Correspondance (page 36)
926. — A MONSEIGNEUR INGOLI
De Paris, ce 15 mars 1647.
Monseigneur,
J’ai reçu la lettre de laquelle il a plu à Votre Seigneurie Illustrissime m’honorer, avec le respect et la dévotion que Notre-Seigneur me donne pour l’un des prélats de l’église qui travaillent le plus à l’extension de l’empire de Jésus-Christ par toute la terre, et me suis donné à Dieu pour lui obéir à l’égard du commandement que Votre Seigneurie Illustrissime me fait de destiner quelqu’un de la compagnie pour la coadjutorerie de Babylone. N’ayant pu trouver aucun externe en qui les qualités requises me paraissent, qui ait voulu ou pu entreprendre ce bon œuvre, celui que je destine à cet effet, Monseigneur, est l’un des deux assistants que la compagnie m’a donnés pour me servir de conseil à la direction d’icelle (2), en qui il a plu à la divine bonté mettre à peu près les qualités requises à ce saint ministère, ce me semble. Je vous avoue, Monseigneur, que la privation de cette personne est m’arracher l’un œil et me couper moi-même l’un bras ; mais la dévotion que j’ai vers le pouvoir que Notre-Seigneur a donné à son église et qui réside en la personne de notre Saint-Père, qui est d’envoyer ad gentes, et à l’obligation qu’ont par conséquent de lui obéir tous les ecclésiastiques de l’église en ce cas-là, et la pensée qu’Abraham s’est mis en état de sacrifier son fils unique, et que le Père éternel nous a donné son propre Fils, cela ensemble m’a
Lettre 926. — L. s — Arch. de la Propagande, VI, Lettre di Francia, Inghiltera Scozia, Ibernia et India, 1647, n° 145, f° 81, original
1) Secrétaire de la Propagande
2) Lambert aux Couteaux L’autre assistant était. Antoine Portail.
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fait résoudre à destiner ce bon missionnaire pour un tel œuvre et à m’offrir moi-même, si j’en étais digne. Voilà, Monseigneur, la disposition en laquelle nous sommes pour cet affaire, duquel j’espère parler au premier jour à la reine et à Monseigneur le cardinal, pour savoir l’intention de Sa Majesté sur cela, dont je donnerai avis à Votre Seigneurie Illustrissime, à laquelle j’offre l’obéissance de notre petite compagnie et la mienne, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL
indigne supérieur de la congrégation de la Mission.
Au bas de le première page : Mgr Ingoli.
927. — UN PRêTRE DE LA MISS0N A SAINT VINCENT
Marseille, 1647..
Nous sortons d’une mission qui nous a tenus, l’espace de cinq semaines, attachés aux confessionnaux, à la chaire et aux accommodements des procès, avec tant de succès et de fruit, que je puis dire sans exagération qu’on n’en peut pas souhaiter davantage. on y a réhabilité neuf ou dix mariages clandestins, fait environ vingt-cinq ou trente accommodements de procès, où il y allait, en quelques-uns, de sommes fort notables, en d’autres de l’honneur, et en d’autres de la vie ils se sont quasi tous faits de gré à gré, sans l’entremise de personne ; quelques-uns même dans l’église publiquement et pendant la prédication, avec tant de sentiments et de larmes que celui qui prêchait en était interrompu. Il arriva aussi qu’un homme de condition médiocre, ayant, par une émotion de colère répondu à quelqu’un des nôtres avec moins de discrétion et ajouté à sa réponse un blasphème publiquement devant la porte de l’église il en conçut un tel regret, quinze jours après, que, de son propre mouvement,
Lettre 927. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 4, 1er éd., p 38
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pour satisfaction de ce péché, il s’imposa lui-même de payer cent écus pour la réparation de l’église devant laquelle il avait proféré ce blasphème.
928. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 15 mars 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ce n’est que pour continuer à me consoler avec vous dans l’entretien de nos lettres. Les vôtres me donnent plus de joie que toute autre chose, parce qu’en elles il me semble que je vois votre cœur, et dans icelui beaucoup de désir et de disposition pour aimer notre bon Seigneur, qui, de son côté, ne manquera à vous donner de plus en plus communication à son amour et à ses vertus pour en remplir votre âme ; et c’est de quoi je le prierai toute ma vie.
Je n’écris point à Messieurs Portail et Alméras, parce que je pense qu’ils sont plus proches de Rome que de Gênes, à l’heure que j’écris. Je ne doute point que vous n’ayez été consolé de les voir. J’attends nouvelles de leur départ et de ce qu’ils ont fait. Ce que vous demandez, d’en faire rester l’un à Gênes, n’est pas maintenant faisable, tant parce qu’ils ont à faire ailleurs, que parce que Dieu vous fera la grâce, et à vous et aux autres, de correspondre aux desseins de Dieu sur notre établissement en ce lieu où vous êtes, comme il a fait jusqu’à présent ; dont je l’en remercie. Ne désirons point que la compagnie ait du bruit et de l’estime pour son extension ; l’humilité et la confusion nous sont plus propres,
Lettre 928. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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et Dieu n’a pas besoin de la faveur des hommes ni de notre crédit pour nous appeler où il lui plaira. Je vous prie de lui recommander mon âme et de croire que la vôtre m’est très chère, et que je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
929 — A UN PRêTRE DE LA MISSION * A ROME
*1657 (la lettre devrait être reportée au tome VI)
Je ressens beaucoup votre peine, et néanmoins je suis bien aise que vous me l’ayez découverte. La conduite de Dieu est telle sur ceux qu’il destine à quelque chose de grand ou de bien particulier pour son service, qu’il les exerce auparavant par des dégoûts, traverses, aversions *(2) et mouvements d’inconstance, tantôt pour les éprouver, tantôt pour leur faire expérimenter leur faiblesse, tantôt pour les détacher davantage des créatures *(3), d’autres fois pour abattre les fumées de quelque vaine complaisance, et toujours pour les rendre plus agréables à ses yeux. Ne doutez pas, Monsieur, que la tentation que vous souffrez ne contribue à votre avancement spirituel, si vous lui résistez.
Mais peut-être que vous ne pensez pas que ce soit une tentation, se cachant, comme elle fait, sous l’apparence d’un bien, car vous dites que vous ne voulez plus donner scandale à la compagnie. Je vous prie de croire que vous
Lettre 929 — Reg. 2, p. 294. * On trouve dans le dossier de Turin la minute de cette lettre, écrite de la main du frère Ducourneau.
*1) Date écrite par le frère Ducourneau en marge de la minute. La lettre n’est donc pas de 1647, comme l’a cru le copiste du registre 2.
*2) Texte de la minute : par des dégoûts fâcheux.
*3) Texte de la minute : des choses crées.
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ne lui en pouvez donner un plus grand que de vous en séparer pour aller faire votre propre volonté.
Vous dites aussi que vous aimez la règle, mais ensuite vous témoignez le contraire, disant que vous ne voulez pas être obligé de l’observer. Il est vrai que la vraie charité fait aimer les bonnes choses, mais il est vrai aussi que la nature rebute celles qui captivent sa liberté ; et il est à craindre que vous adhériez plutôt à ce rebut de la chair qu’à l’attrait de cette vertu, puisque vous dites que vous n’accomplissez plus le règlement par un pur amour de Dieu, et qu’au lieu de vous redresser de ce défaut, vous voulez passer outre et aller même contre cet amour, en secouant tout à fait le joug de Jésus-Christ et vous reprenant vous-même, après vous être quitté pour lui. Je prie sa divine bonté qu’elle ne le permette pas. Vous avez grand besoin de reconnaître l’esprit qui vous pousse, et de considérer en même temps qu’il n’y a homme, pour parfait et pour affermi qu’il puisse être en sa vocation, qui ne souffre parfois de fâcheuses secousses. L’ennemi fut bien si téméraire que d’entreprendre même le Fils de Dieu, pour se faire adorer de lui, qui est la plus horrible tentation que la malice ait pu inventer. Y a-t-il eu quelqu’un entre les apôtres, ni entre tous les saints, qui n’ait eu besoin de se faire violence pour résister aux attaques de la chair et du monde ? Vous nous avez raconté vous-même que pour entrer dans notre congrégation vous fîtes un grand effort sur vous, venant plusieurs fois céans demander d’être reçu, malgré la nature qui désirait un refus de notre part ; vous l’avez dit avec reconnaissance de ce que le mouvement de Dieu avait prévalu, et nous l’avons ouï avec consolation, comme un présage de vos futures victoires sur vos passions. En effet, vous les avez depuis beaucoup mortifiées, par sa grâce ; et si vous comparez votre vie de missionnaire
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à celle d’auparavant, vous y trouverez grande différence.
Courage donc, Monsieur ! tenons ferme ; car maintenant que nous sommes prêtres, nous sommes obligés à une plus grande perfection et à secourir davantage les âmes. Serait-il bien possible que, d. ans les belles occasions que Dieu nous en donne, une petite répugnance nous fît tout abandonner ! A Dieu ne plaise, puisque l’Apôtre dit qu’il est impossible que ceux qui ont été éclairés et se sont retirés de la lumière, retournent en l’état duquel ils sont déchus *(4) ! Conformément à cela, nous en voyons plusieurs qui, pour bonne intention qu’ils aient, et pour belles que soient leurs résolutions, se trouvent néanmoins courts quand il faut en venir aux effets, ou qu’il s’agit de vaincre les difficultés, parce qu’ayant manqué à la grâce, la grâce leur manque, et alors les scrupules les rongent, leur amour-propre se forme une conscience qui s’accommode avec la sensualité, et la nature reprend le dessus. Je n’exagère rien ; l’expérience le montre journellement.
Je vous en dis pourtant trop, mon cher Monsieur, parce qu’à l’heure où je vous écris, vous êtes peut-être délivré de la suggestion qui vous travaillait. Si cela est, j’en loue Dieu ; et, si cela n’est pas, je le prie qu’il vous en délivre.
Demandez-lui vous-même cette grâce, c’est le premier moyen que je vous donne ; et le second est qu’en cas que le séjour où vous êtes, ou les personnes qui sont avec vous, vous fassent quelque peine, vous vous en alliez à…. J’écris au supérieur qu’il vous y reçoive avec toute la cordialité possible ; ce qu’il fera volontiers, à cause de l’estime et de l’affection qu’il me témoigne avoir pour vous.
1). épître aux Hébreux VI, 4-6.
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930. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
La mission de Gémozac (1) a donné de très consolants résultats : sept ou huit hérétiques ont abjuré leurs erreurs ; d’autres les auraient imités s’ils n’avaient craint d’être surchargés de tailles par les principaux de la localité, qui sont de la religion réformée. Ceux des habitants qui ne vont pas à la messe par respect humain seraient bien aises que le roi les obligeât à remplir ce devoir. "L’un de ces Convertis est un vieillard, lequel nous avions exhorté plusieurs fois, mais inutilement ; et après avoir fait notre dernier effort, un peu avant notre départ, voyant que nous ne pouvions rien gagner sur lui, nous eûmes la pensée de recourir à la sainte Vierge et la supplier d’employer ses intercessions pour obtenir la conversion de ce pauvre dévoyé. Nous allâmes à cette intention nous prosterner à genoux et réciter les litanies ; et voilà que, les ayant achevées, nous voyons notre vieillard revenir à nous et nous avouer qu’il reconnaissait la vérité et qu’il était en volonté d’abjurer son hérésie ; ce que nous lui fîmes faire, et ensuite sa confession générale ; et puis nous le reçûmes à la sainte communion. Et en nous disant adieu, il nous pria instamment de le recommander aux prières de tous les catholiques."
931. — A CLAUDE DUFOUR
Du 31 mars 1647.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de tant et tant de bénédictions que Dieu donne à vos emplois des missions et des ordinands, et je le prie qu’il bénisse de même le séminaire que vous commencez, et qu’il ne permette pas que la tentation que vous avez contre votre vocation
Lettre 930. — Abelly, op. cil., 1. II, chap. I, sect. II, § 2, 1er éd., p. 28.
1). Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Saintes.
Lettre 931. — Reg. 2, p. 291. Un texte quelque peu différent nous est donné par le registre intitulé : Recueil de pièces ces relatives aux Filles de la Charité, p. 675. (Arch. des Filles de la Charité.)
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trouble la paix de votre âme. Je sais bien que l’Ordre des Chartreux est plus parfait en soi ; mais je ne crois pas que Dieu vous demande là, après vous avoir appelé ici, et que vous avez répondu et acquiescé au mouvement de cet appel, que sa bonté vous y a béni d’une bénédiction toute particulière, et telle que, si vous la considérez, elle est pour vous affermir invariablement dans la congrégation, surtout si vous vous mettez en l’état auquel vous voudriez être trouvé au jugement de Dieu. Mettez, s’il vous plaît, dans une balance les biens de la solitude d’un coté, et de l’autre ceux que Notre-Seigneur fait et fera de plus en plus par vous ; vous verrez que ceux-ci l’emporteront. Mettez aussi en considération votre conformité de vie présente avec celle que Notre-Seigneur a menée sur la terre, que c’est là votre vocation et que le plus grand besoin qu’ait aujourd’hui l’église est d’avoir des ouvriers qui travaillent à retirer la plupart de ses enfants de l’ignorance et des vices où ils sont, et à lui donner de bons prêtres et de bons pasteurs, qui est ce que le Fils de Dieu est venu faire au monde, et vous vous estimerez trop heureux d’être appliqué comme lui et par lui-même à ce saint ouvrage.
Vous savez, Monsieur, que, quoique la vie contemplative soit plus parfaite que l’active, elle ne l’est pas toutefois plus que celle qui embrasse tout ensemble la contemplation et l’action, comme fait la vôtre, par la grâce de Dieu. Mais quand le contraire serait, il est certain que Dieu n’appelle pas tout le monde aux choses plus parfaites. Tous les membres du corps ne sont pas la tête, et tous les anges ne sont pas de la première hiérarchie ; ceux des inférieures ne voudraient pas être des supérieures ; ils sont contents de celle où Dieu les a mis ; et les bienheureux qui ont moins de gloire n’envient pas ceux qui en ont une plus grande. Nous devons de même
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nous contenter de l’état où nous sommes par la disposition de la Providence et auquel Dieu nous bénit. Certes, l’enfant d’une pauvre femme laisse là toutes les autres mères pour se tenir collé au sein de la sienne.
De dire que vous avez grand’peine à la Mission ; hélas ! Monsieur, il n’y a point de condition au monde où il n’y ait à souffrir. Qui est l’homme qui ne sent pas des difficultés et des contradictions dans la plupart des choses de son état et qui ne pense qu’il serait plus heureux dans un autre emploi qu’il n’est pas dans le sien ? Assurez-vous, Monsieur, que c’est ici une ruse du diable, pour vous détourner du bien que vous faites pour l’église. C’est sa finesse de tenter les plus gens de bien d’une plus grande perfection, pour leur faire quitter celle où Dieu les veut. Demeurez donc constamment dans votre état et ambula vocatione qua vocatus es (1) et noli flectere ad dexteram neque ad sinistram (2), et assurez-vous que votre vocation opérera votre justification et enfin votre glorification. Faites-moi savoir ce qu’il faut faire pour vous conforter là dedans ; car si quelqu’un des nôtres trouble votre repos, nous vous enverrons quelqu’autre à sa place. Je vous prie de faire une heure d’oraison sur ce que je vous dis et de me mander les sentiments que Dieu vous donnera là-dessus, et ne m’y oubliez pas, s’il vous plaît, à ce que Dieu daigne faire miséricorde à ma pauvre âme.
Je suis, en l’amour….
1). épître aux Ephésiens IV, I.
2) Second livre des Paralipomènes XXXIV, 2,
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932. — A UN SUPéRIEUR (1)
Du 9e avril 1647.
Il y a cinq ou six mois que je reçus deux paquets de vos lettres, et depuis peu j’en ai reçu un autre. Je ne fis point réponse aux premiers, pource que je ne savais que vous dire à tant de choses que vous me proposiez. L’état que j’ai toujours fait de votre piété m’a fait avoir du respect pour les choses que vous m’avez dites et écrites, en sorte que je lus ces deux paquets à genoux, en la présence du Saint Sacrement, et priai Dieu qu’il me fît la grâce de reconnaître si les choses que vous me disiez venaient de lui, et, si cela était, de les embrasser. Mais je vous avoue, Monsieur, que, si cela est, mes péchés m’ont rendu indigne de le connaître ; au contraire, il me semble que nous renverserions le peu de bien qu’il plaît à Dieu de faire à l’égard des ecclésiastiques, étant comme évident que là où les choses approchent de la sorte que vous les proposez, il n’y a point de différence de tels ecclésiastiques avec les boursiers des collèges. Nous en avons essayé de plusieurs façons ; mais l’expérience nous a fait voir que la manière dont l’on s’y prend est celle qui réussit le mieux.
Nous avons soixante prêtres au collège des Bons-Enfants, quarante petits séminaristes au séminaire de Saint-Charles, trente ecclésiastiques au séminaire de Cahors, dont Mgr l’évêque me mande qu’il est satisfait, par
Lettre 932. — Reg. 2, p. 293.
1) Le supérieur auquel s’adresse cette lettre était vraisemblablement à la tête d’un séminaire. Or, parmi les supérieurs des six séminaires confiés à la congrégation de la Mission en dehors de Paris nous ne voyons guère que Bernard Codoing, alors à Saint-Méen, qui eût des idées semblables à celles que critique ici saint Vincent.
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la grâce de Dieu. Il y en a huit à Annecy, qui commencent bien aussi, et autant au Mans, douze ou quinze à Saint-Méen. Ces petits essais nous font espérer que Notre-Seigneur bénira son ouvrage, s’il plaît à sa miséricorde de n’avoir pas égard à l’abomination de ma vie.
Oserai-je vous dire, Monsieur, que ce qui me fait le plus défier de vos avis est l’esprit de médisance et injurieux qui y paraît et qui me semble tout à fait éloigné de la vraie charité dont nous avons un tableau qui la représente au vif dans le bienheureux évêque de Genève.
Ne croyez pas, Monsieur, que je prenne injure à ce que vous me dites de moi ; ô Jésus ! nenni ; mais seulement ce que vous dites des corps de l’église en général et de plusieurs en particulier, ce qui est directement opposé à la seconde condition de la charité, qui est la bénignité. Et puis, Monsieur, Notre-Seigneur vous a-t-il révélé ces manières que vous proposez ?
933. — A FRANçOIS ADHEMAR DE MONTEIL, ARCHEVêQUE D’ARLES
[1647] (1)
Monseigneur,
Comme Dieu m’a donné pour vous une entière et perpétuelle obéissance, je suis obligé à vous en renouveler les offres de temps en temps. Je le fis ces jours passés (2) lorsqu’en réponse de l’honneur de votre lettre, je vous assurai que je m’emploierais volontiers pour avoir un ordre de la reine tendant à la réformation de Saint-Césaire. Et je continue de le faire à présent, Monseigneur,
Lettre 933 — Lettres et Conférences de Saint Vincent de Paul (Supplément), p. 526, 1. 3133.
1) Voir note 2.
2). Par la lettre du 29 février 1647.
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avec toute la révérence que je dois, vous suppliant de l’avoir agréable, puisque c’est pour accompagner la lettre que Sa Majesté vous écrit au sujet de ladite réforme. Elle ne peut être que bien, étant du style de M. de Verthamon (3).
Au nom de Dieu, Monseigneur, usez en toutes occasions du pouvoir que vous avez sur moi, qui suis, en son amour sacré, Monseigneur, votre…
934. — JULIEN GUERIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
[Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1)
Vous seriez ravi d’entendre, tous les jours des fêtes et dimanches, chanter en nos églises et chapelles l’Exaudiat et les autres prières pour le roi de France, pour qui les étrangers mêmes témoignent du respect et de l’affection ; comme aussi de voir avec quelle dévotion ces pauvres captifs offrent leurs oraisons pour tous leurs bienfaiteurs, qu’ils reconnaissent pour la plupart être en France, ou venir de France ; et ce n’est pas un petit sujet de consolation de voir ici presque toutes sortes de nations dans les fers et les chaînes prier Dieu pour les Français.
935. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Entre 1642 et 1649] (1)
Monsieur,
Je vous supplie très humblement prendre la peine me mander
3) Peut-être Antoine de Verthamon, archidiacre de l’église métropolitaine de Paris, chanoine de l’église de Cahors, conseiller-clerc du roi en son Parlement.
Lettre 934. — Abelly, op cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 7, 1er éd., p. 122.
1). Durée du séjour de Julien Guérin à Tunis.
Lettre 935. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) La lettre a été écrite après la fondation des établissements d’Issy et de Fontenay-aux-Roses (1642) et avant la fermeture de l’établissement d’Issy (1649)
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si ce sera pour demain mercredi que l’assemble de nos sœurs pourra se faire, à ce que je les fasse avertir, et celles d’Issy et Fontenay (2).
Mademoiselle de Lamoignon me manda hier de savoir de vous quand elle pourra décharger entièrement son cœur, vous venant treuver ; mais elle ne désire pas que l’on le sache chez elle. Je l’en avertirai si vous me faites l’honneur me le mander. Elle voudrait que ce fut au plus tôt. Donnez-moi, s’il vous plaît, votre sainte bénédiction, puisque je suis, Monsieur. votre très humble et très obligée fille et servante.
936. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1642 et 1649] (1)
Vous ferez avertir l’assemblée pour demain l’après-dînée, s’il vous plaît, Mademoiselle, et Mademoiselle de Lamoignon pour ce soir, à six heures ; mais il me serait plus commode que ce fût à une heure après midi aujourd’hui céans.
937. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce jour de Pâques [21 avril 1647] (1)
Monsieur,
J’ai pensé qu’il était nécessaire que votre charité prît la peine de voir cette lettre de Monsieur d’Annemont avant que nos sœurs partent pour Nantes. Deux choses me semblent aussi être sues de vous : s’il n’est point nécessaire de comumuniquer
2). Ces deux localités se trouvent dans la banlieue de Paris.
Lettre 936. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle saint Vincent l’a écrite.
Lettre 937. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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notre pensée du changement de la sœur Catherine (2) à Messieurs des Jonchères et d’Annemont, et même à Mlle de la Carisière, ou, si les choses demeuraient dans le calme, il ne serait point à propos de mander ma sœur élisabeth (3), qui est toujours malade, comme vous verrez ; ou bien, s’il faudra laisser négocier ce changement à ma sœur Jeanne (4), selon l’ordre que votre charité lui en donnera. Une autre chose, que je crois très nécessaire et de grande utilité, c’est que votre charité prenne la peine d écrire une lettre pour toutes nos sœurs, si vous le jugez à propos, pour leur témoigner un peu de mécontentement et pour les encourager.
Aussi vrai, mon très honoré Père, cette pauvre compagnie souffre bien sous ma chétive conduite ; aussi pensé-je que tôt (5) Dieu la délivrera de cette captivité, qui est à si grand empêchement à le perfection de son œuvre ; et moi j’ai grand sujet de craindre de mourir en mon endurcissement, si votre charité ne m’aide.
Ne pouvons-nous point espérer le bien d’une conférence, ces fêtes, pour achever celle de l’instruction des devoirs des sœurs soumises aux sœurs servantes, et de la conduite et support des sœurs servantes aux sœurs soumises (6) ? Il me semble que cela, bien entendu et bien pratique, serait un empêchement à tous les petits désordres de la compagnie, comme aussi que nous eussions nos petits règlements (7) pour en faire lecture de temps en temps à la compagnie. Une dame m’a donné charge de m’informer s’il ne pouvait y avoir cinquante arpents de terre à vendre entre la maison
2) Catherine Bagard.
3) Elisabeth Martin, supérieure à Nantes.
4) Jeanne Lepeintre. Elle fut nommée, quelques jours après, supérieure des sœurs de Nantes.
5). Tôt bientôt.
6). Saint Vincent avait traité ce sujet le 2 février précédent dans une conférence qui nous a été conservée.
7) Les règlements ou statuts de la Compagnie, approuvés le 20 novembre 1646 par Jean-François-Paul de Gondi, coadjuteur, au nom de son oncle l’archevêque de Paris. Saint Vincent les lut à ses filles au cours de la conférence qu’il leur fit le 30 m. ai 1647. A quoi attribuer cette attente de six mois, qui se serait prolongée, semble-t-il, sans les instances de Louise de Marillac ? Ce n’est pas, au moins exclusivement, aux grandes occupations du fondateur, puisqu’il avait trouvé le temps de réunir les sœurs le 2 février. Peut-être a-t-il nourri quelque temps l’espoir d’obtenir certaines modifications de détail ; peut-être aussi le document pontifical lui fut-t-il communiqué plusieurs mois après la date d’approbation.
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où logent les petits enfants treuvés (8), et La Chapelle, et je lui ai proposé votre maison vers les Récollets (9), en espérance qu’il s’y pourrait trouver proche les terres qu’elle souhaite y compris la maison. Je vous supplie très humblement, Monsieur, si vous pensez que la chose soit faisable, prendre la peine me le mander par frère Ducournau (10), à cause que cette dame doit envoyer, après ces fêtes, un homme pour visiter la place.
S’il plaît à votre charité se souvenir de Madame la comtesse de Maure pour mon fils, à cause que l’autre affaire s’évente fort ? Il me semble que vous n’entendez parler que de cette affaire. Mon Dieu ! que mon orgueil me fait souffrir en ce sujet, et que ce m’eut été un grand repos d’en être exempte ! La très sainte volonté de Dieu ne l’a pas permis. Il en soit béni à jamais, et de quoi j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
8) L’hospice des Enfants trouvés donnait sur la rue du faubourg Saint-Denis ; il s’élevait vis-à-vis l’enclos de Saint-Lazare, à proximité de l’emplacement occupé par la gare du Nord. Le boulevard de La Chapelle, situé un peu au dessus, suit les limites de ce qui était alors le village de ce nom.
9) Ce couvent a donné son nom à la rue actuelle des Récollets il est devenu l’hôpital militaire Saint-Martin.
10). Bertrand Ducournau, né en 1614 à Amou (Landes), fut reçu dans la congrégation de la Mission le 28 juillet 1644, en qualité de frère coadjuteur, et fit les vœux le 9 octobre 1646. Comme il avait une belle écriture, un esprit judicieux, une intelligente ouverte et une certaine expérience des affaires par les situations diverses qu’il avait occupées dans le monde, saint Vincent le prit pour secrétaire. Parmi les lettres du saint qui nous ont été conservées, la première qu’écrivit le frère Ducournau est adressée à Jacques Chiroye et datée du 3 mai 1645. Par son dévouement, son savoir-faire et son amour du travail, ce bon frère rendit des services inappréciables au saint et à sa congrégation. Nous avons vu plus haut comment il s’y prit pour arracher à l’humilité de saint Vincent les originaux des deux premières lettres. Plus que tout autre à Saint-Lazare peut-être, il comprit ce que le saint serait pour la postérité. Il gardait la minute de ses lettres et prenait ou faisait prendre copie de ses entretiens aux missionnaires. On peut dire que, par la préparation des matériaux et par ses notes personnelles, il a plus contribué qu’Abelly lui-même à la première vie de saint Vincent. Après la mort du saint, il resta secrétaire du supérieur général et archiviste de la maison. Il mourut
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938. —- A CLAUDE DUFOUR, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 23 avril 1647.
Je vous remercie très humblement, Monsieur, de la confiance que vous me témoignez, demandant mon avis sur la pensée que vous avez d’entrer aux Chartreux. Je vous dirai tout simplement ce que je voudrais vous avoir conseillé à l’heure de ma mort, qui est que vous marchiez dans la vocation dans laquelle il a plu à Dieu de vous appeler, sans écouter désormais la suggestion de l’esprit ennemi de la persévérance finale au bien commencé, son dessein étant de vous tirer de là où Dieu vous a mis, sous prétexte de la plus grande sûreté de votre salut, afin que vous entriez dans un plus grand danger de le faire, car, s’il vous tire du lieu où vous êtes, il vous empêchera ensuite d’entrer là où vous prétendez, ou bien il vous en fera sortir après que vous y serez. On m’a dit qu’il y a cent Jésuites dans Paris qui sont sortis du sein de leur sainte mère, sous prétexte de faire des merveilles ailleurs, et la plupart sont à scandale et en grand péril de se perdre.
Au nom de Dieu, Monsieur, tenez-vous ferme dans l’état auquel Notre Seigneur vous a mis, et rejetez la pensée contraire comme ennemie des desseins éternels de Dieu sur vous et sur tant d’âmes que sa divine Majesté veut sauver par votre moyen. Que si le séjour de Saintes, ou l’emploi que vous avez, ne vous agréent pas, mandez-le-moi, s’il vous plaît ; nous vous destinerons ailleurs. Je vous dis derechef, Monsieur, que je me donne à
à Paris le 3 janvier 1677. Son aide au secrétariat, le frère Chollier, a écrit sa vie, que l’on trouve au tome premier des Notices, p 377 et suiv
Lettre 938 — reg 2, p 294
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Dieu pour répondre à sa divine Majesté, pour vous et pour moi, du conseil que je vous donne. Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il vous fasse voir la malignité de cette tentation, comme il me semble que je la vois, qui tend a vous faire perdre le certain pour l’incertain, et qui vous fait prendre l’opinion pour inspiration et la lassitude pour sollicitude.
939. — AUX FILLES DE LA CHARITé DE L’HôPITAL DE NANTES
D’Orsigny, à 4 lieues de Paris, ce 24e avril 1647.
Mes chères Sœurs,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne pense jamais à vous et au bonheur que vous avez d’être Filles de la Charité et d’être employées des premières, au lieu où vous êtes, pour l’assistance des pauvres, qu’avec consolation. Mais quand j’entends dire que vous vivez en vraies filles de Dieu, qui est à dire en vraies Filles de la Charité, c’est ce qui m’augmente la consolation jusqu’à un point qu’il n’y a que Dieu seul qui vous le puisse faire connaître. Continuez, mes chères
Lettre 939. — Dossier des Filles de la Charité, copie prise par sœur Hellot. — Cette lettre, écrite à la demande de Louise de Marillac et à la suite d’observations présentées par M. d’Annemont, bienfaiteur des sœurs (cf. Lettres de Louise de Marillac 1. 173), fut envoyée par la fondatrice, qui voulut, elle aussi, ajouter son mot et donner ses conseils (cf. ibid., 1. 174). "O mes Sœurs, disait-elle, parlant de la lettre du saint, la douceur du style, la remarque des grâces que Dieu vous a faites et à nous, et les instructions que sa charité nous donne si suavement, m’ont donné un tel effroi que je ne le vous puis dire, me souvenant que tant de fois Dieu nous a fait avertir par lui de nos obligations, tant de fois a su et voulu oublier nos fautes et manquements, ne se lassant point de nous exciter et d’encourager, ni d’avoir des soins de nous tout paternels."
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Sœurs, et perfectionnez-vous de plus en plus dans votre saint état. Voici les raisons qui vous y doivent porter.
C’est premièrement la sainteté de votre état, qui consiste à être vraies filles de Dieu, épouses de son Fils et vraies mères des pauvres ; et cet état, mes chères Sœurs, est si grand que l’entendement humain ne peut comprendre rien de plus grand en une pure créature sur la terre.
La seconde raison est en ce que, pour vous élever à ce bonheur, Dieu vous a tirées de la masse corrompue du monde.
La troisième est la fidélité que vous avez eue de correspondre à la sainte inspiration que Notre-Seigneur vous a donnée pour vous y appeler, l"ardeur avec laquelle vous avez demandé au commencement d’y être reçues, les résolutions que nous prîtes pour lors d’y vivre et d’y mourir saintement.
En quatrième lieu, mes chères Filles, la bénédiction qu’il a plu à Dieu de donner à vos exercices de dévotion et à l’assistance des pauvres ; tant de bons exemples que vous avez donnés au dedans de la maison ; tant de bonnes filles que vous y avez attirées, qui y vivent saintement ; tant de pauvres malades que vous menez a une bonne vie ; et tant d’autres que vous avez réconcilies a Dieu par vos bons conseils dans leurs maladies ; et encore tant d’autres qui sont maintenant bienheureux au ciel et prient incessamment pour la sanctification de vos chères âmes. Ce sont là, mes chères Sœurs, des raisons entre une infinité d’autres que plusieurs rames de papier ne pourraient contenir, qui vous doivent animer de plus en plus à persévérer et à vous perfectionner en votre sainte vocation.
Il me semble, mes chères Sœurs, que vous me dites toutes que vous le voudriez bien, mais que vous êtes agitées
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d’une infinité de tentations qui vous accablent. A quoi je réponds, mes chères Sœurs, que toutes ces tentations vous sont envoyées ou permises de Dieu pour les mêmes raisons qu’il a envoyé et permis à son Fils celles qu’il a souffertes, qui a été pour donner preuves de son amour infini pour la gloire de son Père et pour la sanctification de son église.
Oui, mais il me semble, direz-vous, que tant d’autres bonnes âmes qui sont dans le monde et dans les religions (1), non pas même dans votre communauté, ne sont peinées intérieurement au point que vous l’êtes. Or je vous réponds qu’il n’y a point d’âmes sur la terre qui fassent profession d’être tout à Dieu et à ses pauvres membres, qui ne souffrent autant de peines intérieures et extérieures comme vous faites, car c’est un arrêt donné de Dieu, non contre, mais en faveur des bonnes et saintes âmes, que toutes, tant qu’elles sont, souffriront tentation et persécution.
Baste ! me direz-vous, mes chères Sœurs, qu’on soit tenté parfois, mais que ce soit toujours, en tous lieux, et par quasi toutes les personnes avec lesquelles je vis, cela m’est insupportable. Le bon plaisir de Dieu est, mes chères Sœurs, que ces bénites âmes d’élite qu’il chérit tant soient tentées et affligées tous les jours ; et c’est ce qui il montre et à quoi il nous exhorte quand il dit en l’évangile que ceux qui veulent aller après lui, il faut qu’ils renoncent à eux-mêmes, qu’ils portent la croix (2), qui est à dire qu’ils souffrent affliction tous les jours. Pesez ce mot de tous les jours, mes chères Sœurs.
Je supporte cela volontiers des personnes externes, Monsieur, direz-vous ; mais que ce soit de mes propres
1) Religion, communauté religieuse.
2). évangile de saint Mathieu XVI, 24.
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sœurs, qui me devraient être à consolation et qui me sont à peine, à croix et affliction, et cela en tout ce qu’elles disent, en tout ce qu’elles font et ne font pas !
Hélas ! mes chères Sœurs, de qui souffrirons-nous que de ceux avec qui nous sommes ? Sera-ce des personnes qui sont éloignées, de celles que nous n’avons vues et ne verrons jamais ? De qui souffre le membre d’un corps, si ce n’est par le mal que lui fait souffrir un autre membre ? De qui et par qui Notre-Seigneur a-t-il souffert, si ce n’est par ses apôtres, par ses disciples et par ces peuples parmi lesquels il vivait, qui étaient le peuple de Dieu ? Un bon homme, se confessant un jour, disait à son confesseur, qui Lui demandait quel usage il faisait des afflictions qu’il recevait du côté du prochain : "Hélas ! mon Père, je ne souffre rien de ce côté-là. Depuis que ma femme et mes enfants sont morts, je suis tout seul et ne saurais me fâcher contre personne, quand je le voudrais." C’est pour vous dire, mes chères Sœurs, que nos croix de tous les jours du côté du prochain ne nous peuvent arriver que du côté de ceux avec qui nous vivons.
Eh bien ! me direz-vous, je supporte plus volontiers les peines qui m’arrivent de mes sœurs que quand elles viennent de la part de notre sœur servante (3), sa froideur, ses incommodités, sa taciturnité et de ce qu’elle ne me dit jamais une parole gracieuse, et, si elle me parle, c’est toujours avec une parole sèche et fâcheuse ; c’est ce que je ne puis supporter et qui me fait chercher ma consolation parmi quelques-unes de nos sœurs qui ont
3). Elisabeth Martin. Son état maladif était sans doute la principale cause des désordres qui s’étaient glissés dans la petite communauté de Nantes.
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la même peine que moi, et qui me fait entretenir le plus que je puis avec mon confesseur et dire mes peines à des externes.
A cela je réponds, ma chère Sœur, que c’est là une marque que nous sommes bien faibles ou malades, puisque nous avons besoin d’être flattés de nos supérieurs dans tout ce qu’ils nous disent et ordonnent, et que, tant s’en faut qu’une Fille de la Charité doive affecter ces caresses comme avantageuses, qu’au contraire elles ont raison de penser, quand la servante les caresse, qu’elle les traite en enfants ou en malades. Notre-Seigneur conduisait les siens d’une manière ferme et sèche et quelque fois avec de grosses paroles et injurieuses en apparence, jusques à en traiter d’hypocrites quelques-uns et d’autres de satans et d’autre fois il prit des cordes et frappa sur ceux qui vendaient à la porte du temple, et, qui plus est, il ne leur prédisait que des maux et des afflictions extrêmes qui leur devaient arriver. Et après cela nous voudrons être flattés de nos supérieurs et nous retirerons d’eux comme fit ce malheureux qui trahit Notre-Seigneur, pour faire bande à part avec quelques mécontents et avec nos confesseurs ! O Jésus ! mes très chères Sœurs, Dieu vous en garde !
Il me semble, mes très chères Sœurs, que vous me dites que vous n’êtes pas tombées dans ce malheureux état, par la grâce de Dieu, ou que vous me demandez quelques avis pour vous en retirer, si vous y êtes tombées, et pour vous réunir à votre chef et à chaque sœur de votre famille et par conséquent à Notre-Seigneur, qui ne souffre point d’union avec lui si l’on n’en a avec celles qui le représentent et avec ses membres. Si vous n’êtes pas tombées en ce misérable état, j’en rends grâces à Dieu et m’en vas célébrer pour cela ; mais, si vous y êtes tombées, voici, mes chères Sœurs, les moyens de vous en retirer,
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avec l’aide de Dieu, que je m’en vas lui demander à la sainte messe pour cet effet.
Le premier moyen est de faire votre oraison deux ou trois fois sur ce que je vous écris, dont la première se fera sur la première partie de cette lettre, la deuxième sur la seconde, la troisième sur la troisième.
Le second moyen est de vous confesser toutes à Monsieur des Jonchères de toutes les fautes que vous avez faites en cela, non seulement depuis votre dernière confession, mais aussi depuis que vous êtes à Nantes, et de vous résoudre à bien prendre les bons avis qu’il vous donnera et les accomplir.
Le troisième est de vous embrasser toutes après la sainte communion et vous entredemander pardon les unes aux autres et vous entredonner les cœurs.
Le quatrième, de faire votre oraison tous les mois, un an durant, sur le même sujet.
Le cinquième est de ne pas suivre le mouvement de votre affection au choix des sœurs avec lesquelles vous vous entretiendrez et de plutôt fuir la communication de celles pour qui vous auriez de l’inclination, pour vous lier avec les autres.
Le sixième, de ne point parler à votre confesseur qu’au confessionnal, si ce n’est une parole ou deux, pour des choses nécessaires, et non autrement, faisant en ce cas comme font les sœurs de votre maison de Paris avec leurs confesseurs de Saint-Lazare.
Le septième, de m’écrire chacune les sentiments que Notre-Seigneur lui aura donnés en suite de vos trois oraisons et de la confession et communion que vous ferez à cet effet, comme je vous ai dit.
Le huitième, que la supérieure écrive à Mademoiselle Le Gras tous les mois le progrès de sa famille en ces pratiques.
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Et le dernier moyen est que vous fassiez votre communication intérieure à Monsieur des Jonchères tous les mois et notamment touchant les défauts contre les choses ci-dessus.
Voilà, mes chères Sœurs, mes petites pensées sur le sujet que vous avez de louer Dieu de votre vocation, d’y persévérer et de vous y perfectionner, un mémoire des défauts auxquels une famille de la Charité peut tomber en son nouvel établissement, et les moyens d’y remédier. Je vous supplie très humblement, mes chères Sœurs, d’agréer ce que je vous en dis, pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui suis, en son même amour, mes chères Sœurs, votre très humble serviteur (4)
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A nos très chères sœurs les Filles de la Charité servantes des pauvres malades de l’hôpital de Nantes.
940. — JACQUES LESC0T, éVêQUE DE CHARTRES, A SAINT VINCENT
Je ne puis recevoir une nouvelle plus agréable, ni plus avantageuse que celle qu’on me mande, que vous désirez faire continuer les missions en mon diocèse, si je le trouve
4.) Lambert aux Couteaux et la sœur Jeanne Lepeintre allèrent faire la visite à l’hôpital de Nantes ; et cette dernière y resta comme supérieure, à la place de la sœur Elisabeth Martin, qui se rendit à l’hôpital d’Angers.
Lettre 940. — Abelly, op. cit 1 II,., chap.I, sect I, 1er éd., p. 2
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bon. Il n’y a point de diocèse en France dont vous puissiez disposer plus absolument ; et je ne sais s’il y en a où les missions puissent être plus utiles et plus nécessaires pour les ignorances étranges que je rencontre en mes visites lesquelles me font horreur. Je ne détermine rien, ni lieu, ni temps ni pouvoir ; tout est à vous ; et pour parler aux termes d’Abraham : ecce universa coram te sunt ; et je suis moi-même en vérité et de cœur votre…
841. — A JEAN MARTIN
D’Orsigny, à 4 lieues de Paris, ce 26 avril 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je n’ai que deux mots à vous dire, me trouvant aux champs depuis quatre ou cinq jours ; c’est seulement pour vous assurer qu’en quelle p. art que je me trouve, votre souvenir m’est très cher et très fréquent, et mon cœur toujours et entièrement vôtre. Dieu sait de quelle affection je le prie pour vous et avec quelle consolation je lui offre toute votre personne, sachant combien vous êtes à lui et combien fidèlement vous répondez à ses desseins éternels.
Prenez soin de votre conservation et saluez cordialement de ma part M. Richard et notre f[rère] Sébastien. Je vous ai dit que j’avais fait rendre votre lettre à Mademoiselle votre mère ; si elle a envoyé au logis sa réponse, je la vous enverrai.
On m’a dit que M. votre frère étant allé à Toulouse avec Mgr l’archevêque, demeure encore avec lui.
Lettre 941 — L. s. — Dossier de Turin, original.
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Dieu nous fasse la grâce de demeurer inviolablement en son amour, par lequel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
942. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
2e de mai 1647.
Je ne cherche que la volonté de Dieu, comme vous pouvez penser, en l’affaire de Perse. Je vous en ai écrit toutes les particularités. J’ai fait ce que j’ai pu pour avoir quelque externe pour l’évêché de Babylone, qui nous est offert, et nul n’y veut entendre, ou ne le peut, par la disposition de sa personne, ou par sa condition, ou par l’état de ses affaires. Cette œuvre me semble fort importante à la gloire de Dieu. Il nous y appelle par le Pape, qui seul a pouvoir d’envoyer ad gentes, et auquel il y a conscience de ne pas obéir. Je me sens pressé intérieurement de le faire, dans la pensée qu’en vain ce pouvoir que Dieu a donné à son église d’envoyer annoncer l’évangile par toute la terre, résiderait en la personne de son chef, si relativement ses sujets n’étaient obligés d’aller aux lieux où il envoie travailler à l’extension de l’empire de Jésus-Christ. De plus (peut-être que je me trompe) je crains bien fort que Dieu permette l’anéantissement de
Lettre 942. — Reg. 2, p. 74
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l’église en Europe, à cause de nos mœurs corrompues, de tant de diverses et étranges opinions que nous voyons s’élever de tous côtés, et du peu de progrès que font ceux qui s’emploient pour tâcher de remédier à tous ces maux-là. Les opinions nouvelles font un tel ravage qu’il semble que la moitié du monde soit là dedans ; et il est à craindre que, s’il s’élevait quelque parti dans le royaume, il n’entreprît la protection de celui-ci. Que ne devons-nous pas craindre en la vue de tout cela, Monsieur, et que ne devons-nous pas faire pour sauver l’épouse de Jésus-Christ de ce naufrage ! Si nous ne pouvons à tout cela autant que fit Noé à la conservation du genre humain dans le déluge universel, nous contribuerons au moins aux moyens dont Dieu se pourra servir pour la conservation de son église, en mettant, comme la pauvre veuve, un denier dans le tronc. Et quand je me tromperais, comme je le veux espérer de la sagesse de Dieu, qui semble vouloir perdre pour mieux sauver, nous ferons un sacrifice à Dieu, comme Abraham, qui, au lieu d’Isaac, sacrifia un mouton, dans la sainte ignorance de la fin pour laquelle il semblait vouloir le premier pour avoir le dernier.
Ces motifs et plusieurs autres m’ont fait résoudre à cette sainte entreprise et de passer par-dessus la considération du peu d’ouvriers que nous sommes et du besoin que nous avons ici de celui que nous destinons pour ce lieu-là. Et ce qui me détermine dans cette difficulté est la vue du sacrifice qu’Abraham * se proposait de faire de son fils, quoiqu’il n’eût que celui-là et qu’il sût que Dieu l’avait destiné pour être la souche de la bénédiction de son peuple.
J’ai encore passé par-dessus le danger qu’il y a que cet exemple ne donne sujet à quelques personnes de la compagnie d’ambitionner les prélatures, ayant estimé que
* Cf. François de Sales, "Introduction" p. 286 (éd de la Pléiade) N. cl.L
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l’éloignement du lieu dont il s’agit, les risques qu’on y court en y allant et en y résidant, et l’humilité apostolique selon laquelle pourra se comporter celui qui est destiné pour cela, qui sera comme celle des évêques d’Irlande, ôteront le sujet d’ambitionner ces emplois, et plu sieurs autres inconvénients.
L’on dira peut-être que, si l’évêque ne marche en ce pays-là in magnis, la cour du prince, les chrétiens et les religieux l’auront à mépris, et qu’il ne s’autorisera pas au point que Sa Sainteté prétend peut-être, pour négocier avec la bienséance requise la liaison entre le roi de France et ce prince-là contre l’ennemi commun des chrétiens. A quoi je réponds que j’espère qu’il suppléera au défaut de ce brillant et de cet état pompeux par la vertu, et que les évêques arméniens qui sont de delà et qui ne paraissent, non plus que leur patriarche, que comme les simples prêtres de deçà, n’auront pas tant d’aversion de notre évêque, comme s’ils le voyaient pompeux, tant pource que Notre-Seigneur et les saints apôtres ont renoncé et fait renoncer tous les chrétiens à la pompe, que pource que quasi naturellement les chrétiens se prennent garde de la différence qu’il y a de cet état pompeux à celui de Jésus-Christ humilié, et s’en scandalisent. De dire si ce sera M. Lambert que je regarde pour cet emploi, il est vrai que j’y ai pensé ; mais je ne m’y suis pas résolu ; et quoique je lui aie parlé du dessein en général et pris son avis pour cela, et que souvent il s’offre d’aller aux extrémités de la terre, si l’on l’y envoie, je ne lui ai jamais dit que j’aie aucune pensée sur lui, et il n’en sait encore rien.
Pour le temporel, cet évêché a neuf cents écus de revenu ; et afin que l’ancien évêque, qui en jouit et ne réside pas, en transporte la moitié à son successeur, on lui donnera d’ailleurs treize ou quatorze cents livres en bénéfice
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ou pension viagère, pour le dédommager de cette moitié.
Voilà l’état de l’affaire. Je suspendrai néanmoins la résolution jusqu’à ce que j’aie vu ce que vous me voulez écrire sur cela, à dessein de [donner] (1) les mains à vos raisons, si elles sont meilleures que les miennes.
943. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 3e mai 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu de la bénédiction qu’il a donnée à la mission de Quarto (1), et à vous de l’assistance que vous avez rendue en icelle au bon M. Blatiron, qui m’en témoigne grande satisfaction et reconnaissance. Le voilà maintenant de retour à Gênes, et vous en état de l’assister d’une autre sorte, prenant soin de le faire reposer autant et si longuement qu’il se pourra. Je ne doute pas qu’il ne vous rende la même charité ; car il me mande la crainte où il est que le travail ne vous accable. Certes, je n’en ai pas moins que lui ; ce qui fait que très souvent je prie et fais prier pour votre conservation, de laquelle je vous conjure de prendre vous-même tous les soins possibles. J’espère que Messieurs Portail et Alméras ayant vu le besoin que vous avez tous d’un peu de support (2), feront hâter le départ de celui que M. Dehorgny vous doit envoyer. Il y a longtemps que
1). Mot oublié dans le reg. 2.
Lettre 943 — L s. — Dossier de Turin, original.
1) Quarto al Mare, bourg situé à dix kilomètres de Gênes
2) Support, aide.
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je l’en ai prié, et je continue encore aujourd’hui, pour contribuer de ce que je puis à votre soulagement. Et plût à Dieu que je le pusse faire en propre personne ! J’irais me joindre volontiers a vous pour participer au bonheur que vous avez d’être continuellement appliqué à l’exercice de l’amour divin (3). Oh ! qu’à jamais votre cœur puisse-t-il goûter les suavités de celui de Notre-Seigneur ! Je le prie qu’il vous en remplisse, pour le communiquer à ceux vers lesquels vous lui rendez service. Pour moi, je suis tout en lui, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
6 mai 1647.
Nous voici de retour de la mission de… Elle comprenait cinq paroisses, outre le concours du voisinage. Il s’y est fait un très grand nombre de conversions et de confessions générales, nonobstant la dureté du peuple, lequel était très difficile à émouvoir, si rien que nous perdions presque courage au commencement. Mais Notre-Seigneur nous a voulu consoler, sur la fin de la mission, touchant ces cœurs endurcis, et répandant sur eux des grâces si abondantes, que ceux qui, au commencement, ne voulaient point nous écouter, à la fin de la mission ne pouvaient consentir à se séparer de nous. Encore que, le jour de notre départ, étant allés à l’église pour recevoir
3.) Saint Vincent a ajouté ce mot en interligne de sa main.
Lettre 944 — Abelly, op. cit, 1 II, chap. I, sect. IV, 1er éd., p. 70.
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la bénédiction de M. le curé, tout le peuple vint à l’église et se mit à pleurer et à crier Miséricorde, comme si en nous en allant, nous lui eussions ôté la vie ; tellement que nous eûmes bien de la peine à nous échapper.
Il y a eu quantité de noblesse de la ville de Gênes qui est venue en ce lieu et qui a assisté aux actions de la mission, dont elle a été fort édifiée. M. le cardinal-archevêque de Gênes (1) y est venu donner la confirmation, en suite de quoi, comme il prenait sa réfection avec les missionnaires et quelques gentilshommes qui l’avaient accompagné un seigneur du voisinage lui ayant envoyé un présent, il s’excusa de le prendre, disant que les missionnaires avaient pour règle de ne rien recevoir en mission, et le renvoya.
9 mai 1647.
J’avoue que les supériorités de nos maisons ne sont pas bien remplies ; mais assurez-vous que c’est ce qui arrive d’ordinaire aux compagnies naissantes et que celle des Jésuites, hors les neuf premiers Pères et quelque petit nombre d’autres, était en pareil état au commencement. la grâce imite la nature en plusieurs choses, laquelle les fait naître brutes et mal agréables ; mais avec le temps elle les perfectionne. Qui aurait dit que le peu de science, la pauvreté de biens et de condition et la sainte rusticité des prélats du premier siècle de l’église eussent fait ce qu’ils ont fait ? Et qui aurait pensé que notre chétive compagnie, qui n’est qu’un avorton des autres de l’église, fît ce qu’il plaît à Dieu de faire par elle, non seulement en France, mais aux pays étrangers ? C’est chose admirable de la bénédiction que Notre-Seigneur donne à nos missionnaires d’Hibernie, de Gênes,
1) Le cardinal Durazzo.
Lettre 945. — Reg. 2, p. 27
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de Tunis et d’Alger. Or, cela se faisant par la grâce que Dieu a donnée à la même compagnie, nous avons sujet d’espérer que sa divine bonté lui donnera aussi des sujets comme il les faut pour la conduire. Ce qui étant ainsi, nous ne devons pas juger des desseins de Dieu sur elle selon le raisonnement humain ; à quoi néanmoins nos petits esprits s’attachent.
946. — A RENé ALMERAS
De Paris, ce 10 mai 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je loue Dieu de ce que vous voilà arrivé en parfaite santé, et le prie qu’il vous donne son esprit de direction pour celle de la compagnie de delà. O Monsieur, que je souhaite qu’elle, soit éloignée des maximes du monde et avec un entier abandon entre les bras de la providence de Dieu ! Quand je pense parfois à la conduite de la petite compagnie, j’ai une consolation toute sensible de ce qu’il me semble que l’on a tâché de suivre la même providence en toute sa petite conduite, en sorte que l’on ne s’appuie non plus sur les moyens humains que sur des roseaux ; et je vous puis dire, Monsieur, que je n’y crois non plus qu’à notre ennemi ; et si la compagnie m’en croit, jamais elle n’en usera autrement. O Monsieur, quel bonheur de ne vouloir rien que ce que Dieu veut, de ne faire rien que selon que la Providence en présente l’occasion, et de n’avoir rien que ce que Dieu nous a donné par sa providence !
Lettre 946. — Recueil du procès de béatification.
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L’esprit humain vous dira que ce n’est pas à Rome comme ailleurs, qu’il faut s’insinuer, qu’il se faut rendre considérable, qu’il se faut autoriser, qu’il faut agir humainement avec les humains et se servir avec eux de moyens humains. Mais ne le croyez pas, Monsieur ; toutes ces maximes portent à faux à l’égard d’une compagnie que Notre-Seigneur s’est suscitée, qu’il anime de ses maximes et qui prétend agir selon son esprit. Ce que je vous dis semble paradoxal ; assurez-vous, Monsieur, que l’expérience vous le fera voir.
J’écris à Monsieur Dehorgny et le prie de demeurer cet été auprès de vous, pour vous aider de son assistance. Je vous prie, Monsieur, de lui avoir confiance, comme aussi aux bons avis que Monsieur Portail vous laissera. Mais que dis-je ? Hélas ! Monsieur, j’ai tort de vous faire cette prière, puisque je sais que, par la grâce de Dieu, c’est votre esprit.
J’aurais consolation de vous en pouvoir dire davantage ; mais voilà que Monsieur de Chalcédoine (1) m’attend là-bas, il y a près d’une heure ; c’est ce qui me fait finir, en me recommandant, prosterné à vos pieds en esprit et à ceux de la compagnie, à qui, comme à vous, je suis, du cœur que sa divine bonté sait, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Alméras, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.
1) Richard Smith, évêque in partibus de Chalcédoine, ancien vicaire apostolique en Angleterre, où l’avait envoyé Urbain VIII.
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947. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 10e mai 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Non, je ne puis cesser de vous écrire, encore que je n’aie aucun nouveau sujet pour le faire. Pour le présent, je prends celui de vous recommander le soin de votre conservation et de celle de M. Blatiron ; ce que j’ai encore fait par ma dernière, et continuerai tant que je serai dans la crainte que vos excessifs travaux vous accablent. Et en vérité, Monsieur, vous ne pouvez m’obliger en chose au monde plus qu’en celle-là. Il vous doit suffire que Dieu le veut, puisque de votre bonne disposition dépend l’avancement de plusieurs. Je la demande instamment à Notre-Seigneur, avec la continuation de ses faveurs et consolations pour votre chère âme, que la mienne embrasse tendrement.
Je reçus hier lettres de M. Guérin, de Tunis. Dieu le bénit extraordinairement. Il me mande que ceux d’Alger font aussi fort bien. Je ne puis vous dire combien cela et ce que nous apprenons de votre petite famille console et encourage toute la compagnie.
Nous avons aussi nouvelles de nos Messieurs d’Hibernie. Ils me mandent que la guerre et la pauvreté du pays leur sont de grands empêchements ; néanmoins, ayant fait une mission, le cours du peuple a été si grand qu’ils ne pouvaient suffire pour les confessions, encore qu’ils soient cinq ou six confesseurs, à cause que plusieurs des lieux circonvoisins ont accouru au bruit de la
Lettre 947. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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parole évangélique, et quelques-uns, éloignés d’environ dix lieues, ont attendu les quatre et cinq jours pour se pouvoir confesser. Je les recommande aux prières de toute votre compagnie, et particulièrement ma pauvre âme à vos saints sacrifices. Je suis uniquement, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
11 mai 1647.
Monseigneur l’évêque de Tréguier (1) désire avoir pour un mois ou deux quelqu’un de notre compagnie qui le pousse et l’aide à se mettre dans ses fonctions épiscopales d’abord qu’il entrera dans son évêché, où il doit être huit ou dix jours avant la Pentecôte. Il n’a encore parlé en public que deux ou trois fois, par l’adresse de M. du Chesne, qui l’a mené exprès à une mission et l’a duit (2) dans notre petite méthode, en sorte qu’il ne veut jamais parler autrement. C’est un esprit bon, judicieux et aisé. Il a beaucoup de charité pour la compagnie, qu’il a pensée d’établir en son évêché, s’il en trouve le moyen. Il craint, s’il n’est porté par ce secours à ces exercices spirituels, comme visites, exhortations, prédications, catéchismes, etc., qu’il ne commence ni continue rien. Or
Lettre 948. — Reg. 2, p. 173.
1) Balthazar Grangier de Liverdi (1646 1679).
2) Duit, formé.
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je viens à vous pour ce dessein et je vous prie de vous rendre à Tréguier avant la Pentecôte et de prendre pour second le frère… je ne vous parle point de la façon qu’il est expédient d’agir avec ce bon seigneur ; l’humilité, la douceur, le zèle et le respect que Notre-Seigneur vous a donnés, feront en vous ce qu’il faudra.
949. — A LA MèRE CATHERINE DE BEAUMONT (1)
De Paris, ce 19 mai 1647.
Ma très chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos deux chères lettres, avec beaucoup de
Lettre 949. — L. a. — Original au couvent de la Visitation de Toulouse. Mgr Douais en a donné un fac-similé dans son ouvrage La Visitation de Toulouse : études, souvenirs et documents, Paris, 1905, in-8°.
1). Anne-Catherine de Beaumont-Carra était l’une des colonnes de la Visitation. Du monastère d’Annecy, où elle avait passé les premières années de sa vie religieuse, elle avait accompagné sainte Chantal à Bourges pour la fondation d’un nouvel établissement. Le premier monastère de Paris la mit à sa tête en 1622 et en 1625. Pendant son second triennat, elle fonda dans cette ville le second monastère, dont elle fut élue et réélue supérieure. Elle dirigea ensuite le couvent de Grenoble (1629-1635) et celui de Pignerol (1644), puis alla fonder un établissement à Toulouse (1647). C’est dans cette ville qu’elle mourut le 30 janvier 1656. La Mère Faber a écrit et Mgr Douais publié des mémoires sur le temps que la Mère de Beaumont passa à Toulouse. Nous lisons dans l’Année sainte (t. V, p. 533) : "Saint Vincent de Paul… avait conçu beaucoup de vénération pour son mérite, vénération dont la connaissance parvint jusqu’à la reine Anne d’Autriche. Cette grande princesse, à son tour, favorisa l’humble Mère de ses bontés et ne crut pas indigne de sa Majesté de l’honorer de ses visites." La sainte fondatrice de la Visitation avait souvent recours aux lumières de la Mère de Beaumont, comme le montre sa correspondance. Nous voyons par ses lettres que la Mère de Beaumont était "sèche, trop ferme et sérieuse" et que le besoin d’activité lui faisait parfois négliger ses exercices de piété.
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consolation, comme vous pouvez croire, ma chère Mère, et rends grâces à Dieu de ce que sa providence vous a donnée à un prélat des plus excellents de l’église (2) et ii une ville des plus dévotes que voie le soleil, à ce que j’ai ouï dire à Monseigneur l’évêque de Lisieux (3), qui était évêque de Nantes, quand vous étiez en cette ville (4).
Vous voilà donc en notre pays, ma chère Mère, ou bien proche. Oh ! que j’en loue Dieu de bon cœur, et le prie qu’il y sanctifie de plus en plus votre chère âme et par vous celles de tant de bonnes filles que la même providence vous a destinées.
L’affaire dont votre charité me parle, ma chère Mère, je dis celui du collège de Maguelonne (5), me semble impossible, à cause qu’étant destiné pour élever des ecclésiastiques, l’on ne consentira point qu’il soit appliqué à un autre usage. Et n’importe de dire qu’il y a un grand désordre là-dedans ; l’on vous dira que le temps viendra peut-être auquel l’on le réformera. Et vous pouvez croire, ma chère Mère, que, quoique Monseigneur de Toulouse y ait eu quelque pensée d’autre fois pour nous, et que le principal du collège m’ait vu plusieurs fois pour cela, que très volontiers je m’en déporte, et louerai Dieu, si la chose peut réussir à votre souhait, et vous y offre mes petits services avec l’affection que je le puis,
2) Charles de Montchal.
3) Philippe Cospéan, évêque d’Aire du 18 février 1607 au 18 mars 1622, de Nantes du 18 mars 1622 à 1635, et de Lisieux du 25 juillet 1636 au 8 mai 1646, jour de sa mort. *Il avait administré quelque temps le diocèse de Toulouse.
4) La Mère de Beaumont, du temps où elle était supérieure du monastère de Grenoble, avait dû se rendre à Nantes pour y traiter de la fondation d’un couvent en cette ville, où elle laissa plusieurs de ses filles.
5) Collège fondé à toulouse en 1363 ; comme d’autres collèges de la même ville, il servait de maison d’habitation aux écoliers de l’Université. Sur cet établissement voir Collège de Maguelonne par M. Saint-Charles dans les Mémoires de l’Académie des Sciences inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, 1883, pp. 110-128.
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quoique, comme je vous ai dit, la chose me paraisse impossible, selon que je vois la disposition du Conseil du roi et la suite des affaires de pareille condition. Hélas ! ma chère Mère, nous n’avons garde de ne pas vous y servir pour notre intérêt. Savez-vous bien, ma chère Mère, que nous sommes dans la maxime et dans la pratique de ne pas demander aucune fondation et que c’est Notre-Seigneur seul qui nous a établis là où nous sommes ? Et si la compagnie m’en croit, elle en usera toujours de la sorte. Monseigneur l’archevêque vous pourra dire lui-même l’indifférence avec laquelle il m’a vu agir en cet affaire ; et peut-être que nous lui avons donné sujet de penser que nous n’avions pas assez de reconnaissance de la grâce que sa bonté nous offrait, faute de ne lui avoir dit ce que je vous dis, que nous tâchons de suivre l’adorable providence de Dieu en toutes choses et de ne la pas devancer. Aidez-moi, ma chère Mère, je vous en prie, devant Dieu, à nous bien établir dans cette pratique.
Il est vrai, ma chère Mère, que j’ai prié nos chères sœurs (6) de m’excuser si je ne les pouvais plus servir de père spirituel, à cause de l’embarras auquel je suis, qui m’empêche de faire les choses auxquelles je suis obligé ; et de cette prière il y a sept ou huit mois (7) ; et Dieu sait que ce n’est pas faute d’affection, et que je n’ai jamais eu sujet de mécontentement d’elles, ains toute sorte de douceur, de bonté et de charité. Sa divine bonté sait encore que je m’écorche moi-même en faisant cela ; mais quoi ! la conscience me presse à m’arrêter à ce que je puis et à honorer la toute-puissance de Dieu par la reconnaissance de mon impuissance. Elles n’ont point encore
Les filles de la Visitation de Paris.
7). Voir lettres 866 et 873.
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pris personne. J’ai tâché jusques à présent de faire le nécessaire sans aller chez elles, en attendant qu’elles prennent quelqu’un. Vous pouvez croire, ma chère Mère, qu’il n’y a personne qui ait plus de pouvoir de me faire passer par-dessus mes difficultés que vous, n’était la raison que je vous ai dite, qui vous fais ici un renouvellement des offres de mes petits services, avec toute l’affection et l’humilité que je le puis, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma chère Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A ma Révérende ma Révérende Mère Anne-Catherine de Beaumont, supérieure de la Visitation Sainte-Marie de Toulouse, à Toulouse.
950. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 24 mai 1647.
Je ne sais si je vous dois presser pour prendre quelque repos, puisque vous savez que le plus grand contentement que vous me puissiez désirer en ce monde consiste en votre conservation. Ayez-en donc soin, pour l’amour de Notre-Seigneur, et souffrez que je vous invite à la modération du travail, pendant que d’autres vous poussent à l’excès. Parlez hardiment de ma part ; et sans vous plaindre, dites que c’est trop.
Lettre 950. — Reg. 2, p. 218
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951. — JULIEN GUERIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
On me donna avis, le jour de Pâques, qu’une galère d’Alger était arrivée à Bizerte, et aussitôt je partis pour aller visiter les pauvres chrétiens qui étaient enchaînés. J’en trouvai environ trois cents, et le capitaine me permit de leur faire une petite mission de dix jours. J’avais pris avec moi un prêtre, qui m’aida à catéchiser et à confesser ces pauvres gens, qui firent tous leur devoir, à la réserve de quelques Grecs schismatiques. O grand Dieu, quelle consolation de voir la dévotion de ces pauvres captifs, desquels la plupart n’avaient pu se confesser depuis longtemps ! Et il y en avait qui ne s’étaient point approchés de ce sacrement depuis huit et dix ans, et d’autres même depuis vingt ans. Je les faisais tous les jours déchaîner et sortir de la galère pour venir en terre recevoir la sainte communion dans une maison particulière où je célébrais le sainte messe ; et après que la mission fut achevée, je les régalai et leur donnai pour cinquante-trois écus de vivres.
J’étais logé dans la maison d’un Turc, qui me nourrit pendant le temps que dura la mission ; et néanmoins il ne voulut jamais prendre aucun argent de moi, disant qu’il fallait faire la charité à ceux qui la faisaient aux autres ; qui est une action bien digne de remarque en la personne d’un infidèle. Ce qui vous étonnera encore davantage est que presque tous les Turcs de ce lieu-là furent tellement touchés et édifiés de cette mission, que plusieurs d’entre eux me venaient baiser le visage et les mains, et je ne doute point que votre cher cœur ne se fut pâmé de joie en voyant cela. Que si le fruit de cette petite mission de Bizerte me fut doux, le chemin pour y aller me fut bien rude et épineux ; car n’ayant pas voulu prendre des janissaires pour m’escorter, je fus rencontré par des Arabes, qui me chargèrent de coups ; et un d’entre eux m’ayant pris à la gorge, me serra si fort que je croyais qu’il m’allait étrangler ; et me tenais pour mort ; mais comme je ne suis qu’un misérable pécheur, Notre-Seigneur ne me jugea pas digne de mourir pour son service.
Lettre 951 — Abelly, op cit, 1 II, chap I, sect VII, § 9, 1er éd p 130
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952. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce dernier de mai 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Votre lettre a produit en moi deux contraires effets : elle m’a réjoui, parce qu’elle venait de vous, que mon âme chérit tendrement, et m’a contristé de voir qu’on ne laisse sur pied le pauvre M. Blatiron. Je crains avec raison que mal n’en advienne à sa santé, si Dieu ne le conserve, comme j’espère qu’il fera, puisque tant de travail ne se fait que par pure obéissance.
Je n’ai pas moins d’appréhension pour vous, car, au dire même dudit sieur Blatiron, vous êtes accablé de soins et le peine (1) ; mais je prie sans cesse Notre-Seigneur qu’il soit votre force en tant d’embarras et éternellement votre récompense.
Je pensais que déjà vous aviez eu du secours de Rome, en sorte que mon esprit restait soulagé du soulagement dans lequel je vous croyais ; mais pourquoi ne vient-il pas, y ayant si longtemps que j’ai prié ceux de Rome de vous l’envoyer ? Or sus, Monsieur, prions Notre-Seigneur que toutes choses se fassent au gré de sa providence, que nos volontés lui soient tellement soumises qu’entre lui et nous il n’en soit qu’une seule, laquelle nous fasse jouir de son unique amour dans le temps et dans l’éternité.
Lettre 952 — L a — Dossier de Turin, original
1) Peine, travail
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Je suis, dans ce désir, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
953. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Juin 1647] (1)
Monsieur,
Si votre charité avait agréable de proposer au maître. de la maison proche de Saint-Laurent qu’il se logeât au département qu’il a baillé au brasseur de bière, au cas que les dames le voulussent dédommager, cela accommoderait bien les petits enfants.
Je ne me puis empêcher de vous dire que j’ai eu aujourd’hui grande peine pour la crainte de la prédestination, sur quelque pensée que j’ai eue en l’oraison ; cela a pressé de telle sorte mon esprit qu’il m’a fait faire un acte d’acquiescement au dessein de Dieu pour mon fils et moi être à jamais objet de sa justice.
J’ai oublie de vous demander permission de communier toute la neuvaine que l’on dit la sainte messe au Saint-Esprit. Elle commença vendredi. Et me servant de la permission que votre charité m’a donnée de communier quand ma santé me le permet, j’ai aussi communié depuis ce temps-là de la neuvaine. Je ne l’ose continuer sans votre permission plus particulière, que je vous demande pour l’amour de Dieu, avec le secours dont nous avons besoin, et suis, Monsieur votre très obligée fille et très humble servante
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 953. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre a été écrite entre l’Ascension et la Pentecôte ; elle semble de même année que la lettre 937.
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954. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle Le Gras est priée d’envoyer ce paquet chez Madame la duchesse d’Aiguillon ; c’est pour ces bonnes religieuses. Si elle n’est en ville, l’on recommandera de ma part au Suisse qu’il l’envoie par le premier qui ira à Rueil, où elle est.
955. — A LOUISE DE MARILLAC
[Vers 1647] (1)
Mademoiselle,
Madame la duchesse (2) a obtenu cent écus de M. le surintendant pour ces bonnes religieuses. L’on les leur fera [porter], à la charge qu’elles s’en retournent. Faites-leur faire votre école cependant, s’il vous plaît, et voyez comme elles font. Elles ont grâce de Dieu pour cela. Ne leur dites rien, s’il vous plaît, des cent écus.