Correspondance (page 34)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

870. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A LA ROSE

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Te reçus hier deux de vos lettres, l’une du 21 et l’autre du 22 de septembre. Je m’en vas écrire à M. [du Coudray]. Je vous envoie la présente par homme exprès. Mon Dieu ! Monsieur, que ferons-nous ?.. Vous nous dites de faire revenir cette personne (1) de ses opinions (2), Il n’y a pas d’apparence, à cause de la qualité de son esprit et que déjà il en est venu là d’estimer que les conciles ont moins bien entendu les Saintes écritures. De le mettre en retraite, il n’est pas de la trempe de son esprit. L’autre (3) est pituiteux et changement ; celui-ci un peu atrabilaire et arrêté. De le tenir, cela est fâcheux, et fâcheux encore de le renvoyer ; et néanmoins, toutes choses considérées, on sera contraint d’en venir là. Vous verrez par celle que je lui écris, que je vous envoie ouverte et que vous cachetterez ensuite de notre cachet, comme je le prie de se rendre à Richelieu, où je me propose de tâcher de l’aller voir et d’aviser à ce qu’il faudra faire. Vous la lui donnerez quand et de la manière que vous le jugerez à propos. Et, quoi qu’il dise ou fasse, demeurez toujours dans l’esprit de douceur et d’humilité.

Pour M. Boucher, s’il le veut suivre, vous lui direz qu’il

Lettre 870. — Lettre et Conférences de S. Vincent de Paul (supplément), p. 61, 1. 3O4O. L’éditeur reconnaît avoir eu sous les yeux une copie fautive.

1). François du Coudray.

2) La lettre 885 nous en fait connaître quelques-unes

3) Léonard Boucher.

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faut ordre de moi pour cela. Il n’est pas expédient qu’il l’accompagne ; que s’il le fait par lui-même, nous verrons.

Quant à celui que vous laisserez à sa place, ce que vous me dites de M. Dufour à Cahors et de M. Delattre à La Rose n’est pas faisable du côté dudit sieur Dufour ; cela mortifierait trop Monseigneur de Saintes. Mais voyez ce qui m’est tombé dans la pensée : c’est de mettre M. Testacy à Cahors, si Monseigneur l’agrée et si vous n’y voyez pas de l’inconvénient, eu égard à sa conduite et à la proximité de sa bonne mère (4). Il paraît homme de bon sens, fidèle à ses pratiques, formé et entendu aux affaires. [Il est vrai que ce] fut hier qu’il vient d’être fait prêtre et que [peut-être on] aura peine de le voir d’un plein saut [arriver] à un premier emploi ; mais comme Messieurs…. sont bons et sans ambition, vous le leur pourriez faire trouver bon par la considération de l’intelligence qu’il a aux affaires. Quant à Monseigneur de Cahors, peut-être l’y trouverez-vous disposé ; sinon, nous tâcherons de vous envoyer M. Grimal ou M. Dufestel (5) ou M. Berthe. J’avais pensé à M. Bourdet ; mais je pense que nous l’enverrons en Hibernie, où nous sommes pressés d’envoyer des missionnaires du pays, sous la direction d’un supérieur français. Ils pourront partir dans quinze jours, si M. Bourdet est prêt. Il vous restera là M. Rivet (6) un bon petit prêtre de Normandie (7), M. des

4) Charles Testacy était de Condom.

5) Ce nom ne doit pas se trouver sur l’original François Dufestel avait quitté la compagnie et obtenu la cure de Saint Omer-de-Villers. Il n’y a guère apparence qu’il ait demandé sa réadmission ; car nous ne retrouvons plus son nom dans la correspondance du saint.

6) Louis Rivet, né à Houdan (Seine-et-Oise) le 19 février 1618, entré dans la congrégation de la Mission le 13 juin 1640, reçu aux vœux le 16 octobre 1642, ordonné prêtre le 19 septembre 1643. Il fut placé à Richelieu en 1646, puis au séminaire de Saintes, qu’il dirigea pendant plusieurs années (1648-1650, 1656-1662, 1665-1675).

7), Guillaume Michel.

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Noyelles. M. Le Soudier (8), [destiné] pour la Barbarie, est encore à Marseille, dans le doute s’il passera, et par suite du rencontre d’un Récollet, qui l’a supplanté ; et puis, nous étions en doute lequel, de lui ou de M. Lesage (9), partirait.

Que si M. Le Soudier ne va pas à La Rose, M. Cuissot (10), qui va à sa place et fait fort bien à présent, ira à La Rose et M. Perraud (11) à Saintes. Nous tâcherons d’envoyer au plus tôt les autres.

Nous voilà rétablis pour la deuxième fois à Saint-Méen, par arrêt du Conseil ; mais le parlement, dont le commissaire qui a chassé les nôtres (12) et le procureur général (13) ont ajournement, a mis un tel sévice (?) qu’on juge que nous n’aurons jamais repos en cette province-là, si l’on ne s’accommode à cet emploi (14). M. Codoing, que nous y avons envoyé (15), travaille…

Monseigneur de Cahors m’a mandé qu’il désirait que vous fassiez la visite chez lui. Il vous déchargera [son cœur]. Il a un peu de peine contre [nous]. Je pense

8) Jacques Le Soudier

9). Jacques Lesage, ne à Auffray (Seine-lnférieure, entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 7 octobre 1639, à l’âge d’environ vingt-cinq ans, reçu aux vœux le 26 novembre 1645. Il s’embarqua pour Alger en janvier ou février 1648 et s’adonna tout entier, sans regarder les fatigues et les dangers, au ministère des pauvres esclaves. Après une visite. aux pestiférés, il fut lui-même atteint par le terrible mal, qui l’emporta le 12 mai 1648.

10) Jean Cuissot. Nous verrons plus loin qu’il fut placé à Saintes.

11). Hugues Perraud, né à Arguel (Doubs) le 4 octobre 1615 entré dans la congrégation de la Mission le 5 janvier 1640, reçu aux vœux le 23 mars 1644, ordonné prêtre en 1646. Il fut placé à Saintes (1646), à Richelieu (1651) et mourut à Paris le 26 décembre 1659.

12). M. de La Touche_Frélon, conseiller au parlement.

13). M. Huchet de la Bédoyère.

14). Cette phrase est bien obscure et bien incorrecte. Elle ne doit pas reproduire fidèlement l’original.

15). En qualité de supérieur.

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que je ne l’ai pas assez servi, au gré de ces bons Pères (16) au procès qu’ils ont ici.

Vous n’avez jamais rien fait plus à propos que de rester à La Rose jusqu’à ce que toutes les choses soient au meilleur état que vous les pourrez mettre.

Je pense que nous n’aurons pas de difficulté à faire changer ce que vous et M. Dehorgny trouvez à propos de changer aux offices que vous me marquez, ni aux autres. Je ne laisserai pas de presser le coadjuteur (17), qui est bien long.

Nous sommes environ quarante en retraite. J’assiste à la bande des prêtres ; Dieu m’a donné des forces pour cela. Voici le huitième jour. Il n’y aura que notre visite, que j’ai pensée de différer à votre retour, que je prie Dieu qu’il soit au plus tôt que faire se pourra.

Je vous écrirai à Marseille et vous y enverrai les règles communes en latin.

J’embrasse cependant cette petite communauté avec toute l’humilité et l’affection que je le puis.

M. Bourdet m’a fait de grandes excuses de ce qu’il vous a contredit, et proteste de son obéissance aux ordonnance (18). S’il ne va en Hibernie, nous le pourrons envoyer à La Rose, si vous n’arrêtez l’un ou l’autre de ceux que je vous ai marqués.

J’ai écrit à Monseigneur de Cahors, en suite de ce qu’il avait mandé, de rappeler M. Delattre, que j’avais pensée de le lui reprendre, que vous n’en aviez point d’autre qui entende les affaires que lui, et que nous ferons néanmoins ce qu’il recommandera.

16) Les religieux des monastères qui dépendaient de l’abbaye de Chancelade.

17) Jean-François-Paul de Gondi, plus tard cardinal de Retz.

18) Aux ordonnances de la visite laissées par M. Portail à Saint-Méen

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871 — A FRANçOIS DU COUDRAY (1)

[6 octobre 1616] (2)

Je ne puis, non, je ne puis, mon cher petit Père, vous exprimer la douleur que j’ai de vous contrister. Je vous supplie de croire que, si ce n’était l’importance des choses, j’aimerais mille fois mieux en porter la peine que vous la donner.

872 — ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR A GENES, A SAINT VINCENT

Nous avons écrit, de la part de M. le cardinal Duranzo archevêque de cette ville, à tous les archiprêtres des lieux où s’est faite la mission, de donner avis à tous les curés et prêtres de leur archiprêtré que les exercices spirituels se doivent commencer à tel jour en la raison de la Mission et loue tous ceux qui voudraient se servir de cette bonne occasion se pourraient tendre ici à telle heure. Plusieurs sont venus et se sont déjà retirés. le ne vous puis exprimer la grande consolation qu’ils ont revue, ni l’abondance des grâces que Notre-Seigneur leur a communiquée, ni la grande modestie et le silence exact qu’ils ont observés, ni leur humilité et sincérité à rendre compte de leurs oraisons, ni les conversions admirables et presque miraculeuses qui s’y sont faites.

Entre autres il s’y est trouvé un curé qui m’a dit, et presque eu public qu’il était venu, pensant se moquer, et plutôt par hypocrisie que par dévotion, afin que M. le cardinal lui procurât quelque augmentation de revenu. Il a dit de plus que la Mission n’a pas eu de plus grand ennemi que lui, qu’il en

Lettre 871. — Collet, op. cit., t. II, p. 162.

1) Collet dit que la lettre dont nous avons ici un extrait a été adressée à un missionnaire. L’expression mon cher petit Père, nous permet d’affirmer que ce missionnaire est François du Coudray.

2) L’extrait ci-dessus convient bien aux circonstances dans lesquelles fut écrite la lettre du 6 octobre 1646 adressée à François du Coudray et annoncée à M. Portail dans la lettre 870

Lettre 872. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. IV, 1er éd., p. 290.

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avait dit tout le mal qu’il s’était pu imaginer, et même de Son éminence. C’était un homme fort adonné au vice, qui avait obtenu un bénéfice par simonie, reçu les ordres sans aucun titre que ce bénéfice, exercé les ordres, administré les sacrements, fait tous les offices curiaux et demeuré plusieurs années en cet état ; un homme de négoce et d’intrigue, etc. Mais enfin Dieu l’a touché, et l’a touché très efficacement : il s’est converti, il a pleuré, il s’est humilié et a donné de grands témoignages de son changement. Tous ceux qui l’ont vu dans ces exercices, ou qui en ont entendu parler sont restés extrêmement édifiés ; et nous ne le sommes pas moins de tous les autres, qui ont fait beaucoup de fruit, chacun selon ses besoins.

De vous dire maintenant, Monsieur, combien grande a été la joie et la consolation qu’en a reçue Son éminence, certes, les larmes qui sortaient de ses yeux, quand quelques-uns de ces Messieurs lui ont dit leurs sentiments, le peuvent mieux témoigner que mes paroles ; ce qui a fait un tel éclat dans la ville et encore aux environs, que plusieurs autres se présentent pour venir faire le même.

873. — A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION (1)

Ce jour saint Denis (2) [1646 (3)]

Ma chère Mère,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais Le sujet, ma chère Mère, pour lequel je vous ai prié de faire mes excuses à Madame Fouquet (4) de ce que je

Lettre 873. — Reg. 1, f° 34, copie prise sur la minute autographe.

1) Très probablement Marie-Agnès Le Roy, supérieure du second monastère de Paris.

2) 9 octobre.

.3) Dans sa lettre du 19 mai 1647 à la Mère Catherine de Beaumont, saint Vincent dit qu’il a essayé de se décharger, sept ou huit mois auparavant, des fonctions qu’il remplissait auprès des monastères de la Visitation. Il y a donc lieu de croire que celle-ci est de 1646 Cette conclusion se trouve corroborée par ce fait que sœur Madeleine-Augustine, la dernière des filles de Madame Fouquet, religieuse au second monastère de la Visitation, fit profession en 1646.

4) Née Marie de Maupeou. Saint Vincent disait que "si par malheur l’évangile était perdu, on en retrouverait l’esprit et les maximes dans les mœurs et les sentiments de Madame Fouquet" Il

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ne pouvais assister à la profession de notre chère sœur sa fille (5), et de prendre tel autre que vous et elle choisirez, est de ce que la retraite que je viens de faire m’a fait voir que je ne puis satisfaire à mon obligation vers notre compagnie et au service que je dois à votre maison, et d’ailleurs que, notre petite congrégation ayant pour règle que nous ne nous appliquerons point au service des religieuses, afin de n’être pas détournés du service que nous devons au pauvre peuple des champs, je me sens obligé en conscience de l’observer, pource qu’on ne se réglera pas tant par la teneur de nos règles à l’avenir que par la façon que je les aurai observées ; que si j’en ai usé autrement, ce n’a pas été sans quelque syndérèse, quoique l’on me l’eût promis pour quelque temps, à cause de l’affection que j’ai pour votre saint Ordre ; et si j’ai de plus grands embarras (6), j’espère que N.-S. m’en délivrera aussi. C’est ce qui fait, ma chère Mère, que je vous supplie très humblement d’agréer de bon cœur la résolution que j’ai prise de me retirer, et de penser à quelqu’autre qui vous serve de Père spirituel. Il y a tant de personnes à Paris qui sont pleines de l’esprit de Dieu et de celui de notre bienheureux Père (7), et qui vous serviront avec bien plus de grâce de Dieu que moi.

ajoutait : "Elle rend la piété si aimable qu’elle anime tout le monde à s’y attacher." (Année sainte, t. I, p. 627.) La nouvelle de la disgrâce de son fils lui arracha ce cri : "Je vous remercie, ô mon Dieu. Je vous avais demandé le salut de mon fils ; en voilà le chemin."

5) Madeleine-Augustine Fouquet, alors âgée de seize ans. Du second monastère elle passa au troisième, lors de sa fondation. Elle y fut conseillère pendant trente ans et successivement directrice, assistante et économe. Trois de ses sœurs, Anne-Madeleine, Elisabeth-Angélique et Marie-Thérèse étaient religieuses au premier monastère. une autre, Louise-Agnès, fut avec elle d’abord au second, puis au troisième. Elle mourut le 2 novembre 1705, à l’âge de soixante-quinze ans. L’Année sainte nous a transmis le souvenir de ses vertus.

6) L’emploi au conseil de conscience.

7) Saint François de Sales

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874. — RENé ALMERAS, PèRE, A SAINT VINCENT

[Octobre 1646] (1)

Quand je considère de quelle sorte et acquiescement je consentis à la vocation de mon fils, sans que les tendresses naturelles m’aient empêche de le consigner en vos maîtres, que, depuis près de dix ans, je n’ai exigé aucune visite, ni aucun des devoirs que les enfants doivent à leurs pères ; que je ne lui ai jamais parlé de sa vocation qu’en l’approuvant et me réjouissant de l’y avoir si bien confirmé, je vous proteste devant Dieu, qui est le scrutateur des cœurs, que je ne trouve rien à redire aux desseins que vous avez sur la personne de mon fils, aux commissions et aux emplois que vous lui donnez, ni aux voyages que vous lui faites faire, fussent-ils jusques aux Indes, croyant assurément que vous ne faites rien en tout cela que pour la gloire de Dieu. Et ayant une fois, qui fut la première que je vous le menai, déposé entre les mains de Dieu et les vôtres l’autorité paternelle que j’avais sur lui, pour vous en rendre le maître absolu, je ne puis ni ne dois révoquer l’offrande que j’en ai si volontairement faite. Ainsi il me reste seulement à prier Dieu qu’il bénisse ses actions, qu’il fasse prospérer ses voyages, et vous, Monsieur, de me donner quelque part à vos prières.

875. — A ANTOINE PORTAIL

De Paris, ce 13 octobre [1646] (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit [avec vous pour] jamais !

La présente est pour vous [assurer de ce que] je vous ai

Lettre 874. — Vie manuscrite de M. Alméras, p. 15. (Cf. Notices, t. III, p. 234.)

1), L’auteur de la notice imprimée date cette lettre de 1647. L’auteur de la notice manuscrite se contente de dire que René Alméras, père, l’écrivit "pour répondre aux excuses" que saint Vincent "lui avait faites de ce que son fils était allé à Rome sans lui en donner avis ni prendre congé de lui". C’est donc non loin de la lettre 864 qu’il faut placer celle-ci.

Lettre 875. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1) Le contenu demande cette date.

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dit par ma dernière [lettre touchant] la personne dont est question (2), et [aussi pource] que j’ai écrit à Richelieu qu’on le re[çoive avec] le respect et la cordialité qu’il mérite. Vous en userez pour cela et pour toutes choses selon que votre prudence jugera à propos. Notre frère Champion (3) m’a dit la même chose que vous touchant l’ascension et la croix de Notre-Seigneur. Il sera bon que vous en fassiez un mot d’information à votre nom, faisant mention des erreurs du personnage, et que vous receviez les dépositions de M. Alméras et des autres qui lui ont ouï dire et soutenir cet erreur ; et faudra que vous et eux le signiez et que vous me l’envoyiez cacheté.

Vous avez bien fait de prendre les cent écus qu’on vous a mis en main ; nous les rendrons en cette ville.

Et il faudra que vous fassiez la visite à Cahors. Que si M. Delattre est destiné à La Rose et M. Testacy à Cahors, vous m’en donnerez avis, afin que nous en louions Dieu, si vous l’avez fait ; sinon, que nous vous envoyions quelqu’un pour diriger La Rose.

Voilà ce que je vous puis dire pour le présent en hâte, qui suis, à vous et à M. Alméras, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à La Rose.

2) François du Coudray.

3) Il y avait alors deux Champion dans la compagnie Louis clerc, et René, frère coadjuteur. Nous pensons qu’il s’agit ici de Louis Champion, né à Châteaudun, entré dans la congrégation de la Mission le 12 avril 1643, à l’âge de vingt ans, reçu aux vœux le 17 juin 1646. Il n’était encore que tonsuré en 1650 et enseignait néanmoins la morale aux Bons-Enfants. Il fut supérieur à Montmirail de 1652 à 1654 et passa de là à la maison de Marseille, où il était en 1655

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876. A EDMOND DWYER, éVêQUE DE LIMERICK (1)

PREMIèRE RéDACTION

De Paris, ce 15 [octobre 1646] (2)

Monseigneur,

Voici enfin huit missionnaires (3), qu [i s’en vont] en Hib[ernie Parmi eux], les cinq sont hibernois, [un prêtre et un clerc français] et un frère anglais. Le p[rêtre français va pour] diriger la compagnie, selon l’avis de feu M. Skyddie, qui me manda, avant mourir, qu’il croyait qu’il en fallait user de la sorte ; et le clerc a [appris] le chant. Les uns et les autres craignent et aiment Dieu et ont du zèle pour le salut du prochain, par la grâce de Notre-Seigneur. Ils s’en vont se jeter à vos pieds, Monseigneur, et s’offrir au service de V[otre] S[eigneurie] Illustrissime et de Nosseigneurs les prélats, auxquels ils pourront rendre quelque petit service avec le temps. Nous en élevons ici d’autres, que nous vous pourrons envoyer quand ils seront formés, s’il se trouve le moyen de les faire subsister par l’affectation de quelque bénéfice, sans qu’ils soient à charge au peuple auquel ils iront faire la mission. Et plût à Dieu, Monseigneur, que je fusse digne d’être de la partie ! Dieu sait de quel cœur j’irais et de quelle affection je lui offre cette petite troupe, et à vous,

Lettre 876. — L a — Dossier de la Mission. Après une première minute, qui ne le satisfit pas, saint Vincent en écrivit une seconde de sa main. Nous donnons ici les deux rédactions.

1) Richard Arthur, évêque de Limerick, mort le 23 mai 1646 avait eu pour successeur son coadjuteur Edmond Dwyer, qui traversa les mauvais jours de la persécution religieuse en donnant l’exemple d’une foi inébranlable et d’un courage sans égal Obligé de s’exiler après la chute de Limerick, il mourut à Bruxelles deux ans après, en 1654.

2) Mois et année du départ des missionnaires pour l’Irlande.

3) Les noms sont donnés dans la lettre 877.

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Monseigneur, mon obéissance perpétuelle (4) ! Je vous supplie, très humblement, Monseigneur, de l’avoir agréable.

DEUXIèME RéDACTION

Je me donnai l’honneur de dire à Votre S [eigneurie] Illustrissime étant en cette ville, l’ordre que j’avais reçu de la part de notre Saint-Père d’envoyer quelques missionnaires de notre compagnie en Hibernie. Divers embarras nous ont empêchés de les envoyer plus tôt. En voici huit, Monseigneur, qui s’en vont se prosterner à vos pieds, vous demander votre sainte bénédiction (5).

L’on nous dit ici des merveilles de la conduite de V [otre] S [eigneurie], Monseigneur, et que d’elle seule, après celle de Dieu, viennent les heureux succès de la religion et de l’état en ces pays-là. Hélas ! Monseigneur, cela n’est pas malaisé à croire à ceux qui ont eu le bonheur d’approcher V (otre) S [eigneurie], comme moi, qui ne suis jamais sorti d’auprès d’elle qu’avec la pensée que l’esprit de Dieu et sa sainte opération résident en elle. S’il plaît à Notre-Seigneur de faire réussir la chose selon vos saintes intentions, votre mémoire en sera immortelle en la terre et au ciel. C’est de quoi je le prie, Monseigneur, qui me donne l’honneur de baiser les mains sacrées de V [otre] S [eigneurie] Illustrissime, prosterné en esprit à ses pieds, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère…

4) Saint Vincent a eu de la peine à trouver sa phrase. Il avait d’abord écrit "de quel cœur je travaillerais, selon les commandements desquels il plairait à Votre Seigneurie Illustrissime m’honorer", puis "de quel Cœur j’irais sous vous, Monseigneur"

5) Quand il eut terminé sa seconde minute, le saint, mécontent, ratura tout ce qu’il avait écrit, sauf les mots qui précèdent, et remplaça la partie raturée par Ce qui suit

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877. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A LA ROSE

[De Paris, ce 20 octobre 1646] (1)

Monsieur,

J’ai été bien consolé de vos dernières lettres, écrites de Cahors, et je suis en attente du succès. Je vous ai moi-même écrit deux fois à Cahors, et, après avoir répondu à vos questions, je vous disais, en outre, ce que je pense que vous deviez faire à La Rose, et notamment de faire en sorte que le personnage dont est question (2) vienne à Richelieu, et aviserons s’il le faudra faire venir ici.

Je vois bien, de la façon que vous me parlez de M. Testacy, qu’il ne faut tenter ce que je vous ai écrit par ma dernière, de lui confier la direction de La Rose, ni celle de Cahors. Il faut espérer que Notre-Seigneur fera ce qui sera pour le mieux. J’étais en pensée d’y envoyer M. Lucas ou M. Grimal, ou bien M. Le Soudier le jeune (3), lequel je doute qu’il aille en Barbarie, y ayant un Récollet

Lettre 877. — Pémartin, op. cit., t. 1, p. 591 lettre 505. Il a pris son texte sur l’original chez M. Charavay.

1) Nul doute que cette lettre ne soit d’octobre ou de novembre 1646. Pendant ces deux mois, le saint écrivit chaque semaine à M. Portail. Nous avons ses lettres du 6, du 13 et du 27 octobre, ainsi que celles du 3, du 10 et du 23 novembre, qui fut suivie de celle du premier décembre. La lettre ci-dessus semble donc devoir se placer ou le 20 octobre ou le 17 novembre. Les deux premières phrases porteraient à préférer cette dernière date ; mais ce qui suit ne peut convenir qu’à la première. C’est à cette dernière solution que nous nous arrêtons. La difficulté que soulèvent les premières lignes s’évanouirait vraisemblablement si nous pouvions consulter l’original. M Charavay écrit dans son catalogue en signalant cette lettre : "Déchirure dans un angle, emportant un certain nombre de mots." M. Pémartin a eu le tort de suppléer aux mots qui manquaient par des mots de son choix, sans séparer par des crochets ce qu’il supposait de ce qu’il lisait. Nous le soupçonnons d’avoir écrit Cahors là où il y avait La Rose et deux fois là où il fallait deux ou trois fois.

2). François du Coudray.

3). Jacques Le Soudier.

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qui l’a supplanté, a pris le devant et la condition qui lui était destinée à Salé. Un mot de votre avis sur tout cela, s’il vous plaît, le plus promptement que vous le pourrez.

M. Brin, M. Barry (4), le frère [O’Brien] (5), le frère Leclerc (6) et notre frère Patriache (7) sont partis pour l’Hibernie et doivent prendre MM. Le Blanc et Duiguin (8) et le frère Vacher (9) au Mans et peut-être M. Bourdet en

4.) Edme Barry, né au diocèse de Cloyne, en Irlande, le 24 juin 1613, ordonné prêtre à Cahors en 1639, reçu dans la congrégation de la Mission le 21 juillet 1641. Il fit les vœux à Saint-Lazare quelques jours avant de partir en Irlande, d’où il revint en 1652, après la prise de Limerick par l’armée de Cromwell. Il dirigea le séminaire du diocèse de Montauban de 1656 à 1664 et de 1675 à 1680, année de sa mort.

5) M. Pémartin écrit Aubriez. Il s’agit certainement de l’Irlandais Dermot O’Brien, né à Emly entré dans la congrégation de la Mission le 23 octobre 1645, à l’âge de vingt-quatre ans, mort prêtre en novembre 1649.

6). Pierre Leclerc, frère coadjuteur, né à Meaux le 24 juin 1624 entré dans la congrégation de la Mission le 28 avril 1644, reçu aux vœux le 21 novembre 1646.

7) Salomon Patriarche, né à l’île de Jersey, entré dans la Congrégation de la Mission, comme frère coadjuteur, le 24 juillet 1642, à l’âge de vingt-deux ans, reçu aux vœux en 1646. Il revint en France en 1649 à la suite de troubles cérébraux, fut placé à Saint-Méen et perdit complètement la raison en 1651.

8). Dermot Duiguin (ou Duggan), né en Irlande, entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 26 août 1645, à l’âge de vingt-cinq ans. Il revint en France en 1648, mais pour repartir deux ans après en Ecosse, où il passa le reste de sa vie, au milieu de dangers sans nombre, animé du zèle des apôtres et du courage des martyrs. Il mourut le 17 mai 1657 dans l’île de Uist, où une. ancienne chapelle porte encore son nom et rappelle son souvenir. (Notices, t. III, pp. 114-121.)

9). Philippe Le Vacher, né à écouen (Seine-et-Oise) le 23 mars 1622, entré dans la congrégation de la Mission le 5 octobre 1643, reçu aux vœux le 5 août 1646. Rappelé en France en 1649, il fut envoyé à Marseille, y fut ordonné prêtre le 2 avril 1650 et s’embarqua pour Alger avec les titres de vicaire apostolique et de grand vicaire de Carthage. De retour en France en 1657, il quêta en faveur des esclaves. Son absence, qui devait être de quelques mois, dura deux ans. Il repartit en septembre 1659, rentra de nouveau dans son pays, puis accompagna à Alger en 1661 le frère Dubourdieu, qui allait prendre la place du frère Barreau consul de France dans cette ville. Il paya les dettes de ce dernier, arrangea diverses affaires et quitta définitivement la Barbarie en 1662, en compagnie de soixante

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Bretagne (10) Nous avons été pressés et du côté de Rome et des prélats du pays pour cela, et c’est pour ne faire aucune autre fondation de longtemps ; car nous avons disposé de tous ceux qui pouvaient travailler.

Je trouve que vous avez raison de faire partir le bon M. Alméras pour Annecy, si sa santé lui permet le voyage. Pourtant je fais attention à ce que vous me marquez, et vous pouvez lui dire que, s’il sent quelque tendance à éprouver les fatigues de l’année passée, il vaut mieux ne séjourner que peu de temps à La Rose et aller à Richelieu, d’où il sera prêt à revenir, et envoyer quelque autre à Annecy et aux autres maisons, où l’on demande incessamment qu’on les visite. Le capital que je vous prie de regarder ici, c’est la santé ; Notre-Seigneur pourvoira au reste.

Vous apprendrez à Marseille la faute qu’a faite le frère Barreau, consul d’Alger, de s’être obligé au payement de quarante mille livres, pour la rédemption de quelque captif, contre l’expresse défense qu’on lui en avait faite (11) Cet affaire nous met en peine. Et ce qui

dix esclaves, qu’il venait de racheter Il fut placé à la maison de Fontainebleau, où il mena jusqu’au 5 août 1679, jour de sa mort, la vie la plus exemplaire. (Notices, t. III, p. 595-606.)

10). Abelly nous a conservé (op. cit, t. II, p. 187) les avis que saint Vincent donna de vive voix aux missionnaires qui le quittaient pour aller travailler en Irlande. Après un arrêt forcé à Nantes, où ils occupèrent leurs loisirs auprès des pauvres et des malades, ils s’embarquèrent sur un vaisseau hollandais, qui les conduisit sans incident au terme de leur voyage. Là, ils se partagèrent en deux groupes pour évangéliser, les uns le diocèse de Limerick, les autres celui de Cashel

11) Le frère Barreau avait eu la faiblesse de s’engager pour un religieux de la Merci, le Père Sébastien Brugière, qui, après s’être imprudemment couvert de dettes pour libérer des esclaves, avait été poursuivi par ses créanciers, jeté dans un cachot, puis, vu l’état de sa santé, enfermé dans la maison du consul, avec défense d’en sortir. (Dan, Histoire de Barbarie et de ses corsaires, Paris 1649, p. 151 ; Documents algériens, Certificat des souffrances du Père Sébastien, dans la Revue africaine, t. XXXV, 1891.

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est plus fâcheux, c’est que le bon M. Nouelly (12) l’avait conjuré de ne le pas faire une heure auparavant. Je vous prie de faire célébrer une messe [par] (13) chacun de la famille de La Rose pour cela, comme aussi pour la mission d’Irlande. L’on est rétabli dans Saint-Méen par l’ordre du roi ; mais je ne sais pas si cela durera. Nous venons de faire nos retraites avec fruit, par la grâce de Dieu, en l’amour duquel je suis…

878. — AU MARQUIS DE MIREPOIX, GOUVERNEUR

DU COMTé DE FOIX

De Paris, ce 20 (octobre 16461).

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit [avec vous pour jamais !]

Je vous fais ici un renouvellement des (offres de mon) obéissance avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de l’avoir agréable, ensemble la très humble prière que je vous fais, de considérer Monseigneur l’évêque de Pamiers (2) comme l’un des plus zélés évêques pour la gloire de Dieu que je connaisse dans le royaume. Il a su l’honneur que vous me faites de m’avouer pour votre serviteur et souhaite beaucoup que je vous fasse savoir qu’il vous estime et affectionne au delà de tout ce que je

12). Supérieur du frère Barreau.

13). M Pémartin a lu pour ; il faut par.

Lettre 878. — L. a — Dossier de la Mission, minute.

1) Les contours des parties attaquées par l’humidité sur le document original montrent que cette lettre doit être rapprochée des lettres écrites dans les trois derniers mois de l’année 1646 ; elle est très probablement du 20 octobre.

2). François de Caulet, sacré évêque de Pamiers le 5 mars 1645.

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vous en pourrais dire, et qu’il désire avoir intelligence avec vous, Monsieur, pour les choses qui regardent le service de Dieu dans son diocèse, qui fait partie de votre gouvernement ; et quoique je l’aie assuré qu’il n’a pas besoin de médiateur, [pource que vous avez l’]esprit plus ecclésiastique que [qui ce soit], je ne laisse pas pourtant de vous [écrire, selon le dé]sir de mondit seigneur. L’expérience [montre que,] tandis que les évêques et les gouverneurs [vivent en bonne] intelligence, le règne de Jésus-Christ [s’établit puis]samment dans les âmes, et que, (quand cela n’) est pas, les affaires du bon Dieu n’en vont [pas bien.]

Il a différend avec les ecclésiastiques [syndiqués] de son diocèse, avec un entre les autres (3), [puissam] ment appuyé de quelques personnes de condition, qui favorisent l’impunité de ces scandales. Ce serait une chose digne de votre incomparable piété, Monsieur, si vous aviez agréable de lui faire dire de votre part qu’il se soumette aux ordres de son prélat et qu’il vive en sorte que mondit seigneur ne soit pas obligé par sa conscience d’agir contre lui. Et peut-être, Monsieur, que Dieu bénira votre entremise, non seulement à l’égard de cet ecclésiastique, mais aussi de beaucoup d’autres qui sont quasi en même état.

Certes, Monsieur, il me semble que cela vaut fait, et déjà j’en rends grâces à Dieu, et vous supplie, Monsieur, de me regarder comme la personne du monde [sur laquelle vous avez un] pouvoir absolu ; et, [si je puis vous servir en] quelque chose, honorez-moi [de vos commandements, je vous en] supplie.

Je prierai Notre-Seigneur cependant qu’il [vous bénisse

3). Probablement l’archiprêtre d’Ax. (Cf. Doublet Georges, François de Caulet, évêque de Pamiers, et la vie ecclésiastique dans un diocèse ariégeois sous Louis XIV, Foix, 1896, in-8°, p. 39 et suiv)

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de] plus en plus, qui suis en son amour, votre serviteur.

879. — A UN PRêTRE DE LA MISSION (1)

De Paris, ce… octobre 1646 (2)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais !

Vous pouvez juger de l’affliction que vos lettres m’ont

Lettre 879 — Reg. 2, p. 289 ; dossier de la Mission, minute autographe. La minute a souffert des ravages du temps. Comme fort probablement le copiste du registre 2 a pris son texte sur l’original c’est ce texte que nous suivons ici, tout en mettant en note les variantes de la minute.

1) La minute ne donne aucune indication sur le destinataire de la lettre. Le registre 2 note qu’elle est adressée " à un prêtre de la compagnie qui était sorti sous prétexte d’infirmité" Le manuscrit d’Avignon, qui la reproduit également, porte : à A M. N. au Mans" Si ce dernier renseignement est exact comme il n’y avait alors au Mans, du moins à notre connaissance, que MM. Gallais, Le Blanc et Cuissot ; comme d’autre part, ainsi que l’indique le contenu de la lettre, le destinataire n’était pas supérieur et avait fait les vœux le nom de Gilbert Cuissot semble s’imposer. C’est ce que pense l’auteur de sa notice. (Notices, t. II, p. 87.) Cependant cette conclusion ne s’accorde guère avec le registre 2. Nous y voyons, en effet, que cette lettre et la lettre 896 du 24 novembre, ont eu le même destinataire. Or la lettre 896 n’a pu être adressée à Gilbert Cuissot, qui se trouvait alors à Saint-Lazare, ainsi qu’il résulte du rapprochement des lettres 891, 899, 900

Deux missionnaires quittèrent la compagnie en novembre Jean Bourdet, supérieur de Saint-Méen, et Thomas Berthe. Les lettres 879 et 896 ne peuvent s’appliquer à Jean Bourdet, à qui saint Vincent offrait la direction de la Mission d’Hibernie. Mais ne conviendraient. elles pas à Thomas Berthe, que saint Vincent eut la pensée d’envoyer à Cahors et qui, placé à Sedan, rentra dans sn famille de dépit de n’être pas nommé supérieur ? (Cf. 1. 888.)

2). Dans la minute, le coin sur lequel se trouvait la date a disparu. Le registre 2 ne donne que le mois et l‘année. Seul le manuscrit d’Avignon indique le jour ; mais nous soupçonnons fort le copiste d’avoir choisi le premier jour d’octobre sans fondement sérieux. La lettre semble mieux placée à la fin du mois qu’au commencement.

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apportée, par l’affection que j’ai eue pour vous et que j’aurai toute ma vie. Toutes les raisons que vous m’alléguez sont fondées sur votre indisposition et sur l’espérance que vous avez de vous mieux porter en votre air natal, auquel cas vous faites état de revenir, pour accomplir les promesses (3) que vous avez faites à Dieu. Souffrez que je vous die, Monsieur, que nous n’avons pas tant d’intérêt à vivre longtemps qu’à marcher dans la vocation dans laquelle Notre-Seigneur nous a appelés, selon le conseil de l’Apôtre, et à tenir ce que nous avons promis à Dieu. Vovete et reddite Deo vestro (4). Et puis, pensez-vous (5) que l’air natal allonge les jours de votre vie au delà du compte que Dieu en a fait ? O Dieu ! Monsieur, qu’un peu du cœur de ceux qui vont chercher la maladie et se faire tuer aux armées par vanité, conviendrait bien à notre piété ! Trois personnes de la compagnie (6) se sont flattées de cette espérance, qu’elles se porteraient bien en leur pays, dont la première (7) y hâta sa mort et mourut trois jours après son retour. C’était M. Perdu. M. Senaux (8) a passé quatre mois chez ses parents (9), où il ne se trouva pas mieux, et M. Dubuc (10), qui est présentement chez les siens, me mande (11) qu’il s’y trouve mal de l’esprit

3). Texte de la minute : vous faites état d’accomplir la promesse.

4) Psaume LXXV, 12,

5) Minute : pensez-vous, Monsieur.

6) Minute : de la maison.

7) Minute : de cette espérance qu’elles se porteraient en leur pays, dont la première..

8). Nicolas Senaux, né à Auffay (Seine-Inférieure) le 9 mai 1619, entré dans la congrégation le 22 juin 1639, ordonné prêtre le 20 février 1640, reçu aux vœux le 23 mars de la même année, mort à Troyes le 28 mars 1658. Saint Vincent fait un bel éloge de sa régularité, de sa résignation et de son esprit d’indifférence dans une lettre du 12 avril 1658 et dans la conférence du 28 juin suivant.

9). Minute : quatre mois en son pays.

10) Louis Dubuc, né à Eu (Seine-Inférieure), reçu dans la congrégation en 1636

11) Minute : et M. Dubuc y est à présent, qui me mande.

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et du corps. Peut-être qu’il en arrivera autrement de vous. Quoi qu’il en soit, je ne vois pas, selon ce que je viens de vous dire, qu’il y ait raison (12) de dispense en cela, ni par conséquent de sûreté pour vous. Et vous devez vous en méfier d’autant plus comme le fond de votre résolution vient de ce qu’ayant été flatté de l’attente de la supériorité, et la chose ayant tourné autrement, votre esprit a désiré de sortir premièrement du lieu où nous vous avions envoyé (13) ; et secondement, la tentation vous poussant plus avant, vous a porté à sortir de la congrégation ; car voilà le fond de l’affaire, quoique la nature tricheuse vous ait fait voir le contraire. Et si vous eussiez montré (14) ce repli à ceux de qui vous avez pris avis, vraisemblablement ils vous auraient conseillé de demeurer (15), notamment si vous leur eussiez dit le soin que l’on a céans, Dieu merci, des personnes infirmes, non seulement à l’égard de la nourriture et des remèdes, mais aussi à l’égard des changements de lieu et des emplois ; et selon cela, j’écrivis à Monseigneur (16) de Cahors (17) le jour avant que j’aie reçu votre lettre, comme nous vous destinions pour aller prendre la direction de son séminaire (18) Cela étant ainsi, revenez-vous-en, Monsieur, je vous en conjure, par la promesse que vous avez faite à Dieu de vivre et de mourir dans la compagnie et par le jugement adorable qu’il doit faire de votre âme à l’heure

12) Minute : Peut-être qu’il en arrivera autrement de vous. je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ que cela soit ainsi, et l’en prierai tous les jours de ma vie. Selon ce que je viens de vous dire, je ne vois pas qu’il y ait de raison de dispense en cela.

13) Sedan. Le mot se trouve en toutes lettres dans la minute, mais raturé.

14.) Minute : et si vous eussiez fait voir.

15). Minute : ils vous en auraient conseillé autrement.

16). Minute : Monsieur.

17) Alain de Solminihac.

18) Minute : de sa mission.

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de la mort. Vous avez deux exemples notables dans la même compagnie de deux personnes lesquelles, ayant cédé à la tentation de sortir, se sont relevées bientôt et sont rentrées (19) dont l’un est allé faire un établissement en son pays (20), lui sept ou huitième, et l’autre (21) travaille avec bénédiction, et nous lui avons la même confiance qu’auparavant, et la vous aurons à vous de même, pource que je sais la bonté de votre cher cœur, que je prie Dieu qu’il sanctifie de plus en plus, qui suis, en son amour….

880. — NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET, A SAINT VINCENT

Monsieur,

Voilà que je vous rends Monsieur Féret, qu’il vous a plu nous prêter pour quelques années. Je vous en rends très humbles grâces, reconnaissant ingénuement vous en avoir une particulière obligation. Il a rendu de très grands services à Dieu dans ce diocèse et y a répandu, par ses instructions et par l’exemple de ses vertus, la bonne odeur d’édification en tous états. Aussi a-t-il été généralement aimé et regretté de tous. Il s’en va se jeter entre vos bras, dans l’esprit d’indifférence, pour être déterminé, par vos avis et résolutions, à quoi que vous jugerez le devoir employer. Il ne peut qu’y réussir heureusement et procurer avantageusement le service de Dieu et de l’église. Vous en reconnaîtrez, comme j’espère dedans l’expérience beaucoup plus que je ne puis vous exprimer. Quoique la perte que nous en allons faire pour ce pauvre diocèse nous en soit rude, nous l’acceptons pourtant avec douceur et patience, comme de la bonne et paternelle main de Dieu, qui nous donne et nous ôte comme il lui plaît. Il vous entretiendra de toutes nos petites nécessités, auxquelles je vous supplie très humblement de nous vouloir donner vos assistances ; ce que j’espère que vous ferez, Monsieur, d’autant plus volontiers qui regardent le rétablissement du service

19) Minute : lesquelles ayant cédé à la tentation, ils s’en sont relevés bientôt et sont rentrés dans la compagnie, dont l’un…

20). En Irlande.

21. Marc Coglée.

Lettre 880. — L. a. — Dossier de la Mission, original

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de Dieu et de la discipline de son église. Monsieur Féret vous informera plus nettement de toutes ces affaires et des expédients qu’on pourrait employer pour en venir à bout. Je ne doute point, Monsieur, que votre zèle et vos adresses, conjoints au crédit que Dieu vous a donné, ne contribuent beaucoup à leur avancement. C’est ce qui m’oblige de l’implorer en cette occasion, comme aussi vos prières et sacrifices, pour nos extrêmes nécessités spirituelles. Je supplierai Notre-Seigneur en contre-échange de vous remplir de ses plus saintes bénédictions, et vous de me faire l’honneur de me croire de plus en plus, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

NICOLAS,

é[vêque] d’Alet.

D’Alet, ce 25 octobre 1646

Suscription : A. Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission

881. — A éTIENNE BLATIRON

De Paris, ce 26 octobre 1646.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai point de vos lettres cette semaine, et si je ne puis discontinuer les miennes à votre égard. J’ai si grande joie de la lecture des vôtres et d’apprendre ce qui se passe en vos emplois que je vous prie, Monsieur, de m’écrire par tous les ordinaires. Cette joie n’est pas pour moi seul ; j’en fais part à toute la compagnie, lorsqu’il y a quelque chose de particulier, et prends de là sujet à vous recommander aux prières d’un chacun.

Je trouve bonne la raison de Monseigneur le c [ardinal-] archevêque (1) pour ne vous point accorder le relâche

Lettre 881. — L. s — Dossier de la Mission, original.

1). Le cardinal Durazzo.

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en vos travaux, la considérant dans son zèle ou (2) dans la disposition et la chaleur présente des peuples ; mais il faut regarder plus loin et conserver les ouvriers pour faire durer le travail. Faites donc encore, s’il vous plaît, quelques efforts pour avoir cette modération. Que si mondit seigneur persévère, au moins retenez-vous pour agir plus doucement dans la chaire et dans les fonctions. Parlez-leur plus familièrement et plus bas, les faisant approcher de vous ; car enfin la vertu ne se trouve point dans les extrémités, mais dans la discrétion, laquelle je vous recommande autant que je le puis, à vous et à Monsieur Martin.

M. Portail vous ira voir bientôt. Il est encore à La Rose, mais sur le point d’en partir pour aller à Marseille et puis à Gênes.

Notre frère Pascal (3) n’est pas encore arrivé ; quand il le sera, nous le recevrons en la manière que vous l’entendez et qu’il le désire. Je salue votre chère âme et votre petit troupeau, avec une consolation et une tendresse de mon cœur tout extraordinaire, et prosterné aux pieds adorables de Notre-Seigneur. Je le supplie de vous recevoir tous en sa protection et vous animer de plus en plus de son esprit et de son amour, dans lequel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prêtre de la Mission, à Gênes.

2) Le saint avait d’abord écrit : ou même ; réflexion faite, il ratura le second mot.

3) Jean-Pascal Goret.

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882. — A ANTOINE PORTAIL

De Paris, ce 27 octobre 1646.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre écrite de Cahors, qui m’oblige à rendre grâces à Dieu de toutes les choses que vous me dites et de tous les biens que Dieu opère par vous, et je prie sa divine bonté de vous continuer ses lumières et sa conduite pour réussir en ce qui vous reste à faire, comme en ce que vous avez fait.

J’ai écrit à Richelieu qu’on y reçoive M. du Coudray et qu’il y demeure jusqu’à ce que la disposition des choses nous en fasse user autrement. Pour le surplus, qui regarde La Rose et Cahors, je ne puis rien conclure que vous n’ayez tout fait et que je ne sache vos sentiments.

Je prie M. Alméras de s’en aller à Annecy, puisque sa disposition (I) le permet, et vous, Monsieur, à Marseille ; mais ce sera après que vous aurez achevé où vous êtes.

M. Brin avec 4 ou 5 autres de nos Hibernois (2) sont partis pour l’Irlande, et M. Bourdet les doit aller joindre à Nantes, pour les diriger. Le f[rère] Vacher (3), qui était au Mans, en est aussi, et le frère Patriarche. Je les recommande à vos prières.

Nous avons maintenant M. Lambert supérieur au collège (4) et M. du Chesne est en mission avec Monsieur l’évêque de Tréguier (5). M. Bécu (6) nous aide céans, d’où

Lettre 882. — L s — Dossier de la Mission, original

1). Sa santé.

2) Voir leurs noms I 877.

3). Philippe L e Vacher.

4). Au séminaire des Bons-Enfants

5). Balthazar Grangier de Liverdi.

6) Jean Bécu

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la plupart de nos prêtres partent présentement pour les missions ; et M. Bajoue reste pour le séminaire.

Nous avons renvoyé au Mans M. Alain avec quelques autres, et rappelons M. Cuissot, à cause de son incommodité (7). Son neveu (8) est allé à Saintes avec M. Perraud et le f[rère] David (9).

Je ne puis vous dire autre chose, étant pressé pour le conseil, vous suppliant, Monsieur, de recommander mon âme à Notre-Seigneur, puisqu’elle chérit la vôtre très intimement et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Cahors.

883. — A FRANçOIS PERROCHEL, éVêQUE DE BOULOGNE

De Paris, ce dernier d’octobre 1646.

Monseigneur,

Je rends grâces à Dieu de toutes celles qu’il vous fait, et par vous, Monseigneur, aux âmes qu’il vous a commises, et généralement à toute son église, et prie sa divine bonté qu’il la sanctifie de plus en plus.

Monsieur de. Villequier (1) a dit ici des merveilles de

7.) Il était sujet à des accès de fièvre quarte.

8) Jean Cuissot

8) David Levasseur, frère coadjuteur, né à Dancé (Orne) en 1608, reçu dans la congrégation de la Mission le 2 janvier 1638.

Lettre 883. — L. a. — Original à Panningen (Hollande), chez les prêtres de la Mission.

1) Antoine, marquis de Villequier, puis duc d’Aumont, gouverneur de la ville et du territoire de Boulogne, né en 1601 maréchal de camp en 1638, lieutenant général en 1645, maréchal de France en 1651, créé duc et pair en 1665, mort le 11 janvier 1669.

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Monseigneur son évêque à la reine et à Monseigneur le cardinal (2) de sorte que, quand ils parlent des bons évêques, ils ont accoutume de nommer Messeigneurs de Boulogne et d’Alet (3). C’est ce qui fait, Monseigneur, que je pense que vous userez de tous les moyens imaginables pour conserver cette bonne intelligence entre vous deux, et, à cause de lui, avec ceux qui prennent connaissance de votre Hôtel-Dieu. J’en ai dit mes petites pensées au bon M. l’abbé de Colugri, qui les vous pourra dire.

Votre dernière me fait mention de la surcharge que vous avez des pays conquis (4), et la difficulté d’y faire ce qu’il faut, attendu le peu de revenu ; j’en parlerai à la reine, à ce qu’il lui plaise de vous assister d’ailleurs.

Quand je dis ici que vous faites votre visite, six personnes à un cheval, cela étonne et donne de l’admiration à un chacun. Oh ! que l’évêque est riche qui attire en admiration tous ceux non seulement qui voient, mais même qui entendent parler des trésors de leurs vertus ! C’est un grand cas que le monde même publie plus estimable la sainte pauvreté d’un évêque qui conforme sa vie à celle de Notre-Seigneur, l’évêque des évêques, que les richesses, le train et la pompe d’un évêque qui possède de grands biens.

Ce que je dis, Monseigneur, n’empêchera pas que je ne prenne occasion de représenter vos besoins dans les occasions.

Je me prosterne en esprit à vos pieds sacrés et vous

2) Le cardinal Mazarin.

3) Nicolas Pavillon. Les deux prélats s’étaient connus à Paris. Ils avaient fréquenté ensemble les conférences des mardis et donné ensemble plus d’une mission.

4). Sur les Espagnols. Cette partie du diocèse de Boulogne était très pauvre et souvent dévastée par les garnisons espagnoles de Saint-Omer, Aire et Renty, qui pillaient les églises ou même les incendiaient.

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demande votre sainte bénédiction, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

884. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce jour des trépassés (1) [1646] (2)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écris à la hâte, mais non sans grande consolation de toutes les choses que vous m’avez écrites, dont je vous remercie, et prie Notre-Seigneur de vous donner la plénitude de son esprit pour le répandre par vous à ces bons ecclésiastiques que sa divine providence vous donne à conduire. Croyez-moi, ayez grande confiance en lui et ne vous étonnez pas de voir en vous de l’insuffisance ; car c’est bon signe et un moyen nécessaire pour l’opération de la grâce que Dieu vous a destinée. Nous ne cesserons de prier pour vous et je vous ferai envoyer les règlements et les pratiques du séminaire, pour vous donner de la facilité en ce commencement. Je vous supplie surtout de vous conserver et de prendre ce même soin de M. Blatiron et des autres, que je salue affectionnément, et en particulier votre chère [personne] (3), qui m’est en la considération que Dieu sait. Je prie Notre-Seigneur

Lettre 884. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1). 2 novembre.

2). Ce fut en 1646 que Jean Martin commença à s’occuper des ordinands de Gênes.

3). Mot oublié dans l’original.

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de la combler de ses grâces et de son amour, auquel et par lequel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.

885. — A ETIENNE BLATIRON

De Paris, ce 2 de novembre [1646] (1)

Béni soit Dieu, Monsieur, de toutes les choses [que vous] me redites et que vous m,’aviez déjà écrites ! et (je le prie) qu’il soit son remerciement à lui-même de to [ut le bien] qu’il vous fait en toutes les manières que vous [me mandez]. Mon Dieu ! Monsieur, que cela me paraît bien, par [la grâce de] Dieu, qui conduit votre famille par vous !

Je ne suis qu’en peine de cette chère san[té. Au nom de] Dieu, Monsieur, ménagez-la dans la longueur des travaux où il] vous désire occupés, et consolez-moi de [vos nouvelles en] toutes les occasions que vous en aurez.

Nous avons fait partir sept missi[onnaires pour] l’Hibernie, et j’avais écrit à M. Bourdet en B[retagne] de faire le huitième. Je suis en doute s’il y pourra aller.

Dieu bénit de plus en plus la conduite et les travaux de M. Guérin à Tunis ; et notre consul d’Alger (2) s’est

Lettre 885. — L. a. — L’original appartient aux Filles de la Charité espagnoles de Madrid, calle de Jésus. Le coin supérieur de droite a été rongé par l’humidité.

1) L’année ne fait aucun doute, elle a été écrite anciennement au dos de la lettre et est demandée par le contenu.

2). Le frère Jean Barreau.

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obligé à environ 7 mille piastres pour la rédemption qui a été faite et non payée de plusieurs captifs, dont nous sommes en peine, mais plus d’une certaine personne de la compagnie (3), autre que M. C [odoing], qui s’est laissée emporter à quelques opinions non orthodoxes ; et qui plus est, c’est qu’il s’y opiniâtre Il croit que Notre-Seigneur n’est pas encore monté au ciel, et dit que Rome, les conciles, ni les Pères n’ont pas si bien entendu l’Ecriture Sainte, et à d’autres rêveries semblables. Nous sommes en peine de ce que nous en ferons. La curiosité de la langue hébraïque et des rabbins l’a mis dans ces extravagances qu’il soutient. L’on pense (4) qu’il le faut mettre hors de la compagnie, s’il ne revient de ces erreurs ; et nous y serons contraints. O Monsieur, que la vanité de l’esprit est un étrange démon ! Je recommande cet affaire à vos prières.

Nous avons en notre séminaire des Bons-Enfants soixante-dix prêtres, parmi lesquels il y a même un bachelier ; et celui de la compagnie céans est d’environ trente. Dieu bénit les uns et les autres. Je le prie qu’il bénisse les vôtres de Gênes et suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, à vous et à M. Martin, lequel j’embrasse, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prêtre de la Mission, à Gênes.

3). François du Coudray

4) Première rédaction : M le pénitencier dit

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886. — A ANTOINE PORTAIL

De Paris, ce 3 de novembre 1646.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

[Je suis] étonné de n’avoir reçu de vos lettres touchant (ce que) vous avez fait à Cahors, tant avec Mgr l’évêque que [touchant le bon] ordre et la conduite de la maison, et ne puis (nullement) croire que vous ne m’en ayez envoyé la relation, [à moins que] les choses ne soient pas encore terminées [et que vous] en attendiez la fin. Quoi qu’il en soit, je [désire beaucoup] de savoir ce que vous y avez fait. Comment, si vous êtes retourné à La Rose a[vez-vous arrangé] ce qui reste pour remettre cette maison en [ordre] ?

J’ai nouvelles que M. du Coudray est arrivé… Quand il sera à Richelieu, je vous donnerai avis de ce qui se passera à son égard (1)

Cependant j’attendrai de vos nouvelles et le secours de vos prières et saints sacrifices pour moi et pour tous les besoins de la compagnie.

Et prosterné à vos pieds, j’embrasse en esprit votre chère âme, qui m’est en particulière considération devant

Lettre 886. — L. s. — Dossier de la Mission, original

1) Le secrétaire avait d’abord écrit quand il sera à Richelieu et que je saurai ce qui s’y passera à son égard je vous en donnerai avis. La phrase n’étant pas de son goût, le saint barra les mots et que je saurai ce qui s’y passera à son égard.

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Dieu, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à La Rose.

887. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME

Paris, ce 8 novembre 1646.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit [avec] vous pour jamais !

Je n’ai point reçu lettre de vous cette semaine. (Voici) le sujet de la présente. Le parlement de Rennes s’[est trouvé] embarrassé par les arrêts du Conseil, qui cassent les leurs et portent ajournement personnel au p[rocureur] général et au commissaire qui a exécuté les arrêts [de ce] parlement contre nous. On a donné enfin un a[rrêt, dans] lequel il est dit entre autres choses que le s [eigneur] évêque de Saint-Malo ne pourrait nous éta[blir à] Saint-Méen que par bulles du Pape, couchées aux états de la province et vérifiées a[u parlement] de Rennes (1) M. Codoing, qui est à présent à S[aint-Méen, est à la tête] de la famille, qui y est établie par arrêt [du Conseil], exécuté par un huissier du Conseil d’état (2) en la présence de Monseigneur l’évêque d’Auguste, coadjuteur de Saint-Malo (3) frère de Monsieur le maréchal

Lettre 887. — L. a. — Dossier de la Mission, original

1) Cet arrêt était daté du 8 octobre ; il fut confirmé par un second, le 28.

2). Il se nommait Quiquebœuf.

3). Ferdinand de Neufville était depuis 1644 coadjuteur de son oncle Achille de Harlay, que la mort devait enlever le 20 novembre 1646.

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de Villeroi, gouverneur du roi (4), qui porte cet affaire. Il est question, pour être en pleine paix, d’obtenir à Rome des bulles d’union de la mense religieuse de Saint-Méen au séminaire érigé par mondit seigneur de Saint-Malo, dont la direction perpétuelle est donnée à la (5) congrégation des prêtres de la Mission. Voici l’histoire et ensuite les raisons.

Monseigneur de Saint-Malo, voyant le misérable état auquel sont la plupart des ecclésiastiques de son diocèse, obtint permission du roi, conformément aux ordonnances de nos rois et du concile de Trente, d’unir la mense des religieux au séminaire d’ecclésiastiques qu’il avait institué dans Saint-Méen, où il y avait douze ecclésiastiques, et donné la direction aux prêtres de la Mission, que les lettres patentes du roi ont été adressées et vérifiées au grand conseil et l’union faite par mondit seigneur de Saint-Malo, et que le parlement, provoqué par les religieux réformés de Saint-Benoît et fâché de ce que mondit seigneur de Saint-Malo avait fait adresser les lettres patentes au grand Conseil, ont fait toutes les violences dont je vous ai écrit, et qu’enfin, ayant vu que le Conseil (du roi) était fortement contraire, ils ont trouvé [un ex]pédient de se mettre en quelque façon à couvert. [Ils ont] trouvé cet expédient pour nous donner lieu de nous accommoder avec ces Pères, ou de nous établir selon [leur] sens ; et c’est ce que M. le premier président

Il lui succéda et occupa le siège de Saint-Malo jusqu’en 1657.

4). Nicolas de Neufville, marquis de Villeroi, né le 14 octobre 1598, servit avec succès dans l’armée. Il gagna la confiance de Mazarin, devint maréchal de France (20 octobre 1646), gouverneur de Louis XIV (1646) et duc de Villeroi (septembre 1663). Il mourut à Paris le 28 novembre 1685

5). Première rédaction aux prêtres de la.

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a dit à Monseigneur l’évêque de Rennes (6), qui me l’a écrit.

Outre l’indisposition de Rome aux unions, vous y trouverez opposition du côté de ces bons Pères ; et allégueront que le concile et les rois de France ordonnent que les évêques uniront des bénéfices à leurs séminaires, n’entendant pas que ce soit des bénéfices qui dépendent des Ordres, ains seulement de ceux qui dépendent d’eux.

A quoi il se peut répondre que cette abbaye dépend des évêques de Saint-Malo, et non d’aucune congrégation, ni d’autre supérieur, quel qu’il soit ; 2° que vraisemblablement les évêques ont donné à l’abbaye de Saint-Méen les dîmes qu’ils ont, en considération de ce qu’ils faisaient alors les séminaires et faisaient ce qu’on tâche de faire. Cette dernière raison ne sera pas de mise ; vous ne l’alléguerez point, ains seulement que les religieux de l’abbaye, qui étaient en très grand désordre, ayant consenti à cela et étant contents de la condition qu’on leur a faite, que nul autre y a intérêt.

L’on vous dira qu’il n’y a que le Pape, et que les évêques ne peuvent point supprimer une régularité par quelque union à un corps. A quoi l’on répond qu’il est vrai, communément parlant, mais que les conciles donnant les pouvoirs aux évêques [au sujet] des bénéfices ordinaires et ne limitant pas le [nombre] des bénéfices, qu’il est vraisemblable que l’ [évêque] a pu faire cette union, attendu, comme j’ai dit, que cette abbaye dépend de sa juridiction et est censée dépendre de lui.

De dire que c’est le bien de Saint-Benoît et (que le) général des réformés (7) a eu droit de réclamer (pour sa)

6). Henri de la Motte-Haudancourt (1642-1662).

7). Dom Grégoire Tarrisse. Il gouverna dix-huit ans la congrégation de Saint-Maur et mourut à Paris le 24 septembre 1648 Collet fait remarquer que les enfants de saint Benoît furent des premiers à demander au saint-siège la béatification de Vincent de Paul

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communauté, l’on répond que la bulle [d’instruction] de leur congrégation porte qu’ils s’établiront [dans les] abbayes où les religieux, l’abbé et l’évêque [les demanderont]. Or est-il que les religieux de la maison ne demandent point cette réforme, l’abbé ni l’évêque n’y [consentent] point, qui est M. de Saint-Malo, lequel est abbé et le supérieur de la maison. Il s’ensuit que ledit général ni les religieux réformés n’ont point droit de s’opposer aux bulles que vous demanderez, ni de faire ce qu’ils ont fait.

Ajoutez à cela qu’une mense de religieux (8) n’est pas un bénéfice, que la cour de Rome n’a point d’intérêt à cette union, pource que, n’étant bénéfice, le Pape ne donne point des bulles jamais pour lesdites menses.

Voilà, Monsieur, à peu près les raisons de cette union. Il y a deux voies pour faire cet affaire : ou de faire juger à Rome si l’union faite par M. de Saint-Malo est bonne ou non, et, supposé qu’elle ne le soit pas, qu’il plaise à Sa Sainteté de l’approuver et suppléer aux défauts ; ou bien de donner une bulle qui ne fasse mention de celle qui a déjà été faite.

Je vous supplie, Monsieur, de consulter [sur] cet affaire et de me mander ce que vous en trouverez, au plus tôt. Et, s’il [est bes]oin, l’on en fera écrire d’ici à Sa Sainteté. Messieurs de Saint-Malo [sont] fort résolus d’employer tout ce qu’ils pourront, à cet affaire. Et pour vous dire vrai, je pense que Notre-Seigneur en serait bien glorifié et que l’église en recevrait du secours non petit, à cause des séminaires qui se pourraient établir par ce moyen et non guère par autre.

L’Assemblée du clergé a agité la question de l’importance des séminaires ecclésiastiques et traité des moyens

8). Première rédaction : qu’une mense abbatiale.

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de les faire subsister, et n’en a point trouvé de plus avantageux que celui de l’union de quelques bénéfices où les religieux sont dans le désordre et où ils n’ont point disposition d’appeler les réformés, ou èsquels les réformés ne veulent pas s’établir à cause de la pauvreté des menses qu’ils ne veulent pas (9).

Voici le mémoire du nom, surnom et du diocèse de ce jeune gentilhomme polonais (10) que la reine de Pologne (11) nous a laissé ici et qui s’est mis dans le séminaire des écoliers, au petit Saint-Lazare (12), Je vous prie, Monsieur, de lui moyenner un dimissoire ad omnes ordines. Il a quelque disposition d’être de la compagnie, et moi d’être toute ma vie, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la M.

888. — A ANTOINE PORTAIL

De Paris, ce 10 novembre [1646] (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre et celles que v [ous m’avez écrites] de La Rose, ensemble la pièce q [ue je vous avais] demandée,

9). La question des séminaires avait été agitée la veille dans l’assemblée du clergé au sujet d’un mémoire présenté par les prêtres du séminaire de Caen. (Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France, Paris, 1769, t. III, p. 372.)

10) Peut-être Stanislas-Casimir Zelazewski.

11) Louise-Marie de Gonzague.

12). Au séminaire Saint-Charles.

Lettre 888. — L a — Dossier de la Mission, original.

1) Tous les détails de cette lettre supposent l’année 1646 : la visite de M. Portail à La Rose, la présence de René Alméras dans cette maison, l’affaire de François du Coudray et de Léonard Boucher, etc.

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et ai appris l’ordre q [ui a été établi] à La Rose par M. Alméras [et celui qu’il] a donné à Cahors, dont je suis [fort content] et en rends grâces à Dieu et [le prie qu’il] vous exauce toujours dans les prières que vous lui faites incessamment pour la conduite que vous lui demandez dans vos visites.

Je vous dirai par la première mes petites pensées sur ce qu’il y a à faire à l’égard de M. B [oucher], quoique je pense qu’il est à propos que l’on vide l’affaire de M. du C [oudray] avant la sienne. Celui-ci est encore à Richelieu. Je lui ai écrit et prié d’attendre quelque temps, ayant jugé à propos d’en user ainsi, en attendant le papier que vous m’avez envoyé, qui le regarde. Ma pensée présente est de le faire venir à Fréneville et de traiter là avec lui de son affaire, jugeant quelque inconvénient à le faire venir en cette ville. Nous examinerons néanmoins une autre fois la chose. Peut-être serait-il [bon d]’en user avec lui comme l’on a fait avec M. C[odoing], qui ne se sent plus de ces opinions et [fait maintena]nt avec bénédiction ce qui lui a été commis [en Bre]tagne, où il fait la charge de M. [Bourdet] (2), qui est à Nantes, où il fait sa retraite, en [attendant le] congé qu’il m’a demandé de se retirer, [à cause] d’un fâcheux rencontre qui est arrivé [entre lui] et M. de Saint-Malo, dans les sentiments duquel M. Codoing est entré, et quelques-uns de la famille, qui trouvent à redire à son manîment. Ceci est secret. Hors M. Alméras, vous n’en parlerez à personne,

2) L’original porte : Brunet ; mais il est évident que le saint a écrit un nom pour un autre. Jean Bourdet quitta la compagnie ; et dom Morel nous apprend que saint Vincent lui fit obtenir un excellent bénéfice qui dépendait de l’abbaye de Marmoutiers. (S. Ropart, op. cit., p. 196.) Si M. Ropartz avait lu la correspondance du saint, il n’aurait pas ajouté, après avoir rapporté ce fait : "C’est la seule intervention de saint Vincent dans toute cette affaire (l’affaire de Saint-Méen) et la seule occasion qu’ait eue dom Morel de prononcer son nom. Est-il besoin de dire que je m’en suis senti tout heureux ?"

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s’il vous plaît. Nous l’avions destiné pour l’Hibernie, pour y conduire la compagnie que nous y envoyons, lui huitième ; mais il s’en excuse. Nous verrons le succès de sa retraite. Je l’ai conjuré par tous les moyens imaginables de demeurer dans la compagnie et de s’en venir ici.

Douze cents livres, c’est beaucoup pour La Rose. Vous ne sauriez vous représenter la pauvreté en laquelle nous sommes. Je vous prie de disposer la famille à honorer les incommodités de Notre-Seigneur. Les dépenses qu’on a faites au Mans ont réduit cette maison-là et celle-ci en la nécessité. Les accommodements se font par eux-mêmes avec le temps. Il n’appartient qu’à Dieu d’avoir toutes choses à souhait, et à ses serviteurs à en user comme Notre-Seigneur a fait. Vous ferez prendre cinq ou six cents livres de lettre de [change, s’il vous] plaît. Si c’est peu pour la maison, ass [urez-vous] que c’est beaucoup pour nous.

Bon Dieu ! Monsieur, que vous [avez bien fait de donner] l’ordre que vous avez donné à l’égard [de….]

Je pense vous avoir écr [it que] Monsieur Berthe s’est retiré, n’ayant pu [souffrir, là] où nous l’avions envoyé (3) l’opinion qu’ [avait plus d’]un externe et le bruit qu’il avait fait cour [ir par] la ville qu’il allait là pour être supérieur ; dont l’ayant désabusé et mandé ici, il feignit à Reims d’être malade, d’où il s’en retourna à Donchery, chez ses parents ; c’est à une lieue de Sedan.

Vous voilà donc bientôt sur le point de partir pour Rome. Dieu sait de quel cœur vous y êtes attendu, et aux autres maisons, et M. Alméras à Annecy. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous bénisse tous deux et qu’il sanctifie vos chères âmes de plus en plus.

Je suis en son amour, et salue très humblement la petite

3) La maison de Sedan.

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famille de La Rose, où j’estime que la présente vous trouvera, et cela prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Je me trouve en peine à vous envoyer les deux personnes que vous demandez pour Cahors et pour La Rose.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à La Rose.

889. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Novembre 1646] (1)

Monsieur,

Nous avons grand besoin d’instruction de votre charité sur le sujet d’une faute assez notable d’une de nos sœurs ; c’est une nommée Marthe, fille d’un jardinier, qui demeure sur le chemin du village d’Issy. Elle a été fort longtemps sur la paroisse St-Leu, qui paraissait assez simple et bonne fille, mais est plutôt, à ce que je crains, un peu fine et réservée. Peu de temps après avoir été dans les paroisses, la curiosité l’a prise de vouloir beaucoup savoir, et d’elle-même s’est avancée à la chirurgie ; nous dit sa mère, pauvre femme, lui avoir donné la garniture d’un grand étui ; et depuis l’avoir mise à St-Paul, elle a encore eu une lancette, et dit sa mère lui avoir encore donnée. Et, au déçu de sa sœur servante, a saigné, quoique jamais l’on ne lui ait montré, si ce n’est des chirurgiens, étant aux paroisses. Et lorsque sa sœur lui a demandé sa lancette, elle (la) lui a refusée, disant qu’elle me la baillerait ; et à moi elle m’a dit l’avoir jetée, comme ne voulant plus voir le sujet qui l’avait fait offenser Dieu. Je l’ai retenue céans pour savoir de vous, Monsieur, ce que nous devons taire pour telles fautes, me semblant bien nécessaires à l’avenir ces exemples pour le bien de la compagnie,

Lettre 889. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

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et que nous soyons averties de procéder en telles affaires avec justice et charité.

Faites-moi celle de demander à notre bon Dieu que mon fils, par sa miséricorde, participe un jour au mérites de la vie et mort de Jésus crucifié, vive source de toute sainteté, et moi aussi, misérable et infidèle à Dieu, qui suis, quoique très indigne, Monsieur, votre très obligée fille et obéissante servante.

L. DE MARILLAC

J’oubliais à vous dire que j’ai empêché cette sœur de se confesser et communier aujourd’hui, et attends l’ordre que votre charité me donnera, avant l’y envoyer.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

890. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Avant 1650] (1)

Monsieur,

Le petit garçon de mon fils me vient de dire qu’il le renvoya hier et qu’il ne sait où il est. Vous pouvez penser ma peine, que je supplie très humblement votre charité soulager et aider devant Dieu et recommander à sa miséricorde l’état où il peut être pour le présent et l’avenir. Si vous vouliez me faire la charité d’envoyer quelqu’un de chez vous pour savoir s’il n’a rien dit et ce qu’il a fait, sans que l’on sût mes appréhensions, ni les dispositions qu’il vous a dites, ce me serait un grand soulagement d’apprendre quelque chose. Comme je crains tout, cela me donne pensée qu’il ne fasse emporter le meuble de sa chambre pour se retirer tout à fait, sans que je sache où.

Je suis bien fâchée de vous donner tant de peine, mais il m’est impossible de chercher soulagement ailleurs ; et non seulement cela, mais j’appréhende si fort que l’on sache mon déplaisir, pour la crainte que j’ai que l’on vienne pour m’en dire quelque chose ; ce qui augmentera ma peine. Que ma douleur est grande ! Si Dieu ne m’aide, je ne sais ce que je ferai. Aidez-moi à me tenir fortement attachée à Jésus crucifié,

Lettre 890. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date du mariage de Michel Le Gras.

auquel je suis, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.

L. DE M.

Un mot que j’ai dit à mon fils à cause de ma grande peine.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

891. — A MICHEL ALIX

De Paris ce 23 novembre [1646] (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous [pour jamais !]

J’ai reçu votre lettre avec grande joie ; (cependant elle) m’a laissé de la douleur, à cause de [ce que vous] souffrez par la fièvre et par les t [racas qu’on vous] donne. Mais grâces à Dieu ! Il est plein de bonté] et pour vous et pour moi : po (ur vous, car c’est pource) que de tout cela vous en faites [bon usage, qu’il le] demande de vous, pour une plus [grande perfection et] sanctification de votre chère âme ; [ce qui paraît] en ce que telles afflictions portent une p [articulière] marque de la bonté de Dieu sur vous, vous donnant sujet d’honorer les actions plus amoureuses de la vie et de la mort de son Fils Notre-Seigneur. Oh bien ! Monsieur, exercez-vous donc en cette divine vertu de patience et de soumission à son bon plaisir. C’est la pierre de touche par laquelle il vous éprouve, et c’est par là qu’il vous mène en son pur amour. Pendant que vous lui demanderez la force de bien souffrir, je lui demanderai la grâce de vous

Lettre 891. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.

1) Cette date est demandée et par la date de la dédicace dont parle saint Vincent (22 novembre 1646) et par le contenu de la lettre.

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soulager ; et tout maintenant, prosterné en esprit devant son infinie miséricorde, je la supplie humblement de vous rendre la santé du corps et la paix (2) intérieure de votre cœur (3). Nous avons deux personnes en la compagnie qui ont aussi la fièvre quarte ; l’une est céans à présent (4) mais l’autre n’a pas laissé d’entreprendre le voyage d’Hibernie, avec le même courage que les autres, qui sont bien sains ; et je ne doute pas que Dieu ne l’en délivre bientôt, tant il se plaît à faire du bien à ceux qui pour le servir se détachent d’eux-mêmes. Plût à Dieu, Monsieur, que j’eusse le moyen de contribuer [à vo]tre soulagement ! Il sait de quelle affection je m’y [emploie]rais. Et si l’occasion se présente de vous faire changer de lieu, vous verrez que je n’épargnerai [rie]n de ce qui dépendra de moi.

[Je] vous eusse aussi volontiers rendu mes services [concern]ant la fondation qu’on veut faire en votre paroisse, [si j’av]ais su le nom de la fondatrice ou quelle sorte [de re]ligion s’y veut établir ; et faute de cela, [je mé]contenterai du moyen que vous me marquez, [en parlant] à Madame la duchesse d’Aiguillon [et enco]re aux magistrats de Pontoise ; ce que je ferai le plus tôt qu’il me sera possible.

Mais que me dites-vous, Monsieur, quand vous me mandez que vous m’avez dédié un livre (5) ? Si vous aviez pensé que je suis fils d’un pauvre laboureur, vous ne m’auriez pas donné cette confusion, ni vous n’auriez pas fait ce tort à votre livre de mettre en son frontispice le nom d’un pauvre prêtre qui n’a d’autre lustre que des misères et des péchés. Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur,

2). Première rédaction : la paix de l’esprit.

3). Première rédaction : de votre âme.

4). Gilbert Cuissot. (Cf 1. 899 et 900)

5). Une nouvelle édition de l’Horus pastorum de Jacques Marchant.

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si cet œuvre est encore en état de pouvoir être dédié à quelque autre, ne me surchargez pas de cette obligation. Il y a longtemps que je connais assez votre bonne volonté pour moi ; et vous n’ignorez pas que je ne sois plein de reconnaissance pour vous et de désir d’être à jamais, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Je tiendrai à bénédiction de vous servir à l’égard du changement dont vous parlez, et vous promets d’y penser, quoique je ne voie rien pour le présent et que j’aie sujet de craindre que mes péchés me rendent indigne.

Suscription : A Monsieur Monsieur Alix, curé d’Aumône (6) à Aumône.

892. — A ETIENNE BLATIRON

De Paris, ce 23 novembre 1646.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous po[ur jamais !]

J’ai reçu deux de vos lettres en même temps. [L’une] et l’autre ont contribué à ma conso[lation, m’]apprenant la continuation et de votre santé [et de votre] bonne conduite, dont je rends grâces à Di[eu, et] le prie de vous conserver et bénir de [delà].

Mon âme a reçu un surcroît de [consolation] de ce que Monseigneur le cardinal v [ous donne la] liberté de prendre

6.) Saint-Ouen-l’Aumône, près de Pontoise (S.-et-O.)

Lettre 892. — L. s. — Dossier de la Mission, original.

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le repos qui ser[ait nécessaire] après chaque mission. Usez-en donc, [je vous en] prie, et vous conservez comme une personne très chère à la compagnie, particulièrement à mon cœur, qui garde des tendresses d’affection pour vous, qui ne sont pas ordinaires.

Je salue très cordialement Messieurs Martin et Richard et me recommande humblement à leurs prières et aux vôtres, comme aussi à celles de ces bons Messieurs les ecclésiastiques qui vont travailler avec vous, auxquels je vous supplie de renouveler les offres de mes services.

Je vous ai envoyé, la huitaine passée, le traité de votre établissement, où j’ai fait quelques remarques. Vous me manderez œ que vous ferez en cela, et me croirez, en l’amour de Notre-Seigneur, s’il vous plaît, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prêtre de la Mission, à Gênes.

893. -- A GUILLAUME DELATTRE

De Paris, ce 23 novembre 1646.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit a[vec vous] pour jamais !

Je vous fais ces lig[nes] pour vous dire que j’ai reçu v[otre] dernière et que je ne pourrai p[as vous] faire réponse au détail de ce [qu’elle contient], sinon qu’en vous disant qu’on [peut tomber dans l’excès en la pratique des v[ertus, et que] l’excès est quelquefois un p[lus grand]

Lettre 893. — L.a. — Dossier de la Mission, original.

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mal que le défaut de les pratiquer, [et qu’en] ce genre-là il s’est vu des personnes, et j’en connais, qui y trouvent de la volupté sensuelle et criminelle, qu’il suffira que vous en usiez comme je le vous ai permis, une fois le jour, l’espace d’un Miserere, absque emissione sanguinis, non enim meritum tam in dolore quam in amore consistit. Au nom de Dieu, Monsieur, réglez-vous à cela et observez les conseils que M. Portail vous donnera, et faites généralement tout ce qu’il vous ordonnera. Je vous fais cette prière d’autant plus volontiers que je sais que la sainte obéissance est l’âme de votre âme et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Delattre, supérieur des prêtres de la Mission, à Cahors.

894. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A CAHORS

De Paris, ce 23 novembre [1646] (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier la vôtre du… ; et toutes les autres que vous m’avez écrites, je pense aussi les avoir toutes re [çues et aussi] avoir répondu à toutes.

Si vous n’avez fait à Ca [hors, je vous prie] de conclure

Lettre 894. — L. a. — Bibl. Nat., n a. f. 1473, original. Le document est en mauvais état. Une copie ancienne nous a aidé à compléter les phrases mutilées

1). Année de la visite de M. Portail à La Rose et à Cahors.

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au plus tôt et de [vous rendre] à La Rose pour y conclure ce[lle] que vous y avez commencée. [Les visites] qui traînent comme cela sont pour l’ordinaire de peu de fruit. Les esprits se lassent [vite]. Qui veut remédier aux maux du corps et rétablir une meilleure santé, il faut qu’il donne les remèdes peu à peu, ou autrement il est à craindre qu’on ne lui fasse plus de mal que de bien. Il suffit en une visite qu’on connaisse le mal, qu’on impose et ordonne les remèdes et que l’on en laisse l’exécution au supérieur. Vous avez eu raison de leur expliquer les règles et d’en voir l’usage deux ou trois jours seulement ; mais, après cela, il faut commettre la chose à Dieu et au supérieur. Huit ou dix jours au plus en chaque lieu suffisent.

Vous avez bien fait de faire connaître l’excès qu’on a commis dans les disciplines, et de leur modérer le nombre, de leur prescrire le temps et la manière. Vous pouvez sans difficulté consentir que Monsieur Delattre la prenne tous les jours l’espace d’un Miserere, mais qu’elle soit simple et sans épingles. Et pour les autres, vous leur en permettrez moins et les consolerez dans leur fidélité aux pratiques de cette sorte de pénitence si rigoureuse et les règlerez

Je vous supplie de plus, Monsieur, de faire partir Monsieur Alméras au plus tôt pour Annecy. Il ne saurait traverser les montagnes d’Auvergne. Il faudra qu’il tire droit à Béziers, à Montpellier et qu’il passe à Nîmes et de là au Saint-Esprit (2), à Lyon et puis à Annecy.

Je ne vous dis rien de l’ordre que vous avez à établir à La Rose ici, parce que Monsieur Delattre (3) l’exécutera. [Voilà] longtemps qu’on n’a fait la mission [à Ai]guillon.

2). Au Pont-Saint Esprit, arrondissement d’Uzès (Gard).

3). Le nouveau supérieur de l’élablissement de La Rose.

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Je vous prie que ce soit la première [qu’on] y fera, et qu’on y fasse ce qui se pourra, (afin de) les accorder avec Madame la duchesse et ses [gens] et entre eux, et d’y passer cet Avent jusques (aux grandes fêtes de Noël pour faire à plein fond. [Dieu comble de] grâces ceux qui devront parler, qui donnent… plus forts et qui ont grâce pour vi [siter les ennemis ! Ils ne diront point à personne que c’est par ordre de moi ; ils diront qu’on est obligé d’y aller de 5 en 5 ans, et qu’on ne compte point pour mission ce que Monsieur du Coudray y fit quand il y alla avec Monsieur Drouard.

Vous me mandez que nous devons trois cents livres à Cahors. Je ne sais pourquoi nous donnâmes ici 400 livres à Monseigneur de Cahors, qu’il nous devait renvoyer à son arrivée. Je ne sais s’il l’a fait, et l’on ne lui en parlera point.

Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que je vous embrasse, prosterné en esprit à vos pieds, et fais le même à la petite famille de La Rose, et suis à vous et à eux, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

895. — A BONIFACE NOUELLY

De Paris, ce 2 [… novembre 1646] (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit [avec vous pour jamais !]

Lettre 895 — L. s. — Dossier de la Mission, original

1) La date écrite en tête a disparu, avec le coin supérieur de droite, par suite des ravages de l’humidité ; il ne reste que le premier chiffre du quantième du mois. Si nous ajoutions foi à celle qui a été

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J’écris à M. le consul (2) [l’embarras où nous] sommes pour avoir l’argent auq (uel il s’est engagé). Le conseil a ordonné qu’il sera payé avec les] deniers qui se lèveront, dès que [l’on aura quêté] dans Paris pour les esclaves…. se veut charger desdites quê [tes……] de la Merci ni des Mathurins, (lesquels) nous font espérer plus de secours que les [autres] ; et c’est avec eux que nous tachons de nous accommoder. Nous ne perdrons point de temps, s’il plaît à Dieu ; et dès que l’argent sera prêt, nous vous l’enverrons par la voie de Tunis, ainsi que vous nous mandez.

Je prie ledit sieur Barreau de ne jamais plus s’engager à rien, ni même de s’entremettre du rachat d’aucun esclave, ains de bien exercer son office. Je le prie aussi de n’entreprendre aucune affaire, petite ni grande, sans vous en communiquer. Et je vous prie, Monsieur, de faire de même, vivant ensemble avec grande déférence, ouverture de cœur et pleine confiance, comme deux personnes unies en Jésus-Christ.

J’ai écrit aussi par ce même ordinaire à M. Guérin, à Tunis, de vous écrire quelque chose de la méthode et de la manière avec laquelle il agit envers les pauvres esclaves, afin de vous conformer à cela autant qu’il vous sera [possi] ble.

Je vous écris bien à la hâte, à cause [qu’il] est nuit. Je prie Notre-Seigneur d’être [de] plus en plus votre lumière, votre force et votre esprit et enfin votre récompense.

anciennement ajoutée au dos du document, la lettre serait du 8 mars 1647. Mais cette date soulève quelques difficultés ; elle est en opposition avec le 2 du début ; de plus les contours de la partie mutilée rapprochent étrangement cette lettre des lettres datées du 23 novembre 1646, et par son contenu elle semble mieux à sa place non loin de la lettre 877.

2). Le frère Jean Barreau.

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[Je suis], en lui, de toutes les forces de mon âme, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Nouelly. prêtre de la Mission, à Alger.

896. — A UN PRêTRE DE LA MISSION (1)

Du 24 novembre 1646.

J’ai reçu deux de vos lettres, qui ont redoublé ma douleur, voyant que vous persévérez à vous séparer de nous ; ce qui m’oblige de persévérer aussi à vous représenter le danger où vous vous exposez, mais c’est avec toute l’humilité et l’affection dont je suis capable, et avec un plein désir de votre salut. Je vous dirai donc dans ce sentiment :

1° Que je ne vois aucune raison qui vous rende dispensable des vœux, et, pour une seule que vous en cotez, qui est très faible, plusieurs fortes me persuadent que vous devez revenir. Vous êtes infirme, il est vrai ; mais ce prétexte est-il suffisant pour obliger Dieu à vous tenir quitte de la promesse que vous lui avez faite ? Vous n’ignoriez pas alors que vous ne fussiez sujet aux infirmités corporelles, comme le reste des hommes. Et, puisque vous avez franchi le pas, faut-il maintenant qu’une légère incommodité vous décourage ?

2° Votre retraite chez vous ne vous guérira pas. De quels remèdes userez-vous que vous n’ayez ici ? L’air de votre pays n’est pas meilleur que celui de Paris, et

Lettre 896. — Reg. 2, p. *290.

1). Probablement Thomas Berthe. (Cf. 1. 879, note l.)

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vous savez bien que vous ne trouverez pas chez vos parents plus de repos et de bons secours que nos infirmes en ont dans la compagnie.

3° Je vous prie de considérer la bonté de Dieu à vous appeler du monde. Combien y a-t-il d’âmes qui se perdront, faute d’une pareille grâce ! Mais combien plus mériteront de se perdre celles qui l’auront méprisée après l’avoir reçue !

4° Vous avez confessé tant et tant de fois que vous étiez touché de reconnaissance envers Dieu du bienfait de votre vocation ; pourquoi le rejetez-vous maintenant ?

5° Dieu vous a départi assez libéralement des talents pour tous les emplois de la compagnie ; et, vous en retirant, les peuples et les ecclésiastiques seront frustrés des assistances spirituelles pour lesquelles peut-être il vous les a donnés. Et quoique vous pensiez les faire valoir en assistant le prochain en votre particulier, ce sera néanmoins sans grand effet, parce que] a grâce de la vocation vous manquera ; l’expérience de quelques autres me fait craindre cela de vous.

6° Combien de victoires perdrez-vous, si vous perdez votre vocation, puisqu’avec elle vous pouvez surmonter le diable, le monde et la chair, et à même temps enrichir votre âme de la perfection chrétienne, pour laquelle les anges s’incarneraient, s’ils pouvaient, afin de venir imiter sur la terre les exemples et les vertus du Fils de Dieu !

7° Je veux croire qu’il vous semble que votre sortie ne procède pas du motif que j’ai dit, quoique vous ayez sujet d’estimer le contraire ; car, si cela n’était pas, d’où pourrait venir un si prompt changement ? Car, en partant d’ici pour cette maison-là, vous étiez si content de votre vocation qu’il ne se pouvait davantage, et j’en étais fort édifié. Mais quand il serait vrai que ce mal viendrait de quelqu’autre cause, et non de celle-là,

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comme vous dites que je le verrai au jour du jugement, que direz-vous en ce grand jour, quand il vous sera demandé compte de vos promesses, des lumières que vous avez reçues et de l’emploi que vous aurez fait de votre temps et de vos talents ? Pensez-vous que le soin de votre santé vous en décharge, puisque c’est Dieu qui la donne et qui l’ôte quand bon lui semble, et qu’il est dit que qui voudra sauver sa vie la perdra ?

Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, pensez à tout ceci et ne résistez point aux reproches de votre conscience ; mettez-vous en l’état auquel vous voudriez mourir, et j’espère de la bonté de Dieu qu’il vous donnera la force de vaincre la nature, qui ne cherche que sa liberté, au préjudice de votre pauvre âme, pour laquelle Dieu m’a donné des tendresses d’affection inexplicables. C’est pourquoi je vous conjure derechef, au nom de Jésus-Christ et par l’amour qu’il vous porte, de vous en venir ici. J’aurai en vous plus de confiance que jamais, parce que je n’aurai plus crainte de vous perdre, vous voyant garanti d’un écueil si dangereux. Choisissez telle maison qu’il vous plaira ; vous serez reçu partout à bras ouverts, et vous me donnerez occasion de vous témoigner que je suis, en son amour, Monsieur, votre…

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