Correspondance (page 37)
956. — A LOUISE DE MARILLAC
Mademoiselle,
Je verrai ces bonnes religieuses dans deux ou trois jours, Dieu aidant. Pourriez-vous pas les induire à se retirer dans leur monastère ?
Lettre 954. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
Lettre 955. — Manuscrit Saint-Paul, p. 70.
1) Cette lettre a été écrite vers la fin des troubles qui agitèrent la Lorraine.
2).L.a duchesse d’Aiguillon.
Lettre 956. — Manuscrit Saint-Paul, p. 70
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957. — A LOUISE DE MARILLAC
[Vers 1647] (1)
Mademoiselle,
L’intention de Madame la duchesse d’Aiguillon est que ces bonnes religieuses s’en retournent en Lorraine, et leur a fait donner cette somme en [cette] considération, et non autrement. Elle m’a envoyé pareillement deux cents livres à cette même en et trouve bon qu’elles ne portent sur elles que ce qui leur est nécessaire pour leur nourriture, et que nous leur fassions tenir à Toul tant les cent écus qu’elles ont touchés, que les deux cents livres que nous avons. Je vous supplie de leur dire qu’elles me mandent quand elles seront prêtes à s’en retourner, et qu’il n’y en a pas eu une de toutes celles qui sont venues qui en remporte tant que cela de Paris, pour le moins de ma connaissance.
958. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 7 juin 1647.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ce n’est que pour me consoler avec vous du secours qui vous est arrivé, ne doutant point que M. Patrice (1)
Lettre 957. — Manuscrit Saint-Paul, p. 71.
1) Cette lettre a suivi de peu de jours la lettre 955.
Lettre 958. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Patrice Valois (nom francisé de Walsh), né à Limerick (Irlande), reçu dans la congrégation de la Mission le 21 décembre 1644 à l’âge de vingt-cinq ans, ordonné prêtre en 1646.
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ne soit à présent à Gênes, puisqu’il est parti de Rome il y a plus d’un mois, selon que M. Portail m’écrit. Je vous prie de l’embrasser de ma part, comme je vous embrasse tous en esprit, suppliant Notre-Seigneur de nous lier de son pur amour, afin qu’ensemblement nous l’aimions uniquement, fortement et éternellement. Mon Dieu ! Monsieur, que mon âme désire La perfection de la votre ! Oui, certes, autant que son propre avancement, puisque je ne sais demander l’un sans l’autre. Je ne cesse aussi d’implorer sur vous et en vos travaux les effets d’une spéciale protection de Notre-Seigneur, qui m’a rendu invariablement, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
14 juin 1647.
Selon votre lettre, nous ne devons plus considérer Messieurs… et… (1) que comme personnes entamées de la tentation et auxquelles il n’y a plus d’assurance, le premier ayant le venin du bien temporel dans le cœur, et l’autre ayant son cœur dans la corruption de la chair et du sang. Donc attendons-en de Dieu la disposition et demeurons en paix.
Lettre 959. — Reg. 2, p. 101
1) Peut-être Pierre de Fondimare et M. de Restal. (Voir la lettre 1068)
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960. — A CLAUDE DUFOUR, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 15e de juin 1647.
Je ne puis vous dire la consolation que mon âme a reçue par la dernière lettre que vous m’avez écrite, et de la résolution que Notre-Seigneur vous a donnée. Certes, Monsieur, je pense que le ciel même s’en réjouit ; car, hélas ! l’église a assez de personnes solitaires, par sa miséricorde, et trop d’inutiles, et plus encore qui la déchirent ; son grand besoin est d’avoir des hommes évangéliques, qui travaillent à la purger, à l’illuminer et à l’unir à son divin époux ; et c’est ce que vous faites, par sa divine bonté. Je fus attendri dernièrement de ce que le R [évérend] prieur de la chartreuse du Mont-Dieu (1) étant venu passer un jour entier céans pendant l’ordination, pour voir les exercices qui s’y font, il s’en trouva si touché qu’il me dit des paroles tellement avantageuses du bonheur de cet emploi, que la modestie ne me permet pas de vous les redire ; et je ne vous puis exprimer les soupirs qu’il faisait pendant le pontifical (2), entendant ce qui se disait du devoir du diacre. Je vous assure, Monsieur, que ce bon Père a plus l’esprit d’un missionnaire que moi, et que, s’il lui était permis, il sortirait de sa celle (3) pour aller annoncer Jésus-Christ au pauvre peuple et pour travailler à l’instruction des prêtres.
Travaillons-y, Monsieur, de toute l’étendue de nos forces, je vous en prie, dans la confiance que Notre-Seigneur, qui nous a appelés à sa manière de vie, nous fera plus participants à son esprit et enfin à sa gloire. Rejetez
Lettre 960. — Reg. 2, p. 292
1) Commune de l’arrondissement de Sedan (Ardennes)
2) Pendant l’explication du pontifical.
3 Celle, cellule.
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donc absolument toutes ces pensées ; et quand vous serez las de la résidence au lieu où vous êtes, mandez-le-moi ; je contribuerai à votre consolation en tout Ce qui me sera possible. Vous savez l’estime et l’affection que Notre-Seigneur m’a données pour vous, et que je vous chéris plus que moi-même.
961. — JULIEN GUERIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
Tunis, juin 1647.
Nous avons tant fait que de l’argent que vous m’avez envoyé, nous avons racheté cette pauvre femme française qui a souffert si longtemps la tyrannie d’un barbare patron ; c’est un vrai miracle de l’avoir tirée des mains de ce tigre, qui ne la voulait donner pour or ni pour argent. Il s’avisa un matin de m’envoyer quérir ; et comme je fus chez lui, nous accordâmes à trois cents écus, que je lui baillai à l’heure même ; et lui fis faire sa carte de franchise ; et je la menai aussitôt en lieu de sûreté. Deux heures après, ce misérable s’en repentit et il pensa enrager de regret ; c’est véritablement un coup de la main de Dieu.
Nous avons pareillement racheté un garçon des Sables-d’Olonne, qui était sur le point de renier sa foi. Je pense vous avoir écrit comment deux ou trois fois nous lavons empêché de le faire. Il écoute cent cinquante écus. J’en ai donné trente-six, pour ma part ; nous avons mendié le reste où nous avons pu.
J’ai aussi retiré cette jeune femme sicilienne qui était esclave à Bizerte, le mari de laquelle s’était fait turc. Elle a enduré trois ans entiers des tourments inexprimables, plutôt que d’imiter l’apostasie de son mari. Je vous écrivis, vers le temps de la fête dernière de Noël, le pitoyable état où je l’avais trouvée, toute couverte de plaies. Elle a coûté deux cent cinquante écus qui ont été donnés par aumônes dont j’ai contribué une partie.
Lettre 961 — Abelly, op cit, 1 II, chap I, sect VII, § 12, 1er éd, p 139
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962. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 21 juin 1647.
Oui, oui, Monsieur, nous prierons Dieu pour vous et pour la réconciliation de ces personnes si fort acharnées à la vengeance, et ferons dire des messes pour cela. La mienne, si je puis, se célébrera à Notre-Dame, selon votre intention ; mais, après tout, voulez-vous pas bien agréer que nos soins et nos prières soient sans effet, si tel est le bon plaisir de Dieu ? Car, Monsieur, que serait-ce si tout nous succédait, et quelle raison avons-nous, pauvres gens que nous sommes, de prétendre à réussir toujours ? Nous en avons encore moins de nous troubler quand quelqu’un résiste à nos petites persuasions. Puisque Dieu se contente de notre bonne volonté et de nos justes efforts, contentons-nous aussi des événements qu’il leur donne, et jamais nos actions seront sans fruit. Je vous dis tout ceci sur le déplaisir que vous avez de ce qu’aucuns ne profitent pas de vos missions ; car il ne s’en faut pas étonner ; mais plutôt, Monsieur, estimons que tout va le mieux du monde quand nous n’en sommes pas satisfaits, pourvu que nous sachions nous en humilier et redoubler notre confiance en Dieu Il est pourtant vrai que nous avons sujet de louer Dieu de la continuation de ses grâces sur vous. Je l’en remercie donc et je le prie de vous conserver et dans vos forces ordinaires et dans le désir de l’avancement de sa gloire.
Lettre 962 — Reg 2, p 218
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9133. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 21 juin 1617
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous êtes-vous proposé quelque chose de plus exprès que de vouloir invariablement ce que Dieu veut ? Je ne le crois pas. Quel sujet donc, Monsieur, pouvez-vous avoir de perdre courage quand les choses ne vous réussissent pas ? Jusqu’à présent, vous avez grand sujet d’en remercier Dieu ; et certes, de mon côté, je vous aide à le faire de ce que je puis, tant j’ai du ressentiment des grâces qu’il vous a faites. Je sais la fidélité et le soin que vous avez pour l’œuvre de Dieu. Que vous reste-t-il donc qu’à demeurer en paix ? Il ne vous demande que cela, avec un humble acquiescement au succès qu’il y donne, lequel je ne puis douter qu’il ne soit entier en votre âme. A quel propos doncques entrer en défiance ? Vous me représentez vos misères ; hélas ! et qui n’en est plein ? Tout est de les connaître et d’en aimer l’abjection, comme vous faites, sans s’y arrêter que pour y établir le fondement d’une ferme confiance en Dieu ; car alors le bâtiment est fait sur une roche, en sorte que, la tempête venant, il demeure ferme. Ne craignez donc point, Monsieur ; vous êtes fondé là-dessus, je le sais ; car pour ces timidités ou défiances que vous sentez, elles sont de la nature et n’approchent que de loin votre cœur, qui est bien plus généreux que cela. Que Dieu fasse donc de nous et de nos emplois à son gré, que nos peines soient vainement prises à l’égard des hommes, et que les mêmes
Lettre 963 —. L s. — Dossier de Turin, original.
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hommes n’aient pour nous que de l’ingratitude et du mépris, nous ne laisserons, pour tout cela, de continuer nos exercices, sachant que par iceux nous accomplissons la loi, qui est d’aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même.
J’en demande à Dieu la grâce pour vous et pour moi, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de La Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
964. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Mon très honoré Père,
J’ai bien été surprise de votre partement avant que nous ayons eu les ordres nécessaires pour le partement de nos sœurs à Montreuil. N’était que les places du coche sont retenues, nous différerions ; mais ce doit être mercredi ; et que feront elles sans la bénédiction et l’instruction de votre charité, dont elles ont si grand besoin ? Si notre bon Dieu ne vous inspire de nous mander toute leur conduite, nous serons bien en peine. Je vous assure, Monsieur, que j’ai l’esprit si accablé que j’avoue que je suis cause que nos pauvres sœurs souffriront ce déplaisir.
Pour le partement de nos sœurs pour Nantes (2), nous ne
Lettre 964. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Les Filles de la Charité étaient appelées à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais) par le comte Charles de Lannoy, gouverneur de cette ville. Louise de Marillac y envoya Anne Hardemont et Marie Lullen, du Mans, qui partirent le 26 juin, après avoir reçu les avis de leur fondatrice. (Pensées de Louise de Marillac, p. 211) Saint Vincent leur avait déjà donné les siens au conseil du 19 juin 1647.
2) Des trois sœurs qui devaient partir à Nantes nous n’en connaissons qu’une seule, sœur Jeanne Lepeintre, qui allait faire la visite des hôpitaux de cette ville et d’Angers. Saint Vincent lui avait dit au conseil du 19 juin : "Or ça, pour ma sœur Jeanne, il faudrait bien
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saurions du tout le taire que nous n’ayons encore eu l’avis de votre charité sur une nouvelle qui nous donne avis de ne pas changer ma sœur Cathe[rine] Ba[gard] (3), celle qui a commencé le trouble dans l’hôpital, et quelle croit qu’il faut absolument faire revenir ma sœur Elisabeth (4) et envoyer une sœur de conduite (5).
Je crois que vous savez l’arrivée de nos sœurs d’Angers, qui sont de retour, mais l’accusée paraît la plus innocente du monde. Je n’ai osé écrire à son père sans savoir de votre charité ce que nous en ferons ; je crois qu’il ne sera pas longtemps sans venir. le supplie notre bon Dieu que votre charité soit de retour en bonne santé avant ce temps-là. votre sainte bénédiction, mon Père, s’il vous plaît, pour nos sœurs et pour nous ! La sœur Marguerite Tourneton s’en alla dimanche sans dire mot, et la Mère prieure (6) m’a écrit qu’elle était allée ce matin à l’Hôtel-dieu et qu’elle l’avait reçue, demande un autre habit pour nous renvoyer le notre (7). Je n’ai point fait réponse et n’en ferai point qu’à votre retour. Dieu seul sait l’état de mon pauvre esprit sur tous ces désordres, car il semble que notre bon Dieu veut entièrement nous détruire. Je le mérite et m’étonne que sa justice diffère tant à être exécutée. Pourvu que sa miséricorde sauve mon âme, il me suffit. Obtenez-moi cette grâce par votre charité, puisque je suis, Monsieur, votre très obéissante fille et très humble servante.
Ce 24 juin 1647 (8).
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission.
quatre esprits ; si elle pouvait emporter celui de Mademoiselle Le Gras, cela lui ferait bien plaisir ; n’est-il pas vrai, ma fille ?"
3) La sœur Catherine Bagard était à l’hôpital de Nantes depuis la première entrée des Filles de la Charité dans l’établissement. Par sa conduite irrégulière, son mauvais esprit et les imperfections de son caractère elle avait causé bien des ennuis à ses supérieurs et à ses compagnes. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 173, 181)
4) Elisabeth Martin, supérieure des Filles de la Charité à Nantes
5) Le choix de Louise de Marillac se porta sur Jeanne Lepeinte
6) La prieure des sœurs augustines de l’hôtel-Dieu.
7) Elle se repentit de son acte, rentra et mourut l’année suivante.
8) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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965. — A LOUISE DE MARILLAC
De Fréneville, ce 26 juin 1647.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je partis si inopinément qu’il ne me fut possible de vous dire adieu ; votre bonté m’en excusera bien, comme j’espère. Je serai de retour lundi ou mardi matin, s’il plaît à Dieu. Cependant je vous supplie de me faire savoir de vos nouvelles par un de nos frères, qui partira demain pour venir ici.
Je vous envoie une ou deux lettres que j’ai reçues avant partir, mais que je n’ai pu voir jusqu’à mon arrivée en ce lieu.
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous conserve. Je me porte bien et suis entièrement, en son amour, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
966. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 26 juin [1647] (1)
Monsieur,
Nos pauvres sœurs (2) sont parties ce matin, avec grand déplaisir de n’avoir point votre bénédiction, mais néanmoins avec soumission à ma conduite de la divine Providence. Notre
Lettre 965. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
Lettre 966. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Cette date correspond au contenu de la lettre.
2). Les sœurs destinées à la fondation de Montreuil.
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bon Dieu veuille, par sa bonté, que votre retour soit si tôt et en bonne santé !
Toute notre pauvre compagnie est en grande douleur, étonnement et crainte pour la perte de notre sœur (3). Le murmure de chacune est à la sourdine, car personne n’en ose parler, et j’attends le retour de votre charité pour leur faire entendre de quelle sorte elles doivent regarder ce changement.
Il me semble, Monsieur, que je commence à me fortifier un peu, pourvu que rien ne me survienne ! Mais j’ai un étrange soin de moi et n’ai point de plus sérieuse occupation qu’à me faire du bien, il n’en est pas de même pour les intérêts de mon âme, quoique, par la grâce de Dieu, j’aie un peu plus de calme que quand je me donnai l’honneur de vous écrire pour faire voir à votre charité l’état de celle qui n’a autre consolation que celle du bonheur d’être, Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Je pense qu’il y a quelque chose à redire à la liberté de nos sœurs de Serqueux (4).
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission.
967. — A LOUIS SERRE, PRêTRE DE LA MISSION, A CRéCY
Du 2e de juillet 1647.
Lorsque ces Messieurs qui se veulent donner à la compagnie, seront en état de venir ici, nous les recevrons au séminaire, où il est nécessaire qu’ils passent, quelque bonté qu’ils aient, l’expérience nous ayant fait voir que la vertu ne prend que de faibles racines en ceux qui n’y sont que peu de temps. Et plusieurs qui nous ont paru bien réguliers dans le séminaire, pour avoir été employés
3) La sœur Marguerite Tourneton.
4) Commune de l’arrondissement de Neufchâtel (Seine-Inférieure). Les Filles de la Charité y avaient un établissement.
Lettre 967. — Reg. 2, p. 40.
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ailleurs trop tôt, en ont perdu leur vocation. Vous voyez donc la nécessité qu’il y a qu’ils passent par cette épreuve.
7 juillet 1647.
Vous nous avez parlé de trois filles qui postulent pour entrer à la Charité. Si elles sont propres et bien résolues, envoyez-les, s’il vous plaît ; et s’il s’en présente d’autres, écrivez-m’en, car cette petite compagnie est en disette de sujets, tant on en demande de toutes parts.
Faites ressouvenir Monsieur… de ce que vous lui avez mandé touchant les Filles de la Charité, de l’incommodité où elles sont, et combien il est à désirer qu’on assure leur petit fait.
969. — A LOUISE DE MARILLAC
[7 juillet 1617] (1)
Mademoiselle Le Gras est priée par les dames de la Charité d’envoyer demain dimanche, à une heure, quatre enfants, deux garçons et deux filles, avec deux Filles de la Charité au château de Bicêtre (2), avec les hardes et
Lettre 968. — Le texte de cette lettre est tiré d’un manuscrit intitulé Lettres choisies du Bienheureux. Vincent de Paul instituteur et premier supérieur général de la congrégation de la Mission. ce recueil, écrit entre 1929 et 1937, se trouve à la maison-mère des Filles de la Charité. Il est de la même famille que le manuscrit d’Avignon, en reproduit toutes les lettres dans le même ordre et ajoute une neuvième partie, qui contient dix-neuf lettres, toutes relatives à la direction des Filles de la Charité. si nous n’avons pas parlé de ce manuscrit dans l’Introduction, non plus que d’un autre recueil semblable en espagnol, possédé par les prêtres de la Mission de Madrid, c’est que nous ignorions leur existence.
Lettre 969. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date du transfert des enfants trouvés à Bicêtre
2) Il semble bien que les quatre enfants dont il est ici question furent les premiers placés à Bicêtre
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sans les couches des enfants, et ce qu’il faudra pour vivre le jour et le lendemain. Madame Truluy ira prendre les enfants avec un carrosse, à l’heure ci-dessus marquée, et le linge qu’il faudra, et les amènera chez Madame de Romilly, où Madame la chancelière (3) et les autres dames les iront prendre et les amèneront. Elles ont quelque raison particulière d’en user de la sorte et souhaiteraient bien que Mademoiselle Le Gras fût en état d’être de cette conduite ; mais il n’y faut pas penser, comme je crois.
970. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Juillet 1617] (1)
Monsieur,
Enfin l’expérience nous fera voir que ce n’était pas sans raison que j’appréhendais le logement de Bicêtre. Ces dames ont dessein de tirer de nos sœurs l’impossible. Elles choisissent pour logement des petites chambres, où l’air sera incontinent corrompu, et laissent les grandes ; mais nos pauvres sœurs n’osent rien dire. Elles ne veulent point que l’on dise la messe mais que nos sœurs l’aillent entendre à Gentilly. Et que feront les enfants en attendant ? et qui fera l’ouvrage ? Voilà ma sœur Geneviève (2) ; je vous supplie prendre la peine lui parler. Elle vous fera entendre toute la peine qu’elles ont et les prétentions des dames. Je crains bien qu’il nous taille quitter le service de ces pauvres petits enfants.
La volonté de Dieu soit faite par laquelle je suis, Monsieur votre très obéissante et très obligée fille et servante.
L. DE MARILLAC.
S’il plaît à votre charité se souvenir de nos deux dames, qui seront prêtes à faire leur confession demain matin, si cela se peut ?
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
3) Madame Séguier.
Lettre 970 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) Geneviève Poisson.
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971. — LES FILLES DE LA CHARITé DE LA MAISON-MèRE
A SAINT VINCENT
Monsieur,
C’est pour avertir votre charité que deux de nos sœurs s’en sont allées ce matin sans dire mot. L’une est Perrette, revenue d’Angers, et l’autre Marguerite revenue de Fontainebleau. Nous avons envoyé au coche de Sedan, sur la pensée qu’elles y pourraient être ; mais comme notre sœur n’a pas ordre de les arrêter par force, en cas qu’elle les treuve, et Mademoiselle jugeant qu’il est nécessaire, elle supplie votre charité nous prêter un de vos frères, si vous jugez qu’il soit à propos, sinon, prendre la peine, pour l’amour de Dieu, de nous mander ce que nous avons à faire, ce qu’attendant, nous demeurons, Monsieur, vos très humbles et obéissantes servantes.
Les Filles de la Charité
Ce 23e juillet [1647] (1)
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
972. — A LOUISE DE MARILLAC
[Juillet 1647] (1)
Bénissons Dieu, Mademoiselle, de ce qu’il purge la compagnie des sujets faits de la sorte, et honorons la disposition de Notre-Seigneur, quand ses disciples l’abandonnaient. Il disait à ceux qui restaient : voulez-vous pas vous en aller après eux (7) ? Je ne vois pas ce qu’on peut faire à ces filles, quand
Lettre 971. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
Lettre 972. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Saint Vincent a écrit ces mots sur la lettre même des sœurs de la maison-mère, dont il donnait Communication à Louise de Marillac, alors à Bicêtre.
2) évangile de saint Jean VI, 68
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l’on les trouvera ; nous n’avons point d’autorité de les arrêter ; elles sont libres ; laissez-les aller. Je m’en vas envoyer quelqu’un au coche de Sedan, qui ne part qu’à neuf heures. M. Gallais a n’est pas ici ; il y a dix jours, il est en Picardie. Elles n’iront pas toutes deux de ce côté-là. Il faudra donner avis au père de Perrette de ce qu’elle a fait et à Angers et à Nantes.
Je ne vois pas que vous ayez à dire quelque chose de nouveau à Jeanne Lepeintre (4), ains seulement quelques paroles de plainte de son mal (5), et d’encouragement, et aussi qu’elle fasse son possible de renvoyer C[atherine] Bagard. Et quand il en arriverait [quelque chose] (6) à la bonne heure ! Au nom de Dieu, ne [nous étonnons] de rien. Dieu fera tout pour le mieux.
973. — LAMBERT AUX COUTEAUX A SAINT VINCENT
A Nantes, ce 26 juillet 1647.
Monsieur,
Votre bénédiction s’il vous plaît !
Nous voici sur le point de partir de Nantes, après avoir fait les choses desquelles je m’en vais vous rendre compte. Je vous puis assurer que nos sœurs ont été beaucoup agitées ; et certes, si elles ont commis quelques petites fautes, les occasions où la Providence de Dieu les a mises ont été de grands sujets pour éprouver leurs esprits. La sœur servante s’était divisée d’avec le confesseur, et lui pareillement. Cela était ouvertement. Chacun avait son parti et au dedans et au dehors de la maison. C’est assez de vous dire cela pour
3) Guillaume Gallais avait été supérieur à Sedan, d’où était originaire la sœur Perrette ; peut-être même l’avait-il envoyée en communauté
4) Alors supérieure à Nantes.
5) Une fluxion. (Lettres de Louise de Marillac, p.323.)
6) Le mauvais état de l’original ne nous permet pas de donner comme certaine la lecture de ces mots et des mots "nous étonnons"
Lettre 973 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
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vous faire connaître tout le reste, et surtout que tout ce qui s’est dit de part et d’autre n’a point été toujours selon la vérité mais bien selon la passion.
Nous avons envoyé trois de nos sœurs : deux à Paris, qui sont les sœurs Catherine Bagard et Antoinette Larcher, l’autre à Richelieu, qui est la sœur Isabelle (1). Nous leurs avons donné jusqu’à Saumur, pour les divertir, nos sœurs Claude et Brigitte et avons mis ordre que la sœur de Turgis se treuve à la fontaine à Saumur, laquelle y sera dimanche prochain au soir pour joindre nos deux sœurs Catherine et Antoinette. Les deux autres s’en reviendront. J’ai reçu la sœur Brigitte à faire vœu. I a été nécessaire de faire ce changement non seulement de nos deux sœurs, mais aussi de notre sœur Isabelle, laquelle est une excellente fille, mais aussi qui a, par imprudence, grandement contribué à tous les petits désordres qui sont arrivés. Il reste ici encore la sœur Henriette (2), laquelle a un engagement horrible avec le bon Monsieur l’aumônier, quoiqu’il soit très innocent et en sa suite et en sa source ; car pour Monsieur l’aumônier, il est très homme de bien, et elle fille très sage. Mais cependant cela trouble cette pauvre fille, dans l’ordre que je laisse, qu’elle se prive de toute communication avec ce bon Monsieur. Il faudra un peu voir comme cela pourra prendre, et en tout cas, si elle ne peut s’en abstenir, on la pourra rappeler, quoiqu’il soit très difficile de l’arracher d’ici. J’espère pourtant que tout s’accommodera et que la sœur Jeanne Lepeintre ménagera tout.
J’ai stipulé avec ces Messieurs les pères des pauvres qu’ils iront treuver Monsieur le grand vicaire pour lui demander ou proposer un confesseur du dehors. Je l’ai fait agréer à Monsieur l’aumônier et à mondit sieur le grand vicaire. Ils m’ont de plus promis de congédier le bon frère que Mademoiselle Le Gras ou vous avez envoyé.
Voilà, Monsieur, à peu près ce que nous avons fait et j’espère de la bonté de Dieu qu’il me pardonnera le mal que j’y ai apporté, et qu’il tirera sa gloire du reste. Au reste, Monsieur, je ne vous saurais dire combien toute la petite compagnie a d’obligation en particulier au bon Monsieur des Jonchères et en général à toute sa famille, soit pour l’affection qu’il porte à nos pauvres sœurs, soit pour la bonté qu’ils ont [eue] pour notre égard pendant que nous avons séjourné ici. Nous avons été logés chez la mère de Monsieur des Jonchères.
1) Elisabeth Martin.
2) Henriette Gesseaume.
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Lesquels en outre sont très signalés en piété et bonté.
Ces Messieurs les pères des pauvres sont aussi pleins de bonté à l’égard de nos sœurs ; et certes si Dieu nous faisait la grâce qu’elles pussent vivre en bonne intelligence, ce serait ici un petit établissement qui sanctifierait beaucoup les filles de la Charité ; car je crois que Dieu leur fera encore longtemps la grâce de souffrir pour le dehors. Je recommande, Monsieur, ce bien à vos prières et à celles de Mademoiselle Le Gras.
Si Dieu fait la grâce à nos pauvres sœurs d’aller jusqu’à Paris, oh ! certes, il les faudra bien recevoir, car elles n’ont point fait les maux dont on les a soupçonnées ; et si le tout avait été bien conduit, je crois que la faute ne serait point tombée sur elles.
Je n’écris point à Mademoiselle Le Gras, quoiqu’elle m’ait écrit j’espère que cette lettre servira, si vous le trouvez bon, pour elle.
Je m’en vais dire adieu à nos sœurs, et à vous, Monsieur, je vous demande la continuation de vos prières. J’espère que nous serons, dans le commencement du mois d’août, à Luçon et que de la nous irons à Saintes, où nous espérons recevoir de vos nouvelles. Encore un coup votre bénédiction ; c’est à votre très humble et très obéissant serviteur.
LAMBERT,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation de la Mission au collège des Bons-Enfants, proche la porte Saint-Victor, à Paris.
974. — JEAN BARREAU, CONSUL A ALGER, A SAINT VINCENT
En Alger, ce 27 juillet 1647.
Par la dernière que le bon Monsieur Nouelly vous a écrite, par la voie de Gênes et de Livourne, vous avez pu savoir comme, le 26 juin dernier, le bacha (1) nouvellement arrivé m’avait fait mettre en prison pour raison du cautionnement que j’ai été obligé de faire pour les Révérends Pères de la Merci.
Lettre 974. — Ms. de Lyon, f° 208 et suiv
1) On dirait aujourd’hui pacha. Les pachas étaient nommés pour trois ans.
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Celle-ci est pour vous le confirmer encore et vous donner avis que j’en suis sorti le 20 du présent, par la grâce de Notre-Seigneur, avec autant de ressentiment (2) que si j’avais fait les exercices ; à quoi n’a pas peu servi l’entretien que me donna alors ledit sieur Nouelly, qui était le traité de la conformité à la volonté de Dieu, lequel il ne m’a sans doute donné que par une inspiration toute particulière, pour me préparer à l’orage qui m’est arrivé du depuis et dont je ne suis pas encore échappé.
Or le moyen dont il a plu à Notre-Seigneur [user] pour me faire sortir est tel que, la maladie contagieuse s’étant augmentée et ayant d’autant plus allumé le désir de mondit sieur à secourir les pauvres chrétiens malades, tant pour l’administration des sacrements qu’autres secours temporels, il en fut enfin frappé le mercredi 19 du présent, sur les 9 à 10 heures du matin, qu’il revint à la maison, saisi d’une grande lassitude et tout trempé de sueur ; ce qui me fut rapporté à la prison, où je fus encore. A laquelle nouvelle je me résolus d’en sortir, à quel prix que ce fut, pour l’aller secourir. Enfin, moyennant 45 piastres qu’il me fallut donner à quelques personnes de crédit auprès du roi et à quelques-uns de ses officiers, il fut ordonné que j’en sortirais, ce qui fut à l’instant exécuté. Et de cette façon je me rendis à la maison le samedi 20, sur les 3 heures après midi, où je trouvai qu’il n’était pas si extravague qu’il avait été la nuit et le matin ; ce qui me consola grandement, parce que chacun me disait que, si je ne faisais diligence pour sortir, je ne le trouverais pas en vie, s’étant fait apporter le matin le sacré viatique et les saintes huiles.
Ma présence lui donna quelque espèce de consolation, et m’embrassa d’abord fort tendrement sens me dire mot, ne me connaissant presque plus néanmoins, quelque temps après, étant revenu à soi, il me dit qu’il croyait que c’était fait de lui et qu’il croyait que Notre-Seigneur en voulait disposer, qu’il n’avait aucun regret de mourir, sinon qu’il prévoyait que les pauvres chrétiens seraient abandonnés et sans secours. Après que je l’eus encouragé le mieux qu’il me fut possible je m’informai de lui-même quel était son mal, et les remèdes qu’on lui avait donnés la nuit et le jour précédents.
Je ne m’informai point de la cause, parce que les pleurs et les gémissements des chrétiens étaient des témoignages assez assurés que le soin qu’il apportait à les secourir, et particulièrement les plus abandonnés, comme étaient ceux qui
2). Ressentiment, sentiment.
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étaient touchés de la peste, en était la première cause après Dieu. Et certes, je ferais une signalée injure à sa mémoire si je ne publiais ainsi qu’est la vérité. A quoi n’a pas peu contribue le peu de soin qu’il avait de sa personne, ne se donnant pas le loisir, le matin, avant que de porter le Saint Sacrement aux malades, de prendre un petit doigt de vin, ou autre chose, tant était grand le désir qu’il avait de secourir ses enfants. Et peu de temps avant sa maladie, étant à dîner avec moi dans ma prison, ainsi que c’était sa coutume, m’informant de lui quelle précaution il apportait pour se garantir du mal, qui était si violent que les malades ne duraient pas deux fois vingt-quatre heures, il me répondit qu’il n’en avait point d’autre que celui de la confiance en Dieu. Et comme je lui eus répliqué qu’à la vérité c’était un excellent remède, que toutefois Dieu ne nous défendait pas, avec celui-là, de prendre un petit doigt de vin avant que de sortir, il me répartit que, voyant qu’aussitôt qu’il avait achevé la messe, chacun sortait de la chapelle, il lui semblerait commettre une grande irrévérence s’il le laissait seul ; à quoi nous pouvons ajouter l’appréhension qu’il avait que ce mal ne pressât trop les malades et qu’il n’arrivât trop tard à leur secours. Et quoique je lui représentasse qu’il était ici extrêmement nécessaire et que, s’il ne voulait se conserver pour soi-même, il se conservât au moins pour les autres et pour moi, qui en avais si grand besoin dans l’état où j’étais, jusque-là même que j’eus la témérité de lui dire que c’est tenter Dieu que de se hasarder de la sorte, mais ce fut en vain, parce que le respect qu’il portait au Saint Sacrement et l’amour qu’il avait pour les pauvres était incomparablement plus grand que l’amour qu’il avait pour lui-même. Et tout ce que ses amis lui conseillaient n’était pas capable de diminuer l’un, ni altérer l’autre.
Ce qu’il fit encore paraître avant que de mourir. Le seigneur Ortensio Gaulteri, qui tient ici la place de vicaire général de l’évêque de Carthage, lui dit que, si Dieu lui faisait la grâce de revenir en santé, il lui défendrait, même sous peine d’excommunication, d’avoir tant de fréquentation avec les malades, mais bien de s’informer d’eux et de les assister par un tiers. Il lui répondit avec un grand soupir que cela ne pouvait être, tant était grand en lui le zèle du salut des âmes, dont voyez encore une preuve.
Environ huit jours avant sa maladie, étant venu dîner avec le Père Sébastien, religieux de Notre-Dame de la Merci (3),
3) Le R. P. Sébastien Brugière était venu à Alger en mars 1644, avec les Pères François Faure et François Faisan, ses confrères,
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pour lequel j’étais prisonnier, comme nous lavions nos mains, il survint un pauvre Provençal implorer son secours pour un nommé Pierre Boquit, esclave depuis 25 ans et qui aidait à porter les morts en terre, et le pria de le venir confesser. Soudain, quittant la serviette, il le suivit, préférant le bien de l’âme de ce pauvre chrétien à son propre besoin et nécessité.
Je ne vous rapporte pas cet exemple comme le seul, mais comme ordinaire et quotidien. Combien de fois l’avons-nous vu, tout trempé de sueur après avoir été en course toute la matinée, chercher quelque prise, ainsi appelait-il cet exercice, pensant se donner une petite demi-heure de repos, qu’aussitôt il rentrait dans la maison d’un autre chrétien, qui demandait secours pour un autre, et y volait à même temps, sans aucune remise. Je vous puis assurer que ce n’était pas en vain qu’il donnait à cet exercice le nom de course, parce qu’il y allait avec autant d’ardeur, et plus encore, que ne font les corsaires d’Alger pour attraper quelque vaisseau marchand. Et comme ils n’ont exception de personne et qu’ils prennent tout ce qui s’y trouve indifféremment, ainsi le faisait notre bon corsaire, car il n’y avait espagnol, italien et autre nation qu’il ne tâchât de gagner à Notre-Seigneur et mettre en bon état.
Sa maladie commença avec une grande douleur d’estomac et de reins, avec une grande lassitude jusqu’aux extrémités, qui lui causèrent une fièvre si violente que chacun croyait qu’il ne passerait pas le jour. Ensuite il eut quelques vomissements, qui donnèrent aussitôt à connaître la qualité de sa maladie.
pour s’occuper de la rédemption des captifs. Les sommes qu’il avait en mains lui permirent de payer la rançon de deux cents esclaves. Quatre-vingt-seize autres chrétiens furent délivrés, moyennant promesse de 8 990 piastres et l’échange de vingt-deux Turcs. Retenu en otage à Alger, tandis que ses confrères retournaient en France pour s’y procurer les sommes promises, qu’ils ne trouvèrent pas, il dut recourir à des emprunts onéreux, au taux de 50 p. 100, afin de contenter les plus exigeants de ses créanciers. Ses dettes s’accumulèrent. En mai 1645, un renégat français, qui lui réclamait vainement cinquante piastres sur le prix d’un esclave, se précipita sur lui, un couteau à la main, prêt à le tuer. Le Père Sébastien s’enfuit et tomba si malheureusement qu’il se rompit deux côtes et s’écrasa la rate. Les plaintes affluant à la douane de la ville, il fut saisi, condamné, jeté dans une affreuse prison, où il resta deux mois ; puis, comme sa santé donnait des inquiétudes, il reçut l’autorisation d’aller habiter la maison du consul français, à condition de n’en pas sortir. C’est là qu’il se trouvait ! le 25 novembre 1645, quand il fit devant François Constans, chancelier du consul d’Alger, la déclaration dont la Revue africaine a publié le procès-verbal dans son tome XXXV, sous ce titre Certificat des souffrances du Père Sébastien.
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Cette fièvre qui dura jusques au dimanche au soir, avec de grandes inquiétudes et rêveries et quelques sueurs extraordinaires, qu’il eut tout le dimanche, qui lui diminuèrent la fièvre. Sur le soir, il revint en son bon sens, en telle sorte que nous le croyions hors du danger de mort. Je le veillai la nuit et comme je fus seul avec lui, j’eus le bonheur de jouir, l’espace de deux ou trois heures, de sa conversation, pendant laquelle il me donna quelques avis pour me gouverner dans ce pays, dans le temps que je serai seul. Là il me fit voir la consolation que reçoit une âme qui meurt dans les fonctions de sa vocation. Il me témoigna une très grande constance à recevoir la mort, à laquelle il s’était attendu dès lors que nous nous embarquâmes à Marseille pour venir en cette ville, et ainsi qu’il me le dit plusieurs fois, d’être brûlé et empalé, avec une parfaite résignation à la volonté de Dieu, mais avec une tendresse si grande que je souhaitais être en sa place.
Enfin, le lundi au matin, la fièvre lui redoubla ; et vous remarquerez que cette journée fut si fâcheuse, à l’occasion d’une petite pluie, qui dura un quart d’heure, après un an de sécheresse, que l’on dit qu’il mourut 8250 personnes. Au commencement donc du mauvais temps, qui commença environ sur les deux heures après midi, il retourna à l’agonie, avec des grands efforts et violences. Il se tenait assis sur son lit et, le crucifix à la main, il se figurait être en chaire pour prêcher. En cet état, il prononçait quelques paroles que nous ne pouvions entendre. De temps en temps je lui faisais baiser le crucifix et dire Sancta Maria, etc., ou Maria mater, etc., mais je ne puis vous exprimer avec quelle ardeur et affection il les exprimait du mieux qu’il savait. Après avoir demeuré en ces efforts environ une heure, les forces lui manquèrent ; sa chaleur le quitta peu après, et après un demi-quart d’heure de tranquillité il expira, ou plutôt s’endormit tant il passa doucement. Voilà à peu près le progrès de sa maladie.
Aussitôt qu’il fut expiré le bruit de sa mort s’épandit si fort par la ville qu’en même temps toute la maison fut remplie de chrétiens tant français, italiens, espagnols, que d’autres nations, qui témoignaient par leurs larmes que la perte qu’ils faisaient leur était bien sensible et, après quelque prière qu’on leur fit de se retirer, à cause du mauvais air, il n’y eut aucun moyen. Enfin nous le portâmes en terre dans un lieu qu’on appelle Bab-Azoun (4), sur le rivage de la mer, où il fut mis auprès du défunt Père Lucien (5). Là assistaient sept à
4) Porte du ruisseau. C’est là qu’était le cimetière des chrétiens.
5) Dans son premier voyage à Alger, en janvier 1643, le Père
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huit cents chrétiens de diverses nations, tous les larmes aux yeux, comme aussi plusieurs Turcs, desquels il était encore fort regretté, à cause du secours qu’il donnait à leurs esclaves dans leurs maux, ce qui ne me donnait pas peu de consolation, dans l’état où j’étais. Et certes, ils auraient été bien ingrats s’ils ne lavaient fait. Il s’était acquis du crédit parmi eux par les grâces particulières que Dieu lui avait données pour toucher le cœur de ces barbares à être portés de compassion envers leurs esclaves.
Il entrait aussi librement dans leur maison comme il aurait fait dans la notre ; et la bénédiction que Dieu donnait à ses travaux par la convalescence de quelques-uns, le faisait passer pour médecin ; et sous ce manteau il allait librement visiter, consoler et assister les pauvres chrétiens, pour cachés qu’ils fussent, et leur administrait les sacrements en présence de leurs patrons, à qui il donnait à entendre que c’étaient des remèdes ; en quoi il ne les trompait aucunement, puisqu’ils opèrent plus efficacement que ceux du corps.
Après lui avoir donné les derniers devoirs, nous pensâmes à conserver le reste et à apporter le soin et la diligence qui fût possible. Le R. P. Sébastien Brugière, religieux de Notre-Dame de la Merci, me conseilla de faire des parfums de brûler beaucoup de bois de senteur dans la maison et particulièrement dans la chambre où il était mort.
Le lendemain de sa mort, je me trouvai saisi d’une grande défaillance de cœur, avec des sueurs extraordinaires sans aucun repos ; et l’imagination, qui était encore plus blessée, me figurait déjà que j’étais mort, et, dans cette pensée, je commençai à disposer de toute chose comme si je devais mourir le jour même. Cela fait, je commençai à me détacher de toutes les choses de la terre et me remettre entre les mains de notre bon Dieu. C’est la où je me ressouvins de ce que l’avais lu, dans la prison, du traité de la conformité à la volonté de Dieu. Et quelquefois, faisant réflexion à l’inspiration qu’avait eue feu M. Nouelly de me donner ce traité, je me figurai que c’était un effet de sa divine et singulière prudence, par laquelle il me voulait disposer à recevoir la mort avec patience, quoique destitué de mon principal secours, éloigné de mes plus
Lucien Hérault trinitaire, avait racheté quarante-huit esclaves. De retour dans cette ville en 1645, il fit de nouveaux rachats et se donna comme caution. Comme l’argent promis tardait à venir, il fut mis en prison. Il succomba bientôt après, le 28 janvier 1646. Son corps fut inhumé hors la ville, au cimetière des chrétiens, qui était près de la porte de Bab-el-Oued. (Dan, Histoire de la Barbarie et de ses corsaires, p.136.)
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proches ou intimes amis, sans aucune consolation, dans un pays où j’ai été si vivement persécuté. Néanmoins je ressentais en moi-même que toutes ces considérations me donnaient davantage de courage, me croyant d’autant plus conforme a sa volonté, qui l’ordonnait ainsi. Il y a toutefois apparence, depuis un jour, qu’il me veut garder pour une autre occasion.
Le lendemain de sa mort, il fut chanté un service solennel dans le bain (6) du roi, où se trouva quantité de monde, autant que le lieu et le temps le pouvaient permettre Là il fut prononcé une oraison funèbre par le R. P. Pierre, religieux de Notre-Dame-des-Carmes, qui traita fort amplement de la cause de sa maladie ; et puis étant tombé sur le psaume Beatus qui intelligit super egenum et pauperem, il exagéra *tant le secours qu’il avait porté tant aux ecclésiastiques qu’aux séculiers, qu’il le fit passer pour un saint. Deux jours après, il en fut chanté un autre dans le bain de Cheleby (7), où fut aussi prononcé une oraison funèbre par le R. P. Ange, religieux de Saint-François, qui prit pour son sujet le deuil que fit autrefois saint Jérôme sur la mort de sainte Paule et sur ce qu’il est rapporté in morte ejus omnes defecisse virtutes. Il s’est fort étendu sur sa charité envers les pauvres chrétiens ; sa douceur et affabilité, n’étant jamais parti aucun chrétien d’avec lui qu’il n’ait été satisfait ; sa modestie, par laquelle il gagnait les cœurs d’un chacun ; ainsi des autres.
Entre les personnes qui l’ont charitablement et cordialement secouru, je ne puis vous cacher le zèle du R. P. Sébastien et celui du R. P. Corse, directeur dudit défunt, qui l’ont assisté jusqu’au dernier soupir et ne l’ont jamais abandonné, quelque danger qu’il y ait eu. Je serais ingrat envers le nommé Gabriel Mirsane, chirurgien de La Flèche, en Anjou, pour le rachat duquel Madame la duchesse d’Aiguillon m’a donné ordre jusqu’à la somme de 500 livres, le soin et la diligence duquel ne se peuvent dire, ni l’assiduité avec laquelle il l’a gardé ayant toujours couché dans la maison pour être plus prompt à son secours.
C’est dans cette occasion où j’ai éprouvé la fidélité des nommés René Duchesne, pauvre gentilhomme du Poitou (8), qui vogue depuis douze ans à la galère et demeure dans la maison depuis un an à nous servir d’écrivain, et de Jean Benoît, qui
6) Bain, bagne.
7) Patron du bagne.
8) René Duchesne, né à Saint-Juire-Champgillon (Vendée) en août 1607. Il entra dans la congrégation de la Mission le 16 février 1654, comme frère coadjuteur et fit les vœux ; le 1er novembre 1658.
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nous sert de cuisinier depuis le même temps. A l’envi l’un de l’autre, c’était à qui témoignerait plus d’affection. Il a aussi été secouru par trois autres chrétiens nommés Jean Petit, de Boulogne, Lépine, de Picardie, et Guillaume Mobavec, de l’évêché de Coutances, lesquels nous ont secourus et continuent encore leurs services.
Voilà à peu près le succès de ce qui est arrivé en Alger en la personne de feu M. Nouelly ; je dis à peu près, parce que j’aurais trop à faire si je voulais spécifier les services qu’il a rendus aux pauvres nécessiteux et malades. Ils étaient trop considérables devant Dieu pour en différer la récompense.
Pour moi, je rends grâces à Dieu de ce qu’il m’a encore donné le temps de faire pénitence. Ceci soit à la plus grande gloire de Dieu, comme je le pense et que la vérité est telle que j’ai l’honneur de me dire, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
BARREAU.
975. — JULIEN GUERIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
[Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1)
Nous avons ici un petit garçon de Marseille, âgé de treize ans, lequel, depuis qu’il a été pris et vendu par les corsaires a reçu plus de mille coups de bâton pour la foi de Jésus-Christ qu’on voulait lui faire renier par force. On lui a, pour ce même sujet, déchiré la chair d’un bras, comme on ferait une carbonnade pour la mettre dessus le gril ; après quoi, ayant été condamné à quatre cents coups de bâton, c’est-à-dire à mourir ou à se faire turc, j’allai promptement trouver son patron ; je me jetai trois ou quatre fois à genoux devant lui les mains jointes, pour le lui demander. Il me le donna pour deux cents piastres ; et, n’en ayant point, j’empruntai cent écus à intérêt, et un marchand donna le reste.
Lettre 975 — Abelly, op cit, 1 II, chap I, sect VII § 12, p 140
1) Durée du séjour de Julien Guérin à Tunis
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30 juillet 1647.
Monseigneur,
Voici vos bons religieux de Chancelade qui s’en retournent avec leur arrêt. Ils ont fait des merveilles en la sollicitation de cet affaire et donné grande édification à tous ceux avec lesquels ils ont traité. Il y a une clause dans l’arrêt qui vous donne beau jour pour obtenir l’érection de votre congrégation. Le Conseil ordonne que les religieux de Chancelade, Sablonceaux (1) et Saint-Girard (2) vivront sous la direction du supérieur ou l’abbé dudit Chancelade, qui est, à proprement parler, l’érection d’une congrégation entre ces trois maisons. Et pource que le magistrat temporel ne peut donner la juridiction spirituelle requise à un supérieur de plusieurs maisons, et qu’il faut qu’elle soit donnée par le Pape, en qui réside ce droit, les religieux desdites maisons doivent retourner à Sa Sainteté, pour lui demander, en faveur de l’abbé de Chancelade, l’autorité de diriger spirituellement les trois maisons susdites. Et pource que ledit sieur abbé de Chancelade, évêque de Cahors, a fondé une maison dans le diocèse dudit Cahors, pour vivre sous la direction du supérieur ou abbé de Chancelade (3) et qu’il y a plusieurs autres maisons du même Ordre qui
Lettre 976. — Reg. I, f° 2, copie prise sur la minute, qui était de la main du saint.
1) Petite localité de la Charente-Inférieure. Alain de Solminihac y avait envoyé deux de ses religieux, à la demande de M de Sourdis, archevêque de Bordeaux, abbé commendataire de l’abbaye.
2) A Limoges.
3) L’évêque de Cahors venait d’appeler dans cette ville, le mois précédent, douze chanoines réguliers de la réforme de Chancelade. Trois d’entre eux, parmi lesquels leur supérieur, qui était le R. P. Garat, étaient hospitalisés à l’évêché ; cinq ou six logeaient dans une maison de louage, au faubourg de la Barre ; les autres devaient
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demandent à vivre sous la direction dudit supérieur de Chancelade, l’on supplie Sa Sainteté d’ériger en congrégation l’union desdites 3 maisons faite par le Conseil du roi, pour vivre sous la direction dudit supérieur de Chancelade, et d’attribuer à ladite congrégation les droits et privilèges attribués aux autres congrégations religieuses, avec pouvoir de recevoir en ladite congrégation les maisons non réformées, ni d’autre congrégation, de l’Ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui demanderont être unis à icelle, conformément à ce que [dit] le saint concile de Trente, qui ordonne que les maisons religieuses qui ne sont d’aucune congrégation, seront tenues de s’unir en corps de congrégation.
Voilà, Monseigneur, mes petites pensées sur le sujet de cet affaire. Et pource que la présence d’un homme presse le succès d’un affaire et le fait réussir plus tôt et plus assurément, je pense que la chose mérite que vous y envoyiez quelqu’un qui ne paraisse pas là avec l’habit, en sorte que la chose soit plus tôt faite que les explorateurs qu’on tient de delà n’en soient avertis.
L’on dit que Mgr l’évêque du Puy (4) doit aller à Rome pour la béatification du bienheureux évêque de Genève, à cet automne ou au printemps ; si cela est, je le prierai de travailler à cela.
Voilà, Monseigneur, ce que je vous puis offrir, et mon pauvre cœur, que je plie en cette lettre, avec laquelle je le vous envoie, qui suis, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l. M.
aller en mission toute l’année, sauf à l’époque des moissons. Quelques années après, ils s’établirent aux Cadurques, dans un bâtiment que l’évêque de Cahors avait fait bâtir pour eux.
4). Henri de Maupas du Tour (1641-1661).
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977. — A UN PRêTRE DE LA MISSION,
[1647] (1)
Nous n’avons rien de nouveau, sinon la mort de Monsieur Aulent, qui était supérieur de notre maison de Toul, où il a fini ses jours avec des marques presque infaillibles de son bonheur éternel. Aussi a-t-il vécu en véritable serviteur de Dieu et aussi saintement qu’un véritable missionnaire puisse faire. Je n’en puis dire le détail ; mais vous pouvez vous le représenter en vous imaginant un homme en qui on ne peut remarquer des défauts et qui est dans la pratique de toutes les vertus. Cela se peut dire de lui sans exagération, et je vous le dis avec grand sentiment de douleur de la perte que la compagnie a faite en lui. Dieu nous fasse la grâce de l’imiter, et à moi celle d’obtenir miséricorde par ses prières et par les vôtres !
978. — JULIEN GUéRIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
[Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1)
Je ne puis m’empêcher de vous faire savoir ce qu’un Turc me dit ces jours passés, pour la confusion des mauvais chrétiens. Je m’efforçais de réconcilier deux chrétiens qui se voulaient mal l’un à l’autre ; et comme il voyait que j’avais de la peine à les accorder, il me dit devant eux en sa langue. "Mon Père, entre nous autres Turcs il ne nous est pas permis de demeurer trois jours mal avec notre prochain, encore bien
Lettre 977 — Ms. de Lyon.
1) Année de la mort de M. Aulent.
Lettre 978. — Abelly, op cit, 1. II, chap. I, sect. VII, § 8 1er éd. p 124
1) Durée du séjour de Julien Guérin à Tunis.
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qu’il eût tué quelqu’un de nos plus proches parents." Et en effet, j’ai plusieurs fois remarqué cette pratique parmi eux, les voyant s’embrasser incontinent après qu’ils s’étaient battus. Je ne sais pas si l’intérieur répondait à l’extérieur ; mais il n’y a point de doute que ces infidèles condamneront, au jour du jugement, les chrétiens lesquels ne veulent point se réconcilier ni intérieurement, ni extérieurement ; et en retenant leur haine au dedans de leurs cœurs contre leur prochain, la témoignent encore au dehors avec scandale et mémé se glorifient de la vengeance qu’ils ont prise ou qu’ils désirent prendre de leurs ennemis. Et cependant ces gens, que nous estimons des barbares, tiennent à grande honte de retenir dans leurs cœurs aucune haine et de ne vouloir pas se réconcilier avec ceux qui leur ont fait du mal.
979. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Bicêtre, août 1647] (1)
Monsieur,
Je m’excusai hier à Monsieur Le Roy de vous faire un message de sa part, et pense vous devoir dire néanmoins tout ce qu’il m’avait dit et que je lui avais réparti ; ce qu’il me serait bien difficile de vous mander. Mais le principal est qu’il fait état que c’est lui qui est le directeur et administrateur de l’hôpital des enfants ; et comme tel, il prétend y aller faire l’instruction quand bon lui semblerait, y mettre un prêtre et en avoir tout le soin spirituel ; que l’on lui ferait plaisir de lui treuver un prêtre et lui présenter [pour] qu’il l’approuve ; et que de cela il était plus jaloux que d’un évêché ou cardinalat ; que si l’on lui déniait, qu’il irait faire ses plaintes à Monsieur le procureur général (2) et se démettrait de l’administration que l’on lui avait donnée.
Je fis l’étonnée de ce qu’il n’avait point parlé de cela plus tôt, lui disant que ces dames (3) avaient toujours eu égal souci jusques à présent du spirituel comme du temporel, comme il parait par les baptêmes, confessions à Pâques et instructions pour la première communion, de leur faire dire la sainte messe, tant pour les enfants que pour les nourrices, et que
Lettre 979. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau
2) Blaise Méliand (1641-1650).
3) Les dames de la Charité.
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je croyais que Messieurs du chapitre s’étaient entièrement déchargés de toute la conduite de cette œuvre sur le soin de ces dames, à la réserve des douze cents livres dont elles leur rendaient compte ; et que, depuis plus de cinquante ans que Messieurs du chapitre avaient ce soin, qu’il ne paraissait point autre administration que celle de ladite somme ; que néanmoins je parlais sans avoir entendu parler de tout cela aux dames, que je voyais très peu ; et seulement ce que je lui en disais était dans le sens commun. Il se plaignit de n’avoir été averti de Bicêtre. Je lui représentai que je croyais que les dames n ; en eurent pas seulement la pensée de le devoir faire, et que cela fut extrêmement précipité. Il me dit quantité d’autres choses, et moi à lui, que je ne puis mander ; il ne manqua pas de m’alléguer la réponse de ma sœur Geneviève (4) à ces Messieurs sur leur demande, et lui fis entendre comme quoi elle le disait.
Si quelque bonne personne pouvait obtenir de la reine cette place pour un établissement de la Mission, l’on empêcherait beaucoup de contradictions, et ferait-on un grand bien.
J’oubliais à vous dire que, sur mon refus de vous parler, Monsieur Le Roy se résolut d’aller trouver ces dames et leur parler fortement.
S’il plaît à votre charité prendre la peine de voir la lettre de Mme de Romilly, je l’enverrai, si vous le treuvez bon. Bénissez-nous, s’il vous plaît, et me croyez, Monsieur, votre très obéissante servante et très obligée fille.
L. DE MARILLAC.
Me venant en l’esprit la grande nécessité, je lui dis que je crois que bientôt les dames seraient contraintes de remettre tout l’œuvre à qui le pourrait faire. Nous fûmes toujours bons amis, car je lui parlai comme neutre.
Je pense qu’il serait nécessaire de penser au vin au plus tôt.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
980. — ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT
A Toulouse, ce 20 août 1647.
Monsieur,
J’ai reçu celle que vous avez pris la peine de m’écrire du
4) Geneviève Poisson.
Lettre 980. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
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4 courant. Il n’y a rien à dire aux commissaires que vous avez nommés pour l’affaire de mes religieux.
Depuis que Monsieur l’abbé d’Estrades a été nommé à l’évêché de Périgueux, je n’ai cessé de l’exhorter, prier et presser d’apporter toute la diligence qui lui serait possible pour avoir promptement les bulles et s’en aller dans son diocèse. Enfin, voyant par ses lettres qu’il se laissait conduire par le mouvement de son frère, qui était de les obtenir gratis et de n’en presser l’expédition qu’autant qu’il l’espérait obtenir par cette voie, je lui écrivis en ces termes, il peut y avoir deux mois, que je le priais de proposer cette vérité à M. son frère, de laquelle il ne devait pas douter, que, depuis le temps qu’il demande le gratis pour les bulles, il y a plusieurs âmes de ce diocèse qui sont damnées, qui ne le seraient pas s’il y eut été, que jusques au temps qu’il obtiendra ses bulles gratis plusieurs se damneront, qui se sauveraient s’il était dans son diocèse ; s’il en veut répondre à Dieu, que je ne le croyais pas ; et quand M. son frère en voudrait répondre, s’il en serait déchargé devant Dieu ; que je lui écrivais cela avec un ressentiment sensible, etc. Cinq semaines ou environ après, il m’écrivit qu’il était résolu de pourvoir au diocèse de Périgueux d’une fa, con ou d’autre et qu’il en traite avec Monseigneur de Condom (1) pour avoir sa démission. Et peu de jours après, il m’écrivit que ledit traité était conclu, qu’il baillait son abbaye au neveu de mondit seigneur de Condom, lequel lui baillerait la démission de sondit évêché, avec la réserve de douze mille livres de pension, et me priait de vous en écrire pour vous prier de faire accepter ladite démission ; ce que je fais, puisqu’il le désire, quoique je croie qu’il n’en soit besoin, sachant assez l’affection avec laquelle vous souhaitez que ce désolé diocèse de Périgueux soit promptement rempli d’une personne qui ait les qualités requises pour le régir. L’on craint que M. le neveu de Monseigneur de Condom y aspire ; de quoi on a désiré que je vous donnasse avis, afin que, si cela est, vous vous y opposiez autant qu’il vous sera possible. C’est celui qui avait traité avec Monseigneur l’évêque d’Agde (2) pour l’évêché de Bayonne, duquel vous le jugeâtes indigne pour une action qu’il fit sortant de faire les exercices de chez vous, indigne de sa profession.
On a rapporté à Monseigneur l’évêque de Valence (3) que vous vous étiez employé pour lui dans le Conseil de conscience,
1) Antoine de Cous, mort le 15 février 1648.
2) François Fouquet, transféré de Bayonne à Agde en 1643.
3) Charles-Jacques de Gelas de Leberon
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de quoi il se sent fort votre obligé. Il vous prie, et moi avec lui, de continuer à lui rendre vos bons offices dans le Conseil près son éminence (4) afin qu’elle lui donne moyen d’aller faire avec liberté ses fonctions dans son diocèse. Il est bien facile de trouver de bons gouverneurs de villes, mais très difficile de trouver de bons évêques, zélés pour le salut des âmes comme lui. Et puisque ce gouverneur ne peut se contenir de commettre des violences contre lui ou ses officiers, il est bien juste et plus raisonnable qu’on baille quelqu’autre emploi à ce gouverneur que non pas d’obliger mondit seigneur de Valence à quitter son diocèse.
Il y a deux mois que je suis ici à poursuivre ce grand affaire duquel je vous ai parlé, contre Monseigneur le comte de Rastignac, mon hommager (5), sans avoir pu avoir arrêt ; et possible ne l’aurai de ce parlement, tant il y a de chicanes dans la justice Que je l’aie ou non, je me retirerai dans peu de jours dans mon diocèse. Ce qu’attendant, je suis, Monsieur, etc.
ALAIN DE SOLMINIHAC,
év. de Cahors.
981. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Bicêtre, 22 août 1647] (1)
Monsieur,
Je pense, si votre charité le treuve bon, qu’il est à propos que je ne m’en retourne point que je ne laisse ici une maîtresse d’école en train d’apprendre à coudre et à lire les enfants, au cas que rien ne me presse d’aller à la maison ; et pour cela, Monsieur, j’ai une très humble supplication à faire à votre charité, pour l’amour de Dieu, qui est de prendre la peine de visiter nos cinq sœurs que j’ai laissées en retraite, sans les avoir beaucoup servies, et je leur avais fait espérer de retourner ce soir ou demain du matin. Il y en a une de St-Germain-en-Laye, une de Nanteuil (2), une du village d’Issy et celle que je crois qu’il nous faudra renvoyer à St-Denis, ne pensant pas qu’elle nous soit propre. Les autres sont extrêmement pressées
4) Le cardinal Mazarin
5) Jean-François Chapt, marquis de Rastignac, maréchal des camps et armées du roi
Lettre 981. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Le frère Ducournau a ajouté au dos de la lettre : août 1647. Le post-scriptum permet de préciser le jour.
2) Nanteuil-le-Haudoin.
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de s’en retourner, et il faudrait, au plus tard, que ce fût samedi prochain. La cinquième est celle que je destine pour une des maîtresses de nos petits enfants.
J’ai pensé, Monsieur, qu’il serait bien nécessaire que votre charité nous donnât promptement un ecclésiastique, pour deux raisons : l’une, pour qu’il instruise les garçons ; et l’autre est, Monsieur, qu’il. me semble que le premier qui sera en possession d’y pourvoir y demeurera.
Il nous est mort, ce matin, un enfant. J’ai pris la liberté de faire prier le bon prêtre qui le viendra enterrer, que, si ce n’est sa commodité de venir l’enterrer sur le soir, qu’il nous fasse la charité de nous venir demain dire la sainte messe par même moyen.
Si vous jugiez nécessaire que nos sœurs vous allassent treuver pour vous parler chez vous, plutôt que de ne leur point parler, je supplie très humblement prendre la peine le mander. Ce serait néanmoins une grande consolation à toute la famille que ce fût au logis.
Si votre charité est d’avis que nos sœurs aillent parler à Monsieur le procureur général (3) pour lui ramentevoir (4) les nécessités qu’elle lui a représentées, je crois qu’il faudrait que ce fut ma sœur Geneviève (5), les autres ne font pas si bien. Il serait nécessaire de lui représenter qu’il, faut faire la provision d e bois entièrement.
Nos dames n’ont point pensé de disposer un lieu pour l’école. Nous en avons vu un qui serait bien propre en bas, pour les garçons, qu’il faut séparer des filles ; il n’y parait avoir à faire que la porte et fermer les fenêtres ; et celle des filles, l’on la fera en haut. Je voudrais bien que nous eussions de ces écriteaux alphabétiques ; nous les mettrons contre les murailles ; c’est la méthode des Ursulines de quelque lieu. Je ne dis pas pour l’écriture, car je ne pense pas qu’il soit expédient que les filles apprennent à écrire.
Il est vrai, mon très honoré Père, qu’il y a sujet d’espérer beaucoup de bien de cette œuvre, s’il plaît à notre bon Dieu y continuer ses saintes bénédictions. Je vous demande de tout mon cœur, pour son saint amour, la vôtre, pour l’accomplissement en moi de sa sainte volonté en ce sujet, et suis, Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante
LOUISE DE MARILLAC.
J’ai oublié de vous demander permission de faire maigre
3) Blaise Méliand.
4) Ramentevoir, rappeler.
5) Geneviève Poisson.
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demain, qui est vendredi, et jeûne, à cause que je pense le pouvoir. Je le ferai, si votre charité ne me le défend.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
982. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
Mon cœur, encore tout plein de joie de l’intelligence qu’il me semble que notre bon Dieu lui a donnée de ces mots Dieu est mon Dieu, et du sentiment que j’ai eu de la gloire que tous les bienheureux lui rendent en suite de cette vérité, ne peut s’empêcher de vous parler ce soir et de vous supplier à m’aider à faire usage de ces excès de joie, et de m’enseigner quelque pratique pour demain, jour du saint que j’ai l’honneur de porter le nom (1), jour de la rénovation de mes vœux (2), souhaitant, et pour l’un et pour l’autre, entendre de vous la sainte messe, s’il plaît à votre charité me mander l’heure, comme je l’en supplie très humblement, dans l’espérance, mon très honoré Père, que vous savez que tout ce que je suis est entre vos mains, pour être donné à ce bon Dieu, de qui l’amour m’a, par sa grande miséricorde, fait être votre très humble et très obligée fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Ce soir saint Barthélémy 3.
Lettre 982. — L. a. — Original au séminaire de Saint-Sulpice à Paris.
1) Saint Louis, roi de France, dont la fête est le 25 août.
2) Le 4 mai 1623, Louise de Marillac avait fait vœu de rester dans l’état de viduité, si elle survivait à son mari. (Cf. Pensées de Louise de Marillac, p. 6) Ce vœu, elle le renouvelait tous les ans à pareil jour (cf. Gobillon, op. cit, p. 27), le premier samedi de chaque mois (cf. Pensées, p. 4) et aux principaux anniversaires. Elle y avait ajouté plus tard celui de se consacrer au service des pauvres.
3) 24 août.
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