons qu'il arrive quelque contestation sur le lieu et que cela ne soit plutôt à scandale qu'à édification aux chrétiens et aux infidèles. Que s'il arrive que Monsieur votre fils (2) n'ait pas reçu ce bon Père, ou si son voyage ne tend qu'au rachat des esclaves, ainsi qu'il l'a dit en partant, à ce qu'on m'a mandé, en ce cas ou semblable très volontiers nous ferons ce que vous commanderez, qui êtes choisi du roi et par conséquent de Dieu pour faire connaître sa volonté par la vôtre en ces occasions ; et si, en reconnaissance de cette obligati[on, se] présente quelque occasion de vous honorer, nous le ferons très volontiers, Monsieur.
Nous prierons Dieu cependant pour la c[onservation] de votre personne et celle de M. votre [fils, qui] vous représente à Salé, à ce qu'il vous conserve tous deux et sanctifie de plus en plus votre chère âme et celles du reste de votre famille, et suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
1) Un Récolle.. (Cf. 1. 870.)
2).Henri Prat. Il succéda à son père le 20 octobre 1648.
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